Charleton, Gassendi et la réception de l’atomisme épicurien en Angleterre
Charleton, Gassendi and the reception of epicurean atomism in England
p. 213-225
Résumé
Walter Charleton is generally regarded as a disciple of both Epicurus and Gassendi. But we must see that he was also strongly influenced by Descartes. He attempted to synthesise two rather different philosophical positions, Epicurean atomism and Cartesian metaphysics. The Cartesian dimensions of his thought were never to produce significant converts. But the atomistic philosophy and the Epicurean ethics found a much more receptive audience. This, combined with a firm commitment to Christian theology, allowed a wider acceptance of atomic theories, together with their epistemologically important consequences, which emerged most clearly in Locke’s philosophy and the corpuscular theories of Boyle and Newton.
Remerciements
Je suis particulièrement reconnaissant à François Tricaud d’avoir bien voulu se charger de la traduction française.
Texte intégral
1Walter Charleton, médecin anglais du XVIIe siècle, est souvent considéré comme ayant été le disciple à la fois d’Épicure et de Gassendi, et on lui fait généralement l’honneur d’avoir été le premier, en Angleterre, à présenter l’atomisne épicurien dans sa version moderne : ce qu’il fit effectivement en publiant, en 1654, sa Physiologia Epicuro-Gassendo-Charletoniana 1, ouvrage maintenant bien connu des spécialistes de l’histoire des sciences au XVIIe siècle. Ce livre, et sa traduction de la philosophie morale d’Épicure2, sont généralement tenus comme la preuve décisive d’un lien étroit existant entre Charleton, d’une part, Épicure et Gassendi d’autre part. On tend à penser, aussi, que leur publication marque le début de l’influence de Gassendi sur la pensée anglaise.
2Il n’est pas question de contester que Charleton ait été un grand admirateur de ces deux philosophes, et une partie de mon propos, aujourd’hui, visera à souligner cette dette indiscutée. Mes remarques, néanmoins, s’orienteront aussi vers des perspectives quelque peu différentes, et moins étroites. En effet, je voudrais d’abord faire valoir que la réception, par les Anglais, tant d’Épicure que de Gassendi, fut un processus sensiblement plus complexe que ne le ferait supposer la seule considération des œuvres majeures impliquées dans l’affaire. Deuxièmement, et sans que cela soit tout à fait séparable de mes efforts pour m’acquitter de la première partie de mon programme, je m’efforcerai de montrer que les événements qui seront l’objet principal de mon attention, à savoir la première réception, en Angleterre, de l’atomisme épicurien et des doctrines apparentées, sont d’une très grande importance dans le développement de la mentalité moderne : pas seulement pour ce qui est de leur rôle dans le développement des sciences de la nature (rôle déjà bien connu, même si l’on n’en a pas encore pris toute la mesure), mais aussi pour ce qui touche à la philosophie et à l’éthique modernes. Assurément, ce que j’aurai à dire sur ce dernier point restera très inadéquat eu égard à l’ampleur de la question, mais je voudrais au moins indiquer par là une piste que je crois digne d’être explorée.
3Disons d’abord un mot des facteurs qui compliquent les données du problème. Le premier d’entre eux est le fait qu’au cours des années 40, les relations culturelles entre la France et l’Angleterre (qui sont pour la présente enquête une question centrale) sont, à cause de la guerre civile en Angleterre, d’une nature anormale, pour ne pas dire plus.
4Un autre facteur de complication tient au fait que la nouvelle philosophie française n’était pas seulement celle du nouvel atomisme épicurien, en dépit de l’importance énorme que celui-ci allait avoir. Gassendi n’était pas le seul à occuper la scène. Il y eut aussi l’impact de Descartes, qui était certainement, du point de vue intellectuel, au moins l’égal de Gasssendi ; et c’est lui, finalement, plutôt que Gassendi, qui a été considéré comme « le père de la philosophie moderne ». Ajoutez à cela un autre ingrédient, qui revêt la forme iconoclaste et non négligeable de Thomas Hobbes, anglais sans nul doute, mais très réceptif aux développements intellectuels qu’il rencontra en Italie et en France, et tout particulièrement dans le cercle de Mersenne à Paris. Beaucoup d’aspects de ces développements intellectuels complexes devaient, dans les cinquante années suivantes, s’enfouir profondément dans la psychè intellectuelle anglaise, et sans nul doute sont encore présents parmi nous : au total, un « potage » intellectuel qui offrit de quoi dîner pendant le restant du siècle, accompagné d’une bonne rasade de bordeaux et de plus qu’un soupçon de cognac.
5Dans la mesure où mes réflexions ont trait particulièrement à Charleton, mon argumentation aura pour objet de nuancer l’interprétation courante qui en fait un simple disciple d’Épicure et de Gassendi. Car il ne fut pas seulement un disciple d’Épicure et de Gassendi, mais aussi (et c’est ici que son chemin se sépare de celui de Gassendi), un sectateur de Descartes. Et sans doute pourrait-on aussi bien identifier chez lui d’autres influences (peut-être même celle de son ami Hobbes). Mais en fait, ce que je voudrais suggérer, c’est que nous devrions regarder Charleton comme offrant, des deux philosophes français, une synthèse que ceux-ci auraient sans doute trouvée surprenante s’ils en avaient eu connaissance.
6Ils l’auraient sans doute trouvée surprenante, mais nous ne devrions pas en faire autant, ou du moins pas pour les mêmes raisons. La chose ne devrait pas nous surprendre parce que Gassendi et Descartes étaient du même côté dans ce qui allait être la bataille intellectuelle décisive du XVIIe siècle : celle qui était livrée contre Aristote et les scolastiques. Ici, on ne peut qu’être d’accord avec cette intuition du poète Dryden selon laquelle, en définitive, l’importance de Charleton repose sur la campagne qu’il mène en faveur de la nouvelle vision du monde, contre l’ancienne. Dryden, comme on pouvait sans doute s’y attendre, exprime cela dans un hommage en vers rendu à son ami :
La plus longue tyrannie qui jamais régna
Fut celle par laquelle nos ancêtres abandonnèrent
Leur libre raison entre les mains du Stagirite,
Faisant de sa torche leur lumière universelle3.
