Chapitre III. Analyse statistique de la programmation
p. 57-86
Texte intégral
1L’analyse des cahiers de l’exploitant, qu’il avait conservés en archives et sur lesquels il notait manuellement chaque semaine les principales indications concernant l’exploitation des films qu’il diffusait – titres, entrées, recettes, nombre de séances (pas toujours) –, ont constitué une ressource précieuse qui a permis d’analyser la programmation, son évolution ainsi que celle de la demande du public. Elles ont été comparées avec les données collectées par le CNC, établies hebdomadairement à partir des déclarations des bordereaux de films envoyés par l’exploitant dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais réellement exploitables, par l’informatisation ultérieure des supports hebdomadairement et soigneusement dactylographiés de l’époque, à partir des données de l’année 1960. Rares ont été les discordances entre les deux sources, qui se sont souvent au contraire complétées l’une l’autre.
Deux pages d’un carnet de programmation du Patis de 1955 (Les noms des réalisateurs et les dates des films ont été ajoutés par nous)

1) Les périodes de diffusion
L’ouverture de la salle
2De 1942 à 1983, les 42 années civiles d’exploitation de la salle analysées sont en fait ramenées à moins de 41 car comprenant deux années partielles, celle de l’ouverture (1942) qui ne s’opère qu’en octobre, et celle de la fermeture définitive (1983) en août, soit précisément 2128 semaines de fonctionnement.
3Elles se répartissent en 1979 semaines d’exploitation et 149 de fermeture (7 % du temps d’exploitation), ces dernières comprenant deux catégories différentes. Des fermetures contraintes vont apparaître à deux moments essentiels : au lendemain de la Guerre (1944), puis en 1980, soit au total durant 68 semaines. Les autres semaines de fermeture correspondent à des choix d’exploitation, périodes de fermeture annuelle estivale, rares avant 1963, mais qui vont se systématiser à partir de cette date, durant quatre semaines de 1963 à 1976, pour s’interrompre les années suivantes, hormis 1982, année précédant la fermeture définitive (tableau 1). Quant à la période de fermeture annuelle, elle répond à la fois à une adaptation au départ en congés des spectateurs, et donc à une moindre rentabilité de la salle, et également à la prise des congés payés du personnel, dont la durée légale en France était passée à trois semaines en 1956 à quatre en 1969, puis cinq en 1982.
Tableau 1 : Semaines d’exploitation et films diffusés
| Années | Semaines d’ouverture | Semaines de fermeture | Nombre de programmes diffusés dans l’année | Nombre moyen de films par semaine |
| 1942 | 6 | 6 | 1 | |
| 1943 | 51 | 51 | 1 | |
| 1944 | 38 | 14 | 38 | 1 |
| 1945 | 49 | 3 | 49 | 1 |
| 1946 | 50 | 2 | 50 | 1 |
| 1947 | 53 | 53 | 1 | |
| 1948 | 53 | 53 | 1 | |
| 1949 | 52 | 59 | 1,1 | |
| 1950 | 52 | 59 | 1,1 | |
| 1951 | 52 | 53 | 1 | |
| 1952 | 53 | 54 | 1 | |
| 1953 | 52 | 59 | 1,1 | |
| 1954 | 53 | 57 | 1,1 | |
| 1955 | 51 | 52 | 1 | |
| 1956 | 53 | 54 | 1 | |
| 1957 | 52 | 55 | 1,1 | |
| 1958 | 50 | 2 | 51 | 1 |
| 1959 | 52 | 52 | 1 | |
| 1960 | 52 | 53 | 1 | |
| 1961 | 52 | 56 | 1,1 | |
| 1962 | 53 | 55 | 1 | |
| 1963 | 49 | 3 | 60 | 1,2 |
| 1964 | 48 | 4 | 83 | 1,7 |
| 1965 | 48 | 4 | 78 | 1,6 |
| 1966 | 49 | 4 | 83 | 1,7 |
| 1967 | 48 | 4 | 87 | 1,8 |
| 1968 | 48 | 4 | 91 | 1,9 |
| 1969 | 48 | 4 | 93 | 1,9 |
| 1970 | 48 | 4 | 85 | 1,8 |
| 1971 | 48 | 4 | 85 | 1,8 |
| 1972 | 49 | 4 | 86 | 1,8 |
| 1973 | 48 | 4 | 80 | 1,7 |
| 1974 | 48 | 4 | 73 | 1,5 |
| 1975 | 49 | 4 | 75 | 1,5 |
| 1976 | 49 | 4 | 81 | 1,7 |
| 1977 | 53 | 81 | 1,5 | |
| 1978 | 53 | 81 | 1,5 | |
| 1979 | 53 | 76 | 1,4 | |
| 1980 | 22 | 30 | 29 | 1,3 |
| 1981 | 14 | 38 | 14 | 1,0 |
| 1982 | 48 | 5 | 76 | 1,6 |
| 1983 | 30 | 46 | 1,5 | |
| total | 1979 | 149 | 2612 | 1,3 |
Le nombre de films programmés
4Le mono-écran qu’est demeuré Le Patis tout au long de son existence ne pouvait diffuser qu’un seul film à un horaire donné, au contraire des complexes qui se développèrent à partir de 1969, qui pouvaient en proposer plusieurs simultanément, un par salle de l’établissement. Toutefois, au cours de la semaine, plusieurs films pouvaient être projetés à des horaires décalés, en général selon les différents publics auxquels ils s’adressaient. Les quatre décennies d’exploitation de la salle montrent de ce point de vue deux périodes distinctes. Avant 1962, la monoprogrammation (un seul film à l’affiche toute la semaine) demeurera la règle, absolue jusqu’en 1958, relative avec quelques exceptions annuelles durant toute la décennie suivante, dépendant davantage d’opportunités que relevant d’une politique choisie (graphique 1).
5En revanche 1963 marque une rupture dans le mode d’exploitation. La multiprogrammation va être systématique à partir de 1964, année à partir de laquelle le nombre de films annuels va passer de la cinquantaine à 80, soit une moyenne de 1,7 à 1,9 par semaine, celles ne diffusant qu’un seul titre devenant exceptionnelles. Elle est surtout liée à ce que, à partir de l’automne 1963, la programmation se dédouble : des séances avec des films recommandés Art et Essai projetés en version originale sous-titrée en semaine, une programmation commerciale traditionnelle le week-end. La part de l’une et de l’autre évoluera. La multiprogrammation coïncide également avec l’apparition de la période de fermeture estivale. Au total, sur toute la période, avec 2612 titres programmés sur les quatre décennies, Le Patis aura diffusé 1,3 film en moyenne par semaine de fonctionnement.
Graphique 1. Nombre de films diffusés au Patis : 1942-1983

Les séances
6Malgré l’imprécision dans l’exploitation des bordereaux de caisse pour certaines semaines, plusieurs périodes dans l’offre de séances ont été mises en relief :
- de 1943 à 1950, la salle ouvre avec 10 séances hebdomadaires, offrant quelques variations inévitables selon des évènements conjoncturels (jours fériés, durée des titres, etc.) ;
- pendant les deux décennies suivantes, de 1951 à 1969, le rythme est régulièrement de 9 séances hebdomadaires, avec les mêmes exceptions que pour la période antérieure, ainsi que l’égalité de traitement des titres à l’affiche (2 fois 5 séances) en cas de double programme ;
- à partir de 1970 et de la généralisation de la multiprogrammation, le nombre de séances devient plus instable, dépendant davantage de la longueur des films et des publics auxquels ils s’adressent, mais il tourne autour de 8 séances hebdomadaires jusqu’en 1975, pour diminuer encore ensuite : 6-7 séances ;
- à la réouverture de 1981 la rupture est complète : la salle offre tous les jours 2 à 4 séances quotidiennes, soit 12 à 20 séances hebdomadaires selon les films proposés, mais avec des variations assez erratiques.
