I.2. — Petites faussetés et grandes vérités : approcher le vrai en disant le faux ?
p. 43-58
Texte intégral
1Mettre en avant du faux pour soutenir le vrai est un procédé utilisé dans des contextes divers, aussi bien fictionnels, humoristiques, pédagogiques qu’argumentatifs. Le faux peut y apparaître au sens de « non existant », en particulier dans la fiction, au sens de « non sérieux », notamment dans un discours humoristique, au sens d’« inexact » y compris – nous y reviendrons – avec une visée pédagogique ou encore au sens d’« erroné » comme dans un débat par exemple. Le faux se présente ainsi de manière différente selon les cas. Par exemple, le caractère irréel de la fiction suspend pour partie la question de la vérité (Sherlock Holmes était-il « vraiment » détective ?) ce qui conduit entre autres à d’intéressants questionnements sur les rapports entre émotions et vérité1 (pourquoi sommes-nous parfois horrifiés en lisant ses aventures que nous savons pourtant fictionnelles ?).
2Nous souhaitons identifier les conditions pragmatiques d’acceptabilité d’une fausseté lorsqu’elle est mise au service – volontairement ou non – d’une vérité censée être plus générale, c’est-à-dire, ici, valant pour un plus grand nombre de cas. Aussi prendrons-nous au sérieux la question suivante : quels problèmes pose la présentation comme vraie d’une information fausse concernant un cas particulier, dans les cas où elle est supposée exemplifier un énoncé factuel en général vrai ? Si la vérité importe, le bénéfice d’une connaissance générale ne compense-t-il pas le préjudice de la prétendue vérité du cas particulier trompeur l’ayant servie ? Nous souhaitons rechercher, au sein de situations de communication usuelles, les variables pouvant conditionner l’acceptabilité d’une telle fausseté. Nous commencerons par réfléchir à partir de cas où un énoncé est faux par approximation, puis nous discuterons des limites pragmatiques de l’usage volontaire du faux au service du vrai. Cet article se risque à soutenir que l’usage trompeur du faux constitue une pratique langagière banale ne s’opposant pas nécessairement à la recherche du vrai.
1. Informer par le faux
3L’essor récent du concept de fake news a renforcé la lecture de nombreux problèmes publics en termes de pratiques informationnelles et de manipulation de l’information. Pourtant, le concept a lui-même une histoire qui interroge, étant associé aussi bien aux propos qu’aux accusations émanant de Donald Trump, ancien président américain. En se limitant à l’intervalle de deux années allant de février 2019 à février 2021, environ 20 000 articles mentionnant des cas de fake news ou les risques supposés que le phénomène comporterait (en particulier sur des intentions de vote), ont été publiés dans la presse française, en ligne ou imprimée2. Il en est fréquemment ressorti que les fake news constitueraient par principe un danger pour une démocratie où la prise de décision politique est supposée être éclairée, c’est-à-dire intégrer des « faits », des « données » ou encore des « informations », dont un trait normatif commun est d’être vrais. Des faits, des données, ou des informations peuvent, certes, être présentés abusivement comme vrais, mais l’on peut se demander si un fait faux, une fausse donnée ou une fausse information ne mérite pas tout de même le maintien du substantif au cœur de ces appellations. Autrement dit, une information peut-elle informer tout en étant fausse ?
4Commençons par considérer le cas d’un énoncé qui serait faux en raison de son caractère approximatif : « À cause du réchauffement climatique, il est de plus en plus fréquent que des canicules arrivent tôt dans l’année : on est en juin et il y a déjà une canicule ! » Supposons que l’énonciateur se trompe concernant la seconde proposition : certes, il fait chaud depuis quelques jours, mais il ne s’agit pas d’une canicule car les critères de température et de durée pour le lieu considéré ne sont pas remplis par la vague de chaleur actuelle. Son interlocuteur aura peut-être adhéré à la croyance qu’il y a désormais de plus en plus souvent des canicules dès juin (il y en a bien eu une en juin 2019 dans plusieurs départements de France) et que le réchauffement climatique rend plus probable leur occurrence sur une période de plus en plus étendue, ce que soutiennent les climatologues3. Si, de plus, on accepte la distinction classique entre croyance et savoir (ou connaissance) reposant sur le principe qu’un savoir est nécessairement vrai et justifié par des considérations vraies alors qu’une croyance peut se passer de justification, le destinataire du propos sur les canicules prétendra ensuite à juste titre savoir que « les canicules arrivent de plus en plus tôt dans l’année ». En effet, cette affirmation est vraie et justifiée au moins par sa propre expérience de cette saison : il fait chaud depuis plusieurs jours, ce qui dans notre exemple est posé comme vrai4. On se retrouve ici dans un genre de situation analogue aux exemples rendus célèbres par Gettier dans sa contestation de la distinction classique entre croyance et savoir5. Quelqu’un adhère à une vérité pour des raisons qui lui paraissent bonnes mais ne sont pas celles justifiant cette vérité. Dans notre cas, le destinataire adhère à une affirmation scientifique vraie, « les canicules arrivent de plus en plus tôt dans l’année », à partir d’un énoncé faux d’un point de vue scientifique, « il y a actuellement une canicule ». Cela tient au fait que le terme « canicule » a au moins deux sens, l’un que l’on peut qualifier de « courant », synonyme de « forte chaleur », et l’autre « savant », répondant à des critères précis.
