Introduction
p. 5-20
Texte intégral
1Le Roman de Moriaen relate l’histoire du fils d’un chevalier de la Table ronde et d’une Maure. Il part à la recherche de son père qui a abandonné sa mère dès avant sa naissance. Grâce à sa rencontre avec Gauvain et Lancelot, il réussit à retrouver son père et à restaurer les droits de sa mère par le mariage de ses parents. La « belle histoire » de Moriaen présente un intérêt certain pour le médiévisme européen : il s’agit d’un des quatre romans arthuriens en moyen néerlandais, dits épisodiques ou non historiques, considérés comme « originaux », leur modèle français n’étant pas attesté à ce jour.
Résumé de l’œuvre
Prologue (v. 1-29)
2Présentation du héros né de l’union d’Agloval, frère de Perceval, et d’une Maure. Allusion à ses origines controversées.
I. Arrivée d’un chevalier grièvement blessé par Perceval et envoyé par lui à la cour du roi Arthur (v. 30-408)
3Détresse du roi à cause de l’absence de Perceval parti en quête du Graal et de la lance. Engagement de Gauvain et de Lancelot de le ramener à la cour. Départ des deux chevaliers laissant la cour en détresse.
II. De Gauvain et de Lancelot et de Moriaen (v. 409-1212)
4Le neuvième jour de leur quête, Gauvain et Lancelot rencontrent un chevalier noir, vêtu d’une armure noire, Moriaen, à la recherche de son père Agloval, frère de Perceval. Après un bref affrontement, les trois chevaliers cheminent ensemble jusqu’à la limite du royaume d’Arthur, à une croisée de chemins où habite un ermite qui leur indique où mènent les trois chemins inconnus. Les chevaliers décident de prendre chacun une direction différente. Gauvain prend le chemin menant tout droit à un pays où les puissants abusent de leur pouvoir. Lancelot choisit le chemin qui mène vers un pays dévasté par un monstre. Moriaen suit le chemin en direction de la mer, le même que Perceval et Agloval avaient suivi.
III. Comment Gauvain délivra une demoiselle (v. 1213-2343)
5Arrivé près d’une rivière, Gauvain aperçoit une demoiselle faite prisonnière et maltraitée par un chevalier. Il la délivre et tue le ravisseur qui s’avère être le fils de l’hôte qui, par la suite, l’héberge pour la nuit. Gauvain est d’abord enfermé dans la tour du château, puis relâché le lendemain et attaqué traîtreusement par les hommes de son hôte, qui décident de le rouer à la croisée des chemins, à la limite du royaume d’Arthur.
IV. Comment Moriaen délivra messire Gauvain (v. 2355-3344)
6Entre-temps, Moriaen, après son arrivée au passage du bras de mer, a décidé de retourner à l’ermitage. Aucun passeur n’a voulu le prendre dans sa barque, tous étant effrayés par son apparence physique. Il arrive juste à temps à la croisée des chemins pour délivrer Gauvain de ses ennemis. Ensemble, ils retournent alors à l’ermitage où Gaheriet, le frère de Gauvain, arrive le lendemain, porteur d’une mauvaise nouvelle : Arthur a été fait prisonnier par les Saxons et les Irlandais qui ont occupé le pays. La reine est assiégée dans son château, elle estime que seuls Gauvain, Lancelot et Perceval sont capables de mettre un terme à cette catastrophe. Gaheriet les renseigne aussi sur Agloval et Perceval : tous deux se sont retirés à l’ermitage de leur oncle. Les trois chevaliers décident que Gauvain partira à la recherche de Lancelot, et Moriaen et Gaheriet rechercheront Perceval et Agloval.
V. Comment Moriaen trouva son père et son oncle (v. 3345-3970)
7Gaheriet et Moriaen réussissent à traverser le bras de mer. Ils trouvent Perceval et Agloval, blessé, auprès de leur oncle, ermite. Moriaen leur révèle qu’il est le fils d’Agloval. Perceval repart avec Moriaen et Gaheriet pour délivrer le royaume d’Arthur, Agloval restant à l’ermitage jusqu’à la guérison de ses blessures.
VI. Comment Lancelot vainquit le monstre et comment Gauvain le délivra et comment le roi d’Irlande fut fait prisonnier (v. 3971-4554)
8Après avoir quitté ses compagnons, Lancelot a traversé le pays dévasté par un monstre. Il réussit à l’abattre, mais un imposteur profite de l’état de faiblesse de Lancelot, grièvement blessé, et tranche le pied droit du monstre pour l’apporter à la princesse afin d’obtenir ses faveurs. Gauvain arrive juste à temps, il tue le traître monté sur le cheval de Lancelot. Ensemble, ils retournent à l’ermitage, à la croisée des chemins, où Moriaen, Perceval et Gaheriet arrivent peu de temps après. Le lendemain, tous les chevaliers partent pour le royaume d’Arthur afin de le délivrer de ses ennemis. Ils vainquent l’armée du roi d’Irlande et font prisonnier le roi. La guerre se termine par la libération d’Arthur à qui le roi d’Irlande se soumet.
