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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Valence verbale et classement valenciel des verbes 2. Types de verbes en lsf 3. Autour du noyau verbal Notes de bas de page

    Grammaire descriptive de la langue des signes française

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre XI

    Autour du verbe

    p. 339-367

    Texte intégral 1. Valence verbale et classement valenciel des verbes 1.1. Valence verbale : définition 1.2. Classement valenciel des verbes 1.2.1. Verbes monovalents (intransitifs) 1.2.2. Verbes bivalents 1.2.3. Verbes trivalents 1.2.4. Valence libre et structure inachevée 2. Types de verbes en lsf 2.1. Critères de classement 2.1.1. Quelques jalons de la recherche : « accord » ou « intégration iconique » ? 2.1.2. La question des « verbes directionnels » 2.1.3. La question des « verbes inversés » 2.2. Morpho-syntaxe des verbes en lsf 2.2.1. Verbes à trajectoire vs verbes simples 2.2.2. Verbes ancrés sur le corps vs verbes à emplacement neutre 2.2.3. Typologie morpho-syntaxique des verbes en lsf 2.2.4. Verbes de préhension et « infixes pronominaux » 3. Autour du noyau verbal 3.1. Adverbes et fonction adverbiale 3.1.1. Adverbes et fonction adverbiale : définitions 3.1.2. Adverbes : sémantique et propriétés syntaxiques La manière L’intensité et la quantification 3.1.3. Les adverbes : des termes polyvalents ? 3.1.4. Les bases adjectivo-adverbiales 3.1.5. Fonction adverbiale : aspects simultanés dans l’expansion du noyau verbal Mimique Mouvements Mimique et mouvements : formes de « gérondif » 3.1.6. Expansions adverbiales du noyau verbal : synthèse 3.2. Temps, aspect, modalité, voix 3.2.1. Temps et aspect : discussions et définitions 3.2.2. Temps et balises temporelles 3.2.3. Valeurs aspectuelles Aspect lié au déroulement du procès : auxiliaires aspectuo-temporels Aspect intrinsèque : types de procès et incompatibilités « quantitatives » Perfectifs/imperfectifs ; accompli/inaccompli – quelle utilisation de [fini] ? Aspect lié à l’appréciation de la durée : duratif/itératif 3.2.4. Modalité, voix Expression des modalités en l’absence de mode Et la voix ? Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Nous avons déjà abordé la notion de verbe (VII-3.1.1) et (VIII-1). Si dans le chapitre précédent, avec la notion de type de phrases, nous nous sommes située du côté énonciatif, nous abordons, dans ce chapitre et le suivant, des aspects plus strictement syntaxiques en termes de typologie verbale et de structuration phrastique.

    2Il est important de retenir le fait que nous considérons le verbe comme l’élément nodal central de la phrase (synth. graph. 31), c’est pourquoi, parmi tant d’autres classements, nous avons privilégié le classement morpho-syntaxique, même si l’on ne peut nier que, pour une grande partie des verbes, spécialement les verbes à trajectoire et les verbes impliquant une préhension, les implications sémantiques sont nombreuses. Nous ne les négligerons pas, mais nous ne saurions ici rendre compte de tous les liens entre « verbe et sémantique1 ». En d’autres termes, nous classons les verbes à partir de leur valence et en fonction des types de structures qu’ils sont susceptibles de générer. Nous n’avons pas la prétention de répondre à toutes les questions qui se posent, nous cherchons seulement à donner une description morpho-syntaxique parmi d’autres possibles.

    1. Valence verbale et classement valenciel des verbes

    1.1. Valence verbale : définition

    3Nous avons défini le verbe comme porteur de la fonction prédicative, c’est-à-dire comme impliquant les constituants nominaux pouvant se combiner avec lui (VII-2.2). Le nombre déterminé d’arguments – ou actants – du verbe constitue ce que l’on nomme valence verbale.

    4La valence verbale s’ancre dans le niveau sémantique et génère, au niveau syntaxique, des types de verbes et donc des schémas de phrases verbales. On sait que si la valence d’un grand nombre de verbes se détermine aisément, dans d’autres cas, le sens du verbe peut suggérer l’introduction d’un actant supplémentaire. Creissels, par exemple, nous dit avec raison que le verbe /couper/ « […] suggère aussi l’intervention possible d’un instrument2. » Cette remarque s’avère particulièrement pertinente pour la lsf, puisqu’il existe pour /couper/ des verbes différents, la forme de main variant selon l’instrument envisagé [couper-avec des ciseaux] [couper-avec un couteau] [couper-avec un sécateur], etc. La lsf semble donc bien, dans ce cas comme dans bien d’autres, considérer l’instrument comme un argument du verbe et non comme un circonstant. Rappelons que nous appelons « circonstant », suivant en cela Tesnière, tous les constituants nominaux ne dépendant pas du verbe. Dans l’exemple (237), le verbe [apercevoir] distribue deux actants, l’agent et l’objet, le constituant [lundi-dernier] étant clairement un circonstant.

    (237) [lundi-dernier] [pté1] [prC-apercevoir] [avion] [prM-avion – tomber] – Lundi dernier, moi, j’ai aperçu un avion qui s’écrasait.

    5Cependant, parfois, la distinction entre actant et circonstant s’avère délicate en particulier pour des constituants en rôle sémantique de bénéficiaire ou d’instrument comme on vient de le voir3. On ne saurait ici trancher ce débat, mais on dira que tous les constituants intégrés dans la forme verbale, spécialement par l’utilisation de proformes manuelles, sont pensés en lsf comme actants du verbe. À cette spécificité près, la valence verbale étant ancrée sémantiquement, on n’observe pas trop de distorsion entre le français et la lsf sur la valence verbale.

    1.2. Classement valenciel des verbes

    1.2.1. Verbes monovalents (intransitifs)

    6Les verbes monovalents n’impliquent qu’un seul actant4, en général l’agent ou un argument envisagé comme agent. On citera pour exemples de ce type de verbes : [dormir], [marcher], [courir], [pleurer].

    7Ces verbes monovalents sont ceux que la grammaire traditionnelle nomme « verbes intransitifs ».

    8On notera que si, en français, le verbe [briller] est monovalent, en lsf, il est plutôt pensé comme bivalent. Il se rapproche formellement et sémantiquement du verbe [éclairer] et Guitteny5 en donne une forme passive possible dans les exemples (238a) et (238b).

    (238a) [soleil-briller] [terre] [prC-soleil ; prM-soleil ; prM-terre – briller-dessus] – Le soleil brille sur la terre.

     

      mmq « épuisée »loc1          loc1
    (238b)[terre][soleil] [prC-terre][prM-terre][prM-soleil – briller ; prM-terre-loc1]
     – La terre reçoit les rayons du soleil. (Littéralement : *La terre est brillée par le soleil.)

    9Des recherches plus approfondies pourraient mettre en évidence d’autres exemples de ce type.

    1.2.2. Verbes bivalents

    10Les verbes autres que les verbes monovalents sont dits, dans la grammaire traditionnelle, verbes transitifs. On adopte ici une acception traditionnelle de la transitivité6, à savoir qu’une construction est transitive si le verbe admet un ou plusieurs compléments. On distingue alors, pour la description du français par exemple, entre « transitivité directe » quand le complément est relié au verbe sans préposition et « transitivité indirecte » quand le constituant nominal est introduit par une préposition.

    11Cette opposition entre transitivité directe et indirecte n’est pas très pertinente en lsf, aussi nous ne la retiendrons pas et nous nous appuierons uniquement sur la valence verbale pour définir les constructions syntaxiques qui découlent de cette valence.

    12Les actants distribués par la valence verbale sont affectés à des rôles sémantiques, déjà définis (V-2), dont les principaux sont ceux d’agent, de patient, de bénéficiaire, d’objet et de locatif d’instrument et de siège. Rappelons ici que l’instrument est « l’objet grâce auquel l’agent effectue une action7 », comme dans « Marie mange avec une fourchette » et que le siège est une entité où se manifeste un état physique ou psychique : « Les vitres tremblent », « Le tonneau fuit » « Jean s’évanouit8 » – les verbes de ces trois derniers exemples étant par ailleurs monovalents.

    13Les verbes bivalents sont les verbes régissant deux actants. Ces actants peuvent être animés ou inanimés, les rôles sémantiques distribués, outre l’agent, peuvent être patient, objet ou locatif. Ainsi, en lsf, des verbes comme [regarder], [aller], [peindre], [gronder] sont bivalents. Au plan sémantique, on peut les spécifier de la façon suivante : agent[regarder]patient ou objet ; agent[aller]locatif ; agent[peindre]objet ; agent[gronder]patient.

    14Le verbe /manger/ peut être senti comme essentiellement bivalent – soit, quelqu’un (agent) /mange/ quelque chose (objet). Cependant, en lsf, si le verbe [manger] permet dans une construction à deux arguments d’intégrer dans une proforme manuelle l’objet, il permet aussi d’intégrer l’instrument (la forme de main tenant l’objet : les fourchettes, les baguettes, etc.). Aussi, nous le classerons plutôt dans les verbes trivalents.

    1.2.3. Verbes trivalents

    15Les verbes trivalents sont ceux qui mettent en jeu trois actants. Ils sont, en général, comme le note Tesnière, des verbes de « dire » et de « don », étant entendu que ces catégories comportent également les verbes qui « expriment leur contraire9 ». Ainsi, les verbes /prendre/ ou /voler/ sont dits de « don ». Il n’est pas sûr que ces deux catégories sémantiques épuisent tous les verbes trivalents, mais elles en contiennent effectivement.

    16En lsf, l’une des structures sémantiques les plus fréquentes dans ces verbes trivalents est celle qui met en relation un agent, un objet et un bénéficiaire, tels les verbes [donner] ou [prêter], dont nous avons déjà parlé (synth. graph. 31). C’est ce qui explique qu’en lsf, les verbes trivalents sont des verbes dits « directionnels », c’est-à-dire des verbes à trajectoire. La trajectoire n’est pas un simple mouvement, c’est un mouvement dont le point de départ et le point d’arrivée ont un sens. Dans cette mesure on peut dire qu’ils sont la « matrice iconique » des verbes bi- ou trivalents impliquant deux animés10 puisqu’on observe que, en général, le schéma actanciel des verbes trivalents implique deux animés et un inanimé11.

    17On considérera également comme trivalents certains verbes, ayant généralement un lien avec l’idée de préhension, qui permettent d’intégrer dans les structures phrastiques, sous la forme de proformes manuelles, un instrument, comme c’est le cas de [manger] ou [couper] évoqués plus haut.

    1.2.4. Valence libre et structure inachevée

    18Au plan structurel, la valence d’un verbe est stable, mais au plan énonciatif (ou discursif), on peut évidemment choisir de ne pas nommer tel ou tel actant. On parle alors de valence libre, l’énoncé étant considéré comme une structure phrastique inachevée. Ainsi, dans l’exemple (239), le bénéficiaire du procès /apporter/ n’est pas mentionné et on considère que la valence est libre. En effet, le bénéficiaire n’est pas évoqué dans l’énoncé et le point d’arrivée du verbe reste vague, ce que nous notons par un point d’interrogation derrière le crochet.

           loc1 
    (239)[bibliothèque][…] [pté1] loc1[prM-stf-beaucoup – apporter] ? [impossible]
     – Je ne peux pas en apporter beaucoup [des livres].

    19Les verbes à trajectoire ayant nécessairement, du point de vue formel, un point de départ et un point d’arrivée, on considérera que les structures ne sont pas achevées quand la fin du mouvement, dans la zone d’arrivée, n’est pas appuyée et ne constitue donc pas un pointage chargé sémantiquement. L’arrivée du verbe se fait, dans ce cas, à la lisière de l’espace neutre et de l’espace objet, comme c’est le cas dans l’exemple (239).

    20Pour les verbes sans trajectoire, les structures non achevées, laissant une valence libre, sont sans ambiguïté. Ainsi, les énoncés, accompagnés d’une mimique adéquate et incluant une personne 1 implicite [aimer] ou [adorer] sont aussi fréquents que « J’aime » ou « J’adore », leurs équivalents français ; dans les deux langues, la valence liée à l’objet ou au bénéficiaire est laissée libre.

