1 Cité par Fr. Bassin, Les Épîtres de Paul aux Thessaloniciens, op. cit., p. 243.
2 Voir L. Couloubaritsis, Histoire de la philosophie ancienne et médiévale. Figures illustres, Paris, Grasset, 1998.
3 Voir les pages que consacre Lambros Couloubaritsis à l’étude de l’influence du moyen platonisme sur le milieu juif et chrétien de l’époque, dans L. Couloubaritsis, Histoire de la philosophie ancienne et médiévale, op. cit.
4 Philon d’Alexandrie, De specialibus legibus, I et II, Les Œuvres de Philon d’Alexandrie, 24, trad. S. Daniel, Paris, Cerf, 1975. Traduction légèrement modifiée.
5 Voir, P. Hadot, Introduction aux « Pensées » de Marc Aurèle, Paris, Fayard, 1997 ; et I. et P. Hadot, Apprendre à philosopher dans l’Antiquité. L’enseignement du « Manuel d’Épictète et son commentaire néoplatonicien, Paris, Librairie Générale Française, 2004.
6 Il est né vers 13 av. J.-C. Cf. le tableau récapitulatif des dates et des événements dans Aux origines du christianisme, textes présentés par Pierre Geoltran, Paris, Gallimard et Le monde de la Bible, 2000, p. lxix-lxxiii. Le fait qu’ils ne se soient jamais rencontrés est dû au fait que Paul n’a pas évangélisé Alexandrie, probablement à cause de son arrangement avec Jacques à Jérusalem : Paul sera l’Apôtre des Gentils.
7 Voir les occurrences du verbe κατέχειν : retenir l’ὀργήν (Sophocle, Electre, 1011), ἐαΰτόν (Platon, Charmide 162c) et au passif, se retenir par les serments (ὁρκίοισι, Hérodote, Histoires, I, 29). Le verbe se construit avec l’accusatif ou avec le datif. Son usage est très fréquent dans les textes classiques.
8 ΄Ιωάννου Ζηζιούλα, Έλληνισµός καὶ Χριστιανισµός. Ή συνάντηση δύο κόσμων, Άθήνα, Αποστολικὴ Διακονία τῆς, Εκκλησίας τῆς΄Ελλάδος, 2003, p. 87
9 Strabon, Géographiques XIV 5, 12 sq. The Geography of Strabo, vol. VI, Books XIII-XIV, with an English Translation by Horace Leonard Jones, Cambridge, Massachusetts, London, Harvard University Press, 1983.
10 ΄Ιωάννου Ζηζιούλα, Έλληνισμός καὶ Χριστιανισμός. Ή συνάντηση δύο κόσμων, op. cit, p. 88-89. À cela, il faut ajouter que Paul cite l’Ancien Testament dans le texte de la Septante, fait de grande importance selon Zizioulas (ibid., p. 64 et p. 87-88).
11 Cf. Platon, Œuvres complètes, t. XIV, Lexique de la langue philosophique et religieuse de Platon par Édouard de Places, Paris, Les Belles Lettres, 2003, s.v. κατέχειν. 1. « contenir, dominer » ; 2. « comprendre » ; 3. « posséder » (en parlant d’un Dieu, de l’inspiration) ; 4. « occuper » (militairement).
12 Cela non plus ne peut être le katéchon, même si c’est effectivement la réalité cachée derrière les mots de l’apôtre, car les deux vocables ne désignent pas la même réalité : λόγος est le principe universel dont τὸ λογιστικόν est l’activation dans l’âme humaine. Par ailleurs, c’est Dieu lui-même qui sera identifié par les chrétiens comme le logos dans l’évangile de Jean. Il serait donc extrêmement difficile pour Paul de distinguer dans une même phrase entre logos divin chrétien et logos païen, comme il le fera en d’autres occasions en séparant radicalement le Grec, le Juif et le Chrétien (I Corinthiens 1, 22-23) ou bien en demandant : « Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? » (οὐχὶ ἐμώρανεν ὁ θεος τὴν σοφίαν τοῦ κόσμου τούτου ; I Corinthiens 1, 20). Par ailleurs, le texte de Paul concerne l’économie du monde et pas celle de l’individu. Voir les remarques de Lambros Couloubaritsis sur le logos chez Philon et dans le christianisme, dans L. Couloubaritsis, « La Présence du mythe dans la pensée occidentale » dans L. Couloubaritsis (éd.), L’Héritage du monde grec, Bruxelles, Ousia, 1989, p. 58-59.
13 « [...] le principe qui empêche de telles actions, lorsqu’il intervient (κωλύων) est le resultat du raisonnement [...] » (493c).
