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    Plan détaillé Texte intégral La banalité de la fonction de Tomyris, l’héroïsme de son action La diversité des points de vue portés sur Tomyris Exotiques mais pas « barbares » Notes de bas de page Auteur

    Imaginaires des reines des steppes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    I. Tomyris, « reine des steppes » : la matrice polysémique d’Hérodote

    Violaine Sebillotte Cuchet

    p. 33-48

    Texte intégral La banalité de la fonction de Tomyris, l’héroïsme de son action La diversité des points de vue portés sur Tomyris Exotiques mais pas « barbares » Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Tomyris constitue, à notre connaissance, la première apparition dans l’historiographie occidentale d’une femme guerrière, commandante d’hommes, et qui soit considérée comme un personnage historique. Son existence a été rarement mise en doute même si ce qui nous en est connu est particulièrement minimaliste : Tomyris aurait vécu au vie siècle av. J.‑C. et aurait été la reine d’un peuple qualifié de « sace » par Strabon, de « masssagète » par Hérodote qui ajoute que les Massagètes sont parfois considérés comme faisant partie du peuple (ἔθνος [ethnos]) scythe. Le peuple des Massagètes est alors situé à l’est de la mer Caspienne1.

    2Selon Hérodote (Histoires, I, 201-216), qui est la source la plus ancienne de notre information et celle à laquelle se réfère la majorité des documents postérieurs, dont le De mulieribus claris de Jean Boccace ou La Cité des dames de Christine de Pisan, la reine aurait défait l’armée perse lors d’une bataille qui aurait eu lieu sur son propre territoire et qui aurait coûté la vie à Cyrus le Grand, fondateur de la dynastie perse des Achéménides. Ce dernier fait est parfois mis en doute, notamment en raison du silence d’Hérodote concernant les modalités de transfert du corps du conquérant, depuis le pays scythe jusqu’à Pasargades, au cœur de l’Empire perse, où est localisé le tombeau de Cyrus le Grand. La documentation babylonienne confirme que Cyrus le Grand perdit la vie lors d’une bataille, qui eut lieu en août 5302. C’est par conséquent, cette date, qui est retenue par les historiens pour fixer la vie de Tomyris dans la chronologie. Adulte et mère d’un jeune homme en âge de combattre lors de la bataille de 530, Tomyris serait née au milieu du vie siècle av. J.‑C., au moment où Cyrus le Grand prenait le pouvoir sur les Mèdes et initiait la longue domination de la dynastie des Achéménides sur l’Asie occidentale.

    3Comme souvent dans l’historiographie antique, le lecteur constate que le récit d’Hérodote entremêle des références réelles et des éléments fictifs, une caractéristique du genre. Ceci oblige à lire son texte qui demeure la version la plus complète et la source de référence avec prudence et, surtout, avec méthode. Il faut rappeler, par exemple, que Ctésias, né à Cnide au vᵉ siècle av. J.‑C., et mort après 398, fut non seulement un médecin grec au service d’Artaxerxès II mais aussi un historien de la Perse et de l’Inde. Plus jeune qu’Hérodote, il connaît l’œuvre de son prédécesseur et propose une autre narration de la mort de Cyrus le Grand. Ctésias explique, en effet, que Cyrus le Grand n’est pas mort chez les Massagètes et sous leurs coups mais à la suite de blessures reçues de la part d’un combattant indien lors d’une campagne militaire contre le roi Amoraios3.

    4À défaut de pouvoir entreprendre une lecture réaliste du texte d’Hérodote, il nous faut donc privilégier une lecture symbolique : qu’est-ce que le récit d’Hérodote indique quant aux regards portés par les Grecs sur une femme puissante ? Nous avons signalé l’importance du récit d’Hérodote, en ce qu’il a inspiré les récits postérieurs. Dans la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, rédigée au ier siècle av. J.‑C., Tomyris est désignée comme « la reine des Scythes » (ἡ βασίλισσα τῶν Σκυθῶν [he basilissa ton Skython]), sans que son nom soit mentionné4. Son comportement est décrit comme significatif de celui de toutes les femmes (γυναῖκες [gynaikes]) de ces contrées qui se sont, dit Diodore de Sicile, illustrées par leurs exploits, distinguées par leur valeur (ταῖς ἀνδρείαις [tais andreiais]), qui ne la cède en rien à celle des hommes (τῶν ἀνδρῶν [ton andron]). De ces femmes illustres sont issues les Amazones, ajoute Diodore de Sicile, qui fait de la région massagète le berceau des légendaire guerrières : « C’est là que s’est formée la nation (ἔθνος [ethnos]) des Amazones, si remarquable par son courage ; elle fit non seulement des incursions dans les pays voisins, mais encore elle soumit une grande partie de l’Europe et de l’Asie5. »

    5Dans ce récit, les Amazones sont aussi admirables qu’elles l’étaient dans la poésie homérique et les représentations figurées des périodes plus anciennes6. Le courage et la valeur y apparaissent comme des qualités indépendantes du genre, même si les auteurs conviennent qu’elles sont d’abord attendues des hommes. Tomyris, aïeule des Amazones, apparaît donc comme le symbole de la reine puissante et courageuse. Elle est aussi un symbole des peuples (ἔθνη [ethne]) d’Asie centrale qui étonnent les Grecs en raison de la place qu’ils semblent faire aux femmes, à la fois dans la guerre et au pouvoir. La question du genre, comme celle de l’opposition entre l’Orient (Asie) et l’Occident (Grèce, Europe), est centrale dans le récit sur Tomyris.

    6Certains savants du xxe siècle, notamment dans les années 1970, ont d’ailleurs considéré que le personnage apportait la preuve de l’existence historique d’un pouvoir gynécocratique qui se serait installé en Scythie, voire en Asie centrale, et ceci au moins dès le vie siècle av. J.‑C.7. Ce sont d’ailleurs dans ces mêmes régions que les poètes et les artistes grecs des ve et ive siècles ont localisé les Amazones, pour lesquelles ils se sont mis à utiliser les codes iconographiques également utilisés pour représenter les Scythes8. Par conséquent, une approche assez répandue a consisté à considérer le texte d’Hérodote comme livrant une description ethnographique permettant d’approcher la réalité historique des populations de la région et de valider la thèse de l’historicité des Amazones épiques9. Récemment, le travail de Walter Penrose qui cherche à restituer la pluralité des systèmes de genre connus dans l’Antiquité grecque, s’appuie sur un postulat peu éloigné : le cas de Tomyris, comme celui des Amazones, témoigne d’une altérité culturelle dont l’historien doit prendre en considération s’il veut rendre compte de la variété des sociétés anciennes10.

