Chapitre 3
Étudier les interactions verbales en milieu professionnel : aspects méthodologiques du recueil de données en réunion de travail
p. 87-106
Résumé
Dans ce chapitre, nous ferons état des liens entre les principes méthodologiques développés dans le cadre d’une recherche sociolinguistique en situation de travail et les effets de ces principes sur l’analyse des données recueillies. Les spécificités d’une recherche de terrain, couplées à l’exigence de données authentiques, mettent l’accent sur une démarche impliquant à la fois le chercheur et les locuteurs participant à l’enquête. Les précautions éthiques et juridiques mises en place par le chercheur, tout en étant incontournables, sont le gage d’un recueil de données riche. Si le travail de terrain est important dans l’exploration et la compréhension de l’entreprise qui accueille le chercheur, il ne s’arrête pas après la phase d’enregistrement des données orales. Nous présenterons d’abord les principes méthodologiques et éthiques de la recherche en expliquant leur impact sur le recueil et le traitement des données. L’analyse de plusieurs extraits de notre corpus nous permettra ensuite de mettre en exergue le rôle central des participants à l’étude dans la construction de la compréhension et dans l’analyse des données recueillies. Nous nous attarderons en particulier sur des aspects concernant le technolecte de l’entreprise, les connaissances partagées des locuteurs ainsi que leurs relations interpersonnelles. Pour finir, nous préciserons l’impact des données de terrain sur la compréhension de l’objet de recherche de cette étude : les questions produites lors de réunions de travail.
Entrées d’index
Mots-clés : interactions verbales, milieu professionnel, étude des questions, recueil des données, éthique
Texte intégral
1 Introduction
1Le présent chapitre s’attache à une dimension essentielle de l’étude des langues de spécialité basée sur corpus, celle liée à l’utilisation de la langue parlée en milieu professionnel. Pour mener à bien une analyse de la langue parlée en situation de travail, la constitution et la compréhension des données du corpus représentent un ensemble de défis méthodologiques. La constitution d’un corpus d’oral est, de manière générale, une entreprise complexe et fastidieuse. Les principales difficultés dans la constitution de corpus oraux peuvent se manifester dès les étapes préalables au recueil, les locuteurs montrant une certaine réticence à l’enregistrement de leurs productions orales. Ces difficultés sont susceptibles de se prolonger lors de la phase de recueil en elle-même, le chercheur s’efforçant de faire accepter la présence d’un dispositif d’enregistrement, tout en essayant de le faire oublier afin de garantir des productions orales les plus spontanées possible. Enfin, la phase de transcription proprement dite est un processus extrêmement long1 et exigeant pour le transcripteur. Dans le cadre de la constitution d’un corpus en situation professionnelle, les différentes difficultés qui entourent le processus de constitution apparaissent comme démultipliées. Ainsi, les problématiques sociales et économiques particulières au contexte de l’entreprise se surajoutent à celles entourant la constitution d’un corpus de données orales.
2Par ailleurs, l’intérêt porté à la langue dans une situation de travail particulière fait émerger des problématiques relatives à l’étude des langues de spécialité. Les premiers travaux du domaine ont systématiquement mis en avant les spécificités terminologiques de ces dernières (Rondeau, 1983 ; Dubois et coll., 1994). La langue de spécialité est alors envisagée comme un sous-système linguistique d’un champ d’utilisation particulier. Cette approche des langues de spécialité a, par la suite, été largement critiquée (voir à ce titre l’ouvrage de Lerat, 1995), notamment par la démarcation nette qu’elle installe entre langue de spécialité et langue générale. En effet, les recherches ultérieures sur ces questions ont montré l’existence de similarités entre ces types de langue et, en ce sens, « les langues spécialisées ne sont rien d’autre que des usages spécialisés des langues naturelles » (Lerat, 1995, p. 1). Ce changement de paradigme dans l’étude des langues spécialisées permet ainsi de postuler, non pas une opposition nette, mais un continuum entre usages spécialisés et non spécialisés de la langue (Gautier, 2014). En outre, le contexte professionnel dans lequel prend place cette étude nous pousse à envisager notre terrain de recherche sous l’angle des communautés de pratiques (Lave & Wenger, 1991). Une communauté de pratiques se constitue autour d’un intérêt ou de la réalisation d’un objectif commun, ceux-ci entrainant le partage de pratiques – notamment langagières – de valeurs, de codes et de connaissances. En d’autres termes, les salariés d’une entreprise possèdent des savoirs, savoir-être et savoir-faire communs aux différents groupes qu’ils côtoient, ceux-ci formant alors plusieurs communautés de pratiques. Dans cette perspective, il apparait donc que la seule maitrise d’un code linguistique particulier ne garantit pas une interaction adaptée aux situations professionnelles. Ainsi, dans le cadre d’une recherche de terrain telle que celle que nous présentons ici, il importe d’appréhender « les pratiques langagières (c’est-à-dire les productions linguistiques et interactionnelles) comme apparaissant dans une situation de communication toujours particulière » (André, 2015, p. 2).
