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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’émergence et l’essor du fact-checking français jusqu’à l’élection de 2017 L’élection présidentielle de 2017 ou la nouvelle ère du fact-checking français Proximités entre fact-checkers : promotion, co-opétition, communauté Conclusion : les risques d’une cartellisation/labellisation du fact-checking Notes de bas de page Auteurs

    Médias et élections

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    Table des matières

    Chapitre 5. Un pour tous, tous pour un ? Les pratiques inédites de « coalition » des journalistes fact-checkers français durant la campagne présidentielle de 2017

    Jérémie Nicey et Laurent Bigot

    p. 121-142

    Texte intégral L’émergence et l’essor du fact-checking français jusqu’à l’élection de 2017 De 2008 à 2017, l’émergence du fact-checking en France et sa focalisation politique Le fact-checking, objet et produit d’un « marketing éditorial » L’élection présidentielle de 2017 ou la nouvelle ère du fact-checking français Facebook et les fact-checkers : interdépendances, enjeux de visibilité et de crédibilité CrossCheck, coalition inédite de fact-checkers lors de l’élection française de 2017 Proximités entre fact-checkers : promotion, co-opétition, communauté Promotion, citations et relais des travaux des confrères Les fact-checkers français : une communauté à distance des politiques Conclusion : les risques d’une cartellisation/labellisation du fact-checking Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Depuis la fin des années 2000, les rédactions des médias français expérimentent la production de contenus de fact-checking, consacrés à la vérification de propos tenus par des personnalités politiques dans l’espace public, ainsi qu’au debunking (décryptage/désintoxication) de rumeurs et autres contenus trompeurs. Les cellules pionnières « Désintox » de Libération (2008) et « Les Décodeurs » du Monde (2009) se sont renforcées et ont gagné en intérêt, particulièrement lors des campagnes électorales, suscitant d’autres initiatives.

    2Mais pour contrer les fausses informations et autres contenus douteux disséminés en particulier sur les réseaux sociaux, les fact-checkers1 français ont, durant la récente campagne présidentielle française de 2017, adopté des organisations et des modes de collaboration inédits : quels sont-ils et quels ressorts, limites et enjeux dessinent-il concernant les pratiques journalistiques ? Fondé sur l’observation participante au sein d’un de ces réseaux collaboratifs, sur trente-deux entretiens semi-directifs (menés à la fois en 2017 et dans les deux années précédentes) et sur des exemples de contenus ciblés, le présent travail de recherche vise à examiner l’originalité et le fonctionnement de la « coalition » née entre spécialistes français du fact-checking à l’occasion de l’échéance électorale de 2017 ; en outre, elle interroge les marqueurs de proximité entre fact-checkers et leurs perspectives.

    L’émergence et l’essor du fact-checking français jusqu’à l’élection de 2017

    3Le fact-checking évoqué ici n’a rien d’une pratique récente dans l’histoire du journalisme. Aux États-Unis, quand Briton Hadden et Henry Luce créent le magazine Time, en 1923, ce sont eux qui, les premiers, recrutent des fact-checkers, autrement dit des journalistes dédiés à la vérification exhaustive et systématique des contenus journalistiques, avant publication, afin d’en garantir la qualité et la véracité aux lecteurs2. Puis un fact-checking réinventé apparaît aux États-Unis à compter des années 2000, plus exclusivement politique, au carrefour de plusieurs traditions du journalisme américain : le ad watch journalism, qui, dans les années 1990, aux États-Unis, s’est attaché à évaluer l’exactitude des informations contenues dans les publicités politiques diffusées à la télévision ; le watchdog journalism3, un journalisme d’investigation susceptible d’alerter l’opinion (incarné par plusieurs figures illustres, dont les journalistes Edward R. Murrow dans les années 1950 et Isador Feinstein Stone dans les années 1960 et 1970) ; et le truth-squadding et ses expériences menées en particulier dans les colonnes du Washington Post sous la présidence Reagan, pour faire paraître des encadrés de vérification en marge des comptes-rendus de ses conférences de presse4.

    4Marginal pendant près de dix ans, le fact-checking français a bénéficié, entre les échéances électorales de 2012 et de 2017, d’une lente mais certaine légitimation, dans la continuité de celle constatée dans les cultures de langue anglaise5. Cette partie entend non seulement rappeler – brièvement – comment et avec quelles relations vis-à-vis du champ politique une telle pratique a émergé en France ; à montrer, aussi, les intentions qui animent les rédactions médias lorsqu’elles mettent en place de telles unités dédiées ; à souligner, surtout, les spécificités des pratiques collaboratives entre fact-checkers, expérimentées spécifiquement en France à l’occasion de la campagne de l’élection présidentielle de 2017.

    De 2008 à 2017, l’émergence du fact-checking en France et sa focalisation politique

    5En France, depuis 2008 et la création de « Désintox » par le quotidien Libération, les rubriques de fact-checking font l’objet d’une attention toute particulière de la part des journaux, radios et chaînes de télévision qui les ont adoptées : tous affichent et mettent volontiers en avant les articles de vérification qu’elles contiennent, qui semblent renouer avec les aspects les plus nobles du journalisme et sont généralement alimentés en contenus fiables, fruits d’enquêtes poussées et de longs recoupements d’informations. Nous parlons ici du journal Le Monde, qui a créé « Les Décodeurs » en 2009, d’abord sous la forme d’un blogue, puis comme une rubrique à part entière de son site Internet ; mais aussi des chaînes de radio France Info, avec « Le Vrai du Faux », et d’Europe 1, avec « Le Vrai-Faux de l’Info », deux chroniques lancées en 2012 ; puis « L’Œil du 20 heures », créé par France 2 en 2014, pour ne citer que les plus illustres, toujours en activité aujourd’hui. Entre temps, bien d’autres chroniques et rubriques ont vu le jour – nous en avons recensé plus d’une vingtaine en France – principalement autour de la campagne présidentielle de 2012, puis, dans une moindre mesure, entre novembre 2016 et mai 2017, par exemple « Le Vrai-Faux des Échos », par le quotidien Les Échos.

    6En dix ans, entre 2008 et 2017, et plus particulièrement à l’occasion des élections présidentielles de 2012 et 2017, le fact-checking français a ainsi bénéficié d’un lent processus de reconnaissance au sein des médias qui l’ont promu, ainsi qu’à l’extérieur de ces médias : dans leur environnement professionnel, ainsi qu’auprès du grand public. Cela à l’identique de ce qui a pu être observé aux États-Unis dans les années 2000 (cf. supra), là aussi à l’occasion des échéances présidentielles, en 2008, 2012 et 2016. D’ailleurs, le modèle des productions dites de fact-checking que l’on trouve jusqu’à aujourd’hui en France et ailleurs dans le monde est lui-même issu des premières initiatives menées dans ce domaine aux États-Unis, à compter de 2003. Trois acteurs étatsuniens sont d’ailleurs très souvent cités en référence dans ce domaine : FactCheck.org, lancé par le Annenberg Public Policy Center de l’université de Pennsylvanie dès 2003 ; Politifact.com, créé en 2008, adossé au Tampa Bay Times et qui a remporté, en 2009, le prestigieux prix Pulitzer dans la catégorie « National reporting » ; et enfin The Fact Checker, blogue politique hébergé par le site internet du Washington Post et connu grâce à son mode d’évaluation de la véracité des propos (à chaque citation est attribué un nombre de Pinocchios, voire un Geppetto lorsque la citation ne contient que la vérité). Toutes ces initiatives ont jeté les bases de ce qui est devenu un véritable genre journalistique6, légitimé comme tel, en instituant une construction d’articles et une méthodologie caractéristiques du fact-checking.

