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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Approche méthodologique : une ethnographie dans le milieu de la permaculture L’organisme agricole, « éco-lieu expérimental animé par un collectif heureux » Entreprendre par et pour le soin Conclusion : les paysages du soin Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Les esprits scientifiques

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 4

    Entreprendre par et pour le soin

    Pierre-Alain Indermühle, thérapeute et patient de son organisme agricole

    Leila Chakroun

    p. 125-147

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Chaque chose, pas seulement les êtres, qui est sur un lieu, visible ou invisible, a une place. Ça ne veut pas dire que l’humain doit se retirer pour laisser la place à tout le monde.

    Cette conviction, formulée par le permaculteur et vigneron en biodynamie Pierre-Alain Indermühle, est partagée par beaucoup d’acteurs et praticiens du mouvement de la permaculture, et plus largement des agricultures agroécologiques. La mise en pratique de cette redéfinition du rôle de l’humain dans l’écosystème agricole exige une remise en question radicale des manières de faire et d’être en relation, et se réalise souvent par des combinaisons peu communes de savoirs, de gestes et de techniques (Foyer, 2018).

    1Tant dans les milieux suisses romands de la permaculture que de la biodynamie, Pierre-Alain Indermühle est un pionnier. Il se différencie toutefois par son goût marqué pour l’expérimentation, voire pour ce qui a pu être désigné comme du « bricolage » (Hervieu-Léger, 2005 ; Foyer, 2018) et s’est ainsi révélé être la personne idéale à interroger. Vigneron depuis 1980, il a progressivement composé une approche bien à lui, en s’inspirant autant de son héritage paysan – son père était agriculteur –, que d’aspects moins conventionnels, tels que la permaculture, l’agriculture biodynamique, le chamanisme, la géobiologie et la thérapie énergétique auxquels il s’est progressivement formé. Il serait ainsi inadéquat de ne présenter Pierre-Alain que sous une seule de ses casquettes. Vu la diversité des projets qu’il embrasse, il s’impose plutôt comme un entrepreneur, non seulement au sens d’un acteur de changement et d’innovation sociale (Saint-Lary, 2009), mais aussi, au sens étymologique et sociologique du terme : une personne qui entre-prend, « c’est-à-dire qui a prise sur, ou est pris(e) entre les différents univers, objets, logiques… » (Bergeron, Castel & Nouguez, 2013). Les sociologues Bergeron, Castel & Nouguez (2013, p. 265) proposent de qualifier plus précisément d’« entrepreneur-frontière1 », la figure caractérisée par « sa position à la frontière de multiples univers en tension » et par « sa capacité à jouer de ses multiples positionnements et identités pour configurer son entreprise en fonction des contours et des logiques des univers qu’il relie ».

    2Pierre-Alain semble, en effet, se saisir des frontières – implicites, mais communément établies – entre différents univers comme « ressource entrepreneuriale » (Ibid., p. 269) pour faire évoluer sa pratique agricole. En bricolant à l’interface entre la thérapie énergétique, la biodynamie et la permaculture, il surprend, voire contrarie parfois, les autres praticiens de ces milieux. Il est en effet assez influent au sein de ces différents milieux pour que ses expérimentations mettent à l’épreuve leur cohérence interne. Il les oblige à se positionner : est-ce que ce qu’il propose est encore de la biodynamie ou de la permaculture, ou est-ce que c’est « autre chose » ? Autrement dit, est-il encore « dedans » ou déjà « dehors » ? Sa position quelque peu marginale dans les milieux romands laisse à penser qu’il y a des frontières qui ne peuvent être franchies, même dans ces milieux où l’expérimentation est centrale et dans lesquels un certain « syncrétisme » est pourtant de rigueur (Foyer, 2018 ; Centemeri, 2019a). Dans ce chapitre, je propose de revenir sur le parcours et la démarche de Pierre-Alain et de mettre en lumière comment sa propre recherche de cohérence interne l’a poussé à faire fi des frontières entre ces différentes communautés de pratiques. Plus précisément, je montre que cet apparent bricolage prend sens et consistance dans ce que l’entrepreneur-frontière nomme « la relation de soin ». Plusieurs des agricultures dites alternatives ont, d’ailleurs, au cœur de leurs approches une volonté affirmée de soigner et de prendre soin2. Parmi elles, la permaculture et la biodynamie ont permis d’enrichir les réflexions sur l’éthique du care et d’illustrer les manières dont le soin s’incarne dans la pratique agricole (Puig de la Bellacasa, 2010 ; Pignier, 2017 ; Centemeri, 2019b ; Foyer et coll., 2020). Loin cependant de cette littérature académique, Pierre-Alain s’est saisi du concept afin de mettre en mots et en application sa conviction que « chacun a sa place et a le droit à une place » au sein du domaine – ou plus justement de l’organisme agricole3. En effet, après avoir fait l’expérience de la spécificité du vivant – vulnérable, mais fondamentalement résilient si on lui en donne l’occasion –, le soin est devenu tant la méthode qui oriente sa pratique que la fin ultime de son entreprise.

    3Dans la prochaine section, je reviens brièvement sur quelques-unes des étapes clés de mon approche méthodologique, afin de rendre compte de la manière dont ma relation ethnographique avec Pierre-Alain a été « productrice de connaissance » (Papinot, 2014) et a façonné le portrait que j’offre par la suite.

    4Je conclus ensuite ce chapitre par une lecture des nouveaux paysages qu’ouvre cette perspective du care. En effet, bien que le soin comme ethos4 permette à Pierre-Alain de créer des ponts entre différentes manières de faire et de penser, sa mise en pratique à l’échelle de l’organisme agricole imprègne le paysage et rend manifestes des frontières encore bien établies.