    7Une approche plus consensuelle dans la recherche académique consiste, a contrario, à traiter Tomyris comme un fait divers, au sens de divertissement du lecteur auquel l’historien n’a pas à accorder beaucoup d’attention. L’épisode de Tomyris fait partie de l’aspect légendaire qui caractérise l’écriture d’Hérodote. L’épisode de la mort de Cyrus le Grand n’est qu’une anecdote dont la signification est réduite à celle d’un procédé littéraire destiné à gagner l’attention des auditeurs, et peut-être à accentuer le caractère tragique de sa fin. Cyrus le Grand, l’ambitieux roi conquérant, serait finalement mort sous les coups d’une (simple) femme. Dans cette interprétation qui place Cyrus le Grand au centre, Tomyris n’est plus qu’un agent fictionnel instrumentalisé pour illustrer, voire exagérer, la faiblesse humaine (notamment masculine) et la tragédie du pouvoir11.

    8L’approche que nous choisissons est différente. En effet, nous voudrions nous appuyer sur la description faite de Tomyris pour examiner comment un Grec, Hérodote, pouvait présenter une femme de pouvoir à ses lecteurs et auditeurs, grecs également. Les habitants de sa cité, Halicarnasse en Asie Mineure, le qualifièrent au ier siècle av. J.‑C., d’« Homère en prose dans le champ de l’histoire12 ». Autrement dit, trois à quatre siècles après sa mort, la célébrité d’Hérodote rejoignait celle du vieil Homère auquel il était comparé ; il composait une œuvre dont l’objectif était similaire à celui qui avait animé le poète de l’Iliade : célébrer les actes glorieux des Grecs et des Barbares, pour utiliser le vocabulaire des Grecs. Hérodote écrivait en prose mais avec le même souci de glorification héroïque comme l’explique l’incipit : il s’agit d’exposer le résultat d’une enquête menée afin « d’empêcher que ce que les gens ont fait, avec le temps, ne s’efface de la mémoire et que les grandes et étonnantes actions (ἔργα [erga]), accomplies tant par les Grecs que par les Barbares, ne restent sans gloire (ἀκλεᾶ [aklea])13 ». Le texte n’a pas pour objectif de dire ce qui s’est effectivement passé (et Thucydide le reprochera à Hérodote14) mais de diffuser ce que ses contemporains considéraient comme s’étant vraiment passé. À nos yeux, l’intérêt historique d’Hérodote est qu’il transmet le crédible de son époque. D’ailleurs, lorsque ce « crédible » ne l’est pas à ses oreilles, ou à ceux de certains de ses informateurs, Hérodote le précise15.

    9Dans les dernières années, une série de travaux a testé l’hypothèse selon laquelle il existait, dans l’Antiquité grecque, une variété de discours sur les femmes de pouvoir. Ces travaux ont apporté la preuve que le genre, ou la distinction homme/femme, n’était pas systématiquement significatif16. Une femme pouvait remplir une fonction habituellement dévolue à un homme sans que cela soit systématiquement considéré comme anormal ou transgressif. Le genre, comme la distinction Grec/Barbare, n’est donc pas une structure invariante de la pensée grecque17. Ce constat invite à proposer une relecture du portrait qu’Hérodote dresse de Tomyris. Il invite à relativiser la binarité oppositionnelle entre l’Orient et l’Occident, ici le monde scythe et le monde grec, qui a été à la source d’un puissant imaginaire occidental, notamment sur les femmes dites « barbares18 ». Il invite aussi à donner plus de légitimité à des regards différents portés sur les femmes, et donc à des rapports de genre moins stéréotypés. Si on assure que depuis l’Antiquité les femmes au pouvoir ont toujours été considérées comme des Barbares et des monstres, suscitant peur et inquiétude pour la virilité de leurs partenaires, il paraît normal, voire légitime – en vertu de la force attribuée à la tradition et au passé – de le penser encore aujourd’hui. La lecture qui associe l’opposition femme/homme et l’opposition Grec/Barbare, en pensant les différences en termes de normes respectées ou renversées, est issue d’une interprétation généralisante du discours politique athénocentré (plus que hellénocentré)19. Or, en travaillant la logique interne du texte d’Hérodote et en analysant ses énonciations multiples, il est possible de montrer qu’il n’existait pas, même au milieu du ve siècle av. J.-C., une seule manière de considérer Tomyris. Pour ce faire, il est nécessaire de replacer les « faits » décrits dans la logique des Histoires d’Hérodote : les termes choisis placent le personnage de la reine massagète dans une logique spécifique, celle du contexte dynastique, bien connu d’Hérodote et de ses auditeurs. Ensuite, il faut distinguer les différents points de vue portés sur Tomyris, en distinguant les voix énonciatives et leur modalisation : qui parle ? Pour dire quoi ? De quelle manière ? Dans quel objectif ? Enfin, la présentation des interprétations actuelles du personnage de Tomyris dans les Histoires permet de brosser, à grands traits, les orientations de la recherche dessinées par les historiens actuels, dans une approche disciplinaire qui peut avoir un intérêt pour une discussion pluridisciplinaire.

    La banalité de la fonction de Tomyris, l’héroïsme de son action

    10Selon Hérodote, Tomyris est la reine des Massagètes, un peuple paisible qui fut victime de l’appétit de conquête de Cyrus le Grand au vie siècle av. J.‑C. Difficile à localiser avec précision, les repères des auteurs anciens n’étant pas toujours les mêmes et les toponymes changeants, les Massagètes sont cependant toujours reliés au peuple scythe, que Strabon et Justin relient aux populations saces de l’Asie centrale, voire la Sogdiane, et qui se situent toujours aux confins septentrionaux de l’Empire perse que marque le fleuve Araxe, à l’identification antique incertaine20. Si Hérodote met en scène la mort de Cyrus le Grand lors d’une bataille contre les Massagètes de Tomyris, Diodore de Sicile, qui cite Onésicrite (Fragmente der Griechischen Historiker 134 F 36), l’historien de la fin du ive siècle, considère que la reine des Scythes l’aurait simplement fait prisonnier (II, 44, 2). Cette information est celle que l’on trouve aussi dans le roman biographique de l’Athénien Xénophon, la Cyropédie, rédigé au ive siècle (Cyropédie, VIII, 7).