VII. Comment les seigneurs partirent en Moriane et comment furent faites les noces (v. 4555-4705)
9La guerre terminée, Lancelot, Gauvain et Perceval retournent avec Moriaen à l’ermitage pour retrouver Agloval, guéri de ses blessures. Ensuite, ils se rendent ensemble en Moriane où Moriaen marie ses parents. Sa mère recouvre tous ses droits. Après les noces, Gauvain, Lancelot et Perceval retournent à la cour du roi Arthur où Galaad, le fils de Lancelot, est attendu. Le roi et la reine se réjouissent de leur retour et des exploits de Moriaen.
Les débuts de la littérature en langue néerlandaise
10La langue néerlandaise est issue des dialectes des peuplades germaniques qui s’installèrent dès le iiie siècle sur le territoire de la Belgique et des Pays-Bas actuels, lorsque l’Empire romain commença à se disloquer. Ce sont ainsi les Francs, les Saxons et les Frisons qui, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, habitaient les régions basses en bordure de la mer du Nord et qui ont contribué à la formation de la nation néerlandaise. Leurs dialectes respectifs ont concouru au développement de la langue néerlandaise. Cependant, le néerlandais serait essentiellement né du bas francique, c’est-à-dire du dialecte de la peuplade franque qui habitait la région du delta des trois grands fleuves des Pays-Bas et de la Belgique.
11Notons que Pline l’Ancien et Tacite mentionnent la présence des Frisons dans ces régions dès le Ier siècle après J.-C. Selon la plus ancienne source médiévale, vers l’an 800, ils habitaient la région comprise entre l’Escaut et la Weser1.
12De même que pour l’anglais et l’allemand, on distingue généralement trois étapes dans l’histoire de la langue néerlandaise :
le vieux néerlandais, du viiie siècle à la fin du xie siècle ;
le moyen néerlandais, du xiie siècle au xvie siècle ;
le néerlandais moderne, du xvie siècle à nos jours.
Sources du vieux néerlandais ou du vieux bas francique
13Le vieux bas francique n’est guère connu par des textes. On ne possède que quelques fragments d’une copie tardive, datée du xvie siècle, d’une traduction des psaumes, appelés De Wachtendonckse psalmen, d’après le nom du chanoine chez qui le manuscrit fut découvert. Les fragments ont été édités par Maurits Gysseling2.
14Du vieux néerlandais occidental, dialecte westique relevant du « germanique de la mer du Nord », une seule phrase est attestée, datée du xie siècle et découverte en 1931 par un érudit britannique sur un manuscrit en vieil anglais : « Hebben olla vogala nestas hagunnan hinase hic enda thu uuat unbidan uue nu » (Tous les oiseaux ont commencé leurs nids, excepté toi et moi : qu’attendons-nous ?). Depuis, ces deux lignes ont fait couler beaucoup d’encre.
15Les sources les plus sûres pour la connaissance du vieux bas francique occidental sont fournies par les noms propres de personnes et de lieux transmis par des chartes latines à partir du ixe siècle, étudiées notamment par Joseph Mansion et Maurits Gysseling3.
16De la période de l’ancien frison, appartenant au groupe anglosaxon du westique, désigné traditionnellement sous le terme d’inguéonique, on a seulement retrouvé des caractères runiques gravés sur des peignes, des manches de couteaux, des osselets, des monnaies, et comportant des indications très sommaires telles que des noms de divinités et de personnes ou parfois des incantations4.
Le moyen néerlandais 1170-1500
17Le terme de moyen néerlandais est une création des érudits du xixe siècle. Au Moyen Âge, la langue populaire était appelée diets en Flandre ; dans les régions de l’est elle était appelée duutse. En wallon et en vieux français, on l’appelait thiois. Ces noms désignaient tout simplement la langue du peuple, theodisca lingua, par opposition au latin. On distinguait quatre groupes de dialectes :
le flamand, dans les deux provinces actuelles de Flandre occidentale et de Flandre orientale ;
le brabançon, dans les provinces du Brabant de Belgique et des Pays-Bas ;
le limbourgeois, dans le Limbourg ;
le hollandais, dans les provinces de Hollande, d’Utrecht et de Zélande.
Le début des textes littéraires en langue néerlandaise
18Les plus anciens textes littéraires conservés remontent à environ 1170. Heinric Van Veldeke est le premier écrivain dont on connaisse le nom et dont les œuvres aient pu être datées avec assez de précision. Malheureusement, seuls quelques fragments de Sente Servas (Vie de saint Servais) sont attestés en langue néerlandaise5. La plus grande partie de son œuvre s’est transmise en allemand.
19Deux autres œuvres auraient été rédigées à peu près à la même époque et dans la même région, à savoir dans l’actuelle province du Limbourg : il s’agit d’une adaptation du Conte de Floire et Blanchefleur et de l’adaptation limbourgeoise de la chanson de geste française d’Aiol. Les fragments conservés de ces deux adaptations seraient des copies datées de la fin du xiie siècle ou du début du xiiie siècle6. Le berceau de la littérature néerlandaise se situerait ainsi dans le Limbourg et non en Flandre. À ce jour, on n’a pas pu dater avec précision et certitude des textes littéraires comportant des traits flamands avant la seconde moitié du xiiie siècle. Les premières œuvres qu’on ait pu dater assez exactement sont celles de Jacob Van Maerlant, appelé « le père de tous les poètes thiois », qui vécut d’environ 1235 jusque vers 1292-1300. Cependant, des documents administratifs concernant des familles de la noblesse de Flandre comportent dès le début du xiie siècle (1110) des noms propres tels que Walawaynus (Gauvain) et Iwein (Yvain), donc des noms empruntés à la tradition arthurienne, ce qui suggère que ces familles nobles étaient familiarisées avec cette tradition. Malheureusement on ne dispose pas d’informations sur la manière dont celle-ci fut transmise. Les premiers textes administratifs conservés en langue néerlandaise sont de 1236 et des années suivantes.
