Les catholiques en Écosse au dix-huitième siècle
p. 105-149
Texte intégral
1Le xviiie siècle est une période charnière pour la communauté catholique d’Ecosse. Au début du siècle, les catholiques sont une « poignée de vauriens exécrables sans amis, honnis du roi et du gouvernement».1 L’Église romaine est clandestine, frappée par un ensemble de lois pénales visant à son annihilation, qui appelle de ses vœux le rétablissement de la dynastie Stuart, et dont les membres vivent en majorité dans les Highlands. À la fin du siècle, ferme soutien de la dynastie Hanovre, elle agit au grand jour, une partie des lois pénales a été abrogée et les catholiques sont concentrés dans la région industrielle de Glasgow et plus généralement dans les Lowlands. D’Église « persécutée » elle est devenue Église florissante, et fait partie intégrante de la société écossaise. Ce sont les méandres de ce cheminement que nous allons tenter d’expliquer.
2Dans les premières années du xviiie siècle, il y a quelques foyers catholiques dans les Lowlands – Dumfries et, dans une moindre mesure, Traquait – mais la plupart des catholiques se trouvent dans les Highlands, plus particulièrement dans ce que les protestants nomment « the Popish Bounds » et qui correspond à une zone limitée à l’ouest par la paroisse de Glenelg et celle d’Ardnamurchan et qui s’étend à l’est de la paroisse de Kiltarlity jusqu’à celle de Laggan. Il faut y ajouter les îles de Barra, South Uist, Eigg et Canna et, dans le nord-est, les « pays » de Strathbogie, Glenlivet, Glengairn et Braemar. En outre, tout au long du xviiie siècle, la mission catholique d’Ecosse dispose d’un séminaire à Scalan dans le pays de Glenlivet et, très épisodiquement, d’un séminaire dans l’ouest des Highlands.
3En 1731, la mission d’Ecosse obtient de Propaganda Fide, dont elle dépend à Rome, la division de l’Ecosse en deux vicariats, Highland et Lowland. Cette division prend en compte l’identité propre des Highlanders, qui ne se sentent rien de commun avec les Lowlanders. Cependant, la création d’un vicariat distinct pour les Highlands ne met pas fin aux tensions. La friction entre les deux vicariats éclate en plein jour en 1735 avec la controverse janséniste. J.F. MacMillan dans son article « The Root of all Evil ? Money and the Scottish Catholic Mission in the Eighteenth Century »2 a bien montré que cette affaire, avant d’être religieuse, est une querelle d’argent. Les « Instructions for Mr John Tyrie » expriment la jalousie des Highlands envers les Lowlands. En effet, les prêtres des Highlands pensent, non sans raison, que la vie des prêtres dans les Lowlands est plus facile et sont irrités du petit nombre de places qu’on réserve aux Highlanders dans les Collèges écossais à l’étranger, notamment à Paris, alors que les Highlands souffrent cruellement d’une pénurie de prêtres. Il existe véritablement une incompatibilité d’humeur entre les Lowlanders et les Highlanders, voire un franc mépris :
Tout le monde sait qu’à l’âge qu’ils ont en général lorsqu’ils entrent dans nos séminaires d’Ecosse, les garçons des Highlands et des Lowlands éprouvent les uns pour les autres une antipathie et un mépris sans borne. [...] Parfois ces quolibets déchaînent de telles passions qu’ils en viennent aux mains, (a)3
4En 1814 encore, Charles Stuart, qui a accepté – de mauvaise grâce – de prendre en charge le séminaire de Lismore dans l’ouest des Highlands, écrit à Monseigneur Cameron :
Pour ce qui est de me fixer définitivement dans les Highlands, c’est une chose que je n’envisage même pas. (b)4
5Les Highlanders sont perçus comme un peuple à part, un peuple rude et insoumis :
Les gens de Kintail sont assez grossiers et je crains que M. MacRa ne dispose pas auprès d’eux de l’autorité qui sied à un homme d’Église. (a)5
6On peut d’ailleurs se demander comment l’Église catholique s’est maintenue dans les Highlands alors qu’a priori elle est synonyme d’ordre et de discipline.
7Les raisons de la concentration des catholiques dans les Highlands sont tant géographiques que culturelles. Au début du xviiie siècle, les Highlands sont encore en grande partie inaccessibles et constituent un asile, un refuge pour les hors-la-loi, ce que soulignent de nombreux auteurs qui préconisent la construction de routes qui permettraient une pénétration plus facile de la région :
Cette région sauvage a toujours été un sanctuaire et une pépinière de prêtres. Tandis que des lois strictes étaient adoptées et, en grande mesure, appliquées pendant le règne de Guillaume, les prêtres s’y estimaient en sécurité. (b)6
8Cette situation géographique explique donc, aux yeux de certains, la persistance du catholicisme dans les Highlands : vivant en vase clos, les Highlanders n’ont pas de contact avec l’extérieur et, partant, ne peuvent se rendre compte de leur erreur, née de l’ignorance. Cette ignorance n’est pas due à la difficulté d’accès uniquement géographique, mais aussi linguistique, des Highlands : l’erse demeure la langue dominante de cette région et l’Église d’Écosse n’a pas à sa disposition un nombre suffisant de pasteurs la maîtrisant.
9Les mémorialistes, tant protestants que catholiques, attribuent aussi la bonne tenue de l’Église catholique dans les Highlands à l’attachement des Highlanders à la tradition. Mgr Nicolson, dans son rapport à Propaganda Fide en 1700, note que les Highlanders
... étaient insensiblement tombés plutôt dans [...] une ignorance de religion, que dans l’hérésie, dont l’attachement qu’ils ont naturellement pour ce qui est ancien, et le mépris qu’ils ont pour les nouveautés, les éloignent.7
10Retour des Highlands en 1765, le pasteur John Walker ne dit pas autre chose :
La conversion au catholicisme du peuple dans les Highlands est, à plus d’un titre, plus aisée que nulle part ailleurs. Car outre leur ignorance des Écritures et des doctrines de la Réforme, leur profonde vénération pour ce qui est ancien et leur grand respect envers la mémoire et les principes de leurs ancêtres sont des arguments efficaces que les prêtres ne manquent pas d’avancer, avec succès, pour les convaincre de revenir aux superstitions de l’Église de Rome, (a)8
11L’Église catholique est en étroite correspondance avec les Highlands et leur structure à la fois hiérarchique et paternaliste, et n’hésite pas à jouer de cette symbiose pour y affermir son assise. Les Highlanders sont attachés aux clans : non contente de recruter ses prêtres au plus haut niveau de chaque clan, l’Église catholique s’emploie à nommer dans toutes les missions un prêtre issu de la région concernée. C’est le cas dans la mission de Strathglass où officie en 1744 le frère du Laird of Lochiel :
Le fait que M. Cameron [...] appartienne à une famille très influente des Highlands lui a permis de causer plus de mal en très peu de temps que d’autres en vingt ans. (b)9
12Le catéchiste de la mission protestante des Braes of Laggan & Kilmanivaig fait la même analyse en 1768 :
Il ne fait aucun doute que le nombre des catholiques augmente. [Cela est dû] à l’habileté de la stratégie de leurs évêques qui, depuis que le papisme a fait son apparition parmi nous, emploient des prêtres issus des familles les plus puissantes du clan dominant de la région. Ainsi, les prêtres ont en général des liens de parenté avec les habitants les plus importants. (c)10
13De plus, l’Église catholique veille à ne pas heurter les préjugés des Highlanders. Quand en 1760, il faut choisir un coadjuteur à l’évêque Hugh MacDonald, ce dernier passe en revue tous les prêtres en poste dans les Highlands. Arrivé à Aeneas McGillis, prêtre zélé, il remarque :
Il faut reconnaître que c’est un homme des plus actifs. Pourtant, [...] [il existe] des obstacles majeurs à sa nomination : [...] il descend d’une famille humble, chose que l’on montre du doigt dans les Highlands occidentales, comme vous le savez, (a)11
14En ce qui concerne les relations de l’Église de Rome avec les grandes familles écossaises, il faut souligner que le xviiie siècle est marqué par la défection progressive des familles les plus influentes, à l’instar du duc de Gordon en 1728 :
la mort du feu duc de Gordon ne peut jamais être assés déplorée, et pour la perte d’un Seigneur extraordinairement zelé pour la Foy catholique et pour l’éducation dans l’hérésie de ses enfants qu’il a laissés en bas âge, ayant été surpris de la mort sans avoir eu le temps d’exécuter la résolution qu’il avoit prise de les envoyer pour être élevés dans un Pais catholique.12
15Assez ironiquement, les Traquair, la seule famille aristocratique qui soutient encore l’Église de Rome à la fin du xviiie siècle, viennent des Lowlands. Ces défections sont reflétées dans l’origine des prêtres : d’abord ils appartenaient à la petite ou grande noblesse, mais avec le temps ils sont de plus en plus issus de la paysannerie.
16En dépit de la désertion des grandes familles, des conversions se font dans le peuple, à en croire les rapports des évêques à Propaganda Fide au début du siècle. Comme nous le verrons plus loin, ces conversions font craindre le pire à l’Église d’Écosse dont la grande affaire, dans la première moitié du xviiie siècle, est d’extirper d’Écosse le catholicisme et de s’implanter dans les Highlands pour devenir, enfin, l’Église de tous les Écossais. Pour parvenir à ses fins, l’Église d’Écosse dispose de tout un arsenal de lois pénales votées par le Parlement d’Écosse, de résolutions adoptées par l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse, des catéchistes du Royal Bounty et des instituteurs de la Society in Scotland for Propagating Christian Knowledge.13
17De toutes les lois en vigueur contre les catholiques en Ecosse, la plus importante est l’« Act for Preventing the Grouth of Popery » de 1700. En effet, cette loi ne s’attaque plus aux prêtres ou aux catholiques dans l’exercice de leur religion – les lois inspirées des Réformateurs du xvie siècle frappaient de bannissement les prêtres pris en flagrant délit de dire la messe par exemple – mais dans leurs biens et leur famille. D’après les catholiques, cette loi
... est la plus funeste à la Religion de toutes celles qui ont jamais été faites dans ce Pais, principalement par l’exclusion qu’elle donne aux Enfants, ou autres héritiers Catholiques de succéder aux biens de leurs parents à moins qu’ils ne fassent abjuration de la Religion Catholique, faute de quoy ils sont privés des droits de leur naissance, et le plus proche héritier protestant est appelé à la Succession. Ce qui nous a déjà fait perdre des familles des plus considérables sous l’ombre des quelles la Religion Catholique s’est jusqu’icy soutenüe.14
18En outre, cette loi prévoit l’éducation des enfants catholiques dans la religion protestante aux frais de leurs parents et ferme un certain nombre de professions aux catholiques qui ne peuvent être ni instituteurs, ni précepteurs, ni régisseurs de domaines... ni gens de maison dans les familles protestantes !
19À côté de ces lois pénales votées par le Parlement, l’Église d’Ecosse elle-même adopte, lors de son Assemblée générale annuelle, des résolutions contre l’Église de Rome. Ces résolutions sont légion et ne laissent guère de doute quant aux intentions de l’Église d’Écosse.15 Non contente d’adopter ces mesures l’Église d’Écosse, visiblement consciente de leur inefficacité, de son impuissance face à ce qu’elle considère comme le signe de la colère divine et de son incapacité à y remédier seule, appelle le roi à la rescousse. Dans son « Address to his Majesty on the Increase of Popery » de 1722, elle attire l’attention de George I sur le fait que l’Église de Rome n’est pas seulement un danger pour l’Église d’Écosse mais menace l’État dans ses fondements mêmes. En 1725 est créé le « Committee for Reformation of the Highlands and Islands of Scotland for promoting the Knowledge of true Religion, suppressing of Popery and Profanity and for managing the Royal Bounty given for these Ends », chargé de répartir les mille livres sterling par an qu’accorde désormais le roi à l’Église d’Écosse pour employer des catéchistes et des missionnaires dans les Highlands en réponse aux sollicitations répétées de l’Assemblée générale.
20Dans ses lettres annuelles au roi, l’Assemblée générale se fait l’écho d’un sentiment fort répandu dans les Lowlands qui associe les catholiques aux Highlands d’une part et au jacobitisme d’autre part. Il est bon de rappeler que Jacques VII s’est converti au catholicisme et qu’il a, lors de son bref règne, réuni autour de lui une véritable cour catholique et fait tout ce qui était en son pouvoir pour redonner à l’Église catholique – et aux catholiques en général – une place dans la société écossaise. Cela suffit peut-être à expliquer l’attachement des prêtres écossais à la dynastie Stuart et leur espoir non dissimulé de la voir rétablie sur le trône. En 1731 déjà, Monseigneur Gordon reconnaît le Prétendant comme souverain mais c’est la Rébellion de 1745 qui donne à certains prêtres l’occasion de prendre ouvertement parti pour les Stuart. En effet, plusieurs prêtres vont jusqu’à s’engager comme soldats dans l’armée jacobite, tels John Tyrie et Colin Campbell. Avant même l’ouverture des hostilités, le clergé est mêlé à la Rébellion à travers le geste de l’évêque Hugh MacDonald qui bénit l’étendard du jeune Prétendant à Glenfinnan. Il est clairement établi aujourd’hui que les Épiscopaliens ont joué un rôle plus important que les catholiques dans la Rébellion, néanmoins ce sont bien ces derniers qui sont perçus comme le plus grand danger. C’est à cette époque qu’apparaît une rubrique anti-papistical dans la liste des livres récemment parus que publie le Scots Magazine, rubrique qui disparaît en avril 1746 bien que des pamphlets anti-catholiques continuent d’être évoqués.