    7Très concrètement, le format classique d’un article ou d’une chronique de fact-checking est généralement le suivant : « Untel a déclaré tel jour dans tel média, telle information… C’est vrai/faux/plutôt vrai/plutôt faux, etc. »7. Est systématiquement associé à la citation, ainsi qu’au « verdict » donné par le journaliste, un long développement, fondé sur des données (souvent chiffrées) issues de rapports et de statistiques officielles, ainsi que sur des avis d’experts, le tout afin de proposer l’information la plus précise et juste possible. Et le tout porte le plus souvent sur une déclaration politique8. À cet égard, il attire l’attention des citoyens et fait réagir les représentants politiques eux-mêmes : si leur dénigrement de cette pratique a pu un temps être la tendance, notamment en 2016, c’est désormais le contournement (en restant évasif ou discret sur les affirmations – stratégie adoptée entre autres par Emmanuel Macron, en particulier durant les débats télévisés entre candidats, au printemps 2017) ou la récupération qui prévalent : dans ce dernier cas, on relève en effet les efforts des groupes politiques pour s’approprier et diffuser leur propre vérification autonome (par exemple, contenus publiés par le Front National sur https://www.marine2017.fr/verites, ou par l’équipe de Jean-Luc Mélenchon sur https://lafranceinsoumise.fr/category/actualites/jlm-desintox/, et leurs relais sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter et Facebook). Un tel contexte a conduit à la fois les plateformes de réseau social à tenter de renforcer les initiatives de fact-checking et les rédactions n’ayant pas expérimenté cette pratique de le faire voire de l’installer durablement en leur sein.

    Le fact-checking, objet et produit d’un « marketing éditorial »

    8Début 2016, le nombre de médias proposant du fact-checking était évalué à environ cinquante aux États-Unis, puis à 126 dans 49 pays en juin 20179 (durant la période sur laquelle porte notre étude). Et d’autres études sur le sujet10 ne font d’ailleurs aucun mystère de l’ampleur qu’est en train de prendre, outre-Atlantique, ce phénomène de vérification des faits et y voient une des innovations récentes majeures du secteur. Ce qui s’est produit en France en matière de fact-checking, à l’occasion de la campagne présidentielle de 2017, résulte donc à la fois d’un contexte électoral (moyens journalistiques déployés spécifiquement pour une couverture plus intense11) et, surtout, d’un contexte international dans lequel le journalisme de fact-checking a progressivement fait la preuve de sa légitimité dans le paysage médiatique. Les initiatives nationales, que nous avons précédemment citées et que nous avons plus particulièrement étudiées, ont par ailleurs, selon nous, fait l’objet d’un « marketing éditorial » de la part des médias auxquelles elles sont adossées. Alors que nombre de médias fact-checkers dans le monde sont des médias dits pure-players, et proposant uniquement des contenus de vérification, la plupart des acteurs français sont des médias traditionnels ayant ajouté une rubrique ou chronique de fact-checking à leurs contenus habituels. Puis ils les ont promus, de manière assez inhabituelle d’ailleurs, afin de les présenter, entre autres, comme une réponse pertinente à la méfiance croissante que le public manifeste à leur égard, ce que montre chaque année le baromètre Kantar TNS pour le quotidien La Croix12 : la moitié des Français considèrent que les choses ne se passent pas exactement comme les médias le disent.

    9Nous voulons pour preuves de cette stratégie promotionnelle des contenus de fact-checking, plusieurs aspects. Tout d’abord, il est très vite apparu qu’apporter la contradiction, dans des rubriques dédiées, à l’ensemble du personnel politique pouvait vite devenir un créneau porteur pour l’audience et pour la viralité des contenus, sur Internet et les réseaux sociaux notamment, prenant ainsi le contre-pied de la prolifération des messages de propagande ou de désinformation sur ces mêmes réseaux13. Car cet exercice comporte à la fois une dimension de sérieux (documentation, enquête, chiffres, etc.) et une autre, plus ludique (expression graphique des « verdicts » apposés en contrepoint de chaque assertion vérifiée), qui ont contribué à en faire des contenus particulièrement efficaces pour toucher le public. Ensuite, les médias porteurs de ces rubriques et chroniques ont vite perçu leur potentiel communicationnel, laissant se développer ces unités de fact-checking, en particulier à Libération et au Monde : respectivement « Désintox » et « Les Décodeurs », dont nous avions souligné plus haut l’apparition. Ces deux « rubriques » – ce qui constitue une forme d’énonciation éditoriale relativement inhabituelle pour un type d’articles journalistiques donné – sont ainsi parées d’atours propres à faire parler d’elles comme de véritables marques : des logos et comptes de réseaux sociaux leur donnent par exemple un accès direct pour communiquer et échanger, en tant que rédaction à l’intérieur de la rédaction, avec le public. Le fact-checking apparaît donc comme une offre beaucoup plus « marketée » que la moyenne des offres éditoriales de leur publication.

    10Ce sont tous ces aspects stratégiques qui vont être mobilisés de manière inédite à l’approche de l’élection présidentielle 2017 en France, et ce dans un contexte international particulier : le vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni, en juin 2016, et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, en novembre de la même année. À chaque fois, les géants d’Internet et des réseaux sociaux Google et Facebook ont été montrés du doigt à propos de leur contribution involontaire à la propagation de fausses informations, via les algorithmes qu’ils ont mis en place pour satisfaire les préférences de leurs abonnés, qualifiées de « bulles filtrantes » – connues sous le vocable anglais de filter bubbles mais aussi d’echo chambers14. En maintenant les utilisateurs dans un même cercle de connaissances (ou système de silos), ils les confrontent aux mêmes thématiques ou types d’articles et d’informations pour lesquels ils ont déjà manifesté de l’intérêt auparavant. Pour remédier à ce phénomène, Google et Facebook vont ainsi faire émerger en 2016 et 2017 des opérations de plus grande ampleur, destinées à tenter de juguler la propagation des fake news et false news, grâce à un mode de fonctionnement à la fois participatif (faisant appel au grand public) et collaboratif (invitant les professionnels à travailler de concert).

    L’élection présidentielle de 2017 ou la nouvelle ère du fact-checking français

    Facebook et les fact-checkers : interdépendances, enjeux de visibilité et de crédibilité

    11À la suite des reproches qui lui ont été adressés après l’élection de Donald Trump, le réseau social Facebook a annoncé en décembre 2016 un travail partenarial avec les principaux médias fact-checkers mondiaux pour signaler, vérifier puis supprimer les fausses informations circulant dans son fil d’actualités et partagées par les utilisateurs15. Ces derniers disposent ainsi, indirectement, d’une influence sur l’algorithme qui préside à la mise en avant de certains contenus dans le fil d’actualités. Cette initiative a d’abord été déployée aux États-Unis et en Allemagne puis, en mars 2017, en France, en prévision de l’élection présidentielle. L’un des aspects inédits de cette expérimentation réside dans l’incitation à faire coopérer les citoyens – ce que le réseau social appelle « la communauté » – avec des organisations tierces, des médias fact-checkers invités à vérifier, via un outil dédié, les informations signalées. Les utilisateurs de Facebook peuvent cliquer dans la partie située en haut à droite des posts consultés, sélectionner dans le menu déroulant la fonction « signaler la publication », puis répondre à la question « que se passe-t-il ? » en cochant la proposition « il s’agit d’une fausse information ». Une fois remise en cause par deux fact-checkers, une information douteuse apparaît ainsi contestée dans le fil d’actualités et la mention « contesté par des tiers » apparaît au moment où un partage est sollicité. Ces opérations de collaboration avec les fact-checkers et de « nettoyage » des informations sur Facebook seront d’ailleurs intensifiées en 2018 également pour… contrer les révélations (à partir de mars 2018) sur Cambridge Analytica, du nom de la société britannique privée ayant analysé en 2016 les données de dizaines de millions d’utilisateurs du réseau social à leur insu, en leur adressant ensuite des contenus en faveur de la campagne de Donald Trump.

