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    Plan détaillé Texte intégral Un usage du numérique très prisé… des candidats Une exposition sélective à la campagne et aux candidats Conclusion : François Fillon, une stratégie gagnante ? Notes de bas de page Auteurs

    Médias et élections

    Ce livre est recensé par

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    Chapitre 8. Les modalités de suivi d’une campagne électorale inédite

    Usages et exposition aux (nouveaux) médias lors de la primaire de la droite et du centre de novembre 2016

    Julien Boyadjian et Anaïs Theviot

    p. 193-208

    Texte intégral Un usage du numérique très prisé… des candidats Une exposition sélective à la campagne et aux candidats Conclusion : François Fillon, une stratégie gagnante ? Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Organisée sur deux tours de scrutin les dimanches 20 et 27 novembre 2016, la primaire de la droite et du centre présente un caractère inédit dans le paysage politique français. Pour la première fois de son histoire, le principal parti de la droite gouvernementale – Les Républicains (LR) – organise en effet avec ses alliés – le Parti chrétien-démocrate (PCD) et le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) – une primaire ouverte, confiant ainsi aux électeurs français la possibilité de sélectionner celle ou celui qui représentera le parti et ses alliés à l’élection présidentielle. Plutôt que de revenir sur les raisons qui ont conduit les dirigeants de LR à adopter ce mode de sélection des candidats1 – que certains avaient pourtant cherché à délégitimer cinq ans plus tôt lors de sa mise œuvre par le Parti Socialiste (PS)2 – nous souhaitons ici davantage nous interroger sur les modalités de suivi de cette campagne par les électeurs de la primaire.

    2Plus précisément, deux phénomènes retiendront notre attention. Le premier concerne l’importance prise par internet et les nouveaux médias dans cette campagne. Le Web s’est présenté en effet comme un terrain privilégié des candidats et des équipes militantes pour faire campagne. Il s’agira alors de se demander dans quelle mesure cette offre électorale numérique a bien rencontré une demande, ou dit autrement, si les électeurs de la primaire ont effectivement sollicité le Web comme source d’information, en complément ou en substitut des médias dits « traditionnels » et des campagnes de terrain. Le second phénomène qui retiendra notre attention concerne le rapport des électeurs de la primaire à la médiatisation des conflits et des oppositions entre candidats. Relativement étrangère à la culture politique de la droite, la mise en concurrence de différentes « offres » au sein d’une même famille politique interroge les modalités d’exposition et de perception des électeurs à cette compétition infra-partisane. Nous chercherons ainsi à questionner l’actualité et la pertinence des phénomènes bien connus d’exposition et de perception sélective3, dans le cadre de cette campagne électorale inédite.

    3Pour cela, nous nous appuyons sur une enquête quantitative collective4 menée à la sortie des urnes aux premier et second tours de la primaire de la droite et du centre dans sept sites correspondants à des bureaux « primaires »5, sélectionnés selon trois critères principaux : les caractéristiques sociodémographiques des habitants, les votes produits lors des élections précédentes et les candidats à la primaire soutenus localement. Ce questionnaire comprenait des questions sur la politisation, le positionnement politique, les choix électoraux adoptés lors des primaires et lors de l’élection présidentielle de 2012, le degré de proximité aux instances partisanes et le suivi de la campagne électorale. On y retrouvait aussi une batterie de questions sur les caractéristiques socio-économiques et socioculturelles des votants.

    4Ce chapitre s’intéresse donc aux modalités de suivi de la campagne par les électeurs de la primaire de la droite et du centre. Deux principaux résultats se dégagent de l’enquête : premièrement, le numérique présente pour les candidats un retour sur investissement très limité, la télévision demeurant le média d’information privilégié des électeurs ; deuxièmement, les électeurs opèrent une exposition sélective aux médias en fonction de leur choix de candidat et développent une perception sélective de la campagne et de ses enjeux.

    Un usage du numérique très prisé… des candidats

    5Le premier grand résultat de l’enquête révèle un certain paradoxe : alors que le numérique a constitué un axe important de campagne des principaux candidats, les électeurs ont, quant à eux, développé un usage très marginal de ces nouveaux médias, privilégiant bien davantage la télévision.

    6L’importance prise par le numérique apparaît notamment à travers l’analyse du budget de campagne des candidats. Internet constitue le troisième poste de dépense en matière de propagande électorale, certes derrière l’organisation de meeting et la propagande imprimée (premiers postes de dépenses des candidats), mais devant la propagande téléphonique et audiovisuelle6.

    Tableau 1. Principaux postes de dépense en matière de propagande électorale (en euros).

    JuppéFillonSarkozyNKMLe MairePoissonCopéTotal
    Réunions publiques765 1301 022 760449 22938 607167 33675 85018 2552 537 167
    Propagande imprimée159 333177 31772 923309791 25775 90723 360603 194
    Sites internet et services télématiques57 8287629114 105993389 905876315 845304 008
    Propagande audiovisuelle44 823033 56008353960189789 593
    Propagande téléphonique244 36913 19423 8760000257 563

    Les Républicains.

    7Ainsi, Nicolas Sarkozy a donné une claire priorité à Internet7, avec un budget de 114 105 euros, soit un budget sensiblement plus élevé que celui consacré à la propagande imprimée (72 923 euros), à la propagande audiovisuelle (33 560 euros) ou encore téléphonique (23 876 euros). On peut néanmoins repérer des priorités budgétaires différentes selon les candidats. À l’inverse de Nicolas Sarkozy, pour François Fillon, exception faite de la propagande audiovisuelle (0 euro), le budget consacré au Web (7 629 euros) demeure inférieur à ceux consacrés à la propagande imprimée (177 317 euros) et à la propagande téléphonique (13 194 euros) – une moindre importance accordée au numérique loin d’être préjudiciable pour le vainqueur de la primaire, compte tenu, comme nous le verrons, de la sociologie spécifique de l’électorat de la primaire.

