Chapitre II. Les conditions nécessaires du mouvement animal
p. 101-115
Texte intégral
Les conditions externes et internes
1La première partie du traité, les chapitres 1 à 4, a pour objet d’établir les conditions nécessaires du mouvement animal. Entendons par « conditions nécessaires » les conditions qui relèvent de l’explication téléologique, par la médiation de la nécessité hypothétique : l’explication des processus et des propriétés physiques comme moyens en vue de certaines fins. Comme l’a montré ci-dessus l’analyse du sommeil dans les PN, ces conditions comprennent les deux aspects de la nécessité naturelle telle que la définit la Physique : « le nécessaire, dans les êtres naturels, c’est ce qu’on énonce comme matière et les mouvements de celle-ci1. » Il s’agit donc à la fois des composants matériels qui vont permettre le mouvement – les éléments, les tissus, les organes –, et des mouvements ou séries de mouvements qui sont présupposés par un mouvement donné. Le MA va sur ce point apporter deux précisions majeures. Premièrement, le mouvement local a une forme de priorité sur tous les autres ; deuxièmement, la production des mouvements résulte de processus spontanés.
2Commençons par la priorité du mouvement local. Elle ne va pas de soi. Le déplacement de l’animal n’est en effet que « le dernier des mouvements »2 dans les êtres en devenir, ce qui signifie qu’il est préparé par des mouvements antécédents et notamment par des changements qualitatifs ou altérations. Néanmoins, le déplacement de l’animal en son entier, même s’il est un mouvement ultime, est lui-même précédé de mouvements locaux et pas seulement de changements qualitatifs. Ainsi, dans le chapitre 5 du MA, Aristote se demande s’il y a un principe immobile dans tout ce qui se meut, que ce soit selon le mouvement local ou selon les autres mouvements. Ce texte, malgré ses obscurités, suggère la réponse suivante : puisque le mouvement local est le « mouvement premier »3, et puisque celui-ci présuppose un principe immobile interne, les autres mouvements (accroissement, altération), auxquels le mouvement local est nécessaire, présupposent également un principe immobile. La génération et la destruction sont volontairement laissées de côté4.
3Il est vrai que la thèse de la primauté du mouvement local pose des difficultés5. Aristote, dans la Physique, rejette lui-même l’idée que les autres mouvements puissent être expliqués par la réunion et la séparation des composants et, notamment, que l’on puisse rendre compte de la génération et de la destruction par la condensation et la raréfaction, qui sont, elles, réductibles à la réunion et à la séparation, c’est-à-dire à des changements selon le lieu6. D’autre part, dans l’individu, le mouvement local est en un sens le dernier des mouvements7 et, comme on l’a vu, le MA lui-même précise que le transport est le mouvement ultime chez les êtres soumis au devenir. Ainsi, chez l’animal, la sensibilité est plus « primitive » et générale que le déplacement8, comme le montre le fait que l’animal se meut – s’il a la capacité de se mouvoir – en fonction de ce qu’il sent.
4Toutefois l’insistance d’Aristote sur ce point est en grande partie justifiée par des motifs d’ordre dialectique : en refusant la réduction des changements qualitatifs à un mécanisme élémentaire, il entend barrer la route aux théoriciens « matérialistes », en particulier aux atomistes9. Dans d’autres textes, notamment en Météor., IV10, l’action du chaud et du froid dans la constitution des tissus organiques doit être expliquée en termes de mouvement local. Plus fondamentalement, étant donné que ce qui est dernier « selon la génération » doit être premier « selon la nature », c’est-à-dire selon la fin, « le mouvement <local> sera le premier de tous selon la substance »11. La capacité motrice est en ce sens nécessairement première par rapport aux autres capacités d’un animal capable de changer de lieu, dans la mesure où elle en constitue la justification finale. La sensation, de ce point de vue, est à la fois première, parce qu’elle est à l’origine du changement de lieu, et seconde, en tant qu’elle en est la condition. Ainsi, l’explication du transport de l’animal implique, non seulement le déplacement des géniteurs, nécessairement antérieur à l’existence de l’animal, mais aussi les mouvements locaux des parties ou des résidus qui se trouvent à l’intérieur de l’organisme, comme ceux des impressions sensibles ou du sang. L’analyse des rêves a permis de mesurer l’importance des mouvements locaux internes dans la formation et la manifestation des images. De ce point de vue, il est logique que le MA privilégie le paradigme que constitue le premier des mouvements, à savoir le mouvement local, non seulement externe, mais aussi interne.
5Venons-en maintenant à l’enchaînement des mouvements. Nous pouvons parler d’explication « mécaniste » dans la mesure où, abstraction faite du principe moteur et ainsi des causes premières de mouvement, la connaissance de la cause prochaine et du mode d’enchaînement des mouvements découle de la référence aux seules données matérielles et quantitatives. L’argumentation du premier chapitre de notre traité est de ce point de vue significative :
En tout cas, que ce qui se meut soi-même est principe des autres mouvements, qu’il a pour principe ce qui est immobile et que le premier moteur est nécessairement immobile, on l’a établi précédemment, lorsqu’on a traité du mouvement éternel et qu’il a été question de savoir s’il est ou s’il n’est pas et, s’il est, ce qu’il est. Or cela il faut le comprendre, non seulement par argumentation et en général, mais aussi en considérant les choses particulières et les réalités perceptibles, qui nous permettent, précisément, de se mettre en quête des arguments généraux et auxquelles nous estimons que ces derniers doivent s’adapter.