21Avec le recul, la Rébellion de 1745 est sans doute le coup le plus rude porté à l’Église catholique au xviiie siècle car elle désigne les catholiques à la vindicte publique. Le Scots Magazine des années 1745-1747 est plein de la querelle religieuse. Il accorde une place prépondérante aux détracteurs de l’Église de Rome. Outre la publicité qu’il fait aux pamphlets anti-catholiques, le Scots Magazine publie en juillet 1746 un article intitulé « Good Resulting from the Rébellion » dont l’auteur énumère les bienfaits de la Rébellion. Après avoir salué la mise au pas des Highlanders, il remarque :
Un autre bienfait, et non le moindre j’espère, qui résulte de nos troubles récents est qu’ils ont amené tant de gens compétents à réfléchir et à écrire pour dénoncer l'imposture, la fourberie, la perfidie, l’oppression et la tyrannie du papisme, (a)16
22Dans l’appendix de 1747, l’auteur de la « Lettre au très noble Thomas, Duc de Newcastle, sur les dangers provenant du papisme et de la désaffection », lettre ouverte au duc de Newcastle suite à la saisie de documents catholiques par l’armée lors d’une opération de nettoyage dans le nord-ouest, renchérit :
Il faut refuser de voir ce qui est manifeste pour ne pas se rendre compte que tous les papistes du royaume sans exception sont, même si certains s’en défendent, nos ennemis implacables et résolus, soit parce que nous sommes protestants soit parce que nous sommes les sujets fidèles de notre roi protestant légitime, (b)17
23La méfiance du gouvernement envers les catholiques est exacerbée par un autre élément, a priori indifférent : la prédominance des MacDonald parmi les prêtres des Highlands. Or, aux yeux du gouvernement, ce clan est totalement acquis aux rebelles, comme le souligne l’auteur de la lettre au duc de Newcastle :
C’est parmi ces gens, les pires qui soient, [...] qu’on peut vraiment dire que le prétendant au trône de sa Majesté dispose d’une armée toujours prête à le servir. Et parmi eux les MacDonald, en particulier, représentent un grand nombre d’ennemis impitoyables du protestantisme. (c)18
24Les prêtres catholiques sont bien conscients de ce point faible et tentent, sans succès, de réduire la part de ces prêtres dans la mission d’Écosse :
Il est vrai que dans la situation présente il vaudrait mieux que les prêtres aient n’importe quel autre patronyme car le nom de MacDonald est plus odieux au gouvernement que tous les autres. Et pourtant, la plupart de nos prêtres des Highlands occidentales appartiennent à ce clan suspect, (a)19
25La Rébellion de 1745 a une bien plus grande portée sur la population catholique que celle de 1715. Alors, le gouvernement avait fait preuve d’une certaine indulgence. En tout état de cause, la situation des catholiques n’avait pas connu de changement significatif tandis qu’ils paient chèrement leur participation à la Rébellion de 1745 qui les projette à nouveau sur le devant de la scène. Cette fois, la riposte du gouvernement est d’une violence inégalée jusque-là. Certains prêtres sont arrêtés, d’autres en fuite ; des chapelles catholiques sont détruites et le séminaire de Scalan est brûlé par l’armée. Pour mater les Highlanders, David Watson suggère de placer des garnisons militaires à certains points stratégiques, contrôlés en général par les catholiques, ce qui ne peut être une coïncidence. De fait, au lendemain de la Rébellion de 1745, et pour plusieurs années, des troupes sont stationnées dans les Highlands et cette présence militaire pèse très lourdement sur les catholiques, et notamment sur les prêtres comme en témoignent les nombreuses références qu’ils y font dans leur correspondance :
M. Duthie m’écrit que [les soldats de la garnison de Corgarff] doivent patrouiller à [Scalan] tous les quinze jours pour empêcher le port du costume traditionnel et rechercher les armes et les prêtres. [...] On m’écrit de Strathbogie que M. Thomas Brokie a été fait prisonnier et que depuis l’arrestation de Pat Gordon les soldats menacent d’appréhender d’ici peu tous les prêtres qui se trouvent dans la région. L’Enzie est le seul endroit tranquille car Il n’y a pas de garnison à proximité, (b)20
26On voit donc que les effets de la Rébellion de 1745 ont duré bien plus longtemps que la Rébellion elle-même et qu’elle a été en tous points un désastre pour l’Église catholique en Ecosse qui s’en trouve pour un temps affaiblie. Elle est en butte non seulement aux représailles de l’armée mais aussi aux entreprises de l’Église d’Ecosse pour laquelle la Rébellion de 1745 est la confirmation de sa plus grande crainte, à savoir la tentative de prise de pouvoir par les catholiques et leur mainmise sur les Highlands. En fait, cette mainmise n’est que très relative, ne concernant que quelques enclaves dans les Highlands. Cependant l’Église d’Ecosse, qui depuis le xviie siècle ne cesse de s’inquiéter des progrès supposés du catholicisme, voit dans la défaite des partisans de la dynastie Smart l’occasion de s’imposer enfin dans les Highlands. Les protestants sont conscients de la désorganisation, pour ne pas parler de panique, engendrée au sein de l’Église catholique par la déroute des jacobites et l’arrestation ou la fuite des prêtres et estiment qu’il faut agir avant que cette dernière ne se ressaisisse :
Peu après la victoire de Culloden, des témoignages reçus des régions du nord, en particulier Strathglass, Braemar, l’Enzie, Glenlivet et d’autres lieux des comtés d’Aberdeen et de Murray, où le papisme et la superstition régnaient avant, où les chapelles avaient été détruites et les prêtres avaient fui, laissaient entrevoir à la SSPCK la possibilité de nouveaux succès, (a)21
27La Rébellion de 1745 semble donc avoir rallumé le feu anti-catholique des presbytériens soutenus, du moins en apparence, par le roi qui s’appuie sur l’Église d’Écosse pour remettre au pas les insoumis :
Nous soutenons du fond du cœur de notre Royale Autorité votre Assemblée du moment, ne doutant pas que vous contribuerez à nous donner des marques de votre loyauté et de votre affection en incitant le peuple dont vous avez la responsabilité à juger sainement des bienfaits dont il jouit sous notre gouvernement et à abhorrer comme il se doit les desseins pernicieux de ceux qui se sont évertués à renverser notre très sainte religion, à subvertir nos lois et la constitution de notre royaume et à introduire le papisme et son pouvoir arbitraire, (b)22
28Forts du soutien royal, les presbytériens veulent reconquérir le terrain perdu (ou jamais conquis...). En effet, on assiste à une véritable guerre de positions entre protestants et catholiques dont l’enjeu est la conquête des Highlands. Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’Église d’Écosse est hantée par les progrès de l’Église de Rome. Les expressions « les déplorables progrès du papisme », « l’extraordinaire croissance du papisme » sont omniprésentes dans les comptes rendus des presbytères des Highlands et les résolutions de l’Assemblée générale mais aussi dans toute la littérature religieuse de l’époque. Noel Macdonald Wilby a publié certains manuscrits de la National Library of Scodand sous le titre « The Encreasce of Popery » in the Highlands 1714-1747.23 Les auteurs de ces textes mettent eux aussi les protestants en garde contre l’expansion du catholicisme que leur vocabulaire assimile à un raz de marée, à une vague déferlante à laquelle il est difficile de résister :
Les prêtres se sont abattus sur la paroisse de Lochaber comme une nuée de sauterelles. Ils hantent aussi les Braes de Locharkaig dans la paroisse de Kilmalie et pourraient bien envahir toute cette région si l’on ne trouve pas rapidement un moyen efficace de les en empêcher, (a)24
29Ces craintes ne s’apaisent pas avec l’écrasement de la Rébellion de 1745. On retrouve les mêmes accents dans les textes de la seconde moitié du xviiie siècle, surtout des années 1760 et 1770 :
Nous sommes en grand danger de voir le papisme croître et prévaloir [à South Uist] car maints émissaires catholiques, déversés par bancs entiers de Rome, y résident en permanence, (b)25
30En 1772, après un autre voyage dans les Highlands, le pasteur John Walker conclut son rapport en déplorant la propagation du catholicisme :
On pourrait donner plusieurs exemples de l’avance du papisme ces dernières années dans des endroits précis mais je me contenterai d’observer qu’il progresse beaucoup dans toutes les régions des Highlands que j’ai visitées et menace de s’étendre chaque jour davantage, (c)26
31Cet accroissement de la population catholique est officiellement contesté par la hiérarchie de l’Église de Rome :
Les faits suivants montrent ce qu’il en est vraiment du récent accroissement du nombre de catholiques. Il est certain qu’il y a quelques années de cela, il y avait plusieurs familles catholiques influentes dans la petite et grande noblesse qui sont maintenant protestantes, par exemple les ducs de Gordon et de Perth, le comte de Winton et Seaforth, les Lairds Clanranald et Glengary, chefs de grands clans, et bien d’autres de moindre extraction dans les Highlands et les Lowlands. Mais à présent, il n’y a plus qu’un seul noble catholique dans toute l’Ecosse et bien peu de membres opulents de la petite noblesse. [...] Sur le domaine de Perth, le nombre des catholiques aujourd’hui est trois fois moins élevé que du temps où cette famille était catholique. Il y a moins de trente ans, il y avait une congrégation assez importante dans le comté d’Angus alors qu’aujourd’hui elle ne compte pas plus de trente adultes. Il en va de même dans le vaste comté de Buchan où le nombre des catholiques s’amenuise d’année en année. [...] Où donc alors le nombre des catholiques augmente-t-il ? (a)27
32Il ne fait pas de doute que, dès le début du xviiie siècle, l’Église d’Ecosse a brandi la menace de la progression du catholicisme pour obtenir l’aide du gouvernement dans sa lutte contre l’Église de Rome et qu’elle n’a pas hésité, parfois, à exagérer l’ampleur du phénomène pour parvenir à ses fins. Qu’en est-il au juste ?
33À la fin du xviie siècle, on estime la population catholique à 50 000 personnes environ. En 1822, d’après les chiffres envoyés à Propaganda Fide le nombre des catholiques s’élève à 88 230 mais ces chiffres reflètent deux réalités bien différentes : en 1822, l’immigration irlandaise bat son plein depuis plus de vingt ans et de l’aveu même du mémorialiste les Irlandais constituent une part non négligeable de la population catholique. À en croire les sources protestantes, il y a environ 10 500 catholiques dans les Highlands en 1736, 33 000 dans toute l’Ecosse en 1755, et environ 12 500 dans les Highlands en 1760. Les sources catholiques pour le début du siècle sont rares. D’après « Lo Stato Présente delle Missioni di Scozia » il y a plus de 30 000 catholiques en 1763 en Ecosse alors que la population catholique dans les Highlands est estimée à 13 166 en 1764, à 16 709 en 1783. C’est à cette époque que les Highlands perdent la supériorité numérique sur les Lowlands. Cela s’explique en partie par l’émigration massive des Highlanders dans les Lowlands ou à l’étranger. Nous y reviendrons. Malgré ces fluctuations, ce qui frappe le plus quand on compare la situation de la population catholique au début et à la fin du xviiie siècle, c’est la grande stabilité de sa répartition géographique : à part le cas, célèbre, de l'île de Rum28 devenue protestante et celui, moins connu, de Kintail où le catholicisme fit une percée plus qu’honorable dans la seconde moitié du xviiie siècle, on peut dire que les frontières des « Popish Bounds » et les rapports de force entre catholiques et protestants n’ont guère changé au cours du siècle. En effet, malgré de rares tentatives de percée, tant protestantes que catholiques, on assiste plus à une guerre de tranchées qu’à une guerre offensive.
34En 1761, le Royal Bounty adopte une résolution exigeant de ses catéchistes qu’ils envoient tous les ans un compte rendu de leurs activités stipulant le nombre de catholiques vivant dans la mission dont ils ont la charge et le nombre de ceux qu’ils ont réussi à convertir au protestantisme. Les catéchistes et les missionnaires s’exécutent pour la plupart avec diligence. Ces comptes rendus se trouvent dans les archives du Royal Bounty et montrent à quel point les résultats des uns et des autres sont dérisoires pour ne pas dire inexistants. Ainsi Robert MacPherson, le missionnaire de Laggan commence par affirmer : « Je n’ai pas le moindre doute que je réussirai »29 puis se réjouit de la conversion de six familles en 1771. Cependant il doit bientôt déchanter et quelques années plus tard, son seul motif de satisfaction est le statu quo :
C’est avec grand plaisir que M. MacPherson assure le Comité que le papisme ne progresse pas dans sa mission et que les protestants y sont en général honnêtes et convenables. (a)30
35Le missionnaire de Glenlivet, lui, se livre avec minutie à de véritables comptes d’apothicaire :
Depuis le mois de mai dernier, 3 personnes sont devenues catholiques et deux protestantes.