3La constitution de ressources (orales ou écrites) en langues de spécialité représente donc une étape préalable incontournable pour la description et l’analyse des pratiques langagières. Les principes méthodologiques adoptés pour la collecte et le traitement, s’ils doivent être mûrement réfléchis en amont, doivent en outre répondre aux exigences et aux contraintes du terrain investigué. La méthodologie ainsi pensée doit alors permettre de tendre vers un idéal d’éthique en permettant, par ailleurs, une collecte de données qui soit la plus complète possible. La mise en pratique d’une éthique pratique semble alors être la garantie d’une analyse fine des données recueillies, que celles-ci le soient dans une visée purement descriptive ou dans l’optique d’une transposition didactique (notamment dans le cadre de formations professionnelles). Dans la première section de ce chapitre, nous présenterons notre recherche en cours tout en insistant sur les aspects et contraintes méthodologiques liés à une recherche de terrain. Nous expliciterons ensuite les choix méthodologiques et éthiques effectués afin de garantir la plus grande authenticité des données recueillies. Enfin, nous présenterons des extraits de notre corpus de recherche. Ils permettront de mettre en avant l’importance de l’implication du chercheur sur son terrain afin de recueillir des données extralinguistiques nécessaires à l’analyse.
2 Principes méthodologiques d’une enquête de terrain en milieu professionnel
4Dans cette étude, nous nous intéressons à la construction langagière de l’intercompréhension au sein de réunions de travail. Cette étude est plus précisément centrée sur l’utilisation des questions par les locuteurs dans les réunions de travail. Nous cherchons ainsi à établir s’il existe un lien entre des éléments du contexte, les formes prises par les questions et les objectifs pragmatiques poursuivis par celles-ci. L’étude de cette pratique langagière a naturellement appelé la mise en place d’une démarche de terrain afin de collecter des données orales écologiques (De Stefani, Miecznikowski & Mondada, 2000), non provoquées par le chercheur et recueillies en situation naturelle de production (Bert et coll., 2010). Cette démarche de terrain s’apparente en de nombreux points à l’enquête ethnographique telle que décrite par Céfaï (Céfaï, 2010) :
Démarche d’enquête qui s’appuie sur une observation prolongée, continue ou fractionnée, d’un milieu, de situations ou d’activités, adossée à des savoir-faire qui comprennent l’accès au(x) terrain(s) (se faire accepter, gagner la confiance, trouver sa place, savoir en sortir…), la prise de notes la plus dense et la plus précise possible et/ou l’enregistrement audio ou vidéo de séquences d’activités in situ. (Céfaï, 2010, p. 7)
5Notre étude a été menée au sein d’une entreprise de restauration de patrimoine de la région Grand Est et plus particulièrement au sein de sa filière menuiserie. Afin d’analyser les pratiques langagières de locuteurs en réunion de travail, nous avons collecté sur une période de six mois un corpus de 14 réunions représentant une durée de 15 h 40 heures et environ 229 000 mots transcrits. Nous avons opté pour le logiciel d’aide à la transcription Transcriber2 (version 1.5.1), celui-ci permettant un alignement texte-son. Nous détaillons le corpus constitué dans le tableau ci-dessous (Tableau 1) :
Tableau 1 – Métadonnées du corpus « réunions »
| No | Activité | Durée | Nombre de participants et statut dans l’entreprise |
| 1 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 36 | 7 personnes : 3 conducteurs de travaux – 1 responsable atelier – 1 responsable achats – 2 membres de la direction |
| 2 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 08 | 6 personnes : 2 conducteurs de travaux – 1 responsable atelier – 1 responsable achats – 1 stagiaire – 1 membre de la direction |
| 3 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 30 | 8 personnes : 3 conducteurs de travaux – 1 responsable atelier – 1 employé menuiserie – 1 responsable achats – 2 membres de la direction |
| 4 | Réunion planning équipe menuiserie | 0 h 55 | 5 personnes : 3 chefs d’atelier – 1 responsable atelier – 1 membre de la direction |
| 5 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 43 | 7 personnes : 3 conducteurs de travaux – 1 responsable achats – 1 responsable atelier – 2 membres de la direction |
| 6 | Réunion planning équipe menuiserie | 0 h 58 | 4 personnes : 2 chefs d’atelier – 1 responsable atelier – 1 membre de la direction |
| 7 | Réunion 5S | 0 h 55 | 5 personnes : 3 responsables 5S (employés menuiserie) – 1 responsable atelier – 1 membre de la direction |
| 8 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 20 | 6 personnes : 3 conducteurs de travaux – 1 responsable atelier – 1 responsable achats – 1 membre de la direction |
| 9 | Réunion planning équipe menuiserie | 0 h 36 | 4 personnes : 2 chefs d’atelier – 1 responsable atelier – 1 membre de la direction |
| 10 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 22 | 6 personnes : 2 conducteurs de travaux – 1 responsable achats – 1 responsable atelier – 2 membres de la direction |
| 11 | Réunion planning équipe menuiserie | 1 h 03 | 4 personnes : 3 chefs d’atelier – 1 responsable atelier – 1 employé menuiserie – 1 dessinateur |
| 12 | Réunion planning équipe menuiserie | 0 h 36 | 6 personnes : 3 chefs d’atelier – 1 responsable atelier – 1 employé menuiserie – 1 membre de la direction |
| 13 | Réunion planning (conducteurs de travaux) | 1 h 20 | 8 personnes : 4 conducteurs de travaux – 1 responsable atelier – un responsable achats – 2 membres de la direction |
| 14 | Réunion planning équipe menuiserie | 0 h 39 | 5 personnes : 2 chefs d’ateliers – 1 responsable atelier – 1 membre de la direction – 1 employé menuiserie |
6Les 14 réunions enregistrées sont de trois types différents : réunion de planification des conducteurs de travaux, réunions de planification de l’équipe menuiserie et réunion 5S3 (relative à l’optimisation, à la propreté et au rangement). Ces différentes réunions présentent les mêmes locuteurs dans des statuts et des rôles interactionnels différents, nous permettant ainsi d’analyser l’influence des paramètres relatifs aux facettes identitaires des locuteurs sur leurs pratiques langagières et plus spécifiquement sur leur utilisation des questions.