7Or, un point absolument central dans ce rejet d’Aristote et des enseignements traditionnellement reçus était l’abandon de la conception scolastique de la matière et de ses propriétés. C’est ici, surtout, que la contribution de Charleton devait être très importante.
8Avant de commencer à m’efforcer de justifier ces propositions, je voudrais, cependant, en avancer une autre. Telle que je la présente aujourd’hui, elle demeurera un thème très mineur, mais qui pourrait faire l’objet d’une étude beaucoup plus développée. Voici ce dont il s’agit. Les grands bouleversements nationaux et internationaux, les guerres et les autres tragédies analogues de l’histoire humaine, offrent souvent un intérêt particulier pour l’historien des idées, à cause de la façon dont les mouvements de populations qu’engendrent ces bouleversements mettent en contact des penseurs qui sans cela ne se seraient guère rencontrés, voire pas du tout.
9Le XVIIe siècle est particulièrement remarquable à cet égard. Ainsi, pour prendre quelques exemples, les horreurs de la guerre de Trente Ans poussèrent Samuel Hartlib à s’installer en Angleterre en 16284. Il en va peut-être de même de Henry Oldenburg, qui devait devenir secrétaire de la Royal Society. La Hollande et l’Angleterre devaient bénéficier de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. La Hollande, et plus tard l’Angleterre, tirèrent profit de la fuite de Whigs anglais tels que John Locke dans les années 80. Mais ce sont les effets découlant de la guerre civile anglaise qui nous intéressent spécialement aujourd’hui. Car une des conséquences de cette guerre – la fuite vers Paris de royalistes anglais, occasion de la fréquentation mutuelle, dans les années 40, d’intellectuels français et anglais-engendra, par une stimulation réciproque des esprits, des idées dont beaucoup sont à la base de la pensée moderne.
10On trouve mieux qu’un aperçu de ce milieu anglo-français dans la correspondance, historiquement importante, de l’exilé anglais Sir Charles Cavendish avec son ami John Pell (lequel était – tels sont les paradoxes de la guerre civile – un agent de Cromwell en Suisse). Dans une de ces lettres, écrite en 1644, Cavendish associe dans la même phrase les noms des trois grands philosophes du milieu du siècle : « Je pense comme vous que Gassendi et Descartes sont d’une orientation différente, et je vois bien que M. Hobbes se rencontre avec Gassendi pour ce qui est de ne pas aimer les écrits de Descartes : il n’aime pas du tout, en effet, le dernier livre de philosophie de Descartes, nouvellement paru »5.
11Cavendish résidait à cette date à Hambourg, mais il était le plus souvent à Paris. Hobbes s’y trouvait aussi, et il était devenu une figure centrale dans le cercle de Mersenne (avec qui, bien entendu, Gassendi et Descartes étaient étroitement liés).
12L’admiration de Hobbes pour Gassendi, à laquelle cette lettre fait allusion, est importante. Car il est très possible que ce fût Hobbes (presque certainement pas Hobbes seul) qui encouragea Charleton à étudier l’œuvre de Gassendi. Le moment, la forme, et même la réalité de cette incitation constituent autant de questions qui ne sont pas encore résolues. Mais ce qui est certain, c’est que Charleton, comme nous le verrons, se mit rapidement à la lecture de Gassendi.
13Mais n’anticipons pas. Je voudrais, avant d’aller plus loin, donner une brève esquisse de la biographie de Charleton. Il était le fils d’un ecclésiastique du Somerset, recteur de Shepton Mallet. En 1635, à l’âge alors nullement inhabituel de seize ans, il entra à Oxford, à Magdalen Hall, en vue de préparer le diplôme de Bachelor of Arts. C’est ce même Magdalen Hall (à ne pas confondre avec Magdalen College) que Hobbes avait fréquenté quelque vingt ans plus tôt. Charleton y eut comme tutor John Wilkins, qui devait jouer plus tard un rôle important dans la fondation de la Royal Society. Il semble plus que probable que Wilkins éveilla l’intérêt du jeune homme pour les questions de philosophie naturelle et de médecine. Les grandes capacités de ce dernier, spécialement dans le domaine de la médecine, lui permirent d’obtenir le Doctorat en médecine à l’âge très précoce de vingt-quatre ans : c’était en 1643, en pleine guerre civile. Très vite, il travaille en étroite association avec William Harvey, premier médecin du roi. La cour était alors installée à Oxford, et quelques mois après avoir avoir été reçu docteur, Charleton était nommé médecin ordinaire du roi. A ce moment-là, son appartenance au camp royaliste ne pouvait pas être plus évidente, et le statut social qu’il avait atteint comme jeune médecin ne pouvait pas être plus élevé. On n’est pas surpris de constater que sa situation se détériore avec la défaite de la cause royale, et que la vie ne fut pas facile pour lui dans les années 50. Mais la Restauration le trouve pratiquant la médecine à Londres, et en 1662 il est l’un des membres fondateurs de la Royal Society. Plus tard, il devait être président du Collège Royal des Médecins. Tout en exerçant son activité médicale, il devait trouver le temps d’éditer, de composer ou de traduire plus de vingt ouvrages de philosophie, de physiologie et de médecine, ainsi qu’une célèbre étude de Stonehenge. Son premier biographe dit de lui : « on peut se demander si c’est dans la philosophie naturelle ou la philosophie morale qu’il fut le plus grand »6. Et à coup sûr, bien que Charleton mérite le nom de philosophe au sens moderne de ce terme, on doit se rappeler aussi que le mot de philosophie devait s’entendre, pour lui, dans un sens plus large, qui englobe ce que nous appelons les sciences de la nature ; et il n’est pas douteux qu’il considérait ses contributions à la médecine, à la théologie et à la philosophie comme faisant partie d’un seul tout cohérent. Il s’ensuit, à mon avis, que la philosophie de Charleton au sens restreint (j’entends par là ce qui fait de nos jours l’objet de l’interrogation philosophique) lui apparaissait comme organiquement liée au domaine plus étendu de ses préoccupations scientifiques et médicales : je reviendrai brièvement sur ce point à un stade ultérieur de mon exposé.