20Notre connaissance de la langue et de la littérature néerlandaises débute ainsi avec la fin du xiie siècle et le début du xiiie siècle. C’est l’époque de la naissance des villes qui vont jouer un rôle important dans l’histoire de la langue néerlandaise. Jusque-là, le clergé écrivait en latin, mais dans les villes, on commence alors à écrire en langue vernaculaire. Désormais, les lois, les chartes et les statuts des guildes sont rédigés en néerlandais. Cependant, cette langue ne présente pas encore d’unité ; mais malgré la variété des graphies et les particularités dialectales, l’uniformité de structure du moyen néerlandais est indéniable. L’essor économique et l’épanouissement littéraire étant concentrés, du xiiie au xve siècle, d’abord en Flandre, ensuite en Brabant, la langue littéraire et la langue administrative ont un caractère nettement flamando-brabançon.
21Ce n’est qu’au xviie siècle, après la naissance de la République des Provinces-Unies (les Pays-Bas du Nord), l’essor économique et l’établissement de la prédominance politique de la province de Hollande, que le hollandais devient la base de la langue parlée et écrite commune. Les deux termes de « flamand » et de « hollandais », dus à des époques de grandeur, ont toujours une valeur régionale et populaire, mais aujourd’hui le néerlandais a valeur officielle et générale.
22Quant à l’ancien frison, toute la tradition écrite est constituée essentiellement de textes juridiques et de quelques textes historiques et religieux. La première charte conservée date de 1329. Notons toutefois que les allusions à la Frise et aux Frisons sont nombreuses dans la littérature en ancien et moyen français7.
23À la fin du Moyen Âge, au xve siècle, la langue écrite des villes était devenue de plus en plus le moyen bas allemand ou le moyen néerlandais. À partir de 1498, année où la Frise perdit son indépendance, la langue frisonne ne fut plus le véhicule principal de l’administration en Frise. Et à la fin du xvie siècle, le frison en tant que langue juridique a cédé la place au néerlandais. Ce n’est qu’au xxe siècle que le frison recouvre un statut officiel : en 1956, une loi autorise l’emploi du frison dans les tribunaux de Frise et, en 1970, la Frise est reconnue comme une province bilingue et le frison comme deuxième langue des Pays-Bas.
La matière carolingienne dans les anciens Pays-Bas
24La littérature en moyen néerlandais fait partie du patrimoine littéraire d’épopées, de romans et de contes de l’Europe du Moyen Âge et sa tradition manuscrite attestée témoigne que les relations littéraires entre la France et les Pays-Bas étaient nombreuses à cette époque. Plus particulièrement, l’ensemble des textes épiques conservés démontre que ceux-ci étaient essentiellement d’inspiration française.
25En effet, dix-huit des vingt romans carolingiens (Karelromans) répertoriés récemment par Ben Van der Have remontent à une chanson de geste française. Malheureusement la tradition manuscrite de cette littérature épique est « morcelée ». Les récits ne sont attestés que dans des fragments variant de quelques vers lisibles à quelques milliers de vers. À ce jour, six fragments, très défectueux, n’ont pu être identifiés. De plus, aucun manuscrit « original » n’est attesté. L’ensemble des récits est conservé dans des copies postérieures et les datations des premières traductions/adaptations restent par conséquent hypothétiques et souvent controversées. Les manuscrits conservés sont presque tous datés du xive siècle, entre 1350 et 1400, et seraient à localiser, d’après leurs caractéristiques linguistiques, pour une majeure partie en Flandre, dans une moindre mesure en Brabant, très peu de manuscrits étant supposés provenir du Limbourg8.
26Bien que de manière fragmentaire, les différentes « gestes » de la matière épique en ancien français étaient connues dans les Pays-Bas médiévaux :
la « geste » de Charlemagne, avec une adaptation de La Chanson de Roland, de la Chanson des Saisnes, les chansons d’Aspremont, d’Ogier le Danois, de Fierabras, de Lohier et Maller, de Berte aux grans piés et l’Histoire du roi Charles et d’Elegast, de source incertaine et controversée9 ;
la « geste » de Guillaume d’Orange, avec une adaptation de Garin de Monglane, de Girart de Vienne et du Moniage Guillaume ;
la « geste » de Renaut, avec une adaptation de Renaut de Montauban et de Maugis d’Aigremont ;
la « geste » des Lorrains, avec une adaptation de Garin le Loherain, d’Auberi le Bourgoin et une continuation de Gerbert de Mes ;
la petite « geste » de Saint-Gilles, avec deux adaptations différentes d’Aiol ;
la petite « geste » de Blaye, avec une adaptation de Jourdain de Blaye.
27Reste à mentionner une adaptation de Floovant, qui ne rentre pas dans le cadre de ces « gestes ».
28L’hypothèse selon laquelle les différents récits épiques auraient été adaptés dans leur intégralité paraît justifiée. On ne peut que regretter leur disparition partielle et leur morcellement qui s’est produit à partir du xvie siècle10.