    Approche méthodologique : une ethnographie dans le milieu de la permaculture

    5Dans ma thèse en anthropologie environnementale, j’ai étudié le mouvement de la permaculture en Suisse et au Japon sur la base d’une enquête de terrain avec les principaux porteurs de projets de permaculture dans les deux pays5. J’ai fait, dans ce cadre, la connaissance de Pierre-Alain, lors de la formation de permaculture internationalement reconnue, qualifiée de Permaculture Design Certificate (ci-après PDC)6, organisée entre septembre et décembre 2015 dans le canton de Neuchâtel, à laquelle je prenais part avec une vingtaine d’autres personnes7. Il faisait partie des dix formateurs et y enseignait un des aspects moins connus de la permaculture, pourtant sous-jacent à tout projet : ce que signifie faire communauté. Il a abordé le sujet à un niveau très pratique, organisationnel et budgétaire, tout en soulignant ce que peut impliquer, à un niveau plus existentiel, de partager un lieu de vie au quotidien. Il a alors raconté, à partir de son expérience, l’importance de prendre soin, non seulement de soi-même et des autres, mais aussi de « l’énergie du groupe », en établissant un équilibre entre le devoir de bienveillance et de responsabilité exigé par la vie en communauté, et le besoin d’autonomie et de liberté de chacun de ses membres.

    6Dans une deuxième phase de mon enquête, j’ai pris part à deux rencontres organisées respectivement, début et fin mai 2017, dans le cadre du « diplôme en permaculture appliquée ». Cette formation pratique de deux ans au minimum, en tutorat, suit l’obtention du Permaculture Design Certificate (PDC) dans l’optique de devenir formateur reconnu en permaculture. Pierre-Alain était inscrit dans un cursus de ce type, sous la supervision de la formatrice en permaculture Barbara Garofoli. Ces journées étaient des étapes importantes de son parcours : début mai 2017, la rencontre réunissait des apprentis dits « en milieu de parcours » et les invitait à soumettre les avancées de leur projet de diplôme respectif avant de le défendre devant une « académie de permaculture8 » – ce que Pierre-Alain a fait en avril 2018. La Suisse n’ayant alors pas encore d’académie propre9, les futurs diplômés étaient en lien avec l’Académie italienne de permaculture (Accademia Italiana di Permacultura) pour la validation de leur diplôme. Des représentants de cette académie se sont, dans ce cadre, déplacés jusqu’en Suisse, fin mai 2017. Cette rencontre de deux jours a réuni la plupart des « personnalités » de la permaculture suisse romande – ce qui était exceptionnel, vu leur emploi du temps et les distances qui les séparent. Les interactions et altercations qui y ont eu lieu m’ont offert un aperçu des différentes visions existant parmi ces acteurs. J’ai ainsi pu me rendre compte que celle de Pierre-Alain ne faisait pas l’unanimité ; il a d’ailleurs exprimé un besoin plus affirmé de tolérance face à la diversité d’interprétations possibles de ce qui doit et peut être enseigné dans un cursus en permaculture.

    7Afin de me rendre compte de la spécificité de son interprétation de la permaculture, je me suis, dans une troisième phase, rendue sur le lieu de vie et le domaine agricole de Pierre-Alain, d’abord en groupe fin 201710, puis seule au printemps 2018. J’y ai alors conduit un entretien avec lui et ai ainsi pu approfondir certains des éléments qu’il avait mentionnés lors de ma première visite. Il avait soigneusement préparé les sujets qu’il voulait aborder : sa philosophie, ses principales sources d’inspiration, ses expériences pratiques et/ou mystiques, et ses futurs projets pour le domaine agricole. Sa capacité à se raconter a grandement influencé mon rôle durant cette rencontre : j’ai été invitée à le suivre, et à participer. Dans ce face-à-face, il semblait moins vouloir expliquer ses choix que me donner accès aux ressentis qui l’ont progressivement amené à adopter tel point de vue ou telle méthode. D’après lui, certaines expériences restent indicibles ou, du moins, gagnent à ne pas être verbalisées. Il m’a ainsi emmenée à différents endroits au sein de son domaine afin que je puisse saisir « en situation » certains aspects qu’il avait volontairement éludés dans l’entretien. Certains lieux se sont ainsi révélés plus propices au partage et à la discussion.

    Figure 1. Pierre-Alain Indermühle, dans ses rangées de vignes et de choux de Bruxelles.

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    © Leila Chakroun, avril 2018

    8La tournure qu’a pris l’entretien, au-delà de la particularité de cette situation précise, illustre plus généralement le fait que communiquer sur ses pratiques exige non seulement des mots, mais aussi des lieux, des gestes et des expériences communes. Pour cette raison, il n’eût pas été souhaitable de se tenir à un format standard d’entretien, notamment dans la mesure où l’expérience sensible et subtile du monde est déterminante dans la démarche de Pierre-Alain.

    9Sur la base des données récoltées lors des différents « moments » de cette relation ethnographique, mais aussi amicale, je retrace dans la section suivante, son parcours en lien avec l’histoire de son organisme agricole sur lequel il évolue depuis quarante ans.