7Concernant le recueil des données orales, nous avons préféré recourir à un enregistrement audio et non vidéo, en particulier en raison de l’aspect intrusif des dispositifs vidéo. Par ailleurs, ayant établi un accord de confidentialité relatif notamment à l’identité des participants et de l’entreprise (nous y reviendrons), un enregistrement vidéo aurait naturellement posé davantage de problèmes d’anonymisation. À l’inverse, un dispositif d’enregistrement audio tel un dictaphone permet d’être oublié plus facilement par les locuteurs et de mettre en place une collecte de données orales plus spontanées. Afin de garantir une transcription qui soit la plus fidèle possible (bonne attribution des tours, compréhension des enjeux de la réunion, familiarisation avec le technolecte de l’entreprise), nous avons fait le choix d’assister aux réunions enregistrées tout en en adoptant une posture qui soit la plus discrète possible (nous en détaillerons les raisons dans la section 2.2).
2.1 Principes éthiques de la recherche
8Les travaux de Boutet (Boutet, 1998) ont permis de mettre en avant l’importance des réflexions méthodologiques dans les travaux analysant les discours en situation de travail (statut des matériaux analysés, méthodes utilisées, place du chercheur). En amont de la phase de collecte des données, nous avons donc réfléchi au développement d’une méthodologie qui puisse garantir à la fois le respect des enquêtés et l’authenticité des données recueillies. La démarche de constitution d’un corpus d’oral au travail, nous l’avons déjà mentionné, est complexifiée par les enjeux à la fois sociaux et économiques auxquels est soumise l’entreprise (André, 2006b). Avant même notre entrée sur le terrain, certaines réticences relatives à des soupçons d’espionnage économique ou industriel nous ont été exprimées. Ces soupçons ont perduré lors de notre arrivée dans l’entreprise. À partir du moment où nous avons eu accès à notre terrain de recherche, certains employés ont évoqué la crainte d’une surveillance de leurs activités par notre biais. En outre, le sujet même de notre étude a semblé problématique durant les premiers temps de la recherche. La présence inhabituelle d’un chercheur au sein de l’entreprise, et à plus forte raison d’un chercheur dont l’étude portait explicitement sur le langage a amené la crainte d’un jugement normatif sur les productions des locuteurs. Investiguer la parole en interaction dans ce contexte a donc soulevé à la fois interrogations et appréhensions chez les enquêtés. Consciente des effets de notre présence, nous nous sommes donc inspirée des différents principes de l’éthique pratique de Feldman et Canter Kohn (Feldman & Canter Kohn, 2000) pour développer une méthodologie de recherche pertinente tout en étant cohérente avec les exigences du terrain. L’exigence de responsabilité morale vis-à-vis des acteurs du terrain se traduit par trois principes : la mise en place d’accords entre les deux parties, le respect de la confidentialité et le partage des objectifs de la recherche.