    8Au-delà des sommes investies, la priorité donnée par les principaux candidats au numérique transparaît également dans l’organigramme des équipes de campagne et le discours tenu par les équipes militantes. Au sein de l’équipe d’Alain Juppé, le numérique est ainsi considéré comme un pilier de la campagne, comme en atteste par exemple le fait que la directrice du pôle digital ait été la deuxième personne à devenir salariée de la campagne. Sa fonction était considérée comme essentielle pour orchestrer la mobilisation de façon pragmatique.

    J’étais la deuxième recrue de la campagne d’Alain Juppé en tant que salarié. Ils ont tout de suite vu que c’était le digital qui sous-tend le reste. C’est le digital qui était la deuxième priorité en termes de recrutement. Je suis en contact avec 99 % des gens de la campagne car tout le monde a besoin du digital. […] ça sous-tend toute la campagne ; si on ne sait pas à qui on parle, où sont les gens ou qui pourrait nous soutenir, où quelles sont les positions dans quels coins… C’est les données digitales qui leur permettent ensuite de bien faire leur job8.

    9Le numérique est également mobilisé et valorisé par les militants, de façon guère surprenante parmi les plus jeunes9 – aguerris de longue date au numérique et aux nouveaux médias – mais aussi de façon plus surprenante parmi une fraction des militants les plus âgés. Une fraction qui souhaite en effet, malgré la perte tendancielle des facultés physiques, continuer à s’engager grâce à l’activisme en ligne. Même si les personnes âgées n’ont pas forcément les mêmes usages du Web que les jeunes militants, elles participent à l’activisme en ligne notamment à travers la pratique du mailing. Le mail est en effet un outil plus démocratisé, à la portée de ceux qui se saisissent tardivement du numérique10.

    On a plus de personnes âgées qui se mettent sur Internet, mais vous n’allez pas communiquer avec les mêmes publics en fonction des médias en ligne. La boîte mail, c’est la base. Donc une personne qui va très peu sur Internet, elle va lire ses mails. Mais elle n’osera pas aller sur Facebook et Twitter. Donc vous ciblez, vous avez la boîte mail pour tout le monde avec la newsletter. Les personnes âgées vont lire leurs mails. Les blogues, c’est les quarantenaires. Les trentenaires, c’est Facebook. Les très jeunes, c’est Twitter11.

    10L’importance donnée au numérique dans les milieux militants peut aussi se comprendre en raison de la défiance exprimée envers la télévision et les médias dits « traditionnels », alors qu’Internet et les réseaux sociaux numériques apparaissent comme des instruments de communication « direct », affranchis de la médiation des journalistes jugés partiaux et arbitraires. La critique envers la télévision et les journalistes est en effet récurrente dans leurs discours des militants.

    C’est les médias qui font les élections parce que quand on entend les débats de journalistes, je prends, je prends par exemple C’est dans l’air. Quand vous entendez les gars de C’est dans l’air qui sont toujours les mêmes d’ailleurs, on a l’impression que c’est eux qui font la politique, c’est eux qui font votre vote de demain. Ils vont vous balancer clairement que Sarkozy est dans les choux, que Juppé sera de toute façon élu, que ci, que ça. On a l’impression que les dés sont déjà jetés, c’est eux qui font l’élection et c’est pas normal. Je me dis, attend c’est quand même pas toi qui est à la tête de l’État, tu parles comme si c’était toi. Il faut vraiment avoir beaucoup beaucoup de réflexion personnelle pour se détacher de leurs affirmations, c’est vraiment des affirmations, on a l’impression qu’ils n’ont pas de doute, et c’est ça qui m’agace beaucoup chez les gens qui sont sur les plateaux de télé et qui forge votre vote. Heureusement je crois que les Français ont encore la capacité de réagir notamment sur les réseaux sociaux. Les médias ont pris beaucoup trop de pouvoir quoi, vraiment12.

    11Pourtant, si les candidats et les équipes de campagne ont donc fortement investi le terrain du numérique, il ressort de notre enquête que le Web ne constitue qu’une source d’information très marginale pour les électeurs de la primaire de la droite et du centre. Ainsi, seuls 22 % des enquêtés ont consulté, au cours de la campagne, le site internet de l’un des candidats, seuls 15 % ont été contactés par mail par une équipe de campagne, seuls 8 % ont déjà liké sur Facebook la page d’un candidat et seulement 2 % ont envoyé un message à un candidat sur Twitter, pourtant le réseau social le plus médiatisé concernant les prises de position des différents candidats.

    Tableau 2. Principales modalités de suivi de campagne, en % (N=3015).

    A eu une discussionRencontre militantsUne émission TVUn siteUn mailLike FacebookMessage FacebookFollow TwitterMessage Twitter
    Oui97358022158442
    Non36520788592969698

    12À l’inverse, une très grande majorité des enquêtés – 80 % – des enquêtés ont déjà suivi au moins une émission télévisée où était invité un ou plusieurs candidats à la primaire. Bien que le questionnaire ne comprenne pas de questions relatives à la presse écrite et la radio, on peut néanmoins sans grande réserve affirmer que la télévision demeure le média privilégié des électeurs pour suivre la campagne.