5Quel rôle le faux joue-t-il dans l’échange, du point de vue de la transmission d’une connaissance ? Peut-il seulement valoir comme illustration ou exemple ? Comme on le sait, un exemple n’exemplifie jamais que certaines propriétés de ce que l’on tient pour une idée, un prédicat, ou un objet6.
6Le genre de situation que nous envisageons n’a rien d’exceptionnel. Il rend même compte d’une pratique finalement assez banale chez des personnes présumées plutôt bien intentionnées. Elle consiste à exploiter des exemples fictifs pour illustrer ou enseigner une vérité d’un ordre plus général. Ainsi, dans le cadre pédagogique, mais avec quelques variantes selon les disciplines, des cas particuliers faux ou au moins non conformes à la vérité seront donnés en exemple pour permettre de faire comprendre une thèse considérée comme vraie par les scientifiques et les enseignants de la discipline concernée. La valeur de vérité des exemples n’est-elle pas de moindre importance comparée à celle de la vérité exemplifiée ?
7Prenons un cas. L’enseignant trace de sa main un rond au tableau pour entamer la leçon sur le cercle. Même jamais parfaitement circulaire, il fait néanmoins office d’exemple visant à instruire. L’anecdote interroge d’autant plus qu’il se peut même que toutes les figures tracées à la main et présentées comme des cercles n’aient été que des formes rondes, des approximations de cercles7. En quoi « ceci est un cercle » énoncé avec la règle pointée vers le patatoïde diffère-t-il foncièrement des fake news des réseaux sociaux où une image illustre ce qu’elle n’est pas mais ne laisse pas cependant de partager avec elle la situation réellement visée certains aspects ? La réponse peut porter sur l’intentionnalité supposée, celle d’instruire pour l’enseignant et celle de tromper pour le troll. Mais, au-delà de l’intentionnalité, la différence pragmatique advient quand le sens de l’image en est modifié. C’est le cas par exemple, quand une chaîne d’information en continu, BFMTV, dit en commentant en direct les images d’une manifestation « ceci est un manifestant avec de la peinture rouge sur la tête » au lieu de dire « ceci est un manifestant avec du sang sur la tête »8. Ici la désignation n’est plus approximative mais erronée. Même sans statuer sur son intentionnalité, elle suggère une interprétation trompeuse des faits décrits, contrairement au cas du cercle.
8Finalement, serait-il plus juste d’affirmer, à la manière de Magritte mais sur d’autres fondements, « Ceci n’est pas un cercle » ? Au contraire, comme l’analyse Foucault au sujet du célèbre tableau :
La fonction d’un dessin aussi schématique, aussi scolaire, que celui-ci, c’est bien de se faire reconnaître, de laisser apparaître sans équivoque ni hésitation ce qu’il représente. [Un dessin] a beau être le dépôt, sur une feuille ou un tableau, d’un peu de mine de plomb ou d’une mince poussière de craie, il ne « renvoie » pas comme une flèche ou un index pointé à telle pipe qui serait plus loin, ou ailleurs, il est une pipe9.
La forme ronde serait-elle bien un cercle, même si elle n’en a pas tout à fait les propriétés, comme la pipe de Magritte est une pipe même si elle n’est qu’une surface plane ? Au-delà du jeu entre le langage et ce qu’il indexe, il semble que les représentations analogiques bénéficient de fait d’une marge d’approximation dans leur fidélité au réel. Personne n’attend d’un dessin qu’il reproduise tous les traits de l’objet représenté. Même si la règle générale est que les chats ont une fourrure, un dessin de chat sans fourrure sera quand même un dessin de chat, et d’ailleurs il existe bien des chats sans fourrure, ce qui rend les propositions « les chats ont une fourrure » et « les chats n’ont pas de fourrure » toutes les deux vraies si aucune d’elles ne prétend désigner « tous » les chats. Pourtant, il y a bien une des deux propositions qui est plus « vraie » que l’autre, dans le sens où elle est supposée rendre compte du plus grand nombre de cas. Si bien que la proposition « Les chats n’ont pas de fourrure » pourrait être tenue pour fausse en faisant d’un cas particulier une généralité. Asserter une généralité à partir de cas constitue ainsi un motif de non-acceptabilité lorsque ces cas sont reconnus comme une exception à la règle.