    L’organisme agricole, « éco-lieu expérimental animé par un collectif heureux11 »

    10Pierre-Alain Indermühle a commencé son métier d’agriculteur en 1978. Après s’être formé aux métiers de forestier-bûcheron et de viticulteur, il s’est installé il y a quarante ans sur la commune de Bex dans le canton de Vaud, à la frontière avec le canton du Valais, en Suisse romande. Il réside dans une ancienne ferme rénovée, à quelques minutes à pied de ses trois hectares de vignobles Ces derniers sont entourés par des parcelles cultivées pour la plupart avec des méthodes de viticulture conventionnelles. Après avoir repris le bail en 2001, Pierre-Alain s’est rapidement tourné vers des méthodes naturelles, correspondant plus à ses valeurs et sa vision de l’organisme agricole. Il fait ainsi partie des pionniers de la viticulture biodynamique en Suisse et a, très tôt, fait en sorte d’obtenir la labellisation « Bio Bourgeon » et la certification « Demeter12 ». Aujourd’hui ses vignes vivent et produisent avec un minimum de mécanisation, sans produits phytosanitaires, sans diffusion d’hormones (utilisées par certains voisins pour déstabiliser les papillons qui viendraient pondre dans les vignes) et sans cuivre – bien qu’admis en viticulture biologique. Mais si ces caractéristiques sont partagées par d’autres vignerons en biodynamie (Foyer, 2018 ; Grandjean, 2019), Pierre-Alain se distingue par les techniques complémentaires qu’il a adoptées pour prendre soin, non seulement de ses vignes mais aussi des nombreux autres « êtres » qui participent de la vie de l’organisme agricole. Il ne s’est en effet jamais restreint aux cahiers des charges des deux labels sous lesquels il distribue sa production, pas plus qu’il n’y répond complètement d’ailleurs. En 2009, pour des raisons familiales et financières, il décide de diversifier son activité, et dans cet élan, de ne plus percevoir les paiements directs13, qui sont soumis à certaines conditions par lesquelles il ne souhaitait pas être contraint. Tout en lui permettant d’être plus libre et donc réellement créatif, ce choix l’a obligé à développer des stratégies managériales pour faire perdurer son exploitation. Il a, plus tard, fait les démarches nécessaires pour réobtenir ces aides financières, mais maintient que cette décennie d’indépendance lui a permis de personnaliser et d’affirmer son approche, et d’assurer ainsi plus de résilience à l’organisme agricole.

    11Parmi ses stratégies, Pierre-Alain a décidé de s’entourer de différentes personnes après avoir fonctionné seul pendant près de vingt ans. La petite communauté qui réside désormais sur le domaine se compose de trois jeunes adultes qui sont employés de manière semi-permanente et partagent une partie de la vie collective, mais aussi d’un civiliste14, d’un ou deux stagiaires professionnels qui fluctuent au gré des contrats, et de quelques volontaires15 qui résident sur place au moment de pics saisonniers de travaux aux champs. Pierre-Alain a, à la même période, réorganisé la gestion de son entreprise en trois associations et mis en place diverses manières d’écouler sa production avec le minimum d’intermédiaires possible. « Terre de vie » est l’association qui englobe l’ensemble de l’organisme agricole et le petit collectif évolutif qui réside et travaille sur place. La production du domaine est distribuée sous cette appellation, à l’exception du vin qui est commercialisé sous le nom de l’association qui gère les vendanges et la phase de vinification, Cave des Cimes.

    Figure 2. Journée de vendanges chez Pierre-Alain Indermühle.

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    © Claire Feuillat, octobre 2018

    12Parallèlement, il a installé un petit marché à la ferme et créé un magasin en ligne – Le Shop Bio – qui lui permet de vendre son vin et de nombreux autres produits provenant de l’agriculture biologique ou biodynamique. Il se charge lui-même de faire les livraisons. La fondation Écojardinage réunit, quant à elle, des personnes principalement intéressées par la formation en permaculture. À travers cette fondation et en collaboration avec d’autres permaculteurs de la région, Pierre-Alain coorganise chaque été depuis 2012 un Permaculture Design Certificate pendant deux semaines chez lui, à Bex. Il y transmet la vision et les outils qu’il a acquis tout au long de son parcours d’agriculteur, de vigneron biodynamique, de permaculteur, mais aussi de thérapeute.

    13L’organisme agricole se compose aujourd’hui de plusieurs petites parcelles, sur lesquelles poussent, autour et entre les rangées de vignes, différents légumes, arbustes et arbres fruitiers (figure 1). Les cultures d’épeautre, de maïs, de poireaux et de choux de Bruxelles sont, à ce stade, expérimentales et principalement destinées à sa consommation personnelle et à celle des personnes qui participent à la vie sur le domaine. Le projet pour 2020 est de mettre sur place un système de « panier bio », dans une logique d’agriculture contractuelle de proximité (ACP)16. Il s’est pour cela associé, durant l’été 2019, avec le système d’échanges locaux (SEL)17 de la région. Il prévoit de remplacer certains vieux pieds de vigne peu ou pas productifs par un système de polyculture sur près de 5 000 mètres carrés avec rotations entre des céréales et du maraîchage et a récemment débuté la création de deux jardins-forêts18. Il est, parallèlement en train de mettre sur pied, avec quelques spécialistes de la petite enfance, une structure pour accueillir une dizaine d’enfants et leur faire acquérir leurs premières notions de permaculture, en « immersion ».

    Figure 3. Le jardin potager d’inspiration permacole.

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    © Leila Chakroun, avril 2018

    Entreprendre par et pour le soin

    L’entrepreneur-thérapeute

    14La manière dont Pierre-Alain a raconté l’évolution de son parcours donne l’impression d’une suite de soins qu’il a reçus, de soins qu’il a donnés et de soins que d’autres praticiens lui ont conseillé de faire, pour lui ou pour ses vignes. Ce concept de soin, mais aussi celui d’attention, est au cœur de la manière dont il pense la médiation entre humains et avec la nature. En me parlant d’un tilleul dont il s’est beaucoup occupé, Pierre-Alain affirme que :

    Si tu as de l’attention, tu as un contact incroyable. Si tu en as peur, ça crée autre chose. Tu peux avoir l’illusion que certains ont moins besoin d’attention, mais à un moment donné même la plus grosse brute a besoin d’attention.