La matière arthurienne dans les anciens Pays-Bas
29De même que les récits carolingiens, la matière arthurienne s’est répandue dans les anciens Pays-Bas. Au total, dix-huit textes traitant de la « matière de Bretagne » sont attestés en moyen néerlandais, soit fragmentairement soit dans leur intégralité. Les plus anciens datent du xiiie siècle, la majorité des manuscrits conservés datant du xive siècle11. Évoquons brièvement la tradition de Perceval et celle de Lancelot.
La tradition de Perchevael
30Les fragments recueillis sont au nombre de deux. Le plus ancien, composé de deux feuilles de parchemin doubles, comporte 736 vers correspondant aux vers 5571-5839 et 6166-6491 de l’édition Roach (1959) du Roman de Perceval ou Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Le fragment daterait du dernier quart du xiiie siècle ; il est conservé à la bibliothèque universitaire de Liège (U.B., hs. 1333) et a été édité par Maurits Gysseling12. Le deuxième fragment, composé d’une seule feuille de parchemin, comprend 158 vers correspondant aux vers 1239-1397 de la même édition du Perceval. Le fragment daterait de la première moitié du xive siècle ; il est conservé à la Bibliothèque royale à Bruxelles (K.B., hs II 115-2). Son texte a été édité en 190513. Sur le plan linguistique, les deux textes présentent des caractéristiques flamandes.
31Une version partielle et abrégée de l’adaptation en moyen néerlandais du Perceval de Chrétien de Troyes fait partie du Perchevael, un des sept romans insérés dans la Lancelotcompilatie, que nous évoquons plus en détail ci-après. Il s’agit d’un texte composite anonyme qui comporte également certains épisodes de la première Continuation de Perceval14.
32Mentionnons aussi deux fragments en moyen bas allemand, respectivement de 68 et 192 vers, datés du xive siècle. Il s’agit de deux adaptations présumées du Perchevael en moyen néerlandais15.
La tradition de Lanceloet
33La tradition de Lancelot, répandue dans une grande partie des pays de l’Europe occidentale, est également bien représentée dans les Pays-Bas médiévaux. En témoignent les trois adaptations du Lancelot en prose, réalisées indépendamment les unes des autres.
34La plus connue est une adaptation en vers de la trilogie Lancelot du Lac - Queste del Saint Graal - Mort le Roi Artu, connue sous l’appellation Lancelotcompilatie et évoquée plus loin.
35La deuxième traduction, le Lantsloot vander Haghedochte (Lancelot de la Caverne), considérée comme la plus ancienne (1240), est attestée par 35 fragments comportant au total 6 073 vers, appartenant à un seul et même manuscrit, daté de 1350. Les fragments sont conservés dans diverses bibliothèques en Allemagne et, aux Pays-Bas, à la bibliothèque universitaire de Leyde (U.B., hs. Ltk 1752). Il s’agit d’une adaptation en vers du Lancelot du Lac. Une étude comparée approfondie a été réalisée par Frits P. Van Oostrom. Une édition intégrale des fragments a paru en 198716.
36Sont également attestés deux fragments de 396 vers chacun, datés de 1320 environ, appartenant à la rédaction en vers du Lancelot en moyen néerlandais.
37La troisième traduction du Lancelot est un texte en prose dont il ne reste que deux fragments de 328 lignes, datés entre 1300 et 1350. Ils sont conservés à la bibliothèque municipale de Rotterdam (Gemeente bibliotheek, hs. 96 A)17.
Les romans arthuriens dits épisodiques ou non historiques
38La tradition de Perchevael et celle de Lanceloet ne sont pas les seuls témoins de l’intérêt que les anciens Pays-Bas portaient à la « matière de Bretagne ». Huit autres récits arthuriens sont attestés : Ferguut (Fergus), Lanceloet en het hert met de witte voet (Lancelot et le cerf au pied blanc), Moriaen, Die Riddere metter mouwen (Le Chevalier à la manche), Torec (*Torrez), Walewein (Gauvain), Walewein ende Keye (Gauvain et Keu) et De Wrake van Ragisel (La Vengeance Raguidel). Six de ces récits sont insérés dans la vaste compilation du Lancelot néerlandais. Seuls Ferguut et Walewein n’y figurent pas. Quatre de ces romans, Moriaen, Die Riddere metter mouwen, Walewein et Walewein ende Keye sont présumés « originaux », leur modèle français n’étant pas attesté.
39À propos de ces romans arthuriens, on peut faire la même remarque que pour la tradition de Perchevael et de Lanceloet : ils semblent avoir été réalisés initialement, en majeure partie, également en Flandre. Jozef D. Janssens est d’avis que la première adaptation du Lancelot en prose, le Lantsloot vander Haghedochte, a joué un rôle clé dans l’adaptation d’autres romans français ou dans la création de romans « originaux ». Les auteurs de ces romans non historiques devaient être familiarisés avec le cycle du Lancelot en prose où ils ont puisé maints motifs et situations en créant leur œuvre « originale ». Et cela, pendant toute la seconde moitié du xiiie siècle18. Notons, concernant le Roman de Walewein de Penninc et Pieter Vostaert, que des liens évidents ont été établis non seulement avec le cycle du Lancelot-Graal, mais aussi avec la Continuation de Perceval de Gerbert de Montreuil19.