9En premier lieu, nous avons mis en place un accord formulé et formalisé avec la direction (Darmon, 2005). Cet accord concernait notamment les conditions de notre présence dans l’entreprise, le temps de présence4 et les activités observées. De cet accord ont découlé plusieurs garanties concernant plus particulièrement le respect de l’anonymat des locuteurs et la confidentialité des données. Ainsi, les données recueillies ont subi un processus d’anonymisation : toute donnée permettant l’identification de l’entreprise ou des locuteurs a été codée dans la transcription écrite et bipée dans la bande sonore correspondante. L’accord négocié avec la direction de l’entreprise a, par ailleurs, pris en compte les aspects relatifs à la confidentialité : toute donnée sensible recueillie au sein de l’entreprise ne doit pas être divulguée, au sein de l’entreprise comme à l’extérieur. Enfin, il nous était primordial d’inclure les participants dans notre recherche jusqu’au terme de celle-ci. Nous avons donc eu à cœur d’échanger à la fois sur les objectifs de la recherche, sur nos avancées, sur les interrogations ainsi que sur ses résultats finaux. Une restitution aux participants sous forme de présentation des résultats est prévue dès lors que cette étude sera terminée. Au-delà de la présentation des résultats de notre analyse, cette présentation permettra également d’évoquer l’importance de la part langagière du travail (Boutet, 1995) et de montrer les implications des recherches portant sur le langage au travail dans une optique de formation linguistique à visée professionnelle (Adami & André, 2012). L’ensemble des décisions portant à la fois sur des aspects éthiques et moraux de la recherche a été pris dans une volonté de respect des enquêtés. Nous pouvons par ailleurs ajouter que le développement de cette méthodologie a entrainé un impact positif sur les données recueillies. Les temps d’explications concernant la recherche et les garanties apportées ont permis de rassurer les participants à l’enquête, permettant ainsi le recueil de productions orales moins surveillées, tendant vers une plus grande authenticité.
2.2 De la familiarisation avec le terrain au recueil de données
10La notion de terrain (Mondada, 2001) désigne à la fois un espace situé (dans le temps, l’espace et la société) ainsi qu’un ensemble de relations et d’interactions. Un des objectifs premiers dans une recherche de terrain est de chercher à comprendre ces relations et ces interactions (notamment langagières). La seconde phase de notre recherche a donc visé à faire connaissance et à se familiariser avec l’entreprise et ses employés. Nous nous sommes donc attelée dans un premier temps à la découverte et à la compréhension du fonctionnement de l’entreprise (organigramme, historique, entre autres), aux relations interpersonnelles en jeu, ainsi qu’à la langue de spécialité utilisée dans l’entreprise, notamment en nous familiarisant avec le technolecte de la menuiserie utilisé dans l’entreprise (nous y reviendrons dans la section 3.1), ce dernier nous étant jusqu’alors inconnu. Cette phase a été d’une grande richesse pour la collecte de données annexes et s’est avérée tout aussi importante dans le traitement du corpus que dans la phase d’analyse (nous y reviendrons dans la section 3). En outre, nos visites régulières à raison de plusieurs heures sur une moyenne de deux jours par semaine ont permis d’habituer les employés à notre présence et d’instaurer un climat de relative confiance. À l’image des démarches d’immersion développées en anthropologie et en ethnographie, nous avons mis en place un type d’immersion intermittente permettant de nous familiariser avec le terrain de recherche sans entraver les activités des employés. Ce faisant, nous cherchions à réduire la distance entre enquêteur et enquêtés induite par la confrontation entre deux milieux professionnels différents (Feldman & Canter-Kohn, 2000).
11Les choix méthodologiques relatifs à la mise en place de cette recherche ont aussi été décidés en prévision des différentes phases de constitution du corpus. Le mode de recueil que nous avons choisi a été pensé en cohérence avec la phase de transcription. La présence ou l’absence du chercheur pendant le recueil des données orales présentent, l’une et l’autre, des biais méthodologiques. Un chercheur absent lors du recueil aura davantage de difficultés à transcrire l’interaction puisqu’il n’y a pas pris part. De même, l’attribution des différents tours de parole aux bons locuteurs sera extrêmement complexifiée en raison des chevauchements de parole et de la similarité de certaines voix. À l’inverse, la présence du chercheur pendant le recueil déclenchera nécessairement le paradoxe de l’observateur (Labov, 1972) dans des proportions variées : modifications du comportement des observés, contrôle des productions langagières, évitement de thèmes ou de termes, etc. Les différents choix relatifs aux techniques de recueil des données produisent donc un effet sur les sujets observés et impactent les résultats de l’analyse (Calvet, 1999).
12Afin de garantir la qualité et la richesse de notre transcription d’une part, et la bonne compréhension des interactions en vue de leur analyse d’autre part, nous avons fait le choix d’assister aux réunions enregistrées. Nous avons ainsi pu prendre des notes sur le déroulement de l’interaction afin de faciliter les phases de transcription et d’analyse ultérieures. Ont ainsi été pris en note les débuts et fins de tours des locuteurs afin de confirmer la bonne attribution des tours de parole ainsi que certains évènements extralinguistiques. Ces derniers (bruits, mimiques, pointages, entrées et sorties, entre autres) ont aussi été consignés. Enfin, nous avons réalisé des croquis des salles et de la disposition des locuteurs dans l’espace afin d’analyser les aspects proxémiques des réunions observées. Ces choix méthodologiques ont particulièrement été influencés par l’École de Chicago (Winkin, 2001) prônant l’utilisation d’un carnet de bord pour les enquêtes de terrain, outil qui permet de centraliser l’ensemble des informations réunies sur un terrain afin de l’appréhender plus finement.