    Cette philosophie influence grandement sa pratique quotidienne, pendant laquelle il se met à l’écoute des besoins de différents éléments de l’organisme agricole, et fait en sorte de trouver le geste, la technique ou les mots les plus adaptés à la situation. Cela l’a parfois amené à soigner ses vignes avec des techniques thérapeutiques originellement destinées aux humains, et à reconnaître l’effet thérapeutique qu’ont certaines pratiques agricoles sur les humains :

    J’apprenais pour les humains, mais j’essayais d’appliquer les soins sur mes vignes. Et j’ai toujours transmis ce que j’apprenais au végétal : j’ai fait de l’homéopathie avec les vignes, des soins médicaux avec les vignes.

    Cette transposition est rendue possible par la reconnaissance d’une certaine similitude, mais aussi d’une réciprocité voire d’une porosité, entre l’organisme agricole, les entités qui le composent, et lui-même19. Selon lui :

    Tu peux pas cultiver bio et bouffer des médicaments ! J’arrive pas à comprendre… soigner des plantes avec des plantes et toi manger des médicaments, ou l’inverse, traiter en chimique et manger bio à côté. Je ne pourrais pas être de ces agriculteurs – il y en a ! – qui ont compris qu’ils doivent manger sainement à la maison, mais qui continuent à produire « moins sainement ».

    15Afin de mettre en évidence la centralité du soin dans tout ce qu’il entreprend, Pierre-Alain pourrait ainsi être qualifié d’« entrepreneur-thérapeute », afin de mettre en évidence la manière, mais aussi la raison pour laquelle il navigue entre différents univers. Ce qualificatif est à comprendre comme un mode d’être particulier, à la croisée entre la figure de l’entrepreneur-frontière (Bergson, Castel & Nouguez, 2013), et celle de thérapeute proposée par Larrère (2017). Ce dernier désigne une manière particulière de composer avec la nature qui privilégie le « faire-avec » et le « faire-faire » à l’action unilatérale du « faire » :

    Le praticien accompagne la restauration d’un écosystème, comme un médecin accompagne la guérison du patient. Le patient guérit […] avec les soins, les interventions et l’encouragement du médecin. De la même façon, l’écosystème se rétablit spontanément avec une intervention minimale du praticien. (Clewell & Aronson, 2010, cités dans Larrère, 2017, p. 19)

    Cette posture de thérapeute rejoint la perspective du care, dans laquelle celui qui prend soin est dans une attitude relationnelle d’interdépendance avec ce dont on prend soin, « que ce soit les personnes avec qui on cohabite, les animaux dont on s’occupe ou le sol dans lequel on plante » (Puig de la Bellacasa, 2010, traduction libre, p. 16120). L’entrepreneur-thérapeute désigne en ce sens la figure « en prise avec l’autre vulnérable, dans l’intimité d’une relation » (Pierron, 2019, p. 57) pour laquelle entreprendre est toujours déjà ce que nous pourrions appeler un « entre-prendre-soin ».

    Entre-prendre-soin : expérimenter et se laisser surprendre

    16Dans cette reconnaissance d’une vulnérabilité commune, voire fondatrice de l’ensemble du monde vivant (Laugier, 2015), Pierre-Alain a progressivement remplacé les techniques qu’il trouvait trop intrusives ou « directives » par d’autres plus adaptées à cette réalité. Il s’est également ouvert à des formes de communication qui prennent soin des relations précédemment établies grâce à des méthodes non contraignantes, presque totalement immatérielles. En prévention ou en réaction aux maladies de la vigne, l’entrepreneur-thérapeute ne prépare que rarement les macérations, tisanes et purins de plantes communément utilisés dans le milieu de la permaculture. Il préfère plutôt faire passer des intentions ; il note sur un bout de papier le message à communiquer à ses vignes et aux autres éléments tels que le mildiou21, s’installe à un endroit et se concentre sur le message à passer. Il établit de cette manière un pacte, avec le mildiou par exemple, qui reconnaît son « droit à exister », tout en négociant cependant les limites de sa propagation. Dans cette logique d’attention à l’autre, l’entrepreneur-thérapeute concocte également des « élixirs » – et non des préparations dynamisées, comme l’exigerait l’étiquette de la biodynamie22. Ces élixirs semblent lui permettre de négocier les modalités d’« alliances » (ou commoning, Centemeri, 2018, 2019c) et de « compagnonnage » (Foyer et coll., 2020) interspécifiques à même de garantir une récolte suffisante sans aller à l’encontre du droit de ses « compagnons » à exister. Pour maintenir un organisme agricole diversifié, il se met alors à l’écoute des réactions – feedbacks – de ce dernier à ses actions : « c’est toujours une discussion, avec beaucoup de respect, en essayant de trouver l’équilibre entre les parties en présence ». Pour gérer un surplus de limaces, il va par exemple répandre un élixir d’« amour-limace » – et non d’anti-limace – sur les lieux où elles sont les bienvenues, afin qu’elles ne se déploient que sur ce territoire précis et délimité.

    17Cette démarche d’ajustement constant l’amène souvent à remettre en question ses positions, puis à emprunter de nouveaux points de vue, et, parfois, à abandonner alors certains procédés pour en expérimenter d’autres. Son cheminement est ainsi, à certains égards, proche de la démarche scientifique. Des conseils ou des résultats inattendus font émerger en lui des « hypothèses » nouvelles – une sorte de pressentiment que « ça » pourrait fonctionner. L’entrepreneur-thérapeute est cependant moins guidé par une recherche de vérités, que par son ressenti et sa curiosité – l’essentiel n’étant pas forcément d’identifier avec précision pourquoi il se passe telle et telle chose, mais plutôt de faire en sorte de « respecter la nature et ses équilibres » en testant, toujours avec précaution, ce que son intuition lui conseille :

    Tu pensais que c’était impossible, puis tu vois, ça se fait tout seul. Redeviens enfant, émerveille-toi ! Continue à croire en la vie, essaie même si ça semble impossible, essaie si ça marche. Des fois c’est waouh : c’est possible. Accepter qu’une fois ça marche, une fois ça marche pas ; accepter ce qui est.