14Un des amis que Charleton se fit à Oxford était Evelyn, qui était lui aussi royaliste, et allait, comme Hobbes et bien d’autres, passer à Paris une grande partie des années de guerre civile. Et là, en tant que membre de la communauté anglicane et royaliste des exilés, sérieusement tourné, pour sa part, vers les spéculations intellectuelles, il se situait à la frontière du milieu philosophique, sans qu’il y jouât jamais, apparemment, un rôle marquant. Il est clair, cependant, qu’il fut séduit par le renouveau contemporain de l’atomisme antique, par l’ intermédiaire, sans nul doute, de la philosophie de Gassendi. Encore qu’il y ait peu d’indices de telles préoccupations philosophiques dans son Journal, il fait référence à Gassendi en tant qu’auteur de la Vie de Peiresc et à Baillet en tant qu’auteur de la Vie de Descartes, beaucoup plus tard, dans une lettre écrite à William Wotton, au sujet de Robert Boyle, peu après la mort de ce dernier : il y exprime l’espoir que Boyle, lui aussi, trouvera le biographe qu’il mérite, et cela dans la personne de Wotton. Mais la meilleure preuve de l’engagement d’Evelyn au service du nouvel atomisme réside peut-être dans le fait qu’il fut le premier à publier une traduction anglaise du De Natura Rerum de Lucrèce. Je n’entreprendrai pas d’apprécier avec quelque précision la portée de cette réalisation. Je préfère vous renvoyer à un livre important, récemment paru : The Material Word, par Richard Kroll. On y trouve une reconnaissance argumentée et originale de la place exacte que le renouveau de l’épicurisme a occupé, à la Restauration, dans la philosophie, les sciences et les lettres7. Cette reconnaissance vaut pour l’ensemble philosophique qu’embrasse l’épicurisme, et pas seulement pour la renaissance d’une théorie corpusculaire de la matière. Dans son extension maximale, cette philosophie aux implications multiples allait finalement marquer de son empreinte la science de Boyle et de Newton, ainsi que la philosophie de Locke dans ses aspects épistémologiques, moraux et politiques. Mais ce sont là des perspectives trop vastes pour aujourd’hui. Nous nous contenterons d’esquisser un geste dans leur direction en rappelant qu’Épicure conseillait de savourer les plaisirs simples du jardin, et qu’au XVIIe siècle en Angleterre, nul n’a mieux et plus littéralement suivi ce conseil que J. Evelyn.
15Un autre personnage qu’il est essentiel de connaître pour apprécier correctement la situation intellectuelle et l’œuvre de Charleton, c’est Sir Kenelm Digby. Ce dernier était un catholique pleinement acquis à la cause royaliste. Ces convictions le conduisirent, après la défaite du roi, à passer de longues périodes soit en prison, soit en exil à Paris. Dans cette ville où il était déjà venu plusieurs fois dans le passé, il ne se sentait nullement étranger. En compagnie de Hobbes, il y avait été introduit dans le cercle de Mersenne. En fait, c’est de Paris que Digby avait envoyé à Hobbes, en 1637, ce qui fut probablement le premier exemplaire du Discours de la Méthode à atteindre l’Angleterre8.
16C’est à Paris que Digby publia en 1644 ses Two Treatises : in the one of which the Nature of Bodies in the other the Nature of the Soul, is looked into : in way of Discovery of the Immortality of Reasonable Souls. Ces ouvrages remarquables sont une tentative pour opérer une synthèse entre la pensée d’Aristote9 et une doctrine néo-atomiste. Et ces idées s’accompagnent, dans l’univers intellectuel complexe de Digby, d’une certaine adhésion à la médecine de Paracelse et de Van Helmont (ce qui introduit un lien de plus, comme nous le verrons, entre Digby et le médecin Charleton).
17Descartes se désespérait de l’incapacité de Digby à se libérer complètement de la vieille conception du monde, et il avait certainement raison au moins sur un point : entre les philosophies rivales d’Aristote et d’Épicure, il n’existe pas de synthèse soutenable, que ce soit au niveau de la théorie physique, de l’épistémologie ou de l’éthique. Mais l’épicurisme pouvait-il (et au XVIIe siècle, le siècle des guerres de religions, c’était la question cruciale) être mis en accord avec la pensée chrétienne ? Il revint à Gassendi en France, à Charleton, Boyle et Locke en Angleterre, de répondre fermement par l’affirmative.
18La haute estime dans laquelle Charleton tenait Digby, tant sur le plan intellectuel que d’un point de vue plus personnel, est attestée par un passage des « Protegomena » de la traduction de Van Helmont qu’il publia en 1650, sous le titre : A Ternary of Paradoxes (j’en reparlerai un peu plus loin). Courageusement, il y rend à son ami l’hommage que voici : « [...] Sir K. Digby, un grand seigneur qui a élevé sa raison jusqu’à un savoir d’un niveau si transcendant qu’il semble ne le céder que de peu à celui de l’homme dans l’état d’innocence [...] »10. L’hommage était courageux parce qu’en 1650 Digby était considéré par les nouveaux maîtres puritains du pays, sans doute à bon droit, comme un redoutable ennemi potentiel. Le geste de Charleton avait sa beauté. Etait-il prudent ? on peut en douter.