2) Les programmes diffusés
7Parmi les 2612 programmes offerts au public durant ces quatre décennies, certains films furent diffusés plusieurs fois. Pour ceux-ci, plusieurs cas ont pu se produire : soit des films repris des mois ou années après leur première diffusion dans la salle, soit des films demeurant plusieurs semaines consécutives à l’affiche, ces deux phénomènes possédant des logiques et caractéristiques différentes, et apparaissant à des périodes distinctes. Si l’essentiel des titres programmés ne l’auront été qu’une seule fois, et durant une seule semaine, l’analyse détaillée de la programmation va nous permettre de saisir l’évolution de l’offre de la salle, parallèlement à celle de la carrière des films en salles.
Les programmes rediffusés
8Pour les 308 titres au total qui firent l’objet d’une reprise de diffusion au Patis, les deux tiers le furent une seule fois, et un tiers de deux à huit fois, composant un total de 451 programmes, soit 17 % de ceux offerts au cours des quatre décennies pour 14 % la totalité des films projetés, une proportion caractéristique d’une salle de quartier qui n’était pas d’exclusivité. La politique de reprise de titres répondra toutefois à des fréquences et des motivations distinctes selon les périodes, et elle concernera des titres de natures distinctes.
Tableau 2 : Films reprogrammés
| Reprise du même film deux semaines non consécutives | Nombre de films concernés |
| 1 fois | 217 |
| 2 | 61 |
| 3 | 16 |
| 4 | 11 |
| 5 | 1 |
| 6 | 0 |
| 7 | 1 |
| 8 | 1 |
| Total des films reprogrammés | 308 |
9Les reprises demeurèrent exceptionnelles au début de l’exploitation (graphique 2), n’atteignant pas un film par mois jusqu’en 1963, selon un rythme inversement proportionnel à la fréquentation globale. Elles apparaissent d’abord clairement, dans une optique commerciale, comme une mesure compensatoire à la baisse de fréquentation (années cinquante, soixante), avant de répondre, dans le cadre de la programmation Art et Essai, à une logique plus cinéphilique de re-proposition des œuvres reconnues (années soixante-dix).
Graphique 2 - Nombre de films rediffusés dans l’année

10L’écart temporel entre les différentes diffusions d’un titre était originellement très élevé, de quatre à six ans entre les premières et secondes diffusions en général. Il tendra à se réduire dans les années soixante à trois ans, avant de devenir indépendant de la date de première diffusion, la logique devenant davantage – mais pas exclusivement – cinéphilique que commerciale, ce qui explique que, alors que le nombre de films rediffusés doublera de la décennie soixante à la décennie soixante-dix, ce seront de moins en moins des films récents (graphique 3).
Graphique 3 - Années d’origine et de premières rediffusions

Les films rediffusés
Affiche de L’enfant dans la tourmente

11Le premier film repris pour une seconde diffusion fut le mélodrame familial L’Enfant dans la tourmente : nouvelle sortie en avril 1942 du film de René Jayet avec Jules Berry et Suzy Vernon (le premier titre était Retour au bonheur) que Le Patis avait diffusé étonnement tôt, dès janvier 1943. Il aura donc été repris seulement six mois plus tard, ce malgré un succès fort relatif (1.026 entrées) qui se confortera cependant (1.138). Cette première reprise ne fut toutefois ni annonciatrice ni représentative des suivantes.
12Le film le plus anciennement diffusé au Patis à l’avoir été une seconde fois aura été la comédie musicale de Richard Pottier, Lumières de Paris (1938). Sorti au Patis en décembre 1942, soit quelques semaines seulement après l’ouverture de la salle, il sera repris quatre ans plus tard, en raison de son fort succès, lié à la présence du chanteur Tino Rossi. Il réalisera d’ailleurs davantage d’entrées lors de sa reprise : 2.233 contre 1.660.
13La logique initiale des rediffusions de films n’était pas absolument chronologique, c’est-à-dire qu’elle ne se voyait pas corrélée avec la date de première diffusion en salle. La comparaison (tableau 3) entre les premiers films à avoir été repris (partie haute du tableau) et les premiers à avoir été rediffusés (partie basse) fait apparaître une seule moitié de titres commune, et dans un ordre non chronologique. Les opportunités, genres de films et négociations avec les distributeurs priment très logiquement sur l’ordre chronologique de diffusion.
14La durée d’attente entre la première diffusion et la rediffusion tend à légèrement diminuer dans le temps. Supérieure à cinq ans en moyenne les deux premières décennies, elle n’est plus que de quatre ans ultérieurement. La reprise de quelques « classiques » des années quarante et cinquante (À l’Est d’Eden, Pour qui sonne le glas ?, Casablanca, etc.) fera augmenter cette moyenne qui, en réalité, pour les films d’exploitation commerciale traditionnelle, ne cessera de diminuer pour être plus proche de deux ans.
Tableau 3 : Premiers films rediffusés au Patis
| An | Sem. | Titre | Entrées |
| Selon la date de premier passage | |||
| 1942 | 49 | Lumières de Paris | 1660 |
| 1942 | 52 | Les Rois du sport | 2582 |
| 1943 | 1 | L’Enfant de troupe | 1987 |
| 1943 | 4 | L’enfant dans la tourmente | 1026 |
| 1943 | 5 | Monsieur Hector | 974 |
| 1943 | 10 | La Neige sur les pas | 1636 |
| 1943 | 12 | Ramuntcho | 1411 |
| 1943 | 26 | La Bandera | 1298 |
| 1943 | 31 | Sans famille | 1951 |
| 1943 | 34 | Paradis perdu | 2428 |
| 1943 | 38 | Les Cinq Sous de Lavarède | 2443 |
| 1943 | 47 | Marius | 2418 |
| 1943 | 48 | Fanny | 2443 |
| 1943 | 49 | César | 2476 |
| 1943 | 51 | Narcisse | 3178 |
| 1944 | 5 | Le Tigre du Bengale | 2168 |
| 1944 | 6 | Le Tombeau hindou | 2229 |
| Selon la date de première rediffusion | |||
| 1943 | 22 | L’enfant dans la tourmente | 1138 |
| 1943 | 32 | Un de la Canebière | 2525 |
| 1946 | 19 | Lumières de Paris | 2233 |
| 1946 | 21 | Le Secret de Madame Clapain | 1184 |
| 1946 | 27 | Patricia | 1472 |
| 1946 | 48 | Ramuntcho | 1974 |
| 1947 | 8 | Le Mariage de Chiffon | 1529 |
| 1947 | 26 | Monsieur Hector | 873 |
| 1947 | 43 | Le Tigre du Bengale | 1610 |
| 1947 | 44 | Le Tombeau hindou | 1498 |
| 1948 | 21 | Trois de Saint-Cyr | 1335 |
| 1948 | 32 | Marius | 1462 |
| 1948 | 33 | Fanny | 1389 |
| 1948 | 34 | César | 1532 |
| 1949 | 3 | Monsieur La Souris | 1250 |
| 1949 | 19 | Fièvres | 1915 |
| 1949 | 20 | Paradis perdu | 1647 |
15(En gras : les titres qui apparaissent à la fois dans la liste des premiers films à avoir été repris et dans celle des premiers films rediffusés).
Les résultats des rediffusions
16Au début du phénomène des films repris, on relève qu’à de rares exceptions près (dont le premier film à l’avoir été), les entrées initialement générées par ces films sont relativement élevées (1.500 à 2.500 entrées dans la semaine), et que leur rediffusion engrange également un nombre important d’entrées. Quelques-uns en génèrent davantage que lors de leur première diffusion, mais la majeure partie nettement moins (graphique 4), sans qu’une loi de proportionnalité se dégage, ni par période temporelle, ni par genre ou nationalité des films. Hormis la première période, celle de l’immédiat après-guerre, où un effet de rattrapage peut expliquer ces bons résultats des secondes diffusions, la règle sera que les reprises génèreront moins d’entrées que les premières diffusions, dans plus de 90 % des cas.