2. Intentionnalité et non-intentionnalité du faux
9Les réseaux sociaux ont été perçus comme des lieux favorisant la propagation d’informations fausses et leur prégnance dans le temps10. Ils sont également considérés comme des intermédiaires favorisant l’adhésion à celles-ci. Ainsi, le phénomène des « bulles de filtres » par lequel des internautes se trouvent exposés majoritairement aux informations confirmant leurs opinions11 a été avancé comme explication des adhésions massives à certaines fake news. La formation des bulles de filtre semble elle-même accentuée par l’adhésion à ces fausses nouvelles, créant un mouvement d’auto-renforcement. Or, des chercheurs ont mis en avant que partager des fake news sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire participer à leur circulation en ligne, ne signifiait pas nécessairement tenir ces informations pour vraies12. À quelles conditions le partage d’informations tenues pour fausses ou, tout au moins, non tenues pour vraies par ceux qui décident de leur diffusion en connaissance de cause, constituerait-il un geste communicationnel pragmatiquement et éthiquement acceptable ? Dans quelle mesure apprendre la fausseté d’une information confirmant une croyance généralement ou le plus souvent vraie justifierait-elle le rejet de cette croyance elle-même ? Si cette croyance est vraie, en quoi une information trompeuse la confirmant indirectement dessert-elle la vérité ?
10Ces questions relevant de l’éthique de la communication semblent en partie appeler une réponse en termes d’intentionnalité, distinguant le mensonge de l’erreur. La fausseté de l’information ponctuelle serait problématique car censée manipuler les destinataires au lieu de servir la construction d’une opinion correctement fondée. Bien que la question de l’intentionnalité soit sans doute importante, attachons-nous dans un premier temps aux cas où l’information ponctuelle fausse résulterait d’une approximation, d’une déformation malencontreuse ou d’une simple erreur. Le lecteur ou auditeur accordant crédit à cette information ponctuelle n’apprend-il pas ou n’a-t-il pas confirmation de quelque chose de généralement juste à travers une information inexacte ?
11Prenons l’énoncé suivant, qui serait lu dans un journal : « Ce matin, le corps d’une femme a été retrouvé. Cette femme a été tuée par un ancien conjoint. ». Admettons tout d’abord que la seconde proposition de cet énoncé soit une information fausse mais de façon non intentionnelle. Il s’agit donc d’une erreur, cette femme aurait été tuée par une personne inconnue d’elle.
12L’énoncé existentiel que l’on peut induire du second énoncé « il existe au moins une femme tuée par un ancien conjoint » n’en reste pas moins vrai car il vaut pour au moins un autre cas que celui évoqué ici. Si l’identité de la femme faisant l’objet de l’article du journal n’est pas précisée, le lecteur du journal peut déduire une proposition vraie à partir de l’information erronée. Dans le cas, plus habituel, où le lecteur sait déjà qu’existe ce phénomène de violences conjugales pouvant entraîner la mort, mais ne l’a que rarement à l’esprit, cet énoncé faux lui remémorera une vérité et le disposera peut-être à agir : par exemple, il se souvient de marques sur le bras d’une de ses amies avec qui il décide, suite à la lecture de l’information fausse, d’ouvrir un dialogue à ce sujet.
13Supposons maintenant cette seconde proposition de l’énoncé journalistique volontairement fausse. Ce passage de l’erreur au mensonge pose-t-il un problème supplémentaire ? Supposons, de plus, que l’attribution fallacieuse du décès à un acte de violence conjugale ait été accomplie en connaissance de cause par une association d’aide aux victimes de violences conjugales souhaitant alerter sur ce fait de société récurrent. On pourrait discuter avec Austin le fait que ce qu’on entend précisément par la vérité et la fausseté d’une proposition est relatif aux circonstances, au dessein de l’énonciation13. En effet, « Cette femme a été tuée par un ancien conjoint » implique « Il existe au moins un cas de femme tuée par un ancien conjoint » et cette proposition reste vraie même si les deux propositions ne sont pas logiquement équivalentes, ni synonymes : dire l’une ne revient pas à dire l’autre. Et d’un point de vue communicationnel et épistémique, pour le lecteur, elles pourraient bien passer pour équivalentes dans la mesure où que ce soit cette femme ou une autre qui ait été tuée, cela ne fait pas de différence pour qui ne connaît ni « cette » femme, ni son identité.
14N’y a-t-il pas lieu alors de considérer comme du pinaillage14 de juger que l’information concernant cette femme constitue une fake news sachant qu’en moyenne, en France, une femme est tuée tous les deux jours et demi par son conjoint ou ex-conjoint ? On pourrait estimer que la gravité du phénomène rend secondaire la fausseté d’un exemple.