    2. Types de verbes en lsf

    2.1. Critères de classement

    2.1.1. Quelques jalons de la recherche : « accord » ou « intégration iconique » ?

    21Les typologies de verbes n’ont cessé d’interroger les chercheurs. Pour la lsf, on mentionnera Kervajan & Voisin qui distinguent entre « verbes rigides », qui « n’admettent aucune variation morphologique », « verbes variables » « qui sont soumis à flexion » – que ce soit en locus ou en proforme12. Ils s’appuient sur la typologie proposée par Parisot13, « en s’affranchissant de [son] approche phonologique14 » pour proposer une typologie dichotomique « verbes invariables en proforme » vs « verbes variables en proforme ». Antérieurement, dès la première grammaire publiée pour la lsf, Moody avait tenté une classification selon que les verbes intégraient ou non « les pronoms personnels » – en dégageant deux cas spécifiques, les verbes de déplacement et les verbes de préhension15.

    22Pour la lsq, Parisot, déjà mentionnée, distingue entre « verbes souples » pour lesquels « l’accord est simultané » parce qu’ils comportent « plusieurs constituants manuels modifiables » ; « verbes semi-rigides » qui ne « comportent qu’un seul constituant manuel modifiable », ce qu’elle qualifie d’« accord simultané et séquentiel » ; « verbes rigides » parce qu’ils n’autorisent aucune modification des constituants manuels, ce qu’elle nomme « accord séquentiel16 ». Plus récemment, toujours pour la lsq, Voghel17 s’attache à décrire les « verbes à classificateurs ».

    23Pour la lsfb, Meurant18 distingue quatre groupes de verbes, autour de la notion de spatialisation, selon que le sujet, l’objet ou les compléments (premiers ou seconds) sont spatialisés. Cette notion de spatialisation nous paraît plus fondamentale que celle « d’accord », à laquelle cependant, Meurant ne renonce pas puisque sa description est faite sous le paragraphe « Accord ».

    24Toutes ces typologies se basent sur la possibilité ou non, pour les verbes, d’intégrer des proformes manuelles, nommées, de manière générale, « accord ». Nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’accord, mais bien plutôt d’« intégrations iconiques ». Selon nous, la notion d’accord demeure un phénomène spécifique aux langues vocales, qui n’a que peu à voir avec la notion d’« intégrations iconiques », que nous proposons.

    25Pourtant cette notion d’« accord » a été à l’origine, semble-t-il, de toutes les classifications verbales qui s’appuient plus ou moins sur celle, première, de Padden19. Pour elle, il existe trois grands types de verbes : les verbes avec accord (« agreeing verbs », type [donner]) qui correspondent à ce qu’on nomme traditionnellement, dans la littérature francophone, les « verbes directionnels » et que nous nommons « verbes à trajectoire » ; les verbes spatiaux (« spatial verbs », type [aller]), et les verbes simples (« plain verbs », type [vouloir]). Cette classification, tout comme celles évoquées plus haut, est basée sur les comportements morpho-syntaxiques des verbes, indépendamment de leur valence ou de leur sens. Janis en 199520, puis Meir en 200221, ont critiqué ce classement en proposant des typologies intégrant des éléments sémantiques, ce avec quoi nous sommes évidemment d’accord. Si le fait de distinguer entre verbes spatiaux et verbes avec accord peut se discuter22 et si l’on peut légitimement se demander si un ancrage dans un locus constitue un accord au sens strict du terme, cette typologie a eu le mérite de mettre en relief le fait qu’il existait deux grandes variétés de verbes en asl comme en lsf, ceux qui s’ancrent dans des locus et ceux qui ne s’y ancrent pas. Autrement dit, pour suivre notre propre terminologie, il existe des verbes dont le mouvement reste un mouvement articulateur, tandis que pour d’autres verbes, le mouvement se constitue en trajectoire pour investir le niveau syntaxique dans une intégration iconique.

    2.1.2. La question des « verbes directionnels »

    26Pour la lsf, la notion de « verbe directionnel » a été employée et définie dès les premières descriptions23. Le terme de « verbe directionnel », même s’il est très usité paraît peu précis, car tous les mouvements verbaux comportent une forme de directionnalité. Dans un verbe comme [manger], le mouvement va vers la bouche, or, [manger] n’est pas un verbe directionnel. Aussi, nous préférons ici parler de « verbes à trajectoire », la trajectoire étant définie comme un mouvement qui va d’un locus à un autre, et qui permet donc de distribuer les rôles sémantico-syntaxiques (IV-3.3).

    2.1.3. La question des « verbes inversés »

    27Lors des discussions autour de la typologie de Padden, il est apparu une catégorie spécifique de verbes dits « verbes inversés » (« backwards verbs »). Meir note que ces verbes dits inversés sont les mêmes en lsi (langue des signes israélienne) et en asl – et nous ajouterons en lsf. Il s’agit par exemple d’[inviter] dont la trajectoire, par rapport à [donner] par exemple, ne va plus de l’agent vers le bénéficiaire, mais du bénéficiaire vers l’agent. Ce type de verbes amène la chercheuse à dire que l’approche strictement grammaticale ne suffit pas, mais qu’il faut conjuguer approches syntaxique et sémantique, ce que nous faisons dans cet ouvrage. Selon l’analyse sémantique de Meir, la trajectoire du verbe ne va pas du sujet vers l’objet – termes grammaticaux –, mais « de la source vers l’objet » – termes sémantiques. Or, il nous semble qu’un procès comme /inviter/ se laisse analyser au plan sémantique comme distribuant un agent, un bénéficiaire et un objet – quelqu’un invite quelqu’un à/pour (faire) quelque chose. Si la structure sémantique de [donner] et [inviter] est la même, il convient dès lors d’expliquer cette inversion de la trajectoire observée entre ces deux verbes.

    28Cette explication se trouve, une fois encore, dans des considérations sémantiques. En effet, si l’on regarde la direction du mouvement de verbes comme [prendre], on observe qu’elle va de l’objet à l’agent. Ainsi, c’est le trait sémantique /s’approcher/ ou /s’éloigner/ de l’agent qui devient le plus pertinent pour l’iconicité de la trajectoire du verbe. On doit donc conclure qu’il existe deux trajectoires fondamentales, celles qui marquent iconiquement un éloignement de l’agent et celles qui marquent iconiquement un rapprochement vers l’agent. Ce phénomène explique que la trajectoire des verbes [prêter] et [emprunter] soit inversée24. Il existe donc en lsf deux types de trajectoires des verbes à trajectoire qui encodent le trait sémantique /éloignement/-/rapprochement/.

    Synthèse graphique 48. Deux types de trajectoires.

    Image

    29Ce trait est également encodé dans les verbes de déplacement pour marquer la destination ou la provenance. Ainsi, en forme de citation, le verbe [aller] construit une trajectoire qui va de l’agent au locatif, tandis que le verbe [arriver] qui présente la même trajectoire dans sa forme de citation, peut, en discours, inverser sa trajectoire suivant le sens rendu en français par « arriver à » et « arriver de ». Quant à l’inverse énonciatif de [aller], à savoir [venir], il inverse la trajectoire de [aller], dans sa forme de citation.

    2.2. Morpho-syntaxe des verbes en lsf

    30Tenter une typologie des verbes en lsf peut paraître prématuré compte tenu du peu de recherches menées dans ce domaine. Néanmoins, en s’inspirant de la première typologie proposée par Padden et en intégrant les réflexions faites au plan international, on peut retenir quelques critères.

    2.2.1. Verbes à trajectoire vs verbes simples

    31Le premier critère est la trajectoire. Cette notion de trajectoire, qui associe le mouvement du verbe à deux locus, est importante. Nous appuyant sur les recherches de Voisin & Kervajan déjà mentionnées (XI-2.1), nous dirons que le mouvement inclus dans les verbes à trajectoire en constitue, non la racine, mais la « matrice iconique », les formes de mains pouvant varier pour référer, avec le statut de proformes, à l’objet/but, à l’instrument ou à l’agent.

    32Par exemple, les formes manuelles de tous les verbes exprimant le concept de /marcher/ varient en fonction de l’agent, les proformes manuelles pouvant référer à l’homme ou à des animaux spécifiques. Il semble d’ailleurs que ce procédé, parce qu’il implique l’agent dans des verbes monovalents, soit pratiquement lexicalisé : on aurait alors ici moins affaire à des proformes qu’à une série lexicale avec mouvement constant et formes manuelles différenciées (III-4.2). Quoi qu’il en soit de l’interprétation qu’on peut en faire, la forme de main ‘3’ orientée vers le bas renvoie à la marche au sol d’un oiseau ; la forme ‘S’, orientée vers le bas à un animal lourd, éléphant ou rhinocéros par exemple ; la forme ‘index’, orientée vers le haut, à un être humain debout, etc.25.

    33Les verbes à trajectoire – quels que soient les arguments qui imposent cette trajectoire26 – s’opposent ainsi, sur ces spécificités morphologiques, à ce que nous nommerons, à la suite de Padden, « verbes simples », c’est-à-dire dont le mouvement ne se transforme pas en trajectoire. Ces deux types de verbes génèrent, nous le verrons au chapitre suivant, des structures phrastiques différentes en fonction de leurs propriétés morpho-syntaxiques qui sont, pour les verbes à trajectoire, résumées dans la synthèse graphique (49).

    Synthèse graphique 49. Propriétés morpho-syntaxiques des verbes à trajectoire.

    Image

    34Ainsi, les verbes [travailler] ou [aimer] qui sont des « verbes simples », ne pourront subir aucune variation de forme de main au contraire des verbes dont le mouvement constitue une matrice iconique, qui, en général, permet de rendre compte spatialement des relations entre agent et bénéficiaire, par exemple [donner], ou entre deux localisations spatiales, par exemple [arriver].

    2.2.2. Verbes ancrés sur le corps vs verbes à emplacement neutre

    35Un second critère pertinent pour une typologie des verbes de la lsf est l’emplacement du verbe dans sa forme de citation. En effet, les verbes dont l’emplacement est sur le corps, comme [aimer], [dormir], [rêver], ne peuvent, par définition, être spatialisés. Les structures de phrases engendrées par ces verbes seront donc plus linéaires et feront plus appel à des pointages. Les verbes ancrés dans l’espace neutre, qu’ils soient à trajectoire ou pas, pourront être déplacés, spécialement dans les espaces pré-sémantisés, et engendreront des structures plus synthétiques avec moins de pointages manuels.

    2.2.3. Typologie morpho-syntaxique des verbes en lsf

    36En fonction de leurs possibilités morphologiques – par exemple, inclure ou non des proformes manuelles –, de leurs possibilités syntaxiques – pouvoir s’affranchir de l’emplacement de la forme de citation – et donc des schémas phrastiques de base qu’ils vont générer, on peut proposer une typologie morpho-syntaxique synthétique des verbes de la lsf. Nous offrons dans la synthèse graphique (50) quelques structures de phrases liées aux types de verbes qui les génèrent ; nous approfondirons cette question des structures phrastiques dans le chapitre suivant.

    Synthèse graphique 50. Typologie morpho-syntaxique des verbes de la lsf.

    Image

    37Pour compléter cette synthèse, nous souhaiterions reprendre la question des verbes de préhension ou pouvant inclure une préhension.

    2.2.4. Verbes de préhension et « infixes pronominaux »

    38Les verbes impliquant la notion de préhension par exemple [prendre] ou [poser] subissent des variations de configuration manuelle en fonction de l’objet27. De même, comme nous l’avons dit plus haut, certains verbes, tel [manger], peuvent admettre des proformes référant à l’instrument. Ces proformes manuelles intégrées à la matrice iconique du verbe peuvent être nommées « infixes pronominaux » (IX-5.2.1).

    39Le prototype du verbe de préhension est évidemment [prendre]. On a donc sur ce verbe la possibilité, voire l’obligation, d’incorporer des formes manuelles spécifiques qui renverront à l’objet tenu. Ces proformes manuelles, dont la fonction est la reprise pronominale de l’objet, seront formellement identiques à des stf et caractériseront des formes telles /petit/, /rond/, /épais/, etc. Des verbes que l’on ne pressent pas nécessairement comme a priori de la classe sémantique des verbes de préhension, impliquent cependant des proformes manuelles, qui s’inscrivent dans la structure comme objet ou comme instrument. Un verbe tel que [boire] pourra, grâce à un infixe pronominal, préciser que l’on boit un verre ou que l’on boit à la bouteille.