19A Ternary of Paradoxes prouve qu’en novembre 1649, au moment où il écrivait ses « Prolegomena », Charleton s’intéressait vivement à la médecine paracelsienne de Van Helmont. D’autres sources établissent qu’il travaillait à cette époque comme assistant d’un médecin paracelsien, Sir Théodore de Mayerne11. Mayerne était lui-même un exilé volontaire. Huguenot, médecin en titre du roi de France Henri IV, il avait été, en 1603, protégé des attaques que lui valaient, de la part de la Faculté de Médecine, ses thérapeutiques paracelsiennes. Après l’assassinat d’Henri IV en 1610, il s’était établi définitivement en Angleterre. Il y devint successivement médecin de Jacques Ier, Charles Ier et Charles II (quatre patients royaux, c’est peut-être un record pour un médecin !)12.
20Mayerne intéresse notre présent propos en cela qu’il était, en tant que iatrochimiste de la nouvelle école, un disciple de Paracelse. Charleton, qui travaillait pour lui, était lui aussi un disciple de Paracelse. Mais entre 1549 et 1651 a lieu un déplacement, ou du moins un élargissement, des allégeances intellectuelles de Charleton. Le centre de ses intérêts passe de la médecine paracelsienne à la philosophie française.
21Quelle fut la cause précise de ce changement, c’est ce que nous pouvons seulement conjecturer. On peut cependant restreindre comme suit le champ des hypothèses : ou bien Charleton se rendit à Paris, y rencontra ses amis Digby, Evelyn, et Hobbes, et fut initié par eux aux ouvrages de Gassendi et à ceux de Descartes qu’il ignorait encore ; ou bien, resté en Angleterre, il eut des conversations ou échangea des lettres avec les mêmes amis.
22En tout cas, nous savons qu’il y a des raisons de penser qu’en novembre 1649 Charleton était familier au moins de certains écrits de Descartes : en effet, dans l’Épître dédicatoire de A Ternary of Paradoxes, il interprète la méthode d’analyse de Descartes comme une reprise de la méthode stoïcienne. C’est là une référence au Discours de la Méthode, qui, comme nous l’avons vu (cf. note 5 ci-dessus) atteignit Hobbes (ami de Charleton) en Angleterre dès sa parution, en 163713. Mais rien n’indique que Charleton ait été plus loin, dès cette époque, dans la direction de l’admiration pour Descartes qu’il professera, en 1652, dans The Darkness of Atheism.
23Encore qu’il ne soit peut-être pas important, en définitive, de savoir comment il fut mis en contact avec les nouveaux philosophes et s’enthousiasma pour leur philosophie, je suis favorable, pour ma part, à l’hypothèse de Lindsay Sharp selon laquelle Charleton se serait rendu en Fance. Comme Sharp le remarque, il est absent des réunions du Collège des Médecins pendant les quinze mois qui s’achèvent en 1652. La descriptions des jardins du Luxembourg, ainsi que d’autres références à Paris, qui sert de cadre au dialogue sur l’immortalité de l’âme (publié en 1657), suggèrent par leur précision que Charleton avait vu les lieux, et que le Luxembourg aurait bien pu être le lieu d’une discussion entre Evelyn et lui. Le troisième personnage du dialogue, qui est à la fois un grand seigneur, un philosophe et un diplomate, est probablement Henry Pierrepont, premier marquis de Dorchester, à qui le livre est dédié14. Mais que Charleton ait ou non effectué un voyage en France à cette époque, ce n’est pas là une question très importante. Le point crucial est qu’un solide lien intellectuel avec les philosophes français fut bientôt noué.
24Avant de continuer à suivre la carrière de Charleton, je voudrais revenir brièvement vers deux hommes dont j’ai déjà cité la correspondance. Sir Charles Cavendish et John Pell.
25Je le fais d’abord pour bien faire saisir l’intime relation qui liait certains exilés anglais de Paris avec les philosophes français – relation qui est au cœur de ma présente enquête –, mais aussi pour illustrer par un exemple que je crois assez significatif la manière dont ils réagissaient à cette stimulation.
26Cavendish, qui est à Paris, tient Pell au courant de la vie intellectuelle de la ville, et comme tous deux s’intéressent spécialement aux mathématiques, c’est souvent sur des points de mathématiques que porte leur correspondance. Mais pour eux, sans aucun doute, les trois figures les plus intéressantes sont celles de Descartes, Hobbes et Gassendi. Ceux-ci sont considérés, pourrions-nous dire, comme les innovateurs en matière de philosophie, de telle sorte qu’on doit connaître l’existence de leurs ouvrages, et les lire, à mesure qu’ils sont composés et publiés. On apprend ainsi qu’en 1645 Hobbes a presque achevé un traité d’optique15 ; qu’on peut, en 1649, se procurer le livre de Gassendi sur la philosophie d’Épicure, ainsi qu’une traduction française du De Cive de Hobbes16. Il est beaucoup question des désaccords entre Hobbes et Descartes, et aussi de deux textes de Hobbes nouvellement publiés (De Corpore Politico et Human Nature)17. Tous les commentaires font voir que Cavendish ne se considère comme le disciple d’aucun des trois philosophes, mais il est évident qu’il a plus d’estime pour eux que pour aucun des autres penseurs de leur entourage (par exemple, il accepte le jugement de Gasssendi sur un ouvrage de mathématiques qui vient d’être publié). En particulier, il envoie à Pell, en Suisse, un exemplaire du Philosophiæ Epicuri Syntagma de Gassendi (le « petit » Syntagma, à ne pas confondre avec le Syntagma Philosophicum, ouvrage beaucoup plus étendu qui paraît seulement après la mort de Gassendi, dans les Opera omnia de 1658). Quant à son amitié avec Descartes, elle est confirmée par le fait que Descartes, peu avant sa mort (survenue en 1650), lui envoie un exemplaire des Passions de l’Âme. Et en 1648 avait eu lieu un événement auquel beaucoup d’entre nous auraient bien aimé assister : nous savons en effet que le frère de Cavendish, le futur duc de Newcastle, avait reçu ensemble à dîner, parmi d’autres invités. Descartes, Hobbes et Gassendi. Autant qu’on sache, en dépit de leurs désaccords antérieurs, les trois philosophes conservèrent, en cette occasion, des rapports courtois18.