    13Si ce résultat amène à nuancer certains discours affirmant le déclin de la télévision au détriment du Web13, il n’est d’un autre côté guère surprenant compte tenu de la sociologie très particulière de cet électorat14. On observe à ce titre un effet génération en termes de modalités de suivi de la campagne. Cependant, à l’inverse de ce que l’on peut constater dans l’ensemble de la population, cet effet ne se fait pas sentir concernant la consommation d’émissions télévisées (il n’y pas de différences significatives en termes de classes d’âge concernant le suivi d’émissions télévisées, ou dit autrement, les 18-25 ans ont autant regardé les émissions télévisées que les plus de 65 ans). Cet effet génération est en revanche perceptible concernant le suivi de la campagne sur le web. Ainsi, la probabilité de consulter le site internet d’un candidat diminue avec l’âge. 40 % des 18-25 ans ont consulté le site d’un candidat, contre 16 % des plus de 65 ans. La part relative, très faible, des 18-25 ans au sein des répondants permet d’expliquer alors pourquoi le Web demeure une modalité de suivi de campagne marginale chez les électeurs de la primaire.

    14On peut enfin noter que les sites et comptes sur les réseaux sociaux les plus consultés par les électeurs de la primaire sont précisément ceux des candidats bénéficiant de la plus forte exposition dans les médias audiovisuels « traditionnels ». Si le Web peut être perçu par certains « petits » candidats comme un moyen de compenser une sous-exposition médiatique15, il apparaît, dans le cas de la primaire, que le Web bénéficie au contraire aux candidats les plus exposés. À titre d’exemple, seuls 3 % des électeurs ont consulté le site internet de Jean-Frédéric Poisson, contre 11 % pour celui d’Alain Juppé ou 10 % pour celui de Nicolas Sarkozy.

    Mais c’est vrai que ce n’est pas un réflexe que j’ai et comme je suis adhérente aux Républicains, on reçoit le magazine des Républicains et c’est vrai, je lis, moi je préfère le support papier parce que c’est, je me sens plus à l’aise, et c’est vraiment le réflexe que j’ai et j’ai pas le réflexe de l’écran, voilà. Oui, complètement et moi je le mesure là depuis 2-3 ans le… le, un peu le…, j’allais dire presque le mot, le gouffre générationnel que je ne ressentais pas du tout avant, il y a 3-4 ans et que maintenant je ressens justement à cause de ces nouvelles technologies. C’est d’ailleurs ce qui me fait un peu peur parce que je me dis si je décroche par rapport à ça… ça va pas aller du tout. Pas aller du tout et il faut que je me forme et donc je suis à l’affut de formation sur tous ces, ce domaines-là…16

    15La télévision semble donc bien être encore un outil majeur dans l’arsenal médiatique pour attirer l’attention des indécis et de ceux qui ne s’intéressent à la politique de façon intermittente ou épisodique17. Quand l’intérêt politique est élevé, les journaux, les meetings, les tracts sont plus fréquemment utilisés. Plus il est faible, plus la télévision est mentionnée18. Les résultats de l’enquête de Jean-Baptiste Comby confirment que la télévision demeure le moyen d’information principal de ceux qui consomment le moins de contenus médiatiques et s’avèrent souvent les moins intéressés par la politique19 et permet ainsi de capter un plus large public.

    Une exposition sélective à la campagne et aux candidats

    16Un second grand résultat de notre enquête concerne un double phénomène mis au jour de longue date en sociologie de la communication20 et que nos données permettent de réactualiser. Il s’agit de l’exposition sélective des électeurs à la campagne.

    17Une exposition d’abord sélective aux campagnes militantes de terrain. Ainsi, si la quasi-totalité des enquêtés (97 %, cf. tableau 2) ont tenu des discussions sur la primaire avec leur entourage (62 % déclarent avoir eu « souvent » des discussions avec des membres de leur famille ou 51 % avec des amis), seuls 18 % déclarent avoir discuté avec des militants. Plus généralement, on peut estimer qu’un tiers des électeurs de la primaire a été exposé à une campagne de terrain, au contact de militants. Ainsi, plus d’un enquêté sur trois déclare avoir rencontré des militants durant la campagne (36 %), que cela soit lors de meetings ou réunions publiques (7 %), de distributions de tracts (5 %) ou de rencontres plus informelles (14 %).

    18La proximité aux réseaux militants (mesurée par le fait de se déclarer non sympathisant, sympathisant ou adhérent de LR) augmente sensiblement les chances d’être exposé à une campagne de terrain et/ou de rencontrer des militants du parti. Ainsi, 70 % des militants ont eu durant la campagne des échanges avec d’autres militants contre 31 % des non-militants ; et 50 % des sympathisants LR ont rencontré des militants, contre 29 % des non-sympathisants. Il est intéressant de noter que, contrairement à certains discours tendant à opposer réseaux sociaux réels et virtuels – ou engagement en ligne et hors-ligne21 – l’insertion dans des réseaux réels (telle que mesurée par les discussions avec l’entourage et/ou les rencontres avec des militants) augmente les chances de s’impliquer dans les réseaux sociaux virtuels. Dit autrement, les électeurs qui sont le plus enclins à suivre la campagne sur les réseaux sociaux numériques sont précisément ceux qui sont le plus exposés aux campagnes de terrain. Ainsi, les adhérents sont significativement plus nombreux que les non adhérents à avoir envoyé un message sur la page Facebook d’un candidat (11 % contre 3 %) ou à avoir suivi un candidat sur Twitter (12 % contre 3 %).

    L’élection présidentielle ne se joue pas en deux tours mais en quatre tours et le premier tour c’est le 20 novembre. Donc si on s’intéresse à l’avenir de son pays, ce qui est mon cas puisque je suis député, et j’espère que c’est le cas de beaucoup, d’une majorité de Français ; et qu’on veut redresser le pays et le relever, on doit aller voter, on doit, on se doit le faire le devoir de voter aux élections présidentielles. Or chacun a à l’esprit que ce sera le 26 avril et début mai. Mais ce qu’il faut que les français comprennent c’est que ça commence dès maintenant les 20 et 27 novembre et donc il faut aller voter au premier tour de la présidentielle pour choisir le candidat qui relèvera la France. Donc c’est à nous de faire des efforts, moi y compris. C’est pour ça que je vais distribuer un document dans toutes les boîtes aux lettres de mes circonscriptions pour encourager les gens à aller voter aux primaires… Sites web, Twitter, Facebook, mails. Voilà. Tous les moyens de, d’encourager mes compatriotes à aller voter je les utilise22.