17Les 308 films repris générèrent 335.000 entrées lors de leur première diffusion, soit chacun près de 1.100 en moyenne, mais seulement 200.000 lors de leur deuxième passage (650 en moyenne), soit une baisse de 40 % d’une diffusion à l’autre. Le phénomène est parfaitement compréhensible : l’essentiel du public est toujours touché dès la première fois et ne retourne que très minoritairement voir le film une seconde fois ; et les spectateurs interpellés par le « bouche-à-oreille » au sujet d’un film qu’ils auraient raté lors de sa première diffusion sont toujours moins nombreux, surtout plusieurs années après. Pour cette salle, la logique de fréquentation du public était bien structurée par la présentation durant une seule semaine des œuvres, nettement moins sur une exploitation de longue durée ou de reprise.
Graphique 4 - Différentiel des entrées générées par les films entre leur première diffusion et leur première ???? (1943-1983)

18Le choix des films repris semble avoir obéi à trois logiques distinctes et successives :
19– Une première période, qui concerne peu de films, regroupe celle de la guerre et de l’immédiate après-guerre, où domine essentiellement une logique de rattrapage, de rediffusion des films qui avaient été peu ou mal diffusés durant l’occupation, ou liés à la pénurie d’après-guerre ;
20– Une seconde période (1948-1965) concerne une centaine de films qui seront tous de grands ou très grands succès dans la salle. Les entrées initiales auront varié de 1.500 à plus de 3.000 entrées, le record étant La Pocharde de J-L. Bouquet et J. Kemm, qui aura généré 3.381 entrées lors de sa première diffusion en 1946 (mais trois fois moins trois ans plus tard). La visée est clairement commerciale : rediffuser des films qui ont généré des entrées pour optimiser la probabilité d’en engranger d’autres à nouveau ;
Tableau 4 : Nombre de films diffusés au moins trois fois au Patis
| Années de rediffusion | 2e rediffusion | 3e rediffusion | 4e rediffusion | 5e rediffusion | 6e rediffusion | 7e rediffusion | 8e rediffusion |
| 1947 | 1 | ||||||
| 1948 | - | ||||||
| 1949 | - | ||||||
| 1950 | - | ||||||
| 1951 | - | ||||||
| 1952 | 2 | ||||||
| 1953 | - | ||||||
| 1954 | - | ||||||
| 1955 | 1 | ||||||
| 1956 | 5 | ||||||
| 1957 | 1 | ||||||
| 1958 | 3 | 1 | |||||
| 1959 | 2 | ||||||
| 1960 | 1 | ||||||
| 1961 | - | ||||||
| 1962 | 4 | ||||||
| 1963 | 4 | 1 | 1 | ||||
| 1964 | 1 | 2 | |||||
| 1965 | 6 | 1 | |||||
| 1966 | 3 | ||||||
| 1967 | 1 | 3 | 2 | ||||
| 1968 | 4 | ||||||
| 1969 | 3 | ||||||
| 1970 | 4 | 5 | |||||
| 1971 | 6 | ||||||
| 1972 | 3 | 1 | 1 | 1 | |||
| 1973 | 1 | 2 | |||||
| 1974 | 4 | 1 | 1 | ||||
| 1975 | - | 2 | 1 | ||||
| 1976 | 3 | 3 | 1 | ||||
| 1977 | 6 | 1 | 1 | ||||
| 1978 | 8 | 3 | 1 | ||||
| 1979 | 8 | 2 | 2 | 1 | |||
| 1980 | 1 | 1 | 1 | 1 | |||
| 1981 | - | ||||||
| 1982 | 3 | 3 | 3 | ||||
| 1983 | 2 | 1 | 1 | ||||
| total | 91 | 30 | 14 | 3 | 2 | 2 | 1 |
21– À partir de 1966, la logique des reprises deviendra mixte : commerciale pour l’essentiel, elle touchera également des titres ayant généré moins d’entrées, mais reconnus artistiquement. Le Crime était presque parfait, Les Fraises sauvages et Hiroshima mon amour inaugureront cette tendance, malgré de très faibles entrées initiales (251 et 486 respectivement pour les deux derniers), et ce critère prévaudra pour la reprise des films lors de la décennie suivante. Dans le cadre de la programmation Art et Essai, la rediffusion de films de patrimoine (Le Cameraman, Les Vacances de M. Hulot, etc.) ou recommandés par ce label (Charles mort ou vif, La Grande Bouffe, etc.) prendra une part grandissante, malgré de faibles, voire très faibles scores constants.
Les films multi-rediffusés
22À la fois pour des raisons de durée de l’exploitation, du temps nécessaire entre deux rediffusions, mais également de conception de l’exploitation de la salle et de politique de programmation, les films qui firent l’objet d’au moins deux rediffusions demeurent quantitativement rares, et ils apparaissent à partir du milieu des années cinquante. Le premier est en 1947 l’atypique L’Enfant dans la tourmente déjà cité, les suivants en 1952 Le Tombeau hindou (Richard Eichberg, 1937) et Fièvres (Jean Delannoy, 1941).
23Un accroissement du nombre des rediffusions, mais également des films pluri-rediffusés, s’observera en 1963 (tableau 4), le rang de rediffusion de certains films augmentant au fil des ans, moins en raison de l’ancienneté des œuvres que de la politique de programmation de la salle.
24En effet, si le premier film à être repris une troisième fois (4e diffusion) le sera en 1958 (le même Fièvres, Jean Delannoy), ce titre sera également le premier en 1963 à connaître une quatrième rediffusion. La Fille du puisatier (Marcel Pagnol, 1940) sera le premier en 1972 à connaître une cinquième rediffusion. Mais Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone, 1968) le sera pour les sixième et septième fois, battant tous les records. C’est l’unique film à avoir été repris huit fois, c’est-à-dire diffusé neuf semaines non consécutives, en sus de sa première reprise, où il fut diffusé deux semaines consécutives.
25Cette trentaine de films diffusés de multiples fois accentue et éclaire la logique des rediffusions, en marquant clairement les deux périodes principales :
26– durant deux décades, de 1943 à 1963, les films diffusés plus de quatre fois au Patis sont tous des films populaires. Ils réalisent un nombre élevé d’entrées ; il y a là deux séries emblématiques : la trilogie de Marcel Pagnol (à laquelle on peut ajouter son quatrième film, La Fille du puisatier) et celle des Sissi ;
27– la période suivante sera dominée par des films qui auront marqué l’histoire du cinéma et la cinéphilie ; leurs reprises et rediffusions participent explicitement d’un choix de programmation de l’exploitant de la salle, et non d’une volonté commerciale, le public ne se trouvant guère au rendez-vous pour la majorité d’entre eux (Les Fraises sauvages, Pierrot le fou, etc.). S’intercaleront toutefois quelques films, à la fois populaires et Art et Essai (Family life, Woodstock, etc.), caractéristiques des années soixante-dix.