15En effet, on ne peut guère arguer ici que l’information fausse donnerait une ampleur abusive au phénomène car notre lecteur, même assidu, n’est probablement pas au courant de chaque meurtre. Hors du domaine des sciences exactes, un cas particulier erroné n’ébranle pas d’ordinaire une vérité massive : tout au plus en fera-t-on « l’exception qui confirme la règle ». On peut néanmoins prendre au sérieux les conséquences éthiques et politiques du discrédit projeté par cette information fausse : découverte, elle risque de devenir contre-productive pour la cause des victimes.
16Explorons alors les conditions pragmatiques d’acceptabilité de la fausseté. Le cas précédent suggère que la tolérance à la fausseté varie selon les interlocuteurs, leur perception, leur niveau de connaissance et le sujet sur lequel porte l’information fausse. Toutefois, il semble aussi bienvenu de rechercher, dans la situation de communication, des variables d’acceptabilité de la fausseté. Dans le cas précédent, la faible visibilité des victimes de violences conjugales, la non prise en compte de leur parole et l’absence de contrôle judiciaire dans la grande majorité des cas de violence15 constituent un contexte où le faux devient moralement acceptable dans la mesure où il pallie le manque d’informations sur une vérité sous-estimée. La confirmation par un énoncé faux d’une vérité générale pourrait ainsi constituer un critère pragmatique tolérant pour l’énoncé faux.
17Considérons un autre cas. La raie manta est une espèce en voie de disparition. Ce poisson aux dimensions impressionnantes effectue des migrations annuelles de plusieurs centaines de kilomètres. Imaginons un journaliste réalisant un reportage télévisé sur les conséquences de l’augmentation de la pollution marine. Ayant connaissance du fait que la pollution plastique des océans cause la mort de nombreuses raies manta16, il décide de s’y intéresser. À sa demande, un scientifique lui montre une raie manta venant d’être autopsiée qu’il décide de filmer pour illustrer son reportage. Or, cette raie manta n’est pas décédée du fait du plastique mais à cause de la surpêche, autre facteur responsable de la raréfaction de son espèce17. La fausseté de l’énoncé journalistique « Comme beaucoup de ses congénères, cette raie manta a été victime de la pollution plastique des océans » est-elle éthiquement acceptable, même si le scientifique a bien informé le journaliste de la cause réelle du décès de cette raie ? Dans le cas présent, le nombre de téléspectateurs ignorant au préalable que la raie manta fait partie des espèces en voie de disparition et que la pollution par le plastique en est une des causes sera vraisemblablement élevé. En conséquence, on serait fondé à considérer que le bénéfice informationnel du reportage en matière de sensibilisation environnementale est important même si la cause avancée du décès de la raie manta filmée est un mensonge.
18Cet exemple est inventé, mais plusieurs cas de « bidonnages » télévisés ont été analysés par Marie-France Chambat-Houillon. Ses travaux soulignent l’importance déontologique de la sincérité journalistique au-delà de la vérité factuelle18. Dans cette perspective, le reportage sur la raie manta serait problématique car en partie truqué dans la mesure où il interprète abusivement des images de la réalité, malgré l’engagement de la responsabilité morale des journalistes dans la fabrication des croyances et des savoirs. On peut relever ici un motif éthique de rejet de la fausseté du montage : le risque d’abus de l’autorité dont bénéficient aisément certains énonciateurs du fait de leur statut ou de leur profession.
3. Le faux assumé et exploité comme technique discursive
19Nous avons déjà évoqué des situations où il n’est pas rare que ce qui est tenu pour faux soit mis au service de ce qui est tenu pour vrai. Mais existent aussi des genres de discours bien connus et identifiés où ce type de procédé n’est pas ponctuel ou occasionnel mais systématique, comme la parodie. L’un des nombreux articles du journal parodique Le Gorafi s’intitule « Le gouvernement va tester la parité des salaires un jour par mois19 ». Bien sûr, cette information est fausse. Mais elle permet d’apprendre ou de prendre conscience d’une vérité : en moyenne, les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes pour un même travail. Contrairement à notre cas précédent, la fausseté est ici assumée comme chemin vers la vérité visée et c’est précisément parce que celle-ci est reconnue et identifiée comme telle (à tort ou à raison) par les interlocuteurs, que nous pouvons considérer que les conditions pragmatiques propres à ce genre sont remplies. D’un autre côté, le fait que certains, y compris des personnalités politiques, se laissent prendre au piège par l’énoncé faux, donc sans identifier l’énoncé vrai sous-jacent, renforce ce qui distingue la parodie en tant que genre, et donc sa réussite. Ce type de cas nous permet de ne pas disqualifier a priori le faux comme obstacle à la vérité et de penser de manière plus nuancée son articulation avec le vrai.