Il n’y a pas eu de conversion au papisme et une seule au protestantisme.
Une personne est devenue catholique, une autre protestante.
Il n’y a eu de conversion ni au papisme ni au protestantisme.
Il n’y a pas eu de conversion au papisme et seulement une au protestantisme, (a)31
36Néanmoins, il semble bien que l’Église de Rome ait consolidé son assise en Ecosse au cours de la seconde moitié du siècle en dépit de ses dénégations officielles. À ce sujet, on peut noter une certaine mauvaise foi dans le texte de George Hay, qui insiste sur la défection des grandes familles et la perte de vitesse de l’Église catholique en Angus et Buchan mais passe complètement sous silence la situation des Highlands occidentales, bastion traditionnel de l’Église catholique. Tant dans leurs rapports confidentiels à Propaganda Fide que dans leur correspondance privée, les prêtres reconnaissent cet état de fait et s’en félicitent. Ainsi le rapport sur l’état de la mission catholique écossaise en 1763 s’ouvre sur ces mots : « secondo le relazioni avute da vescovi il numéro de fedeli va sempre crescendo » (d’après le compte rendu des évêques le nombre des fidèles s’accroît sans cesse).32 Vingt ans plus tard, la SSPCK se fait l’écho des succès de l’Église catholique :
Il ne se passe pas d’année que la Société ne soit informée des progrès du papisme dans diverses régions des Highlands. [...] Pour éviter de donner l’alarme, les catholiques prennent grand soin de dissimuler leur succès, (b)33
37Cette même année (1783) A. MacDonald écrit à John Thomson à Rome :
Vous noterez avec plaisir la nette augmentation du nombre des catholiques dans les missions des Highlands ces dernières années. Il y a plus de 3000 catholiques en plus, sans compter le millier de catholiques qui a quitté les Highlands soit pour l’Amérique soit pour l’armée. (a)34
38L’exemple le plus éclairant est celui de Kintail.
39Kintail n’est pas cité dans la « Relation de la visite des montagnes d’Ecosse faite par Mgr Nicholson évêque de Peristachium » en 1700 et, à en croire « A State of Popery » il n’y avait que treize catholiques à Kintail en 1736. Il n’en restait que trois (des femmes) en 1755 d’après le pasteur de la paroisse. Cependant, en 1768, le modérateur du presbytère de Lochcarron (auquel appartient la paroisse de Kintail) s’adresse au Royal Bounty pour déplorer la situation religieuse de la paroisse :
Nous sommes dans l’obligation d’informer le Comité que le papisme se met à faire des progrès considérables dans les paroisses de Kintail et Lochalsh. À notre avis, cela est dû à la proximité de ces régions avec les Braes de Strathglass où le papisme domine et où vit un prêtre. L’été, les gens de ces deux régions partagent les mêmes pâturages, (b)35
40Cette implantation de l’Église de Rome à Kintail est confirmée dans la correspondance des prêtres :
Je pense qu’ils sont soixante, sans compter les enfants. À part une famille, ce sont tous de nouveaux convertis. [...] Comme c’est le cas dans toutes les régions alentour, il y a de grandes chances que d’autres viennent grossir leurs rangs si l’on installe un prêtre parmi eux. (c)36
41Dans les années 1780 il est certain que la mission de Kintail connaît une prospérité toujours croissante et que les efforts des prêtres sont couronnés de succès. Ainsi, en 1789, John Chisholm peut se réjouir dans une lettre à John Geddes :
L’accroissement du nombre des catholiques à Kintail ces dernières années est si important qu’ils sont maintenant assez nombreux pour former une congrégation fort convenable et les visites occasionnelles des prêtres avoisinants ne suffisent plus pour la servir correctement. (d)37
42Néanmoins, on ne sait quel crédit accorder aux chiffres transmis à Propaganda Fide : 200 âmes en 1782, entre 300 et 400 en 1788. Pour sa part, le pasteur de Kintail, Roderick Morison, estime le nombre des catholiques à 186 en 1792. Il profite du Statistical Account pour donner une interprétation des faits assez personnelle mais qui a sans doute sa part de vérité :
Causes des progrès du catholicisme — 1. En 1778, le presbytère de Lochcarron adopta une résolution qui obligeait tous ses membres à tenir régulièrement un registre des baptêmes et fixa une taxe d’un shilling pour l’enregistrement des baptêmes. [...] Nombre de gens de Glenelchaig, qui sont très ignorants, ayant eu vent de cette résolution en prirent ombrage et, pour en éviter les conséquences, ils s’adressèrent à des prêtres pour baptiser leurs enfants et, dans ce mouvement de colère, entraînèrent des familles entières à leur suite. 2. Le papisme a progressé grâce aux mariages mixtes [...]. 3. Les gens sont malheureusement sujets à des accès de tristesse qui sont dûs, pense-t-on, au temps, trop gris et trop humide. On demande alors à un prêtre de se rendre au chevet de ceux qui sont dans la détresse car on lui prête des dons d’exorciste. S’il advient qu’une providence bienveillante écarte la maladie, la gloire de la guérison accentue la fragilité humaine et le prétendu miracle devient la raison avancée pour la conversion. Enfin, les gens de Glenelchaig, où sont concentrés les catholiques, sont d’une ignorance crasse et sont les dupes toutes trouvées des prêtres. (a)38
43Il est avéré que certains éléments mis en avant par Roderick Morison ont joué un rôle important dans la conversion des Highlanders, notamment les mariages mixtes, bête noire de Charles Gordon, missionnaire de Braemar et Crathie. L’aspect surnaturel n’a peut-être pas été aussi négligeable qu’on pourrait le penser aujourd’hui. Toutefois d’autres raisons, plus tangibles, ont été invoquées, à commencer par la nature de la relation des prêtres avec leurs ouailles. Cette relation s’apparente à celle d’un père avec ses enfants. Les prêtres sont très proches de la population catholique et entretiennent des rapports beaucoup plus serrés avec leur troupeau que les pasteurs presbytériens. Cela est en partie dû aux conditions de vie des prêtres dans les Highlands : tant qu’il y a eu des grandes familles qui soutenaient l’Église de Rome, les prêtres vivaient chez ces grandes familles dont ils étaient les aumôniers tout en servant la population catholique alentour. Après la désertion de ces familles, la plupart des prêtres n’ayant pas de résidence fixe, ce sont les catholiques d’origine plus modeste qui les hébergent et les nourrissent à tour de rôle. A la veille de se retirer de la mission, John MacDonald écrit à son évêque :
Pour atteindre mon but, pendant trente ans j’ai été par monts et par vaux, traversant la lande et les bois à pied pour faire le tour des fidèles, logeant sous leur toit et partageant leur pitance, (a)39
44Cette assistance — la dîme en quelque sorte — fait d’ailleurs partie des devoirs des catholiques envers leurs prêtres :
De même, les ouailles ont des devoirs envers le prêtre et il est à souhaiter qu’elles en soient conscientes. Elles lui doivent le respect et l’obéissance. [...] Elles doivent aussi faire en sorte qu’il puisse vivre convenablement. (b)40
45Cela crée des liens plus forts que ceux des pasteurs presbytériens avec leurs paroissiens. En outre, beaucoup d’auteurs protestants ont noté l’attachement et le respect des Highlanders pour leur clergé :
Les papistes donnent des signes extérieurs de respect à tous les hommes d’Église à cause de la grande vénération qu’ils éprouvent pour leur propre clergé, (c)41
46Mgr Nicolson, lui aussi, souligne ce trait de caractère des Highlanders : « ils ont naturellement beaucoup de respect pour les prêtres et ils leur rendent une obéissance bien plus exacte que dans nos plats pays. »42
47Non contents d’être plus proches de leurs ouailles, les prêtres semblent s’être acquittés plus consciencieusement de leur tâche que leurs collègues protestants. Les qualités le plus souvent attribuées aux prêtres sont « infatigable », « empressé », « zèle », « assiduité ». En règle générale, les pasteurs ne mentionnent ce zèle que pour s’en plaindre et n’ont guère l’air d’en tirer les leçons et de remettre en question leur propre façon d’exercer leur ministère malgré de rares mises en garde telles celle du presbytère d’Aberlour au Royal Bounty en 1756, restée confidentielle, ou celle de John Lane Buchanan qui, elle, assortie d’une dénonciation en bloc des agissements dans les Hébrides du Royal Bounty, de la SSPCK et des pasteurs de l’Église d’Écosse, provoqua un tollé général contre son auteur :
Chaque jour, plusieurs personnes [de Glenlivet], s’estimant négligées par leur pasteur, deviennent catholiques et les quelques protestants qui restent affirment que si l’on ne s’occupe pas mieux d’eux à l’avenir ils suivront l’exemple de leurs voisins, (a)43
[Les pasteurs] visitaient les malades et consacraient beaucoup de temps à enseigner et à prier avec et pour leurs paroissiens. Ce sont des devoirs dont on ne parle même pas aujourd’hui dans les Highlands occidentales si ce n’est au sein du clergé catholique qui s’acquitte très ponctuellement de ses fonctions religieuses, ce qui lui vaut l’affection des gens, auprès desquels son influence et son autorité croissent sans cesse. [...] Avec tous nos dons royaux et nos sociétés de charité nous n’avons pas autant de succès dans nos travaux religieux que les catholiques avec leur sincérité, leur zèle et l’affection réciproque que se portent le prêtre et ses fidèles. (b)44
48Ces textes donnent l’impression que certains pasteurs des Highlands ont baissé les bras et ne protestent plus contre les progrès du catholicisme que pour la forme. Officiellement ils disposent pourtant d’atouts pour lutter efficacement contre l’Église de Rome, notamment les lois pénales.
49Comme nous l’avons vu plus haut, ces lois empêchent les personnes de confession catholique d’hériter, d’exercer certaines professions ou même d’élever leurs enfants comme bon leur semble.
50En théorie donc, ces lois sont très contraignantes et les catholiques ne manquent pas d’en souligner la rigueur et de crier à la persécution. Des mémoires sont rédigés, en particulier « Memorial on the Persécution of Catholicks » en 1754, « Memorial concerning the Persécution raised against the Roman Catholicks in the Western Islands » en 1771 et « A Pastoral Letter from the Bishop of Daulis to his flock, on occasion of a persecution being raised against them » (Pastorale de l’évêque de Daulis à ses ouailles à l’occasion de la persécution dont elles sont victimes) en 1779, mémoires qui correspondent à une recrudescence de la tension entre protestants et catholiques. Dans les années 1750, les effets de la Rébellion de 1745 se font encore sentir. Le shériff du comté de Banff, M. Pringle, relance la chasse aux prêtres dans cette région. En outre, d’autres éléments en 1754-1755 amènent les catholiques à dénoncer la persécution dont ils disent être l’objet : l’évêque MacDonald est arrêté, emprisonné et condamné à l’exil ; le propriétaire catholique du domaine de Lauriston est menacé d’expropriation par un parent protestant à moins d’abjurer la foi catholique et le frère du prêtre William Reid est en butte aux tentatives de son beau-père, un protestant, de faire appliquer la loi de 1700 et d’assurer l’éducation de sa fille. Ces événements incitent William Reid à écrire une longue lettre passionnée, véritable plaidoyer pour son frère :
Nous [...] sommes victimes de l’épreuve la plus rude et de la persécution la plus sévère qu’ait jamais connues ce pays : un père catholique est non seulement contraint de confier la garde de sa fille unique à un parent protestant afin qu’elle soit élevée dans cette religion mais est de plus condamné à payer une pension et tous les frais de justice. (a)45
51Il va sans dire que William Reid a une vision pour le moins manichéenne de la situation : les catholiques persécutés sans raison, « un grand nombre de gens honnêtes, sincères, bien intentionnés qui n’ont jamais provoqué personne », sont victimes de la majorité protestante, « une multitude de scélérats cruels, d’ennemis pleins de malice et de fanatiques enragés ». Dans cette lettre, il développe les arguments déjà avancés par d’autres auteurs catholiques pour conclure que l’oppression que subissent les catholiques d’Écosse au xviiie siècle est sans pareille dans l’histoire. Il réfute même le rapprochement parfois fait avec l’Inquisition (modèle de douceur et de tolérance...), lui préférant une autre comparaison, nettement moins courante :
C’est une persécution sans précédent : on n’en trouve aucun exemple dans les nations les plus barbares si ce n’est peut-être la cruelle persécution des Israélites par les Egyptiens et même alors seuls les enfants mâles en furent victimes alors que dans notre cas les filles ne sont pas épargnées, (a)46
52Dans les années 1770, les relations entre protestants et catholiques connaissent un regain de tension suite aux tentatives de MacDonald of Boisdale de convertir de force la population catholique de South Uist en 1770 et à celles du gouvernement d’abroger les lois pénales en Écosse en 1778. MacDonald of Boisdale, lui-même converti au protestantisme, semble décidé à extirper le catholicisme de South Uist, entreprise pour le moins ambitieuse quand on sait que South Uist est un des bastions catholiques. C’est par le biais de l’éducation que Boisdale croit parvenir à ses fins :
Il hébergeait dans sa demeure un instituteur pour apprendre aux enfants des environs à lire et à écrire. À sa demande, l’instituteur força les enfants catholiques à manger de la viande pendant le Carême [...] et leur donna à écrire des phrases blasphématoires qui font injure à la morale, (b)47
53Alerté, le prêtre ordonne aux parents de retirer immédiatement leurs enfants de ladite école. Ils obtempèrent à la fureur évidente de Boisdale qui va désormais user de la dépendance économique des habitants envers lui, les menaçant de les chasser de ses terres s’ils n’abjurent pas la foi catholique. Mais là encore, c’est en vain et Boisdale se trouve dans une situation qu’il n’avait sans doute pas anticipée lorsque les catholiques à leur tour brandissent la menace de quitter ses terres pour l’île Saint-Jean. C’est effectivement l’issue de ce conflit : une partie des catholiques de South Uist, aidés financièrement par les catholiques anglais, émigrent sur l’île Saint-Jean où MacDonald of Glenaladale, lui aussi catholique, a acheté des terres après avoir vendu tout ce qu’il possédait en Écosse. L’échec de Boisdale est complet et d’autant plus cuisant que son acharnement n’a eu pour conséquence que l’affermissement des convictions des catholiques, ainsi qu’en témoigne cette lettre du prêtre de Barra à George Hay :
Quand la tempête s’est levée, [...] nous avons redouté (...] que le catholicisme ne soit complètement balayé des vastes terres de Boisdale. Mais, Dieu soit loué, c’est le contraire qui est arrivé. Ainsi, jour après jour, ceux qui, au départ, semblaient faibles, craintifs, vacillants et hésitants sont devenus plus zélés, assurés et fermes qu’avant. Plus ils souffraient, plus leur souffrance les confirmait dans leurs principes, (a)48
54La population protestante reste spectatrice des événements à South Uist en 1771. Tel n’est pas le cas en 1778, lorsque le gouvernement abroge les lois pénales en Angleterre. En effet, les protestants écossais s’alarment de cette abrogation et craignent qu’elle ne soit étendue à l’Écosse. À Édimbourg et Glasgow, cette agitation aboutit à diverses émeutes au cours desquelles les demeures et les biens des catholiques sont saccagés. Là encore, les catholiques ont beau jeu de dénoncer la persécution dont ils sont victimes mais on peut émettre quelques réserves sur la rigueur réelle des lois pénales.