    40De fait, la notion de préhension est sous-entendue dans un grand nombre de verbes. Par exemple, le concept /ouvrir/, au sens concret du terme, inclut une préhension et c’est cette préhension même qui est encodée en langue des signes suivant le geste effectivement fait dans l’acte d’ouvrir, selon l’objet que l’on ouvre [ouvrir-une porte], [ouvrir-une fenêtre], [ouvrir-une boîte à chapeau], [ouvrir-une boîte de sardines], etc. Certains assimilent ces variations morphologiques iconiques à une forme de « pensée visuelle28 ». Nous serions plutôt de l’avis de Bellugi & Klima, lorsqu’ils écrivent que les signes « […] peuvent avoir des aspects globaux qui sont clairement représentatifs ou iconiques, mais [qu’]ils peuvent être analysés comme composés d’éléments qui servent de différenciateurs purement formels entre les signes29. » Nous avons défendu cette position linguistique durant tout cet ouvrage, tout en traitant cependant de l’iconicité, qui est une donnée fondamentale peut-être parfois négligée chez certains chercheurs anglo-saxons. Pour nous, l’iconicité imprime effectivement des formes d’imitation du réel à la langue. C’est particulièrement le cas avec la notion de préhension. Néanmoins, selon nous, la question de la pensée visuelle est une tout autre question, qui relève des neurosciences et de la psycholinguistique30. L’approche strictement linguistique qui est la nôtre nous impose la plus grande prudence sur cette question. Tout juste pouvons-nous noter que, effectivement, la question de la préhension, telle qu’elle peut être perçue dans la réalité, est une donnée visuelle primordiale et encodée de façon pratiquement systématique dans la lsf.

    41Les variations morphologiques liées à la préhension sont donc grandes et nous donnons, dans la synthèse graphique suivante, les possibilités offertes autour du concept /manger/ qui offre de nombreux paradigmes liés à la notion de préhension.

    Synthèse graphique 51. Paradigmes liés à la préhension ouverts par /manger/.

    Image

    42On remarque que dans la structure comprenant les deux animés [chat] et [souris] la préhension inclut, dans l’exemple donné, l’idée de /attraper/ et que /manger/ inclut aussi l’idée d’/ingérer/ le mouvement du verbe descendant jusque vers la base du cou, ce qui n’est pas le cas du prototype [manger] dont le mouvement s’arrête aux lèvres.

    43Pour terminer, nous dirons que la préhension est si importante, en tant que saillance perceptive prépondérante, qu’elle peut être encodée même dans le cas d’un verbe monovalent et intégrer ainsi au noyau verbal un argument supplémentaire. C’est le cas, par exemple, du verbe [dormir] essentiellement monovalent. En effet, dans la phrase « Il dort avec son nounours », l’emplacement de [dormir] – ainsi que la tête penchée, proforme corporelle, qui accompagne généralement ce verbe – sont conservés en tant que matrice iconique, tandis que les mains, s’intégrant comme proformes au noyau verbal, figurent la préhension d’un nounours, ce que nous transcrivons dans l’exemple suivant.

    (240) [nounours] [pté3] [garçon] [prC-garçon ; prM-nounours – dormir] – Le garçon dort avec son nounours.

    3. Autour du noyau verbal

    44Nous appelons « noyau verbal » le verbe avec son mouvement – la matrice iconique, marquée par un point de départ et un point d’arrivée pour les verbes à trajectoire – ainsi qu’avec les proformes éventuellement insérées, manuelles et corporelles, modifiant l’élément lexical en fonction du contexte. Ce noyau verbal, incluant des pronoms, se trouve en général à la fin de la phrase simple. Mais il est aussi susceptible de supporter un certain nombre d’expansions, spécialement adverbiales.

    45Par ailleurs, un certain nombre de catégories sont rattachées traditionnellement au verbe, en ce sens qu’elles précisent certains éléments du procès. Dans la description de bien des langues, pour référer à ces catégories on utilise l’abréviation tam (correspondant aux catégories linguistiques « temps », « aspect », « mode »). Ces catégories sont, dans de nombreuses langues européennes, supportées par le verbe lui-même, sous la forme de ce qu’on nomme « conjugaison ». Même si la structure morpho-syntaxique du noyau verbal est, comme on l’a vu, assez complexe en lsf, nous n’employons pas le terme de « conjugaison » qui nous paraît peu adapté aux flexions iconiques que l’on a décrites.

    46Nous commencerons par envisager la fonction adverbiale et ses différentes manifestations comme expansion du noyau verbal, d’une part, et comme se situant, d’autre part, « autour du noyau verbal ». En effet, pour ne pas disséminer les réflexions sur cette fonction adverbiale, nous serons amenée à distinguer les adverbes portant sur le verbe de ceux portant sur la phrase ainsi que des éléments en valeur purement circonstancielle, c’est-à-dire qui n’entrent pas dans une position hiérarchique avec les autres éléments de l’énoncé – ce que nous commenterons davantage dans le prochain chapitre (XII-1.3).

    47Ensuite, peut-être un peu par tradition, nous traiterons des catégories « temps », « modalité », « aspect » et « voix » déjà évoquées pour partie (V-5), (VI-2.1), (X-2.2). Mais il n’y a pas que la tradition grammaticale qui nous pousse en ce sens : en effet, ces catégories sont liées, d’une part, sémantiquement au procès et, d’autre part, au moins pour certaines d’entre elles, à la fonction adverbiale en lsf31.

    3.1. Adverbes et fonction adverbiale

    48Aux plans national et international, les adverbes et la fonction adverbiale dans les langues gestuelles n’ont été que peu explorés dans le détail et de façon un peu systématisée. Cependant, un certain nombre d’éléments sont donnés comme adverbes ou adverbiaux. On mentionnera, par exemple, le fait que, très tôt, dans la littérature sur la lsf, il a été mentionné que la mimique et une variation sur le mouvement pouvaient être une façon d’« incorporer l’adverbe32 » – à ce propos certains sites de vulgarisation de l’asl utilisent l’expression « adverbes faciaux33 ».

    49Pour ce qui concerne l’asl, certains ont pu noter l’existence de « gestes labiaux adverbiaux », renvoyant sémantiquement à la manière ou au degré34, ce qui constitue pour d’autres « […] une forme de grammaticalisation de gestes non manuels spécialement des expressions faciales avec fonction adverbiale35. » D’autres encore ont pu utiliser la notion d’« adverbes de temps » et étudier ce type d’adverbes36.

    50Il se dégage donc un certain consensus sur le fait que des éléments dans les langues signées puissent assumer une fonction adverbiale, sans que, nécessairement, la classe des adverbes soit définie pour elle-même. C’est également cette position que, globalement, nous adoptons en nous en expliquant, tant il est difficile de définir autrement que syntaxiquement les adverbes. Pour le dire autrement, la notion d’adverbe est intimement liée à la fonction adverbiale et si des éléments lexicaux peuvent être rangés dans une catégorie « adverbe », les éléments relevant de cette catégorie sont très loin d’épuiser tous les éléments qui peuvent, en lsf, assurer la fonction adverbiale.

    3.1.1. Adverbes et fonction adverbiale : définitions

    51La notion d’adverbe demande à être quelque peu précisée, puisque, dans la tradition grammaticale française, c’est une notion un peu fourre-tout37 dont le critère principal est morphologique : les adverbes sont invariables. À ce critère, on adjoint en général deux critères syntaxiques : l’adverbe est « facultatif » et « […] dépend d’un autre élément de la phrase38. »

    52Concernant la lsf, le critère morphologique est inopérant. On retiendra donc une définition purement syntaxique de l’adverbe, à savoir un élément facultatif, qui joue le rôle de modificateur d’un autre élément de la phrase ou de la phrase elle-même. Comme on l’a dit précédemment, les adverbes ont en effet plusieurs niveaux d’incidence : le verbe, l’adjectif, l’adverbe et la phrase.

    53On considérera comme adverbes ou comme relevant de la fonction adverbiale, tous les éléments de la lsf, manuels et non manuels, assumant cette fonction de modificateur à ces différents niveaux. Cette fonction ne se confond pas – en principe – avec la fonction circonstancielle, que nous envisagerons plus précisément dans le chapitre suivant. Nous traiterons également de ce que l’on nomme parfois « adverbe de phrase » – en discutant d’ailleurs cette notion – dans ce même chapitre.

    3.1.2. Adverbes : sémantique et propriétés syntaxiques

    La manière

    54Il s’agit, pour exprimer ce que l’on appelle traditionnellement « la manière », d’expliciter la façon dont le procès se déroule. Au plan sémantique, l’expression de la fonction adverbiale liée à la manière répond, comme on le sait, à la question « Comment ? ».

    55Les adverbes de manière représentent vraisemblablement, au plan logico-sémantique, le prototype de la fonction adverbiale. C’est sans doute ce qui permet à Creissels d’affirmer qu’ils peuvent constituer un « […] point de départ intéressant pour dégager de cet ensemble hétéroclite une véritable classe de mots39. » Dans les langues gestuelles, cette fonction adverbiale liée à la notion sémantique de manière est très souvent exprimée par des procédés non lexicaux qui s’exécutent simultanément avec le signe lexical supportant le sens du verbe, comme nous le verrons en (3.1.5). Cependant, on trouve également de nombreux procédés de type lexical qu’ils soient ou non redondants40 avec les procédés non lexicaux (synth. graph. 35).

    56Lorsque la valeur adverbiale de manière est exprimée au moyen d’un élément lexical, la tendance générale semble être à la post-position de l’élément lexical, comme c’est le cas dans l’exemple suivant.

    (241) [pté3] [manger] [trop] – Il mange trop.

    L’intensité et la quantification

    57L’intensité et la quantification peuvent venir modifier soit le verbe, soit l’adjectif et ainsi, de cette façon, revêtir une fonction adverbiale. Les procédés en lsf seront soit lexicaux, soit corporels – et spécialement, dans ce dernier cas, liés à la mimique faciale. Les procédés lexicaux utilisent un éventail de signes liés sémantiquement à ces notions de quantification et/ou d’intensité41. Il s’agit en général d’une quantification indéterminée, telle qu’elle peut s’exprimer dans des signes tels [peu], [beaucoup], [trop], [fort], [assez], [pas assez], etc., qui, en lien avec un élément adjectival prédicatif (242a) ou un élément verbal (242b) et (242c) peuvent également véhiculer une valeur d’intensité.

             mvt tête nég. 
    (242a)[pté3][courageux] [pas assez]– Il n’est pas assez courageux.

     

      mmq ‘intensif’ 
    (242b)[pté3][travailler][trop] – Il travaille trop.

     

      mmq « dépréciative »
    mvt ample
     
    (242c)[pté3][bavarder]X6 [puissant] – Il bavarde trop/continuellement.

    58On note que, dans certains cas, la valeur adverbiale, lorsque l’adverbe porte sur le verbe, s’associe sémantiquement à une valeur aspectuelle, comme c’est le cas dans l’exemple (242c) où le signe [puissant] renforce la valeur durative de la répétition du signe [bavarder] et où la mimique faciale renforce l’aspect dépréciateur exprimé par le locuteur, rendu en général par /trop/.

    59Par ailleurs, les exemples (242d) et (242e) nous montrent que la plupart de ces éléments lexicaux adverbiaux peuvent, en lsf, acquérir également une fonction adjectivale plus spécialement liée à la quantification en contexte nominal, comme ce peut être aussi le cas en français ainsi que le montrent les traductions proposées.

     mmq ‘intensif’ 
    (242d)[maison] X6– (Il y a) trop de maisons.

     

    (242e) [femme] [peu] – (Il y a) peu de femmes.

    60Là encore, d’après nos observations, les éléments lexicaux exprimant l’intensité et la quantité se placent généralement derrière les signes qu’ils modifient. Bien qu’il y ait de nombreuses expressions idiomatiques pour exprimer la valeur adverbiale de /peu/, on trouve le même signe [peu] – qui appartient aussi à la gestualité entendante, le pouce claquant contre l’index – dans un contexte clairement adverbial.

    (242f) [pté1] [rire] [peu] – Moi, je ris peu.

    61Nous terminerons par un exemple où le locuteur utilise à la fois un procédé lexical [exceptionnel] et un procédé non manuel alliant la mimique et la durée.

    (243) mmq « rire-bouche grande ouverte »prC-corps en avant
    [rire] [exceptionnel]// [rire]-duratif           [jamais]// [sérieux] // [pi] [pté1]
    – Je ris exceptionnellement, je ne ris jamais aux éclats, je suis sérieuse, je suis comme ça.