14 Ce terme est utilisé une seule fois avec le sens de retenir/retenant et cela dans le passage cité. Le verbe et l’adjectif sont utilisés plusieurs fois avec le sens de posséder/ possédant. Cf. W.F. Moulton, A.S. Geden, H.K. Moulton, Concordance to the Greek Testament, Edinburg, T & T Clark, 1978, s. ν. κατέχειν.
15 Ce constat vaut aussi pour la philosophie antique. Ce que nous autres modernes connaissons comme philosophie antique, ce n’est qu’un ensemble de textes théoriques, un corpus écrit et transmis. Toutefois, la philosophie était beaucoup plus que de l’écrit pour les Anciens. Elle était avant tout action philosophique. Ainsi, le πραγµα de Socrate est mieux traduit par l’« action » ou l’« occupation » de Socrate. Voir P. Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Paris, Gallimard, 1995 ; aussi, P. Hadot, La Philosophie comme manière de vivre. Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I. Davidson, Paris, Albin Michel, 2001.
16 J’emprunte l’analyse à Vincent Descombes, « Pourquoi les sciences morales ne sont-elles pas des sciences naturelles ? » dans G. Laforest et Ph. de Lara (dir.), Charles Taylor et l’interprétation de l’identité moderne, Les Presses de l’Université Laval-Cerf, 2001, p. 72-74.
17 L’« affaire » de justice est toujours déjà « affaire » des mots. Jean François Lyotard définit ainsi le « différend » : « l’état instable et l’instant du langage où quelque chose qui doit être mis en phrases ne peut pas l’être encore », J.-Fr. Lyotard, Le Différend, Paris, Minuit, 1983, p. 22.
18 L’intention, « le fait de viser ce que l’on vise » (σκοπεῖν), est thématisée par le προοίμιον, à savoir, les « intentions » du législateur, la chose (τὸ πρᾶγμα), l’état de faits qu’il vise par la loi. Cette distinction, établie dans les Lois (722d-723b) existe aussi dans le Timée (29d) : τὸ μὲν προοίμιον [...] τὸν δὲ νόµον.
19 Comme dans Protagoras 335d-338e, où les amis de Socrate et de Protagoras discutent de la façon dont se déroulera le dialogue, des règles du dialogue, et somment les deux convives de suivre la voie médiane entre les discours longs et les questions/réponses courtes, pour que le dialogue puisse avoir lieu.
20 H. Joly, Le Renversement platonicien. Logos, epistèmè, polis, Paris, Vrin, 1980, p. 379.
21 Ph. Bosman, Conscience in Philo and Paul : A Conceptual History of the Synoida Word Group, Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament 2, Vol. 166, Tübingen, Paul Mohr Verlag, 2003, par. 4.3. 1, p. 80-84, où l’auteur argumente que l’expérience initiale de la conscience dans le monde ancien doit être comprise en termes de l’équivalence entre l’âme et la cité (the per son as οἶκος/ πόλις). Voir aussi, dans ce passage, les références aux auteurs classiques à l’origine de cette équivalence, notamment Solon et Platon, et à un auteur du IIe s. av. J.-C., Ælius Aristide.
22 Voir aussi, Galates 2, 6, « Dieu ne fait point acception des personnes (πρόσωπον) ».
23 Le verbe « ζητοῦσιν » est significatif. Il est lié à toute une tradition philosophique qui va de Platon au scepticisme, la zététique. Voir par exemple, Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes 1, 1-4. Le lien entre recherche et philosophie est ici évident, comme il l’était à l’époque de Paul.
24 Sur l’usage d’ἔργον, voir Platon, Charmide 165e5-166a1, « Eh bien, dis-moi, demanda-t-il, ce que le calcul ou la géométrie produit de comparable à la maison, qui est l’œuvre (ἔργον) de l’architecture, ou le manteau qui est l’œuvre du tissage, ou aux autres œuvres de ce genre que l’on pourrait citer en grand nombre et qui sont produites par les nombreuses techniques » (trad. Dorion) ; République I 353a9-11, « Maintenant, je pense, tu saisiras mieux ce que je disais toute à l’heure, quand je te demandais si la fonction propre (ἔργον) de quelque chose n’est pas ce qu’elle est seule à effectuer, ou en tout cas ce qu’elle réalise plus parfaitement que toutes les autres. »
25 De vita Mosis I 23, 7 : τὴν δ΄ ἄλλην ἐγκύκλιον παιδείαν"Ελληνες ἐδίδασκον.
26 Cf. The Cambridge History of Later Greek and Early Medieval Philosophy, Cambridge University Press, 1967, « Philo and the Beginning of Christian Thought ».