55Les protestants n’ont de cesse de vilipender le laxisme des juges qui n’appliquent pas ces lois. Dès 1714, un mémorialiste protestant récrimine :
Les prêtres vivent au vu et au su de tout le monde dans le presbytère de Strathbogie, [...] aussi ouvertement que n’importe quel pasteur, [...] et les papistes de cette région se rendent à leur messe idolâtre sans plus se cacher que les protestants qui vont au temple (b)
56et conclut, après avoir rappelé les dispositions des diverses lois pénales : « Et pourtant ces bonnes lois ne sont pas appliquées ».49 En octobre 1750, George James Gordon fait part dans sa lettre à l’évêque Alex Smith de la colère d’un des pasteurs d’Aberdeen :
Du haut de la chaire, cet homme s’emporta violemment contre les magistrats assis en face de lui qui avaient manqué de jugement en permettant aux papistes de se rassembler dans divers endroits de la ville et aux prêtres d’abuser en toute liberté les ignorants, (a)50
57On pourrait mettre ces invectives sur le compte d’une certaine frustration des pasteurs presbytériens, apparemment incapables d’extirper d’Ecosse le catholicisme, si les prêtres catholiques eux-mêmes, alors qu’ils se plaignent amèrement officiellement de la rigueur des lois pénales, ne reconnaissaient dans leurs lettres privées à d’autres prêtres voire à des membres éminents des pouvoirs publics que ces lois ne sont pas appliquées. Le prêtre Alex Mac-Donald, emprisonné à Édimbourg, ne manque pas de le souligner dans sa pétition au Lord Advocate :
Pourtant, grâce à la clémence du gouvernement, les personnes de religion catholique n’ont jamais été sévèrement punies pour leurs opinions religieuses, (b)51
58Et l’auteur du « Memorial on the persecution of Catholics » de 1754 renchérit :
Alors que dans le temps des centaines de Récusants ont été punis de mort en Angleterre, en Ecosse, et c’est tout à l’honneur de cette nation, pas une seule personne n’a été condamnée à mort en raison de sa religion. [...] Le gouvernement actuel est très indulgent et modéré et nous lui en sommes très reconnaissants. [...] De même, les principaux magistrats d’Ecosse ainsi que les shériffs de tous les comtés ont la bonté d’accorder [aux catholiques] le droit d’exercer leur religion en privé. Seul le shériff de Banff fait exception à cette règle, (c)52
59Certains n’hésitent pas à affirmer qu’il n’a jamais été dans l’intention du gouvernement de les appliquer :
Les lois pénales n’ont jamais été destinées à être appliquées et d’ailleurs elles n’ont jamais été rigoureusemnt appliquées mais simplement adoptées in terrorem. (d)53
60A la lecture de la correspondance privée des prêtres, on découvre avec un certain étonnement l’existence d’un véritable lobby catholique qui négocie plus ou moins ouvertement avec des représentants du gouvernement. Dès 1751, George James Gordon informe son correspondant des résultats d’une entrevue des ministres des Affaires étrangères de puissances catholiques avec le duc de Newcastle :
Le duc de N—c-le [...] leur a assuré qu’ordre avait été donné de ne plus poursuivre personne ici [...] et que le ministre de la Guerre répondait de la bonne conduite des soldats, (a)54
61Quelques années plus tard, un correspondant de Londres rapporte les efforts faits par la duchesse de Norfolk pour mettre un terme à la persécution des catholiques en Ecosse :
Ils ont promis qu’à l’avenir [les prêtres] ne seraient plus recherchés s’ils étaient prudents et discrets et que M. MacDonald, actuellement en prison, ne serait pas jugé, (b)55
62En 1778, pour des raisons de politique extérieure l’État, en la personne de John Dalrymple, s’enquiert auprès des évêques catholiques des mesures nécessaires à l’enrôlement des catholiques au sein de l’armée. George Hay rédige alors à l’adresse des pouvoirs publics un texte qui, c’est le moins qu’on puisse dire, va droit au but : « Articles on which the Scotch Roman Catholicks wish a Relaxation of the Penal Laws ». Après avoir énuméré toutes ses exigences, l’auteur conclut :
Au cas où vous seriez d’avis que la discussion des articles en question prendrait trop de temps, nous nous permettons respectueusement de vous demander, en toute humilité, s’il ne serait pas préférable, et moins difficile, d’obtenir du parlement qu’il adopte une loi accordant aux catholiques britanniques l’exercice privé de leur religion comme c’est le cas pour les autres Dissidents. Cela nous suffirait amplement pour le moment et nous pourrions régler les autres points par la suite, (c)56
63Tous les témoignages semblent bien converger. Les lois pénales sont plus une épée de Damoclès que brandissent les protestants, en particulier les pasteurs, qu’une réalité quotidienne, les pasteurs menaçant en vain : les lois sont tombées en désuétude. Lorsqu’un protestant, Peter Rose Watson, les invoque en 1783 pour hériter de terres à Auchanacy à la place de l’héritière catholique la cour – en désaccord total avec la loi de 1700 – le déboute :
Le tribunal a décidé à l’unanimité que, tout comme un protestant, un catholique peut hériter et posséder un bail à ferme en Ecosse. (a)57
64Non seulement les lois pénales ne sont pas appliquées mais dans les régions communément appelées « the Popish Bounds », c’est-à-dire les pays où les catholiques sont massivement majoritaires, on peut dire que ces derniers ont véritablement le pouvoir de décision et que ces « Popish Bounds » sont un Etat dans l’État (dans l’État si l’on considère que les Highlands elles-mêmes sont au début du xviiie siècle un État dans l’État). Cela s’explique par la concentration des pouvoirs dans les mains des propriétaires terriens ; ce sont eux qui payent les appointements des pasteurs, le salaire des maîtres, la construction des temples et des écoles et ce sont eux encore qui depuis le Patronage Act de 1712 nomment, en général sans être contestés, les pasteurs. On peut aisément imaginer les problèmes de l’Église d’Écosse à s’implanter dans des paroisses dont les propriétaires terriens sont catholiques et aussi la suspicion qui existe à l’encontre des pasteurs nommés par des propriétaires terriens non presbytériens. En 1748, l’Assemblée générale adopte une résolution visant à empêcher ces derniers de prendre part à la désignation du pasteur mais sans résultat apparent. Ce problème se pose encore en 1822, date à laquelle le presbytère d’Inverness – contre l’avis de l’Assemblée générale, cela mérite d’être souligné – s’oppose à la nomination de Colin Fraser à la paroisse de Kiltarlity :
La nomination [d’un pasteur] ouvertement présenté par un régisseur catholique est grosse de conséquences non seulement pour cette paroisse mais aussi pour l’Église d’Écosse tout entière, (b)58
65Même lorsque la nomination se passe sans trop de heurts, le pasteur n’est pas au bout de ses peines : un véritable parcours du combattant l’attend ; c’est ce que découvre Donald Macleod pasteur de Glenelg :
Pour son malheur, votre pétitionnaire est rémunéré pour le tiers par les notables de Knoydart et de Morar qui sont tous des catholiques fanatiques. [...] Tous les moyens employés jusqu’à présent pour récupérer les sommes dues ont été vains. [...] Il y a environ trois ans de cela, [...] il a obtenu une injonction de payer mais malgré tous ses efforts, il n’a pu trouver de messager qui accepte de l’exécuter sans être soutenu par un détachement des troupes royales. [...] Il est vite apparu à votre pétitionnaire qu’en dépit d’une rémunération fort élevée, aucun messager ne se lancerait dans une entreprise aussi dangereuse sans un soutien armé approprié. Étant donné que les heritors catholiques étaient toujours aussi décidés à ne pas le payer, on lui a conseillé d’entamer une procédure judiciaire contre eux. (a)59
66Dans leurs tentatives d’obstruction, les heritors disposent d’une palette assez large pour rendre la vie difficile aux pasteurs et ne s’en privent pas. Quand les heritors refusent de payer les appointements des pasteurs, c’est l’Église d’Ecosse qui se substitue à eux mais elle ne finance pas la construction de temples. Les pasteurs des paroisses « catholiques » ne manquent jamais de souligner à quel point les prêtres sont favorisés alors qu’eux-mêmes exercent leur ministère dans des conditions déplorables. En 1744, le presbytère d’Inverness envoie ses doléances au Royal Bounty :
Au train où vont les choses, nous aurons bientôt deux prêtres et quatre chapelles (au lieu d’un prêtre et d’une chapelle) alors que malgré tous nos efforts nous n’avons pu obtenir le moindre lieu de culte dans toute la région [de Strathglass], (b)60
67Fin 1749, c’est au tour de Lauchlan Campbel, pasteur d’Ardnamurchan de rappeler les difficultés auxquelles il est confronté dans l’exercice de ses fonctions dans les enclaves catholiques de Moidart, Arisaig et Morar :
Le pétitionnaire prêche à ciel ouvert car il n’y a pas de temple. (c)61
68Avec le temps, la situation s’améliore mais il n’y a toujours pas d’église à South Uist en 1813... Même lorsqu’ils passent outre à l’opposition des heritors, les pasteurs, les catéchistes du Royal Bounty et les maîtres de la SSPCK doivent faire face à l’hostilité des prêtres qui considèrent ces « Popish Bounds » comme la chasse gardée de l’Eglise catholique et de la population catholique prévenue contre eux par leurs prêtres, c’est du moins ce qu’affirment les protestants :
Les gens sont tellement soumis à leurs prêtres et empressés de défendre les intérêts du papisme qu’ils recourent à tous les moyens possibles et imaginables pour entraver l’avance du protestantisme. (a)62
69Plus encore que les pasteurs, les catéchistes du Royal Bounty sont la cible de ces attaques qui prennent divers aspects. En 1784, dans la paroisse de South Uist, le catéchiste préfère renoncer :
Le missionnaire de Benbecula a informé les membres du presbytère que, conformément à leur recommandation, il avait officié à Iochdar mais il n’y avait que deux protestants dans l’auditoire et les catholiques l’avaient tant abreuvé d’insultes qu’il préférait renoncer à aller y prêcher à l’avenir. (b)63
70Houspiller le catéchiste est une méthode asse2 couramment employée. En revanche, les catholiques d’Arisaig usent d’un moyen beaucoup plus détourné pour dissuader des protestants de s’y installer :
J’en profite pour signaler au presbytère une doléance propre aux protestants de cette mission, en l’occurrence, l’absence de cimetière. Il est de notoriété publique que dans les pays catholiques, il est interdit aux hérétiques d’être enterrés en terre sainte. Les catholiques des régions en question affirment qu’ils ont un droit exclusif sur le cimetière car ils en ont été les seuls maîtres jusqu’à présent et, comme ils sont majoritaires, ils seraient prêts à s’opposer par la force à toute usurpation de leur cimetière. Il y a à peine douze ans que la première famille protestante s’est installée ici. Les parents des protestants qui sont décédés depuis ont dû transporter leurs morts dans d’autres régions. Il est évident que cela décourage les protestants qui sont déjà dans la région et dissuade les autres de venir s’y installer, (a)64
71Huit ans plus tard, le problème n’est toujours pas réglé. On le voit, la persécution — si persécution il y a — est bien des deux côtés. Il faut noter que lorsque des heritors catholiques se convertissent au protestantisme, ils font preuve d’un zèle identique à promouvoir cette religion sur leurs terres, ce qu’Augustin MacDonald, prêtre de Moydart, ne peut que déplorer :