    19On observe ce même phénomène, à une moindre échelle, concernant les sympathisants et non sympathisants : 13 % des premiers ont ainsi déjà à titre d’exemple liké la page d’un candidat, contre 5 % des seconds.

    Tableau 3. Modalités de suivi de la campagne selon le statut de l’enquêté, en % (N = 3015).

    TVSiteMailLike FBMessage FBFollow TwitterMessages Twitter
    Adhérent8234542011129
    Non adhérent7920106332
    Sympathisant84252413664
    Non sympathisant7819115332

    20La proximité aux réseaux militants « réels » renforce donc bien les chances de s’engager dans les réseaux sociaux « virtuels » en faveur d’un candidat. Ceux qui sont impliqués sur le terrain s’impliquent ainsi aussi en ligne.

    21Au-delà de ce degré d’exposition différenciée aux campagnes de terrain, nos résultats mettent également à jour une exposition sélective aux campagnes des différents candidats. La proximité à un candidat (mesurée par le vote effectué au premier et/ou second tour de la primaire) conditionne en effet les modalités d’exposition et de perception des électeurs, notamment en ce qui concerne les émissions télévisées. Ainsi, les électeurs de François Fillon ont davantage regardé d’émissions télévisées où était invité le vainqueur de la primaire que des émissions où étaient invités ses concurrents (81 % ont regardé des émissions avec Fillon contre 72 % des émissions avec Sarkozy). Ce même phénomène se retrouve avec les principaux autres candidats.

    Moi si je soutiens Nicolas Sarkozy c’est parce que je pense, que dans ce moment précis de l’avenir de notre pays, c’est la personne la plus à même de redresser la barre et de relever le pays. C’est celui, vous savez c’est très très dur de bouger les choses. Tout est pénible à bouger dans notre pays, dans notre vieux pays. Et il faut pour bouger les choses une énergie (silence) extraordinaire. Et l’homme le plus énergique que je connaisse en politique c’est Nicolas Sarkozy. L’homme le plus expérimenté sur des, sur des questions nationales et internationales c’est Nicolas Sarkozy et pour moi qui les connais tous individuellement, les candidats… J’ai cette chance-là en tant que député, pour moi c’est nettement le meilleur des candidats. Donc c’est, je le soutiens parce que je pense que c’est le meilleur pour le pays. Même si je comprends qu’on, que les Français puissent avoir une autre opinion. Mais moi tel que je les connais les uns et les autres, j’ai fait mon choix et je le soutiens pleinement. C’est pour ça que j’ai accepté des missions, que je regarde toutes les émissions dans lesquels il passe, que je tweete pour lui. Je veux voir comment les choses évoluent comment les uns se comportent par rapportent aux autres. Qui progresse, qui régresse. Je suis un observateur attentif de la campagne puisque je suis impliqué et que je me bats pour mon camp. Là, par exemple, la semaine prochaine heu on m’a, le comité de campagne de Nicolas Sarkozy et Nicolas Sarkozy m’ont demandé de tenir trois réunions publiques23.

    Tableau 4. Vote des électeurs et exposition aux émissions télévisées, en %, N=3015.

    A voté / a regardé une émission avecFillonJuppéNKMSarkozyTOTAL
    Fillon81746372100
    Juppé65746063100
    Sarkozy62585183100

    22De manière plus originale, nos données permettent de mettre à jour ce même phénomène d’exposition sélective sur Internet. Ainsi, voter pour un candidat renforce les chances pour un électeur de consulter le site internet de ce même candidat, d’aimer sa page Facebook ou encore de lui envoyer des messages sur Twitter. Ainsi, à titre d’exemple, 13 % des électeurs de Nicolas Sarkozy aiment sa page Facebook, alors qu’ils ne sont que 1 % à aimer celle de François Fillon ou Alain Juppé. Exposition sélective renforcée par l’outil technique lui-même avec l’« effet de bulle filtrante » sur Facebook24 : les fameux algorithmes de Facebook ont tendance à maximiser la polarisation des opinions, au lieu de leur proposer des points de vue alternatifs, en affichant sur les fils d’actualité des utilisateurs des articles partagés par leur cercle de connaissances, donc souvent aux vues politiques similaires.

    Tableau 5. Part des différents électorats ayant liké la page Facebook ou consulté le site internet d’un candidat, en %, N= 3015.

    A consulté le site internet de…
    A votéFillonJuppéNKMSarkozy
    Fillon181047
    Juppé101656
    NKM510175
    Sarkozy97424
    A liké la page Facebook de…
    A votéFillonJuppéNKMSarkozy
    Fillon7102
    Juppé1511
    Sarkozy11013

    23À ce phénomène d’exposition sélective aux supports télévisés et Internet, s’articule un phénomène de perception sélective de la campagne et des candidats. Ce phénomène s’observe notamment lorsqu’on interroge les électeurs sur leur perception du débat d’entre-deux-tours de la primaire. Les électeurs de François Fillon n’ont ainsi clairement pas la même perception de la prestation de leur candidat et de celle de son concurrent que les électeurs d’Alain Juppé.

    Tableau 6. Perception des candidats lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours, en %, N=1097.

    Perception de la prestation de François FillonPerception de la prestation d’Alain Juppé
    NégativePositiveNégativePositive
    A voté Fillon10907129
    A voté Juppé78222674
    Total44565842

    24Ainsi, alors que sa prestation lors du débat a été jugée positive par 90 % de ses propres électeurs, moins d’un tiers des électeurs d’Alain Juppé ont été convaincus. Cette même prestation a pu être ainsi jugée « excellente », « convaincante », « précise », « brillante », « parfaitement claire », « à la hauteur de la fonction » pour les uns, et « mauvais », « pas très convaincant », « pas très claire », « trop sûr de lui », « trop mou », « rasoir » pour les autres.