    3.1.3. Les adverbes : des termes polyvalents ?

    62La lsf n’ayant aucun élément de dérivation pour marquer les classes syntaxiques, il semblerait que très peu de signes n’aient pour unique valeur, qu’une valeur adverbiale. Tout au plus pouvons-nous citer, selon nos observations et discussions, le signe [mal]42, qui ne paraît se combiner qu’à des verbes (244).

    (244) [pté3] [travailler] [mal] – Il travaille mal.

    63On peut également évoquer brièvement le très contesté signe [très]. Ce signe, issu de la dactylologie, paraît de fait, comme le signe [si] lui-même emprunté à la dactylologie, être un emprunt lexico-syntaxique direct au français. En effet, en lsf, l’intensité est très régulièrement rendue par une mimique faciale – de même que la condition est très régulièrement rendue par des articulateurs corporels (XII-2.3). Ce type d’emprunts au français, ayant des répercussions syntaxiques, est rejeté par un grand nombre de locuteurs43.

    3.1.4. Les bases adjectivo-adverbiales

    64Il découle de ce que nous venons de dire que, dans la plupart des cas, l’adverbe ne se distingue pas de l’adjectif au niveau lexical. On parlera donc de bases adjectivo-adverbiales, dont le contexte – nominal, verbal, adjectival ou phrastique –, permettra de sélectionner la valeur catégorielle adéquate.

    65On a indiqué plus haut que les bases verbo-nominales permettent, en discours, d’actualiser les valeurs nominale ou verbale par différents procédés, et spécialement l’amplification du mouvement (VIII-1.3). De même, il semblerait que certaines bases adjectivo-verbales soient susceptibles, en contexte, d’actualiser la valeur adverbiale par une modification du mouvement (répétition, élargissement, ralentissement) et spécialement lorsqu’il s’agit d’introduire une valeur adverbiale de modalisateur, comme on l’a vu en (2.2.3) à propos de [vraiment], ce sur quoi on reviendra en (XII-1.3.1).

    3.1.5. Fonction adverbiale : aspects simultanés dans l’expansion du noyau verbal

    66De façon générale et par définition, la fonction adverbiale d’un élément lexical est sélectionnée par l’incidence de l’élément dans la phrase, ce qui a été montré en (VII-2.2.3). Mais, nous l’avons déjà dit, la fonction adverbiale peut être assurée par d’autres éléments que des éléments lexicaux, comme l’ont déjà illustré certains de nos exemples : (243), (244c). Il s’agit dès lors de mettre au service de l’expression linguistique d’autres articulateurs que les seuls bras et mains, sur lesquels on s’est longtemps focalisé étant donné qu’ils sont les articulateurs des signes lexicaux44.

    67On présente souvent, comme nous l’avons fait dans cet ouvrage (I-3), les langues gestuelles comme des langues globales, comparativement aux langues vocales nécessairement beaucoup plus linéaires. Une autre façon de nommer cette globalité est de parler de « simultanéité ». La simultanéité dans les langues gestuelles a été étudiée pour la lsf comme pour bien d’autres langues gestuelles au plan international45. Ainsi que l’ont montré Sandler & Lillo-Martin cette simultanéité se retrouve à bien des niveaux d’analyse des langues gestuelles : phonologique, prosodique, morphologique, syntaxique46. Nous avons, quant à nous, dans nos réflexions consacrées à la mimique, déjà évoqué cette simultanéité comme l’un des procédés de l’économie iconique (VI-2). Concernant la fonction adverbiale, la simultanéité est essentielle ; elle met en jeu différents articulateurs et revêt des portées différentes. On en détaillera ci-après trois cas qui nous paraissent les plus représentatifs mais qui n’épuisent évidemment pas toutes les possibilités.

    Mimique

    68Comme on l’a déjà indiqué, la mimique est indispensable dans l’expression de l’intensité et/ou de la quantité. Cette mimique peut modifier les adjectifs, les adverbes et les verbes. Elle peut intervenir seule ou en combinaison avec le mouvement. Nous avons déjà glosé cette fonction adverbiale de la mimique à plusieurs endroits de cet ouvrage (VI-2.3.1), (synth. graph. 35) auxquels les lecteurs peuvent se reporter.

    69Nous ajouterons néanmoins que la mimique peut aussi, de façon adverbiale, porter sur la phrase, spécialement pour les modalités que nous avons appelées « subjectives » (VI-2.2) – à savoir les modalités dubitative et exclamative47. D’une façon générale, pour exprimer ces deux modalités subjectives, la mimique perdure tout au long de l’expression signée de la phrase, comme c’est le cas dans les deux exemples suivants – ‘dubitatif’ (245) ; ‘exclamatif’ (246) – où la modalité peut, en français, n’être traduite que par l’intonation ou par des adjonctions adverbiales que nous notons dans des parenthèses.

     mmq ‘dubitatif’ 
    (245)[pté3] [venir]– Il vient (peut-être).

     

     mmq ‘exclamatif’ 
    (246)[pté3] [arriver]– Il arrive (enfin !)

    Mouvements

    70Dans un très grand nombre de cas, l’adverbe dit « de manière » peut s’intégrer dans le mouvement du verbe. Dans un article déjà ancien, nous en avions donné un certain nombre d’exemples, que nous reprenons ici, concernant les verbes [écrire] et [regarder].

     mvt vers le hautmvt vers le bas 
    (247)[écrire-vers le haut] / [écrire-vers le bas] – écrire vers le haut, écrire vers le bas

     

     mvt vers le hautmvt vers le bas
    (248)[regarder-vers le haut]/ [regarder-vers le bas]
     – regarder vers le haut, regarder vers le bas

    71Nous avions, à l’époque, interrogé le statut de ces mouvements48. Aujourd’hui, nous dirons qu’il s’agit de modification adverbiale sur un verbe opéré par la modification du mouvement.

    72Par ailleurs, concernant l’intensité, de même que « très » intensifiant un adjectif est régulièrement rendu par une mimique intensive en lsf, « beaucoup », qui intensifie le verbe peut n’être rendu que par une mimique, associée à une répétition du mouvement, comme dans l’exemple suivant.

      mmq ‘intensif’ 
    (249)[pté3][travailler] X6– Il travaille beaucoup.

    Mimique et mouvements : formes de « gérondif »

    73Lorsque c’est possible, le gérondif49, à valeur d’expansion adverbiale, se rend par une simultanéité jouant sur la mimique et/ou le mouvement, comme dans l’exemple (250) où le locuteur mime le sifflement tandis que le mouvement du verbe [repasser] se cale sur le rythme même du sifflement.

      mmq « siffler » 
    (250)[table][prC-repasser]– Je/il repasse en sifflant.

    74De même, dans l’exemple (251), le signe [sourire] n’est pas exécuté, le visage souriant du locuteur et la synchronisation du mouvement de la tête souriante avec le mouvement du verbe [marcher] marque le gérondif.

      mmq « sourire » 
    (251)[fille][prC-marcher] – La fille marche en souriant.

    75Dans ces deux exemples, la proforme corporelle, qui suivant l’instance discursive dialogue ou récit peut renvoyer à un « je » ou à un « il », est nécessaire pour assurer la synchronisation des mouvements du buste, de la tête et du mouvement interne au signe.

    76Quand cette simultanéité n’est pas possible morphologiquement, le locuteur aura le plus fréquemment recours à des « structures encadrées », où le verbe s’exécutant à deux mains, sur lequel porte le gérondif, sera maintenu dans une proforme fixe comme dans l’exemple (252).

     mmq « rêveuse » ---------------------------- 
    (252)[marcher][pr-marcher] [rêver][marcher] 
      MG fixe ----------- – Je/il marche en rêvant.

    77Dans tous les cas, les procédés non manuels peuvent être doublés par des procédés manuels explicitant davantage l’expression du locuteur comme c’est le cas en (253) et (254).

      mmq « sourire » 
    (253)[fille][sourire] [marcher]-duratif – La fille marche en souriant.

     

      mmq « sourire »         mmq « sourire de toutes ses dents »
    (254)[fille][marcher]/ [sourire de toutes ses dents] / [marcher] 
     – La fille marche en souriant, un large sourire, elle marche en souriant de toutes ses dents.

    3.1.6. Expansions adverbiales du noyau verbal : synthèse

    78Nous avons vu que la fonction adverbiale ne concernait pas que le noyau verbal qui est l’objet principal de ce chapitre. Aussi nous résumerons les incidences de la fonction adverbiale et des adverbes sur le noyau verbal dans une première synthèse graphique.

    Synthèse graphique 52. Expansions adverbiales du noyau verbal.

    Procédés manuelsProcédés non manuelsProcédés manuels et non manuels
    Lexique (souvent avec mimique adéquate)MimiqueMouvementGérondif
    Avec mimiqueFormes redondantes : [verbe] et mimique
    [trop]
     
     
    Exemple (242b)
    ‘intensif’
     
     
    Exemple (249)
    « vers le haut »
     
     
    Exemples (247), (248)
    mmq « sourire »
    [marcher]

     
    Exemple (251)
    mmq « sourire »
    [sourire] [marcher]
     
      Exemples (253), (254)

    3.2. Temps, aspect, modalité, voix

    79Nous avons déjà évoqué la plupart de ces notions dans différents chapitres. Nous les reprenons brièvement ici avec quelques précisions.

    3.2.1. Temps et aspect : discussions et définitions

    80La description traditionnelle de la langue française a longtemps négligé la distinction entre temps et aspect. L’exemple le plus fameux en est l’analyse, souvent univoque, sur le « temps » appelé « passé composé », considéré comme un temps du passé. Or, dans des exemples comme « Maintenant, j’ai fini de manger » ou « Dans cinq minutes, on est arrivés », il n’est évidemment pas question de passé, mais de ce l’on nomme « accompli » – présent et futur en l’occurrence. Dans la terminologie de la grammaire française, le mot « temps », pour désigner les conjugaisons, participe sans doute de la confusion, c’est pourquoi certains auteurs ont proposé le terme de « tiroir verbal50 ». La lsf ne connaissant pas de « conjugaison » au sens strict du terme, nous parlons simplement de « verbe ». Cependant, bon nombre de personnes utilisant les deux langues au quotidien, peuvent être influencées par ces descriptions lacunaires de la langue française, ce pourquoi nous mentionnons ici ces réflexions. En effet, notre expérience nous enseigne que, vraisemblablement sous l’influence d’une scolarisation en français, temps et aspects peuvent également parfois être confondus en lsf. Il n’est, entre autres exemples, pas rare que des stagiaires, en formation pour devenir enseignants de lsf, pensent que [fini] est une marque du passé, alors qu’il s’agit d’un marqueur aspectuel (VII-1.2.5).

    81Encore aujourd’hui, la proposition de Guillaume (1933), distinguant entre « temps impliqué » – l’aspect – et « temps expliqué » – la dimension temporelle – nous paraît tout à fait pertinente51. De même, les propositions de Vendler (1957) classant les types de procès en fonction de leur valeur aspectuelle intrinsèque, en distinguant « état », « activité », « accomplissement » et « achèvement », restent de notre point de vue, même si elles ont pu être critiquées52, relativement opératoires ; nous explicitons toutes ces notions plus loin (synth. graph. 54).

    82Selon les langues, les procédés pour exprimer le temps et l’aspect sont différents, mais, d’après Creissels « en nombre relativement limités53 ». Nous tentons ici d’analyser comment ces deux catégories s’expriment en lsf. Nous définissons classiquement, et suivant les propositions de Guillaume, le temps comme un temps expliqué, impliquant le rapport à To en termes de présent – coïncidant avec To –, de passé – avant To – et de futur – après To. Quant à l’aspect, la question est plus complexe, il s’agit certes d’un « temps impliqué », mais il peut n’être qu’une valeur sémantique incluse dans le verbe, comme le suggère la typologie de Vengler, ou être explicité par des marqueurs aspectuels, le sémantisme des verbes permettant souvent d’expliciter les incompatibilités entre certains marqueurs et certains verbes.