    11Selon Hérodote, Tomyris est devenue reine (βασίλεια [basileia]) après le décès de son époux : « C’était alors une femme qui, après la mort de son mari, régnait sur les Massagètes ; elle s’appelait Tomyris21. » Pourtant, le modèle de la régente, typique de l’époque moderne, n’est pas tout à fait adéquat puisque Tomyris est reine tout en ayant un fils en âge de commander l’armée et donc de prendre le pouvoir. Il semble alors que le modèle dynastique soit plutôt celui d’une succession à l’épouse avant le fils. Cette logique de passation de pouvoir n’est ni une anomalie ni un trait barbare. À Cyrène, fondation grecque de Libye, au vie siècle, Phérétimé obtient le pouvoir de son époux et le conserve, tandis que son fils devenu adulte s’installe dans la cité voisine de Barkè22. De même, à Halicarnasse, Artémise est reine lorsqu’Hérodote est encore un jeune enfant et elle a au moins un fils dont on ignore l’âge au moment de la seconde guerre médique (en 480) mais dont Hérodote signale l’existence23. Ces reines évoluent dans un univers qui n’est pas seulement celui de cités grecques qui seraient « marginales ». Elles sont présentes dans l’univers des Grecs d’Europe et peuplent les tragédies mises en scène par les Athéniens contemporains d’Hérodote, comme l’univers mythique de la poésie épique, de la peinture et de la sculpture. Clytemnestre est l’une d’elles, dans le Péloponnèse. Si certaines sont critiquées, voire considérées comme excessives – et donc qualifiées de barbares – c’est parce qu’elles ne se comportent pas selon l’éthique civique : Clytemnestre prend un amant et assassine son époux revenu de guerre. Pénélope, au contraire, exerce sa fonction, avec difficulté certes, mais toujours avec sagesse et discernement. Elle aussi règne seule alors que son fils, Télémaque, est en âge de gouverner. Les conflits de génération et de genre ne sont pas esquivés, mais la réalité est là : c’est bien la reine qui conserve le trône, fût-ce en proclamant qu’elle ne fait qu’attendre le retour de son époux.

    12Tomyris est par ailleurs une reine qui remplit parfaitement sa fonction : elle défend le territoire des Massagètes et, donc, leurs intérêts. Cette fonction royale, protectrice du royaume et de son intégrité territoriale, prime sur ce qui serait sa « nature » de femme et que le personnage de Cyrus le Grand met en avant. Selon Hérodote, « Cyrus l’envoya demander en mariage, se disant heureux de l’avoir pour femme. Mais Tomyris comprit que ce qu’il recherchait ce n’était point sa personne (οὐκ αὐτήν [ouk auten]), mais la royauté des Massagètes ; et elle lui interdit de venir auprès d’elle24. » Le fait d’être une femme (γυνή [gyne]) ferait d’abord d’elle un sujet sexuel ou du moins transactionnel, car ici il n’est pas question de désir mais bien de transmission de biens : le royaume est la dot attendue de l’union matrimoniale. Or, dans le récit d’Hérodote, indiscutablement la fonction guerrière de Tomyris prime. Seul un regard peu attentif aux questions de genre peut tendre à réduire la reine à son sexe/genre. Encore une fois, le cas de Tomyris n’est pas isolé et non spécifique à des peuples dits « exotiques ». Dans l’épopée homérique, Pénélope rejette, elle aussi, les prétendants.

    13Enfin, Tomyris démontre une véritable capacité d’action dans l’exercice de sa fonction. Elle envoie un héraut rencontrer Cyrus le Grand et son armée pour lui transmettre sa proposition : soit il quitte le pays qu’il vient d’envahir, soit il s’accorde avec elle sur un lieu d’affrontement entre les deux armées. Elle revendique le commandement (ἀρχεῖν [archein]) sur son peuple. Elle prodigue des conseils et s’inscrit ainsi dans la série des « bons conseillers » des rois, comme le sont Solon l’Athénien et Artémise la Grecque d’Halicarnasse. Elle propose un affrontement des armées sous la forme d’un combat en règle au lieu d’une invasion désordonnée. Puis, « après que Cyrus eut refusé de l’écouter, écrit Hérodote, elle [Tomyris] rassembla toutes ses forces et en vint aux mains avec lui. Ce combat, de tous les combats qui se sont livrés entre Barbares, fut à mon avis le plus violent ». Autrement dit, non seulement Tomyris est garante de l’intégrité de son royaume, non seulement elle se révèle diplomate et sage, mais elle combat elle-même avec ses troupes. Elle agit comme la cheffe de guerre Mania de Dardanos que décrit Xénophon, presque un siècle plus tard, dans son récit des affrontements qui, à l’issue de la guerre du Péloponnèse, opposèrent Athéniens, Spartiates et Perses sur le territoire des cités grecques d’Eolide25. La fin du conflit entre l’armée de Tomyris et celle de Cyrus le Grand est connue. Hérodote relate la manière dont la reine massagète a traité le cadavre de Cyrus le Grand :

    Tomyris, après avoir rempli une outre de sang humain, fit chercher son cadavre parmi les Perses morts ; quand elle l’eut découvert, elle lui plongea la tête dans l’outre ; et, en même temps qu’elle maltraitait le mort, elle lui adressait ces paroles : « Roi, bien que je sois vivante et que je t’aie vaincu les armes à la main, tu m’as perdue en t’emparant par ruse de mon fils ; moi, à mon tour, comme je t’en ai menacé, je te rassasierai de sang26. »

    14Dans cette démonstration de fureur, la cruauté de la reine n’est pas spécialement féminine, orientale ou barbare. Son acte s’inscrit dans la série des excès de violence guerrière qui permettent aux héros épiques d’exprimer toute leur démesure (ὕβρις [hybris]). Tomyris agit tel Achille, le héros par excellence, qui outragea le cadavre d’Hector pour se venger de la mort de Patrocle27. La cruauté de la reine est épique, signe de son ὕβρις (hybris) héroïque.

