Notices biographiques
p. 377-386
Texte intégral
Martin Heidegger
1Martin Heidegger naît à Messkirch en 1889. Fils d’un sacristain catholique, Heidegger se prépare d’abord pendant son enfance à une carrière de prêtre. Cependant, au cours de ses études de philosophie et de théologie à Fribourg, Heidegger interrompt sa formation de prêtre. Il soutient sa thèse sur La doctrine du jugement dans le psychologisme en 1913, puis sa thèse d’habilitation sur Le traité de la signification et des catégories de Duns Scot.
2Après son engagement dans la Première Guerre mondiale, Heidegger est Privatdozent et assistant de Husserl à Fribourg. Pendant cette période, il commence un long travail, dans ses cours, sur l’herméneutique de la facticité, dans lequel il entend comprendre sur de nouveaux fondements herméneutiques la phénoménologie de Husserl. Cette période de celui qu’on appelle généralement le jeune Heidegger, est celle d’un dialogue constant avec d’autres penseurs, comme Karl Jaspers, et Elisabeth Blochmann. Heidegger pense une philosophie de la vie en se fondant sur les textes diltheyens. Il envoie à cette époque un manuscrit de son cours sur l’interprétation phénoménologique d’Aristote à Georg Misch, que ce dernier semble ne pas avoir lu.
3Son œuvre Sein und Zeit, publiée en 1927, fait suite à un tournant ontologique de ses recherches herméneutiques, tournant inauguré dans un cours de 1923. À la suite de cet ouvrage vite connu, Heidegger débat avec Cassirer à Davos, et échange plus encore avec Karl Jaspers qu’il rencontre régulièrement et avec qui il projette de fonder une revue tournée vers la philosophie de l’existence.
4À partir de 1932, Heidegger prend parti pour le national socialisme. Et dès 1933, il se montre actif dans la propagande nazie. Il devient recteur de l’université de Fribourg en 1933. Pendant toute la période d’adhésion au national socialisme, Heidegger continue ses cours, et accomplit le fameux tournant dans sa pensée. C’est à cette période que la porosité entre sa pensée philosophique et son engagement politique est le plus fort. Son engagement et son militantisme en faveur du nazisme n’empêcheront pas des frictions avec les instances du parti. Le débat concernant ce qui doit être sauvé de la pensée de Heidegger durant cette période est déjà largement développé par ailleurs.
5À partir de 1945, Heidegger est interdit d’enseigner sur la recommandation de Karl Jaspers. Cette interdiction dure jusqu’en 1949. Après cette date, il renoue des liens d’amitié distante avec Jaspers, et plus proche avec Hannah Arendt. Le professeur de Fribourg commence à dialoguer avec une nouvelle génération, comprenant, entre autres Jean-Paul Sartre et Jean Beaufret. Heidegger meurt en 1976.
Georg Misch
6Georg Misch naît en 1878 à Berlin où il fait ses études, qu’il confirme par une dissertation sur La fondation philosophique du positivisme dans les écrits de D’Alembert et Turgot en 1900. C’est à Berlin que Misch fait la connaissance de Dilthey qui enseigne là depuis 1883. Considéré comme l’élève fidèle de Dilthey, Misch est aussi son gendre, épousant Clara Dilthey.
7En 1900, l’Académie des Sciences de Berlin demande que l’on écrive une histoire de l’autobiographie. En 1904, Georg Misch répond à ce vœu en remettant quatre volumes, résultats de sa recherche touchant quatre périodes : l’antiquité, le moyen-âge, l’age baroque, et enfin les XVIIIe et XIXe siècles. Cette première version de son Histoire de l’autobiographie reçoit le prix de l’académie des sciences de Berlin. Suivant l’héritage diltheyen, Misch affirme, dans ces recherches, une thèse faisant de l’autobiographie une forme d’extériorisation de la vie. La publication de ces quatre volumes prendra plusieurs décennies, Misch remettant sans cesse l’ouvrage sur le métier. La publication du dernier volume sera posthume.