    3.2.2. Temps et balises temporelles

    83Nous avons déjà décrit la « ligne de temps » (V-5.1-ill. 29), une sémantisation temporelle de l’espace que l’on retrouve dans de nombreuses langues gestuelles54. Si le temps inscrit bien le procès par rapport au moment d’énonciation, il n’est pas, en lsf, inscrit dans la forme verbale. Autrement dit, « il n’existe pas […] de flexions pour le temps dans la morphologie verbale55 » ; il s’agit bien du « temps expliqué » défini par Guillaume, ou de ce que nous avons appelé « temps déictique » (V-5.1), et qui n’est donc pas « retenu par le verbe en soi56 », même s’il est inscrit dans la morphologie verbale de nombreuses langues. Ceci implique que « […] à défaut de flexion verbale temporelle, des items lexicaux séparés sont utilisés pour fournir des informations ou des références temporelles57. » Ces éléments lexicaux sont nommés « balises temporelles » par Sinte58. Nous incluons dans ces « balises temporelles » les termes clairement liés au temps tels [hier], [demain], [aujourd’hui], [après-demain], [lundi prochain], etc.

    Illustration 70. Balises temporelles [demain], [après-demain], [lundi prochain].

    Image

    84Tous ces éléments relèvent, selon nous, davantage de la fonction circonstancielle que de la fonction adverbiale (XII-1.3). De même, les deux « balises » aspectuo-temporelles [va va], [venir de / récemment], déjà évoquées (ill. 38), réfèrent à ce que l’on nomme parfois le futur proche et le passé récent. En effet, le statut de ces deux derniers éléments est assez controversé, car ils se situent à la frontière entre temps et aspect59.

    85Par ailleurs, comme le mentionne Creissels, la forme verbale à elle seule, « dans aucune langue […] n’a pour effet de fixer de manière absolue et irrévocable la valeur temporelle de l’énoncé60 ». De ce point de vue, la forme verbale en lsf est neutre et c’est le seul contexte qui signifie la valeur temporelle.

    3.2.3. Valeurs aspectuelles

    86La notion d’aspect est multiforme et polysémique, elle englobe à la fois des caractéristiques sémantiques intrinsèques liées aux verbes, des appréciations subjectives de la durée, et la manière de « [saisir] le procès à différents stades de sa réalisation, du stade antérieur au début du procès au stade postérieur à son terme final61 ». La difficulté est que, selon les auteurs, les couples marquant des oppositions aspectuelles ne sont pas nécessairement les mêmes62. Nous ne pouvons ici ni trancher ni définir plus avant toutes les notions impliquées, nous nous centrerons donc sur ce qui nous a paru utile à la description de la lsf.

    Aspect lié au déroulement du procès : auxiliaires aspectuo-temporels

    87On peut nommer ce type de valeurs aspectuelles, liées à la façon dont on envisage les phases de déroulement du procès, « aspect quantitatif ». Il y a en fait cinq points remarquables dont les deux extrêmes sont exprimés en lsf par les deux marqueurs [va va] et [venir de / récemment] dont on vient de parler. Reste ensuite le procès lui-même que l’on peut envisager à son tout début, ce que l’on nomme généralement aspect « inchoatif ». Pour cette valeur, le signe [commencer/début] fonctionne à peu près comme l’auxiliaire aspectuel français « commencer à ».

    (255) [pté3] [commencer] [manger] – Il commence à manger.

    88La question de l’aspect symétrique de cet aspect « inchoatif », en général dit « terminatif », est plus complexe en lsf. Il ne doit, en principe, pas se confondre ni avec l’aspect « accompli » que nous glosons plus bas, ni avec l’aspect « inaccompli » – c’est-à-dire la façon d’envisager le procès comme en train de se dérouler. Dans nos corpus, cet aspect « terminatif » est rendu par les marqueurs aspectuels [pas fini] ou la combinaison [fini] [pas encore], comme c’est le cas dans les exemples suivants.

     reg. « tu » 
    (256)[attendre]/ [manger] ([pas fini])
      – Attends !Je finis de manger / je n’ai pas fini de manger.

     

    (257) [pté2] [manger] [fini] [pas encore] [proche] – Tu es en train de finir de manger.

    89Cet aspect « terminatif » pose de toute façon de nombreux problèmes d’interprétation en français également.

    90L’aspect « inaccompli » ou « sécant », rendu en français par l’auxiliaire « être en train de » ainsi que par la forme simple d’un grand nombre de « tiroirs verbaux », est en général marqué en lsf par une répétition du verbe. Ceci étant, selon le sémantisme du verbe, toutes ces valeurs aspectuelles ne sont pas possibles. Nous résumons, dans la synthèse graphique suivante les cinq points remarquables d’où le procès peut être envisagé.

    Synthèse graphique 53. L’aspect « quantitatif » en lsf.

    Image

    91On voit dans ce schéma que temps et aspects ne se confondent pas car, étant donné que la notion d’aspect est absolument indépendante de To, la représentation graphique inverse les notions aspectuo-temporelles de futur et de passé.

    Aspect intrinsèque : types de procès et incompatibilités « quantitatives »

    92La classification de Vendler, parce qu’elle est sémantique, retient notre attention. Elle permet en effet d’expliquer certaines impossibilités combinatoires – qui ont sans doute une portée linguistique assez générale puisqu’il s’agit d’incompatibilités sémantiques. Vendler, dont les typologies verbales « sont toutes plus ou moins dérivées [de son système]63 », propose d’analyser les valeurs aspectuelles des verbes selon trois traits : ± dynamique, ± borné, ± ponctuel64.

    93Il distingue ainsi quatre types de procès que nous résumons dans la synthèse graphique suivante, en tentant de donner des exemples en lsf, tout en sachant qu’un complément ou un circonstant peut faire que le verbe change de catégorie.

    Synthèse graphique 54. Les types de procès selon Vendler.

     StatifAchèvementAccomplissementActivité
    Dynamique–+++
    Ponctuel–+––
    Borné–++–
     [savoir][éclater][convaincre][manger]

    94L’intérêt de cette typologie est de comprendre les incompatibilités avec les marqueurs aspectuo-temporels évoqués dans la synthèse graphique (53). Par exemple, les verbes dits « statifs » sont en général incompatibles avec les auxiliaires aspectuo-temporels. Ainsi, le verbe [savoir] en lsf est peu compatible avec [va va] [venir de / récemment] [commencer] et [pas fini]. Quant à la répétition du verbe [savoir] X3, qui est assez fréquente, elle ne marque en aucun cas un aspect inaccompli, mais elle est une forme d’insistance que l’on pourrait traduire par « Ça, je le sais parfaitement ».

    95Selon nos analyses, les « activités », qui sont dynamiques mais non bornées et non ponctuelles, sont proches, nous semble-t-il, de ce que l’on nomme « verbes imperfectifs », tandis que les « achèvements », dynamiques, ponctuels et bornés, sont proches de ce que l’on nomme « verbes perfectifs ». Les accomplissements, dynamiques, bornés, mais non ponctuels, se rapprochent plus des « perfectifs » que des « imperfectifs ». Ces distinctions sont, en lsf, intéressantes pour interpréter la répétition du verbe soit comme une forme d’insistance, comme on vient de le voir, soit avec une valeur itérative ou durative, la valeur durative étant peu compatible avec les « achèvements » et les « accomplissements ». La répétition d’un verbe d’achèvement comme [arriver] s’interprétera comme un agent pluriel (258), alors que la répétition d’un accomplissement comme [convaincre] (259) s’interprétera comme un pluriel du patient – même si, selon les contextes, et spécialement en fonction de la mimique, qui est neutre dans nos exemples, d’autres interprétations ne sont pas à exclure.

    (258) epsL[arriver]epsN X3 – Il en arrive beaucoup. / Des gens arrivent en masse.

    (259) eps1[convaincre]eps3 X3 – Il en convainc plusieurs.

    96Des recherches, centrées sur les compatibilités de ces types de verbes avec les aspects quantitatifs ainsi que sur les changements de catégories aspectuelles en fonction des compléments envisagés restent à mener de façon serrée en lsf. Nous reprenons deux catégories qui croisent, à notre sens, cette terminologie de Vendler, avec les aspects « quantitatifs », dits « accomplis » et « inaccomplis », pour tenter de rendre compte de la façon dont les verbes acceptent ou non le marqueur [fini].

    Perfectifs/imperfectifs ; accompli/inaccompli – quelle utilisation de [fini] ?

    97La question de la perfectivité des verbes est née des études slaves, langues « où l’aspect intervient de manière prépondérante65 ». Ceci étant, sans manifestation morphologique spécifique, la notion de « perfectif/imperfectif » fait partie du sémantisme du verbe. Les perfectifs sont bornés, tandis que les imperfectifs ne le sont pas. Ainsi, il semble que, en lsf, le marqueur aspectuel [fini] soit peu compatible avec les verbes perfectifs. L’aspect accompli des verbes perfectifs et imperfectifs en lsf serait donc morpho-syntaxiquement différencié. Ainsi, si l’on peut envisager que des imperfectifs, tels [manger] ou [bavarder] sont compatibles avec [fini], il n’en va pas de même pour des verbes perfectifs, tels [apercevoir], [entrer], [sortir].

    98On peut dès lors se demander quelles sont les façons de marquer un aspect accompli sur les verbes perfectifs. Nos observations nous poussent à une hypothèse forte, à savoir que l’utilisation de [fini] n’est compatible qu’avec les verbes imperfectifs – même si elle n’est pas toujours nécessaire. Pour les verbes perfectifs, c’est une accélération du mouvement, qui paraît plus brusque que dans la forme de citation, accompagné d’un léger arrêt et d’une mimique présentant un visage plutôt fermé, qui marque l’aspect accompli. On a ainsi, comme le montrent les exemples suivants, des contrastes assez fins pour les verbes perfectifs en (260a) et (260b), tandis que le marqueur [fini] indique, de façon claire, l’aspect accompli pour les verbes imperfectifs en (261) et (262).

      reg. eps3 
    (260a)[homme][apercevoir]– J’aperçois un homme.

     

     reg. eps3 
    mvt brusque 
    (260b)[apercevoir]– Je l’ai aperçu.

     

    (261) [manger] [fini] – J’ai fini de manger. / J’ai mangé.

    (262) [pté3] [bavarder] [fini] – Il a fini de bavarder.

    99Cette notion de « perfectivité » est également féconde pour apprécier la signification de la répétition des verbes de la lsf en liaison avec la durée ou la répétition.

    Aspect lié à l’appréciation de la durée : duratif/itératif

    100La typologie de Vendler permet de voir, en français, si les verbes sont compatibles avec « pendant » ; par exemple « *Il sort de la pièce pendant cinq minutes » est très peu probable. De ce fait, elle permet de comprendre la distribution entre « pendant » et « en » ; par exemple « Il court pendant cinq minutes » est possible, tandis que « *Il court en cinq minutes » nécessite un complément qui donne une valeur perfective au verbe, comme dans « Il court le quatre cents mètres en cinquante secondes ». La typologie permet également, toujours en français, de comprendre l’interprétation d’« encore », soit comme duratif, soit comme répétitif. Dès lors qu’elles sont sémantiques, ces distinctions sont aussi valables en lsf, comme le montrent les exemples suivants, où la « structure encadrée » en (263a) marque une valeur durative, tandis que l’exemple (263b), avec une mimique appropriée « réprobative », sera plutôt interprété comme marquant une valeur « itérative ». Dans l’exemple (264) avec le verbe perfectif [sortir] la valeur de [encore] est clairement « itérative ».

    (263a) [manger] [encore] [manger] ([pas fini]) – Il est encore en train de manger.

     mmq « réprobative » 
    (263b)[manger] [encore]– Il mange encore.

    (264) [pté3] [sortir] [encore] – Il sort encore.

    101On l’a vu plus haut, la répétition d’un verbe, spécialement d’un verbe imperfectif, permet de signifier tout à la fois un aspect inaccompli ou sécant, spécialement quand le déroulement de ce procès doit être interrompu par un autre dans des formes de phrases complexes comme c’est le cas dans l’exemple suivant, inscrit dans une instance de récit.

     mmq ‘duratif’ mvt buste vers l’arrière
    (265)[prC-écrire]-duratif           [téléphone-sonner]
     – Il était en train d’écrire, quand le téléphone sonna.

    102Ainsi, en lien avec les mimiques, la répétition du verbe, selon que ce verbe est perfectif ou imperfectif, peut prendre des valeurs très différentes. La répétition d’un perfectif, quand elle ne renvoie pas à une notion de pluriel de l’agent ou du patient (258) et (259), s’interprétera plutôt comme de l’itératif, tandis qu’avec les imperfectifs, elle renverra plutôt à du duratif. Par ailleurs, les perfectifs sont incompatibles avec les signes de durée, souvent exprimés en lsf par des « nominaux synthétiques » (VIII-2.1.1) de type [pendant deux heures] (ill. 49).