27 Voir, De ceternitate mundi, 18 ; Quod omnis probus liber sit, 57 ; De specialibus legibus VI, 61 ; Legum allégoriæ 1,108 ; Quid rerum divinarum hères sit, 214.
28 C.A. Pierce commente : « That [...] some standards of conduct are maintained in theory and practice among the Gentiles is an indication that there is a “natural Law” derived from the nature of things which is itself a revelation of God’s everlasting power and Divinity [Rom. 1, 20] and thus related, through the one God, with the Jewish Law ». C.A. Pierce, Conscience in the New Testament, Studies in Biblical Theology, vol. 15, London, SCM Press, 1955, p. 85-86. « Le fait que certaines normes de conduite soient maintenues, à la fois en théorie et dans l’action, parmi les Gentils, est un indice de l’existence d’un « Droit naturel », dérivé de la nature des choses, qui est, en lui-même, la révélation de la puissance éternelle et de la divinité de Dieu [Rom. 1, 20]. Il est de cette façon lié, par le principe du Dieu unique, à la Loi de Moïse. »
29 Voir le tableau complet de ces références dans C.A. Pierce, Conscience in the New Testament, op. cit., 1955, p. 62.
30 Voir, C.A. Pierce, Conscience in the New Testament, op. cit., chap. v, p. 54-59. Dans les rares occasions où un terme équivalent comme σύνεσιϛ est utilisé, il a le sens de « compréhension » (understanding) (ibid., p. 55).
31 Voir aussi Cléanthe, au tout début de l’Hymne à Zeus, ʾΕκ σοῦ γὰρ γενόµεσθα, Fragmenta 1.4.
32 Le texte de Ménandre est identique : Φθείρουσιν ἤθη χρήσθ΄ ὁμιλίαι κακαί (Thaïs, 808). Platon dit la même chose sur l’influence des poètes et sophistes sur les jeunes en démocratie.
33 Nombreux auteurs contestent toutefois l’authenticité de ces vers, jugeant qu’il s’agit d’ajouts tardifs dans le corps de Ménandre.
34 « C’est toi qui diriges la raison commune » (σὺ κατευθύνεις κοινὸν λόγον), dit Cléanthe à Zeus, Fragmenta 1,12.
35 Ph. Bosman, Conscience in Philo and Paul : A Conceptual History of the Synoida Word Group, Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament 2, vol. 166, Tübingen, Paul Mohr Verlag, 2003, chap. 3, p. 49-75.
36 Voir le tableau complet des occurrences dans C.A. Pierce, Conscience in the New Testament, op. cit, Analytical Index of Greek sources, p. 131-147.
37 Tragicorum Græcorum fragmenta, vol. 4, Sophocles, Ed. S. Radt, Gôttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1977, Inertarum fabularum 931.
38 Isocrate, Discours, IV, texte établi et trad. G. Mathieu et É. Brémond, Paris, Les Belles Lettres, 1972.
39 Sur les connotations morales de ce terme, liées au devoir et au respect dû à l’ordre de la cité, voir J.M. Bremer, Hamartia, Amsterdam, Adolph M. Hakkert, 1969.
40 Cicéron, Tusculanes, t. I (I-II), texte établi par G. Fohlen et trad. J. Humbert, Paris, Les Belles Lettres, 1970.
41 Sénèque, Lettres à Lucilius, Livres I-IV, texte établi par Fr. Préchac et trad. H. Noblot, Paris, Les Belles Lettres, 1995.
42 Sénèque, Entretiens. Lettres à Lucilius, Édition établie par Paul Veyne, Paris, Robert Lafont, 1993.
43 Ph. Bosman, Conscience in Philo and Paul, op. cit., chap. 5, p. 106-190, notamment la conclusion, p. 184-190.
44 Pour une liste complète des références pauliniennes à la conscience, voir Ph. Bosman, Conscience in Philo and Paul, op. cit, chap. 6, p. 191-275. Notamment, « Systématisation », p. 264-275.
45 Ce n’est pas par hasard si le mot apparaît dans un contexte polémologique.
46 διἁ (préposition) + accusatif = « à travers », « au moyen de » (idée d’agent, d’instrument, de moyen).
47 Voir aussi Le Politique 303a-b, où Platon stipule que la démocratie est le meilleur régime pour un peuple corrompu, car elle distribue les pouvoirs au point de les rendre inefficaces. De cette manière, les cités n’accèdent certes pas au meilleur, mais elles évitent surtout le pire.