Tableau 5 : Les 30 films diffusés au moins 4 fois au Patis
| 1re diffusion | Titres | entrées hebdomadaire | total entrées | |||||||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | |||
| 1943 | César | 2476 | 1532 | 1071 | 451 | 5530 | ||||||
| 1943 | Fanny | 2443 | 1389 | 1010 | 383 | 5225 | ||||||
| 1943 | Marius | 2418 | 1462 | 1306 | 395 | 5581 | ||||||
| 1946 | Fièvres | 2087 | 1915 | 1432 | 483 | 955 | 6872 | |||||
| 1947 | La Fille du puisatier | 2401 | 1740 | 1644 | 1284 | 727 | 237 | 8033 | ||||
| 1953 | Le Trou normand | 1768 | 1124 | 1873 | 620 | 5385 | ||||||
| 1956 | Autant en emporte le vent | 1277 | 836 | 569 | 262 | 2944 | ||||||
| 1956 | Sur le banc | 1928 | 2566 | 1721 | 847 | 256 | 7318 | |||||
| 1958 | À l’Est d’Eden | 1018 | 363 | 365 | 80 | 1826 | ||||||
| 1959 | Sissi | 1854 | 1390 | 1151 | 308 | 4703 | ||||||
| 1959 | Sissi impératrice | 2370 | 1625 | 1264 | 348 | 7000 | ||||||
| 1960 | Sissi face à son destin | 1850 | 1580 | 1218 | 392 | 7664 | ||||||
| 1961 | La Vache et le Prisonnier | 2466 | 2018 | 1069 | 150 | 5703 | ||||||
| 1963 | Les Canons de Navarone | 2466 | 1013 | 627 | 259 | 4365 | ||||||
| 1963 | Les Fraises sauvages | 251 | 732 | 508 | 494 | 1985 | ||||||
| 1964 | Hiroshima mon amour | 486 | 711 | 579 | 778 | 1265 | 350 | 350 | 152 | 4671 | ||
| 1965 | Le Pont de la rivière Kwaï | 1089 | 612 | 822 | 791 | 3314 | ||||||
| 1965 | Pitié pour eux (Los Olvidados) | 82 | 315 | 336 | 172 | 905 | ||||||
| 1968 | À bout de souffle | 480 | 348 | 546 | 163 | 1537 | ||||||
| 1969 | La Guerre des boutons | 566 | 735 | 119 | 1158 | 982 | 3560 | |||||
| 1969 | Pierrot le fou | 565 | 620 | 230 | 526 | 277 | 2218 | |||||
| 1971 | Il était une fois dans l’Ouest | 1380 | 1391 | 1181 | 689 | 799 | 260 | 1424 | 1018 | 1246 | 928 | 10316 |
| 1971 | Jeux interdits | 877 | 866 | 594 | 744 | 153 | 3234 | |||||
| 1971 | Le Bal des vampires | 523 | 413 | 666 | 532 | 632 | 2766 | |||||
| 1972 | Easy rider | 959 | 303 | 502 | 503 | 1101 | 3368 | |||||
| 1973 | Délivrance | 266 | 400 | 186 | 142 | 335 | 1329 | |||||
| 1973 | Family life | 1921 | 1451 | 736 | 820 | 317 | 398 | 5643 | ||||
| 1974 | Harold et Maude | 1005 | 1032 | 745 | 1553 | 578 | 4913 | |||||
| 1976 | Woodstock | 1208 | 932 | 932 | 916 | 601 | 4589 | |||||
| 1977 | 2001, l’odyssée de l’espace | 519 | 624 | 534 | 396 | 2073 | ||||||
Les programmes diffusés plusieurs semaines consécutives
28De par sa situation dans l’ordre de diffusion des films sur la ville, Le Patis ne fut pas contraint, ni n’eut l’opportunité commerciale, de programmer de nombreux films plusieurs semaines consécutives, seulement 35 au total sur la période. L’apparition du phénomène coïncide avec l’évolution observée au niveau national, à savoir le milieu des années soixante, 1966 précisément pour cette salle. Il demeurera toutefois exceptionnel, avec seulement un à deux titres par an – et pas tous les ans – jusqu’en 1982, année où 9 films furent exploités plusieurs semaines consécutives, autant que l’année suivante ; cette pratique ne se développa donc qu’avec le changement du mode d’exploitation de la salle, juste avant sa fermeture.
Tableau 6 : Films exploités plusieurs semaines consécutives au Patis
| Année | Semaine | Titre du film | Entrées Sem.1 |
Sem. 2 | Sem.3 | Sem.4 |
| 1966 | 5 | Les Trois mousquetaires | 464 | 550 | ||
| 1969 | 19 | Baisers volés | 190 | 215 | ||
| 1970 | 52 | Ces messieurs de la famille | 113 | 370 | ||
| 1971 | 13 | Cent fusils | 85 | 110 | ||
| 1973 | 17 | Family life | 1921 | 1451 | 736 | |
| 1974 | 39 | Amarcord | 1192 | 718 | ||
| 1977 | 20 | Comment Yukong déplaça les montagnes | 313 | 161 | ||
| 1978 | 46 | L’oeuf du serpent | 686 | 133 | ||
| 1978 | 51 | Une histoire simple | 859 | 653 | 344 | |
| 1979 | 52 | Dersou Uzala | 26 | 256 | ||
| 1980 | 21 | Le Retour de Frankenstein | 0 | 146 | ||
| 1981 | 40 | L'Homme de fer | 979 | 586 | ||
| 1981 | 51 | L'Ombre rouge | 367 | 247 | ||
| 1982 | 19 | 1900 | 499 | 415 | ||
| 1982 | 21 | Le Prince de New York | 299 | 116 | ||
| 1982 | 23 | Le Beau Mariage | 578 | 271 | ||
| 1982 | 41 | La Dernière Vague | 117 | 34 | ||
| 1982 | 42 | Yol | 1821 | 1909 | 1215 | 925 |
| 1982 | 45 | Les Fourberies de Scapin | 169 | 208 | ||
| 1982 | 46 | Missing (Porté disparu) | 387 | 220 | ||
| 1982 | 50 | Voyage au bout de l’enfer | 581 | 439 | ||
| 1982 | 52 | Pink Floyd the Wall | 426 | 275 | ||
| 1983 | 3 | La Nuit de San Lorenzo | 1235 | 773 | ||
| 1983 | 6 | Hécate | 382 | 248 | ||
| 1983 | 10 | Travail au noir | 333 | 215 | ||
| 1983 | 12 | Antonieta | 406 | 308 | ||
| 1983 | 19 | Fanny et Alexandre | 617 | 514 | ||
| 1983 | 21 | Sarah | 362 | 261 | ||
| 1983 | 24 | L'Histoire de Piera | 944 | 522 | ||
| 1983 | 26 | Sans retour | 247 | 86 | ||
| 1983 | 28 | Les Cadavres ne portent pas de costard | 390 | 141 |
29La logique qui a conduit les salles – dont Le Patis – à modifier leur mode d’exploitation, en cessant de changer de programme chaque semaine pour exploiter les films sur la durée, c’est-à-dire le passage d’une exploitation intensive raccourcie dans le temps à une exploitation plus extensive allongée dans le temps, obéit à des impératifs commerciaux qui ne coïncident pas toujours avec les intérêts économiques de la salle. Les résultats des films concernés montrent en effet clairement que, à six exceptions près, les résultats des entrées au Patis ne justifiaient pas commercialement une poursuite de l’exploitation du titre dans cette salle une deuxième semaine. L’absence de classement Art et Essai pour une grande majorité d’entre eux excluait également une logique cinéphilique. Il en est allé du Patis comme de nombreuses salles de l’hexagone : la montée en puissance du poids de certains distributeurs les a amenées à modifier les conditions de location des films ; l’octroi de certains d’entre eux ne pouvait s’opérer qu’en échange d’une garantie d’exploitation allongée, sur plusieurs semaines.
30Inversement, l’avantage qu’a pu en retirer Le Patis fut un accès aux films raccourci dans le temps. Alors que, durant les années soixante, le temps d’attente pour les spectateurs de cette salle était de plusieurs années après la première sortie nationale du film, il ne fut que de quelques mois pour Baisers volés ou Family life, un des rares films dont Le Patis a eu l’exclusivité sur la ville. D’où l’important succès de ce film, qui restera trois semaines à l’affiche, accueillant 4.108 spectateurs en mai 1973. La véritable césure intervient quatre ans plus tard : le délai se raccourcit encore, pour atteindre seulement quelques semaines à partir d’Une histoire simple. La condition d’obtention rapide des titres, qui a pour contrepartie leur exploitation deux semaines consécutives, quelles que soient les entrées enregistrées, ouvre un cercle pervers que Le Patis ne fera qu’inaugurer – pas de film si ces conditions n’étaient pas acceptées, et pas d’entrées si le film n’est pas obtenu rapidement. Ces conditions allaient toutefois se révéler insuffisantes pour générer un nombre d’entrées propre à permettre la survie de la salle, qui fermera au début de la généralisation de ce processus.