    3.2.4. Modalité, voix

    Expression des modalités en l’absence de mode

    103La lsf ne possède pas de modes tel le subjonctif en français par exemple. Les modalités sont donc exprimées généralement par la mimique (VI-2). Le conditionnel, quant à lui, est exprimé, également par la mimique dans les phrases simples et par une spatialisation des propositions et un mouvement corporel dans les phrases complexes dites « corrélatives », comme on le verra dans le chapitre suivant. Il existe également, bien sûr, en lsf des adverbes permettant au signeur de modaliser son énoncé, tels [peut-être], [sûrement], etc.

    104Par ailleurs, les verbes dits « modaux », tels [pouvoir] et [devoir], qui sont définis comme permettant d’exprimer « deux valeurs fondamentales, la possibilité et l’obligation66 », connaissent en lsf des variations liées justement à l’expression de cette modalité. Ainsi, si le verbe [devoir] exprime clairement, comme [il faut], une obligation, il existe des variantes modales que la mimique permet d’interpréter. C’est le cas par exemple de [pouvoir] qui, selon la mimique qui l’accompagne, s’interprète comme une possibilité certaine (266) ou comme quelque chose de probable mais d’incertain (267).

     mmq ‘affirmatif’ 
    (266)[pouvoir] [aller]– Je peux y aller.

     

     mmq ‘dubitatif’ 
    (267)[pleuvoir] [pouvoir]– Il est possible qu’il pleuve.

    105Nous n’avons pas observé de nuances sur le verbe [devoir] mais, en revanche, le verbe [il faut] subit une variation morphologique intéressante lorsqu’il est doublé, et avec un mouvement beaucoup plus faible [faut-faut], ce que nous interprétons comme une nuance modale, rendue dans les exemples suivants.

     reg. « tu »  
    (268)[aller][il faut]– Il faut (vraiment) que tu y ailles [à la réunion].

     

     reg. « tu »  
    (269)[film][voir] [faut-faut]– Tu devrais aller voir ce film.

    Et la voix ?

    106La notion de voix – ou « diathèse » – est intimement liée à la valence verbale. Il s’agit soit « […] de promouvoir un participant, soit de destituer un participant, soit de combiner destitution et promotion67. » La notion de voix, n’a, à notre connaissance, pas été explorée dans les langues gestuelles. Aussi, nous ne ferons ici que proposer quelques pistes.

    107En premier lieu, on peut noter qu’il existe en lsf des verbes pour lesquels l’inversion du mouvement correspond à une inversion de diathèse : c’est le cas de [manger]/[nourrir] ou [prêter]/[emprunter], déjà évoqués. Il s’agit là de ce que Creissels nomme « approche lexicale du problème de la voix68 » et qui correspond à ce que nous considérons comme une inversion de diathèse.

    108Ces inversions de mouvements sont en lien morphologique indéniable avec la « voix passive », un terme qui semble être adopté par la plupart des linguistes. En effet, en inversant la focalisation sur l’agent ou le patient, on peut créer ce que l’on nomme généralement des « phrases passives », déjà traitées en (X-2.3.2).

    109La question est plus controversée sur ce que certains nomment la « voix moyenne », notion issue de la grammaire grecque : « […] quand le sujet est à la fois agent et patient du verbe69 ». Elle permet de signifier que « […] le rôle du référent du sujet est conçu comme échappant d’une manière ou d’une autre à une stricte polarité agissant/subissant70. » Cela concerne ce que l’on nomme généralement, dans la description traditionnelle du français « verbes pronominaux » ou « verbes à construction pronominale ». Ainsi, en français, le verbe « laver » peut avoir une construction pronominale « se laver » et le verbe « rencontrer » une construction « se rencontrer71 », le premier ayant une valeur sémantique réfléchie, le second une valeur réciproque.

    110En lsf, les pronominaux, selon qu’ils ont une valeur réfléchie ou réciproque72, procèdent de mécanismes iconiques différenciés. La valeur réfléchie, qui implique que l’agent est aussi le patient du verbe, utilise le corps du signeur comme marquage de cette valeur. C’est par exemple le cas des verbes [se laver] et [se doucher], déjà évoqués, tout comme de [se promener] ou [se rappeler] qui s’exécutent sur le corps. Là encore, on ne trouvera pas nécessairement de correspondance entre français et lsf puisque, par exemple, les verbes [se rappeler] – qui s’exécute avec le pouce frappant le front – ou [se promener] – qui s’exécute avec les mains touchant le corps en bas des épaules –, n’ont rien à voir morphologiquement avec des verbes non pronominaux comme on les trouve en français dans « rappeler » ou « promener ». Par exemple, « promener son chien », s’appuiera sur l’iconicité de la laisse, et induira une proforme corporelle comme dans [chien] [prC-tenir une laisse], tandis que [se promener] s’exécute avec deux configurations manuelles ‘5’ ancrées sur le corps au niveau des omoplates. Nous pensons donc pouvoir dire qu’il existe en lsf, des verbes pronominaux dont la correspondance avec le français est loin de pouvoir être établie. Par exemple le verbe exprimant la notion de /communiquer/ est un pronominal réciproque en lsf, car il implique, en forme de citation deux agents, qui SE communiquent des informations.

    111Cependant, dans le cas des pronominaux réciproques, c’est-à-dire des verbes qui impliquent deux agents accomplissant le même procès, on peut trouver une structure lexicale impliquant des formes de mains identiques mues par un mouvement les faisant converger ou alterner. C’est le cas par exemple de [se rencontrer], où la forme pronominale se distingue de la forme simple par l’utilisation des deux mains, comme dans les exemples suivants.

     mmq ‘indéfini’ 
    (270)[homme] [pté3]eps1[rencontrer]eps3
     – Je rencontre (vais à la rencontre d’) un homme.

     

    (271) [Pierre] [Marie] eps3a[se rencontrer]eps3b – Pierre et Marie se rencontrent.

    112Même si ce paragraphe consacré à la voix est très lacunaire, il convient aussi, de façon tout aussi lacunaire, d’évoquer ce que l’on nomme le « causatif » ou « factitif73 ». Le « causatif » est « une opération introduisant un argument supplé­mentaire qui a le rôle de causateur74 ». Selon nos observations, qui restent à valider, c’est en lsf le verbe [donner] qui permet souvent l’expression d’un causatif. Mais ce verbe [donner] est en concurrence avec un autre verbe qui nous paraît être une variante morphologique de [ordonner]. Il semble que ces deux verbes se distribuent selon que l’argument est pensé plus comme un patient (272), que comme un agent (273).

    (272) [film] epsN[donner]eps1 [peur] – Ce film me fait peur.

     

     loc eps3a loc eps3b mvt latéral 
    (273)[Jean][pté3b][Marie]eps3a[ordonner]eps3b eps3b[payer]epsO
     – Jean fait payer Marie.

    113De ce point de vue, on peut penser qu’en lsf l’exemple (272) relève plus, sémantiquement, d’un « causatif », tandis que l’exemple (273) relève plus d’une voix véritablement « factitive » – faire faire quelque chose à quelqu’un.

    Notes de bas de page

    1 Nous reprenons ici le titre d’un double numéro de la revue Verbum, 2007, qui offre une analyse saisissante du lien entre verbe et sémantique.

    2 Creissels, 2006b, p. 1.

    3 À ce sujet voir, pour la description de la langue française, la distinction entre complément du verbe et complément circonstanciel (Béguelin, 2000, p. 149-152) ; voir aussi Creissels, 2006a, p. 273-275, qui propose de distinguer entre arguments et satellites, ces derniers jouant un « rôle syntaxique périphérique » ou « oblique ». On doit donc admettre qu’il existe des zones où l’appréciation pourra ne pas être tranchée. De ce point de vue, nous sommes assez d’accord avec Le Goffic, 1993, p. 77, lorsqu’il parle d’un « continuum » entre compléments « essentiels » et « accessoires ».

    4 On ne développe pas ici ce que Tesnière, 1988, p. 239-240, nomme les « verbes avalents », à savoir les tournures ou les verbes impersonnels essentiellement liés à des phénomènes météorologiques tels « Il pleut », « Il fait beau » ; voir à ce sujet (X-2.3.3).

    5 Guitteny, 2006, p. 305-306.

    6 Creissels, 2006a, p. 284, propose par exemple une définition très différente et très restreinte de la transitivité, les constructions transitives étant conçues comme « [celles] dans lesquelles figure un couple agentif/patientif ».

    7 Cette définition donnée par Creissels, 2006a, p. 281, nous paraît plus compréhensible que celle plus précise d’« […] entité non animée, éventuellement contrôlée par un agent, qui est à l’origine du procès », de Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 125.

    8 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 125. Notons que Creissels (2006a, p. 280-281), ne retient pas dans l’énumération qu’il fait des rôles sémantiques, le rôle de « siège », même s’il utilise le terme par ailleurs dans son ouvrage. En revanche, il retient le rôle de « expérient » : « être animé qui éprouve une sensation ou un sentiment » (ibid., p. 281). Nous considérons, pour notre part, les « expérients » (ou « expérimenteurs ») comme des sièges en ne retenant pas ici la distinction animé/inanimé. Dans ces deux ouvrages, il est souligné que l’analyse en rôle sémantique s’avère souvent délicate car, d’une part, « il n’y a aucun consensus sur l’inventaire des types de rôles » (ibid.), et que, d’autre part, les typologies des rôles sémantiques peuvent être très différenciées ou au contraire regroupées (Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 126). Dans une typologie plutôt regroupée, nous nous en tenons ici à quelques rôles clés qui suffisent à nos analyses.

    9 Tesnière, 1988, p. 255.

    10 Voisin & Kervajan, 2007, p. 162, considèrent d’ailleurs que ce mouvement constitue la « racine verbale » lorsque les formes manuelles du verbe ne varient pas. Cette proposition est intéressante en soi, mais autorise à attribuer la même racine à tous les verbes susceptibles de relier un agent et un patient/bénéficiaire, qui peuvent intégrer un objet ou un instrument. Il nous paraît donc plus pertinent de parler de « matrice iconique ». Sur la question de « racine verbale », voir aussi Voisin, 2008 et Kervajan, 2011.

    11 À ce sujet, voir Tesnière, 1988, p. 107.

    12 Voisin & Kervajan, 2007, p. 160-161.

    13 Parisot, 2003.

    14 Voisin & Kervajan, 2007, p. 161.

    15 Moody, 1983, p. 132-139. Il parlait alors d’« incorporation de la manière » (ibid., p. 136, 139), pour tout ce qui est adverbial, et qui, de notre point de vue, n’a rien à voir avec une typologie verbale.

    16 Parisot, 2003, p. 114.

    17 Voghel, 2016.

    18 Meurant, 2008, p. 150.

    19 Padden, 1983.

    20 Janis, 1995.

    21 Meir, 2002.

    22 Ce qui n’a pas manqué d’être fait (voir, entre autres, Janis, 1995).

    23 Fournier, 1984. Il est difficile de dater précisément cette appellation, mais elle était utilisée dans tous les cours de lsf dès la fin des années 1980.

    24 On pourrait éventuellement considérer que les verbes [inviter] ou [emprunter] sont des verbes passifs, mais le rapprochement sémantique et formel des trajectoires nous porte plus à penser que c’est bien le trait sémantique /s’approcher/s’éloigner/ qui est en jeu ici. D’autant que ce même trait se retrouve dans les verbes de déplacement.

    25 Ce phénomène a été décrit et enseigné de longue date. Nommé « incorporation du sujet » dans la première grammaire proposée par Moody, 1983, p. 137, il a été plus détaillé dans la première méthode d’enseignement/apprentissage de la lsf proposée par Amauger, Bertin, Gonzalez, Tsopgni & Vanbrugghe, 2013. On note d’ailleurs que le terme « classificateur », auquel nous préférons pour des raisons d’harmonisation théorique celui de « proforme », reste très utilisé dans tous les programmes d’enseignements de la lsf, tels qu’on peut les découvrir sur Internet. C’est également le terme « classificateur » qui est retenu dans la plus récente Grammaire de la lsfb, qui distingue entre classificateurs d’animaux, d’objets, de personnes et de véhicules. Mais les auteurs parlent aussi de « transfert personnel proforme » comme classificateur, ce qui ne clarifie pas la terminologie (Association lsfb asbl, Grammaire de la lsfb, t. 1, université de Namur, Institut libre Marie Haps, École Surdité, 2015, <www.lsfb.be>).