    Selon Haraway (2008), la curiosité est d’ailleurs constitutive de l’attitude du care, en ce qu’elle manifeste le fait de se sentir concerné et est, en ce sens, une forme d’attention à l’autre. D’un autre côté, agir avec soin suscite l’attention et éveille la curiosité d’autres personnes pour l’objet et le sens des soins (Van Dooren, 2014). C’est à cela que peut être rapporté, entre autres, les nombreux visiteurs, étudiants et apprentis que reçoit Pierre-Alain sur son domaine.

    18La curiosité est, de plus, intimement liée au caractère imprévisible ou inattendu du soin. Cette imprévisibilité est d’ailleurs ce qui fait, pour lui, la valeur de son vin : il est « curieux », au sens où il ne laisse pas indifférent. Comme l’a exprimé Pineau (2018, p. 327) :

    Les vins « nature » ont cette propension à déstabiliser tous les sens et à les stimuler par contraste […] avec les vins stabilisés avec du soufre, et autres produits exogènes.

    Pierre-Alain admet volontiers que l’expérience offerte par la dégustation de ses vins peut être surprenante ; et peut-être pas au goût de tous. Le goût de son vin garde en effet les caractéristiques de la réalité qui l’a produit : il est vivant et donc évolutif et jamais totalement contrôlable. De cette contingence recherchée s’opère le glissement entre le confort d’une simple dégustation et la surprise provoquée par une nouvelle « rencontre ». C’est par cette capacité d’émerveillement aussi que Pierre-Alain engage une relation de soin au sens de Pierron (2019, p. 177) :

    Ce qui fait du soin un soin, c’est qu’il est d’abord surprise. Il est ce dont on ne peut anticiper les conséquences par ce qui se donne dans une imprévisible nouveauté : la présence de l’autre, l’ouverture inaugurale d’une relation, la disponibilité à la contingence et à l’effraction de la rencontre.

    À quels soins se vouer ?

    19Dans cet ajustement mutuel et progressif, l’entrepreneur-thérapeute explique que ses vignes sont, comme lui, devenues sensibles aux éléments subtils et, du coup, réactives à ses soins « délicats » – contrairement aux vignes voisines qui, elles, n’auraient appris à réagir qu’à des actions bien plus intrusives. Mais, dans leur nouvelle « disponibilité à la contingence » (Pierron, 2019, p. 177), ses ceps sont réceptifs tant aux intentions positives et bienveillantes de Pierre-Alain, qu’au scepticisme de certains des volontaires et des ouvriers agricoles qui « pensent tellement que ça [ses soins] ne marche pas, qu’ils envoient le mauvais message ». Il a ainsi progressivement mis en place des manières de préserver la réceptivité de ses vignes sans plus exacerber leur vulnérabilité. Il admet cependant que conjuguer sensibilité et communauté, continuer d’exiger une attention de tous les instants, non seulement aux non-humains, mais aussi aux humains. Pour prendre soin de vignes sans devoir censurer les intentions des personnes qui y travaillent, Pierre-Alain tente de transmettre, aux « sceptiques » et aux intéressés, le bien-fondé de ses méthodes, en privilégiant toujours le ressenti au langage parlé dans la manière de communiquer. Il leur raconte ses propres expériences et leur offre le temps et l’espace pour faire leurs propres expérimentations :

    J’aime bien donner des outils aux gens et après il faut expérimenter, faut essayer, essayer, essayer. J’ai donné pas mal de formations […] Et c’est normal, ils prennent un peu leur voie, ils ne font pas exactement ce que je leur ai appris. Peut-être qu’ils y reviendront plus tard, ou pas. Mais ils expérimentent aussi avec d’autres thérapeutes, et chacun trouve sa voie.

    Conclusion : les paysages du soin

    20Le portrait de Pierre-Alain Indermühle met en lumière les passerelles que le soin ou care permet de créer. Le soin apparaît en effet comme une sorte de « plus petit dénominateur commun » entre différentes approches de l’agriculture – conventionnelles ou alternatives, scientifiques ou spirituelles. Pierre-Alain admet par exemple que les vignes de ces voisins ont l’air heureuses et en relativement bonne santé :

    Pourquoi est-ce qu’une plante à qui on donne des engrais, des produits chimiques, peut être aussi belle, aussi grosse, aussi verte ? […] Je ne dis pas que c’est bon pour l’humanité ou pour le sol à long terme… Mais quelque part, si c’était du mal qu’on lui faisait, ce ne serait pas le même résultat. Les agriculteurs qui travaillent avec tout ça, sont sûrs qu’ils font juste, qu’ils font bien.

    Pierre-Alain ouvre ainsi la possibilité que tout agriculteur, quelles que soient ses méthodes, est dans une forme de soin. Le soin étant fondamentalement relationnel, il est cependant forcément sélectif – il n’est pas possible de prendre soin de tout et de la même manière. Pour l’entrepreneur-thérapeute, le problème réside, plutôt, dans ce que ces agriculteurs se focalisent uniquement sur la santé de ce qui va être commercialisé, au détriment de la santé globale de l’écosystème et, souvent, de leur propre santé. Puig de la Bellacasa souligne à ce titre que le cadre productiviste que beaucoup adoptent les oblige à limiter leurs relations au sol ou aux plantes à « une forme de soin basée sur l’exploitation et l’instrumentation » qui ne reconnaît pas d’agentivité au non-humain (2015, traduction libre, p. 700-70123). Dans ses différentes entreprises, Pierre-Alain instaure, au contraire, une relation dans laquelle les rôles de soignant et de soigné sont interchangeables : il affirme simultanément la dépendance de l’organisme agricole à ses soins, et sa propre dépendance à ce dernier et à la multitude d’entités visibles et invisibles qui le constituent. De cette mutualité de l’acte thérapeutique comme « entre-prendre-soin » émerge la possibilité de nouveaux rapports à soi et aux autres, qui font alors « naître du paysage » au sens de Jullien (2014, p. 116) :

    Quand se lève la frontière entre le dedans et le dehors, que ceux-ci se constituent également en pôles et qu’il y a perméabilité de l’un à l’autre, un nouvel « entre » s’instaure. […] c’est d’un tel couplage que naît du « paysage ».