    12L’autre critère de cette expérimentation repose sur l’expertise des tierces parties dans la vérification d’informations, ces dernières devant attester de la conformité de leur travail avec le code de principes de l’International Fact-Checking Network (IFCN), adopté par ce réseau en septembre 2016. En France, par exemple, alors que huit médias étaient volontaires pour intégrer ce processus, seuls quatre avaient pu attester en 2017, après avoir été audités, de leur capacité à mettre en œuvre ce code rigoureux de principes (France 24, Libération, Le Monde et 20Minutes), tandis qu’une demande avait été rejetée (L’Express) et qu’une rédaction candidate s’était vu demander des ajustements (France Info) ; le dossier de l’AFP était en cours d’instruction et BFM TV avait finalement renoncé. À l’échelle mondiale, une trentaine de médias seulement avaient reçu mi-2017 la certification de l’IFCN (contre plus de soixante deux ans plus tard au printemps 2019) ; cette certification peut être vue comme une tentative d’harmonisation et de renforcement des pratiques de fact-checking, à laquelle Facebook, pour gagner en crédibilité, tente de se greffer opportunément, y compris en rémunérant à partir de fin 2017 ce travail de vérification collaboratif et participatif aux médias fact-checkers partenaires (jusqu’alors il ne s’agissait que d’une phase expérimentale).

    13Inversement Facebook se révèle utile pour les fact-checkers à la fois par la visibilité qu’il donne à leurs contenus et par la mise à disposition de son outil CrowdTangle (racheté fin 2016), qui permet à ces derniers de suivre les tendances des fils d’actualités les plus suivis et partagés, et générant le plus de commentaires – une telle dissémination étant l’un des marqueurs des rumeurs en ligne. Dès lors, il peut être considéré que se nouent entre les médias et le réseau social des interdépendances. Ces dernières ne constituent pourtant pas l’élément le plus saillant des collaborations autour du fact-checking français : Facebook est en réalité également impliqué dans le programme « CrossCheck », dont il convient désormais d’exposer la singularité.

    CrossCheck, coalition inédite de fact-checkers lors de l’élection française de 2017

    14CrossCheck est une opération de fact-checking collaboratif et participatif, soutenue par le réseau First Draft16 et par le Google News Lab. Elle a été lancée officiellement en France le 28 février 2017 pour permettre aux journalistes et à tout citoyen d’interpeller via une seule et même plateforme l’ensemble des rédactions partenaires pour leur soumettre des faits – politiques ou non – à vérifier17. Dès lors, ces médias réalisent une vérification croisée de l’information douteuse et, dès que deux d’entre eux au moins sont parvenus à une conclusion identique, le fact-check est utilisable et publiable par tous les autres partenaires et consultable par les citoyens en un seul et même lieu : le site CrossCheck. C’est dans le cadre de cette opération que nous avons eu l’opportunité privilégiée de mener un travail d’observation participante : nos fonctions au sein de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT) nous ont conduits à encadrer un média pédagogique lui-même membre de CrossCheck, FactoScope2017. Ce média, alimenté par une dizaine d’étudiants, avait pour objectif de produire des contenus de fact-checking originaux et d’agréger l’ensemble des contenus de fact-checking issus des médias français pendant la campagne de l’élection présidentielle. Il avait donc toute sa place parmi les autres médias invités par First Draft, notamment à l’occasion d’un séminaire de présentation, de réflexion et de co-construction du projet, du 22 au 24 février 2017, en Normandie, à l’écart des obligations quotidiennes professionnelles et personnelles de chacun des membres – autrement dit, un moment rare, a fortiori au démarrage d’une campagne électorale d’ampleur.

    15Notre méthodologie a donc été celle de l’observation participante, en combinant la position de pédagogues (et de coordinateur de productions) et de chercheurs, malgré les contraintes – encore en partie présentes – de confidentialité qu’elle impose. Qu’avons-nous pu constater ? D’une part que les véritables innovations de ce programme résident dans le partage et l’accès facilité à des outils performants et innovants de vérification de l’information (textes, images, vidéos, etc.), de même que la particiaption à des sessions de formation pour de nombreux journalistes, y compris ceux représentant des médias qui produisaient jusqu’alors peu ou pas de fact-checking (comme la presse quotidienne régionale). D’autre part que la mise en place d’échanges et de partage d’informations a pu stimuler les productions : via le mode « équipe » sur la plateforme de communication collaborative Slack et, surtout, via le site privé « Check », conçu pour faciliter le workflow, découper et se répartir les tâches de vérification pour chaque information déclarée suspecte, en gardant la trace des interventions de chacun. Les captures d’écran ci-dessous (Figure 1) donnent un exemple d’échanges sur Slack : on y observe à cet égard le fait que le nombre de partages d’une rumeur sur les réseaux sociaux (notamment relevés par l’outil CrowdTangle, voir supra) met les journalistes en alerte et les incite à la debunker, c’est-à-dire la décrypter et produire un contenu vérifié pour la contrer.

    Figure 1. Échanges entre membres de CrossCheck sur la plateforme Slack, avril 2017.

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    16Quelque 118 personnes – essentiellement des journalistes – ont ainsi pu échanger sur l’outil Slack de CrossCheck (plateforme de partage d’informations), opération qui aura duré pendant les dix semaines de la campagne électorale et aura permis de vérifier 67 informations douteuses. Surtout, pour la première et réelle fois – après la France, l’expérience a été tentée au Royaume-Uni et en Grande-Bretagne, sans succès18 – cette opération a permis à de nombreuses rédactions, ainsi qu’à des étudiants d’écoles de journalisme, de collaborer sur une production d’informations commune, sur le modèle de l’intelligence en essaim. L’idée était en effet de publier des informations vérifiées estampillées avec les logos de chacun des médias qui approuvaient ces travaux de fact-checking, sur le site de CrossCheck, et en parallèle de façon libre et indépendante sur les sites des médias partenaires eux-mêmes (276 articles l’ont été). L’exemple évoqué ci-dessus, de travail sur une rumeur, a ainsi généré plusieurs publications en ligne (Figures 2 et 3).

    Figure 2. Exemple d’article collaboratif de fact-checking sur le site CrossCheck, 28 avril 2017.

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    Figure 3. Deux exemples d’éditorialisation à partir de l’article collaboratif CrossCheck (cf. Figure 2), 28 avril 2017.

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    17Il est ainsi apparu aux utilisateurs, malgré une implication des rédactions à des degrés très divers, qu’il n’y avait pas réellement de stratégie de scoop face à une matière telle que les productions de debunking (de démystification des rumeurs, rappelons-le). Tous les médias ont intérêt à collaborer dans ce domaine, sous peine d’être eux-mêmes victimes de la transmission d’une fausse information, comme le confirme le rapport faisant office de bilan de l’expérience : « Participants noted the power of these cross news- room conversations, particularly at a time when newsrooms themselves are being used by agents of disinformation to amplify rumours and fabricated content, relying on them to give additional oxygen and to move them out of niche online communities to wider audiences »19.