40Le lien entre les récits arthuriens en moyen néerlandais et la « matière de Bretagne » en ancien français est ainsi manifestement étroit. Notons toutefois que cette littérature se situe à une époque assez tardive par rapport à ses sources françaises, mais également comparée à certaines adaptations de romans courtois en langue allemande20. De plus, l’intérêt d’un public néerlandophone pour la littérature arthurienne paraît limité dans le temps : à la fin du xive siècle, c’en est fini de cet intérêt, la période d’essor se situant entre 1260 et 1400. Un seul roman en prose est attesté au xvie siècle, Die Historie van den wonderlicke Merlijn, alors que certains romans carolingiens restent populaires jusqu’à la fin du xixe siècle, en témoignent les réimpressions des romans en prose.
41Bien que la détermination du pays d’origine de ces récits reste quelque peu problématique, certains faits historiques incontestés permettent d’affirmer la « familiarité » du roman arthurien dans la Flandre des xiie et xiiie siècles. En effet, sur le plan politique, le comté de Flandre faisait partie du royaume de France et la langue véhiculaire à la cour comtale était le français. S’y ajoute le fait que Chrétien de Troyes a rédigé sa dernière œuvre à la cour de Flandre, sous le règne de Philippe d’Alsace. Par la suite, la première Continuation de Perceval y fut également réalisée, de même que la deuxième à laquelle Manessier ajouta une dizaine de milliers de vers, autour de 1233-1237. Œuvre qu’il dédia à Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre de 1204 à 1244. Il n’est ainsi pas exclu que l’ensemble de la tradition de Perceval, du Conte du Graal et des Continuations ait été adapté en Flandre. Malheureusement, de cette tradition, peu de fragments nous sont parvenus.
Sources, intertextualité et originalité du Moriaen
42En guise d’introduction aux sources de notre texte, on pourrait dire ceci : au commencement il y avait Le Roman de Perceval ou le Conte du Graal (1181-1185), composé pour le comte de Flandre, Philippe d’Alsace. C’est la seule œuvre de Chrétien de Troyes à avoir été adaptée en moyen néerlandais. À ce jour, aucune autre œuvre de l’auteur français n’est attestée dans cette langue. Cette adaptation néerlandaise du Conte du Graal, datée actuellement vers 1230, est conservée fragmentairement dans plusieurs manuscrits datés des xiiie et xive siècles21. Après le roman de Chrétien, il y eut le Lancelot en prose - La Queste del Saint Graal - La Mort le roi Artu (1215-1225) et, une décennie après, vers 1235, la Suite-Vulgate du Merlin et le Livre d’Artus. Dans l’intervalle, entre ces œuvres françaises en vers et en prose, Wolfram von Eschenbach rédigea son Parzifal, au début du xiiie siècle. Telles sont les quelques sources présumées d’origine « étrangère ». Par la suite, à partir du milieu du xiiie siècle, furent réalisés, probablement dans le comté de Flandre, quelques romans arthuriens en moyen néerlandais, considérés comme « originaux », dont le Roman de Walewein et le Vlaamse Moriaen, datés respectivement vers 1250 et 1260. Enfin, une première adaptation, actuellement perdue, de la trilogie du Lancelot en prose aurait été rédigée autour de 1280.
43La source première et essentielle, le Vlaamse Moriaen, faisant défaut, attardons-nous un instant sur le prologue de notre roman. L’auteur y soulève la controverse ou peut-être l’existence de deux traditions différentes concernant la paternité de Moriaen (v. 4-17). Ces vers font allusion à certains livres, « som die boke », l’attribuant à Perceval, d’autres livres, « some boke », prétendant qu’Agloval, son frère, était le père du héros de notre roman. L’auteur affirme que Moriaen est bel et bien le fils d’Agloval car Perceval mourut chastement après avoir trouvé le Graal en compagnie de Galaad. De ces propos de l’auteur, la plupart des médiévistes ont conclu que dans le récit « originel », Perceval était le père du héros. Le même consensus existe concernant Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes en tant que source directe ou indirecte du roman. En effet, le récit comporte de nombreuses réminiscences du célèbre roman de Chrétien. Notons, dès le début, l’arrivée du chevalier inconnu, grièvement blessé, à la cour du roi Arthur (v. 40-223), la remarque du roi sur la quête de Perceval (v. 226-238), l’offre de Keu de partir à sa recherche (v. 248-257), la réaction du roi et sa réflexion sur l’humiliation subie par Keu (v. 261-277). Et plus loin, le récit de Gaheriet sur la pénitence de Perceval (v. 3057-3082), le rappel de sa grande tristesse par le passeur (v. 3492-3494)22. Pour ces passages, l’auteur a pu s’inspirer de l’adaptation, fidèle, en moyen néerlandais. Un des fragments conservés comporte le passage évoquant l’envoi de chevaliers à la cour du roi Arthur par Perceval, et celui de son arrivée, sa repentance et son bref séjour chez son oncle ermite23. L’engagement à la quête de Perceval par Gauvain et Lancelot renvoie aussi au Lancelot en prose. Il s’agit des vers 384-386 explicitant la motivation de Lancelot24.