3) Les films diffusés
31Au-delà de la durée de diffusion des films, l’analyse détaillée de la programmation peut être menée sous plusieurs angles : la date de passage des titres, en fonction de celle de leur sortie au niveau national, et les entrées qu’ils ont pu générer.
Les délais de diffusion des films
32Les délais de diffusion des films au Patis, salle qui n’a jamais été d’exclusivité mais de deuxième ou troisième vision, ont connu plusieurs périodes :
33– durant la Seconde Guerre mondiale, et immédiatement après, les délais ont été les plus longs, les films étant diffusés cinq à neuf ans après leur sortie nationale française. Les délais se sont allongés après la Libération, la salle diffusant des films des nations alliées sortis dans leurs pays mais demeurés interdits en France durant l’occupation ;
34– après cet effet de rattrapage, durant toutes les années cinquante, le délai d’obtention des films tendra à se raccourcir : il sera environ de trois ans. Quelques films nettement plus anciens, souvent étrangers, qui n’avaient pu être diffusés durant la Guerre le seront jusqu’au début de la chute de fréquentation, où ce type de sorties cessera dans un premier temps ;
Graphique 5 - Délais de diffusion des films au Patis (1943-1983)

35– durant les années soixante, le délai moyen se stabilisera. Mais de 1964 à 1971 une politique de diffusion de films anciens – des deux à trois décennies antérieures, essentiellement européens cette fois - sera mise en place. Ces films alterneront avec les films de la distribution courante des deux ou trois années passées ;
36– cette politique cesse en 1971 et ne sera plus reprise, tandis que le délai moyen d’accès au film tend à se réduire à deux ans, puis moins d’un an à la fin de la décennie, jusqu’à la fermeture.
Le box-office
Les résultats hebdomadaires
37Les films les plus vus par les spectateurs du Patis lors de leur diffusion durant une seule semaine ont tous été programmés au cours de la période de « l’âge d’or » des salles en France, et même essentiellement durant les années quarante. On retrouve parmi les 27 qui ont réalisé plus de 2.500 entrées en une semaine, les vingt-deux premiers du BO général des années 1943-1983. Un seul, Sur le banc (1959) fait exception.
Tableau 7 : Meilleures entrées hebdomadaires au Patis (1943-83) Films ayant réalisé plus de 2.500 entrées en une semaine
| Année Projection | Semaine de passage | Titre des films | Entrées | Rediffusion |
| 1946 | 22 | La Pocharde | 3381 | oui |
| 1944 | 52 | Trois de Saint-Cyr | 3226 | oui |
| 1945 | 52 | Marthe Richard au service de la France | 3225 | |
| 1943 | 51 | Narcisse | 3178 | oui |
| 1945 | 33 | Port d’attache | 3123 | |
| 1950 | 1 | Pas si bête | 3046 | oui |
| 1945 | 39 | Face au destin | 3002 | oui |
| 1945 | 13 | La Femme perdue | 2998 | oui |
| 1945 | 36 | Le Voile bleu | 2989 | oui |
| 1945 | 44 | La Brigade sauvage | 2865 | |
| 1945 | 51 | Une de la cavalerie | 2838 | |
| 1945 | 30 | Passeur d’hommes | 2832 | |
| 1943 | 50 | Bach en correctionnelle | 2808 | |
| 1945 | 38 | Graine au vent | 2782 | |
| 1945 | 42 | Cœur de gosse | 2729 | |
| 1949 | 1 | Ramona | 2710 | |
| 1944 | 50 | Trois artilleurs en vadrouille | 2666 | oui |
| 1946 | 8 | Le Retour de Zorro | 2613 | |
| 1942 | 52 | Les Rois du sport | 2582 | oui |
| 1946 | 40 | Camarade P… elle défend sa patrie | 2576 | |
| 1959 | 13 | Sur le banc | 2566 | oui |
| 1948 | 41 | Les Plus Belles Années de notre vie | 2553 | oui |
| 1945 | 28 | Deuxième Bureau contre Kommandantur | 2533 | |
| 1943 | 32 | Un de la Canebière | 2525 | oui |
| 1948 | 53 | La Bataille de l’eau lourde | 2515 | |
| 1945 | 22 | Le Révolté | 2515 | oui |
| 1945 | 37 | La Fille de la Madelon | 2514 | oui |
38Plusieurs autres enseignements sont à tirer de ce BO dont les films sont essentiellement :
- français (23), les États-Unis n’en plaçant que 3 et l’URSS 1 ;
- malgré leur succès, la moitié d’entre eux ne feront pas l’objet d’une reprise par la salle ;
- la majorité d’entre eux ne correspond absolument pas à des succès nationaux : seuls 4 ont été classés dans les vingt premiers du BO national d’une année ;
- un grand nombre d’entre eux ne sont pas non plus passés à la postérité, ni commerciale, ni cinéphilique ;
- on retrouve parmi eux un très grand nombre de films de genre, essentiellement la comédie, mais également le film d’aventure ;
- les dates de passage dans l’année s’avèrent surdéterminantes, puisque 40 % (11 d’entre eux) ont été diffusés au moment des fêtes de fin d’année (semaines 50, 51, 52, 53 et 1) ;
- malgré ce facteur, aucun d’entre eux ne s’adresse aux enfants et très peu à un public familial.
Graphique 6 - Entrées hebdomadaires des films (classés par ordre décroissant, 1943-1983)

39Sur les presque 1,9 million de spectateurs que la salle a accueillis au cours de ses quarante années d’existence, la moyenne par film et par semaine est conséquente et représentative de toute cette période. Malgré la chute de fréquentation, la moyenne par film s’élève à 667 entrées et la médiane des effectifs se situe à 514 entrées (autant de films ont fait plus que moins que cette valeur). Éléments forts de cette salle populaire, il s’ensuit que les résultats hebdomadaires des films sont également homogènes, l’indice de concentration étant peu élevé. C’est le signe d’une répartition faiblement décroissante des entrées selon les programmes offerts par la salle, relativement peu de titres attirant un faible nombre de spectateurs, indication d’une grande fidélité de la population aux programmes régulièrement offerts.
Tableau 8 : Concentration des entrées hebdomadaires des films
| Entrées | Nombre de titres |
| >2500 | 27 |
| 2000-2499 | 65 |
| 1500-1999 | 175 |
| 1000-1499 | 413 |
| 500-999 | 716 |
| 250-499 | 646 |
| 0-249 | 566 |
Par film
40Le BO des films ayant réalisé le plus d’entrées au Patis ne coïncide toutefois pas avec celui des meilleures fréquentations hebdomadaires, la reprise de certains titres modifiant évidemment le box-office final.
41Parmi les 29 plus fortes audiences cumulées de l’histoire du Patis (plus de 3.500 entrées dans leur carrière), les meilleures places reviennent aux films rediffusés, plusieurs fois pour plus de la moitié d’entre eux. Les trois premiers appartiennent à trois périodes différentes : Il était une fois dans l’Ouest (diffusé en 1971 – 10.316 entrées), La Fille du puisatier (1947 – 8.033) et Sissi face à son destin (1960 – 7.664 entrées).
42Dix d’entre eux n’auront pourtant été repris qu’une fois, mais parmi ceux des meilleures audiences hebdomadaires. Cela atteste des fortes habitudes et de la fidélisation des mêmes spectateurs pour tous ces films de l’immédiat après-guerre.
Sur le banc , Robert Vernay, FR, 1954

43Trois opus de Sissi et quatre films de Marcel Pagnol, Raymond Souplex, Bourvil et Fernandel : les ressorts français les plus populaires se trouvent concentrés dans les meilleures audiences de cette salle. Celles-ci demeurent toutefois assez équilibrées et sont faiblement concentrées puisque ces 29 meilleures audiences (14 % des titres diffusés) ne pèsent que 156.000 entrées, soit 8 % des entrées cumulées sur les quatre décennies étudiées. Il y eut bien fréquentation régulière, assidue et répartie dans le temps, des habitués du Patis.