27De ces faits, et d’autres qu’il serait fastidieux de rapporter plus amplement, il semble raisonnable de conclure que les nouvelles et les idées provenant de Paris ne cessèrent pas de s’introduire en Angleterre, tout au long de l’Interrègne. À la fin de 1651 ou au début de 1652, Hobbes était lui-même de retour en Angleterre, heureux sans nul doute de pouvoir discuter avec des amis tels que Charleton, pour qui Aubrey nous dit qu’il avait une grande admiration19.
28Revenons maintenant, après cet excursus parisien, vers Londres et vers Charleton. Comme je l’ai indiqué, il est devenu coutumier de souligner le rapport étroit qui unit Charleton à Gassendi. La raison en est simple. C’est effectivement la Physiologia de 1654 qui attire l’attention d’un très large public anglais sur la philosophie tant d’Épicure que de Gassendi. Dans cet ouvrage, Charleton traduit un texte de Gassendi de 1649, Animadversiones in Decimum librum Diogenis Laërtii, auquel il ajoute diverses explications de son crû.
29Le livre lui-même est un gros in-folio. On y trouve une reconstitution détaillée de la philosophie atomiste, depuis l’acceptation du vide et de l’existence des atomes, jusqu’à l’exposé des propriétés fondamentales de la matière, et à l’acceptation de la distinction entre les qualités premières et secondes des corps. C’était là, pour l’atomisme épicurien, une distinction absolument centrale ; elle était fondamentale, en fait, pour tous les représentants de la nouvelle philosophie, qu’il s’agît de Galilée, de Descartes ou de Gassendi ; bien entendu, elle était totalement incompatible avec la conception aristotélicienne des propriétés. C’est en accord avec ces thèses atomistes que Charleton expose en détail la physiologie de la perception, s’étendant particulièrement sur la vue, l’ouïe et le goût.
30Au cours de cet exposé, il porte de nombreux jugements sur les philosophes tant antiques que modernes. Il est assez remarquable que Paracelse, dont l’astre avait jadis resplendi au zénith de son univers intellectuel, est désormais traité avec la dernière sévérité : on nous parle des « stupides admirateurs de Paracelse, cet ivrogne fanatique »20. À Descartes au contraire échoit la plus haute louange, dès les premiers mots de l’Épître dédicatoire (en des termes qui révèlent au passage que Charleton avait lu Les Principes de la Philosophie). Il est l’épitomè de tous les « Défenseurs de la liberté philosophique », digne de se voir associer la devise Amicus Plato, amicus Aristoteles, magis arnica veritas21. Cette formule se retrouvera littéralement dans le cahier de notes du jeune Newton, encore étudiant22, qui l’a presque certainement empruntée au livre de Charleton. Celui-ci admire aussi Descartes pour son explication de la perception et des couleurs. Mais on devra noter que son admiration est loin d’exclure l’esprit critique : « le génie ambitieux de Descartes a pris son essor vers ces sublimes énigmes et y a hardiment planté le fer de ses principes mécanistes [...] ». Mais, nous dit Charleton, l’explication de Descartes échoue. Il lui sait gré de ses laborieux efforts, mais conclut par un jugement en forme d’épitaphe : « Magnis tamen excidit ausis » (« Il osa de grandes choses, mais échoua »)23.
31Un article plus étendu que celui-ci serait nécessaire pour commencer à rendre justice au contenu de l’ouvrage de Charleton. Mais on peut voir, je pense, par ce bref aperçu, qu’il s’agit d’une œuvre de poids, nullement d’une simple traduction de Gassendi. C’est plutôt l’expression du jugement mûrement pesé de Charleton sur ce qui a été proposé par Gassendi, avec des coups d’œil jetés au passage sur quelques débats contemporains. On ne saurait aucunement écarter Charleton comme n’étant que le factotum anglais de Gassendi. Il est plutôt celui qui présente Gassendi comme le grand Renovator (c’est le mot dont il se sert) d’une philosophie presque disparue. C’est
« l’immortel Gassendi qui, à partir de quelques fragments obscurs et désordonnés de celui-ci [...] a reconstitué cet Épicure qu’on méprisait, pour en faire un des philosophes les plus profonds, les plus tempérants, les plus fertiles en œuvres »24.
32On peut inférer, partiellement, l’importance de Charleton dans le développement des sciences à partir du fait suivant : il semble bien que ce fut la Physiologia qui initia le jeune Newton, étudiant à Cambridge en 1661, à Épicure et à Gassendi25. Le livre de Charleton doit donc être considéré comme une des sources essentielles de la conception de la matière que Newton allait adopter, avec toutes les conséquences qui devaient en découler.
33Ici, néanmoins, je voudrais nuancer par une importante précision notre compréhension de Charleton (j’en ai déjà dit un mot) : s’attacher exclusivement à la Physiologia pour connaître la pensée de Charleton, c’est rendre un mauvais service à l’auteur aussi bien qu’à l’histoire de la philosophie. Charleton, en effet, souligne fréquemment que sa Physiologia n’est qu’une partie de l’ensemble de sa philosophie. Elle expose bien le système de la physique, mais elle est présentée concurremment avec la théologie philosophique et la théorie morale de Charleton, qui se trouvent dans ses autres œuvres. Les trois plus importantes de celles-ci sont : The Darkness of Atheism dispelled by the Light of Nature, publié en 1652, avant la Physiologia 26 : The Immortality of the Human Soul demonstrated by the Light of Nature27, et enfin, une « Apologie for Epicurus » donnée en introduction à Epicurus ’s Morals.