    25Si ce phénomène de perception sélective n’est pas nouveau on l’a dit, il est intéressant de noter qu’il peut s’exercer à l’intérieur d’un même courant politique et d’un même électorat. Les différences de perception entre ces deux candidats apparaissent ainsi particulièrement clivées et polarisées. Il est à noter que ces différences de perception concernent moins le programme ou le positionnement politique des candidats (6 % des commentaires sur François Fillon concernent son programme ou son positionnement politique – « Convaincant pour une droite libérale et traditionaliste catholique », « François Fillon est proche de Magaret Tacher », « Trop à droite ! » – et 9 % des commentaires sur Alain Juppé – « gauchiste, c’est un islamiste », « tout à fait de gauche », « Convaincant pour un gaullisme/chiraquisme, une droite plus sociale et laïque ») que des aspects relatifs à la personnalité, au physique, à l’intégrité ou à d’autres qualités morales attribuées au candidat. Ainsi, 94 % des commentaires sur François Fillon concernent sa personnalité (« Ferme et rassurant », « Finesse et aplomb. A de la répartie », « Quelqu’un d’intègre, de réaliste, sincère et honnête », « Trop rigide », « Arrogant », « Trop froid ») et 91 % des commentaires sur Alain Juppé (« beaucoup plus souple », « pas assez agressif », « très bonne prestation, intelligent, très au niveau »).

     

    26Il serait cependant trop rapide de conclure que, étant donné la relative proximité programmatique et idéologique des candidats, les différences de perception ne peuvent s’opérer que sur la forme (« les primaires, c’est un peu concours de beauté »). D’une part car l’on sait que dans les élections nationales, où l’offre programmatique est plus variée et polarisée, les choix des électeurs ne s’opèrent pas pour autant forcément sur des questions programmatiques ou strictement politiques, certains électeurs, souvent les moins politisés, opérant un jugement « éthique » pour évaluer les produits politiques en présence25. D’autre part, un jugement sur la personnalité d’un candidat peut être un jugement implicitement politique (au sens idéologique du terme). Ainsi, l’hexis corporel d’un candidat peut trahir aux yeux de certains électeurs l’incarnation d’une ligne politique.

    Conclusion : François Fillon, une stratégie gagnante ?

    27Phénomène inédit dans l’histoire politique française, la première – et, à ce jour, l’unique – primaire de la droite et du centre constitue un objet d’étude nouveau pour la science politique et la sociologie de la communication. L’issue totalement imprévue de ce scrutin – la très large victoire de François Fillon – a amené les commentateurs du jeu politique à s’interroger sur les raisons de cette victoire, et notamment le rôle qu’avaient pu jouer les médias concernant l’issue du scrutin. Nous avons ici fait le choix, dans la tradition de la sociologie de la réception, de renverser le questionnement en nous interrogeant sur ce que les électeurs avaient fait des médias. Il ressort alors de l’enquête d’une part que les électeurs ont très nettement privilégié des médias traditionnels pour suivre la campagne, au détriment d’Internet – et à ce titre, la faible importance donnée par l’équipe de François Fillon au numérique semble avoir été un choix judicieux – et d’autre part que les électeurs ont été exposés de manière très différenciée aux campagnes militantes de terrain, et se sont exposé de manière très sélective aux campagnes des différents candidats, que ce soit à la télévision, ou sur internet.

    28Au final, cet objet nouveau – le suivi de la première primaire de la droite et du centre – est venu confirmer des phénomènes sociologiques mis en avant de longue date par la sociologie de la communication : l’importance d’une campagne militante de terrain, le caractère primordial accordé aux discussions politiques informelles, et enfin les phénomènes d’exposition et de perception sélective des électeurs aux candidats et aux événements de campagne.

    Notes de bas de page

    1 Florence Haegel, « La primaire à l’UMP : genèse et enjeux », Pouvoirs, 154, 3, 2015, p. 89-98.

    2 En 2011, l’UMP a en effet tenté de décrédibiliser la primaire citoyenne de la gauche, en insistant sur les désaccords entre les candidats. Benoît Apparu, secrétaire d’État au Logement, avait ainsi déclaré : « Les primaires du PS sont aussi intéressantes sur la forme que désespérantes sur le fond. Il s’agit incontestablement d’un succès médiatique. Le succès populaire est lui plus mitigé car on est loin des 4 millions espérés mais surtout ce qui comptera avant tout, c’est le succès électoral l’année prochain ». En commentant l’élection, les partisans de l’UMP cherchent à exister sur la scène médiatique et à recentrer l’agenda politique sur la campagne de 2012. Malgré ces nombreux discours de dénigrement, la primaire socialiste de 2011 a été jalousée par les équipes de campagne de Nicolas Sarkozy, notamment concernant leur supposé impact médiatique – renforçant alors les reproches récurrents à la presse de ne « pas suffisamment respect[er], lors de cette période longue et décisive de la précampagne, les règles de distanciation dans son traitement des “précandidats” ». À la suite de la victoire de François Hollande, la primaire citoyenne organisée à gauche, en amont de l’élection présidentielle, a été perçue comme un moyen d’être visibles avant même le début officiel de la campagne. Avec l’importation de ce modèle à droite en 2016, l’idée était notamment de capter l’attention des journalistes et de prendre de l’avance médiatique par rapport à leurs concurrents, comme avaient pu le faire, semble-t-il, les candidats socialistes en 2011.