Tableau 9 : Meilleures entrées au Patis (29 films ayant réalisé plus de 3500 entrées durant leur carrière)
| 1re année de diffusion | Titres | Entrées cumulées | Meilleures entrées hebdo |
| 1971 | Il était une fois dans l’Ouest | 10316 | |
| 1947 | La Fille du puisatier | 8033 | |
| 1960 | Sissi face à son destin | 7664 | |
| 1956 | Sur le banc | 7318 | X |
| 1959 | Sissi impératrice | 7000 | |
| 1946 | Fièvres | 6872 | |
| 1961 | La Vache et le Prisonnier | 5703 | |
| 1973 | Family life | 5643 | |
| 1943 | Marius | 5581 | |
| 1943 | César | 5530 | |
| 1953 | Le Trou normand | 5385 | |
| 1950 | Pas si bête | 5361 | X |
| 1943 | Fanny | 5225 | |
| 1974 | Harold et Maud | 4913 | |
| 1949 | Trois Artilleurs en vadrouille | 4886 | X |
| 1945 | Le Voile bleu | 4829 | X |
| 1959 | Sissi | 4703 | |
| 1964 | Hiroshima mon amour | 4671 | |
| 1945 | Le Révolté | 4605 | X |
| 1976 | Woodstock | 4589 | |
| 1972 | Les Rois du sport | 4578 | X |
| 1948 | Les Plus Belles Années de notre vie | 4578 | X |
| 1944 | Trois de Saint-Cyr | 4561 | X |
| 1963 | Les Canons de Navarone | 4365 | |
| 1949 | Narcisse | 4285 | X |
| 1946 | La Pocharde | 4224 | X |
| 1945 | La Femme perdue | 3858 | X |
| 1945 | Face au destin | 3821 | X |
| 1969 | La Guerre des boutons | 3560 |
44Toutefois, la comparaison des plus fortes audiences du Patis avec le box-office national de la période révèle de très fortes disparités ; cette salle n’est donc absolument pas représentative de la demande moyenne nationale. Si des singularités sociologiques expliquent pour toutes les salles d’inévitables différences avec la moyenne nationale, elles concernent essentiellement l’ordre du classement, et non la présence – ou l’absence – d’une majorité de titres comme ici. En effet, parmi les plus grands succès générés par les spectateurs du Patis, on note de nombreux films qui n’ont pas connu un succès notable au niveau national – essentiellement durant la Guerre ou immédiatement après, et qui ne sont pas passés non plus à la postérité comme références cinéphiliques, tels Sur le banc, Fièvres, Le Trou normand, La Pocharde, etc.
45Mais le plus surprenant pour cette salle populaire réside dans l’absence de succès de films ayant eu une forte audience au niveau national, quel que soit l’ordre de classement. En effet, seuls 3 d’entre eux se retrouvent dans le palmarès des 29 plus fortes entrées de la période : Il était une fois dans l’Ouest, La Vache et le Prisonnier et Les Canons de Navarone, tous trois des années soixante.
Tableau 10 : Les 29 plus grands succès de films en salles en France (1945-1983)
| Rang France | titre | Réalisateur | Année sortie | Entrées France | Rang Patis |
| 1 | Blanche-Neige et les Sept Nains | David Hand | 1938 | 18 319 651 | - |
| 2 | La Grande Vadrouille | Gérard Oury | 1966 | 17 272 987 | >1000 |
| 3 | Autant en emporte le vent | Victor Fleming | 1950 | 16 723 812 | >1000 |
| 4 | Il était une fois dans l'Ouest | Sergio Leone | 1969 | 14 862 831 | 1e |
| 5 | Le Livre de la Jungle | Wolfgang Reitherman | 1967 | 14 695 741 | - |
| 6 | Les 101 dalmatiens | Clyde Geronimi | 1961 | 14 680 121 | - |
| 7 | Les Dix Commandements | Cecil B. DeMille | 1956 | 14 229 745 | - |
| 8 | Ben-Hur | William Wyler | 1960 | 13 843 114 | >1000 |
| 9 | Le Pont de la rivière Kwaï | David Lean | 1957 | 13 481 750 | 36 |
| 10 | Cendrillon | Hamilton Luske | 1950 | 13 217 443 | - |
| 11 | Le Petit Monde de Don Camillo | Julien Duvivier | 1952 | 12 791 168 | >50 |
| 12 | Les Aristochats | Wolfgang Reitherman | 1971 | 12 621 843 | - |
| 13 | Le Jour le plus long | Ken Annakin | 1962 | 11 928 257 | - |
| 14 | Le Corniaud | Gérard Oury | 1965 | 11 740 438 | >100 |
| 15 | La Belle et le Clochard | Clyde Geronimi | 1955 | 11 189 035 | - |
| 16 | Bambi | David Hand | 1948 | 10 679 571 | - |
| 17 | Les Canons de Navarone | J. Lee Thompson | 1961 | 10 181 324 | 24 |
| 18 | La Guerre des boutons | Yves Robert | 1962 | 9 959 601 | 40 |
| 19 | Les Misérables | Jean-Paul Le Chanois | 1957 | 9 940 533 | - |
| 20 | Le Docteur Jivago | David Lean | 1966 | 9 816 054 | >1000 |
| 21 | Vingt mille lieues sous les mers | Richard Fleischer | 1955 | 9 619 259 | >800 |
| 22 | E.T. l'extra-terrestre | Steven Spielberg | 1982 | 9 419 695 | - |
| 23 | Emmanuelle | Just Jaeckin | 1974 | 8 894 024 | >1000 |
| 24 | La Vache et le Prisonnier | Henri Verneuil | 1959 | 8 844 199 | 7 |
| 25 | La Grande Évasion | John Sturges | 1963 | 8 756 631 | >1000 |
| 26 | West Side Story | Robert Wise | 1962 | 8 732 613 | >1000 |
| 27 | Le Bataillon du ciel | Alexander Esway | 1947 | 8 649 691 | >800 |
| 28 | Pour qui sonne le glas | Sam Wood | 1947 | 8 274 596 | >50 |
| 29 | Violettes impériales | Richard Pottier | 1952 | 8 125 766 | 42 |
(Les titres soulignés ont été programmés au Patis)
46Par ailleurs, le tiers d’entre eux n’ont pas été diffusés au Patis, phénomène que ne suffisent pas à expliquer les retards dans l’obtention des copies pour diffuser les titres. Parmi eux, on note 8 films pour enfants, dont 7 productions Disney. L’analyse détaillée de la programmation montrera que, clairement, la direction de la salle a presque complètement occulté le jeune public, concentrant durant toute la période son offre sur les adultes. L’absence du Jour le plus long et, surtout, des Misérables semble, elle, nettement moins explicable, sauf à supposer des difficultés relationnelles avec les distributeurs concernés, ou des choix de programmation délibérés. On notera également – trait qui renforce l’atypisme du Patis – qu’un autre tiers des grands succès en France ont bien été diffusés, mais ont enregistré des scores de très faible ampleur : ils se classent au-delà de la millième place de son BO, alors qu’ils semblaient correspondre aux goûts et habitudes du public de la salle. Les délais de passage expliquent pour partie ces maigres scores – dix-sept ans d’attente pour Autant en emporte le vent, dix pour Ben-Hur, six pour La Grande Vadrouille ou pour Le Docteur Jivago, cinq pour Emmanuelle, etc. – sans que, là non plus, il soit aisé de distinguer entre un choix délibéré de programmation ou des difficultés d’accès aux films, peu probables toutefois sur une telle durée d’attente. En revanche, ce type d’explication ne vaut pas pour d’autres titres, qui n’intéressaient manifestement pas ce public local, tel Le Bataillon du ciel , diffusé comme les autres films de l’époque trois ans après sa sortie.