8Georg Misch devient enseignant d’abord à Marbourg en 1911 en tant que professeur extraordinaire, puis à Göttingen à partir de 1916. Son activité philosophique et son activité d’enseignement sont interrompues par la Première Guerre mondiale à laquelle il participe, et dont il revient décoré.
9De retour à Göttingen en 1919, il devient alors l’un des centres de gravité du cercle de Göttingen aux côtés de Hermann Nohl, puis de Josef König dont il est le professeur, et de Hans Lipps qui devient son collègue. Durant cette période, principalement entre 1920 et 1930, Misch travaille à une théorie herméneutique de la signification. Son chemin de pensée commence d’abord par un accueil et un héritage de la pensée du dernier Dilthey, dont les traces sont visibles dans son introduction au volume V des œuvres complètes de Dilthey. Peu à peu cependant, Misch se tourne vers une théorie originale de la signification qui doit beaucoup à son débat avec Husserl contre lequel il défend les thèses de Dilthey, et avec Heidegger, dont il critique fermement la pensée exposée dans Sein und Zeit, ignorant visiblement les premiers travaux du jeune Heidegger en direction d’une herméneutique de la facticité. Il publie alors Phénoménologie et philosophie de la vie. Parallèlement, et sans cesser de travailler à son Histoire de l’autobiographie, Misch continue de construire sa propre théorie de la signification dans ses cours, à la fin des années 20 et au début des années 30. Ses cours sont édités et publiés en 1994 sous le titre Édification de la logique sur le fondement de la philosophie de la vie. Un résumé de ses recherches fut cependant publié en 1947 dans un article portant sur « L’idée de la philosophie de la vie dans la théorie des sciences de l’esprit ».
10Parallèlement, Misch travaille une vaste réflexion sur la place, le rôle et l’histoire mondiale de la philosophie. Dans un esprit proche de celui de Dilthey dans La théorie des conceptions du monde, Misch publie ainsi en 1925 un premier ouvrage, relu et corrigé par les membres du cercle de Göttingen – Hermann Nohl, Bernard Groethuysen et Hans Lipps. Ce premier texte est intitulé Der Weg in die Philosophie (Le chemin dans la philosophie). À partir de 1935, Misch est écarté de l’enseignement à cause de ses ascendances juives, et doit s’exiler presque immédiatement en Angleterre d’où il ne reviendra qu’en 1946. Pendant son exil en Angleterre, Misch retravaille le texte de son Chemin dans la philosophie pour une édition anglaise, les volumes publiés de l’édition allemande étant mis en péril par les censures exercées par le régime nazi en Allemagne. Ce travail va amener Misch à allonger considérablement son texte, et à le modifier, pour le publier sous une forme nouvelle en 1950. Réhabilité, il deviendra professeur émérite à Göttingen, continuant à travailler à son histoire de l’autobiographie jusqu’à sa mort en 1965.
Hans Lipps
11Johann Heinrich Lipps naît en 1889 à Prina, en Saxe. Il commence ses études à Munich, puis rejoint Göttingen pour suivre l’enseignement de Husserl à l’institut de philosophie, tout en menant des études de médecine. Là, il fait partie du premier cercle de phénoménologie de Göttingen. Il devient l’intime d’Edith Stein, et l’ami d’Adolf Reinach, Hedwig Conrad-Martius, et Theodor Conrad.
12Hans Lipps participe à la Première Guerre mondiale en tant que médecin assistant, puis en tant que médecin. À plusieurs reprises, Lipps devra suspendre sa recherche et son enseignement philosophiques pour des raisons financières, et devra travailler en tant que médecin de bord sur plusieurs navires, ce qui sera l’occasion de nombreux voyages vers l’Amérique du sud, la Chine et l’Inde.
13Malgré tout, en 1921, Lipps passe son habilitation en philosophie grâce à un travail, perdu aujourd’hui, sur la philosophie des mathématiques. Il enseigne à Göttingen à partir de 1922. Pendant cette période d’enseignement, il fait la rencontre de Georg Misch, Helmuth Plessner et Josef König. Sans cesser de travailler avec ses premiers collègues phénoménologues, Lipps commence cependant à discuter avec ses nouveaux collègues herméneutes, et conduit même un séminaire en commun avec Georg Misch sur la théorie de la signification en 1923.