3.1. Le vrai « pour de faux »
20À l’inverse, il est intéressant de prendre acte d’une combinaison symétrique : des énoncés ponctuellement vrais mis au service d’énoncés généraux faux ou de contre-vérités. Prenons un exemple de discussion (véridique) sur le même thème :
A – Il y a un problème d’égalité salariale entre les hommes et les femmes. (énoncé vrai)
B – Non, ce n’est pas vrai. (le locuteur se trompe)
A – Si, les femmes sont moins bien rémunérées pour leur travail que les hommes. (énoncé vrai)
B – C’est faux, les femmes avec qui j’ai été en couple avaient toutes un meilleur salaire que le mien20. (erreur banale, le locuteur conclut de « quelque X est Y » à « tous les X sont Y »)
21Des contre-exemples, basés sur l’expérience personnelle du locuteur ou de notoriété publique, sont très souvent invoqués pour contredire des généralités vraies, quel que soit le domaine, même scientifique :
A – D’après les climatologues, les étés sont de plus en plus chauds.
B – Ce n’est pas vrai ! Il n’a fait que 18 degrés hier et avant-hier alors qu’on est en plein mois d’août !
Dans ce type de cas, bien connu des études en argumentation21, le contre-exemple est vrai mais la conclusion générale qu’il semble soutenir est fausse. À juste titre, il est d’usage de tenir pour vraie une proposition portant sur un cas particulier parce qu’elle exemplifie une vérité générale. Mais on sait aussi qu’un contre-exemple vaut seulement comme réfutation d’une proposition à prétention universelle, donc n’admettant pas d’exception. Dans le cas d’une proposition universelle « tous » et « aucun » signifient proprement « tous sans exception » et « aucun, sans exception ». Si la portée de la thèse concernée n’est pas universelle mais seulement générale c’est-à-dire souvent vraie mais pas toujours, autrement dit acceptant des exceptions – ce qui est typique des vérités empiriques statistiques, dont la plupart de celles relatives au climat – un contre-exemple ne vaut pas comme réfutation. Au mieux il invite à résister à la tentation d’une universalité fausse par conclusion non valide de « presque tous » à « tous » ou de « presque aucun » à « aucun ». Les jours frileux mis en avant par le répondant de notre précédent exemple prouvent ainsi que présenter la thèse du réchauffement climatique comme impliquant un réchauffement permanent afin de tenter de la réfuter est abusif. Du point de vue de l’éthique de la dialectique argumentative, il est injuste de déformer la thèse du réchauffement climatique qui est tendancielle : la température ne s’élève pas constamment, mais en moyenne, et se trouve appréciable à l’échelle de dizaines d’années. Ceci explique que le contre-exemple ne vaille pas ici comme réfutation de l’affirmation « Les étés sont de plus en plus chauds » car cette proposition n’est pas équivalente ici à « Chaque été est plus chaud que le précédent », affirmation que, en logique « absolue », un seul contre-exemple suffit à réfuter.
22L’histoire des controverses en matière de substances industrielles nocives pour la santé montre que des vérités portant sur quelques cas peuvent contribuer à éloigner de vérités plus centrales ou à masquer celles-ci. Des cas très bien documentés ces dernières années22 montrent encore comment le vrai peut être ainsi mis au service du faux au détriment de la norme logique prohibant la transition du vrai au faux, à moins d’une tromperie prétendant, à son encontre, que le faux est vrai, tromperie relevant au mieux de l’erreur, au pire du mensonge ou autre fraude. Lorsque les industriels du tabac ont été confrontés aux premières études révélant sa nocivité, ils ont massivement investi dans la recherche. Leur méthode ne consistait pas à produire des études fausses mais à fabriquer des études vraies mettant en relief d’autres facteurs du cancer du poumon. Il devenait alors possible d’abonder la thèse adverse dans les médias en soutenant qu’il est abusif d’affirmer que le tabac est la cause de ces cancers23. Ce type d’usage du vrai, et même de production du vrai, à des fins mensongères est encore utilisé, par exemple, pour démentir la responsabilité des pesticides néonicotinoïdes dans la surmortalité des abeilles ou l’effet du bisphénol A comme perturbateur endocrinien24. Des énoncés vrais du type « Cette étude montre que tel ou tel facteur autre que le tabac provoque le cancer du poumon » servent alors à contester ou à mettre en doute un énoncé vrai de plus grande portée « Des dizaines d’études montrent que le tabac provoque des (et non pas « tous les ») cancers du poumon » et, de là, à soutenir un énoncé faux ou pour le moins ambigu du type « Il n’est pas possible de prouver que le tabac est la cause des cancers du poumon ». Il s’agit alors d’instiller le doute ou de disqualifier l’éthos des scientifiques qui affirment que le tabac provoque le cancer du poumon. Ne pas douter de tout, y compris de la responsabilité du tabac dans les cancers du poumon, deviendrait alors suspect et peu scientifique.