4) Le Patis et les distributeurs de films
47Au cours des quatre décennies de son fonctionnement, pour composer ses quelques 2.600 programmes, Le Patis a négocié l’obtention des films qu’il souhaitait diffuser avec tous les distributeurs en exercice. Il en a donc suivi les carrières et durées de vie. Répertorier les entreprises de cette branche revient d’abord à constater les très forts taux de natalité et... de mortalité des distributeurs de films, y compris parmi les plus importants économiquement qui avaient contribué significativement à l’alimentation de cette salle en programmes hebdomadaires. Artistes Associés, Cocinor, CFDC, Imperia, etc., les disparus sont infiniment plus nombreux que les survivants un demi-siècle plus tard. Certains ont seulement changé de nom, d’enseigne ou de voilure : Pathé qui cessera ses activités à la fin des années soixante, AMLF qui les débutera quelques années plus tard pour cesser deux décennies après au profit de… Pathé ; CIC, qui deviendra UIP, les majors la composant reprenant leur autonomie deux décennies plus tard. D’autres noueront des alliances fixes ou temporaires (Warner-Columbia, CFDC-UGC, etc.). Il n’en demeure pas moins que sur les 190 distributeurs avec lesquels Le Patis a négocié ses films de 1943 à 1983, seule une dizaine subsiste en 2014.
48Le Patis a ainsi pu négocier avec la totalité des distributeurs en activité durant sa période d’exploitation, et cela quels que soient leurs tailles, catalogues ou nationalités. Leurs importances économiques relatives ont toutefois induit un rythme très différent dans les relations commerciales. Le Patis n’a négocié avec plus d’un tiers des distributeurs (69) qu’un seul film ; il a négocié 2 à 5 programmes (un programme peut constituer la reprise d’un film déjà diffusé) avec un quart d’entre eux ; il a travaillé avec un autre quart moins d’une fois par an, soit 6 à 34 programmes au cours des quarante ans. La brièveté des catalogues et, souvent, leurs courtes durées d’existence, ne sont toutefois pas synonymes de résultats négligeables. Certains des plus grands succès du Patis ont en effet été obtenus par des films de ces structures : Sur le banc par Sonofilm (1954, 7.062 entrées en 4 locations), Paradis perdu (1943, 2.428 entrées en une semaine) par Seftar films, Trois de Saint-Cyr (1944, 4.561 entrées en 2 locations) par la SEDIF. Ces nombreux distributeurs occasionnels ont fourni au Patis près de 1000 programmes, soit près de 40 % de sa programmation et une part voisine des entrées.
Tableau 11 : Les distributeurs de films et Le Patis : 1943-1983
| Distributeurs | Programmes négociés | Début des locations | Fin des locations |
| Warner | 151 | 1948 | 1982 |
| Columbia | 135 | 1949 | 1982 |
| Gaumont | 124 | 1947 | 1983 |
| Paramount | 121 | 1943 | 1979 |
| CIC | 106 | 1969 | 1983 |
| Fox | 106 | 1944 | 1983 |
| Cocinor | 96 | 1943 | 1974 |
| CFDC | 94 | 1946 | 1979 |
| Artistes associés | 93 | 1948 | 1983 |
| Pathé | 82 | 1943 | 1968 |
| CCFC | 76 | 1943 | 1983 |
| Imperia | 73 | 1957 | 1979 |
| MGM | 55 | 1944 | 1983 |
| Cinedis | 51 | 1947 | 1967 |
| Sirius | 50 | 1944 | 1960 |
| Universal | 48 | 1949 | 1982 |
| Corona | 40 | 1951 | 1976 |
| F. Rivers | 38 | 1950 | 1972 |
| Lux | 38 | 1945 | 1965 |
| Grands films classiques | 36 | 1965 | 1982 |
| AMLF | 35 | 1974 | 1983 |
| (22) distributeurs ayant fourni 11 à 34 prog. | 479 | ||
| (24) distributeurs ayant fourni 6 à 10 prog. | 224 | ||
| (54) distributeurs ayant fourni 2 à 5 prog. | 193 | ||
| (69) distributeurs ayant fourni un seul prog. | 69 |
49Si Le Patis a travaillé avec tous les distributeurs, il ne l’a fait régulièrement qu’avec une vingtaine d’entre eux (10 %), qui ont représenté 60 % des programmes loués. On retrouve là les huit majors hollywoodiennes. Cinq d’entre elles (Warner, Columbia, Paramount, CIC, Fox) se classent parmi les 6 distributeurs les plus importants ayant travaillé avec la salle, les cinq lui ayant loué plus d’une centaine de titres, soit deux en moyenne annuelle puisqu’ayant traité avec elle tout au long des quatre décennies, sauf CIC après 1967, date de création de ce regroupement de distributeurs états-uniens. Gaumont apparaît comme le distributeur français ayant le plus travaillé avec Le Patis (3 films/an) ; il est suivi par Cocinor et CFDC, disparus dans les années soixante-dix, et Pathé avec 82 programmes, mais sur 25 ans seulement en raison de sa cessation d’activité.
50Les entrées et recettes générées par les films ne sont toutefois pas proportionnelles au nombre de films loués. Avec plus de 97.000 entrées générées par ses films, la Paramount se détache nettement des autres, même si elle n’est que la quatrième en nombre de films distribués. Présente dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle alimente la salle d’un grand nombre de films qui feront ses succès réguliers, notamment de nombreux westerns (Une aventure de Buffalo Bill, Géronimo, etc.), films d’aventures (Les Trois Lanciers du Bengale, Hulla fille de la brousse, etc.) ou d’Histoire (L’Odyssée du Dr Wassel, Pour qui sonne le glas, etc.), qui réalisent tous plus de 2.000 entrées. Mais elle lui fournit également des films au potentiel nettement plus faible, ce qui lui a assuré au final une moyenne assez modeste de 802 entrées pour ses 121 programmes loués.
51Pathé se distingue également au niveau des entrées. Cette firme réalise la troisième meilleure moyenne d’entrées par films loués (1.002 pour ses 82 titres). Car la plupart des films de son catalogue de l’après-guerre séduisent le public populaire du Patis. Certains lui offrent ses plus grands succès : Port d’attache avec 3.123 entrées en 1945, les deux opus des Misérables plus de 2.000 entrées chacun l’année suivante, La Vache et le Prisonnier 2.466 en 1961, etc. On notera surtout que les deux tiers de son catalogue programmé rassemblent régulièrement entre 1.000 et 2.000 spectateurs par diffusion, de comédies essentiellement, soit un cumul de 82.000 entrées en 25 ans et 82 films.
52Sirius, également spécialisé dans le cinéma français, offre régulièrement aussi, quoiqu’à une moindre échelle, au public du Patis des films qui connaissent un succès voisin de ceux de Pathé. Des films d’autres genres : films d’espionnage (Capitaine Benoit 2.125 entrées en 1945, Deuxième bureau 2.144 en 1946), policiers, d’aventure ou musicaux (Quatre jours à Paris, 2.019 en 1959, La Joyeuse Prison, 1.603 entrées l’année précédente, etc.). Cessant ses activités au début des années soixante, elle n’aura pu fournir au Patis qu’une cinquantaine de programmes. Mais ils lui auront, de ce fait, permis d’obtenir la meilleure moyenne d’entrées par film (1.215) de tous les distributeurs, avec un cumul très significatif, plus de 60.000 entrées en seize ans.
53La société Lux se trouve un peu dans la même situation : elle a fourni 38 programmes en 20 ans, qui ont généré plus de 40.000 entrées, soit une moyenne de 1.080 par titre, dont la majeure partie des comédies françaises (Piédalu, etc.) et drames de l’après-guerre (Graine au vent, etc.).
Graphique 7 - Entrées et programmes négociés par distributeur (1943-1983)

54Les meilleures moyennes par film sont ainsi toutes assurées par des entreprises françaises de distribution, dont les catalogues correspondaient aux goûts du public de cette salle. Outre les trois déjà évoquées, il convient de citer Cinédis (45.601 entrées pour 51 programmes, soit une moyenne de 894 entrées par programme), Corona (40 programmes, 34.441 entrées, soit 861 de moyenne) et CCFC (64.535 entrées avec 76 programmes soit 849 de moyenne).