    3 Elihu Katz et Paul Lazarsfeld, Influence personnelle : ce que les gens font des médias, Paris, Arman Colin, 2008.

    4 Pour une présentation plus détaillée de la méthode et des terrains, voir David Gouard, Julien Audermard, Julien Boyadjian, Christèle Marchand-Lagier, Romain Mathieu, Laurent Olivier et Anaïs Theviot, « Les trois électorats de la primaire de la droite et du centre. Mobilisation et production des votes aux limites de l’entre soi », Revue française de science politique, 67, 6, 2017.

    5 Certains sites correspondent en réalité à plusieurs bureaux de vote primaire, regroupés dans un même lieu. Dans certains cas, le jour de l’élection, la configuration du lieu ne permettait pas de distinguer les électeurs de ces différents bureaux. Nous les avons donc interrogés sans distinction. L’enquête concerne finalement treize bureaux de vote primaire, ce qui correspond à une soixantaine de bureaux de vote ordinaires dans lesquels étaient inscrits 46 063 électeurs.

    6 Cela tient à une spécificité française : la législation n’autorise pas la publicité audiovisuelle ayant un caractère électoral ou contenant des références à des candidats ou aux enjeux du scrutin. Aux États-Unis, cette pratique est courante : la publicité joue un rôle capital dans les élections américaines étant donné qu’il est strictement impossible de limiter le temps d’antenne gratuit sur les médias en raison du Premier amendement de la Constitution qui protège la liberté d’expression. La publicité payante dans les médias américains représente environ 60 % des dépenses de campagne des candidats à l’élection présidentielle. En France, ce sont les réunions publiques qui demeurent le principal poste de dépense pour l’ensemble des candidats.

    7 Un budget consacré à Internet plus important que les autres candidats pour N. Sarkozy, mais un usage du numérique qui donne toujours la priorité aux médias traditionnels. « Après, je ne sais pas si c’est un regret, mais ce qui peut faire la différence entre une campagne Obama et la campagne telle qu’on l’a eu, c’est que chez Obama le numérique a vraiment une place centrale, à tel point que le canal numérique est le canal des exclusivités ce qui du coup crée une appétence pour faire partie des listes parce que c’est là qu’on a l’info. Alors que nous, effectivement, on a fonctionné en parallèle de la presse. C’est-à-dire que l’on a eu les exclusivités en même temps que la presse. On n’a pas été dans cet exclusif… » Axel Calandre, directeur équipe de campagne N. Sarkozy. Primaire de la droite et du centre. Entretien du 28 octobre 2016.

    8 Directrice du pôle digital de la campagne d’A. Juppé pour les Primaires de 2016. Entretien du 3 mars 2016.

    9 Anaïs Theviot, « Qui milite sur Internet ? Esquisse du profil sociologique du “cyber-militant” au PS et à l’UMP », Revue Française de Science Politique, 3-4, 63, 2013, p. 663-678.

    10 La messagerie électronique est le dispositif le plus utilisé par les adhérents de plus de soixante ans : 80 % pour les enquêtés UMP et 76 % pour ceux du PS déclarent consulter leur boîte mail tous les jours. Ainsi, les adhérents des deux partis étudiés peuvent facilement être « captés » par leurs partis via le mailing ; d’autant plus que ces derniers peuvent être très réactifs en ligne, étant donné la fréquence avec laquelle ils se connectent sur leurs comptes.

    11 David (anonymisé), adhérent PS, Fédération des Alpes-Maritimes, responsable web de la section Nice Massena. Entretien du 23 novembre 2011.

    12 Baptiste (anonymisé), adhérent LR et président de bureau lors de la primaire de la droite et du centre en 2016. Entretien du 18 novembre 2016.

    13 Les propos du vainqueur à la Maison Blanche diffusés sur CBS en novembre 2016 ne pourraient qu’aller dans le sens de cette hypothèse : « J’ai une telle puissance, en ce qui concerne le nombre d’abonnés, sur Facebook, Twitter, Instagram, etc., que cela m’a permis de gagner tous ces scrutins où [les Démocrates] ont pourtant dépensé beaucoup plus d’argent que moi. Et j’ai gagné. Les réseaux sociaux ont plus de pouvoir que tout l’argent qu’ils dépensent. J’ai gagné grâce aux réseaux sociaux. [Nous traduisons] ».

    14 David Gouard et al., « Les trois électorats de la primaire de la droite et du centre. Mobilisation et production des votes aux limites de l’entre-soi », art. cit.

    15 Historiquement le Front National : Dézé Alexandre, « Chapitre 7. Un parti “virtuel” ? Le front national au prisme de son site internet », dans Continuerlalutte.com. Les partis politiques sur le web. Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), « Académique », 2011, p. 139-152, mais aussi Asselineau.

    16 Adhérente LR, première adjointe au Maire en charge de l’environnement, de l’urbanisme et du patrimoine, conseillère départementale, vice-présidente à la communauté de commune, Loire-Atlantique. Entretien du 8 novembre 2016.

    17 Elle demeure ainsi le moyen d’information principal de ceux qui consomment le moins de contenus médiatiques et s’avèrent souvent les moins intéressés par la politique.

    18 Jay Blumler, Thoveron Gabriel, Cayrol Roland, La Télévision fait-elle l’élection ? Une analyse comparative : France, Grande-Bretagne, Belgique, Paris, Presses de la FNSP, 1978.

    19 Jean-Baptiste Comby, « L’orientation sociale des goûts en matière d’actualité » dans Josianne Jouet et Rémi Rieffel (dir.), S’informer à l’ère du numérique, Rennes, PUR, 2013.

    20 Elihu Katz et Paul Lazarsfeld, Influence personnelle, op. cit.

    21 Se référer à la figure du « citoyen digital » qui trouve à prolonger ses activités numériques exclusivement dans la sphère civique en ligne, sans participer hors ligne. Zizi Papacharissi, A Private Sphere. Democracy in a Digital Age, Cambridge, Polity Press, 2010.