Les planètes régnantes, Glengarry, Clanranald, Boisdale, MacNeil ont refusé de fournir de la lumière, se sont transformées en boules de feu rouge sang et semblent avoir consumé une partie de leur petit globe en entraînant dans leur chute d’autres planètes. (b)65
72L’Église d’Ecosse est bien consciente du parti qu’elle peut tirer de ces conversions. Le presbytère d’Abertarph, en réponse aux accusations du gouverneur Trapaud qui a suggéré au Royal Bounty de supprimer la mission de Fort Augustus, rétorque :
Une fois informé que Glengarry est le premier Laird de sa famille à professer la religion protestante, qu’il possède un vaste domaine, exerce une grande influence sur les gens et qu’il témoigne un respect sans faille envers la religion protestante et envers ses pasteurs, le Comité conviendra que Glengarry mérite sûrement son respect et son attention, (c)66
73MacDonell of Glengarry lui-même se justifie auprès du presbytère d’Abertarph :
Je me suis toujours efforcé – et m’efforcerai encore – d’inculquer à mes tenanciers et à mes voisins, par l’exemple et l’enseignement, les vrais principes de la religion établie de mon pays, (d)67
74MacDonald of Boisdale est un autre exemple, tristement célèbre, du zèle missionnaire de certains nouveaux convertis. Le presbytère d’Uist lui adresse ses remerciements pour son prosélytisme alors qu’il s’évertue à convertir les catholiques vivant sur ses terres par le biais que nous avons évoqué plus haut. Mais ses tentatives répétées n’ont pour résultat que de lancer une véritable mode parmi la population catholique : l’émigration en Amérique du Nord. On remarque déjà auparavant une migration des Highlanders vers les Lowlands mais les événements de South Uist donnent le coup d’envoi d’une grande vague de départs des Highlanders catholiques en Amérique du Nord. S’il est vrai que l’émigration de South Uist a des raisons religieuses, la plupart des autres émigrants quittent les Highlands pour des raisons économiques : c’est l’essor de l’élevage des moutons, le début des évictions massives. A la persécution religieuse s’est ajoutée ou substituée, suivant les cas, l’oppression des propriétaires terriens :
Presque tous les baux d’Ardnamurchan expirent cette année et le propriétaire en demande un prix si exorbitant que la plupart des gens ont résolu de quitter la région, (a)68
Pas un peuple au monde, pas même les esclaves d’Amérique du Nord, n’a été aussi opprimé et tourmenté que les tenanciers de Clanranald et de Boisdale. À la différence près que Clanranald ne les persécute pas pour des raisons religieuses, (b)69
75Piètre consolation... Au fur et à mesure que le mouvement s’amplifie, on sent naître l’inquiétude des prêtres alors même que ce sont eux qui ont encouragé l’émigration de South Uist à la fois pour soustraire les catholiques à la fureur évangélisatrice de Boisdale et pour disposer d’un moyen de pression sur lui :
En vous inspirant, la divine Providence vous a permis de donner à Glenaladale la clé d’or qui ouvre toutes les portes et Glen a provoqué la terreur de tous en envoyant la colonie à l'île Saint-Jean. (c)70
76Quelques années plus tard, c’est la même menace que brandit l’évêque George Hay dans ses « Reflections on the State of the Roman Catholicks of Scotland » :
Une loi très ancienne adoptée en 1581 [...] oblige les catholiques à quitter le royaume d’Ecosse dans un laps de temps donné. Les catholiques écossais savent que s’ils obéissent à cette loi ils seront les bienvenus dans plusieurs pays d’Europe et il vaudrait sans doute mieux pour eux partir plutôt que de rester en Ecosse dans les conditions actuelles à moins que des mesures efficaces ne soient prises pour les protéger, (a)71
77L’inquiétude des prêtres est due à plusieurs facteurs. D’une part, l'émigration massive des catholiques des Highlands en Amérique du Nord diminue sensiblement leur nombre :
Nos catholiques des Highlands nous quittent en masse. [...] L’année dernière, plus de trois cents personnes — en grande partie catholiques [...] — ont quitté Glengarry. [...] Près de cinq cents catholiques de Knoydart sont sur le point d’émigrer, (b)72
Décidément, l’Amérique est à l’ordre du jour. Si les Highlanders s’obstinent à émigrer au même rythme que les années précédentes, nous, prêtres des Highlands, pouvons faire nos valises et vous rejoindre dans les Lowlands. (c)73
78En outre, cette hémorragie constante met en péril la mission des Highlands car ce sont les plus aisés et les plus influents des catholiques qui partent alors que ceux qui restent n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins des prêtres :
Dans les Highlands, [le clergé] se trouve sans doute aujourd’hui dans une situation désespérée. [...] La rapacité des grands propriétaires a dispersé aux quatre coins du monde les familles catholiques aisées qui soutenaient financièrement les prêtres. La majorité des gens du commun qui n’ont pas quitté le pays semblent fermes dans la foi mais [...] la charge excessive de leur fermage et la précarité générale de leur situation les empêchent de subvenir aux besoins des prêtres, (d)74
79D’autre part, en ce qui concerne la migration des Highlanders vers les Lowlands, les prêtres sont pris de court et ne savent comment faire face à ce flux de catholiques : ils manquent de prêtres, de structures d’accueil dans les villes, notamment Édimbourg et Glasgow, et redoutent la perte de ces âmes dont ils ne peuvent s’occuper comme il faudrait. C’est la raison pour laquelle, à tout prendre, les prêtres préfèrent encore voir les Highlanders catholiques quitter l’Ecosse :
[L’émigration des Highlanders dans les Lowlands] augure mal de l’avenir de la religion car il existe un danger, pour les jeunes en particulier, qu’ils soient pervertis sur leur lieu de travail. Ce danger serait évité s’ils partaient vivre ensemble au Canada où ils pourraient pratiquer leur religion bien plus facilement qu’ici et au plein jour, (a)75
80Dans cette lettre qui date de 1788, Alexander MacDonald fait une nouvelle fois allusion aux lois pénales. Nous avons vu qu’elles étaient en général peu appliquées mais plutôt conçues comme un instrument de pression – fort peu efficace au demeurant – destiné à décourager la pratique de la religion catholique. Ces lois, bien que surtout invoquées par l’Église d’Écosse, émanent du Parlement d’Écosse. Or, plusieurs événements au cours du xviiie siècle vont amener l’État à changer d’optique et à ne plus considérer les Highlanders – qu’ils soient protestants ou catholiques – comme une menace mais comme un atout, une force irremplaçable. S’il est vrai que juste après la Rébellion de 1745 on essaie de donner une nouvelle vie à ces lois, comme le démontre la lettre envoyée par le général Bland au capitaine White en 1747 lui demandant de sommer les magistrats d’appliquer les lois pénales dans toute leur rigueur, les catholiques eux-mêmes ne manquent pas de remarquer que dès 1749 toute référence au catholicisme et à ses progrès disparaît dans la lettre du roi à l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse. La Rébellion de 1745 marque l’apogée de la collusion entre l’Église et l’État dans la lutte contre l’Église de Rome. L’État et l’Église connaissent ensuite des évolutions divergentes dans ce domaine avant de se rejoindre à nouveau à la fin du xviiie siècle. En effet, les lois pénales n’ont, pour le gouvernement, de raison d’être qu’aussi longtemps que les catholiques mettent en danger le pouvoir en place, c’est-à-dire la dynastie Hanovre et deviennent inutiles dès lors qu’aux yeux des pouvoirs publics cette menace disparaît. L’indulgence du gouvernement à l’égard des catholiques écossais est de plus en plus grande. Force est de constater que cette indulgence n’est pas fortuite puisque l’État y trouve son compte : en cette période plus qu’agitée, les Highlanders — protestants ou catholiques — ont leur place toute trouvée dans l’armée britannique qui a fort à faire avec les différentes guerres liées à la succession d’Autriche, la guerre d’indépendance des États-Unis, puis les guerres avec la France après la Révolution française. Par ailleurs, la guerre d’Amérique où nombre de Highlanders se sont battus dans les rangs de l’armée britannique a apporté la preuve de la loyauté des catholiques écossais. Dans ses « Reflections on the Conduct of the Roman Catholicks of Scotland relative to their Attachment to the Government », l’évêque George Hay souligne le rôle des catholiques dans l’armée britannique :
Lors de la dernière guerre avec la France, les deux bataillons étrangers qui ont joué un rôle si important lors des conquêtes en Amérique étaient en grande partie composés de catholiques, qu’ils soient officiers ou simples soldats. [...] L’empressement des catholiques à servir sa Majesté n’est pas uniquement le résultat de la gratitude qu’ils éprouvent pour la clémence à présent accordée à leurs coréligionnaires – ils sont dans ces dispositions depuis plusieurs années, (a)76
81En 1778, les catholiques écossais espèrent bien profiter de la clémence du Parlement qui abroge les lois pénales en Angleterre. Toutefois, l’Église d’Écosse n’a pas suivi le même cheminement que les pouvoirs publics et campe sur ses positions en se dressant contre cette mesure. Toute l’agitation provoquée par l’éventuelle abrogation des lois pénales en Écosse révèle un clivage croissant au sein de l’Église d’Écosse entre Modérés et Évangéliques. Ainsi, le Modérateur de l’Assemblée générale de 1778, l’historien William Robertson, milite en faveur de l’abrogation, ce qui lui vaut des menaces de mort et un exil temporaire d’Édimbourg. S’il ne réussit pas à convaincre l’Assemblée générale d’appuyer le projet du gouvernement, il parvient néanmoins à un compromis puisque l’Assemblée générale rejette la motion proposée par un opposant farouche à l’abrogation et décide de s’abstenir de toute pression sur les parlementaires que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Malgré tout, les opposants à l’abrogation des lois pénales font de leur mieux pour propager un climat de tension voire de panique qui culmine avec les émeutes de Glasgow et d’Édimbourg :
Lors de l’agitation récente liée au projet d’abrogation, on a échauffé l’esprit des gens [contre les catholiques] à un degré fou par l’intermédiaire de déclamations fort virulentes de leurs prédicateurs fanatiques, d’innombrables placards, pamphlets et autres écrits en tout genre qui ont été publiés et répandus à dessein dans la populace, (a)77
82Grâce à David Paterson qui a imprimé en 1780 « Scotland’s Opposition to the Popish Bill : a Collection of all the Déclarations and Resolutions published [...] throughout Scotland against a proposed repeal of the Statutes [...] for preventing the growth of Popery », nous avons gardé la trace de ces textes. Ce qui frappe avant tout, c’est que la majeure partie des détracteurs de l’Église de Rome viennent des Lowlands ou de régions des Highlands qui ne comptent pas ou peu de catholiques. L’opposition au catholicisme est par conséquent, en règle générale, une opposition a priori et le discours officiel des kirksessions, presbytères et synodes de l’Église d’Écosse est extrêmement pugnace. D’autres textes protestants de cette période, notamment des pamphlets, ont été conservés. Dans tous ces textes, sans exception, se retrouve la même rhétorique au service des mêmes récriminations. Ce qui est reproché aux catholiques, c’est d’être des agents de l’étranger (une cinquième colonne en quelque sorte) qui obéissent au pape plutôt qu’aux lois du royaume, sont prêts au moindre signal à comploter contre le roi et font preuve d’une soumission sans faille à leurs prêtres. Ainsi, la religion catholique serait par nature une religion autoritaire et arbitraire qui réduit ceux qui la professent à l’esclavage :