    En faisant dialoguer différents courants, l’entrepreneur-thérapeute génère effectivement de nouveaux « entre » et « intersections » possibles. Aux paysages de la permaculture, de la biodynamie, de la thérapie énergétique et du chamanisme, s’ajoute le paysage ineffable de leur réunion. Pierre-Alain fait tout à la fois, de la permaculture et du chamanisme, de la biodynamie et de la thérapie énergétique. Mais en les mélangeant, il fait aussi autre chose, quelque chose de plus. Ainsi, leurs frontières continuent d’exister mais elles sont déplacées, contraignant d’autres acteurs à se repositionner.

    Figure 4. Différence d’enherbement entre les vignes de Pierre-Alain, à gauche et à droite, et les parcelles brunies et couvertes de pissenlit de ses voisins, au centre.

    Image

    © Leila Chakroun, avril 2018

    21Loin de n’être que métaphorique, cette naissance de nouveaux paysages s’offre à tout observateur attentif. une promenade dans les vignes ou sur le coteau opposé à ses vignobles (figure 4) permet d’attester de l’imprégnation de ses soins dans le paysage. En plus des arbres qu’il a lui-même plantés, dans le cadre de sa collaboration avec le WWF, de nouvelles espèces ont spontanément poussé. Ce ne sont ainsi plus les mêmes plantes qui poussent entre les rangées de vignes : certaines disparaissent et d’autres apparaissent. Ses parcelles, complètement enherbées, contrastent désormais de façon perceptible avec celles de ses voisins, brunies par l’utilisation de produits ou jaunes de pissenlits – signes d’un sol tassé. Sa volonté de faire dialoguer différents courants à l’échelle de l’organisme agricole, exacerbe, paradoxalement, l’expérience paysagère de ces différences : ce n’est plus par des incisions (reductive traces) qu’il marque le paysage, mais par des amplifications ou super-impositions (additive traces) (Ingold, 2007, p. 43). En rendant palpables la diversité des approches et des ethos du soin, le paysage fait office de révélateur de la hauteur, de la couleur et de la texture qui les divisent encore.

    22Cependant, bien que ces frontières puissent nous apparaître comme des « lignes de rupture » fragmentant l’unité paysagère en multiples surfaces, l’entrepreneur-thérapeute les investit plutôt comme des « lignes de friction » créant l’interface (Ingold, 2007) nécessaire à la rencontre d’où émerge le soin. En faisant imploser les frontières que d’autres essaient d’établir, Pierre-Alain trace en effet de nouveaux chemins et découvre de nouveaux agencements possibles. Le soin étant toujours empreint de surprise (Pierron, 2019), il se peut alors qu’inversement la surprise qu’il provoque chez les praticiens – agriculteurs conventionnels, ou biodynamiques, permaculteurs et thérapeutes – revête, en forçant la rencontre, un rôle thérapeutique. Il s’affirme ainsi comme un entrepreneur-thérapeute aussi parce qu’en suscitant leur attention, il les oblige à se confronter tout autant à la diversité qu’à la porosité des interprétations de ce dont on se doit de prendre soin, et de la manière et de la raison pour laquelle on le fait.

    Bibliographie

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    10.1215/22011919-3615541 :

    Notes de bas de page

    1 Cette nouvelle figure de l’entrepreneur s’inspire, entre autres, de celle du marginal sécant. Elle permet en outre de se différencier de deux figures plus couramment utilisées dans les sciences sociales, celles de l’entrepreneur comme passeur et comme traducteur, qui toutes deux transcrivent mal la difficulté de l’entrepreneur à faire accepter les changements (radicaux) qu’il suggère (Bergeron, Castel & Nouguez, 2013).

    2 La permaculture, plus explicitement encore que d’autres agricultures alternatives, se fonde sur le care. Elle se base sur trois principes éthiques : Care for the earth, Care for people et Set limits to consumption and Reproduction, and Redistribute Surplus (Holmgren, 2002).

    3 La notion d’« organisme agricole diversifié et autonome » permet d’appréhender le domaine dans son individualité écologique et sa dynamique singulière (Geier et coll., 2018). Il désigne, dans le milieu de la biodynamie, « un ensemble, englobant des éléments interactifs et interdépendants : du sol aux humains qui y travaillent, des espèces sauvages aux animaux domestiques, des pratiques agricoles mises en place aux influences du climat, des saisons et des autres rythmes de la nature » (Belleil, 2014, p. 6) et rejoint ainsi l’idée de collectif socio-naturel proposée par Bruno Latour (Foyer et coll., 2020).

    4 Au sens de Pignier (2017, p. 168) : « l’“image”, la force de caractère, le système de valeurs que nous voulons montrer, la posture que nous souhaitons exprimer de façon rhétorique pour spécifier notre rapport aux autres ».

    5 Chakroun Leila, La permaculture, milieux de transition individuelle, de transformation paysagère et de révolution culturelle. Étude en contextes suisse et japonais (titre provisoire), thèse en sciences de l’environnement, Lausanne, Université de Lausanne.

    6 Formation de « design en permaculture » relativement standardisée, originellement composée de quatorze modules, enseignés sur une période de soixante-douze heures au minimum, lancée par le cofondateur de la permaculture Bill Mollison dans les années 1980 comme moyen de promouvoir la permaculture et de manière à conserver ce qu’il considérait comme « l’essence » de la permaculture (Mollison, 1988). Elle est connue dans les milieux francophones sous les noms « Cours certifié en permaculture » (CCP) ou « Cours de design en permaculture » (CDP).