13Pour contrer les éventuels effets de notre présence, nous avons adopté une posture discrète que nous pouvons comparer à l’observation non participante (Norimatsu & Cazenave-Tapie, 2017) à la fois en nous situant en dehors du cercle des participants et en ne prenant pas part à la situation d’interaction. S’il est impossible d’annuler entièrement les effets de l’observateur sur les observés, il est en revanche intéressant d’essayer de diminuer et de mesurer son impact. Les seules données observables relatives à notre présence que nous avons pu déceler concernaient quelques rares interventions humoristiques concernant l’usage de jurons par les locuteurs. Il nous semble alors que certains aspects intrinsèques au genre de l’interaction, notamment les finalités poursuivies et l’exigence d’efficacité dans le déroulement des réunions priment sur la présence d’un observateur extérieur (André, 2006a). Notre présence durant ces réunions nous a ainsi permis de regrouper des informations précieuses sur l’alternance des locuteurs ainsi que sur certains éléments extralinguistiques et non verbaux ayant eu lieu pendant les réunions. La combinaison de ces données avec celles recueillies en amont lors de la phase de familiarisation dans l’entreprise nous a été d’une grande aide dans la transcription et l’analyse de nos données.
3 De la démarche d’enquête à l’analyse — de l’analyse à la démarche d’enquête : allers et retours
14La démarche quasi ethnographique de familiarisation avec l’entreprise, nous l’avons mentionné, simplifie à la fois le processus de transcription et d’analyse des données. La connaissance fine du contexte facilite la compréhension des enjeux de l’interaction, mais aussi le processus de transcription. Toutefois, malgré l’exploration préliminaire que nous avions menée, nous avons continué à rencontrer des difficultés pour accéder à certains éléments du lexique technique lié aux activités de l’entreprise, d’une part, et à interpréter certains segments, d’autre part. Nous avons donc régulièrement effectué des allers-retours sur le terrain pour faire écouter des extraits du corpus aux locuteurs et obtenir leur aide concernant l’interprétation et/ou la compréhension de données manquantes. Ces données concernent notamment le technolecte de l’entreprise (3.1), les connaissances partagées des locuteurs (3.2) et certaines dimensions de l’identité des locuteurs (3.3). Nous verrons ainsi dans cette section comment le travail de collecte de données extralinguistiques permet d’éclairer l’analyse des interactions en situation de travail (3.4).
3.1 Technolecte de l’entreprise
15Ainsi que nous l’avons mentionné dans la première section de ce chapitre, les langues de spécialité ne sont pas réductibles à la simple présence d’un lexique spécialisé dans le sens où leurs particularités tiennent plus des contextes dans lesquels elles sont utilisées qu’à l’utilisation d’un technolecte (Condamines & Rebeyrolle, 1997). Ainsi, il s’agirait moins de comprendre des termes techniques que des termes en contexte, donc leur utilisation, et le sens qui leur est attribué par les locuteurs. Malgré l’importance de cette dimension contextuelle, le technolecte en tant qu’« ensemble d’usages lexicaux et discursifs, propres à une sphère de l’activité humaine » (Messaoudi, 2010, p. 134) représente une part importante des interactions en milieu professionnel, généralement inaccessible pour un locuteur novice car extérieur à ce milieu. Lors de la phase de transcription, et malgré la précédente phase de familiarisation avec l’entreprise, nous avons rencontré des problèmes récurrents dans la discrimination phonologique et la compréhension de certains termes. L’oreille du transcripteur s’avère parfois être « un traitre » (Blanche-Benveniste & Jeanjean, 1987, p. 102), le locuteur projetant des interprétations sur certains segments selon les domaines de connaissances qu’il possède. Néanmoins, à l’inverse, ses connaissances peuvent représenter une ressource pour la transcription :
Les connaissances préalables du transcripteur sur le sujet traité dans l’échange verbal enregistré ainsi que ses attentes sur ce qui va être dit, vont sans aucun doute aider le transcripteur dans son travail d’écoute-reconnaissance, la perception étant « un processus actif » qui s’appuie sur la compréhension des énoncés. (Blanche-Benveniste & Jeanjean, 1987, p. 203)
16Nous avons finalement constaté que la grande majorité des termes difficiles à identifier faisait partie du technolecte de l’entreprise et de la filière observée, citons à titre d’exemple le « bois rouge » (essence de bois exotique), les « champlats » (baguettes d’encadrement de portes), ou encore la « tenonneuse » (machine permettant de façonner des pièces de bois). Un autre exemple de difficulté d’identification d’un terme est illustré par la séquence [ʃɛndəmemak], entendue à plusieurs reprises dans des réunions différentes. Nous avons donc sollicité les participants qui nous ont appris qu’il s’agissait en fait d’une essence de bois : le chêne de Meymac. Les échanges avec les participants à l’enquête s’avèrent donc cruciaux et ce, dès les premières étapes de traitement des données. L’accès au technolecte d’une filière spécialisée permet de créer des attentes au niveau lexical chez le chercheur qui transcrit, et donc, de faciliter le processus de transcription.