Hélas, la valeur humaine, l’honneur et la conscience des papistes pauvres et illettrés – tels sont la plupart des papistes écossais – sont sous la garde d’autres hommes. Les papistes doivent croire ce que l’Église croit. [...] Un ardent défenseur de l’abrogation des lois pénales qui est sans doute lui-même papiste reconnaît que « celui qui se convertit au papisme doit renoncer à sa liberté de pensée et devenir le partisan aveugle d’un prêtre arbitraire qui lui dicte avec l’autorité d’un apôtre ce qu’il doit croire et de quelle façon », (a)78
83On leur prête aussi la doctrine de ne pas être tenus d’honorer leurs engagements envers les hérétiques. Il faut reconnaître que le contexte historique n’incite pas à la confiance et tous les pamphlétaires protestants ont beau jeu de rappeler les guerres de religion dans divers pays d’Europe, notamment la France avec la Saint-Barthélémy et la Révocation de l’Édit de Nantes, mais aussi l’épisode malheureux du règne de Marie la Catholique en Angleterre. La correspondance privée des prêtres écossais ne révèle ni complot ni tentative de coup d’État mais on ne peut manquer de noter la fréquence avec laquelle les prêtres et les évêques sollicitent l’intercession de personnes haut placées à Londres ou de ministres des puissances catholiques en faveur des catholiques. On trouve aussi quelques exemples, fort insignifiants au demeurant comparés aux faits reprochés dans les pamphlets, de tentatives d’esquiver des promesses faites à des protestants :
Dans la mission de M. Cruikshank vit un brave jeune homme qui a signé, lors de son mariage avec une protestante, un document aujourd’hui en possession du pasteur par lequel il s’engage à faire baptiser ses enfants par le pasteur et à les élever dans la foi protestante, faute de quoi il devra acquitter une amende de 500 merks. M. Cruikshank désire que vous consultiez M. Colquhoun Grant ou tout autre avocat afin de savoir ce que le pasteur pourrait faire si le jeune homme n’honorait pas sa promesse. (b)79
84C’est bien contre ce que l’on reproche déjà en 1778 aux catholiques que tente de se prémunir le gouvernement dans l’« Oath of Abjuration & Déclaration » de 1793 :
Moi, A.B., déclare par la présente que je professe la religion catholique. Je promets et jure que je serai un citoyen fidèle et soumis à Sa Majesté le roi George III et que je le défendrai du mieux que je pourrai contre toute conspiration ou tout attentat contre sa personne, sa couronne ou sa dignité. [...] Par la présente, j’abjure allégeance ou soumission à tout autre personne qui prétend avoir des droits sur la Couronne de ces royaumes. Et je jure que je rejette et déteste la position impie et contraire à la religion chrétienne qu’il est légitime d’assassiner ou de détruire quelque personne que ce soit parce ou au prétexte qu’elle est hérétique ou infidèle ; je rejette également ce principe impie et contraire à la religion chrétienne, qu’il n’est pas nécessaire d’honorer la parole donnée à un hérétique ou à un infidèle. [...] Et je déclare que je ne crois pas que le pape de Rome ou tout autre prince [...] étranger jouit, ou devrait jouir dans ce royaume, directement ou non, de quelque juridiction, pouvoir ou suprématie que ce soit, temporel ou civil. Et, devant Dieu, je professe, certifie et déclare solennellement que je fais cette déclaration [...] sans la moindre ruse, tergiversation ou arrière-pensée et sans la moindre dispense préalable du pape ou de quelque autorité du Saint-Siège à Rome. (a)80
85Les principes religieux ne tiennent pas beaucoup de place dans les invectives étant entendu du coté protestant que le catholicisme n’est pas ou plus chrétien :
Il va de soi que le papisme est un système de superstitions viles contraire à la Parole de Dieu, (b)81
86On trouve dans la liste mensuelle des nouvelles publications du Scots Magazine maints pamphlets ou sermons dont le titre tend à renforcer cette impression : « Le papisme en contradiction avec la raison, la liberté et le christianisme », « L’opposition entre le christianisme et le papisme », « Le papisme n’est pas le christianisme ; un sermon ». Aux yeux des protestants, le catholicisme ressort plutôt au paganisme, à l’idolâtrie. Davantage que les principes religieux stricto sensu c’est le thème de la persécution, encore et toujours, qui domine le débat rouvert en 1778 entre protestants et catholiques. Ce débat donne lieu à des propos très virulents comme en témoignent les éditions du Scots Magazine d’octobre 1778 à août 1779 et la pléthore de pamphlets publiés en Ecosse au lendemain de l’abrogation des lois pénales en Angleterre. À en croire tous ces textes, la caractéristique principale de l’Église de Rome est sa violence à l’encontre de ceux qui se séparent d’elle. Presque toutes les résolutions rassemblées par David Paterson prêtent cette particularité à l’Église catholique et en font un argument de poids pour maintenir les lois pénales :
... un peuple qui, à plusieurs reprises déjà, s’est rendu coupable dans ce royaume et les royaumes voisins du carnage et du massacre le plus diabolique de nos frères et concitoyens simplement parce qu’ils avaient des principes religieux différents des siens et qui, nous le redoutons, n’hésiterait pas à commettre à nouveau ces crimes s’il en avait l’occasion, (a)82
87Ces persécutions violentes sont le fruit de la volonté d’hégémonie de l’Église de Rome, volonté qui fait partie intégrante de la religion catholique pour ces auteurs :
Le papisme est un système de rites superstitieux qui a pour objet principal de faire de l’évêque de Rome un monarque universel. (b)83
88Ainsi, refuser l’abrogation des lois pénales en Écosse ne serait pas une preuve d’intolérance mais seulement un acte d’auto-défense, le seul moyen de se protéger contre les attaques catholiques. En effet, ce désir de pouvoir absolu rend la cohabitation entre protestants et catholiques impossible :
La disposition, l’esprit et les intérêts du protestantisme et du papisme sont diamétralement opposés : ce qui encourage les papistes et les fortifie ne peut que décourager les protestants et les affaiblir. (c)84
89Ces démonstrations ne convainquent guère John MacDonald, frère de MacDonald of Glenaladale qui organisa l’émigration des catholiques de South Uist au Canada :
En raison de leur intolérance les Ecossais, de tous les peuples de la terre, et dans l’ensemble des familles chrétiennes, les Presbytériens, dans leur rigidité, sont à mes yeux les plus odieux et les plus déplaisants. [...] S’il était possible que quelque influence bénie parvienne un jour ou l’autre à rendre tous les autres pays du monde tolérants et qu’ils décident alors de faire entendre raison à l’Ecosse dans ce domaine, l’ensemble des Ecossais préférerait s’obstiner et être condamné, tel le peuple juif, à une errance éternelle, (a)85
90Au-delà de ces attaques sans surprise, on trouve dans les joutes oratoires peu ordinaires publiées en particulier en octobre et novembre 1778 dans le Scots Magazine des arguments plus étonnants, en ceci que chaque parti semble avoir adopté les positions de l’autre pour se battre sur son terrain. En effet, en réponse aux accusations de polémistes protestants qui rappellent que non seulement les catholiques sont fort bien traités en Grande-Bretagne quand des protestants dissidents souffrent toujours de discrimination en Angleterre, mais encore que les protestants, toutes tendances confondues, sont persécutés sans répit dans les pays catholiques, l’évêque George Hay explique :
Dans les pays où la religion catholique est la religion établie, [...] l’Église a de tout temps estimé qu’il était de son devoir de veiller à la foi et aux mœurs de ses enfants et quand tous ses efforts charitables pour corriger les innovateurs n’ont pas permis de les rappeler à leurs devoirs, l’Église a jugé nécessaire, afin d’éviter que cette contagion ne se propage et ne corrompe d’autres fidèles, de s’en séparer et de les désigner aux autres fidèles comme des gens dont il fallait fuir la société, (b)86
91et s’appuie sur des passages bibliques pour motiver l’attitude de l’Église de Rome. Son détracteur protestant s’empresse de faire sien cet argument et tente de prouver point par point à George Hay que l’Église établie d’Ecosse se trouve rigoureusement dans la même situation en Ecosse que l’Église de Rome dans les pays où cette dernière est dominante et conclut :
Il en résulte que les papistes de Grande-Bretagne et de tous les autres pays protestants devraient être privés de leurs droits civils et leur âme livrée à Satan par l’Église, leurs possessions saisies par le Trésor et leur corps confié au bourreau par l’État. La mise en pratique de ce qu’il appelle le devoir impératif de l’Église et de l’État serait-elle du goût de G.H. ? (c)87
92Ainsi donc, ceux des protestants qui n’acceptent pas l’abrogation des lois pénales se prévalent de la politique de l’Église de Rome qui cherche à préserver son hégémonie en persécutant les hérétiques pour justifier l’existence de ces lois. Les catholiques, eux, mettent en avant la conscience individuelle, chère aux protestants et qu’ils ont toujours dénoncée : puisque l’Église établie d’Ecosse tolère maintes sectes protestantes dissidentes à quel titre dénie-t-elle à l’Église catholique d’exister au grand jour ? L’auteur de l’« Humble Remonstrance &c of the Roman Catholics » s’adresse directement aux pasteurs presbytériens et s’emploie à démontrer qu’il est de leur devoir d’appuyer les catholiques dans leur tentative d’obtenir l’abrogation des lois pénales :
Nous vous conjurons de nous répondre, ne sommes-nous pas vos frères ? N’avons-nous pas respiré le même air à notre naissance ? Nos parents n’étaient-ils pas aussi écossais que les vôtres ? En tant qu’hommes et en tant que citoyens, nous sommes vos égaux. [...] Tout le monde, si ce n’est nous, a le droit de penser, de dire, d’écrire et de publier n’importe quelle innovation, impiété ou contradiction qui lui passe par la tête. La loi est uniquement dirigée contre nous qui mettons un point d’honneur à ne rien avancer que ce que nous avons reçu de nos ancêtres, (a)88
93Il faut signaler que parmi toutes les invectives il s’est quand même trouvé quelques voix protestantes, surtout chez les Modérés, pour défendre les catholiques et leur désir de devenir aux yeux de la loi des citoyens comme les autres. Dès 1752, John Campbell s’élève contre l’idée trop répandue qu’un catholique, par son appartenance religieuse, ne peut être un bon citoyen :
Je suis convaincu que sa Majesté et ses héritiers n’ont rien à craindre des papistes écossais. À ce propos, je ne vois vraiment pas pourquoi un papiste ne serait pas un aussi bon et fidèle sujet qu’un protestant, (b)89
94Cette idée se développe très lentement dans les Lowlands où sont concentrés les plus farouches adversaires du catholicisme ou, plus exactement, les plus véhéments dans leurs propos. En effet, il y a un décalage de plus en plus marqué entre le ton des pamphlets anti-catholiques publiés dans les Lowlands et la réalité sur le terrain dans les Highlands catholiques et alentour.