    18Menée à l’occasion de la campagne électorale, l’expérience CrossCheck a pu permettre à ses membres d’estimer la profusion des rumeurs en ligne et de mesurer leur vitesse de propagation grâce à divers outils, qu’ils en aient été familiers auparavant ou non. Nous avons déjà mentionné celui de Facebook (CrowdTangle) ; il en a été de même pour Google Trends (qui permet de connaître l’intensité et la fréquence des requêtes dans le moteur de recherche Google) ou, surtout, du tableau de bord Spike, de la société Newswhip (qui permet de prédire, grâce à une observation fine des réseaux sociaux Facebook, Twitter, Reddit, Instagram et YouTube, les sujets et les récits qui vont susciter le plus fort engagement dans les heures et jours à venir). Par conséquent, suite à cette expérience collaborative et aux formations aux logiciels qu’elle a pu inclure, non seulement les rédactions sans rubrique ou travail de fact-checking ont pu prendre conseil auprès des pionnières et l’expérimenter, mais surtout, la technicité globale des fact-checkers français, s’est indubitablement accrue.

     

    19En définitive, dans les deux cas – le dispositif coordonné par Facebook et celui mis sur pied par Google à travers First Draft – il apparaît évident qu’il s’agit d’expériences inédites de coalition autour d’une pratique destinée à redonner du crédit aux médias et aux autres organisations qui s’en remettent à elle. Depuis l’élection présidentielle française de 2017, c’est ainsi l’ensemble des fact-checkers qui est sollicité, en particulier par les principaux « infomédiaires »20 pour contribuer à rendre plus fiable l’information que ces derniers disséminent. La coopération entre médias à une telle échelle ne s’était jamais produite – même si des interviews politiques, par exemple, peuvent faire l’objet de partenariats entre des médias de presse écrite, radio et télévision par exemple. Si des appuis externes et un contexte particulier ont présidé à cette coalition, il convient néanmoins d’apprécier les caractéristiques sociologiques et professionnelles de ses membres, dans la mesure où elles semblent expliquer le relatif succès d’une telle expérience.

    Proximités entre fact-checkers : promotion, co-opétition, communauté

    20Nous venons de montrer quel a été le modus operandi de la coalition CrossCheck durant le printemps 2017. Il convient pourtant d’en discuter la nature, les ressorts ainsi que les élargissements auxquels elle a conduit. En la matière, nos observations de ces pratiques de fact-checking français, en amont de l’élection présidentielle de 2017 et pendant cette dernière, font apparaître deux types d’incidences : d’une part sur la production elle-même, d’autre part sur les ajustements du champ journalistique vers lesquels de telles collaborations semblent tendre21. En l’occurrence, si les dispositifs collaboratifs expérimentés au printemps 2017 ont pu avoir des effets directs sur la production des fact-checkers français, voire ont guidé cette dernière dans une certaine mesure, ils en ont également eu sur les positionnements et solidarités corporatistes de ses membres. À l’appui de leurs articles sur la période mais aussi de leurs posts sur la plateforme Twitter, ainsi que par l’observation des interactions et discours tenus lors des réunions CrossCheck ou en marge de celles-ci, nous avons pu en déceler plusieurs signaux.

    Promotion, citations et relais des travaux des confrères

    21Commençons par les signaux de proximité entre fact-checkers révélés dans leurs productions elles-mêmes. Durant la campagne électorale présidentielle de 2017 bien plus que lors des périodes antérieures, nous relevons une promotion manifeste entre confrères, qui passe par des citations vers leurs contenus respectifs, quel que soit leur média d’origine et en dépit des positionnements initialement concurrentiels. De telles citations sont même systématiquement accompagnées d’un lien hypertexte direct vers la production en question du confrère – cette pratique améliorant d’ailleurs le référencement de la production pointée atteste donc bien que l’esprit de concurrence n’est dans ce cas pas la priorité. Afin d’illustrer cet accroissement des citations croisées, nous avons fait le choix ici de nous intéresser aux deux « locomotives » du fact-checking français que sont « Les Décodeurs » du Monde et « Désintox » de Libération. Nous avons ainsi étudié plus de 250 articles des « Décodeurs » (uniquement ceux de vérification – pas ceux portant sur les rumeurs ou sur l’auto-promotion du dispositif Decodex) et plus de 500 articles de « Désintox », en faisant porter l’inventaire sur deux périodes : la première, du 1er février 2017 (démarrage établi de la campagne présidentielle en tant que telle, à la fois suite aux différentes élections primaires et avec comme référence le début d’équité de traitement médiatique telle qu’imposé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel – avec un caractère plus strict encore pendant la « campagne officielle » à partir du 10 avril) jusqu’au 5 mai (avant-veille du second tour, fin de la campagne donc des discours électoraux), soit une durée approximative de trois mois ; la seconde période, antérieure, de février 2015 à fin janvier 2017, soit deux années afin de bénéficier d’un spectre comparatiste large. Or, comme l’illustre le graphique ci-dessous (Figure 4), les deux entités de fact-checking se sont mutuellement citées en trois mois de campagne bien plus qu’elles ne l’avaient fait auparavant : cinq fois chacune, alors qu’en plus de deux ans « Désintox » n’avait renvoyé vers des articles des « Décodeurs » qu’à sept reprises (épisodiquement et jamais plus de deux par trimestre), et « Les Décodeurs » réciproquement seulement à quatre occurrences (épisodiquement là aussi, et au maximum une fois par trimestre).

    Figure 4. Citations croisées entre « Désintox » (liberation.fr) et « Les Décodeurs » (lemonde.fr) de 2015 à 2017.

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    Lecture : « Désintox » a cité (avec lien hypertexte) cinq articles de fact-checking des « Décodeurs » – et réciproquement – durant la campagne présidentielle, ce qui n’avait été le cas qu’à une ou deux reprises par « trimestre » précédent.

    22L’intensification d’une telle promotion du travail des confrères ne repose pas uniquement sur la dynamique collaborative issue de l’initiative CrossCheck, bien qu’elle ait été réellement signifiante lors de ce printemps 2017. Ces citations croisées (voir exemples en Figure 5), notamment entre les deux plus importantes cellules de fact-checking en France, sont souvent justifiées par l’antériorité de la vérification, par les confrères, de telle affirmation ou du démontage de telle rumeur : « On n’a pas besoin, ni envie, de refaire ce que les confrères ont déjà debunké. On n’est pas là pour copier… »22.

    Figure 5. Exemples de citations croisées entre « Désintox » (liberation.fr, 06/04/2017) et « Les Décodeurs » (lemonde.fr, 05/04/2017).

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    23En complément des espaces de production en ligne, nous avons en deuxième lieu observé les inter-relations entre fact-checkers sur le réseau social. Cette étape de notre recherche fait ressortir un double phénomène : 1. une tendance affirmée à la production de tweets et de retweets entre confrères exerçant de près ou de loin une activité de fact-checking ; 2. cette tendance a été grandissante durant la campagne présidentielle française du printemps 2017, c’est-à-dire durant la période particulièrement productive du projet CrossCheck. Outre les simples retweets, les messages postés sur Twitter correspondant à cette tendance de promotion des productions externes peuvent être de plusieurs ordres, par un contenu textuel incluant un lien hypertexte vers l’article des confrères, voire par l’embedding du titre et de l’illustration de l’article en question (or l’intégration d’un visuel multiplie les opportunités d’être vu, lu et relayé), comme en témoignent les deux exemples isolés ci-dessous (Figure 6).