34Que Charleton voulût que ses ouvrages fussent considérés comme formant un tout, cela ressort clairement de l’« Advertisement to the Reader » qui précède The Darkness of Atheism. Nous nous sommes, dit-il,
« proposé il y a peu de construire tout un édifice de science physique sur des principes qui semblent, selon notre jugement, tout à fait solides et permanents, parce que tout à fait démontrables, ou du moins tout à fait vraisemblables, pour ce qui est d’expliquer tous les phénomènes naturels ; et nous avons fermement embrassé cet axiome des Scolastiques, Nulla res, qualiscumque est, intelligi potest, nisi Deus prius intelligatur : nulle chose de la nature ne peut être connue, si l’Auteur de la nature n’est pas d’abord connu » (a2v-a3r).
35Quand nous nous tournons vers le corps du livre, ce n’est pas la philosophie de Gassendi que nous rencontrons, mais celle de Descartes. C’est en effet la preuve de l’existence de Dieu de la Troisième Méditation que Charleton nous propose, sans dissimuler sa source le moins du monde, et en dépit, dit-il, des objection de Mersenne et de Hobbes. Cette preuve est d’ailleurs accompagnée de beaucoup d’autres éléments de la métaphysique cartésienne. C’est ainsi qu’il commence par poser la distinction cartésienne entre esprit et corps : « l’âme de l’homme est une substance parfaitement distincte de son corps, et dotée de l’immortalité par le caractère de son essence » (a3r). En outre, en plein accord avec Descartes, et nullement en accord avec Gassendi, Charleton soutient que l’idée de Dieu est innée en l’homme, « indélébilement imprimée dans la substance de son esprit ». Et il fait l’éloge de l’argument de Descartes, le déclarant bien supérieur à celui des autres philosophes, y compris Grotius et Gassendi (b3v).
36Ce ralliement sans équivoque à la philosophie de Descartes s’accompagne du rejet de la plus grande partie de la doctrine d’Épicure, qui est stigmatisé comme « ce secrétaire de l’Enfer » (p. 158). Et Charleton souligne que le problème crucial, face à Epicure, est de séparer la balle du bon grain (p. 43).
37Un semblable rejet de la philosophie épicurienne (et, pour une part, de celle de Gassendi) se trouve dans le dialogue plus tardif sur The Immortality of the Human Soul. Ici à nouveau, l’argumentation est cartésienne, et explicitement dirigée contre la philosophie atomiste de l’interlocuteur Lucretius. Presque certainement, celui-ci représente John Evelyn, l’ami de Charleton qui, rappelons-le, fut le premier à traduire Lucrèce en anglais.
38Ces très brèves indications autorisent la conclusion suivante : s’il est vrai, bien entendu, que Charleton est un grand admirateur de la contribution de Gassendi aux sciences physiques (cela, la Physiologia en témoigne amplement), c’est Descartes qui, pendant les années 50, constitue la source principale de son épistémologie, de sa théologie et de sa métaphysique.
39Si une synthèse satisfaisante peut être fabriquée à partir de ce qui peut apparaître comme un mélange inattendu, c’est là une autre question. J’y reviendrai dans mes remarques finales. Mais il faut noter que Charleton ne cherchait pas à atteindre, dans ses conclusions, ce haut degré de certitude qui est caractéristique du programme cartésien. Et sur ce point il est plus proche de Gassendi. En 1669, citant Sénèque, il écrit à Margaret, duchesse de Newcastle, que les hommes peuvent, certes, déterminer ce qui est plus ou moins probable, mais que Dieu seul sait ce qui est vrai quant aux choses de la nature. Il en conclut que tous les systèmes de philosophie ne sont rien d’autre que des conjectures, englobant dans cette appréciation les systèmes physiques d’Aristote, de Démocrite, d’Épicure, de Descartes et de Hobbes. Il dit qu’il n’est
« guère enclin à affirmer qu’ils seraient autre chose que d’ingénieux commentaires, proposés par l’intelligence des hommes, du texte obscur et indéchiffrable de ce monde, au mieux des conjectures plausibles, pas moins différentes, peut-être, de l’histoire de la nature, que les romans de chevalerie ne le sont de la véritable histoire des héros »28.
40Et l’on doit remarquer que dans ses dernières œuvres son adhésion aux thèses de Descartes ou de Gassendi est plus mesurée. Il est intéressant de noter, par exemple, que dans sa Natural History of the Passions de 1674 il critique à la fois, chez Descartes, une anatomie fautive et une explication inadéquate de la liaison de l’esprit et du corps29. Mais malgré cela, cet ouvrage révèle un profond attachement, qui fait penser aussi bien à Descartes qu’à Gassendi, à l’explication mécaniste en physiologie. En vérité, on pourrait presque le considérer comme un prolongement de l’œuvre de Descartes tant en philosophie qu’en physiologie, tempéré par des emprunts à Galilée. Ainsi constitue-t-il, au moins dans une certaine mesure, cette synthèse des philosophies de Descartes et de Gassendi dont j’ai suggéré ci-dessus qu’elle était l’objectif de Charleton.