3.2. Le faux au secours du vrai
23À l’inverse, il est bien connu qu’il arrive que l’on apprenne de ses erreurs. Et il arrive même que l’on apprenne de généralités ou de propositions universelles fausses. Dans le domaine scientifique, des théories fausses ont permis parfois aux scientifiques qui y adhéraient d’aboutir à des vérités et d’en tirer des applications. Ainsi, même si le paradigme de la toxicologie selon lequel la nocivité d’un poison est une question de dose (« Toute substance n’est toxique qu’à partir d’une certaine dose », « En dessous d’une certaine dose ce n’est pas du poison », « L’effet est proportionnel à la quantité absorbée » et « Davantage de poison fait davantage de dégâts sur la santé »)25 s’est avéré faux dans le cas du bisphénol A et a eu des conséquences graves en termes de santé publique, il a permis de comprendre comment fonctionne la toxicité pour une partie des substances connues. Du point de vue de l’éthique toutefois, il est important de noter que si la proposition universelle fausse et vague « Toute substance n’est toxique qu’à partir d’une certaine dose » s’est maintenue dans un premier temps à propos du bisphénol A, c’est surtout en raison du lobbying industriel et de la désinformation visant à éviter, par intérêt économique, une interdiction de certaines substances toxiques26 dont le bisphénol A. La fausseté n’apparaît donc pas ici comme éthiquement acceptable car elle dissimule une vérité pour servir les intérêts financiers d’une minorité, au détriment de la santé et de la vie de l’ensemble de la population.
24Sans doute faut-il également distinguer ce qui est faux « simplement » de ce qui est faux « sous condition ». Le cas des effets du dosage des poisons serait souvent vrai, mais pas toujours. Une inférence douteuse relève parfois du fameux sophisme dit secundum quid (nom abrégé de : a dicto secundum quid, ad dictum simpliciter) c’est-à-dire conclure « à partir de ce qui est dit sous condition, vers ce qui est dit simplement » (= sans condition), comme dans l’argument « Cette substance n’est jamais nocive en dessous d’un certain seuil d’exposition, donc, cette substance n’est jamais nocive », glissement opéré, dans le cas des substances industrielles toxiques, avec la circonstance éthiquement aggravante de mauvaise foi.
25D’autres exemples dans l’histoire des sciences attestent également qu’il est non seulement possible, mais même courant, de découvrir des faits justes à partir de théories fausses27. C’est d’ailleurs le principe même de la méthode hypothético-déductive dès lors que, contrairement au sous-entendu du mot hypothèse, on adhère à l’hypothèse. Une telle adhésion, considération d’ordre psychologique, se trouve, en pratique, parfois et peut-être même souvent réalisée. De cette hypothèse tenue pour vraie on tire alors une conclusion que l’on est alors en droit de tenir pour vraie si le raisonnement est valide, mais dont la confrontation à l’expérience peut se solder par un constat de fausseté. Selon le schéma logique du modus tollens, cette fausseté « remonte » à l’hypothèse, ainsi réfutée. Tout ceci peut paraître éloigné des considérations pragmatiques nous intéressant ici. À quoi on peut répondre que cette expérience « cruciale » (experimentum crucis) dont le principe remonte au moins à Francis Bacon, peut être mise à contribution pour arbitrer une controverse dont l’enjeu est justement la vérité de « l’hypothèse » et que le caractère dialectique s’est même étendu métaphoriquement à des situations où l’interlocuteur est un non-humain, à savoir la Nature elle-même. Par ailleurs, plusieurs historiens des sciences ont en fait montré de manière respective que, contrairement à la norme poppérienne28, les scientifiques ont tendance à surprotéger leur théorie avec des explications ad hoc plutôt qu’à y renoncer lorsque les expériences les contredisent29.
26Notre propos vise à questionner les tentatives de mettre le faux au service de la vérité et, en miroir, les usages du vrai visant à détourner ou à douter de vérités. Cette réflexion prend tout particulièrement place dans un contexte politique marqué par l’inquiétude et le souci de réguler les discours sur Internet. Ainsi, certains articles de loi « contre la diffusion de fausses informations » ont déjà été promulgués30. D’autres, « contre la haine en ligne » abordée dans la loi Avia, ont été jugés anticonstitutionnels par le Conseil constitutionnel31 et une nouvelle commission a été créée afin de proposer d’autres pistes de régulation contre la désinformation et le complotisme. La création de cette commission présidée par Gérald Bronner et dont la composition a très vite posé question et même mené au départ d’un membre pour cause d’antécédents de désinformation32, a été reçue avec perplexité dans de nombreux médias. Dès les premières discussions autour de la Loi no 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information, de « nombreuses associations jugeaient par ailleurs que la loi de 1881 sur la liberté d’expression était une base juridique suffisante, en tant que celle-ci “interdit d’étendre des nouvelles fausses si cela porte atteinte à l’ordre public”33 ».