    22 Député LR en Loire Atlantique, Soutien de Nicolas Sarkozy, Entretien du 18 novembre 2016.

    23 Député LR en Loire Atlantique, Soutien de Nicolas Sarkozy, Entretien du 18 novembre 2016.

    24 Dans son essai The Filter Bubble (« la bulle filtrante », Penguin Books, 2011), Eli Pariser, montre comment Google analyse les comportements en ligne et filtre les informations en fonction du profil des usagers. Il affirme que cette sélection permanente, dans tous les domaines – politique, lecture, voyages, culture – fait que Google confine les internautes dans une bulle cognitive.

    25 Daniel Gaxie, « Retour sur les modes de production des opinions politiques », dans Philippe Coulangeon et Julien Duval (dir.), Trente ans après La Distinction de Pierre Bourdieu, Paris, La Découverte, 2013.

    Auteurs

    • Julien Boyadjian

      IEP de Lille, CERAPS UCO, ARENES

    • Anaïs Theviot

      UCO, ARENES

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    1 Florence Haegel, « La primaire à l’UMP : genèse et enjeux », Pouvoirs, 154, 3, 2015, p. 89-98.

    2 En 2011, l’UMP a en effet tenté de décrédibiliser la primaire citoyenne de la gauche, en insistant sur les désaccords entre les candidats. Benoît Apparu, secrétaire d’État au Logement, avait ainsi déclaré : « Les primaires du PS sont aussi intéressantes sur la forme que désespérantes sur le fond. Il s’agit incontestablement d’un succès médiatique. Le succès populaire est lui plus mitigé car on est loin des 4 millions espérés mais surtout ce qui comptera avant tout, c’est le succès électoral l’année prochain ». En commentant l’élection, les partisans de l’UMP cherchent à exister sur la scène médiatique et à recentrer l’agenda politique sur la campagne de 2012. Malgré ces nombreux discours de dénigrement, la primaire socialiste de 2011 a été jalousée par les équipes de campagne de Nicolas Sarkozy, notamment concernant leur supposé impact médiatique – renforçant alors les reproches récurrents à la presse de ne « pas suffisamment respect[er], lors de cette période longue et décisive de la précampagne, les règles de distanciation dans son traitement des “précandidats” ». À la suite de la victoire de François Hollande, la primaire citoyenne organisée à gauche, en amont de l’élection présidentielle, a été perçue comme un moyen d’être visibles avant même le début officiel de la campagne. Avec l’importation de ce modèle à droite en 2016, l’idée était notamment de capter l’attention des journalistes et de prendre de l’avance médiatique par rapport à leurs concurrents, comme avaient pu le faire, semble-t-il, les candidats socialistes en 2011.

    3 Elihu Katz et Paul Lazarsfeld, Influence personnelle : ce que les gens font des médias, Paris, Arman Colin, 2008.

    4 Pour une présentation plus détaillée de la méthode et des terrains, voir David Gouard, Julien Audermard, Julien Boyadjian, Christèle Marchand-Lagier, Romain Mathieu, Laurent Olivier et Anaïs Theviot, « Les trois électorats de la primaire de la droite et du centre. Mobilisation et production des votes aux limites de l’entre soi », Revue française de science politique, 67, 6, 2017.

    5 Certains sites correspondent en réalité à plusieurs bureaux de vote primaire, regroupés dans un même lieu. Dans certains cas, le jour de l’élection, la configuration du lieu ne permettait pas de distinguer les électeurs de ces différents bureaux. Nous les avons donc interrogés sans distinction. L’enquête concerne finalement treize bureaux de vote primaire, ce qui correspond à une soixantaine de bureaux de vote ordinaires dans lesquels étaient inscrits 46 063 électeurs.

    6 Cela tient à une spécificité française : la législation n’autorise pas la publicité audiovisuelle ayant un caractère électoral ou contenant des références à des candidats ou aux enjeux du scrutin. Aux États-Unis, cette pratique est courante : la publicité joue un rôle capital dans les élections américaines étant donné qu’il est strictement impossible de limiter le temps d’antenne gratuit sur les médias en raison du Premier amendement de la Constitution qui protège la liberté d’expression. La publicité payante dans les médias américains représente environ 60 % des dépenses de campagne des candidats à l’élection présidentielle. En France, ce sont les réunions publiques qui demeurent le principal poste de dépense pour l’ensemble des candidats.

    7 Un budget consacré à Internet plus important que les autres candidats pour N. Sarkozy, mais un usage du numérique qui donne toujours la priorité aux médias traditionnels. « Après, je ne sais pas si c’est un regret, mais ce qui peut faire la différence entre une campagne Obama et la campagne telle qu’on l’a eu, c’est que chez Obama le numérique a vraiment une place centrale, à tel point que le canal numérique est le canal des exclusivités ce qui du coup crée une appétence pour faire partie des listes parce que c’est là qu’on a l’info. Alors que nous, effectivement, on a fonctionné en parallèle de la presse. C’est-à-dire que l’on a eu les exclusivités en même temps que la presse. On n’a pas été dans cet exclusif… » Axel Calandre, directeur équipe de campagne N. Sarkozy. Primaire de la droite et du centre. Entretien du 28 octobre 2016.

    8 Directrice du pôle digital de la campagne d’A. Juppé pour les Primaires de 2016. Entretien du 3 mars 2016.

    9 Anaïs Theviot, « Qui milite sur Internet ? Esquisse du profil sociologique du “cyber-militant” au PS et à l’UMP », Revue Française de Science Politique, 3-4, 63, 2013, p. 663-678.