    Figure 6. Relais sur Twitter des articles Désintox (liberation.fr) par les confrères des Décodeurs (lemonde.fr), printemps 2017.

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    24Comment interpréter de tels relais réciproques ? Ils sont en réalité caractéristiques de l’usage de Twitter par les journalistes, comme Josiane Jouët et Rémy Rieffel23 l’ont souligné :

    […] les journalistes [sont] avides de discuter de l’actualité avec des confrères d’autres médias. Cette sociabilité particulière se manifeste très fortement dans les tweets et les retweets qui s’adressent prioritairement aux autres professionnels de l’information […]. L’une des originalités les plus marquantes de cette pratique est qu’elle ne n’inscrit pas nécessairement dans une logique de concurrence. La compétition entre rédactions existe bel et bien (sociabilité formelle influencée par les règles de bonne conduite propres à chaque média), mais elle semble en quelque sorte atténuée sur Twitter car la sociabilité qui s’y déploie est aussi informelle (relations affinitaires entre journalistes, complicités professionnelles de terrain, etc.). […] Le partage d’information fait souvent office de recommandation, tout comme le fait d’afficher le tweet d’un confrère dans ses favoris. Chaque plateforme d’échange électronique fabrique ses propres conventions sociales et, sur Twitter, elles reposent en partie sur la congratulation mutuelle et l’inter-reconnaissance réciproque. […] Cette pratique qui n’est pas nouvelle en elle-même, mais qui est ici beaucoup plus intense participe à l’instauration d’un esprit de solidarité interprofessionnelle ou du moins de discussions intenses par outils numériques interposés. Certains journalistes conçoivent dès lors Twitter comme une vaste plate-forme collaborative.

    Comment penser de telles pratiques, où les effets et marqueurs de concurrence sont largement atténués voire mis de côté – au moins un temps ? Il convient de considérer qu’il s’agit d’une « coopération » des acteurs équivalents dans un contexte de « compétition » de marché, autrement nommée « co-opétition », telle que plusieurs recherches en particulier de langue anglaise24 l’ont mise en évidence.

    Les fact-checkers français : une communauté à distance des politiques

    25En dehors des traces laissées en ligne et dont nous avons proposé ci-dessus plusieurs éléments d’analyse, notre position privilégiée au sein du réseau CrossCheck nous a permis d’observer de profondes convergences entre fact-checkers dans leurs pratiques, dans leurs intérêts et motivations, dans leurs méthodes et outils – a fortiori en se les conseillant mutuellement dans le cadre de la coalition. Dès lors, nous pouvons affirmer que se dégage une proximité entre fact-checkers. Celle-ci a d’ailleurs pu, pour certains d’entre eux, être évoquée comme réelle et davantage marquée qu’avec leurs propres collègues de la même rédaction, ce qui entre en résonance avec les caractéristiques des « sous-champs spécialisés du journalisme » déjà mises en évidence par Dominique Marchetti et constituant des « sous-espaces de cet univers [journalistique] qui sont en relation les uns avec les autres et fonctionnent d’une certaine manière comme des microcosmes »25. De fait, nous avons pu constater, dans le cas des spécialistes du fact-checking et durant l’opération CrossCheck en particulier, une « socialisation aux lois de fonctionnement du microcosme spécialisé [… qui] s’opère à travers des rendez-vous réguliers […] et un parrainage des “nouveaux” par les “anciens” »26. En revanche, les fact-checkers français semblent se distinguer de leurs autres collègues journalistes spécialisés sur un point. Si Marchetti notait que « les journalistes spécialisés font souvent l’objet de critiques internes visant à stigmatiser leur “connivence ou leur proximité” avec “les sources”, à montrer qu’ils ne seraient plus des journalistes mais des porte-parole de l’espace social dont ils parlent »27, il a été marquant de relever, durant nos entretiens semi-directifs, que les spécialistes du fact-checking rejettent les mécanismes de connivence :

    L’intérêt de ça [du fact-checking], pour une rédaction, c’est de crédibiliser ce qui est dit sur sa propre antenne et de montrer qu’il n’y a pas de collusion entre journalistes et politiques. Car nous avons une relation différente, aussi, avec la classe politique ; ils [les journalistes politiques et les hommes politiques] se voient, ils passent du temps ensemble. Avec nous, ils doivent parfois faire le SAV de nos chroniques, il y a des appels toutes les semaines. Parfois, des hommes politiques comprennent le but du jeu, d’autres ne supportent pas. Nous, on rebat les cartes dans les relations entre journalistes et politiques.
    En tant que journaliste politique, ce n’est pas parce que j’entendais une bêtise que je la déconstruisais dans mon article. Un reportage politique, c’est montrer l’homme derrière le candidat, les paroles, les actes, les réseaux… Alors qu’en fact-checking, il faut rester sur des données brutes. Dans un papier classique, on ne dit pas « il a tort ».
    Nous sommes un service à part. Nous n’avons pas vraiment d’échanges avec nos collègues. Si on allume un politique, ça peut être difficile en termes de relations avec eux. Il arrive que des choses se passent sans que cela leur convienne… […] Les journalistes politiques connaissent très bien les politiques, boivent, sortent avec eux, s’écrivent, etc. On ne peut pas les allumer et prendre le petit-déjeuner avec eux le lendemain. Du coup, nous, on passe un peu pour les emmerdeurs, les bœufs-carotte…28

    Cette affirmation commune d’une indépendance plus grande et plus critique vis-à-vis des sources politiques, qu’elle s’incarne dans la réalité observée ou qu’elle soit parfois promue voire un peu exagérée dans les propos des fact-checkers, a pu être analysée dans d’autres recherches29. Soulignons par ailleurs que durant l’expérience CrossCheck, plusieurs journalistes fact-checkers, en particulier ceux isolés dans leur rédaction, ont fait part de leur enthousiasme vis-à-vis de la coalition, en considérant leurs pairs spécialisés comme « une sorte de deuxième famille professionnelle »30. De telles relations et reconnaissances mutuelles semblent significatives. De fait, l’analyse des perceptions des journalistes concernés, évoquées en entretiens ou relevées durant l’observation participante, indiquent que leurs proximités sociales et de pratiques sont constitutives d’une « communauté » du fact-checking.

     

    26In fine, nous retiendrons de ces trois aspects – citation et pointage vers les productions des confrères malgré un champ initialement concurrentiel, relais réciproques sur les réseaux sociaux numériques, et affinités d’ordre communautaire entre spécialistes – qu’ils tendent à souligner un certain renforcement des relations entre fact-checkers, et par extension une forme de défense collective de la (micro-)corporation, de son positionnement, de son éthique et de sa réputation.