48 Sur ce point, voir l’excellente remarque de Monique Dixsaut, Le Naturel philosophe, Paris, Vrin, 1985, p. 269 : « Rien ne garantit qu’il naîtra des naturels philosophes ni que ces naturels deviendront philosophes. Il y aura cependant toujours des philosophes, mais ce sera des sophistes. La contingence est totale, le risque inévitable. »
49 Voir le commentaire de Karel Thein, Le Lien intraitable. Enquête sur le temps dans la République et le Timée de Platon, Paris, Vrin, 2001, p. 62-74. « Les Muses chantent une mélancolie cosmique » (p. 68), l’ignorance principale de l’homme, celle du temps : « les hommes ne savent rien sur le temps et, pire encore, ils ne savent rien sur leur temps » (p. 68).
50 Voir le commentaire de Georges Leroux, p. 695, n. 18.
51 Ibid., p. 694-697, n. 17-23
52 Karel Thein parle d’un « exercice qui se révèle d’emblée intraitable puisqu’il est infini », Le lien intraitable, op. cit., p. 71.
53 Voir S. Breton, Saint Paul, Paris, P.U.F., 1988, « Espérance cosmologique et phénoménologie de la nature », p. 84-93.
54 Voir par exemple, K. Papaioannou, La consécration de l’histoire, Paris, Ivrea, 1996.
55 Sur la différence entre la conception grecque et la conception judaïque de la linéarité, voir, Éd. Will, Cl. Orrieux, Ioudaïsmos-Hellènismos. Essai sur le judaïsme judéen à l’époque hellénistique, op. cit, chap. ii, p. 37-66. La conception grecque de la linéarité implique ce que nous pouvons appeler le retour du même tandis que la conception juive a un commencement, une fin et un sens.
56 « Tout le dialogue a pour fin de substituer la bonne image à la mauvaise, qu’il s’agisse de la Justice et des autres vertus, du philosophe et de la philosophie, de la dialectique et du Bien » (M. Dixsaut, Le Naturel philosophe, op. cit., p. 269).
57 Voir aussi Romains 16, 17 : τοὺς τὰς διχοστασίας καὶ τὰ σκάνδαλα [...] ποιοῦντας (« ceux qui produisent les dissensions et les troubles », je traduis).
58 Qualificatif avancé aussi par Monique Dixsaut : « Que peut engendrer un usurpateur ? ». Lire les analyses dans M. Dixsaut, Le Naturel philosophe, op. cit., « La perversion de la philosophia », p. 267-269.
59 Cicéron, De la République. Des Lois, trad. C. Appuhn, Paris, Classiques Garnier, 1954, p. 115.
60 Hippolyte (Commentaire sur le Livre de Daniel et sur l’Apocalypse, 16-18) parle aussi de l’Antécrist-tyran. Cf. C. Badilita, Métamorphoses de l’Antichrist chez les Pères de l’Église, op. cit, p. 237-240.
61 C. Schmitt, Le nomos de la Terre, op. cit, p. 68-69.
62 Ibid., p. 69.
63 Voir aussi Philèbe, 65e-66a : « Alors que les plaisirs, à mon avis, et en particulier les plus grands d’entre eux, lorsqu’on voit quelqu’un les éprouver, se révèlent avoir des effets ridicules et d’une telle laideur (τὸ πάντων αἴσχιστον) que nous en éprouvons nous-mêmes de la honte (αἰσχυνόμεθα) et tentons de les dissimuler autant que faire se peut, en les confiant à la nuit, comme si la lumière du jour ne devait pas les voir » (trad. Pradeau). Voir aussi la note 319, p. 300, où Pradeau fait état de la proximité entre les domaines éthique et esthétique chez les Grecs. Sur le même sujet, voir aussi Lois VIII 841a-b. La distinction entre les deux domaines est toutefois bien établie par Platon : pensons, par exemple, au Théétète où Théodore est dit bon malgré sa laideur.
64 Voir aussi République 519a.
65 M. Dixsaut, Le Naturel philosophe, op. cit., p. 262. Voir l’ensemble de l’analyse des pages 262-267.
66 Compare avec la parabole du semeur dans Marc 4, 3 sq.
67 M. Marshall, The Possibility Requirement in Plato’s Republic, Ancient Philosophy 28 (2008), vol. XXVIII, No. 1, Pittsburgh, Mathesis Publications.
68 Hippolyte (Commentaire sur le Livre de Daniel et sur l’Apocalypse, 16-42) accomplit une synthèse intéressante entre la succession des quatre règnes de Daniel et la tradition hésiodique des quatre races. Ainsi, le règne de Babylone (l’or) cède aux Perses de Darius (l’argent), qui cède aux Grecs d’Alexandre (le bronze), qui cède à Rome (le fer). C’est de Rome que sortira donc l’Antéchrist-tyran. Voir C. Badilita, Métamorphoses de l’Antichrist chez les Pères de l’Église, op. cit., p. 213-219.