    10 La messagerie électronique est le dispositif le plus utilisé par les adhérents de plus de soixante ans : 80 % pour les enquêtés UMP et 76 % pour ceux du PS déclarent consulter leur boîte mail tous les jours. Ainsi, les adhérents des deux partis étudiés peuvent facilement être « captés » par leurs partis via le mailing ; d’autant plus que ces derniers peuvent être très réactifs en ligne, étant donné la fréquence avec laquelle ils se connectent sur leurs comptes.

    11 David (anonymisé), adhérent PS, Fédération des Alpes-Maritimes, responsable web de la section Nice Massena. Entretien du 23 novembre 2011.

    12 Baptiste (anonymisé), adhérent LR et président de bureau lors de la primaire de la droite et du centre en 2016. Entretien du 18 novembre 2016.

    13 Les propos du vainqueur à la Maison Blanche diffusés sur CBS en novembre 2016 ne pourraient qu’aller dans le sens de cette hypothèse : « J’ai une telle puissance, en ce qui concerne le nombre d’abonnés, sur Facebook, Twitter, Instagram, etc., que cela m’a permis de gagner tous ces scrutins où [les Démocrates] ont pourtant dépensé beaucoup plus d’argent que moi. Et j’ai gagné. Les réseaux sociaux ont plus de pouvoir que tout l’argent qu’ils dépensent. J’ai gagné grâce aux réseaux sociaux. [Nous traduisons] ».

    14 David Gouard et al., « Les trois électorats de la primaire de la droite et du centre. Mobilisation et production des votes aux limites de l’entre-soi », art. cit.

    15 Historiquement le Front National : Dézé Alexandre, « Chapitre 7. Un parti “virtuel” ? Le front national au prisme de son site internet », dans Continuerlalutte.com. Les partis politiques sur le web. Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), « Académique », 2011, p. 139-152, mais aussi Asselineau.

    16 Adhérente LR, première adjointe au Maire en charge de l’environnement, de l’urbanisme et du patrimoine, conseillère départementale, vice-présidente à la communauté de commune, Loire-Atlantique. Entretien du 8 novembre 2016.

    17 Elle demeure ainsi le moyen d’information principal de ceux qui consomment le moins de contenus médiatiques et s’avèrent souvent les moins intéressés par la politique.

    18 Jay Blumler, Thoveron Gabriel, Cayrol Roland, La Télévision fait-elle l’élection ? Une analyse comparative : France, Grande-Bretagne, Belgique, Paris, Presses de la FNSP, 1978.

    19 Jean-Baptiste Comby, « L’orientation sociale des goûts en matière d’actualité » dans Josianne Jouet et Rémi Rieffel (dir.), S’informer à l’ère du numérique, Rennes, PUR, 2013.

    20 Elihu Katz et Paul Lazarsfeld, Influence personnelle, op. cit.

    21 Se référer à la figure du « citoyen digital » qui trouve à prolonger ses activités numériques exclusivement dans la sphère civique en ligne, sans participer hors ligne. Zizi Papacharissi, A Private Sphere. Democracy in a Digital Age, Cambridge, Polity Press, 2010.

    22 Député LR en Loire Atlantique, Soutien de Nicolas Sarkozy, Entretien du 18 novembre 2016.

    23 Député LR en Loire Atlantique, Soutien de Nicolas Sarkozy, Entretien du 18 novembre 2016.

    24 Dans son essai The Filter Bubble (« la bulle filtrante », Penguin Books, 2011), Eli Pariser, montre comment Google analyse les comportements en ligne et filtre les informations en fonction du profil des usagers. Il affirme que cette sélection permanente, dans tous les domaines – politique, lecture, voyages, culture – fait que Google confine les internautes dans une bulle cognitive.

    25 Daniel Gaxie, « Retour sur les modes de production des opinions politiques », dans Philippe Coulangeon et Julien Duval (dir.), Trente ans après La Distinction de Pierre Bourdieu, Paris, La Découverte, 2013.

    Médias et élections

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    Médias et élections

    Ce livre est cité par

    • Berthet, Élodie. (2020) Le banquier et l’héritière. Questions de communication, 38. DOI: 10.4000/questionsdecommunication.23924
    • (2021) The Gamification of Society. DOI: 10.1002/9781119821557.refs
    • Catlla, Michel. Figeac, Julien. Gouard, David. Ratinaud, Pierre. Savinel, Bérengère. (2025) Permanences et évolutions du traitement journalistique d’un rituel politique. Le cas des parrainages des candidats à l’élection présidentielle (2002-2022). Mots, 139. DOI: 10.4000/15d10

    Ce chapitre est cité par

    • Roginsky, Sandrine. De Cock, Barbara. (2022) Faire campagne sur Twitter: permanences et évolutions en contexte de campagne électorale. Le cas des candidats et candidates à l’élection européenne en Belgique, Espagne, France et Royaume-Uni. Revue internationale de politique comparée, Vol. 29. DOI: 10.3917/ripc.292.0107
    • Theviot, Anaïs. (2020) Facebook, vecteur d’amplification des campagnes négatives ?. Questions de communication, 38. DOI: 10.4000/questionsdecommunication.23770

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    Boyadjian, J., & Theviot, A. (2019). Chapitre 8. Les modalités de suivi d’une campagne électorale inédite. In A. Theviot (éd.), Médias et élections. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99152
    Boyadjian, Julien, et Anaïs Theviot. « Chapitre 8. Les modalités de suivi d’une campagne électorale inédite ». In Médias et élections, édité par Anaïs Theviot. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.99152.
    Boyadjian, Julien, et Anaïs Theviot. « Chapitre 8. Les modalités de suivi d’une campagne électorale inédite ». Médias et élections, édité par Anaïs Theviot, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99152.

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    Theviot, A. (éd.). (2019). Médias et élections. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99082
    Theviot, Anaïs, éd. Médias et élections. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.99082.
    Theviot, Anaïs, éditeur. Médias et élections. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99082.
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