    Conclusion : les risques d’une cartellisation/labellisation du fact-checking

    27La campagne présidentielle de 2017 a été marquée par plusieurs particularités concernant les pratiques de vérification journalistique de l’information en France, notamment et surtout dans le cadre de l’initiative CrossCheck, soutenue par Google. Après cette expérience qui a permis à certaines rédactions de renforcer leur technicité, à d’autres de s’initier, et globalement à l’ensemble des fact-checkers français de se fédérer en communauté, il est révélateur de voir ces derniers certes penser que leur travail a été et reste d’utilité publique, malgré des effets politiques limités dont ils sont conscients31, mais surtout s’interroger sur les moyens de poursuivre une telle expérimentation collaborative32. Qu’elle n’ait été qu’une « parenthèse enchantée »33 ou qu’elle dessine une tendance, cette coalition durant le printemps électoral 2017 s’avère en réalité elle-même sous-tendue par des limites et des enjeux plus profonds. D’une part, il convient d’envisager le risque de glissement d’une dépendance politique à une dépendance vis-à-vis des GAFAM (les géants numériques que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). D’autre part, de telles unités coalisées peuvent dans une certaine mesure donner de l’eau au moulin des détracteurs du fact-checking, qui dénoncent par exemple une sorte de « tribunal de l’information », de « police de la pensée », et qui reprochent à ces pratiques de ne pas répondre aux principes d’« engagement neutre »34 mais davantage à une « subjectivité » en l’occurrence exacerbée35. Si les journalistes concernés se défendent de tels jugements, force est de constater que lorsqu’il prend la forme et les traces d’un cartel, le fact-checking est de nature à renforcer les opinions dites complotistes, celles-là mêmes qu’ils cherchent à contrer.

    Notes de bas de page

    1 Nous avons fait le choix ici de ne pas franciser le terme « fact-checker », en dépit d’un tournant actuel, semble-t-il, au sein du groupe des praticiens du fact-checking français. De même, la récurrence du terme « fact-checking » lui-même et de ses dérivés, à la fois dans cet article, dans les échanges au sein des mondes journalistiques et politiques depuis 2016 ainsi que dans le débat public et citoyen (d’ailleurs particulièrement depuis la période ici étudiée, à savoir la campagne électorale française de 2017) nous conduit exceptionnellement, par commodité autant qu’à des fins de fluidité de la lecture, à ôter les italiques habituellement de rigueur dans l’utilisation de termes de langue étrangère.

    2 Sarah Harrison Smith, The Fact Checkers Bible, A Guide to Getting It Right, New York, Anchor Books, 2004.

    3 Nael Jebril, « Is Watchdog Journalism Satisfactory Journalism? A Cross-national Study of Public Satisfaction with Political Coverage », Reuters Institute for the Study of Journalism, 2013, p. 5.

    4 Michael Dobbs, The Rise of Political fact-checking, Media Policy Initiative, New America Foundation, 2012, p. 4-5.

    5 Là encore : Michael Dobbs, The Rise of Political fact-checking, Media Policy Initiative, New America Foundation, 2012 ; mais aussi : Lucas Graves, Brendan Nyhan, Jason Reifler, « Understanding Innovations in Journalistic Practice: A Field Experiment Examining Motivations for fact-checking », Journal of Communication, 66, 2016, p. 102-138.

    6 Roselyne Ringoot, Jean-Michel Utard (dir.), Les genres journalistiques : savoirs et savoir-faire, L’Harmattan, 2009, p. 14-15.

    7 Laurent Bigot, L’essor du fact-checking : de l’émergence d’un genre journalistique au questionnement sur les pratiques professionnelles, thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, Université Paris 2 Panthéon-Assas, 2017, p. 138.

    8 Lucas Graves, Federica Cherubini, The Rise of fact-checking Sites in Europe, Reuters Institute for the Study of Journalism, 2016, p. 20, http://reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/sites/default/files/research/files/The%2520Rise%2520of%2520 fact-checking%2520Sites%2520in%2520Europe.pdf.

    9 Mark Stencel, « fact-checking booms as numbers grow by 20 percent », Duke Reporters’ Lab, 30 juin 2017, https://reporterslab.org/fact-checking-booms-as-numbers-grow-by-20-percent/ ; Mark Stencel, « Global fact-checking up 50% in past year », Duke Reporters’ Lab, 16 février 2016, http://reporterslab.org/global-fact-checking-up-50-percent.

    10 Lucas Graves, Brendan Nyhan, Jason Reifler, « Understanding Innovations in Journalistic Practice: A Field Experiment Examining Motivations for fact-checking », Journal of Communication, n° 66, 2016, p. 102-138, p. 106.

    11 Colette Brin, « Une influence stratégique des journalistes politiques dans un contexte de tension normative : la couverture électorale à la télévision de Radio-Canada », Les Cahiers du Journalisme, 8, 2000, p. 44-58, p. 46 et p. 48.

    12 Kantar Public / Carine Marcé, « Baromètre 2019 de la confiance des Français dans les média » (pour La Croix), 2019, http://fr.kantar.com/médias/digital/2019/barometre-2019-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media/.

    13 Romain Badouard, Le désenchantement de l’internet. Désinformation, rumeur et propagande, FYP Éditions, 2017. Pour un retour historique, voir Edward Bernays, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie [1928], Ed. Zones, 2007.

    14 R. Kelly Garrett, Erik C. Nisbet, Emily K. Lynch, « Undermining the corrective effects of media-based political fact checking? The role of contextual cues and naïve theory », Journal of Communication, 63, 2013, p. 617-637 ; D.J. Flynn, Brendan Nyhan, Jason Reifler, « The Nature and Origin of Misperceptions: Understanding False and Unsupported Beliefs about Politics », Political Psychology, 38, 1, 2017, p. 127-150 ; Claire Wardle, Hossein Derakhshan, Information Disorder. Toward an interdisciplinary framework for research and policymaking, Report for the Council of Europe, 2017.

    15 Adam Mosseri (Facebook), « News Feed FYI: Addressing Hoaxes and Fake News », Newsroom Facebook, 15 décembre 2016, https://newsroom.fb.com/news/2016/12/news-feed-fyi-addressing-hoaxes-and-fake-news/.

    16 First Draft est une organisation américaine à but non lucratif, un réseau et un centre de ressources qui affiche la volonté de proposer des conseils pratiques et éthiques au sujet de la recherche, de la vérification et de la publication d’informations provenant des réseaux sociaux. Son travail se concentre notamment sur : les images attribuées erronément ou manipulées, largement diffusées en ligne ; les photos et les vidéos réalisées par des témoins sur le lieu d’un événement ; les informations et le contenu partagés sur les réseaux sociaux et au moyen d’applications de messagerie privées ; les fausses informations et les canulars produits à des fins financières ou politiques (voir https://fr.firstdraftnews.com/a-propos/#core).

    17 CrossCheck, « En savoir plus sur le projet CrossCheck – Travailler ensemble pour donner des informations authentiques », 2017, https://crosscheck.firstdraftnews.com/france-fr/.

    18 Nikos Smyrnaios, Sophie Chauvet, Emmanuel Marty, The Impact of CrossCheck on Journalists and the Audience Learning the lessons from a collaborative journalism project fighting disinformation online during the French Presidential Election, First Draft News/CrossCheck, 2017, p. 9 (rapport diffusé le 16/11/2017).

    19 N. Smyrnaios et al., op. cit., 2017, p. 8.

    20 Franck Rebillard, Nikos Smyrnaios, « Les infomédiaires au cœur de la filière de l’information en ligne », Réseaux, 160-161, 2010, p. 163-194.

    21 Sur ce point, voir aussi Larry Dailey, Lori Demo, Mary Spillman, « The Convergence Continuum: A Model for Studying Collaboration Between Media Newsrooms », Atlantic Journal of Communication, 13, 2005, p. 150-168.

    22 Entretien avec Fact-Checker n° 28 le 23/02/2017. Pour rappel (cf. supra), nous préservons l’anonymat des journalistes interrogés à ce stade pour des raisons de confidentialité liée à l’organisation interne de CrossCheck, et à la position professionnelle actuelle de certains de ses membres.