    7 Le programme du cours est disponible sur le site web de la formatrice, Barbara Garofoli : http://permaculture-cuoreverde.blogspot.com/2015/08/cdp-evologia-cernier-ne.html [consulté le 11/10/21].

    8 Structure qui reconnaît l’authenticité des certificats et diplômes attribués, et leur cohérence avec le programme défini par Bill Mollison dans son ouvrage de 1988, Permaculture: A Designer’s Manual.

    9 L’académie suisse de permaculture a finalement été constituée durant l’été 2018 par un petit groupe de personnes dont Pierre-Alain Indermühle fait partie (Garofoli, 2018).

    10 À l’occasion de la visite organisée dans le cadre du colloque Spiritualité et scientificité dans les agricultures alternatives qui a eu lieu à l’université de Lausanne du 13 au 15 décembre 2017.

    11 Selon la formule utilisée sur le site web https://www.terre-de-vie.ch/ [consulté le 11/10/21].

    12 Bio Bourgeon est un label de qualité nationale, plus exigeant que les normes définies par le bio fédéral et par le label bio de l’Union européenne. Demeter est encore plus exigeant. C’est une marque internationale qui certifie les produits issus de l’agriculture biodynamique. Elle ne peut être obtenue que pour des produits déjà certifiés « bio » (Bio Suisse, 2012).

    13 Aides financières, conditionnelles, liées à la politique agricole suisse, mises en place en 1992 en remplacement des « subventions ».

    14 En Suisse, un civiliste est une personne qui choisit de faire un service civil, en remplacement du service militaire obligatoire (loi sur le service civil de 1996).

    15 Recrutés le plus souvent via la plateforme WWOOF, Worldwide Opportunities for Organic Farming, www.wwoof-switzerland.info [consulté le 11/10/21].

    16 Développée en France sous l’acronyme Amap : « Association pour le maintien d’une agriculture paysanne » (Lagane, 2011). Voir le chapitre de Mathieu Gervais dans cet ouvrage.

    17 « un SEL, système d’échange local, est une association à but non lucratif, qui met en place un réseau d’échanges, d’amitié et d’entraide dans un quartier, une ville ou une région. » (Sel Suisse, s. d.)

    18 Terme popularisé par Robert Hart, qui fait référence à une forêt cultivée comestible, basée sur des observations scientifiques et intuitives des interactions entre différentes formes de vie (Hart, 1996). Le jardin-forêt s’est rapidement imposé comme une forme privilégiée de mise en œuvre de la philosophie sous-jacente à la permaculture.

    19 Cette caractéristique semble partagée par d’autres adeptes de l’homéopathie dite « rurale » pour qui « le remède homéopathique, comme trait d’union, cristallise l’intensité du lien établi avec un milieu perçu comme nourricier et guérissant, pour peu que l’on en prenne soin en retour (Carcelle, chapitre 7 – je souligne).

    20 « Whether this is the people we live with, the animals we care for, the soil we plant in. »

    21 Champignon responsable des maladies cryptogamiques affectant fréquemment les vignobles.

    22 Voir le chapitre d’Alexandre Grandjean dans cet ouvrage.

    23 « This is a form of exploitative and instrumentally regimented care. »

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    • Leila Chakroun
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    Quand l’écologie s’urbanise

    Quand l’écologie s’urbanise

    Joëlle Salomon Cavin et Céline Granjou (dir.)

    2021

    Les esprits scientifiques

    Les esprits scientifiques

    Savoirs et croyances dans les agricultures alternatives

    Jean Foyer, Aurélie Choné et Valérie Boisvert (dir.)

    2022

    Construire le droit des ingénieries climatiques

    Construire le droit des ingénieries climatiques

    Au croisement des enjeux climatiques et écosystémiques

    Alexandra Langlais et Marion Lemoine-Schonne (dir.)

    2024

    Fin du monde et effondrement de soi

    Fin du monde et effondrement de soi

    Enquête aux racines de la collapsologie

    Jean Chamel

    2024

    Droit et systèmes alimentaires sains et durables

    Droit et systèmes alimentaires sains et durables

    État des lieux et perspectives de transformation

    Fabien Girard et Élisabeth Lambert (dir.)

    2025

    Marseille, « ville-nature »

    Marseille, « ville-nature »

    Sociologie d'une requalification environnementale et urbaine en tension

    Carole Barthélémy

    2026

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    1 Cette nouvelle figure de l’entrepreneur s’inspire, entre autres, de celle du marginal sécant. Elle permet en outre de se différencier de deux figures plus couramment utilisées dans les sciences sociales, celles de l’entrepreneur comme passeur et comme traducteur, qui toutes deux transcrivent mal la difficulté de l’entrepreneur à faire accepter les changements (radicaux) qu’il suggère (Bergeron, Castel & Nouguez, 2013).

    2 La permaculture, plus explicitement encore que d’autres agricultures alternatives, se fonde sur le care. Elle se base sur trois principes éthiques : Care for the earth, Care for people et Set limits to consumption and Reproduction, and Redistribute Surplus (Holmgren, 2002).

    3 La notion d’« organisme agricole diversifié et autonome » permet d’appréhender le domaine dans son individualité écologique et sa dynamique singulière (Geier et coll., 2018). Il désigne, dans le milieu de la biodynamie, « un ensemble, englobant des éléments interactifs et interdépendants : du sol aux humains qui y travaillent, des espèces sauvages aux animaux domestiques, des pratiques agricoles mises en place aux influences du climat, des saisons et des autres rythmes de la nature » (Belleil, 2014, p. 6) et rejoint ainsi l’idée de collectif socio-naturel proposée par Bruno Latour (Foyer et coll., 2020).