En effet, ces considérations, elles aussi, montrent clairement qu’il est impossible qu’il y ait mouvement si rien n’est au repos, et cela en premier lieu à l’intérieur des animaux eux-mêmes. Il faut en effet, pour qu’une partie se meuve, que quelque chose soit en repos. C’est pour cette raison même que les animaux ont des articulations. Ils se servent en effet des articulations comme d’un centre et la partie tout entière, dans laquelle se trouve l’articulation, devient à la fois une et double, droite et pliée, se modifiant, en puissance et en acte, grâce à l’articulation12.
6Aristote évoque rapidement la nécessaire existence d’un premier moteur immobile, dont il ne dévoilera la nature qu’à partir du chapitre 6, et il passe aussitôt à ce que révèle l’observation sensible des mouvements en tant que tels. Nous apprenons ainsi qu’il est impossible qu’il y ait du mouvement si rien n’est au repos. Cette exigence s’applique en premier lieu à la disposition interne des parties de l’animal : pour qu’un membre se meuve, il faut qu’il y ait un point d’appui immobile auquel ce membre est rattaché, comme on le voit dans la structure de l’articulation. L’avant-bras ne pourrait se mouvoir si l’axe de rotation du coude ne demeurait pas immobile par rapport à lui, si bien que la partie que constitue le bras dans son ensemble est en un sens une seule chose et, en un autre sens, deux choses. La dualité en repos / en mouvement contient virtuellement le véritable principe explicatif de tout mouvement animal, voire du mouvement animal en général : l’argumentation va suivre une progression, depuis la rotation de l’articulation, abstraction faite du moteur, jusqu’à l’explication du mouvement du tout. La fonction du sc, opérateur nécessaire de tout mouvement animal, s’explique précisément par sa capacité propre de contraction et de dilatation. Celle-ci permet à la région cardiaque, d’une part, d’être mue par l’âme et par les mouvements qui l’atteignent et, d’autre part, d’être le point de départ stable des mouvements provoqués par l’animal. C’est donc très logiquement qu’Aristote assigne au premier principe interne la même fonction qu’à l’articulation :
Il semble qu’il en aille ici à l’égard du principe propre à l’âme comme du point situé dans les articulations, à la fois moteur et mû, à l’égard de ce qui est immobile13.
7Le fait que l’on puisse hésiter sur le sens de l’expression « le principe propre à l’âme » – s’agit-il du cœur, ou de l’âme elle-même ? – n’atténue pas la force de l’analogie : la structure de l’articulation permet de comprendre comment un même individu – en l’occurrence, l’animal – peut être à la fois moteur et mû, substantiellement unifié et pourtant double. La récurrence de la combinaison modale un et double / en puissance et en acte 14 montre clairement que nous avons affaire ici à un schème explicatif fondamental. D’un côté, dans l’articulation, la même partie peut être considérée comme une et en puissance double – bras étendu – ou bien double et en puissance une – bras plié –, ou encore : comme en repos sous un certain aspect – le coude comme axe de rotation du bras – et en mouvement sous un autre. De l’autre, c’est l’animal en son entier qui doit être considéré comme moteur et comme mû, et cela conformément à la caractérisation de l’animal comme automoteur15. Nous reviendrons sur ce dernier point, mais nous pouvons d’ores et déjà noter que le dédoublement vital du tout ne peut s’accomplir – et se comprendre – qu’à partir du dédoublement mécanique des parties.
8La seconde condition mécanique, examinée dans les chapitres 3 à 4, confirme l’importance du recours à la théorie des mouvements : il faut, outre les points d’appui internes qui viennent d’être évoqués, un point d’appui externe16 pour que l’animal se meuve. On progresse difficilement sur le sable17, ce qui montre bien que la marche, la nage ou le vol exigent un support : un sol suffisamment ferme, l’eau ou l’air. Il s’agit en réalité de la même exigence mécanique que la précédente, forme d’application du principe du levier, transposée cette fois aux conditions externes du déplacement :
de même en effet qu’il doit y avoir à l’intérieur de l’animal quelque chose d’immobile, s’il veut se mouvoir, de même et à plus forte raison, faut-il qu’il y ait à l’extérieur quelque chose d’immobile, qui serve de point d’appui à ce qui se meut pour qu’il se meuve18.