95Il est aisé aux pasteurs dont les paroisses n’abritent pas de catholiques de se lancer dans de longues diatribes contre les prêtres, et d’avancer des moyens de débarrasser le royaume de tous les catholiques car ils n’ont pas ensuite à rendre des comptes tandis que dans certaines paroisses catholiques des Highlands les pasteurs sont confrontés à la puissance catholique comme nous l’avons vu. Leur position est parfois ingrate et deviendrait intenable s’ils s’attiraient par leurs propos les foudres des habitants et des prêtres. Dans les pays catholiques, les pasteurs sont souvent considérés comme des intrus, quand ce n’est pas pour des espions et des délateurs :
De nouveaux pasteurs ont été installés dans toutes les régions, même celles où ils n’ont pas un seul paroissien de sorte qu’ils n’ont rien d’autre à faire que d’épier nos moindres faits et gestes et d’en faire un compte rendu détaillé et exagéré à l’Assemblée générale. (a)90
96Il va sans dire que dans ces paroisses le rapport de force est en défaveur des protestants qui sont bien amenés à faire des concessions, plus ou moins importantes, plus ou moins ouvertement. En outre, il ne fait pas de doute que souvent la proximité engendre ce que l’on pourrait qualifier de rapports de bon voisinage entre prêtre et pasteur, surtout lorsqu’ils restent en poste assez longtemps au même endroit. Parmi les « Blairs Letters » se trouvent deux lettres de George Grant, pasteur de Rathven, l’une à George Hay en 1761, l’autre à John Geddes en 1783. Dans la première, le pasteur tente de régler un litige avec George Hay sans cacher par ailleurs sa méfiance envers le prêtre ; toutefois, on découvre que cela n’est pas leur premier échange épistolaire et qu’il existe des deux côtés, du moins en apparence, une volonté déclarée d’éviter le choc frontal :
Jusqu’ici, je me suis conduit dans cette affaire avec la plus grande prudence possible en espérant sincèrement vivre en paix et en bonne entente avec mes voisins. [...] Par conséquent, de peur que j’aie à regretter les conséquences d’une plainte, et puisque vous m’avez fort raisonnablement demandé dans votre dernière lettre de vous tenir au courant de quoi que ce soit qui pourrait donner ombrage, il m’a semblé convenable de vous donner quelques détails sur le cas de Peter Wiseman. (a)91
97D’autres pasteurs ont entretenu une correspondance avec des prêtres. Toutes ces lettres brossent une peinture assez déconcertante des relations entre pasteurs et prêtres. En effet, elles font toutes allusion à un accord, tacite ou non, existant entre le pasteur et le prêtre. Cet accord ressemble à s’y méprendre à un pacte de non-agression par lequel les deux belligérants se partagent le territoire, la population et, partant, le pouvoir. Ainsi, en 1765, la kirksession de la paroisse de Bellie renvoie deux « délinquants » catholiques devant le prêtre pour qu’ils se repentent au lieu de les soumettre à la discipline de l’Église d’Ecosse. Près de vingt ans plus tard, à l’occasion d’une escarmouche entre le catéchiste et le prêtre de la paroisse d’Ardnamurchan, le pasteur met les points sur les i :
Mes exigences [...] 1. Qu’aucun prêtre ne soit autorisé à officier parmi les protestants qui demeurent au sud du Loch Sheil, qui a toujours été la frontière entre les pays protestant et catholique. (b)92
98Il est à noter que les tensions entre les deux communautés sont toujours provoquées par des accrocs faits à ce partage du territoire, perçus comme des empiétements : encroachment est sans doute le mot qui revient le plus souvent sous la plume des pasteurs et des catéchistes lorsqu’ils se plaignent de l’attitude des prêtres mais il est remarquable que ce sont beaucoup plus les catéchistes et les missionnaires que les pasteurs attitrés des paroisses qui trouvent à y redire : les pasteurs sont appelés à demeurer dans une paroisse beaucoup plus longtemps que les catéchistes et gèrent la situation au mieux pour vivre en paix avec leurs voisins catholiques. Ils n’apprécient guère les esclandres des catéchistes qui mettent en péril l’harmonie fragile entre les communautés et l’on en a vu certains faire bloc en secret avec le prêtre contre le missionnaire ou le catéchiste :
Mon voisin ici est un missionnaire presbytérien fanatique. Sa rage a été déchaînée par quelques conversions et les progrès du catholicisme dans la région. Il s’est plaint à divers presbytères. Je n’ai rien changé à mon comportement et n’ai tenu aucun compte de ce qui s’est passé si ce n’est que je me suis attaché à apprendre ce qu’il tramait contre moi, ce qui m’a été possible grâce à certains pasteurs avec lesquels je suis en bons termes et qui n’approuvent pas sa conduite. (a)93
99Au fil des ans, cette attitude conciliante des pasteurs des Highlands fait tache d’huile jusque dans les Lowlands. Certains éléments ont favorisé cette évolution dans les années 1780 et 1790. D’abord, c’est le règne des Modérés au sein de l’Église d’Écosse. Les Modérés ont une vision plus rationnelle de la religion et surtout une conception plus séculière de la société en ceci qu’ils se rendent compte qu’on est entré dans l’Age de Raison et que l’Église et l’État ne sont plus irrémédiablement liés. La plupart des chefs de file de la mouvance modérée sont des literati qui fréquentent les salons d’Édimbourg où ils ne peuvent manquer de rencontrer John Geddes, évêque catholique et néanmoins figure importante de la vie mondaine édimbourgeoise. Cependant, la domination des Modérés est de plus en plus contestée par les Évangéliques qui voient d’un mauvais œil la religion modérée de l’Église d’Écosse. Étant confrontée à un nouvel ennemi, l’Église d’Écosse se soucie moins des progrès du catholicisme qu’elle ne le faisait jusqu’alors. Un autre événement joue un rôle capital dans l’évolution des relations entre catholiques et protestants : la Révolution française. L’impact de la Révolution est considérable. En effet, tant l’État que l’Église d’Écosse craignent les principes révolutionnaires. La couronne britannique passe un accord avec le Vatican, ce qui entraîne infailliblement une plus grande clémence à l’égard des catholiques dont on a par ailleurs besoin pour venir grossir les rangs de l’armée britannique. L’Église d’Écosse, quant à elle, voit dans la Révolution française l’affirmation de principes contraires à la religion et visant à son anéantissement. On assiste par conséquent à un retournement complet d’alliance, l’Église d’Écosse faisant front avec l’Église de Rome – soudain redevenue chrétienne aux yeux des protestants par un étrange tour de passe-passe – contre l’irréligion et l’anarchie. Les prêcheurs itinérants remplacent les prêtres dans l’esprit des pasteurs modérés :
L’esprit des gens en ce qui concerne l’État et la Religion est autant corrompu par les prédicateurs itinérants aujourd’hui qu’il ne l’était alors par les prêtres catholiques. De ce fait, les gens sont aussi favorables que par le passé à n’importe quelle innovation qui se présenterait à eux. À cette différence près que les liens que tissait la religion entre le peuple et les notables étant désormais distendus, ces derniers n’ont plus aucune influence sur le peuple. (a)94
100À la fin du siècle, l’Église d’Ecosse décoche pour ainsi dire toutes ses flèches aux Evangéliques. On peut imaginer le chemin parcouru lorsque l’on songe qu’en 1745, l’Assemblée générale publie « A Seasonable Warning against the Rebellion » où elle met en garde les protestants contre le retour d’un prince catholique sur le trône alors qu’en 1799 la « Pastoral Admonition » ne laisse planer aucun doute sur le véritable ennemi :
Admonition pastorale [...] aux Écossais les prévenant du danger qu’il y aurait à encourager ou à écouter les harangues de ces hommes connus sous le nom de missionnaires ou de prédicateurs itinérants appartenant à une société qui se fait appeler la Société pour Propager l’Évangile à l’Intérieur du Pays et qui, ces derniers temps, parcourent toute les paroisses de l’Église établie, (b)95
101Par conséquent, rien ne s’oppose plus à l’abrogation des lois pénales. C’est chose faite en 1793 dans l’indifférence la plus générale. Les évêques écossais y voient immédiatement l’occasion de nouvelles conquêtes territoriales, d’un nouvel essor de l’Église catholique, ce qui semble donner raison à ceux qui craignaient en 1778 que l’abrogation des lois pénales ne provoque un raz de marée catholique en Ecosse. Malgré l’abrogation partielle des lois pénales et l’apparent esprit de tolérance entre catholiques et protestants, les frictions demeurent. Il y a toujours des heurts ponctuels à certains endroits entre les protestants qui refusent de céder le pouvoir et les catholiques qui se considèrent désormais affranchis de la tutelle de l’Église d’Écosse. Dès 1794, les catholiques envoient un mémoire au Solicitor General dans lequel ils exposent leurs griefs. Ce qui frappe à la lecture des « Queries relating to the Roman Catholicks in Scotland in conséquence of the late act of Parliament in their favour », c’est que toutes les demandes d’éclaircissement concernent non pas les relations des catholiques avec l’État mais bien les litiges de l’Église catholique avec l’Église d’Écosse en matière de mariage et de baptême et, dans une moindre mesure, avec la SSPCK, là aussi sur un point de religion. Dans leur lettre circonstanciée, le Lord Advocate R. Dundas et le Solicitor General R. Blair, donnent raison tantôt à l’Église d’Écosse tantôt à l’Église de Rome mais leur réponse à la dernière question des catholiques est sans équivoque :
La récente loi adoptée en faveur des catholiques ne les met-elle pas sur un pied d’égalité avec les protestants dissidents dans les domaines évoqués plus haut ?
Comme le préambule et le corps du texte de loi l’expriment clairement, cette loi n’a d’autre objectif que de permettre aux catholiques de posséder des biens sans être inquiétés et de remplacer la Formule de la loi de 1700 qui les oblige à abjurer la foi catholique par un serment qui garantit leur allégeance au roi et à la constitution de ce pays. (a)96
102Ce décalage entre les conceptions protestante et catholique de la portée de l’abrogation des lois pénales en 1793 entraîne souvent des tensions entre les deux communautés. L’exemple de Die de Barra est très parlant. Comme nous l’avons vu, Barra est un des bastions du catholicisme mais dans la seconde moitié du xviiie siècle la famille qui possède l'île, les MacNeil of Barra, se convertit au protestantisme. En 1799, irrité par la politique offensive du prêtre installé sur l'île, MacNeil of Barra fait parvenir ses doléances au Lord Advocate :
Il y a plus de deux mille habitants, tous catholiques à l’exception d’environ cinquante protestants. Les catholiques ne perturbaient pas les rares protestants jusqu’à ce qu’arrive Allan MacDonell, le prêtre actuellement en fonction ici. Depuis qu’il est là, leur situation est devenue terriblement difficile car le prêtre a redonné une nouvelle vigueur à toutes les odieuses distinctions religieuses qui s’étaient atténuées du temps de ses prédécesseurs qui avaient l’esprit plus large. Les moyens auxquels il recourt pour convertir les protestants sont véritablement diaboliques, surtout lorsque l’épouse est protestante et le mari catholique. [...] L’indulgence du gouvernement envers ces gens a été engendrée par les sentiments généreux de la nation mais je me demande dans quelle mesure ils sont disposés à en faire bon usage. En tout état de cause, ceux qui ont l’occasion de les observer de près ne peuvent manquer de remarquer que leur conduite a beaucoup changé, (a)97
103Le prêtre récuse ces accusations. Toutefois, pour être agréable au Lord Advocate qui a pris l’affaire en main, l’évêque déplace le prêtre et en nomme un autre à Barra, ce qui semble calmer les esprits pour quelque temps mais en 1825, le prêtre de Barra est à nouveau en froid avec le pasteur et le régisseur de l'île qui lui reprochent d’avoir hissé une cloche par trop bruyante au sommet de sa chapelle :
Je dois aller de l’avant et livrer seul des batailles contre le régisseur et le pasteur, nos tyrans et oppresseurs. [...] J’ai déjà gagné un peu de terrain et l’ennemi bat en retraite. Je ne sais combien de temps ce succès durera, (b)98
104Gained ground, rétrograde movements... Nous sommes bien toujours dans la logique de la guerre de positions déjà évidente dans les premières décennies du xviiie siècle.
105Cependant ces heurts sont des cas de plus en plus isolés en raison de l’esprit de tolérance qui se répand mais plus encore de l’indifférence qui tend à prévaloir au grand dam à la fois des prêtres et des pasteurs.99 Dans sa lettre de 1799, MacNeil of Barra fait allusion à la disparition progressive des traits saillants des doctrines religieuses. Un certain nombre d’auteurs ont noté cette évolution : « Les gens d’ici, comme presque partout ailleurs, sont devenus indifférents à toute forme particulière de religion » écrit le prêtre de Mortiach qui précise que les gens sont plus avides de prêches éloquents que de religion à proprement parler et qu’il espère en tirer parti :
Ils se sont tous mis en tête que je suis un prédicateur extrêmement doué et les jours où ils peuvent se réunir, ils accourent tous à la chapelle. [...] Quoi qu’il en soit, la Vérité est une Épée à double tranchant qui, même lorsqu’elle est entre les mains d’un sot, peut parfois transpercer jusqu’au cœur. (a)100
106L’auteur évangélique de An Account of the Présent State of Religion throughout the Highlands of Scotland, lui, déplore cet état de fait :
Tout semble torpeur et indifférence pour les choses spirituelles. Il n’y a de différence que de nom entre les protestants et leurs voisins papistes, (b)101
107Que l’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette, il est établi qu’à la fin du xviii e siècle les Ecossais, dans leur majorité, se désintéressent de la controverse religieuse entre catholiques et protestants. D’une part, l’Église de Rome devient l’allié objectif de l’Église d’Écosse dans ses efforts pour conserver à la religion une place prépondérante malgré la sécularisation croissante de la société. D’autre part, la croisade anti-catholique a cédé le pas à la lutte entre Modérés et Évangéliques. Ces derniers sont à l’origine de multiples mouvements de Réveil dans les Highlands qui aboutissent au schisme de 1843.
108Ébranlée dans ses fondements mêmes et trop occupée à tenter d’étouffer l’incendie qui menace son propre édifice, l’Église d’Écosse abandonne son combat contre l’Église de Rome qu’elle laisse vivre dans une paix relative sans plus trop s’inquiéter de ses progrès dans les Lowlands. En effet, le début du xixe siècle marque la disparition, à tout le moins l’affaiblissement extrême de la population catholique indigène des Highlands, au moment même où l’Écosse industrielle, en particulier la région de Glasgow, connaît un afflux impressionnant d’immigrants catholiques d’Irlande.
109En dépit de la mise en œuvre des stratagèmes les plus divers, ce n’est pas l’Église d’Écosse mais bien les conditions économiques qui viennent à bout des catholiques des Highlands. Ce sont aussi elles qui induisent dans les Lowlands une forte population catholique constituée d’immigrants des Highlands et d’immigrants irlandais. Après un siècle de lutte pied à pied et une campagne d’intoxication réciproque sans relâche, tant l’Église d’Écosse qui a en partie perdu son droit de regard sur la vie quotidienne des Écossais que l’Église de Rome qui ne doit sa survie en Écosse qu’à l’arrivée en masse de catholiques irlandais, se voient dans la nécessité de renoncer à leurs querelles pour affronter, chacune de leur côté ou ensemble, la nouvelle société qui s’annonce.
Notes de bas de page
1 « A set of execrable wretches destitute of friends and the abomination of King & government » : Alexander Macdonald cité dans les Blairs Letters (Scottish Catholic Archives, Édimbourg), BL 3/ 268/ 3, 25 septembre 1774, George Hay à John Geddes.
2 J.F. MacMillan, « The Root of all Evil ? Money and the Scottish Catholic Mission in the Eighteenth Century », Studies in Chnrch History, 24, 1987, p. 267-282.