14Après de nombreuses publications d’articles dès 1925, Lipps écrit Les recherches pour une phénoménologie de la connaissance – le premier tome en 1927, et le second, après la lecture de Sein und Zeit en 1928. Ce premier ouvrage témoigne de la place ambivalente de Lipps, entre l’herméneutique du cercle de Göttingen, et la phénoménologie de Husserl et de Reinach.
15De 1928 à 1938, Lipps travaille en intermittence sur plusieurs articles touchant non seulement la philosophie mais également la médecine et la botanique. Ses recherches philosophiques s’orientent toujours plus vers l’herméneutique et en particulier vers une théorie herméneutique de la signification et du langage. Mais c’est progressivement une philosophie de l’existence qui commence à se faire jour dans ses écrits. Il quitte Göttingen en 1936 pour devenir professeur ordinaire à Francfort. Là, il publie Les recherches pour une logique herméneutique en 1938, livre dans lequel il déploie tout à fait sa pensée du langage. Son dernier livre, La nature humaine, portant plus la marque d’une philosophie de l’existence, est publié en 1941.
16En 1934, Hans Lipps s’engage dans la Reiter SS, en tant que médecin. Avec la majorité des autres membres de ce corps SS, il est intégré à la Wehrmacht pour combattre d’abord sur le front français en 1940, puis sur le front russe où il meurt en 1941.
17L’appartenance de Lipps au corps des cavaliers SS fait l’objet d’un débat sur son engagement politique pendant la période sombre du Troisième Reich, et concernant l’influence de cet engagement sur son propos philosophique. Ce débat est beaucoup moins connu que celui concernant Heidegger. Sans doute est-il permis d’en donner ici un résumé. En préalable à ce débat, il faut d’abord préciser que les témoignages concordent pour affirmer que rien n’était plus étranger à la pensée de Lipps que l’antisémitisme1.
18Militariste dans les années 1910, Lipps accueillit la Première Guerre mondiale avec enthousiasme. Il devint ensuite membre du Stahlhelm (« Les casques d’acier »), une organisation paramilitaire d’anciens soldats de la guerre, très revendicatifs à l’égard des conditions imposées à l’Allemagne après le traité de Versailles. Sous contrôle nazi à partir de 1934, l’organisation fut dissoute en 1935. Il se peut que l’appartenance de Lipps à un corps de SS se soit faite dans la continuité de sa participation aux casques d’acier2.
19Il reste qu’on peut se demander si la situation de Lipps à cette époque put avoir des rapports avec sa pensée philosophique. Par son engagement, et restant en poste sous le nazisme, il devint, de fait, représentant la philosophie sous le national-socialisme. Son parcours, parallèle à celui de Heidegger, peut faire supposer une certaine porosité entre l’engagement politique et les idées philosophiques.
20Dès ses premières publications, Lipps se fait herméneute. Soucieux de ne pas réduire la langue à n’être qu’un système de signes, il s’efforce de découvrir ce qui, en elle, peut être le témoignage de l’esprit d’un peuple, et de la cohésion d’une époque. Sa recherche entend alors redécouvrir, contre un langage purifié par l’emploi écrit, par la forme et la linguistique, une langue originaire plus proche de l’emploi vivant qui en est fait dans des situations culturellement déterminées. Il entend alors entrer dans la continuité des recherches de Humboldt sur le langage, mais il ouvre cependant une voie qui peut paraître semblable à celle qu’emprunte Heidegger dans les années 30. En ce sens, il est possible que le travail de Lipps sur la théorie herméneutique de la signification puisse être compris comme le préalable à une pensée idéologiquement marquée. Il nous semble cependant que la pensée lippsienne doit être interprétée, dans l’héritage de celle de Humboldt et Dilthey, comme une pensée tournée vers la vie des hommes, les sciences de l’esprit, de la culture, spécifiquement intéressée au langage, qui a beaucoup à offrir dans les débats contemporains sur la théorie de la signification.