9La théorie du point d’appui peut s’autoriser de l’expérience, conformément à ce qu’Aristote avait annoncé dans le chapitre 1, mais elle s’explique également par l’analyse théorique des conditions générales du mouvement local : l’animal a besoin de points d’appui internes et externes parce que tous les mouvements locaux, y compris des mouvements de l’organisme immobile comme la toux, le fait de cracher ou la respiration19, dérivent des deux formes élémentaires du mouvement, la poussée et la traction20. Ce principe commande toute l’argumentation du chapitre 2, où il n’est pas encore question du moteur interne, mais il sera investi d’une fonction essentielle au chapitre 10, lorsque Aristote l’appliquera au souffle connaturel et, de ce fait, au mouvement de l’animal pris comme un tout :
d’autre part, les opérations du mouvement sont la poussée et la traction, de sorte que son instrument doit pouvoir s’accroître aussi bien que se comprimer. Or telle est la nature du souffle, car elle se comprime et se dilate sans subir de contrainte21 […].
10La mécanique du MA ne se limite pas à l’application du principe du levier. Elle permet de rendre compte des processus internes qui s’accomplissent, non seulement sans l’intervention expresse et volontaire de l’animal, mais encore à distance du moteur et après que celui-ci a donné l’impulsion. Les exemples de ce type de mouvements ne manquent pas dans le MA : les passions et leurs manifestations physiologiques (chapitres 7-8, 11) ; les mouvements des automates, qui illustrent la spontanéité des changements internes chez les êtres vivants (chapitre 7) ; la spontanéité avec laquelle les différentes parties accomplissent leurs opérations et son paradigme, la cité bien organisée dans laquelle le monarque n’a pas besoin de commander directement chaque action (chapitre 10). Pour comprendre ce type de phénomène, il faut poser deux principes : la simultanéité des affections respectives de l’agent et du patient22 et la contiguïté des parties concernées23.
11Le premier principe est clairement formulé au chapitre 8 :
[…] puisque, en outre, l’agent et le patient ont cette nature que nous leur avons souvent attribuée, lorsqu’il arrive qu’il y ait d’une part l’agent et, d’autre part, le patient, et qu’aucun des deux ne soit privé des caractères qui entrent dans sa définition, directement l’un agit et l’autre pâtit. C’est donc pour ainsi dire simultanément que l’on pense qu’il faut avancer et que l’on avance, pourvu que rien d’autre ne nous en empêche. En effet, les affections préparent les parties organiques de manière adéquate, le désir fait de même avec les affections, et l’imagination avec le désir. Et celle-ci est produite soit par la pensée, soit par la sensation. La simultanéité et la rapidité tiennent au fait que l’agent et le patient font partie de ces choses qui sont relatives l’une à l’autre par nature24.
12L’agent et le patient sont des relatifs25. Plus encore, si l’on considère cette relation dans son actualité, c’est-à-dire dans l’effet (la coupure, la brûlure) que produit l’agent sur le patient au moment même où il produit cet effet (la coupure ou la brûlure en train de s’accomplir), elle se caractérise par une spontanéité que l’on retrouve dans le cas particulier de la motricité animale. Dans ce dernier cas, l’argument sous-entendu semble être le suivant : l’animal est un automoteur ; il doit donc être à la fois moteur et mû, c’est-à-dire agent et patient26 – ce qui suppose qu’il y ait en lui une partie au repos et une partie mobile, car il ne peut pas être à la fois agent et patient en une même partie ni sous le même rapport27 – ; or l’agir et le pâtir sont réciproques, comme la relation entre le moteur et le mû28. Ainsi, dans une même action, le devenir agent et le devenir patient sont simultanés. C’est dans un même temps que je donne un coup de pied dans le ballon et que le ballon reçoit mon coup de pied, parce qu’il s’agit du même événement considéré sous les points de vue respectifs de l’agir et du pâtir.
13Aristote, conformément aux conclusions du chapitre 7 sur le raisonnement pratique29, applique ce même principe, non seulement au comportement global de l’animal, mais aussi à la conduite humaine : « c’est donc pour ainsi dire simultanément que l’on pense qu’il faut avancer et que l’on avance, pourvu que rien ne nous en empêche30. » Il emploie, il est vrai, les clauses restrictives d’usage lorsque l’on traite des conditions de l’activité animale (« pour ainsi dire » ; « pourvu que rien ne nous en empêche »), parce que la part de contingence qui les affecte est irréductible. Toutefois, cela n’enlève rien à la radicalité de l’argument : dans des conditions standards, l’implication de l’intention effective à l’action est aussi spontanée que la corrélation de l’agir et du pâtir est immédiate. L’usage de εὐθὺς (« directement ») à la ligne 15 fait clairement écho à l’utilisation du même terme, au chapitre7, pour rendre compte des effets du raisonnement pratique31.