    4 Au sens de Pignier (2017, p. 168) : « l’“image”, la force de caractère, le système de valeurs que nous voulons montrer, la posture que nous souhaitons exprimer de façon rhétorique pour spécifier notre rapport aux autres ».

    5 Chakroun Leila, La permaculture, milieux de transition individuelle, de transformation paysagère et de révolution culturelle. Étude en contextes suisse et japonais (titre provisoire), thèse en sciences de l’environnement, Lausanne, Université de Lausanne.

    6 Formation de « design en permaculture » relativement standardisée, originellement composée de quatorze modules, enseignés sur une période de soixante-douze heures au minimum, lancée par le cofondateur de la permaculture Bill Mollison dans les années 1980 comme moyen de promouvoir la permaculture et de manière à conserver ce qu’il considérait comme « l’essence » de la permaculture (Mollison, 1988). Elle est connue dans les milieux francophones sous les noms « Cours certifié en permaculture » (CCP) ou « Cours de design en permaculture » (CDP).

    7 Le programme du cours est disponible sur le site web de la formatrice, Barbara Garofoli : http://permaculture-cuoreverde.blogspot.com/2015/08/cdp-evologia-cernier-ne.html [consulté le 11/10/21].

    8 Structure qui reconnaît l’authenticité des certificats et diplômes attribués, et leur cohérence avec le programme défini par Bill Mollison dans son ouvrage de 1988, Permaculture: A Designer’s Manual.

    9 L’académie suisse de permaculture a finalement été constituée durant l’été 2018 par un petit groupe de personnes dont Pierre-Alain Indermühle fait partie (Garofoli, 2018).

    10 À l’occasion de la visite organisée dans le cadre du colloque Spiritualité et scientificité dans les agricultures alternatives qui a eu lieu à l’université de Lausanne du 13 au 15 décembre 2017.

    11 Selon la formule utilisée sur le site web https://www.terre-de-vie.ch/ [consulté le 11/10/21].

    12 Bio Bourgeon est un label de qualité nationale, plus exigeant que les normes définies par le bio fédéral et par le label bio de l’Union européenne. Demeter est encore plus exigeant. C’est une marque internationale qui certifie les produits issus de l’agriculture biodynamique. Elle ne peut être obtenue que pour des produits déjà certifiés « bio » (Bio Suisse, 2012).

    13 Aides financières, conditionnelles, liées à la politique agricole suisse, mises en place en 1992 en remplacement des « subventions ».

    14 En Suisse, un civiliste est une personne qui choisit de faire un service civil, en remplacement du service militaire obligatoire (loi sur le service civil de 1996).

    15 Recrutés le plus souvent via la plateforme WWOOF, Worldwide Opportunities for Organic Farming, www.wwoof-switzerland.info [consulté le 11/10/21].

    16 Développée en France sous l’acronyme Amap : « Association pour le maintien d’une agriculture paysanne » (Lagane, 2011). Voir le chapitre de Mathieu Gervais dans cet ouvrage.

    17 « un SEL, système d’échange local, est une association à but non lucratif, qui met en place un réseau d’échanges, d’amitié et d’entraide dans un quartier, une ville ou une région. » (Sel Suisse, s. d.)

    18 Terme popularisé par Robert Hart, qui fait référence à une forêt cultivée comestible, basée sur des observations scientifiques et intuitives des interactions entre différentes formes de vie (Hart, 1996). Le jardin-forêt s’est rapidement imposé comme une forme privilégiée de mise en œuvre de la philosophie sous-jacente à la permaculture.

    19 Cette caractéristique semble partagée par d’autres adeptes de l’homéopathie dite « rurale » pour qui « le remède homéopathique, comme trait d’union, cristallise l’intensité du lien établi avec un milieu perçu comme nourricier et guérissant, pour peu que l’on en prenne soin en retour (Carcelle, chapitre 7 – je souligne).

    20 « Whether this is the people we live with, the animals we care for, the soil we plant in. »

    21 Champignon responsable des maladies cryptogamiques affectant fréquemment les vignobles.

    22 Voir le chapitre d’Alexandre Grandjean dans cet ouvrage.

    23 « This is a form of exploitative and instrumentally regimented care. »

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    Ce livre est cité par

    • Leprêtre, Matti. (2023) Mohamed Amer Meziane, Au bord des mondes. Vers une anthropologie métaphysique. Revue d'anthropologie des connaissances, 17. DOI: 10.4000/rac.30786

    Ce chapitre est cité par

    • Chakroun, Leila. (2023) Handbook of the Anthropocene. DOI: 10.1007/978-3-031-25910-4_43

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    Chakroun, L. (2022). Entreprendre par et pour le soin. In J. Foyer, A. Choné, & V. Boisvert (éds.), Les esprits scientifiques. Grenoble: UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.27117
    Chakroun, Leila. « Entreprendre par et pour le soin ». In Les esprits scientifiques, édité par Jean Foyer, Aurélie Choné, et Valérie Boisvert. Grenoble: UGA Éditions, 2022. doi:10.4000/books.ugaeditions.27117.
    Chakroun, Leila. « Entreprendre par et pour le soin ». Les esprits scientifiques, édité par Jean Foyer et al., UGA Éditions, 2022, https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.27117.

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    Foyer, J., Choné, A., & Boisvert, V. (éds.). (2022). Les esprits scientifiques. Grenoble: UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.26992
    Foyer, Jean, Aurélie Choné, et Valérie Boisvert, éd. Les esprits scientifiques. Grenoble: UGA Éditions, 2022. doi:10.4000/books.ugaeditions.26992.
    Foyer, Jean, et al., éditeurs. Les esprits scientifiques. UGA Éditions, 2022, https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.26992.
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