Josef König
21Josef König naît le 24 février 1893 à Kaiserslautern, près de la frontière française. Après des études de philosophie et psychologie à Heidelberg, Marbourg et Zürich, entre 1912 et 1914, il participe à la Première Guerre mondiale en tant que simple soldat.
22À la fin de la guerre, il continue ses études à Göttingen, et devient l’élève de Georg Misch, l’ami de Hans Lipps, et l’intime de Helmut Plessner avec qui il discute souvent et entretient une correspondance extrêmement riche. Parallèlement à ses études, König est contraint, pour des raisons financières, de reprendre le commerce de ses parents, ce qui l’amène parfois à interrompre sa recherche. Il confirme cependant ses études avec sa thèse sur Le concept d’intuition en 1924 – son travail est publié en 1926. Après son doctorat, il vend son commerce et se consacre désormais exclusivement à la philosophie. König poursuit ses études à Rome, Athènes, Tübingen, et retourne à Marbourg pour suivre l’enseignement de Heidegger, dont il revient déçu.
23Durant toutes ces années d’études, König travaille à son grand œuvre, qui sera également son écrit d’habilitation : Être et penser, publié en 1933. Il ne reçoit cependant son habilitation qu’en 1935. Durant toute cette période, comme après la Seconde Guerre mondiale, König reste l’élève de Georg Misch, se préoccupant le plus souvent de logique, et tentant d’engager un débat avec la logique analytique de Russell et Frege. Sa recherche philosophique donne lieu à peu d’ouvrages publiés, mais à beaucoup d’articles qui tentent chaque fois d’articuler la logique analytique aux concepts présupposés par l’herméneutique de Misch.
24Pendant la Seconde Guerre mondiale, König est de nouveau appelé sur le front, en tant qu’officier d’artillerie de 1938 à 1943. Il est libéré de ses obligations militaires en 1943. Après guerre, il reprend la chaire de Ernst Cassirer à Hambourg, laissée sans remplaçant depuis que ce dernier fut contraint à l’exil en 1933 à cause de ses ascendances juives. Il retourne ensuite à Göttingen, où il continue à enseigner jusqu’en 1963. Il meurt en 1974 à Göttingen.
25Pour Josef König se pose également la question de sa participation à la politique nazie. Son engagement national socialiste est moins nuancé, semble-t-il que celui de Lipps. En effet, dès 1934, Josef König fait partie du Nationalsozialistischer Lehrerbund, la ligue national-socialiste des enseignants, qui promeut le nazisme dans l’enseignement. La même année, il devient également membre du Nationalsozialistische Fliegerkorp, une organisation paramilitaire destinée, avant la création de la Luftwaffe, à donner une aviation à l’Allemagne en dépit des interdictions portées sur le traité de Versailles.
26Les témoignages sont moins nombreux concernant Josef König que concernant Hans Lipps. La pensée extrêmement spéculative de König, préoccupé principalement de problèmes touchant la logique formelle et la logique spéculative, n’entretient aucun lien réel avec sa participation à différentes instances nazies.
Helmuth Plessner
27Helmuth Plessner naît en 1892 à Wiesbaden. Il commence ses études en 1911 en zoologie et philosophie, d’abord à Heidelberg, puis à Berlin, et enfin à Göttingen. Au cours de ses études il put suivre les enseignements aussi bien de néo-kantiens comme Emil Lask, que de phénoménologues comme Husserl. À Göttingen, Plessner rencontre Hans Lipps, Josef König et Georg Misch. Il n’est cependant pas tout à fait permis de tenir Plessner pour un membre du cercle de Götttingen. En effet, dès son habilitation en tant que PrivatDozent (maître de conférence) en 1920, Plessner part à l’université de Cologne, et se plonge dans une recherche plus spécifiquement orientée sur l’anthropologie philosophique, suivant un héritage aussi bien herméneutique – celui de Georg Misch, et plus tardivement de Martin Heidegger – que phénoménologique – dans le droit fil des études de Husserl.