3.2 Connaissances partagées des locuteurs
17Les interactions verbales en situation de travail sont fortement inscrites dans l’interdiscours et contiennent de nombreuses références à des évènements passés ou à venir (André, 2006a). De cette manière, les interactions en situation de travail prennent place dans un continuum composé d’une variété d’interactions auxquelles ont pris part les participants : échanges d’e-mails, appels téléphoniques, discussions informelles, réunions, entre autres. Cette spécificité des interactions en milieu professionnel participe au développement d’un langage opératif par les locuteurs (Karsenty & Falzon, 1993). Dans ce cadre, le langage opératif est caractérisé par un lexique et une syntaxe spécifiques liés à une situation de travail particulière et reposant sur un grand nombre d’implicites. En ce sens, le langage opératif vise à établir une communication qui soit la plus efficace possible. Ainsi, la compréhension d’un langage opératif et des implicites qui lui sont liés est assurée grâce à un contexte fortement partagé par les locuteurs : « il suffit de très peu d’indices pour communiquer une importante masse d’informations et pour assurer l’intercompréhension » (Karsenty & Falzon, 1993, p. 5). Ce contexte fortement partagé recouvre des connaissances diverses ayant trait à la fois à l’histoire collective des locuteurs (Qui travaille avec qui ? À quel endroit ? Quand ? Sur quel projet ?) comme à l’histoire conversationnelle des locuteurs, soit la somme des interactions auxquelles deux locuteurs ont pris part ensemble (Golopentia, 1988). Ces deux aspects doivent alors être investigués par le chercheur qui cherche à comprendre les propos tenus au sein des réunions de travail. L’extrait suivant nous permet de faire ressortir la variété des connaissances partagées des locuteurs (les conventions de transcription sont présentées en annexe) :
Extrait 1) Les locuteurs gèrent le planning des chantiers de la semaine à venir.
L1 : bon C1 + vous êtes que trois alors C1 donc priorité pantry petit officeetpowder room
L2 : non /// pantry
L1 : ouais
L2: po- powder room petit office
L1 : bah oui là j-
L2 : < attention attention attention
L1 : ouais ouais ouais > il change tous les jours hein
L2 : moi j'ai la feuille officielle hein de monsieur L7 et il vient me voir à chaque fois avec une autre feuille
L1 : hum
L2 : écrit à la main ou comme ça et il change l'ordre alors à cette heure-ci j'ai celle-là j'ai prévu dans l'ordre comme ça comme ça comme ça il me dit demain on peut poser le petit office je lui dis tant pis moi c'est powder room c'était annoncé c'est pas grand-chose non plus mais je:: voilà c'est:: il y a des moi je les changements je les prends pas euh je peux p- je peux plus changer hein
L3 : pourquoi il vient voir L2 et pas toi
L1 : bah il l'a donné aux deux hein
18Les différents éléments en gras dans cet extrait concernent des connaissances partagées par les locuteurs, accessibles et compréhensibles uniquement par eux ainsi que par les autres participants à la réunion. Ainsi, C1 était un chantier en œuvre, géré par le chef de chantier L7. Les noms « pantry », « petit office » et « powder room » étant des codifications du chantier C1 faisant, eux, référence à différents lieux du chantier C15. Enfin, la « feuille officielle » désigne le bon de fabrication, en d’autres termes, un document qui précise les pièces de menuiserie à fabriquer et leur ordre d’usinage. L’accès à ces informations a été rendu possible par les locuteurs eux-mêmes, soucieux de se faire comprendre, et par les nombreuses questions que nous avons posées à la suite des réunions.
3.3 Dimensions identitaires des locuteurs
19Lors de la phase d’analyse, la compréhension des données a largement bénéficié de l’accès à des éléments en relation avec l’identité des locuteurs, notamment les différents statuts de ces derniers au sein de l’entreprise. En effet, la pluralité des statuts (les différentes « casquettes ») d’un même locuteur est susceptible d’influencer ses pratiques langagières. Nous illustrons cet aspect par l’extrait suivant :
Extrait 2) Après avoir débattu sur le choix des systèmes de sécurité relatifs à la presse de l’atelier, les locuteurs ont statué sur un système avec gyrophare et câble permettant de faire remonter la machine en cas de danger imminent.
L5 : ah mais là mais tu vois là euh j'ai la vision euh voilà quoi donc on proposera ça au CHSCT {comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail} on regardera ce qu'ils en disent
L2 : < ouais
L1 : gyrophare > et puis on expliquera que bi-commande euh
L4 : non + ouais qu'on voyait financièrement c'est pas la peine ou alors on on rachète une presse aux normes
L6 : ouais je dis […] franchement comme toi tu commandes ///
L1 : hum +
L2 : hum le câble on a dit le câble hein [L1 hoche la tête]
L6 : c'est bon
20Pour rappel, l’objet initial de l’étude dont nous évoquons dans ce chapitre les considérations méthodologiques concerne l’utilisation des questions dans la construction de l’intercompréhension des locuteurs lors de réunions de travail. Nous cherchons plus particulièrement à savoir s’il existe un lien entre des éléments du contexte, les formes dans lesquelles s’actualisent les questions et les objectifs pragmatiques qu’elles visent. Dans notre volonté de comprendre quels éléments du contexte influencent la production de questions, nous avons remarqué l’importance de certaines données concernant l’identité des participants. Ici, L2 produit une question à la fin d’une réunion portant sur la sécurité, l’hygiène et l’ergonomie dans la menuiserie. Cette question, plus précisément cette demande de confirmation, fait référence à un évènement qui s’est produit plus tôt dans la réunion : le choix d’un système de sécurité. De prime abord, cette demande de confirmation peut sembler anodine. Toutefois, une discussion informelle avec L2, nous a permis d’apprendre que ce dernier possédait, en plus de son statut de chef d’atelier, le statut de représentant du personnel dans le CHSCT de l’entreprise, et qu’une réunion du CHSCT devait avoir lieu quelques semaines plus tard. Ainsi, la demande de confirmation de L2 est intimement liée à ce deuxième statut et aux obligations qui lui incombent, en particulier celle de rendre compte des choix de sécurité effectués dans la menuiserie lors du CHSCT.