14Le second principe, celui de la contiguïté des parties, est directement lié à un phénomène souvent répertorié par Aristote : la prolongation du mouvement après que le moteur a cessé d’exercer sa puissance et, plus généralement, le problème de la motricité par contact, alors qu’il n’y a plus de contact avec le moteur32. Pour le résoudre, Aristote recourt en d’autres endroits à la notion déjà platonicienne de répercussion (antiperistasis), tout en la critiquant. Il le fait notamment en Phys., VIII, 10, 266b28- 267a2033, où il montre que, dans le cas des projectiles, les intermédiaires – l’air, l’eau, ou autre chose – reçoivent du moteur la capacité de mouvoir, et cela même lorsqu’il n’agit plus comme moteur. La motricité est assurée par la contiguïté de l’air, de l’eau ou de tout autre corps intermédiaire : ainsi, l’air – une sorte de poche d’air – placé devant le mobile prend sa place et le meut à son tour. Dans le cas du vivant, il faut supposer l’existence d’un milieu34 homogène qui remplisse la même fonction. Aristote n’est malheureusement pas très précis sur ce point, mais il est probable que le sang et le souffle connaturel soient les intermédiaires qui garantissent les répercussions internes. Les PN sont toutefois plus explicites que le MA à propos de la théorie des projectiles, qu’il s’agisse d’expliquer la formation des images oniriques à partir des sensations, les errements des mélancoliques ou bien encore la réminiscence ou remémoration35. Néanmoins, la proximité de ces traités avec le MA et l’intérêt que ce dernier porte aux moteurs intermédiaires montrent qu’il tient une telle doctrine pour acquise.
15Les allusions du MA aux séries de mouvements et à leur enchaînement spontané semblent toutefois introduire une confusion entre deux types de moteurs : les formes des objets de crainte ou de désir d’une part ; le moteur organique que constitue le cœur d’autre part. À vrai dire, seul ce dernier est par essence moteur – les objets perçus ou représentés n’étant moteurs que par accident – et, comme nous l’avons vu, sa fonction centrale et vitale lui confère la prééminence sur les principes ou points de départ des mouvements reçus. Le mécanisme des séries cinétiques englobe en tout cas – et c’est ce qui fait son intérêt pour l’économie de la doctrine du MA – à la fois les mouvements qui partent du cœur et ceux qui vont vers lui.
16Ainsi, l’explication des mouvements internes, parce qu’elle seule rend compte de la spontanéité des affects, est l’indispensable soubassement physiologique de l’explication téléologique et intentionnelle du mouvement externe. Plus généralement, le MA montre de manière exemplaire comment, dans le vivant, la causalité finale s’articule avec la causalité nécessaire, que la seconde œuvre à la première – comme nécessité hypothétique – ou qu’elle en soit indépendante36, qu’il s’agisse de fins pratiques ou de fins organiques.
17Des parties au tout et du tout aux conditions externes, la doctrine du MA manifeste une continuité qui lui confère une très notable fécondité théorique. Sans qu’il soit besoin d’aborder encore directement le problème de l’automotricité ou, en d’autres termes, de l’autonomie dynamique de l’animal, on pressent qu’une partie non négligeable de la solution dépend de la nature de cette continuité. L’animal ne peut se mouvoir lui-même que s’il trouve, à la fois en lui et hors de lui, les circonstances matérielles favorables à son mouvement : non seulement des points d’appui internes et externes, mais aussi de quoi se nourrir, ou les moyens de respirer. La question sera donc de savoir comment il peut à la fois dépendre de son environnement et se mouvoir lui-même en vertu d’une impulsion qui lui appartient en propre.
Les limites de l’explication mécaniste
18Le mécanisme que l’on vient de décrire est-il cependant suffisant ? Tout d’abord, le principe du point d’appui externe pose de sérieuses difficultés. Regardons de plus près l’argument du chapitre 2. Le point d’appui externe ne peut être, par définition, une partie de ce qui se meut, comme le montre l’image du bateau qui demeure immobile, tant que l’on ne prend appui que sur une partie du bateau lui-même :
pourquoi donc est-il facile de mouvoir un bateau si l’on pousse, de l’extérieur, le mât avec une perche ou en appliquant celle-ci sur quelque autre partie, alors que si l’on essayait de le faire en étant à l’intérieur du bateau, il ne bougerait pas, pas même si c’était Tityos, ou si c’était Borée qui soufflait depuis l’intérieur du bateau, si jamais il soufflait comme il le fait dans les œuvres des peintres, car ils le peignent projetant le souffle de l’intérieur de lui-même ? En effet, que ce soit doucement qu’on lance le souffle ou avec violence – de manière à produire un vent plus fort – ou que quelque chose d’autre soit lancé ou poussé, il est nécessaire, avant toute chose, que l’on pousse en prenant appui sur l’une des parties qui restent au repos, et ensuite qu’à son tour cette partie – elle-même ou ce dont elle se trouve être une partie – demeure immobile en ayant pour soutien quelque chose qui se trouve hors d’elle. Or il est logique que celui qui pousse le bateau, quand il est lui-même dans le bateau et qu’il a le bateau pour soutien, ne le fasse pas bouger, parce qu’il est nécessaire que ce que l’on prend pour soutien demeure immobile. Mais ce qui se passe ici, c’est que ce qu’il s’efforce de mouvoir et ce qu’il prend pour soutien sont la même chose. Toutefois, si c’est de l’extérieur qu’il pousse ou qu’il tire, il le meut, car la terre n’est pas une partie du bateau37.