    23 Josiane Jouët, Rémy Rieffel, « La sociabilité des journalistes sur Twitter. Entre performativité, ambivalence et multidimensionnalité », Sur le journalisme, About journalism, Sobre jornalismo, 4, 1, 2015, p. 24, http://surlejournalisme.com/rev/index.php/slj/article/view/196.

    24 Adam M. Brandenburger, Barry J. Nalebuff, Co-opetition, New York: Currency/Doubleday, 1996 ; Nabyla Daidj, Jaemin Jung, « Strategies in the Media Industry: Towards the Development of Co-opetition Practices? », Journal of Media Business Studies, 8, 4, 2011, p. 37-57.

    25 Dominique Marchetti, « Les sous-champs spécialisés du journalisme », Réseaux, 111, 2002, p. 23.

    26 Ibid., p. 42 et 43.

    27 Ibid., p. 30.

    28 Extraits de trois entretiens respectivement avec Fact-Checker n° 6 (le 23 octobre 2015), avec Fact-Checker n° 19 (le 5 avril 2016) et Fact-Checker n° 18 (le 2 avril 2016). Nota : les entretiens semi-directifs ont été réalisés par Laurent Bigot, dans le cadre de son travail de doctorat (L. Bigot, op. cit., 2017).

    29 Voir, entre autres : Sylvain Parasie, Éric Dagiral, « Des journalistes enfin libérés de leurs sources ? Promesse et réalité du “journalisme de données” », Sur le journalisme, About journalism, Sobre jornalismo,
2, 1, 2013, p. 52-62 ; Nicolas Kaciaf, « Communication politique et distanciation journalistique. Les transformations contemporaines des pages Politique de la presse écrite française », Savoir/Agir, 28, 2014, p. 13-18 ; Eugénie Saitta, « Les journalistes politiques et leurs sources. D’une rhétorique de l’expertise critique à une rhétorique du “cynisme” », Mots. Les langages du politique, 87, 2008, p. 113-128.

    30 Entretiens notamment avec Fact-Checker n° 30 et Fact-Checker n° 31 (le 12 mai 2017).

    31 R. Kelly Garrett, Erik C. Nisbet, Emily K. Lynch, « Undermining the corrective effects of media-based political fact checking? The role of contextual cues and naïve theory », Journal of Communication, 63, 2013, p. 617-637 ; Slate.fr, « Les mensonges rapportent des voix à Marine Le Pen, le fact-checking ne lui en enlève pas », par Jean-Marie Pottier, 2 juillet 2017, http://www.slate.fr/story/148923/le-pen-fake-news-fact-checking ; Brendan Nyhan, Jason Reifler, 2010, « When corrections fail: The persistence of political misperceptions », Political Behavior, 32, 2010, p. 303-330.

    32 Nikos Smyrnaios, Sophie Chauvet, Emmanuel Marty, The Impact of CrossCheck on Journalists and the Audience Learning the lessons from a collaborative journalism project fighting disinformation online during the French Presidential Election, First Draft News/CrossCheck, 2017 (rapport diffusé le 16/11/2017).

    33 Shan Wang, « The French election is over. What’s next for the Google- and Facebook-backed fact-checking effort there? », Nieman Lab, 8 mai 2017, http://www.niemanlab.org/2017/05/the-french-election-is-over-whats-next-for-the-google-and-facebook-backed-fact-checking-effort-there/.

    34 Roselyne Koren, « Argumentation, enjeux et pratique de “l’engagement neutre” : le cas de l’écriture de presse », Semen, 17, 2004, [En ligne], http://semen.revues.org/2308?lang=en.

    35 Cyril Lemieux (dir.), La subjectivité journalistique, Éditions EHESS, 2010.

    Auteurs

    • Jérémie Nicey

      École Publique de Journalisme de Tours / Université de Tours, PRIM

    • Laurent Bigot

      École Publique de Journalisme de Tours / Université de Tours, PRIM

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    Table des matières

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    1 Nous avons fait le choix ici de ne pas franciser le terme « fact-checker », en dépit d’un tournant actuel, semble-t-il, au sein du groupe des praticiens du fact-checking français. De même, la récurrence du terme « fact-checking » lui-même et de ses dérivés, à la fois dans cet article, dans les échanges au sein des mondes journalistiques et politiques depuis 2016 ainsi que dans le débat public et citoyen (d’ailleurs particulièrement depuis la période ici étudiée, à savoir la campagne électorale française de 2017) nous conduit exceptionnellement, par commodité autant qu’à des fins de fluidité de la lecture, à ôter les italiques habituellement de rigueur dans l’utilisation de termes de langue étrangère.

    2 Sarah Harrison Smith, The Fact Checkers Bible, A Guide to Getting It Right, New York, Anchor Books, 2004.

    3 Nael Jebril, « Is Watchdog Journalism Satisfactory Journalism? A Cross-national Study of Public Satisfaction with Political Coverage », Reuters Institute for the Study of Journalism, 2013, p. 5.

    4 Michael Dobbs, The Rise of Political fact-checking, Media Policy Initiative, New America Foundation, 2012, p. 4-5.

    5 Là encore : Michael Dobbs, The Rise of Political fact-checking, Media Policy Initiative, New America Foundation, 2012 ; mais aussi : Lucas Graves, Brendan Nyhan, Jason Reifler, « Understanding Innovations in Journalistic Practice: A Field Experiment Examining Motivations for fact-checking », Journal of Communication, 66, 2016, p. 102-138.

    6 Roselyne Ringoot, Jean-Michel Utard (dir.), Les genres journalistiques : savoirs et savoir-faire, L’Harmattan, 2009, p. 14-15.

    7 Laurent Bigot, L’essor du fact-checking : de l’émergence d’un genre journalistique au questionnement sur les pratiques professionnelles, thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, Université Paris 2 Panthéon-Assas, 2017, p. 138.

    8 Lucas Graves, Federica Cherubini, The Rise of fact-checking Sites in Europe, Reuters Institute for the Study of Journalism, 2016, p. 20, http://reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/sites/default/files/research/files/The%2520Rise%2520of%2520 fact-checking%2520Sites%2520in%2520Europe.pdf.

    9 Mark Stencel, « fact-checking booms as numbers grow by 20 percent », Duke Reporters’ Lab, 30 juin 2017, https://reporterslab.org/fact-checking-booms-as-numbers-grow-by-20-percent/ ; Mark Stencel, « Global fact-checking up 50% in past year », Duke Reporters’ Lab, 16 février 2016, http://reporterslab.org/global-fact-checking-up-50-percent.

    10 Lucas Graves, Brendan Nyhan, Jason Reifler, « Understanding Innovations in Journalistic Practice: A Field Experiment Examining Motivations for fact-checking », Journal of Communication, n° 66, 2016, p. 102-138, p. 106.

    11 Colette Brin, « Une influence stratégique des journalistes politiques dans un contexte de tension normative : la couverture électorale à la télévision de Radio-Canada », Les Cahiers du Journalisme, 8, 2000, p. 44-58, p. 46 et p. 48.

    12 Kantar Public / Carine Marcé, « Baromètre 2019 de la confiance des Français dans les média » (pour La Croix), 2019, http://fr.kantar.com/médias/digital/2019/barometre-2019-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media/.

    13 Romain Badouard, Le désenchantement de l’internet. Désinformation, rumeur et propagande, FYP Éditions, 2017. Pour un retour historique, voir Edward Bernays, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie [1928], Ed. Zones, 2007.