3.4 Des données de terrain à l’analyse sociolinguistique des interactions
21Au cours de la phase de familiarisation avec l’entreprise, nous nous sommes intéressée à son fonctionnement global, aidée notamment de l’organigramme fourni par la direction. Nous avons pu enrichir et affiner notre connaissance de la filière observée en ajoutant aux connaissances strictement organisationnelles des données concernant les relations interpersonnelles des participants. Lors de nombreuses discussions informelles avec les employés de l’entreprise, ceux-ci ont évoqué les liens de connivences, les conflits et les inimitiés qui les lient. Nous insistons sur l’importance de ce type de données, les liens relationnels (à la fois hiérarchiques et amicaux) unissant les locuteurs étant susceptibles de se manifester et d’être négociés dans l’interaction (Kerbrat-Orecchioni, 2005) mais aussi d’exercer une influence sur les pratiques langagières utilisées (André, 2010). L’accès à ce type de données ayant trait aux relations interpersonnelles a été une ressource précieuse dans l’analyse du fonctionnement de notre objet d’étude : les questions.
22À l’instar de Kerbrat-Orecchioni, nous considérons comme question « tout énoncé qui se présente comme ayant pour finalité principale d’obtenir de son destinataire un apport d’information » (Kerbrat-Orecchioni, 2008, p. 86). Cette définition nous permet ainsi d’inclure des questions ne possédant pas nécessairement une structure interrogative et d’exclure de fait des formes interrogatives qui ne cherchent pas cet apport d’information (questions rhétoriques, introductives, conclusives, entre autres). Le recours aux données extralinguistiques recueillies sur le terrain auprès des participants nous a permis d’établir le caractère hybride de certaines questions qui visent ainsi, en plus d’un objectif initial de demande d’information ou de confirmation, par exemple, un second objectif pragmatique (Kerbrat-Orecchioni, 2008). Cet aspect est illustré à la fin de l’extrait 1 que nous avons déjà abordé. À ce moment de l’interaction, il est alors fait état d’un problème lié à la gestion d’un bon de fabrication. Ce dernier a été fourni à L2 alors que seul son supérieur hiérarchique (L1) doit en être destinataire. La personne à l’origine de ce problème (L7) n’a donc pas respecté la ligne hiérarchique usuelle, ayant pour effet de provoquer un ralentissement dans la production. Par ailleurs, cette réunion met en présence trois locuteurs ayant une relation hiérarchique particulière : L3 est le supérieur hiérarchique de L1, lui-même supérieur hiérarchique de L2. À l’aune de ces données, la question produite par L3 (« pourquoi il vient voir L2 et pas toi ») semble actualiser, en plus d’une demande d’explication, une valeur pragmatique de reproche. Nous pourrions ainsi gloser cet énoncé par « L7 n’avait pas à aller voir L2, pourquoi l’as-tu laissé faire ? ». La connaissance des liens hiérarchiques entre les participants de cette réunion permet donc d’éclairer plus amplement l’analyse linguistique des questions et de considérer l’influence du statut et des liens hiérarchiques sur les valeurs pragmatiques actualisées par les questions.
23Dans l’analyse des questions de notre corpus, nous avons aussi pu constater un usage particulier des questions produites successivement et en grand nombre dans un temps réduit, comme le montre l’extrait suivant :
Extrait 3) L1 questionne L6 sur son emploi du temps et ses congés.