    La diversité des points de vue portés sur Tomyris

    15En replaçant la description de Tomyris dans la logique du récit hérodotéen, il est remarquable que sa caractérisation comme femme – elle est reine et mère – se voit complétée par une dimension épique qui la place au niveau d’autres personnages de valeur, hommes ou femmes, souvent grecs. Cependant, le récit d’Hérodote met aussi en perspective les actions de la reine grâce à diverses énonciations portées par les personnages qui l’entourent. Ces énonciations permettent de mettre en valeur la diversité des points de vue portés sur la reine.

    16C’est ainsi que Crésus, par exemple, énonce devant le roi Cyrus le Grand, un stéréotype récurrent dans les Histoires : « Ce serait chose honteuse et intolérable, que Cyrus le Grand fils de Cambyse reculât devant une femme et lui cédât le terrain28. » Le conseil donné par Crésus à Cyrus le Grand est donc de ne surtout pas céder à la reine et de porter le combat au cœur du territoire des Massagètes. Il est possible de parler de stéréotype tant l’argument revient fréquemment dans les documents écrits en grec. La masculinité idéale, celle qui produit l’admiration sociale, se fonde sur l’opposition entre une féminité réputée faible et incapable et une masculinité toujours supérieure : par nature, les hommes dominent les femmes. Une femme dominante serait une femme masculinisée, donc transgressive. Hérodote évoque ce stéréotype à propos de Phérétimé de Cyrène, d’Artémise d’Halicarnasse, des Lydiens vaincus par Cyrus le Grand… Hérodote se réfère alors à des maximes généralisantes qui sont présentes dans d’autres types de récits : la poésie épique, la tragédie et la comédie29. L’historiographie postérieure relaie le stéréotype qui explique, selon Xénophon, la mort de Mania de Dardanos en Eolide (son gendre n’aurait pas supporté être gouverné par une femme), et légitime que toutes les femmes en position de pouvoir apparaissent comme des exceptions, des anomalies ou des transgressions30.

    17Cependant, dans les Histoires, ici considéré comme le dispositif de communication globale que les auditeurs et lecteurs ont à l’esprit, la parole de Crésus est modalisée de manière négative. Crésus, le roi de Lydie est celui qui est la cause de la guerre entre les Grecs et les Barbares, comme l’indique le prologue d’Hérodote qui rappelle qu’il fut le premier à s’attaquer aux cités grecques du littoral asiatique31. Certes il est un conseiller, mais n’ayant pas lui-même compris le sens de l’oracle qui annonçait la perte de son royaume s’il entrait en guerre contre Cyrus le Grand32, il ne peut être perçu comme un bon conseiller. Sa parole, pourtant présentée comme celle d’un sage, ne peut avoir de crédit auprès des lecteurs/auditeurs grecs qui savent que Cyrus le Grand fut « le premier à [avoir pris] l’initiative d’actes offensants envers les Grecs33 ». Enfin, la mort de Cyrus le Grand donne tort à Crésus : finalement, il eût mieux valu s’abstenir de combattre les Massagètes. Le stéréotype est énoncé mais sa modalisation, du moins dans le dispositif général des Histoires, est négative : l’affirmation selon laquelle ce serait une grande et intolérable honte de se faire battre par une femme y perd en crédibilité.

    18Une autre voix s’invite dans le récit, celle des dieux qui interviennent dans le songe que fait Cyrus le Grand. Il convient de citer le passage :

    Il [Cyrus] crut voir pendant son sommeil l’aîné des fils d’Hystaspe avec des ailes aux épaules, dont l’une ombrageait l’Asie, l’autre l’Europe. Hystaspe fils d’Arsamès était un Achéménide ; son fils aîné était Darius, âgé alors de vingt ans environ ; il avait été laissé en Perse parce qu’il n’avait pas encore l’âge de faire campagne. Cyrus, quand il fut réveillé, réfléchit sur cette vision, comme elle lui semblait d’importance, il appela Hystaspe, le prit seul à seul, et lui dit : « Hystaspe, ton fils est convaincu de conspirer contre moi et contre ma puissance. Je le sais de façon exacte, je vais t’expliquer comment. Les dieux prennent soin de moi, et m’annoncent à l’avance tout ce qui me menace. Or, la nuit passée, pendant que je dormais, j’ai vu l’aîné de tes fils avec des ailes aux épaules, dont l’une ombrageait l’Asie, l’autre l’Europe. D’après cette vision, il est tout à fait impossible qu’il ne conspire pas contre moi. » Cyrus parlait ainsi dans la pensée que Darius conspirait contre lui ; mais ce que la divinité lui annonçait à l’avance, c’est qu’il devait lui-même mourir dans le pays où il se trouvait et que sa royauté était destinée à échoir à Darius34.

    19Hérodote narrateur commente ainsi le songe : la vraie histoire qu’il raconte, lui l’historien, est celle voulue par les dieux. Il s’agit de la tragédie de Cyrus le Grand qui n’est qu’une tragédie de la puissance qui entraîne inexorablement vers la chute. Crésus, le premier, n’avait pas compris – malgré l’avertissement divin et énigmatique de l’Apollon de Delphes – qu’en voulant étendre son pouvoir il allait perdre son empire. Maintenant, Cyrus le Grand ne comprend pas qu’en décidant de franchir le fleuve qui sépare son royaume de celui des Massagètes, il va à la mort : Darius pourra récupérer l’Empire achéménide que l’aigle symbolise. L’épisode de la rencontre fatale avec Tomyris est une anecdote, dans le sens où sa signification excède son cadre narratif. De ce point de vue, pris dans le large dispositif des Histoires, qui est celui d’un récit de la tragédie de la conquête qui mène toujours à la chute – Hérodote écrit aussi pour les Athéniens dont l’Empire les conduit à adopter des mesures de tyrans à l’égard des autres Grecs et est en passe de provoquer la guerre intestine qui les mènera à la défaite – le commentaire que produit le narrateur introduit une modalisation neutre de l’épisode de Tomyris, voire positive : Tomyris réalise le destin prévu par les dieux et punit celui qui a manifesté la ὕβρις (hybris) de la conquête35.