    26 Ainsi, nous ne retenons pas la différence posée par Padden entre « verbes spatiaux » et « verbes avec accord », que nous considérons comme deux types de « verbes à trajectoire ».

    27 Un phénomène là aussi décrit dans Moody, 1983, p. 138 et approfondi pour la lsq par Parisot, 2003.

    28 Entre autres Virole, 1996, p. 199-216, qui, dans le chapitre 10, intitulé « La pensée visuelle », met en relation directe la formation des signes et la « pensée visuelle ». Dans la réédition de l’ouvrage, 2006, p. 493, citée par Bobin, 2012, p. 35, il écrit qu’il s’agit « d’un style cognitif particulier utilisant, de façon majoritaire le traitement visuel spatial de l’information », ce qui, de notre point de vue, est plus précis et plus pertinent.

    29 Bellugi & Klima, 1978, cités par Virole, 2006, p. 201.

    30 Voir, par exemple, Sacks, 1996, 1998.

    31 Par exemple, Blondel & Tuller, 2000, p. 39, estiment que « l’aspect […] présente des défis particulièrement intéressants dans ses relations avec les adverbes, qui sont très souvent produits de façon simultanée avec le verbe ».

    32 Par exemple, Moody, 1983, p. 136, note que les verbes du « premier groupe » (c’est-à-dire les verbes à trajectoire) tout comme les verbes du « deuxième groupe » (c’est-à-dire les verbes simples) « peuvent incorporer l’adverbe de manière (toujours avec l’expression du visage). »

    33 « facial adverbs » en anglais : par exemple <https://www.youtube.com/watch?v=ianCxd71xIo>.

    34 « adverbial mouth gestures » (Crasborn & coll., 2008, p. 4). Les auteurs notent également que ces mouvements labiaux peuvent aussi être des adjectifs.

    35 Pfau & Steinbach, 2006, p. 73. « Other examples of grammaticalized non-manual gestures in sign languages are facial expressions which function as adjectival and adverbial modifiers and mouth gestures which accompany certain signs. » (« Les expressions faciales en fonction adjectivale ou adverbiale ainsi que certains gestes labiaux accompagnant certains signes sont des exemples de gestes non manuels grammaticalisés en langues gestuelles. » [notre traduction])

    36 « tense adverbials » (Alkoby, 1999).

    37 Ce caractère « fourre-tout » de la classe des adverbes dans les descriptions de la langue française est dénoncé par de nombreux auteurs. Par exemple, Creissels, 1995, p. 137, écrit que « l’inventaire traditionnel des ‘adverbes’ n’est rien d’autre qu’un fourre-tout où on se débarrasse de toutes les unités qu’on est incapable de ranger dans une classe grammaticale positivement définie, c’est-à-dire dont les membres ont en commun au moins certains comportements syntaxiques permettant de les caractériser ». Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 375, parlent, quant à eux, de « catégorie résiduelle ».

    38 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 375.

    39 Creissels, 2006a, p. 253.

    40 Par exemple, l’unité lexicale [vite] sera le plus souvent exécutée avec une mimique présentant un visage tendu, en lien avec l’expression d’une certaine urgence.

    41 Il nous paraît parfois difficile de distinguer entre les deux notions qui s’instancient, nous semble-t-il, en fonction du contexte et/ou de l’interprétation que l’on peut donner à une phrase. Par exemple, en français, /il travaille peu/ signifie tout à la fois que la quantité de travail fournie est faible (quantité) et/ou que le procès /travailler/ est envisagé avec une intensité faible.

    42 Le fait que le signe [bien] puisse en lsf, comme en français, fonctionner et comme adverbe et comme adjectif, ne pose aucun problème de description en lsf ; il s’agit pour nous d’une base adjectivo-adverbiale. En français, la question est plus délicate, puisque les adjectifs sont censés s’accorder (sauf exception !!) en genre et en nombre avec le nom – de ce point de vue, le syntagme nominal « une fille bien », pose quelques questions, « bien » étant le plus souvent catégorisé comme adverbe.

    43 Rappelons à ce sujet (III-3.1.2) que certains locuteurs, mais qui, selon nos observations, restent minoritaires, rejettent toutes formes d’emprunts au français, y compris par le biais de l’initialisation des signes, qui constitue, selon nous, un phénomène d’emprunt lié au contact de langues et observé à des degrés divers dans pratiquement toutes les langues signées décrites (voir Bakken Jepsen, De Clerck, Lutalo-Kiingi & McGregor, 2015).

    44 Ce qui explique que, par rapport aux langues audio-vocales, les langues gestuelles ont été longtemps qualifiées, compte tenu du canal, de langues visuo-manuelles, alors qu’aujourd’hui, on s’accorde sur la qualification de langues visuo-corporelles, les mains n’étant pas l’essentiel des articulateurs porteurs de sens et de syntaxe de ces langues.

    45 Entre autres Vermeerbergen, Leeson & Crasborn, 2007.

    46 Voir la synthèse faite au point 25.3, p. 489-493, dans Sandler & Lillo-Martin, 2006.

    47 Nous excluons des fonctions adverbiales les éléments permettant d’assurer les trois grands types de phrases que sont l’assertion, l’interrogation et l’injonction (X-2.2).

    48 Millet, 1997. Nous avions à l’époque posé la question des « unités linguistiques intermédiaires » (uli) que pourrait constituer le mouvement. Nous avons aujourd’hui tranché, entre ce qui nous paraît, même si nos critères ne sont pas encore suffisamment robustes, constituer des familles lexicales (II-4) ou relever d’une fonction adverbiale.

    49 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 339, considèrent que le gérondif « joue le rôle d’un complément circonstanciel et possède certaines propriétés des adverbes ». Nous le considérons comme fonctionnellement essentiellement adverbial. Par ailleurs, la distinction entre « participe présent » et « gérondif » faite pour la langue française, ne nous paraît pas pertinente pour la lsf ; soit l’élément porte sur un nom en fonction adjectivale, soit il porte sur un verbe en fonction adverbiale, comme on l’a déjà souvent remarqué.

    50 Creissels, 1995, p. 165 ; Creissels, 2006a, p. 181.

    51 Citons les définitions de Guillaume, 1933, p. 357 : « Le temps impliqué est celui que le verbe emporte avec soi, qui lui est inhérent, fait partie intégrante de sa substance et dont la notion est indissolublement liée à celle de verbe. Il suffit de prononcer le nom d’un verbe comme “marcher” pour que s’éveille dans l’esprit, avec l’idée d’un procès, celle du temps destiné à en porter la réalisation. Le temps expliqué est autre chose. Ce n’est pas le temps que le verbe retient en soi par définition, mais le temps divisible en moments distincts – passé, présent, futur et leurs interprétations – que le discours lui attribue. » Nous ne retenons pas toutes les autres subdivisions proposées par Guillaume « temps immanent, transcendant et décadent », qui nous paraissent bien moins pertinentes – du moins pour éclairer le fonctionnement de la lsf.

    52 On note qu’à ce terme « achèvement », calqué sur le terme anglais « achievement », Recanati & Recanati, 1999, préféreraient l’expression « verbe de résultat », d’autant que, dans la critique qu’ils font de cette classification, ils réfutent le caractère ponctuel des « achèvements » posé par Vendler, comme nous le mentionnons (synth. graph. 54).

    53 Creissels, 2006a, p. 182.

    54 Voir, entre autres, Alkolby, 1999.

    55 Sinte, 2015, p. 61.

    56 Guillaume, 1933.

    57 Sinte, 2015, p. 61.

    58 Sinte, 2010.

    59 Par exemple pour Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 253, il s’agit d’auxiliaires d’aspect, mais les auteurs mentionnent que « certaines grammaires placent la périphrase aller + infinitif dans les tableaux de conjugaison ».

    60 Creissels, 1995, p. 172. Il donne par exemple la phrase française « Sans cette panne, j’avais fini à coup sûr demain », où la valeur temporelle de futur n’est donnée que par « demain » et non par le tiroir verbal dit « plus-que-parfait ».

    61 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 253.

    62 Arrivé, Gadet & Galmiche, 1986, p. 76-80, opposent trois couples « perfectif/imperfectif », « accompli/inaccompli » et « limitatif / non limitatif » ; Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 292-296, retiennent les deux premiers et ajoutent « sécant / non sécant », « inchoatif/terminatif », « sémelfactif/itératif », et étudient également l’aspect « progressif » ; Creissels, 2006a, p. 190-196, s’appuie sur la classification de Vendler puis glose les deux oppositions « perfectif/imperfectif », « accompli/inaccompli » ; d’autres auteurs utilisent « fréquentatif » avec le sens « itératif » et utilisent le couple « ponctuel/duratif » (voir Tresson, 2017).

    63 Creisssels, 2006a, p. 190.

    64 Creisssels, 2006a, p. 190, remplace « borné » par « télique », ce dernier terme technique nous paraissant plus opaque que « borné », nous ne le retenons pas.

    65 Creissels, 2006a, p. 194.

    66 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 254.

    67 Creissels, 2006b, p. 8.

    68 Creissels, 1995, p. 266.

    69 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 245.

    70 Creissels, 1995, p. 271-272.

    71 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 245, notent que pour la description du français, « […] le terme de voix est officiellement abandonné depuis 1975 pour celui de tournure pronominale. »

    72 Si l’on peut considérer que, pour le français, ces deux constructions sont à relier à l’emploi des pronoms clitiques (compte tenu des commutations que l’on peut faire), ce n’est pas le cas en lsf.

    73 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 229, ainsi que Arrivé, Gadet & Gamiche, 1986, p. 99, tiennent ces deux termes pour équivalents.

    74 Creissels, 2006b, p. 10.

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    1 Nous reprenons ici le titre d’un double numéro de la revue Verbum, 2007, qui offre une analyse saisissante du lien entre verbe et sémantique.

    2 Creissels, 2006b, p. 1.

    3 À ce sujet voir, pour la description de la langue française, la distinction entre complément du verbe et complément circonstanciel (Béguelin, 2000, p. 149-152) ; voir aussi Creissels, 2006a, p. 273-275, qui propose de distinguer entre arguments et satellites, ces derniers jouant un « rôle syntaxique périphérique » ou « oblique ». On doit donc admettre qu’il existe des zones où l’appréciation pourra ne pas être tranchée. De ce point de vue, nous sommes assez d’accord avec Le Goffic, 1993, p. 77, lorsqu’il parle d’un « continuum » entre compléments « essentiels » et « accessoires ».

    4 On ne développe pas ici ce que Tesnière, 1988, p. 239-240, nomme les « verbes avalents », à savoir les tournures ou les verbes impersonnels essentiellement liés à des phénomènes météorologiques tels « Il pleut », « Il fait beau » ; voir à ce sujet (X-2.3.3).

    5 Guitteny, 2006, p. 305-306.

    6 Creissels, 2006a, p. 284, propose par exemple une définition très différente et très restreinte de la transitivité, les constructions transitives étant conçues comme « [celles] dans lesquelles figure un couple agentif/patientif ».

    7 Cette définition donnée par Creissels, 2006a, p. 281, nous paraît plus compréhensible que celle plus précise d’« […] entité non animée, éventuellement contrôlée par un agent, qui est à l’origine du procès », de Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 125.

    8 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 125. Notons que Creissels (2006a, p. 280-281), ne retient pas dans l’énumération qu’il fait des rôles sémantiques, le rôle de « siège », même s’il utilise le terme par ailleurs dans son ouvrage. En revanche, il retient le rôle de « expérient » : « être animé qui éprouve une sensation ou un sentiment » (ibid., p. 281). Nous considérons, pour notre part, les « expérients » (ou « expérimenteurs ») comme des sièges en ne retenant pas ici la distinction animé/inanimé. Dans ces deux ouvrages, il est souligné que l’analyse en rôle sémantique s’avère souvent délicate car, d’une part, « il n’y a aucun consensus sur l’inventaire des types de rôles » (ibid.), et que, d’autre part, les typologies des rôles sémantiques peuvent être très différenciées ou au contraire regroupées (Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 126). Dans une typologie plutôt regroupée, nous nous en tenons ici à quelques rôles clés qui suffisent à nos analyses.