19Il faut nécessairement qu’à défaut de vent, l’on pousse l’embarcation depuis la terre ou en s’appuyant sur le fond de l’eau par l’intermédiaire d’une perche, ou bien que l’on tire le bateau par un système de halage. Or nous constatons également que le Ciel se meut. Faut-il supposer qu’il prend appui lui aussi sur un corps extérieur et qu’ainsi le Ciel se meut grâce à quelque chose qui n’en serait pas une partie ? Faut-il à l’inverse penser que le Ciel – compris au sens d’univers – est mû en prenant appui sur une partie de lui-même, en l’occurrence la Terre ?
20Les chapitres 3 et 4 sont consacrés à l’examen de cette difficulté. Le chapitre 3 applique les acquis des deux premiers chapitres au mouvement du Ciel : le Ciel et l’univers dans son ensemble doivent être en rapport, pour se mouvoir, avec un principe immobile externe. L’argumentation, difficile, du chapitre 4 peut être reconstituée ainsi : si la situation actuelle de l’univers est le résultat d’un jeu de forces, comme dans l’image d’Atlas prenant appui sur la Terre pour faire tourner la voûte céleste38, il n’est pas absolument impossible que se produise un mouvement qui soit d’une telle puissance que la Terre, parce qu’elle est le point d’appui supposé de ce jeu de forces, soit déplacée de son lieu. On peut même envisager que l’ensemble des corps qui sont soumis à ces forces – externes ou internes – soient dissous39. Toutefois, il s’agit-là d’un argument par l’absurde, car la structure de l’univers et les corps qui en sont proprement les parties sont indestructibles. Par conséquent, le principe immobile du mouvement de l’univers ne saurait être à l’intérieur de lui et il doit être, non pas relativement, mais absolument immobile. Le principe de l’extériorité et de l’immobilité du point d’appui s’applique donc à la fois à l’univers et à l’animal. Il faut dès lors supposer, pour que l’univers se meuve sans être dissous, que son principe immobile est un véritable premier moteur et qu’il n’est pas lui-même affecté par le mouvement qu’il produit. Ce n’est donc pas un point d’appui à partir duquel s’exercerait une force.
21La conclusion d’Aristote est en cela conforme à sa doctrine du premier moteur cosmique40. Nous pouvons la décomposer en deux temps : a) le Ciel – les sphères mais aussi ce qui se trouve à l’intérieur des sphères – ne se meut pas de lui-même en prenant appui sur l’une de ses parties ; b) il ne prend pas appui sur un corps extérieur, mais il est mû, indépendamment de toute force proprement physique, par un principe immobile.
22Si nous considérons uniquement (a), nous constatons que l’exemple du Ciel fournit un argument a fortiori qui corrobore les acquis des deux chapitres précédents : le tout le plus achevé et le plus divin ne peut se mouvoir s’il ne dispose que de ses propres parties pour le faire, donc les animaux ne peuvent pas non plus se mouvoir dans ces conditions. Le chapitre 3 est sur ce point très clair :
Que donc il y ait quelque chose qui soit pour la nature tout entière comme la terre pour les animaux et pour les êtres qui sont en mouvement par leur intermédiaire, on peut le conclure de ces considérations41.
23L’argument repose sur les principes cinétiques antérieurement établis. Aristote, loin de rejeter purement et simplement toute explication mécaniste dans le domaine de la cosmologie, corrige par un mécanisme bien compris les explications erronées : l’explication par une rotation de la sphère autour des pôles42 ou l’invocation naïve et littérale du mythe d’Atlas. L’analogie entre le Ciel et l’animal est seulement imparfaite, dans la mesure où ce dernier doit prendre appui, non seulement hors de lui mais aussi en lui43.
24Toutefois, si l’on considère (b), on commence du même coup à percevoir l’insuffisance ou le caractère incomplet d’une explication strictement mécaniste : le premier moteur cosmique, comme le Zeus de l’Iliade, n’a besoin d’aucune force et il ne doit accomplir aucun mouvement pour ordonner le mouvement du monde :
Mais faut-il, ou non, qu’il y ait quelque chose d’immobile et en repos à l’extérieur du mû, et qui ne soit pas une partie de celui-ci ? Est-il également nécessaire qu’il en aille de même pour l’univers ? On trouvera sans doute absurde que le principe du mouvement soit à l’intérieur de lui. C’est pourquoi ceux qui partagent ce jugement trouvent qu’Homère a eu raison de dire :
Mais vous ne tirerez pas des cieux sur la Terre
Zeus qui est au-dessus de tout, même si vous vous y épuisez.
Accrochez-vous tous, dieux et déesses !
En effet, ce qui est totalement immobile ne peut être mû par rien. C’est de cela que découle la solution de la difficulté sur laquelle on discute depuis longtemps, et qui est de savoir s’il peut se faire, ou non, que l’organisation du Ciel soit dissoute, si elle est suspendue à un principe immobile44.