44Le Roman de Walewein, considéré également comme un roman « original » en moyen néerlandais, fut aussi une source d’inspiration de l’auteur. L’épisode Walewein (v. 1213-2340), comportant le motif de la demoiselle maltraitée et celui de l’hospitalité violée, repose en grande partie sur deux passages différents du Walewein. Bien que le développement de ces motifs diverge, certains vers du Moriaen correspondent littéralement à ceux du Walewein et suggèrent ainsi un lien direct entre les deux romans. Notons que le motif de l’hospitalité, non violée, figure dans le Perceval et le Perchevael de la Compilation en moyen néerlandais25. À propos du bref épisode Lancelot (v. 3971-4136), nous notons qu’il comporte une variante, quelque peu amputée, du motif du tueur de dragon, qui figure dans d’autres récits arthuriens. L’auteur/compilateur l’a développé de manière plus circonstanciée dans le récit de Lancelot en het hert met de witte voet, inséré entre la Queeste et Arturs doet26. Enfin, l’enlèvement du roi Arthur, suivi de sa séquestration par les Saxons et l’invasion des Irlandais (v. 2851-3033 et 4152-4533), n’a pas non plus été inventé par l’auteur. Cet épisode figure aussi bien dans le Lancelot en prose que dans la Suite-Vulgate du Merlin27. Cependant son développement dans le Moriaen s’écarte sensiblement de celui des récits en prose. Ces deux textes éclairent aussi les paroles d’Agloval lors de la première rencontre avec son fils à l’ermitage de l’oncle des deux frères (v. 3583-3589)28.
45Pour terminer le tour d’horizon des sources présumées de l’auteur, venons-en à la quête du héros qui comporte le motif universel de la recherche du père, développé dans d’autres récits arthuriens. Le trait particulier du motif, la quête d’un chevalier noir, que partagent le Moriaen et le Parzifal de Wolfram von Eschenbach, est à l’origine de plusieurs hypothèses controversées : il s’agirait d’un lieu commun. Ou bien les deux auteurs se seraient inspirés d’une source commune, actuellement perdue, ou bien le Parzifal serait une source directe du Moriaen ou vice versa. S’appuyant sur le motif de l’union d’une reine noire (Sebile) avec un chevalier de la cour d’Arthur (Sagremor), mais aussi sur celui de la séparation de trois chevaliers à une croisée des chemins (v. 1211) et sur celui d’une victoire héroïque d’Agloval sur une armée ayant ravagé le pays de sa mère, D.A. Wells a suggéré un lien direct entre le Livre d’Artus et le Moriaen29.
46Nombreuses sont ainsi les réminiscences des romans arthuriens en vers et en prose. Abstraction faite de l’absence de l’amour courtois, il s’agit d’un roman arthurien classique. Les chevaliers d’élite de la cour du roi Arthur, Gauvain, Lancelot et Perceval, sont présents du début à la fin du récit. Les deux premiers partent à la recherche du troisième, laissant ainsi le roi et la reine sans défense. Après l’enlèvement du roi par les Saxons et l’invasion des Irlandais, ces mêmes chevaliers font libérer le roi et restaurent la paix dans le royaume grâce au soutien efficace du héros éponyme, Moriaen. Les quêtes et aventures racontées, les motifs évoqués sont caractéristiques de la « matière de Bretagne » : la recherche du père, l’enlèvement d’une demoiselle, le secours apporté à une jeune femme en danger, l’accueil dans un château, la violation de l’hospitalité, le tueur du dragon, la terre dévastée, l’arrivée d’un chevalier vaincu à la cour, le chevalier dépossédé de ses biens, l’amitié fidèle entre chevaliers, les règles et devoirs de la chevalerie, la renommée et la courtoisie des chevaliers, la séparation des chevaliers et leurs retrouvailles, l’accueil dans un ermitage, l’ermite-informateur-conseiller, le songe prémonitoire…
47La technique narrative de l’auteur rappelle celle du roman arthurien en vers avec ses interventions d’auteur mais également celle du roman en prose avec ses annonces et clôtures d’épisodes. À chaque nouvel épisode, l’auteur/compilateur se réfère à une source en termes identiques ; à la fin, il utilise la technique d’entrelacement selon la terminologie caractéristique du roman en prose ; à l’intérieur des épisodes, l’auteur intervient lui-même, comme c’est le cas dans les romans en vers.
48Si pour la composition de son roman l’auteur/compilateur a puisé sa « matière » et sa technique narrative dans les récits arthuriens en vers et en prose, son œuvre ne constitue aucunement une imitation servile. À travers la réécriture des quêtes et aventures qu’il a insérées dans la Compilation entre le Perchevael et la Queeste van den Grale, l’auteur a créé une œuvre « intertextuelle », nouvelle et originale, par la quête existentielle et juste de Moriaen « conjointe » à celles de Gauvain et de Lancelot : trouver son père et réparer l’injustice subie par sa mère, qui avait plus souffert à cause de la honteuse bâtardise de son fils que d’être dépouillée de ses biens. Par la « conjointure » de leurs quêtes et aventures, l’auteur en propose un sen nouveau : une quête terrestre réparatrice des torts et injustices d’ici bas, une alternative à celle spirituelle et céleste.