    20Comme s’il était besoin de manifester davantage le caractère positif de Tomyris, Hérodote conclut l’épisode sur ces mots : « Les circonstances de la mort de Cyrus le Grand font l’objet de bien des récits ; j’ai rapporté celui qui, pour moi, est le plus digne de créances36. » Cette conclusion résonne avec le commentaire donné par Hérodote à la décision de Tomyris de combattre Cyrus le Grand et de refuser le mariage : « Tomyris comprit que ce qu’il recherchait ce n’était point sa personne, mais la royauté des Massagètes37. » Dans cet épisode, Tomyris est donc dépeinte de manière neutre, voire positive, par le narrateur. La ruse qui est souvent perçue comme une arme de femme ou de faible – même si elle caractérise aussi l’intelligence pratique de certains héros, comme Ulysse38 – est utilisée par Cyrus le Grand, non par Tomyris. Grâce à une ruse de guerre, sacrifier un petit contingent de Perses qui servent d’appât aux Massagètes puis laisser à la disposition de ces derniers victuailles et vin à foison, Cyrus le Grand fait prisonniers un grand nombre de Massagètes repus et endormis. Parmi eux se trouve le fils de Tomyris, Spargapise. À son réveil, ce dernier agit comme un héros de l’épopée : tel Ajax, de honte, il se suicide. Les valeurs morales sont du côté des Massagètes que l’on peut considérer comme représentatifs de la « sagesse barbare », versant positif du regard porté par les Grecs sur les peuples non-grecs39. Dans cette perspective, la modalisation de la reine, comme celle de son fils, est indéniablement positive.

    Exotiques mais pas « barbares »

    21Pour prendre un peu de recul face à l’anecdote sur Tomyris et la confronter aux éléments externes qui ont pu servir de référents réels à son écriture et à la compréhension que les Grecs se faisaient de Tomyris, il faut s’intéresser à la manière dont Hérodote décrit le peuple des Massagètes.

    22Hérodote travaille à partir de données qui lui sont fournies pas des informateurs et souvent partagés par d’autres. Sa description des Sauromates qui se trouveraient au nord de la mer Caspienne, dans le grand territoire scythe, repose sur des connaissances probablement issues des voyageurs qui ont visité cette région du nord Caucase. Les femmes, par exemple, prennent part à la guerre, montent à cheval et portent des pantalons. Selon Hérodote, cette originalité des Sauromates leur viendrait de leur histoire. Les Sauromates seraient le fruit des unions entre jeunes Scythes et Amazones échappées de leurs vainqueurs grecs. Pour vivre selon le mode de vie des femmes guerrières, les Scythes acceptèrent d’abandonner leur région et de s’installer avec leurs nouvelles compagnes dans un territoire plus éloigné, au nord du Caucase. Dans la manière hérodotéenne de décrire le monde, il y a bien des Grecs et des Barbares mais ceux-ci sont si divers que l’opposition ne fonctionne guère, hors contexte des guerres médiques où le terme de Barbare sert à désigner les peuples de l’Empire achéménide40.

    23Toujours est-il que la région du Caucase, la plaine du Nord qui rejoint celle de l’Est où se trouvent les Massagètes, est une région où les Grecs n’ont pas de peine à imaginer la présence de femmes à la guerre. À l’époque d’Hérodote, les Athéniens ont fait des Amazones des symboles de l’altérité barbare, c’est-à-dire de la démesure et du désordre social. Les métopes sculptées du Parthénon réalisées sous l’autorité de Phidias déclinent la lutte polarisée entre l’ordre et le chaos grâce à des motifs conventionnels : la lutte des dieux olympiens contre les Géants, fils de la Terre, qui disputent à Zeus la souveraineté sur le monde ; la lutte des Grecs contre les Centaures, mi-animaux et mi-hommes, qui ne respectent pas les règles de vie en société ; la lutte des Grecs d’Europe contre l’opulente cité de Troie, en Asie ; la lutte des Grecs contre les Amazones qui adoptent un mode de vie incongru, parfois décrit comme inacceptable41, pour des femmes. Ce programme iconographique, qui se nourrit des milliers de peintures sur vases représentant des Amazones combattantes, puise désormais au répertoire asiatique : au ve siècle, les Amazones ressemblent aux Scythes dont elles récupèrent le cheval, l’arc, le baudrier et parfois le costume bariolé. Cette réinterprétation des Amazones, les combattantes de l’épopée, a dominé l’historiographie sans annuler la valeur positive qui leur est aussi conférée : héroïques guerrières, elles se distinguent par leur valeur. Sur les sarcophages romains où les Amazones deviennent un thème central, elles symbolisent par leur défaite le tragique de la mortelle condition humaine42. Autrement dit, les Amazones ont beau être souvent renvoyées au domaine barbare et souvent dépréciées, elles n’en sont pas moins également porteuses de valeurs positives, et parfois de descriptions plus neutres, comme celle relatant l’origine du peuple des Sauromates43.

    24Dans sa description des coutumes des Massagètes, Hérodote adopte lui aussi un regard neutre. Il explique que les Massagètes se situent dans la vaste plaine qui s’étend à l’est de la mer Caspienne, tandis que la rive occidentale est dominée par le Caucase, la plus vaste et la plus élevée des montagnes, qui abrite des peuples extrêmement divers. Là les gens s’accouplent à la vue de tous, comme les bêtes, et les arbres produisent des feuilles qui servent à peindre et colorer les tissus de manière indélébile44. Les Massagètes, eux, ont des armes d’airain, de l’or, des chevaux ; comme les Grecs, ils accordent dans leurs serments une grande place à Hélios, le Soleil qui voit tout. Les coutumes (νόμοι [nomoi]) des Massagètes se distinguent par la manière dont sont dissociés le mariage et la sexualité. Les enfants d’une femme deviennent ceux de son mari, pas nécessairement ceux de son père biologique, qui a finalement peu d’importance. La monogamie des Massagètes s’accorde ainsi avec des pratiques sexuelles plus libres mais toujours encadrées par les règles de la filiation. Les Massagètes sont peut-être barbares au sens où ils ne parlent pas le grec, mais Hérodote ne qualifie pas leurs usages comme tels. Les Masssagètes ont des caractéristiques assez exotiques pour un Grec de la côte d’Asie Mineure comme de ses compatriotes d’Europe, mais ces caractéristiques n’ont rien de « honteux » (αἴσχιστος [aischistos]) au contraire de la pratique babylonienne ainsi qualifiée, qui consiste à obliger les femmes du pays à s’unir une fois dans leur vie à un étranger dans le sanctuaire d’Aphrodite (I, 199).