L1 : de- demain tu prends ta journée
L6 : oui +
L1 : tu l'as déclaré
L6 : ben oui tu me l'as dit tu m'as proposé
L1 : bah j'ai pas vu la feuille
L6 : elle est dans ta bannette
L1 : c'est sûr +
L6 : bah oui
L1 : non mais c'est vrai ou pas
L6 : non c'est pas vrai mais je vais te la faire
L1 : non mais c'est pour ça que tu as plein de jours tu prends des jours tu les déclares pas oh ***
L6 : tu as décidé tu vas m'énerver
24L1, supérieur hiérarchique de L6, sait pertinemment que ce dernier fournit généralement ses documents de travail (bons de fabrication, demande de congés) de manière tardive, voire qu’il oublie totalement de les fournir. Tandis que L6 avait effectué, plus tôt, une demande orale de congés, il lui fallait déposer une demande de congés auprès du sous-directeur, L1, pour que celle-ci soit actée. Dans cet extrait, L1 cherche à faire avouer à L6 qu’il n’a pas déposé le document et ce, en produisant ce que nous pourrions qualifier de « salve » de questions, soit une suite de plusieurs questions produites les unes à la suite des autres dans un temps restreint. La première question (en gras) vise à confirmer le congé et la seconde, à confirmer que L6 a respecté la procédure. La troisième question, quant à elle, revêt un caractère hybride. Elle exprime à la fois 1) que la demande n’est pas dans la bannette et 2) demande où elle se trouve. Cette question est ainsi produite sous la forme d’une « semi-assertion » ou « semi-question » (Kerbrat-Orecchioni, 2008), soit un type particulier de question qui ne présente aucun marqueur prototypique (discursif, intonatif, syntaxique), seule la connaissance et l’analyse du contexte permettant de déterminer leur nature pragmatique. Ces trois questions agissent de manière détournée, mais échouent à déclencher l’aveu de L6. L1 se résout alors à remettre en cause de manière directe l’assertion initiale de L6 (« elle est dans ta bannette ») en produisant la question alternative « c’est vrai ou pas ». Cette dernière question, en guise d’ultimatum, oblige L6 à rétablir la vérité : « non c’est pas vrai ». Nous observons plusieurs exemples de ce type d’usage stratégique des questions dans notre corpus de travail. Ce dernier semble particulièrement lié au statut de supérieur hiérarchique et permet l’intensification d’une seconde valeur de la question, ici : un reproche.
4 Conclusion
25Les recherches sociolinguistiques dans le cadre du travail sont soumises à de nombreuses contraintes liées à la fois au contexte et à l’objet d’étude visé. Toutefois, si l’implication du chercheur sur son terrain est importante, ce travail de terrain est central pour gagner la confiance des enquêtés et recueillir des données suffisantes pour une analyse à la fois fine et riche des interactions. Ainsi, le développement d’une méthodologie adaptée doit être réfléchi en amont de la recherche, à la fois pour pénétrer dans l’entreprise, tout comme pour recueillir et comprendre les données. Les différentes réflexions présentées dans ce chapitre permettent de souligner l’importance du travail de terrain avant, pendant et après le recueil des données. L’immersion (totale ou intermittente) dans l’entreprise tout comme les contacts réguliers avec elle sont incontournables et servent à la fois la transcription, la compréhension et l’analyse des données. En outre, l’analyse des extraits présentés permet de mettre en avant la centralité des aspects sociolinguistiques des interactions en situation professionnelle. À travers l’étude de trois exemples, nous avons tenté de montrer que la description minutieuse des situations de communication, tout comme la connaissance précise du contexte global de l’entreprise sont des préalables nécessaires à une analyse sociolinguistique des interactions verbales en situation de travail. Dans le cadre de notre recherche, la langue de spécialité est constituée de nombreuses strates de connaissances nécessaires à sa compréhension : usage d’un technolecte spécifique, connaissances partagées par les locuteurs, données relatives aux locuteurs et relations interpersonnelles entretenues. Tout en mettant en jeu un lexique spécifique, la langue de spécialité s’inscrit dans un contexte qui lui est propre et sert des objectifs qui lui appartiennent. L’analyse et la description des interactions en situation de travail, si elles comprennent évidemment une analyse du matériel linguistique en jeu, ne peuvent se soustraire à une connaissance fine du terrain étudié, cette connaissance résultant nécessairement du développement d’une méthodologie de terrain adaptée.
Bibliographie
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Annexe
Conventions de transcription
| C1 L1 je:: /// + po- L1 <… L2 …> […] […] *** {…} | Convention d’anonymisation des noms de chantier Convention d’anonymisation des locuteurs Allongement syllabique Pause longue (3 secondes et plus) Pause courte Amorce de mot Chevauchements de locuteurs Coupure dans la transcription Description d’évènements non verbaux Suite de syllabes incompréhensibles Commentaire du transcripteur |
Notes de bas de page
1 La transcription d’une minute de plurilogue pouvant représenter jusqu’à une heure de transcription dans le cadre de notre étude.
2 Disponible en ligne sur http://trans.sourceforge.net/en/presentation.php [consulté en décembre 2020].
3 La dénomination « 5S » est inspirée d’une méthode japonaise développée au sein des usines Toyota et visant à assurer la propreté, l’organisation et l’optimisation des plans de travail. Les 5S, soit seiri, seiton seiso, seitketsu et shitsuke, signifient débarrasser, ranger, nettoyer, standardiser (les règles) et progresser (en maintenant l’ordre).
4 Celui-ci ne devant pas entraver la bonne réalisation des activités des employés.
5 Une réserve, un bureau et une salle de bain.
Auteur
-
Anouchka Divoux
Analyse et Traitement informatique de la Langue Française (ATILF, CNRS), Université de Lorraine
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