25Dans le texte de l’Iliade, Zeus s’adresse aux divinités pour leur interdire de prendre parti dans la guerre de Troie et il les menace de les jeter dans le Tartare. Si elles essayaient de tirer Zeus vers la Terre en saisissant la corde d’or qui rattache le Ciel à la Terre, c’est lui qui les ferait remonter, et avec elles la Terre et la Mer. Le monde serait alors suspendu dans les airs, attelé à l’Olympe. Cette citation n’a pas nécessairement pour objet de dénoncer l’inanité des figurations mythologiques de la cosmologie : elle illustre bien la puissance incommensurable et non relative du premier moteur immobile, ce qui exclut que l’on explique le mouvement et la stabilité globale de l’univers par un jeu de forces mécaniques. C’est aussi une manière, pour Aristote, de donner une leçon de bonne lecture en matière de mythes45, contre ceux qui voudraient figurer le mouvement de l’univers en recourant au mythe d’Atlas. Il n’est pas impossible qu’il critique ainsi l’anthropomorphisme d’une pseudo-explication qui prendrait pour paradigme la technique du levier : on n’explique pas le mouvement de l’univers par comparaison avec des moyens proprement humains. Le premier moteur immobile éternel, comme Zeus, est « au-dessus de tout ». Le premier moteur immobile d’Aristote, on le sait, meut par un contact à distance et non par un contact corps à corps, agissant ainsi comme un objet d’amour ou de désir46.
26L’aporie envisagée dans le chapitre 4 est de ce point de vue révélatrice du double rapport, successivement positif et critique, qu’Aristote entretient avec les explications par les forces. Rappelons la difficulté : si l’ordre et le mouvement de l’univers sont le résultat d’un jeu de forces, il n’est pas absolument impossible que se produise un mouvement qui soit d’une telle puissance que la Terre, parce qu’elle est le point d’appui supposé de ce jeu de forces, soit déplacée de son lieu. La réponse d’Aristote consiste à distinguer deux sens d’« impossible » : un tel événement est, non pas accidentellement impossible – comme voir ce qui est sur la lune, ce qui serait possible si l’on disposait d’instruments appropriés –, mais absolument impossible – comme voir le son qui, par soi, n’est pas visible47. Or l’affirmation de cette impossibilité absolue repose sur un double postulat, à la fois méthodologique et physique : pour comprendre l’ordre du monde, il faut renoncer à vouloir expliquer intégralement le mouvement par le jeu des forces en présence. Aristote, en effet, ne se préoccupe pas ici du rapport entre le sujet observant et les conditions matérielles de l’observation : la variation entre les deux sens d’« impossible » ne concerne pas la faculté de voir, qui est la même dans les deux cas, mais l’objet en tant qu’il est ou non visible par soi. L’objet éloigné est naturellement et potentiellement visible, indépendamment de la distance du plus proche sujet percevant, c’est-à-dire indépendamment des conditions de l’actualisation de sa visibilité. Quant au son, on ne le voit pas. De même, l’hypothèse d’une force capable de déplacer la Terre est en réalité une hypothèse purement formelle parce que les conditions de son actualisation ne seront jamais réunies : nous savons – en tout cas nous le savons parce qu’Aristote le dit ailleurs – que le monde est indestructible, et cela sans condition. L’hypothèse en question est une pure supposition argumentative et abstraite.
27La question est donc de savoir quelle valeur nous pouvons attribuer à une pure hypothèse, en vertu de ses seules implications internes. Or la réponse d’Aristote est à ce sujet sans ambiguïté : de pures implications, si elles ne sont pas appropriées à l’objet dont on traite, n’ont d’autre nécessité que leur validité interne, si bien que la non-impossibilité de l’hypothèse n’a aucune incidence sur la connaissance de l’objet, en l’occurrence le caractère indestructible de l’univers. L’argument qui nous conduit à envisager le déplacement de la Terre et la destructibilité de l’univers est donc du type de ceux qu’Aristote qualifie de « purement logiques et vides » (logikôs kai kenôs), par opposition aux arguments appropriés à la matière dont on traite. Il est par ailleurs tout à fait clair que l’impossibilité qui caractérise l’indestructibilité de l’univers est pour Aristote une impossibilité du premier type, c’est-à-dire absolue. Dans une autre argumentation qui prend précisément en compte les deux sens d’« impossible »48, cette conclusion s’impose à partir du moment où l’on considère le problème « selon la nature et non pas en général »49. Dans cette formule, il est clair que « non pas en général », c’est-à-dire « non pas seulement en général », est l’équivalent de logikôs dans son opposition à phusikôs. Cela ne veut pas dire, à la différence de ce que l’on observe dans notre texte, que l’expression soit à prendre en mauvaise part, puisqu’il est alors question d’une argumentation que confirme l’examen phusikôs. Cela signifie qu’il faut distinguer entre des types d’argumentation, ce que l’on ne fait pas si l’on envisage abstraitement la destructibilité du monde en supposant qu’elle n’est pas absolument impossible. Aristote ne rejette pas l’analyse « logique » comme telle, mais en tant qu’elle est, dans l’hypothèse de la destructibilité, oublieuse de la matière en question. En d’autres termes, parce qu’il refuse l’usage, en philosophie naturelle, d’une argumentation qui ferait abstraction de la matière considérée et de l’ensemble des causes naturelles – en l’occurrence des causes autres que purement mécaniques – Aristote invite implicitement son lecteur à substituer à l’hypothèse, non pas seulement une autre explication, mais encore un autre type d’explication. Un mécanisme abstrait et exclusif est incapable de rendre compte du mouvement de l’univers. Par voie de conséquence, le lecteur du MA est invité à limiter également ce type d’arguments à propos du mouvement animal.