27Si « désinformer en disant faux » est un acte récurrent, notamment sur les réseaux sociaux, « désinformer en disant vrai » est un art très présent sur les plateaux de télévision. Des chiffres « vrais » peuvent servir à soutenir des discours fallacieux, en occultant de plus qu’ils résultent d’un travail de définition et de sélection des faits auxquels ils se rapportent34. Au-delà de toutes les limites méthodologiques que pose l’identification, par voie humaine ou algorithmique, d’informations fausses circulant sur Internet, et des risques de censure effectifs35, le rôle du faux dans nos pratiques langagières et épistémiques méritait une considération approfondie sans a priori.
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28Quelles conditions de tolérance à la fausseté ressortent de cet examen de cas divers (et parfois inventés !) ? Un énoncé faux semble pragmatiquement et éthiquement défendable quand deux conditions se trouvent réunies : 1) l’énoncé porte sur un cas singulier ; 2) il est mis au service, malgré et même par sa fausseté, d’une vérité générale ou tendancielle en accord avec l’état des connaissances sur le sujet. Cet énoncé trompeur risque néanmoins de semer le doute ou le discrédit sur la vérité générale qu’il essaie d’étayer si celle-ci n’est pas déjà (re)connue par le lecteur ou l’interlocuteur : son usage abusif peut être moralement toléré s’il confirme une vérité malmenée ou négligée. En revanche, il est pragmatiquement et éthiquement discutable quand il étaye une proposition générale ou universelle elle-même fausse. Et cela vaut également pour les énoncés vrais portant sur un cas particulier, si ceux-ci visent à faire passer une vérité générale pour erronée ou mensongère. Dans ce genre d’affaire, la contribution de l’autorité de l’énonciateur entre également en ligne de compte du point de vue éthique en raison des enjeux de confiance (journaliste, élu politique, savant…).
Notes de bas de page
1 Cometti, Jean-Pierre, Morizot, Jacques & Pouivet Roger (dir.), 2005, Esthétique contemporaine. Art, représentation et fiction, Paris, Vrin, coll. « Textes clés ».
2 Source Europresse : février 2019, février 2021.
3 « D’ici la fin du siècle, les vagues de chaleurs seront plus fréquentes, plus intenses, et se produiront sur une période élargie de mai à octobre… », Site du ministère de la Transition écologique, consulté le 30 janvier 2022. http://www.drias-climat.fr/accompagnement/sections/277
4 D’un point de vue argumentatif, l’inférence entre les propositions « On est en juin et il y a déjà une canicule » et « Les canicules arrivent de plus en plus tôt dans l’année » n’est pas correcte car un exemple ne suffirait pas à confirmer cette affirmation, toutefois, dans une perspective pragmatique, chaque cas exemplifiant une affirmation tendancielle est susceptible de l’étayer et de renforcer la croyance en celle-ci.
5 Gettier, Edmund, 1963, « Is Justified True Belief Knowledge? », Analysis, vol. 23, no 6, p. 121-123.
6 Goodman, Nelson, 2008, Langages de l’art, Paris, Hachette Littératures.
7 Une des définitions de l’adjectif « Rond » : « Qui a approximativement la forme d’un cercle ou d’une sphère. », CNRTL.
8 Orsini, Alexis, « Loi « sécurité globale » : Oui, BFMTV a bien dit qu’un manifestant ensanglanté était « maquillé », avant de reconnaître son erreur », 20 Minutes, 14 décembre 2020. https://www.20minutes.fr/societe/2931971-20201214-loi-securite-globale-oui-bfmtv-bien-dit-manifestant-ensanglante-maquille-avant-reconnaitre-erreur
9 Foucault, Michel, 2020 [1973], Ceci n’est pas une pipe, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana.
10 « Les réseaux sociaux introduisent donc une forme de distorsion temporelle particulièrement propice en même temps à l’expression instantanée et à la durabilité des erreurs de jugement, des fausses informations, des énoncés manipulatoires, qui sont garantis, quels que soient les démentis ou l’évidence de leur caractéristique de contre-vérité, de rester accessibles pendant longtemps. », Breton, Philippe, « Le rôle d’Internet et des réseaux sociaux », dans Philippe Breton (éd.), 2020, La parole manipulée, Paris, La Découverte, coll. « Poche / Essais », p. 115-124. URL : https://www.cairn.info/---page-115.htm
11 Pariser, Eli, 2011, The filter bubble: What the Internet is hiding from you, Londres / New York, Viking / Penguin Press.
12 Roussin, Juliette, « Fausses nouvelles : trouble dans la croyance », Esprit, 2021/11 (no 479), p. 51-63. DOI : 10.3917/esprit.2111.0051.