28Parallèlement à sa recherche, Plessner entretient une correspondance très riche avec Josef König, chacun relisant les travaux de l’autre et les soumettant à une critique bienveillante. Les deux amis se rencontrent régulièrement, et s’efforcent de maintenir entre eux l’esprit de travail et de coopération qu’ils avaient trouvé à Göttingen. Leur correspondance continuera même après l’avènement du nazisme, mais deviendra de plus en plus espacée, et de moins en moins riche en contenu.
29Plessner est extrêmement prolixe, et multiplie les textes. En 1923, il publie un premier grand ouvrage : Die Enheit der Sinne dans lequel il s’appuie aussi bien sur des recherches phénoménologiques que sur ses connaissances physiologiques pour donner un premier aperçu de ce qui sera son anthropologie philosophique. Celle-ci sera pleinement déployée en 1927 dans Les étapes de l’organique et l’homme. Plessner ouvre alors un débat original, dans lequel il défend une position phénoménologique et des analyses herméneutiques face au béhaviorisme et au gestaltisme qui commencent, à cette époque, à rayonner. Moins sceptique que König à l’égard de la pensée de Heidegger, Plessner regrettera ne pas avoir lu Sein und Zeit avant d’avoir terminé son manuscrit. Son anthropologie philosophique entendant découvrir l’homme dans sa totalité, l’amène, durant la même période, à produire des analyses sociales et politiques sur le sens de la communauté. Il publie ainsi Grenzen der Gemeinschaft. Eine Kritik des sozialen Radikalismus en 1924, puis, assurant le lien entre une anthropologie tournée vers la biologie et une autre tournée vers la politique, Macht und menschliche Natur en 1931.
30Écarté de l’enseignement à cause de ses ascendances juives en 1933, Plessner s’exile. Après un détour par la Turquie, il trouve finalement à enseigner à Groningue aux Pays-Bas en tant que sociologue à partir de 1936. Il est à nouveau menacé en 1940 par l’invasion allemande, et doit vivre caché. Plessner survit à l’occupation grâce à l’aide d’amis néerlandais. Après la guerre, il devient professeur ordinaire en sociologie à Groningue, et ne revient en Allemagne qu’en 1951 où il enseigne la philosophie, tout en participant à plusieurs travaux de recherches de l’école sociologique de Francfort à la demande de Horkheimer et Adorno. Pendant toute cette période, Plessner ne cesse de faire vivre la sociologie de son époque. Helmuth Plessner meurt en 1985 à Göttingen.
Notes de bas de page
1 Dans un travail intitulé « Hans Lipps im Spiegel seiner Korrespondanz » (Dilthey Jahrbuch 6/1989, p. 52-98), Frithjof Rodi et Karl Schuhmann reproduisent plusieurs lettres de Anna Reinach – la femme d’Adolf Reinach – et de Edmund Husserl rappelant le soutien public apporté par Lipps à ses amis de confession juive pendant cette période. Waltraud Herbstrith, dans une contribution portant sur la relation entre Hans Lipps et Edith Stein (« Hans Lipps im Blick Edith Steins », Dilthey Jahrbuch 6/1989) reproduit de son côté une des dernières lettres d’Edith Stein témoignant de son affection pour Lipps, demandant qu’on dise une prière pour Lipps mort sur le front russe, peu de temps avant qu’elle-même ne meurt à Auschwitz.
2 Rodi et Schuhmann produisent un grand nombre de témoignages et de faits qui attestent d’une certaine distance de Lipps à l’égard de la doctrine nazie, alors même qu’il était engagé dans la Reiter SS. Ces faits sont anecdotiques – une enquête contre Lipps à Francfort à la suite d’une plainte d’un assistant pour des propos anti-nazis, le refus répété de prendre sa carte au parti, le soutien public apporté par Lipps à certains de ses amis en difficulté en raison de leur confession juive. Ils ne suffisent pas à « sauver » Lipps comme l’espèrent semble-t-il Rodi et Schuhmann, du fait de son engagement chez les SS. Ils peuvent cependant faire douter de la sincérité de son adhésion à la doctrine nationale socialiste. Sans doute est-il permis de parler, à propos de cet engagement de Lipps dans la SS, d’une indifférence coupable du penseur à l’égard du sort de ses contemporains et de ses proches.
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