28Enfin, aucune explication par les seules forces ne peut donner raison de l’ordre du monde parce qu’elle ne prend pas en compte la distinction entre mouvement naturel et mouvement forcé, distinction qui est présente en creux dans l’argumentation des chapitres 3 et 4 : si le Ciel doit être maintenu ou poussé, ou bien si la Terre peut quitter son lieu, cela signifie que tout mouvement est en réalité forcé et qu’il n’y a pas de lieu naturel susceptible de constituer le terme des mouvements du même nom. Il est à cet égard significatif que Plotin, dans le Traité 30 (III, 8), texte qui remet pourtant en cause sur plusieurs points les cadres de la philosophie d’Aristote, adopte une stratégie comparable à la sienne. Plotin établit en effet qu’il faut « éliminer, de la production naturelle, l’usage du levier » (chap. 2, l. 4), car la nature produit sans effort et par la seule présence de son principe rationnel. Il faut donc, pour cette raison même, supposer en elle un principe immobile, comparable par analogie, mais par analogie seulement, au point d’appui dont se sert l’artisan (l. 10-15). Ainsi, pour Plotin comme pour Aristote, le mécanisme est impuissant à donner la cause du mouvement, mais il constitue un bon paradigme pour comprendre certains aspects de la puissance naturelle de production. Pour Plotin comme pour Aristote, dans la nature, les forces ne sont pas supprimées en tant que telles. Elles constituent simplement un aspect de l’explication et non pas la cause ultime. Il ne s’agit pas, en tout cas, d’une simple métaphore50.
29Les apories cosmologiques du MA, tout en confirmant la légitimité relative des explications mécanistes, préparent le tournant du chapitre 6, c’est-à-dire l’exigence du recours aux causes finales dans un traité sur le mouvement des animaux. La critique du mécanisme ne relève donc pas du dépassement unilatéral, mais bien du dépassement conservatoire : comme on l’a vu en invoquant la fonction du sc, les forces ne cessent pas de jouer et les mouvements qu’elles provoquent ne cessent pas de s’enchaîner spontanément à partir du moment où l’on invoque les causes finales. Les chapitres 7 à 11 montrent précisément que les processus physiologiques qui ne sont pas intentionnellement provoqués ou ceux dont le rapport aux fins vitales n’est qu’indirect sont essentiels à l’explication du mouvement animal. Le mécanisme du MA établit ainsi une continuité explicative qui relie l’analyse des mouvements internes à celle des mouvements externes et, ainsi, la physiologie organique à l’éthologie animale.
Notes de bas de page
1 Phys., II, 9, 200a30-32.
2 MA, 6, 701a2.
3 La plupart des commentateurs identifient le « mouvement premier » de 700a29 au mouvement local, notamment Michel (113.4-5) ; M.Nussbaum, op.cit., p. 326-327 ; A. Preus, Aristotle and Michael of Ephesus. On the Movement and Progression of Animals…, 1981, p. 77-78 ; J. Kollesch, op. cit., p. 45.
4 5, 700a28-29. Cependant, en un sens, elles supposent également le mouvement local. Ainsi, la génération suppose le mouvement local nécessaire à l’accouplement, l’allaitement ou le mouvement local du sang qui permet l’accomplissement de la nutrition et la croissance (Michel, 113.16-19).
5 Voir E. Berti, « La suprématie du mouvement local selon Aristote : ses conséquences et ses apories », dans Aristoteles Werk und Wirkung. Paul Moraux gewidmet, J. Wiesner (ed.), Berlin-New York, de Gruyter, t. I, 1985, p. 123-150.
6 Phys., VIII, 9, 265b30-32, texte cité par E. Berti, art. cit., p. 132.
7 VIII, 7, 260b30-32.
8 P. Pellegrin, La Classification des animaux chez Aristote…, 1982, p. 159.
9 Voir GC, I, 2, 315a34-317a32 ; DC, III, 7-8.
10 Comme l’a montré D. Furley, « The Mechanics of Meteorologica IV. A Prolegomenon to Biology »…, 1983, p. 73-93.
11 Phys., VIII, 7, 261a19-20. Voir en ce sens l’utile synthèse de L. Torraca, Aristotele. De Motu animalium…, 1958, p. 45.
12 698a7-21.
13 10, 703a11-14.
14 1, 698a20 ; 698a27-b1 ; 8, 702a30-31 ; 9, 702b25-26 ; 702b30. Voir encore Mét., Z, 13, 1039a6-7.