    *

    25Le périmètre de l’enquête d’Hérodote est large. Exclu de sa cité natale gouvernée par un tyran qui conduisit ses parents à l’exil, Hérodote, voyageur et enquêteur, embrasse presque tout l’horizon des Grecs de son époque, sauf la partie occidentale de la Méditerranée. Il ne distingue les Grecs des Barbares, les Perses le plus souvent, que parce que telle est la grille d’analyse des rapports politiques de son époque, le ve siècle av. J.‑C. et la toile de fond de l’antagonisme majeur qu’il décrit, la guerre qui opposa les Grecs d’Europe et les Perses d’Asie au début du ve siècle av. J.‑C. Tomyris est à la fois une reine « barbare » dans le sens où elle n’est pas hellénophone et vit dans une région exotique pour les Grecs, mais elle est aussi une reine qui incarne des valeurs tout à fait grecques. En ce sens, le texte d’Hérodote met en évidence la diversité des regards portés sur elle, ce qui suggère la diversité des points de vue portés par les hommes (peu de femmes parlent) sur les femmes puissantes. Malgré la fugacité de l’apparition de Tomyris dans l’Histoire, son personnage révèle, finalement, la complexité des rapports de genre, comme du regard grec sur l’Orient.

    Notes de bas de page

    1Sur la localisation, voir D. Asheri, A. Lloyd et A. Corcella., A Commentary on Herodotus. Books I-IV, 2007, s.v. « 201. Μασσαγέτας [Massagetas] ».

    2R. A. Parker et W. H. Dubberstein, Babylonian Chronology 626 BC-AD 75, 1956, p. 14.

    3Ctésias, Fragmente der Griechischen Historiker, 688, F 9 (7-8).

    4Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, II, 44.

    5Ibid.

    6Homère (Iliade, III, 189) qualifiait les Amazones d’ἀντιάνειραι (antianeirai), que J. Blok (The Early Amazons. Modern and Ancient Perspectives on a Persistent Myth, 1995) a traduit par « équivalentes aux hommes/héros » et non comme « opposées aux héros ».

    7G. Dumézil, Romans de Scythie et d’alentours, 1988. Parlant des Massagètes de Tomyris, Th. David de Sonneville (« La position de la femme en Asie centrale », Dialogues d’Histoire Ancienne, no 2, 1976, p. 136) est prudente : « Nous avons affaire à un type de société guerrière, hiérarchisée, héroïque, éventuellement gynécocratique. »

    8F. Lissarrague, L’Autre guerrier. Archers, peltastes, cavaliers dans l’imagerie attique, 1990 ; G. Leduc (dir.), Réalité et représentations des Amazones, 2008 ; V. Sebillotte Cuchet, « Le mythe dans l’histoire. La réalité des Amazones antiques », dans D. Kalifa (dir.), Les Historiens croient-ils aux mythes ?, 2016, p. 111‑133.

    9Voir de ce point de vue la démarche de A. Mayor, The Amazons. Lives and Legends of Warrior Women across the Ancient World, 2014.

    10W. Penrose, Postcolonial Amazons. Female Masculinity and Courage in Ancient Greek and Sanskrit Literature, 2016.

    11D. Asheri et coll., ouvr. cité, s.v. « 205,1. Τόμυρίς [Tomyris]: […] perhaps Herodotus wanted to sharpen the contrast between Cyrus’ illusory good-fortune and his miserable death by the hand of a woman. »

    12S. Isager et P. Pedersen, The Salmakis Inscription and Hellenistic Halikarnassos, 2004, p. 217‑237.

    13Hérodote, Histoires (incipit), en s’inspirant de la traduction de P. Payen, « Hérodote et Lévi-Strauss. Questions d’ethnographie », dans J. Alaux (dir.), Hérodote. Formes de pensée, figures du récit, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 180.

    14Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, I, 22.

    15Ainsi Hérodote cherche à vérifier si les Grecs disent vrai à propos de la guerre de Troie, et questionne les prêtres égyptiens pour connaître leur avis (Histoires, II, 118.1). Il peut aussi déclarer, à propos des Arimaspes du nord-est de la région du Caucase à qui l’on n’attribue qu’un seul œil et la capacité à arracher l’or souterrain gardé par les griffons : « mais là encore je me refuse à croire qu’il y ait des hommes qui n’aient qu’un œil. » (Histoires, III, 116)

    16Sur ces aspects, nous nous permettons de citer les travaux du groupe Eurykleia (https://eurykleia.hypotheses.org/), notamment S. Boehringer, A. Grand-Clément, S. Péré-Noguès et V. Sebillotte Cuchet, « Celles qui avaient un nom. Eurykléia ou comment rendre les femmes visibles », Pallas, no 99 (Laisser son nom. Femmes et actes de mémoire dans les sociétés anciennes), 2015, p. 11‑19 ; V. Sebillotte Cuchet, Artémise, une femme capitaine de vaisseaux dans l’Antiquité grecque, Paris, Fayard, 2022, p. 14‑26.

    17Sur l’opposition Grec/Barbare, voir E. Hall, Inventing the Barbarian. Greek self-Definition through Tragedy, 1989, qui a montré dans quel contexte cette polarisation a pris naissance et prend sens. Sur le genre, comme usage et non comme structure essentielle des sociétés, voir les travaux menés d’abord par les philosophes féministes, comme N.‑C. Mathieu, L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, 1991 ; C. Delphy, L’Ennemi principal. Penser le genre, 2001, t. 2.

    18E. W. Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, trad. C. Malamoud, 1980.