49Par la même occasion, il a invité ses auditeurs d’antan et invite les lecteurs d’aujourd’hui du « scone bediet van Moriane » à accompagner ce jeune chevalier courageux – il est vrai quelque peu impétueux au départ, mais rapidement prêt à suivre les conseils de bonne conduite et de courtoisie du « père des aventures » – dans sa quête déterminée et généreuse, toujours d’actualité. Nous souhaitons que la présente traduction ouvre aux médiévistes de nouvelles opportunités d’investigation dans la perspective enrichissante d’un Moyen Âge littéraire européen.
Notes de bas de page
1 B. Finet Van der Schaaf : « Problèmes du bilinguisme en Frise », dans Études germaniques, no 4, 1982, p. 393-410 ; « L’identité frisonne et l’image de la Frise et des Frisons du haut Moyen Âge au xxie siècle », dans Les Identités néerlandaises. De l’intégration à la désintégration ?, T. Beaufils et P. Duval (dir.), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2006, p. 13-31.
2 M. Gysseling, Corpus van Middelnederlandse teksten (Tot en met het jaar 1300), série II, Literaire Handschriften, vol. I, Fragmenten, La Haye, Nijhoff, 1980, p. 43-111.
3 J. Mansion, Oud Gentsche naamkunde, Gand, 1924. M. Gysseling : « Op verkenning doorheen het Oudnederlandsch », dans Mededelingen van de Vereniging voor naamkunde, no 37, 1961 ; Corpus van Middelnederlandse teksten, op. cit., p. 19-42.
4 M. Gysseling, Corpus van Middelnederlandse teksten, op. cit., p. 5-18. Voir aussi B. Finet Van der Schaaf, art. cité, p. 398.
5 M. Gysseling, ibid., p. 287-298.
6 M. Gysseling, ibid., p. 299-310 et 311-333. B. Finet Van der Schaaf : Étude comparée d’Aiol chanson de geste du xiie siècle et des fragments d’Aiol en moyen néerlandais, 2 vol., thèse de IIIe cycle, université de Paris-Sorbonne, 1987 ; « L’Aiol limbourgeois. Un témoin ancien de la littérature épique en moyen néerlandais », dans Études germaniques, avril-juin 1989, p. 166-188.
7 B. Finet Van der Schaaf, « L’image de la Frise et des Frisons dans la littérature en ancien et en moyen français et dans quelques chroniques en moyen néerlandais », dans Aspect de l’épopée romane. Mentalité, idéologies, intertextualité, H. Van Dijk et W. Noomen (dir.), Groningue, Egbert Forsten, 1995, p. 441-450.
8 B. Van der Have, « De Middelnederlandse Karelepiek : de fragmenten en het geheel », dans Karolus Rex. Studies over de middeleeuwse verhaaltraditie rond Karel de Grote, B. Besamusca et J. Tigelaar (dir.), Hilversum, Verloren, « Middeleeuwse Studies en Bronnen », no 83, 2005, p. 77-104. B. Besamusca, Repertorium van de Middelnederlandse Karelepiek. Een beknopte beschrijving van de handschriftelijke en gedrukte overlevering, Utrecht, HES, 1983.
9 Die Historie van Coninck Karel ende van Elegast. L’histoire du roi Charles et d’Elegast, texte établi, traduit et introduit par H. Van Dijk et B. Finet Van der Schaaf, Groningue, Egbert Forsten, 1994, « Introduction », p. 1-2.
10 W. P. Gerritsen, « Les relations littéraires entre la France et les Pays-Bas au Moyen Âge », dans Moyen Âge et Littérature comparée, actes du septième congrès national de la Société française de littérature comparée (Poitiers, 1965), Paris, Didier, 1967, p. 28-46.
11 B. Besamusca, Repertorium van de Middelnederlandse Arturepiek. Een beknopte beschrijving van de handschriftelijke en gedrukte overlevering, Utrecht, HES, 1985. H. Kienhorst, De handschriften van de Middelnederlandse Ridderepiek, Deventer, Sub Rosa, « Deventer Studiën », no 9, 1988.
12 M. Gysseling, ibid., p. 501-519.
13 N. de Pauw, Middelnederlandse Gedichten en fragmenten, 2 vol., Gand, 1903, vol. I, Wereldlijke gedichten, p. 87-97.
14 M. Joye, « De Middelnederlandse Graalromans : overzicht en enkele vasststellingen », dans Arturistiek in artikelen. Een bundel fotomechanische herdrukte studies over Middelnederlandse Arturromans, F. P. Van Oostrom, Utrecht, HES, 1978, p. 209-222.
15 B. Besamusca, ibid., p. 53-55.
16 B. Besamusca, ibid., p. 32-36. H. Kienhorst, ibid., p. 94-101. F. P. Van Oostrom, Lantsloot vander Haghedochte. Onderzoekingen over een middelnederlandse bewerking van de Lancelot en prose, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 1981. W. P. Gerritsen, Lantsloot vander Haghedochte. Fragmenten van een middelnederlandse bewerking van de Lancelot en prose, avec la collaboration de A. Berteloot, F. P. Van Oostrom et P. G. J. Sterkenburg, Hilversum, Uitgeverij Verloren, « Middelnederlandse Lancelotromans », no 2, 1987.
17 L’édition la plus récente est de 1987 : O. S. H. Lie, The middle Dutch Prose Lancelot. A study of the Rotterdam fragments and their place in the French, German and Dutch Lancelot en prose tradition. With an edition of the text, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 1987.