41Mon commentaire final sera celui-ci. J’ai cherché à montrer que si l’on veut apprécier la philosophie de Charleton envisagée comme un tout, on doit la considérer comme étant, en substance, cette combinaison de Descartes et de Gassendi. Mais si on trouve, dans cette philosophie, peu de signes d’originalité30, Charleton n’en occupe pas moins une place importante dans dans l’histoire, comme étant le premier Anglais à avoir exposé la philosophie naturelle et morale d’Épicure sous une forme religieusement acceptable. À mon avis, on ne saurait trop insister sur la signification historique de cet épisode. Je vais, brièvement, en donner la raison. C’est que ce fut cette philosophie atomiste, ou corpusculaire, qui fournit la nouvelle représentation du monde naturel : non seulement elle est au cœur de la science qui allait se développer à partir de Gassendi et de Charleton, la science de Boyle, de Newton, et de leurs successeurs, mais aussi elle fut reçue par Locke, en sa quasi totalité, dans son épistémologie. Celui-ci en effet, qui acceptait sans difficulté, en matière d’information scientifique, l’autorité des spécialistes, considérait que cette conception était, dans les sciences de la nature, une hypothèse solidement fondée.
42La philosophie corpusculaire imposait (je pense que le mot n’est pas trop fort) la distinction entre qualités premières et secondes, faisant surgir cette redoutable troupe de questions avec lesquelles, depuis Locke, la philosophie a si souvent dû se débattre, et qui conduisaient directement au « grand scandale » que Kant trouva au cœur de la philosophie. La même philosophie, par ce qu’elle implique à l’égard de la nature des êtres humains, donnait naissance (parmi bien d’autres) au problème des rapports du corps et de l’esprit. Le monde sans finalité des atomes en mouvement ramenait de force l’attention vers les faits empiriques de la sensation, qui devenaient la seule donnée pour la construction d’une éthique. C’est ainsi qu’Épicure fondait sa propre théorie morale sur le fait empirique du plaisir et de la douleur : « le plus grand mal est de vivre dans la souffrance », a-t-il écrit « et, par une conséquence nécessaire, le plus grand bien est de vivre dans le plaisir »31. Hobbes a dit à peu près la même chose et Locke aussi. L’utilitarisme de Bentham et de Mill dérive sans solution de continuité de cette philosophie des atomes en mouvement du XVIIe siècle que Charleton, à la suite de Gassendi, nous a transmise après l’avoir trouvée dans Épicure. Et bien que dans la forme sous laquelle elle nous est d’abord arrivée – la philosophie de Gassendi et de Charleton, de Boyle et de Locke – il y ait une courageuse tentative pour associer la philosophie nouvelle avec la vieille théologie, je soupçonne que c’est aussi dans la philosophie d’Épicure qu’il conviendrait de rechercher les semences de la conception sécularisée du monde des temps modernes. C’est là quelque chose que Thomas Hobbes reconnaissait pleinement. Mais il était en avance sur son temps32.
Notes de bas de page
1 Physiologia Epicuro-Gassendo-Charletonia : or a Fabrick of Science Natural upon the hypothesis of Atoms. Founded by Epicurus, Repaired by Pet rus Gassendus, Augmented by J. Walter Charleton. The First Part (London : Tho. Newcombe for Thomas Heath 1654). Réimpression, avec une Introduction par R.H. Kargon, New-York et Londres, 1966. (Le sous-titre peut se traduire ainsi : « L’Édifice de la Science de la Nature selon l’hypothèse des Atomes, fondé par Épicure, restauré par Pierre Gassendi, augmenté par Walter Charleton »). Dans un autre texte, Kargon caractérise Charleton en ces termes : « Parmi les premiers disciples de Gassendi se trouve le médecin Walter Charleton. A celui-ci revient l’honneur d’avoir été le premier à présenter en Angleterre l’atomisme épicurien dans sa version moderne (« the revived Epicurean atomism » ; « Walter Charleton, Robert Boyle, and the Acceptance of Epicurean Atomism in England », Isis, 1964, vol. 55, 2, n° 180, p. 184). Ce n’est là qu’un article important sur Charleton, parmi d’autres. On peut citer aussi : C. Webster, « The College of Physicians. ‘Solomon’s House’ in Commonwealth England », Bulletin of the History of Medicine, 61, 1967, pp. 393-412 ; N. Rattner Gelbert, « The intellectual Development of Walter Charleton », Ambix, 18, 1971, pp. 149-168 ; Lindsay Sharp, « Walter Charleton’s Early Life, 1620- 1659, and relationship to Natural Philosophy in Mid-Seventeenth Century England », Annals of Science, 30, 1973, pp. 311-343 ; Margaret Osler, « Descartes and Charleton on Nature and God », Journal of the History of Ideas, 40, 1979, pp. 445-456. Voir aussi Robert Hugh Kargon, Atomism in England front Hariot to Newton, Oxford : Clarendon Press, 1966, Ch. 8 ; S. Fleitmann, Walter Charleton (1620-1707), Francfort, 1986 ; Howard Jones, « Epicurus Britannicus », chapitre 8 dans The Epicurean Tradition, Londres : Routledge, 1989 ; Richard Kroll, The Material Word. Literate Culture in the Restoration and Early Eighteenth Century, Baltimore : The John Hopkins Press, 1991 ; Rolf W. Puster, Britische Gassendi-Rezeption am Beispiel John Loches, Stuttgart : Frommann-Holzboog, 1991.
2 Epicurus’s Morals Collectedpartly out of his owne Greek Text in Diogenes Laertius, and partly out of the Rhapsodies of Marcus Antoninus, Plutarch, Cicero, and Seneca. And faithfully Englished, Londres, 1656. Réimpression, avec une Introduction par F. Manning, Londres, 1920. On peut traduire : « La Morale d’Épicure recueillie pour une part dans ses propres textes grecs traduits par Diogène Laërce, et pour une autre part dans les rhapsodies de Marc Aurèle, Plutarque, Cicéron et Sénèque. Fidèlement rendue en anglais ». Le mot de rhapsodie suggère apparemment, sans intention péjorative, qu’à la manière des rhapsodes qui transmettaient les poèmes épiques, les auteurs cités ont le mérite de transmettre les doctrines philosophiques.