    19C’est une orientation qui a longtemps dominé. Voir A. Paradiso, « Ipparchia cinica, la trasgressione come sillogismo », dans U. Bultrighini et E. Dimauro (dir.), Donne che contano nella storia greca, 2014, p. 845. Voir aussi V. Sebillotte Cuchet, ouvr. cité, 2022, p. 115‑131, pour le discours athénocentré.

    20A. Dan, C. Rapin et S. Gorshenina, « Les concepts en sciences de l’Antiquité : mode d’emploi. Chronique 2021 – Cartographier l’Asie », Dialogues d’histoire ancienne, vol. 47, no 1, 2021, p. 299‑405.

    21Hérodote, Histoires, I, 205.

    22Hérodote, Histoires, IV, 162‑167.

    23Hérodote, Histoires, VII, 99.

    24Hérodote, Histoires, I, 205.

    25Xénophon, Helléniques, III, 1, 10‑15.

    26Hérodote, Histoires, I, 212 et 214.

    27Homère, Iliade, XXIV, 21 et XXIII, 187.

    28Hérodote, Histoires, I, 207.

    29Homère, Iliade, VI, 486‑493 ; Hérodote, Histoires, I, 36‑37, 195 et IV, 162, 167 ; Euripide, Troyennes, 643‑645.

    30Cette idée des femmes puissantes comme nécessairement transgressives, ou barbares, a été très relayée dans l’historiographie des années 1980 et 1990, y compris dans l’article de P. Cartledge, « Xenophon’s Women. A Touch of the Other », dans H. D. Jocelyn et H. Hurt (dir.), Tria Lustra. Essays and notes presented to John Pinsent, 1993, p. 5-14, p. 8 (à propos de Mania : « Mania was fully capable of operating on a man’s terms within a man’s world, albeit that of an oriental overlord »).

    31Hérodote, Histoires, I, 5 : « J’indiquerais celui qui, autant que je sache personnellement, a pris le premier l’initiative d’actes offensants envers les Grecs. »

    32Hérodote, Histoires, I, 53 et 86.

    33Hérodote, Histoires, Ι, 5.

    34Hérodote, Histoires, I, 209.

    35P. Payen, Les Îles nomades. Conquérir et résister dans l’Enquête d’Hérodote, 1997.

    36Hérodote, Histoires, I, 214.

    37Hérodote, Histoires, I, 205.

    38M. Detienne et J. -P. Vernant, Les Ruses de l’intelligence. La Mètis des Grecs, 2018.

    39A. Momigliano, Sagesses barbares. Les Limites de l’hellénisation, trad. M. -C. Roussel, 1979.

    40F. Hartog, Le Miroir d’Hérodote. Essai sur la représentation de l’autre, 1980.

    41Lysias, Oraison funèbre, 4-14.

    42C. Russenbergern, Der Tod und die Mädchen. Amazonen auf römischen Sarkophagen, 2015.

    43Hérodote, Histoires, IV, 110-117.

    44Hérodote, Histoires, I, 215-216.

    Auteur

    • Violaine Sebillotte Cuchet

      Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

      ORCID : 0000-0003-1667-0319

      IdRef : 108540952

      Violaine Sebillotte Cuchet est professeure d’histoire grecque ancienne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Après avoir travaillé sur l’anthropologie historique du politique, Libérez la patrie ! Patriotisme et politique en Grèce ancienne (Paris, Belin, 2007), elle s’est tournée vers l’histoire sociale, en particulier l’histoire des femmes et du genre. Membre de l’UMR ANHIMA (Paris), elle a développé le programme Eurykleia, visant à documenter la place des femmes dans la Grèce antique. Récemment, elle a publié les monographies Artémise, une femme capitaine de vaisseaux dans l’Antiquité grecque (Paris, Fayard, 2022) et Les Femmes d’Athènes (Paris, PUF, 2025) et dirigé le premier volume de l’Histoire de l’Europe : Origines et héritages. De la Préhistoire au ve siècle (Paris, Passés/composés, 2024).

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    1Sur la localisation, voir D. Asheri, A. Lloyd et A. Corcella., A Commentary on Herodotus. Books I-IV, 2007, s.v. « 201. Μασσαγέτας [Massagetas] ».

    2R. A. Parker et W. H. Dubberstein, Babylonian Chronology 626 BC-AD 75, 1956, p. 14.

    3Ctésias, Fragmente der Griechischen Historiker, 688, F 9 (7-8).

    4Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, II, 44.

    5Ibid.

    6Homère (Iliade, III, 189) qualifiait les Amazones d’ἀντιάνειραι (antianeirai), que J. Blok (The Early Amazons. Modern and Ancient Perspectives on a Persistent Myth, 1995) a traduit par « équivalentes aux hommes/héros » et non comme « opposées aux héros ».

    7G. Dumézil, Romans de Scythie et d’alentours, 1988. Parlant des Massagètes de Tomyris, Th. David de Sonneville (« La position de la femme en Asie centrale », Dialogues d’Histoire Ancienne, no 2, 1976, p. 136) est prudente : « Nous avons affaire à un type de société guerrière, hiérarchisée, héroïque, éventuellement gynécocratique. »

    8F. Lissarrague, L’Autre guerrier. Archers, peltastes, cavaliers dans l’imagerie attique, 1990 ; G. Leduc (dir.), Réalité et représentations des Amazones, 2008 ; V. Sebillotte Cuchet, « Le mythe dans l’histoire. La réalité des Amazones antiques », dans D. Kalifa (dir.), Les Historiens croient-ils aux mythes ?, 2016, p. 111‑133.

    9Voir de ce point de vue la démarche de A. Mayor, The Amazons. Lives and Legends of Warrior Women across the Ancient World, 2014.

    10W. Penrose, Postcolonial Amazons. Female Masculinity and Courage in Ancient Greek and Sanskrit Literature, 2016.

    11D. Asheri et coll., ouvr. cité, s.v. « 205,1. Τόμυρίς [Tomyris]: […] perhaps Herodotus wanted to sharpen the contrast between Cyrus’ illusory good-fortune and his miserable death by the hand of a woman. »

    12S. Isager et P. Pedersen, The Salmakis Inscription and Hellenistic Halikarnassos, 2004, p. 217‑237.