15 Voir Phys., VIII, 5, 257b5-13.
16 Plus précisément, les animaux ont généralement plusieurs points d’appui. Les animaux sanguins terrestres en ont deux ou quatre : IA, 1, 704a9-13 ; 5, 706a28-29 ; 7, 707a18 ; 10, 709b22.
17 2, 698b16.
18 2, 698b12-15.
19 4, 700a21-25.
20 Voir ci-dessus, p. 31.
21 10, 703a19-22.
22 8, 702a10-21.
23 9, 702b23.
24 8, 702a10-21.
25 Dans la mesure où l’agir et le pâtir sont relatifs l’un à l’autre. Cela vaut également pour la relation entre le moteur et le mobile. Voir notamment Phys., III, 1, 200b28-32 : « le relatif se dit de l’excès et du défaut, ou de l’agent et du patient et, en général, du moteur et du mobile, car le moteur est moteur du mobile et le mobile est mobile sous l’effet du moteur. »
26 Voir Phys., VIII, 5, 257b12-13.
27 Phys., VIII, 5, 258a1-2.
28 GC, I, 7, 324a24-26 ; voir aussi De Long., 3, 465b15.
29 Voir ci-dessous, p. 118-126.
30 8, 702a15-17.
31 Notons que Michel (120.13) voit dans cette implication une allusion au pneuma, qui a précisément pour fonction de communiquer aux membres la force qui s’origine dans le cœur (voir MA, 10, 703a19).
32 Il faut préciser qu’il s’agit de motricité par contact au sens strict, dans la mesure où Aristote fait également place à la motricité à distance, comparable à un simple toucher émotionnel. Voir GC, I, 6, 323a12-34.
33 Voir aussi Phys., IV, 8, 215a15, où le terme ἀντιπερίστασις est implicitement réservé à la théorie exposée en Timée, 59 a ; 79e-80 c. Voir encore DC, III, 2, 301b23-30.
34 Comme le montre l’examen par B. Manuwald de l’ensemble des textes relatifs à la théorie des projectiles, dans son étude « Die Wurftheorien im Corpus Aristotelicum », dans Aristoteles Werk und Wirkung, op. cit., p. 151-167.
35 Sur ce point, voir P.-M. Morel, « L’habitude : une seconde nature ? »…, 1997, p. 131-148 ; « Les Parva naturalia d’Aristote et le mouvement animal »…, 2002, p. 61-88.
36 Le MA n’aborde pas directement ni explicitement la question du statut des processus purement nécessaires dont Aristote parle ailleurs, comme la production de la bile ou la détermination de la couleur des yeux. Le mécanisme dont il expose les principes s’applique toutefois a priori aux mouvements purement consécutifs et, en ce sens, dépourvus de justification finale. Sur cet aspect de la nécessité biologique, voir ci-dessus, p. 63-64.
37 2, 698b21-699a11.
38 3, 699a27-b11.
39 4, 699b12-17.
40 On pourrait trouver, sur ce point, que l’argumentation du MA est décevante, car cette solution n’est qu’implicite. Voir en ce sens D. Lefebvre, « La critique du mythe d’Atlas. DMA, 3, 699a27-b11 », dans Aristote et le mouvement des animaux, op. cit., p. 115-136, qui propose une lecture aporétique de la critique du mythe d’Atlas dans notre passage. Cette déception ne se justifie toutefois que si l’on attend du MA qu’il contienne un véritable développement cosmologique. Si, à l’inverse, on estime que le passage cosmologique du MA n’est qu’une digression analogique, on ne peut pas exiger de lui qu’il expose une véritable thèse en la matière.
41 3, 699a24-27.
42 699a20-24.
43 700a6-11.
44 4, 699b32-700a6. Pour la citation libre d’Homère, comparer avec Iliade, VIII, 20-22.
45 Comme le montre bien l’analyse subtile de T. Bénatouïl sur les modèles mythologiques du MA, dans son étude « L’usage des analogies dans le De motu animalium », dans Aristote et le mouvement des animaux, op. cit., p. 81-114. Voir en particulier p. 101-102.
46 Mét., Λ, 7, 1072b13-14 ; GC, I, 6, 323a12-34.
47 4, 699b17-23.
48 DC, I, 12, 281b3-15.
49 ϰαὶ φυσιϰῶς δὲ ϰαὶ μὴ ϰαθόλου, DC, I, 12, 283b17-18.
50 L’intérêt d’Aristote pour les mouvements non naturels que sont les mouvements mécaniques des arts est par ailleurs manifeste. Ainsi M.E. Bottecchia Dehò, Aristotele. Problemi meccanici, Introduzione, testo greco, traduzione italiana, note, Soveria Manneli, Rubbettino, 2000, soutient la thèse de l’authenticité des Problèmes mécaniques. I. Bodnár, « The Mechanical Principles of Animal Motion », dans Aristote et le mouvement des animaux, op. cit., p. 137-147, concentre pour sa part l’analyse sur les mécanismes élémentaires évoqués dans le MA.
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Thémistius
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