55Mais, au-delà de ces bons résultats moyens, dans l’absolu, le niveau cumulé des entrées générées va être favorisé par un catalogue quantitativement fourni, assuré massivement par les autres Majors hollywoodiennes. Après la Paramount, Warner et Columbia génèrent 80.000 entrées chacune avec les catalogues les plus conséquents (respectivement 151 et 135 programmes). Elles sont suivies par la Fox (70.000 pour 106), et de loin par CIC – à la courte existence – (41.000 entrées avec 106 programmes), la MGM (37.000 pour 55), les Artistes Associés (35.000 pour 93) et Universal (35.000 pour 48).
56Ainsi, les huit Majors auront constitué près du tiers des programmes, 31 % soit 815 sur 2.622. Mais, illustration de la préférence du public français, sur le plan local comme national, pour le cinéma hexagonal, elles n’auront généré que le quart des entrées, 476.444 soit 25,6 %.
Les relations du Patis avec les distributeurs
57Les relations avec les distributeurs ont évolué dans le temps. La salle a connu par exemple, avec la baisse de fréquentation des années soixante, la disparition de leurs représentants qui lui rendaient visite régulièrement. Les marges de négociations étaient toutefois réduites du fait de la faible importance économique de la salle. Outre le choix des titres, les délais d’obtention (dates de passage) faisaient partie des discussions, ceux-ci s’étant globalement réduits dans le temps avec le raccourcissement de la durée de vie économique des films entamé à cette période pour faire face à la baisse de fréquentation. Ainsi, le changement a été net pour de nombreux distributeurs : les délais de plusieurs années, 3 à 6 en moyenne dans les années quarante et cinquante, sont passés à moins de 2 années à partir de 1968, puis à moins d’une année à compter de 1972 pour les Artistes associés, le CCFC, le CFDC, la Fox, Gaumont, MGM, etc. Les rapports semblaient meilleurs avec la Columbia, qui alimenta continument Le Patis avec des films récents de moins d’un an dès le milieu des années soixante. Pour sa part CIC, qui commence à alimenter la salle en 1969, le fera immédiatement avec des délais très courts, moins d’un an également à partir de 1972. Il en alla de même avec l’UGC : tous les programmes fournis furent récents (de quelques semaines à moins d’un an). En revanche certains distributeurs restèrent rétifs à fournir des films assez tôt, le délai de plusieurs années demeurant la règle pour la Paramount, Universal et la Warner.
58Le nombre élevé de distributeurs qui ont alimenté la salle atteste bien de l’autonomie de choix dont elle a bénéficié tout au long de son activité. L’alternance des distributeurs de films au fil des semaines demeure la règle durant les années quarante, sauf rares exceptions pour des films comportant des suites ou ayant des liens (Fanny puis César de la Gaumont, semaines 33 et 34 de 1948 ; Les Vengeurs de Buffalo Bill 1 et 2 de Filmonde, semaines 38 et 39 de 1948, etc.). Toutefois, il ne devint pas rare que deux semaines (au début des années cinquante), puis trois semaines (dans les années soixante) de suite les films proviennent du même distributeur, sans que ces pratiques, régulières, ne cessent jamais. Elles semblèrent toutefois moins s’apparenter à du blockbooking (location d’un film à fort potentiel à la condition d’en prendre d’autres de moindre valeur commerciale) qu’à des commodités réciproques d’alimentation en films de la salle. En effet, tous les films du même distributeur qui se suivirent obtinrent globalement un nombre voisin d’entrées.
59Par ailleurs, il est important de noter que, si la première période « populaire » de la salle a massivement correspondu à la programmation d’un seul film par semaine, toutes les fois où une semaine accueillit une multiprogrammation (2 films à l’affiche la même semaine), cela le fut exclusivement avec des titres provenant du même distributeur. Le cas se présenta la première fois la quatrième semaine de janvier 1949 et fut possible avec 2 films policiers de Filmonde (L’Homme de la nuit + Le Voleur se porte bien), puis le mois suivant avec 2 films d’aventures de Filmsonor, puis en mai avec RKO, la plupart des distributeurs, y compris les Majors, ayant ensuite permis cette pratique. La double programmation avec deux distributeurs différents apparaitra en août de l’année suivante, deux semaines consécutives de surcroit : les semaines 32 avec Brigade criminelle (CFDF) et La Nuit de décembre (Discina), la semaine 33 avec Sous le regard des étoiles (Cinefil) et Le Château du dragon (Fox).
60Le Patis a ainsi pu travailler durablement avec tous les distributeurs présents sur le territoire français au cours des quatre décennies de son existence, l’importance de leurs catalogues influençant proportionnellement le nombre de locations de films souhaités par la salle. Sur les 190 distributeurs avec lesquels elle a négocié, seuls deux semblent atypiques relativement à la situation nationale, l’un étant sous-pondéré, l’autre étant sur-représenté.
61Parmi les distributeurs occasionnels ayant peu traité avec Le Patis, un seul attire donc l’attention : Walt Disney. La salle ne lui a loué que cinq films en quarante ans, les cinq étant de surcroit fortement concentrés dans le temps, entre 1972 (Un amour de Coccinelle) et 1976 (Le Nouvel Amour de Coccinelle). Le retard dans leur diffusion – un à deux ans après leurs sorties nationales (comme les autres films) – n’explique que très partiellement leurs très mauvais résultats au Patis : entre 160 et 600 entrées pour chacun, Mais c’est surtout l’absence de tous les autres films d’animation, qui depuis la Seconde Guerre mondiale étaient des succès populaires partout en France (et dans le monde occidental), qui suscite l’interrogation. Une explication partielle peut être fournie par l’attitude de ce distributeur : il aurait pu être influencé par la pression de salles concurrentes qui souhaitaient conserver ces films en exclusivité sur une longue période, voire les interdire au Patis, même en diffusion ultérieure. « Pour les Disney, ils étaient réservés aux concurrents possédant de grosses salles, soit, pour les années quarante et cinquante, les propriétaires des salles autour de la place centrale de la ville. Il ne fallait pas distraire le public de ces films en leur permettant de les voir ailleurs, même tardivement. De plus l'un de nos concurrents faisait tout pour nous empêcher d'avoir certains films. Ce n'était donc pas parce qu'il ne passait plus un Disney qu'il acceptait qu'il nous soit rendu accessible ! » 1. Pour réelle qu’elle ait pu ponctuellement exister, le maintien de cette attitude sur une aussi longue période parait peu probable. Le fait, surtout, que toutes les autres Majors aient régulièrement – même si tardivement – fourni de nombreux programmes au Patis amène à relativiser l’explication. Les choix de programmation de l’équipe semblent en revanche prévalents. Tournée avant tout vers le public familial, indifférencié, puis le public adulte lors de l’orientation Art et Essai, alors que s’esquissaient au niveau national des stratégies de différenciation de la part des salles, notamment en direction des différents segments de public, dont le public « jeune », elle s’en sera volontairement et nettement tenu à l’écart, intériorisant et surévaluant peut-être les difficultés d’obtention de ces films, éloignant de ce fait durablement une fraction de la clientèle potentielle, parentale et enfantine Entretien le 29/09/2012 avec Daniel Serceau, programmateur de la salle durant cette période. 2.
62Inversement, un autre distributeur, les Grands films classiques, spécialisé dans les films de répertoire (Patrimoine) et Art et Essai fournira 36 programmes en moins de vingt ans. Apparu au milieu des années soixante, il correspondait parfaitement à l’orientation Art et Essai donnée exactement au même moment à la programmation par les animateurs de la salle. Toutefois, la reprise des films de ce catalogue (les « Charlot », les films de Buñuel, Bergman) apparaîtra comme nettement volontariste et déconnectée de la demande du public : elle a réalisé la plus faible moyenne d’entrées par programme (254) de tous les distributeurs réguliers de la salle.
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