    13Hérodote, Histoires (incipit), en s’inspirant de la traduction de P. Payen, « Hérodote et Lévi-Strauss. Questions d’ethnographie », dans J. Alaux (dir.), Hérodote. Formes de pensée, figures du récit, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 180.

    14Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, I, 22.

    15Ainsi Hérodote cherche à vérifier si les Grecs disent vrai à propos de la guerre de Troie, et questionne les prêtres égyptiens pour connaître leur avis (Histoires, II, 118.1). Il peut aussi déclarer, à propos des Arimaspes du nord-est de la région du Caucase à qui l’on n’attribue qu’un seul œil et la capacité à arracher l’or souterrain gardé par les griffons : « mais là encore je me refuse à croire qu’il y ait des hommes qui n’aient qu’un œil. » (Histoires, III, 116)

    16Sur ces aspects, nous nous permettons de citer les travaux du groupe Eurykleia (https://eurykleia.hypotheses.org/), notamment S. Boehringer, A. Grand-Clément, S. Péré-Noguès et V. Sebillotte Cuchet, « Celles qui avaient un nom. Eurykléia ou comment rendre les femmes visibles », Pallas, no 99 (Laisser son nom. Femmes et actes de mémoire dans les sociétés anciennes), 2015, p. 11‑19 ; V. Sebillotte Cuchet, Artémise, une femme capitaine de vaisseaux dans l’Antiquité grecque, Paris, Fayard, 2022, p. 14‑26.

    17Sur l’opposition Grec/Barbare, voir E. Hall, Inventing the Barbarian. Greek self-Definition through Tragedy, 1989, qui a montré dans quel contexte cette polarisation a pris naissance et prend sens. Sur le genre, comme usage et non comme structure essentielle des sociétés, voir les travaux menés d’abord par les philosophes féministes, comme N.‑C. Mathieu, L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, 1991 ; C. Delphy, L’Ennemi principal. Penser le genre, 2001, t. 2.

    18E. W. Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, trad. C. Malamoud, 1980.

    19C’est une orientation qui a longtemps dominé. Voir A. Paradiso, « Ipparchia cinica, la trasgressione come sillogismo », dans U. Bultrighini et E. Dimauro (dir.), Donne che contano nella storia greca, 2014, p. 845. Voir aussi V. Sebillotte Cuchet, ouvr. cité, 2022, p. 115‑131, pour le discours athénocentré.

    20A. Dan, C. Rapin et S. Gorshenina, « Les concepts en sciences de l’Antiquité : mode d’emploi. Chronique 2021 – Cartographier l’Asie », Dialogues d’histoire ancienne, vol. 47, no 1, 2021, p. 299‑405.

    21Hérodote, Histoires, I, 205.

    22Hérodote, Histoires, IV, 162‑167.

    23Hérodote, Histoires, VII, 99.

    24Hérodote, Histoires, I, 205.

    25Xénophon, Helléniques, III, 1, 10‑15.

    26Hérodote, Histoires, I, 212 et 214.

    27Homère, Iliade, XXIV, 21 et XXIII, 187.

    28Hérodote, Histoires, I, 207.

    29Homère, Iliade, VI, 486‑493 ; Hérodote, Histoires, I, 36‑37, 195 et IV, 162, 167 ; Euripide, Troyennes, 643‑645.

    30Cette idée des femmes puissantes comme nécessairement transgressives, ou barbares, a été très relayée dans l’historiographie des années 1980 et 1990, y compris dans l’article de P. Cartledge, « Xenophon’s Women. A Touch of the Other », dans H. D. Jocelyn et H. Hurt (dir.), Tria Lustra. Essays and notes presented to John Pinsent, 1993, p. 5-14, p. 8 (à propos de Mania : « Mania was fully capable of operating on a man’s terms within a man’s world, albeit that of an oriental overlord »).

    31Hérodote, Histoires, I, 5 : « J’indiquerais celui qui, autant que je sache personnellement, a pris le premier l’initiative d’actes offensants envers les Grecs. »

    32Hérodote, Histoires, I, 53 et 86.

    33Hérodote, Histoires, Ι, 5.

    34Hérodote, Histoires, I, 209.

    35P. Payen, Les Îles nomades. Conquérir et résister dans l’Enquête d’Hérodote, 1997.

    36Hérodote, Histoires, I, 214.

    37Hérodote, Histoires, I, 205.

    38M. Detienne et J. -P. Vernant, Les Ruses de l’intelligence. La Mètis des Grecs, 2018.

    39A. Momigliano, Sagesses barbares. Les Limites de l’hellénisation, trad. M. -C. Roussel, 1979.

    40F. Hartog, Le Miroir d’Hérodote. Essai sur la représentation de l’autre, 1980.

    41Lysias, Oraison funèbre, 4-14.

    42C. Russenbergern, Der Tod und die Mädchen. Amazonen auf römischen Sarkophagen, 2015.

    43Hérodote, Histoires, IV, 110-117.

    44Hérodote, Histoires, I, 215-216.

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    Sebillotte Cuchet, V. (2026). I. Tomyris, « reine des steppes » : la matrice polysémique d’Hérodote. In B. . De Bonis (éd.), Imaginaires des reines des steppes. Grenoble: UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/15t9j
    Sebillotte Cuchet, Violaine. « I. Tomyris, “reine des steppes” : la matrice polysémique d’Hérodote ». In Imaginaires des reines des steppes, édité par Benedetta De Bonis. Grenoble: UGA Éditions, 2026. doi:10.4000/15t9j.
    Sebillotte Cuchet, Violaine. « I. Tomyris, “reine des steppes” : la matrice polysémique d’Hérodote ». Imaginaires des reines des steppes, édité par Benedetta De Bonis, UGA Éditions, 2026, https://doi.org/10.4000/15t9j.

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    De Bonis , B. . (éd.). (2026). Imaginaires des reines des steppes. Grenoble: UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/15ta4
    De Bonis , Benedetta, éd. Imaginaires des reines des steppes. Grenoble: UGA Éditions, 2026. doi:10.4000/15ta4.
    De Bonis , Benedetta, éditeur. Imaginaires des reines des steppes. UGA Éditions, 2026, https://doi.org/10.4000/15ta4.
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