3 William Reid, « Inconvenances & Losses to Highland Boys », 1778.
4 BL 4/ 444/ 16, 18 mai 1814, Charles Stuart à Bishop Cameron.
5 BL 4/ 20/ 6, 27 janvier 1790, Aeneas Chisholm à John Geddes.
6 The Highlands of Scotland in 1750 : Front ms. 104 in the King’s Library, British Museum, éd. Andrew Lang, Edimbourg, William Blackwood, 1898, p. 69.
7 « Relation de la visite des montagnes d’Ecosse faite par Mgr Nicholson évêque de Peristachium vicaire apostolique en Ecosse en l’année 1700 », Propaganda Fide, Scritture Referite nei Congressi Scazia, vol. 2, f. 17.
8 « Dr John Walker’s Report to the General Assembly 1765, concerning the State of the highlands & islands », Scots Magazine, 28, 1766, p. 685.
9 Church Papers (Scottish Record Office, Edimbourg), CH 1/2/84, f. 160, 1744, Unto the Right Honourable His Majesty’s Advocate The Représentation of the Presbytery of Inverness.
10 CH 1/ 2/110, f. 278, 2 mai 1768, Robert MacPherson au Royal Bounty.
11 BL 3/ 146/ 2, 12 août 1760, Bishop Hugh MacDonald à Peter Grant.
12 « Mémoire de l’État de la Mission d’Ecosse en l’année 1735 », Propaganda Fide, SRnC Scozia vol. 2, f.179.
13 Fondée en 1709, la SSPCK a pour but affiché de supprimer le catholicisme et l’ignorance dans les Highlands par le biais d’écoles de charité.
14 « Mémoire de l’État de la Mission d’Ecosse en l’année 173 5 », ibid.
15 Entre autres : Act against Popery, 1699 ; Act for Suppressing of Popery and for Preventing the Growth thereof 1707 ; Act for Procuring the better Execution of former Acts against Popery, & for Preventing the Growth thereof 1714 ; Act for Preventing the Growth of Popey, for Encouragement of Ministers, & the Seulement & Provision of Schools, 1719 ; Address to the King in Regard to the Growth of Popey, etc., 1727 ; Act for Preventing the Growth of Popey, 1747.
16 « Good Resulting from the Rébellion », Scots Magazine, 8 juillet 1746, p. 312.
17 « On the Dangers arising from Popery and Disaffection », Scots Magazine, 9, Appendix 1747, p. 61
18 « On the Dangers... », ibid., p. 614.
19 BL 3/ 121/ 4, 9 mai 1755, Bishop MacDonald à Abbé Grant.
20 BL 3/ 103/ 4, 14 mars 1751, George James Gordon.
21 CH 1/ 1/ 45, 249, 18 mai 1747.
22 CH 1/ 1/ 45, 31, 16 mai 1746.
23 Innés Review, 17, 1966, p. 91-115.
24 Ibid, p. 9 3 et 94.
25 CH 1/2/107, f 359V, 25 juillet 1766, Presbytery of Uist au Royal Bounty.
26 « Dr John Walker’s report concerning the State of the Highlands and Islands, to the General Assembly 1772 », ScotsMagazine, 34, juin 1772, p. 292.
27 Bishop Hay, « Observations on the Opposition to the Roman Catholick Bill for Scotland », c. 1779.
28 Samuel Johnson, A Journey to the Western Islands of Scotland (1775), Harmondsworth, Penguin Books, 1984, p. 125 : « L'île compte cinquante-huit familles qui sont demeurées papistes quelque temps après la conversion au protestantisme du laird. Leur adhésion à leur vieille religion était renforcée par le soutien que leur accordait la sœur du laird, une catholique pleine de zèle, jusqu’à ce qu’un dimanche MacLean les arrêtât alors qu’ils se rendaient à la messe avec à leur tête leur protectrice. Il frappa l’un d’eux à la tête avec un “bâton jaune” – sans doute une canne, pour laquelle il n’existe aucun mot en erse – et les amena au temple où ils vont encore à ce jour. Depuis que MacLean a opéré la conversion des habitants de l’île de cette manière, les gens d’Egg et Canna, qui sont restés papistes, appellent le protestantisme de Rum “la religion du bâton jaune” » (b).
29 CH 1/ 2/ 111, f. 25 iv, 25 octobre 1769, Robert Macpherson au Royal Bounty. Il est à noter que le pasteur en poste à Laggan, lui, n’est pas très enthousiaste : « Cela me ferait très plaisir que McPherson gagne du terrain sur les catholiques. Mais dans toutes les paroisses qui comptent des catholiques dans le royaume, nous n’avons pas vraiment de quoi nous vanter dans ce domaine à ma connaissance » (c) (CH 1/ 2/ 112, f. 256).
30 CH 1/ 2/ 118, f. 216, 12 février 1777, Robert Macpherson au Royal Bounty.
31 CH 1/ 2/ 113, f. 290 ; CH 1/2/118, f. 286 ; CH 1/2/118, f. 205 ; CH 1/2/118, f. 251 ; CH 1/2/120, f. 340.
32 « Lo Stato Présente delle missioni di Scozia 1763 » SRnC, vol. 3, f. 5 iv.
33 A Summary Account of the Rise and Progress of the Society in Scotland for Propagating Christian Knowledge, Edimbourg, The Society, 1783, 10, p. 22.
34 BL 3/ 387/ 9, 28 août 1783, Bishop MacDonald à John Thomson.
35 CH 1/ 2/ 110, f. 205, Donald MacLeod, Lochcarron au Royal Bounty.
36 BL 3/ 297/ 13, 30 mai 1777, Bishop MacDonald à George Hay.
37 BL 4/ 2/ 11, 23 janvier 1789, John Chisholm à John Geddes.
38 Sir John Sinclair, éd., The Statistical Account of Scotland ; Drawn Up from the Communications of the Ministers of the Different Parishes, 21 vol, Edimbourg, William Creech, 1791-1799. « Parish of Kintail » vol. 6, note p. 251. Le pasteur de Lochcarron, Statistical Account, vol. 13, note p. 557 constate : « Beaucoup de gens dans cette paroisse, et, pour tout dire, dans nombre d’autres paroisses, sont convaincus qu’un prêtre peut exorciser les démons et guérir la folie alors qu’un pasteur presbytérien n’a pas de tels pouvoirs. Il est plus facile de demander à une foule de ne prêter aucune attention à un bouffon que d’obtenir de gens ignorants qu’ils ne fassent pas appel au prêtre ». (b)
39 BL 3/ 114/ 3, 31 octobre 1753, John MacDonald à Alexander Gordon.
40 John Geddes, « Observations on the duties of a Catholic Missionary in Scotland ».
41 CH 1/ 2/ 112, f. 256, William Grant, Minister of Laggan au Royal Bounty.
42 « Relation de la visite des montagnes d’Ecosse faite par Mgr Nicholson évêque de Peristachium vicaire apostolique en Ecosse en l’année 1700 », op. cit vol. 2, f. 20.
43 CH 1/ 5/ 56, f. 151. Presbytery of Aberlour au Royal Bounty.
44 John L. Buchanan, Travels in the Western Hébrides from 1782 to 1770, Londres, G.G.J. and J. Robinson, 1793, p. 220 et p. 245.
45 William Reid, « On Persecution », BL 3/117/18, 20 novembre 1754.
46 Ibid.
47 George Hay, Memorial Conceming the Persecution raised against the Roman Catholicks in the Western Islands, 1771.
48 BL 3/ 231/ 16, 22 mai 1771.
49 « The Encreasce of Popery », op. cit., p. 92.
50 BL 5/ 98/ 7, 21 octobre 1750, George James Gordon à Alex Smith.
51 « Scroll Pétition in favour of Mr Alexander McDonald 23 November 1754 to the right honourable Robert Dundas of Arniston Esq. his Majesty’s Advocate ».
52 « Memorial on the persécution of Catholics », 1754.
53 William Reid, « On Persécution », op. cit.
54 BL 3/ 103/ 12, 18 juillet 1751, George James Gordon.
55 BL 3/ 116/ 14, 1754.
56 « Articles on which the Scotch Roman Catholicks wish a Relaxation of the Penal Laws », 1778.
57 BL 3/ 377/ 15, 18 août 1783, John Geddes to John Thomson.
58 CH 2/ 553/ 9, 24, 18 avril 1822.
59 CH 1/ 2/ 102, f. 206, The Pétition of Mr Donald Macleod minister of Glenelg to the Moderator of the General Assembly of the Church of Scotland, 1761.
60 CH 1/ 2/ 84, f. 175, The Petition of Inverness Presbytery to Royal Bounty, 24 January 1744.
61 CH 1/ 5/ 55, 100.
62 CH 1/ 2/ 118, f. 248, 1775.
63 CH 2/ 361/ 1, 113, 24 novembre 1784.
64 CH 1/ 2/ 110, f. 274, 3 mai 1768.
65 BL 3/ 336/ 1, 30 janvier 1780, Augustin MacDonald.
66 CH 2/ 7/ 3, 137, 7 décembre 1784.
67 CH 1/ 2/ 126, D. MacDonell to the Moderator of the Presbytery of Abertarph, 6 décembre 1784.
68 BL 3/ 231/ 10, 19 avril 1771, George Hay à John Geddes.
69 BL 3/ 247/ 4, 3 avril 1772, Bishop John MacDonald à James Grant, Clan : Clanranald.
70 BL 3/ 242/ 17, 12 août 1772, William Harrison à George Hay, Glen : Glenaladale.
71 « Reflections on the State of the Roman Catholicks in Scotland », early in 1779.
72 BL 3/ 478/ 14, 27 mai 1786, Bishop A. MacDonald à John Thomson.
73 BL 4/ 200/ 8, 5 février 1803, Aeneas Chisholm à Charles Maxwell.
74 BL 4/ 298/ 1, 22 mars 1808, Bishop Chisholm à Bishop Cameron.
75 BL 3/ 528/ 5, 23 avril 1788, Bishop A. MacDonald à John Geddes.
76 George Hay, « Reflections on the Conduct of the Roman Catholicks of Scotland relative to their Attachment to the Government », draft, 1778.
77 George Hay, « Reflections on the State of the Roman Catholicks in Scotland », 1.
78 John Erskine, Considérations on the Spirit of Popery, and the Intended Bill for the Relief of Papists in Scotland., Edimbourg, W. Gray, 1778, p. 3-4.
79 BL 3/ 199/ 18, 28 avril 1769, John Geddes à George Hay.
80 « An Act for requiring a certain form of Oath of Abjuration and Déclaration, from His Majesty’s Subjects, professing the Roman Catholick Religion, in that part of Great Britain called Scotland », 1793.
81 A Letter to all Opposers of the Repeal of the Penal Laws against Papists in Scotland wherein is proposed an Effectuai method of suppressing Popery, without touching the persons or property of Papists, Edimbourg, W. Gray, 1779, p. 21.
82 Scotland’s Opposition to the Popish Bill, p. 30.
83 A Letter to all Opposers, p. 21.
84 Scotland's Opposition to the Popish Bill, p. 202.
85 BL 3/ 364/ 2, 9 mai 1782, Capt John MacDonald.
86 Scots Magazine, 40, novembre 1778, p. 594.
87 Scots Magazine, 40, novembre 1778, p. 595.
88 « The Humble Remonstrance &c of the Roman Catholics », p. 8.
89 John Campbell, A Full and Particular Description of the Highlands of Scotland, Londres, chez l’auteur, 1752, p. 15.
90 BL 3/ 178/ 17, 17 avril 1765, Bishop Hugh MacDonald à Peter Grant.
91 BL 3/ 151/ 1, 18 avril 1761, Rev. George Grant à Mr George Hay.
92 BL 3/ 427/ 2, 29 mai 1784, Donald Skinner à John Geddes.
93 BL 3/ 516/ 17, 27 février 1788, John Chisholm à John Geddes.
94 Sir John Sinclair, op. cit., « Parish of St Andrew’s Lhanbryd », vol. 9, p. 178-179.
95 Acts of the General Assembly of the Church of Scotland 1638-1842, éd. T. Pitcairn Edimbourg, Printing and Publishing Co, 1843, p. 873.
96 Scottish Mission, SM 5/ 3/ 2 « Queries... » 16 janvier 1794 ; SM 5/ 3/ 3 « Answers... 1er août 1794.
97 BL 4/ 140/ 12, 10 janvier 1799, copy letter MacNeil of Barra au Lord Advocate.
98 BL 5/ 170/ 6, 10 mars 1825, Angus MacDonald à Andrew Scott.
99 À deux reprises (1778 et 1788), des protestants avaient tenté de mettre les catholiques en quarantaine en incitant au boycott mais sans succès, les protestants continuant de commercer avec eux sans s’inquiéter de leur appartenance religieuse.
100 BL 4/ 248/ 13, 17 février 1805, William MacDonald à Bishop Cameron.
101 An Account of the Présent State of Religion throughout the Highlands of Scotland, Edimbourg, William Oliphant, 1827, p. 72.
Auteur
-
Clotilde Prunier
Université Paul Valéry, Montpellier
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