18 J. D. Janssens : « De middelnederlandse Arturroman », dans Arturus Rex. Acta conventus Lovaniensis 1987, W. Van Hoecke, G. Tournoy et W. Verbeke (dir.), Louvain, Leuven University Press, 1991, vol. I, p. 263-302 et en particulier p. 267 ; « Le roman arthurien non historique en moyen néerlandais : traduction ou création originale ? », dans Arturus Rex, op. cit., vol. II, p. 331-351. E. Van den Berg, « Genre en Gewest », dans Tijdschrift voor Nederlandse Taal- en Letterkunde (TNTL), no 103, 1987, p. 15.
19 B. Besamusca, Walewein, Moriaen en de Riddere metter mouwen. Intertekstualitaiet in drie Middelnederlandse Arturromans, Hilversum, Uitgeverij Verloren, 1993, p. 21-40 et 43-83.
20 J. Bumke, Die romanische deutschen Literaturbeziehungen im Mittelalter, Heidelberg, 1969, p. 12-13 et 28-36.
21 F. P. Van Oostrom, « De lage landen en het hooggebergte. Middelnederlandse ridderromans in Europese context », dans Literatuur, 2000/1, p. 3-11 ; Perchevael – 1230, p. 9. B. Besamusca, Repertorium van de Middelnederlandse Arturepiek, op. cit., p. 50-55. H. Kienhorst, ibid., p. 164-168.
22 Chrétien de Troyes, Le Roman de Perceval ou le Conte du Graal, publié d’après le manuscrit no 12576 de la Bibliothèque nationale de France par W. Roach, Genève et Paris, Droz, « Textes littéraires français (TLF) », no 71, 1959 (2e éd. revue), v. 3691-4081, 6233-6235, 4289-4317 et 6217-6513.
23 Perchevael, dans Corpus van Middelnederlandse teksten, M. Gysseling, op. cit., vol. I, p. 513-519.
24 A. Micha, Lancelot. Roman du xiiie siècle, 9 vol. Paris et Genève, Droz, « Textes littéraires français (TLF) », 1978-1983, vol. VI, cvi, 26 et cviii, 10.
25 J. Te Winkel, Roman van Moriaen, Opnieuw naar het handschrift uitgegeven en van een inleiding en een woordenlijst voorzien, Groningue, J. B. Wolters, « Middelnederlandse letterkunde », no 20, 1878, « Inleiding, v, De Waleweinepisode in den Moriaen », p. 35-44. B. Besamusca, Walewein, Moriaen en de Riddere metter mouwen, op. cit., 1993, p. 100-110. Chrétien de Troyes, ibid., v. 5713-6213. W. J. A. Jonckbloet, Roman van Lancelot (XIIIe eeuw), naar het (eenig bekende) handschrift der Koninklijke Bibliotheek, 2 vol., La Haye, 1846-1849, vol. I, v. 38255-38675.
26 J. Te Winkel, ibid., « Inleiding, vi, De Lancelotepisode in den Moriaen », p. 44-53. Le Lai de Tyolet, La Demoiselle à la Mule ou la Mule sans frein, Diu Krône de Heinrich von dem Türlein, le Tristan. « Lancelot en het hert met de witte voet », dans W. J. A. Jonckbloet, ibid., v. 22271-23126. Voir aussi un épisode du Roman de Walewein ende Keye, « Hoe Walewein den lintworm doet sloech » [Comment Gauvain tua le dragon], dans W. J. A. Jonckbloet, ibid., vol. II, v. 19370-19688.
27 A. Micha, ibid., vol. VIII, lxvi, a 2 - lxxi, a 40. Suite-Vulgate du Merlin, édition de H. O. Sommer, 7 vol., New York, 1916, vol. III, p. 394-430. W. P. Gerritsen, Lantsloot vander Haghedochte, op. cit, v. 1515-2022.
28 A. Micha, ibid., vol. VI, cvi, 9-25. Suite-Vulgate du Merlin, op. cit, vol. V, p. 383-386.
29 A. Van der Lee, Zum literarischen Motiv der Vatersuche, Amsterdam, Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen (KNAW), « Letteren », vol. 63, no 3, 1957, notamment p. 140-145. L’auteur développe le même motif dans le Riddere metter mouwen, W. J. A. Jonckbloet, ibid., vol. II, v. 14581-18602. H. Paardenkooper Van Buuren, « Betrekkingen tussen de Middelnederlandse Moriaen en de Parzifal van Wolfram von Eschenbach », dans De nieuwe taalgids, no 62, 1969, p. 345-367. D. A. Wells, « Source and tradition in the Moriaen », dans Arturistiek in artikelen, F. P. Van Oostrom, op. cit., p. 237-258. Du même auteur, « The Middle Dutch Moriaen, Wolfram von Eschenbach’s Parzifal and Medieval Tradition », dans Studia Neerlandica, no 2, 1971, p. 243-281. L’auteur réfute l’hypothèse de Paardenkooper selon laquelle le Moriaen « originel » serait une source directe du Parzifal. Il se réfère à l’édition de H. O. Sommer de la Suite-Vulgate du Merlin, op. cit., vol. VII, p. 280 (28) - 289 (21), p. 311 (31) - 312 (17), p. 164 (30) -165 (14), p. 165 (45) - 172 (7) et p. 236 (5) - 244 (36).
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