3 John Dryden, « To my Honored Friend, Dr. Charleton » : épître d’hommage placée en tête de la Chorea Gigantum (« Le Chœur des Géants ») de Charleton (1662), qui est son ouvrage sur Stonehenge. On peut trouver le texte intégral de l’épître dans R. Kroll, op. cit., pp. 31-33.
4 Cf. le recueil publié sous la direction de Charles Webster Samuel Hartlib and the Advancement of Learning, Cambridge, 1970, p. 6.
5 Page 80 dans le recueil édité par James Orchard Halliwell : A Collection of Letters Illustrative of the Progress of Science in England from the reign of Que en Elizabeth to the reign of Charles the Second, Londres, 1841. Quant au livre de Descartes dont il est question, il s’agit des Principia Philosophiœ publiés en 1644.
6 Biographia Britannica, London, 1747, p. 1291.
7 Pour le titre complet du livre de Kroll, cf. note 1 ci-dessus. Sur Evelyn, voir spécialement le chap. 5.
8 Cf. G.A.J. Rogers, « Descartes and the English », in The Light of Nature, ouvrage publié sous la direction de J.D. North et J.J. Roche, Dordrecht : Martinus Nijhoff, 1985, pp. 281-302.
9 Le titre pourrait se traduire : « Deux Traités, dans lesquels sont examinées, respectivement, la Nature des Corps, et la Nature de l’Âme humaine : par où se découvre l’Immortalité des Âmes raisonnables ». Quelques années auparavant, Descartes notait tristement que Digby était trop fidèlement attaché à la doctrine d’Aristote : cf. sa lettre à Mersenne du 11 octobre 1638 (Œuvres. AT II 398).
10 « Prolegomena », d2. Le titre A Ternary of Paradoxes peut se traduire « Une Triade de Paradoxes ».
11 Cf. L. Sharp, article cité (cf. note 1), p. 318.
12 Cf. Harold J. Cook, The Decline of the Old Medical Regime in Stuart London, Ithaca et Londres, 1986 : Cornell University, pp. 95-97.
13 Cf l’Épître Dédicatoire, en b3.
14 Sharp croit que le dialogue a sa source dans une conversation qui aurait eu lieu en Angleterre, plutôt qu’en France. Cf. article cité, note 1, pp. 325-326.
15 Lettre de Sir Charles Cavendish au Révérend Dr. John Pell, en date du 1/11 novembre 1645. In Robert Vaughan, The Protectorate of Oliver Cromwell, 2 vol., Londres, 1839 : vol. 2, p. 365.
16 Cf. Helen Harvey, « Hobbes and Descartes in the Light of some Unpublished Letters of the Correspondence between Sir Charles Cavendish and Sir John Pell », Osiris, 1950, pp. 80-87.
17 Il n’est peut-être pas superflu de rappeler que Human Nature et De Corpore Politico, imprimés en 1650, reproduisent respectivement (en dépit du titre latin de l’un des deux) les treize premiers chapitres et les seize chapitres suivants de The Elements of Law, diffusés en cahiers manuscrits à partir de 1640.
18 Voici le propos d’Aubrey : « J’ai entendu M. Edm. Waller dire que Monseigneur le Marquis de Newcastle ne ménageait pas son patronage au Dr. Gassendi et à M. Descartes, non moins qu’à M. Hobbes, et qu’il avait dîné avec eux trois à la table du marquis, à Paris », Letters Written by Eminent Persons in the Seventeenth and Eighteenth Centuries, 2 vol., Londres, 1813 : vol. 2, p. 626. Aubrey rapporte aussi que Hobbes tenait Gassendi et Descartes en haute estime, en dépit de ses désaccords avec ce dernier.
19 Ibid., p. 630.
20 Op. cit., p. 3.
21 Ibid., p. 3.
22 Cf. Certain Philosophical questions : Newton’s Trinity Notebook édité par J.E. McGuire et M. Tamny, Cambridge, 1983, p. 336.
23 Op. cit., p. 197.
24 Ibid., p. 4.
25 Cf. le cahier de notes du jeune Newton (mentionné à la note 22 ci-dessus), passim.
26 The Darkness of Atheism dispelled by the light of Nature : a physico-theologicall Treatise. Londres, 1652 (« Les Ténèbres de l’Athéisme dissipées par la Lumière de la Nature : Traité physicothéologique »).
27 « L’Immortalité de l’Âme humaire démontrée par la Lumière de la Nature ».
28 Extrait d’un recueil de textes manuscrits de Charleton (brouillons de lettres et autres écrits), conservé à la Bodleian Library sous la cote Ms. Smith 13 : page 48.
29 Cf. Kroll, op. cit., note 1, pp. 222-223.
30 Il y a peut-être plus d’originalité dans sa physiologie et sa médecine, mais ce sont là des domaines à l’égard desquels je ne suis pas un juge compétent.
31 Epicurus’s Morals (cf. note 2 ci-dessus), p. 14.
32 Cet article reproduit, avec quelques développements supplémentaires, la communication donnée au Colloque International Pierre Gassendi : sa Postérité. Une version plus longue en a été présentée à la « Gassendi Conference » organisée par la British Society for the History of Philosophy, à la Dr William’s Library (Londres) en novembre 1992. Je remercie les participants de ces deux réunions pour leurs utiles commentaires, notamment Antonio Clericuzio, Thomas Lennon, Sylvia Murr, Margaret Osler, Richard Popkin, Peo Rattansi, Rainer Specht, François Tricaud et Jean-Michel Vienne.
Auteurs
-
G.A. John Rogers
Professor, Head of the Department of Philosophy, University of Keele, Keele, Staffordshire, STS 5BG. UK.
- François Tricaud (trad.)
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