13 Austin, John Langshaw, 1991, Quand dire c’est faire, Paris, Seuil, coll. « Points », p. 147-148.
14 Popelard, Marie-Dominique (dir.), 2019, Pinailler. Entre souci de précision et bavardage, Cahiers Sens Public, no 23-24.
15 « Parmi les 146 femmes tuées, 60 (soit 41 %) avaient subi au moins une forme de violences antérieures […]. 63 % des victimes féminines ayant subi des violences antérieures (38 sur 60 recensées) avaient signalé ces faits aux forces de l’ordre […]. 26 de ces 38 victimes (68 %) avaient déposé plainte pour ces violences antérieures contre leurs auteurs. Seuls 2 d’entre eux faisaient l’objet d’un contrôle judiciaire ». Les violences au sein du couple et les violences sexuelles en France en 2019, Observatoire national des violences faites aux femmes, Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances, 2020.
16 https://www.conservation-nature.fr/animaux/poisson/raie-manta/
17 « À la surpêche et aux prises accidentelles qui ne faiblissent pas s’ajoutent aussi depuis de nombreuses années la pollution plastique et la dégradation de son habitat. » https://www.conservation-nature.fr/animaux/poisson/raie-manta/
18 Chambat-Houillon, Marie-France, « Entre vérité des faits et véracité des discours : les bidonnages journalistiques à la télévision », Le Temps des médias, 2018/1, no 30, p. 77-90. DOI : https://doi.org/10.3917/tdm.030.0077
19 http://www.legorafi.fr/2014/11/03/le-gouvernement-va-tester-la-parite-des-salaires-un-jour-par-mois/
20 Cet exemple est ici présenté comme une discussion dans la sphère privée mais on peut tout aussi bien imaginer la même discussion sur un plateau de télévision dans une émission à but informatif.
21 Dufour, Michel, 2008, Argumenter : Cours de logique informelle, Paris, Armand Colin.
22 Thébaud-Mony, Annie, 2014, La Science asservie, Paris, La Découverte.
23 À ce sujet, voir le documentaire de P. Vasselin & F. Cuveillier, La fabrique de l’ignorance, Arte, 2020.
24 Ibid.
25 Au sujet de la mise en discussion, par la recherche sur les perturbateurs endocriniens, du paradigme de la toxicologie basé sur le précepte de Paracelse « c’est la dose qui fait le poison », voir Francis Chateauraynaud, Josquin Debaz & Matthieu Fintz, 2013/3, « Aux frontières de la sécurité sanitaire. Les controverses métrologiques sur les faibles doses et les perturbateurs endocriniens », Natures Sciences Sociétés, vol. 21, p. 271-281.
26 Thébaud-Mony, Annie, La Science asservie, ouvr.cité.
27 À ce propos, voir Feyerabend, Paul, 1979 [1975], Contre la méthode, esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, trad. Baudouin Jurdant et Agnès Schlumberger, Paris, Éditions du Seuil ; ou Kuhn, Thomas Samuel, La Structure des révolutions scientifiques, 2008 [1962], trad. Laure Meyer, Paris, Flammarion.
28 Popper, Karl, 1989 [1959], La Logique de la découverte scientifique, Paris, Payot.
29 Lakatos, Imre, 1994, Histoire et méthodologie des sciences, Paris, PUF ; T. S. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, ouvr. cité ; P. Feyerabend, Contre la méthode, ouvr. cité.
30 Titre III : Devoir de coopération des opérateurs de plate-forme en ligne en matière de lutte contre la diffusion de fausses informations (Articles 11 à 15), Loi no 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information. Publiée au Journal officiel du 23 décembre 2018 [sur le site Légifrance].
31 https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/06/18/le-conseil-constitutionnel-censure-la-disposition-phare-de-la-loi-avia-contre-la-haine-en-ligne_6043323_4408996.html
32 https://www.lci.fr/politique/commission-contre-la-desinformation-et-le-complotisme-polemique-autour-de-guy-vallancien-gerald-bronner-2198052.html
33 https://www.lefigaro.fr/actualite-france/desinformation-et-complotisme-la-nouvelle-commission-bronner-interroge-20211005
34 Desrosieres, Alain, 1993, La Politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, Paris, La Découverte.
35 Badouard, Romain, 2020, Les Nouvelles lois du web : Modération et censure, Paris, Seuil, coll. « La République des idées ».
Auteur
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Marie-Noëlle Doutreix
Marie-Noëlle Doutreix est maître de conférences en SIC à l’Université Lyon 2. Elle travaille au sein du laboratoire Elico et participe également aux activités du centre Appla&Co (Approches pragmatiques en philosophie du langage et de la communication). Ses recherches portent sur le traitement de l’actualité dans Wikipédia et questionnent, à travers différentes entrées, les discours contemporains sur les fausses informations.
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