    9 Tesnière, 1988, p. 255.

    10 Voisin & Kervajan, 2007, p. 162, considèrent d’ailleurs que ce mouvement constitue la « racine verbale » lorsque les formes manuelles du verbe ne varient pas. Cette proposition est intéressante en soi, mais autorise à attribuer la même racine à tous les verbes susceptibles de relier un agent et un patient/bénéficiaire, qui peuvent intégrer un objet ou un instrument. Il nous paraît donc plus pertinent de parler de « matrice iconique ». Sur la question de « racine verbale », voir aussi Voisin, 2008 et Kervajan, 2011.

    11 À ce sujet, voir Tesnière, 1988, p. 107.

    12 Voisin & Kervajan, 2007, p. 160-161.

    13 Parisot, 2003.

    14 Voisin & Kervajan, 2007, p. 161.

    15 Moody, 1983, p. 132-139. Il parlait alors d’« incorporation de la manière » (ibid., p. 136, 139), pour tout ce qui est adverbial, et qui, de notre point de vue, n’a rien à voir avec une typologie verbale.

    16 Parisot, 2003, p. 114.

    17 Voghel, 2016.

    18 Meurant, 2008, p. 150.

    19 Padden, 1983.

    20 Janis, 1995.

    21 Meir, 2002.

    22 Ce qui n’a pas manqué d’être fait (voir, entre autres, Janis, 1995).

    23 Fournier, 1984. Il est difficile de dater précisément cette appellation, mais elle était utilisée dans tous les cours de lsf dès la fin des années 1980.

    24 On pourrait éventuellement considérer que les verbes [inviter] ou [emprunter] sont des verbes passifs, mais le rapprochement sémantique et formel des trajectoires nous porte plus à penser que c’est bien le trait sémantique /s’approcher/s’éloigner/ qui est en jeu ici. D’autant que ce même trait se retrouve dans les verbes de déplacement.

    25 Ce phénomène a été décrit et enseigné de longue date. Nommé « incorporation du sujet » dans la première grammaire proposée par Moody, 1983, p. 137, il a été plus détaillé dans la première méthode d’enseignement/apprentissage de la lsf proposée par Amauger, Bertin, Gonzalez, Tsopgni & Vanbrugghe, 2013. On note d’ailleurs que le terme « classificateur », auquel nous préférons pour des raisons d’harmonisation théorique celui de « proforme », reste très utilisé dans tous les programmes d’enseignements de la lsf, tels qu’on peut les découvrir sur Internet. C’est également le terme « classificateur » qui est retenu dans la plus récente Grammaire de la lsfb, qui distingue entre classificateurs d’animaux, d’objets, de personnes et de véhicules. Mais les auteurs parlent aussi de « transfert personnel proforme » comme classificateur, ce qui ne clarifie pas la terminologie (Association lsfb asbl, Grammaire de la lsfb, t. 1, université de Namur, Institut libre Marie Haps, École Surdité, 2015, <www.lsfb.be>).

    26 Ainsi, nous ne retenons pas la différence posée par Padden entre « verbes spatiaux » et « verbes avec accord », que nous considérons comme deux types de « verbes à trajectoire ».

    27 Un phénomène là aussi décrit dans Moody, 1983, p. 138 et approfondi pour la lsq par Parisot, 2003.

    28 Entre autres Virole, 1996, p. 199-216, qui, dans le chapitre 10, intitulé « La pensée visuelle », met en relation directe la formation des signes et la « pensée visuelle ». Dans la réédition de l’ouvrage, 2006, p. 493, citée par Bobin, 2012, p. 35, il écrit qu’il s’agit « d’un style cognitif particulier utilisant, de façon majoritaire le traitement visuel spatial de l’information », ce qui, de notre point de vue, est plus précis et plus pertinent.

    29 Bellugi & Klima, 1978, cités par Virole, 2006, p. 201.

    30 Voir, par exemple, Sacks, 1996, 1998.

    31 Par exemple, Blondel & Tuller, 2000, p. 39, estiment que « l’aspect […] présente des défis particulièrement intéressants dans ses relations avec les adverbes, qui sont très souvent produits de façon simultanée avec le verbe ».

    32 Par exemple, Moody, 1983, p. 136, note que les verbes du « premier groupe » (c’est-à-dire les verbes à trajectoire) tout comme les verbes du « deuxième groupe » (c’est-à-dire les verbes simples) « peuvent incorporer l’adverbe de manière (toujours avec l’expression du visage). »

    33 « facial adverbs » en anglais : par exemple <https://www.youtube.com/watch?v=ianCxd71xIo>.

    34 « adverbial mouth gestures » (Crasborn & coll., 2008, p. 4). Les auteurs notent également que ces mouvements labiaux peuvent aussi être des adjectifs.

    35 Pfau & Steinbach, 2006, p. 73. « Other examples of grammaticalized non-manual gestures in sign languages are facial expressions which function as adjectival and adverbial modifiers and mouth gestures which accompany certain signs. » (« Les expressions faciales en fonction adjectivale ou adverbiale ainsi que certains gestes labiaux accompagnant certains signes sont des exemples de gestes non manuels grammaticalisés en langues gestuelles. » [notre traduction])

    36 « tense adverbials » (Alkoby, 1999).

    37 Ce caractère « fourre-tout » de la classe des adverbes dans les descriptions de la langue française est dénoncé par de nombreux auteurs. Par exemple, Creissels, 1995, p. 137, écrit que « l’inventaire traditionnel des ‘adverbes’ n’est rien d’autre qu’un fourre-tout où on se débarrasse de toutes les unités qu’on est incapable de ranger dans une classe grammaticale positivement définie, c’est-à-dire dont les membres ont en commun au moins certains comportements syntaxiques permettant de les caractériser ». Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 375, parlent, quant à eux, de « catégorie résiduelle ».

    38 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 375.

    39 Creissels, 2006a, p. 253.

    40 Par exemple, l’unité lexicale [vite] sera le plus souvent exécutée avec une mimique présentant un visage tendu, en lien avec l’expression d’une certaine urgence.

    41 Il nous paraît parfois difficile de distinguer entre les deux notions qui s’instancient, nous semble-t-il, en fonction du contexte et/ou de l’interprétation que l’on peut donner à une phrase. Par exemple, en français, /il travaille peu/ signifie tout à la fois que la quantité de travail fournie est faible (quantité) et/ou que le procès /travailler/ est envisagé avec une intensité faible.

    42 Le fait que le signe [bien] puisse en lsf, comme en français, fonctionner et comme adverbe et comme adjectif, ne pose aucun problème de description en lsf ; il s’agit pour nous d’une base adjectivo-adverbiale. En français, la question est plus délicate, puisque les adjectifs sont censés s’accorder (sauf exception !!) en genre et en nombre avec le nom – de ce point de vue, le syntagme nominal « une fille bien », pose quelques questions, « bien » étant le plus souvent catégorisé comme adverbe.

    43 Rappelons à ce sujet (III-3.1.2) que certains locuteurs, mais qui, selon nos observations, restent minoritaires, rejettent toutes formes d’emprunts au français, y compris par le biais de l’initialisation des signes, qui constitue, selon nous, un phénomène d’emprunt lié au contact de langues et observé à des degrés divers dans pratiquement toutes les langues signées décrites (voir Bakken Jepsen, De Clerck, Lutalo-Kiingi & McGregor, 2015).

    44 Ce qui explique que, par rapport aux langues audio-vocales, les langues gestuelles ont été longtemps qualifiées, compte tenu du canal, de langues visuo-manuelles, alors qu’aujourd’hui, on s’accorde sur la qualification de langues visuo-corporelles, les mains n’étant pas l’essentiel des articulateurs porteurs de sens et de syntaxe de ces langues.

    45 Entre autres Vermeerbergen, Leeson & Crasborn, 2007.

    46 Voir la synthèse faite au point 25.3, p. 489-493, dans Sandler & Lillo-Martin, 2006.

    47 Nous excluons des fonctions adverbiales les éléments permettant d’assurer les trois grands types de phrases que sont l’assertion, l’interrogation et l’injonction (X-2.2).

    48 Millet, 1997. Nous avions à l’époque posé la question des « unités linguistiques intermédiaires » (uli) que pourrait constituer le mouvement. Nous avons aujourd’hui tranché, entre ce qui nous paraît, même si nos critères ne sont pas encore suffisamment robustes, constituer des familles lexicales (II-4) ou relever d’une fonction adverbiale.

    49 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 339, considèrent que le gérondif « joue le rôle d’un complément circonstanciel et possède certaines propriétés des adverbes ». Nous le considérons comme fonctionnellement essentiellement adverbial. Par ailleurs, la distinction entre « participe présent » et « gérondif » faite pour la langue française, ne nous paraît pas pertinente pour la lsf ; soit l’élément porte sur un nom en fonction adjectivale, soit il porte sur un verbe en fonction adverbiale, comme on l’a déjà souvent remarqué.

    50 Creissels, 1995, p. 165 ; Creissels, 2006a, p. 181.

    51 Citons les définitions de Guillaume, 1933, p. 357 : « Le temps impliqué est celui que le verbe emporte avec soi, qui lui est inhérent, fait partie intégrante de sa substance et dont la notion est indissolublement liée à celle de verbe. Il suffit de prononcer le nom d’un verbe comme “marcher” pour que s’éveille dans l’esprit, avec l’idée d’un procès, celle du temps destiné à en porter la réalisation. Le temps expliqué est autre chose. Ce n’est pas le temps que le verbe retient en soi par définition, mais le temps divisible en moments distincts – passé, présent, futur et leurs interprétations – que le discours lui attribue. » Nous ne retenons pas toutes les autres subdivisions proposées par Guillaume « temps immanent, transcendant et décadent », qui nous paraissent bien moins pertinentes – du moins pour éclairer le fonctionnement de la lsf.

    52 On note qu’à ce terme « achèvement », calqué sur le terme anglais « achievement », Recanati & Recanati, 1999, préféreraient l’expression « verbe de résultat », d’autant que, dans la critique qu’ils font de cette classification, ils réfutent le caractère ponctuel des « achèvements » posé par Vendler, comme nous le mentionnons (synth. graph. 54).

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    58 Sinte, 2010.

    59 Par exemple pour Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 253, il s’agit d’auxiliaires d’aspect, mais les auteurs mentionnent que « certaines grammaires placent la périphrase aller + infinitif dans les tableaux de conjugaison ».

    60 Creissels, 1995, p. 172. Il donne par exemple la phrase française « Sans cette panne, j’avais fini à coup sûr demain », où la valeur temporelle de futur n’est donnée que par « demain » et non par le tiroir verbal dit « plus-que-parfait ».

    61 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 253.

    62 Arrivé, Gadet & Galmiche, 1986, p. 76-80, opposent trois couples « perfectif/imperfectif », « accompli/inaccompli » et « limitatif / non limitatif » ; Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 292-296, retiennent les deux premiers et ajoutent « sécant / non sécant », « inchoatif/terminatif », « sémelfactif/itératif », et étudient également l’aspect « progressif » ; Creissels, 2006a, p. 190-196, s’appuie sur la classification de Vendler puis glose les deux oppositions « perfectif/imperfectif », « accompli/inaccompli » ; d’autres auteurs utilisent « fréquentatif » avec le sens « itératif » et utilisent le couple « ponctuel/duratif » (voir Tresson, 2017).

    63 Creisssels, 2006a, p. 190.

    64 Creisssels, 2006a, p. 190, remplace « borné » par « télique », ce dernier terme technique nous paraissant plus opaque que « borné », nous ne le retenons pas.

    65 Creissels, 2006a, p. 194.

    66 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 254.

    67 Creissels, 2006b, p. 8.

    68 Creissels, 1995, p. 266.

    69 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 245.

    70 Creissels, 1995, p. 271-272.

    71 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 245, notent que pour la description du français, « […] le terme de voix est officiellement abandonné depuis 1975 pour celui de tournure pronominale. »

    72 Si l’on peut considérer que, pour le français, ces deux constructions sont à relier à l’emploi des pronoms clitiques (compte tenu des commutations que l’on peut faire), ce n’est pas le cas en lsf.

    73 Riegel, Pellat & Rioul, 1994, p. 229, ainsi que Arrivé, Gadet & Gamiche, 1986, p. 99, tiennent ces deux termes pour équivalents.

    74 Creissels, 2006b, p. 10.

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    Millet, A. (2019). Autour du verbe. In Grammaire descriptive de la langue des signes française. Grenoble: UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.16119
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    Millet, Agnès. « Autour du verbe ». Grammaire descriptive de la langue des signes française, UGA Éditions, 2019, https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.16119.

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