    14 R. Kelly Garrett, Erik C. Nisbet, Emily K. Lynch, « Undermining the corrective effects of media-based political fact checking? The role of contextual cues and naïve theory », Journal of Communication, 63, 2013, p. 617-637 ; D.J. Flynn, Brendan Nyhan, Jason Reifler, « The Nature and Origin of Misperceptions: Understanding False and Unsupported Beliefs about Politics », Political Psychology, 38, 1, 2017, p. 127-150 ; Claire Wardle, Hossein Derakhshan, Information Disorder. Toward an interdisciplinary framework for research and policymaking, Report for the Council of Europe, 2017.

    15 Adam Mosseri (Facebook), « News Feed FYI: Addressing Hoaxes and Fake News », Newsroom Facebook, 15 décembre 2016, https://newsroom.fb.com/news/2016/12/news-feed-fyi-addressing-hoaxes-and-fake-news/.

    16 First Draft est une organisation américaine à but non lucratif, un réseau et un centre de ressources qui affiche la volonté de proposer des conseils pratiques et éthiques au sujet de la recherche, de la vérification et de la publication d’informations provenant des réseaux sociaux. Son travail se concentre notamment sur : les images attribuées erronément ou manipulées, largement diffusées en ligne ; les photos et les vidéos réalisées par des témoins sur le lieu d’un événement ; les informations et le contenu partagés sur les réseaux sociaux et au moyen d’applications de messagerie privées ; les fausses informations et les canulars produits à des fins financières ou politiques (voir https://fr.firstdraftnews.com/a-propos/#core).

    17 CrossCheck, « En savoir plus sur le projet CrossCheck – Travailler ensemble pour donner des informations authentiques », 2017, https://crosscheck.firstdraftnews.com/france-fr/.

    18 Nikos Smyrnaios, Sophie Chauvet, Emmanuel Marty, The Impact of CrossCheck on Journalists and the Audience Learning the lessons from a collaborative journalism project fighting disinformation online during the French Presidential Election, First Draft News/CrossCheck, 2017, p. 9 (rapport diffusé le 16/11/2017).

    19 N. Smyrnaios et al., op. cit., 2017, p. 8.

    20 Franck Rebillard, Nikos Smyrnaios, « Les infomédiaires au cœur de la filière de l’information en ligne », Réseaux, 160-161, 2010, p. 163-194.

    21 Sur ce point, voir aussi Larry Dailey, Lori Demo, Mary Spillman, « The Convergence Continuum: A Model for Studying Collaboration Between Media Newsrooms », Atlantic Journal of Communication, 13, 2005, p. 150-168.

    22 Entretien avec Fact-Checker n° 28 le 23/02/2017. Pour rappel (cf. supra), nous préservons l’anonymat des journalistes interrogés à ce stade pour des raisons de confidentialité liée à l’organisation interne de CrossCheck, et à la position professionnelle actuelle de certains de ses membres.

    23 Josiane Jouët, Rémy Rieffel, « La sociabilité des journalistes sur Twitter. Entre performativité, ambivalence et multidimensionnalité », Sur le journalisme, About journalism, Sobre jornalismo, 4, 1, 2015, p. 24, http://surlejournalisme.com/rev/index.php/slj/article/view/196.

    24 Adam M. Brandenburger, Barry J. Nalebuff, Co-opetition, New York: Currency/Doubleday, 1996 ; Nabyla Daidj, Jaemin Jung, « Strategies in the Media Industry: Towards the Development of Co-opetition Practices? », Journal of Media Business Studies, 8, 4, 2011, p. 37-57.

    25 Dominique Marchetti, « Les sous-champs spécialisés du journalisme », Réseaux, 111, 2002, p. 23.

    26 Ibid., p. 42 et 43.

    27 Ibid., p. 30.

    28 Extraits de trois entretiens respectivement avec Fact-Checker n° 6 (le 23 octobre 2015), avec Fact-Checker n° 19 (le 5 avril 2016) et Fact-Checker n° 18 (le 2 avril 2016). Nota : les entretiens semi-directifs ont été réalisés par Laurent Bigot, dans le cadre de son travail de doctorat (L. Bigot, op. cit., 2017).

    29 Voir, entre autres : Sylvain Parasie, Éric Dagiral, « Des journalistes enfin libérés de leurs sources ? Promesse et réalité du “journalisme de données” », Sur le journalisme, About journalism, Sobre jornalismo,
2, 1, 2013, p. 52-62 ; Nicolas Kaciaf, « Communication politique et distanciation journalistique. Les transformations contemporaines des pages Politique de la presse écrite française », Savoir/Agir, 28, 2014, p. 13-18 ; Eugénie Saitta, « Les journalistes politiques et leurs sources. D’une rhétorique de l’expertise critique à une rhétorique du “cynisme” », Mots. Les langages du politique, 87, 2008, p. 113-128.

    30 Entretiens notamment avec Fact-Checker n° 30 et Fact-Checker n° 31 (le 12 mai 2017).

    31 R. Kelly Garrett, Erik C. Nisbet, Emily K. Lynch, « Undermining the corrective effects of media-based political fact checking? The role of contextual cues and naïve theory », Journal of Communication, 63, 2013, p. 617-637 ; Slate.fr, « Les mensonges rapportent des voix à Marine Le Pen, le fact-checking ne lui en enlève pas », par Jean-Marie Pottier, 2 juillet 2017, http://www.slate.fr/story/148923/le-pen-fake-news-fact-checking ; Brendan Nyhan, Jason Reifler, 2010, « When corrections fail: The persistence of political misperceptions », Political Behavior, 32, 2010, p. 303-330.

    32 Nikos Smyrnaios, Sophie Chauvet, Emmanuel Marty, The Impact of CrossCheck on Journalists and the Audience Learning the lessons from a collaborative journalism project fighting disinformation online during the French Presidential Election, First Draft News/CrossCheck, 2017 (rapport diffusé le 16/11/2017).

    33 Shan Wang, « The French election is over. What’s next for the Google- and Facebook-backed fact-checking effort there? », Nieman Lab, 8 mai 2017, http://www.niemanlab.org/2017/05/the-french-election-is-over-whats-next-for-the-google-and-facebook-backed-fact-checking-effort-there/.

    34 Roselyne Koren, « Argumentation, enjeux et pratique de “l’engagement neutre” : le cas de l’écriture de presse », Semen, 17, 2004, [En ligne], http://semen.revues.org/2308?lang=en.

    35 Cyril Lemieux (dir.), La subjectivité journalistique, Éditions EHESS, 2010.

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    Ce livre est cité par

    • Berthet, Élodie. (2020) Le banquier et l’héritière. Questions de communication, 38. DOI: 10.4000/questionsdecommunication.23924
    • (2021) The Gamification of Society. DOI: 10.1002/9781119821557.refs
    • Catlla, Michel. Figeac, Julien. Gouard, David. Ratinaud, Pierre. Savinel, Bérengère. (2025) Permanences et évolutions du traitement journalistique d’un rituel politique. Le cas des parrainages des candidats à l’élection présidentielle (2002-2022). Mots, 139. DOI: 10.4000/15d10

    Ce chapitre est cité par

    • SECK-SARR, Sokhna-Fatou. (2023) Intelligence artificielle et fact-checking en Afrique : entre logiques de dépendance et limites de l’automatisation. Tic & société, Vol. 17 | N° 1-2. DOI: 10.4000/11r9g
    • Theviot, Anaïs. Treille, Éric. (2019) Présentation du dossier. Politiques de communication, N° 12. DOI: 10.3917/pdc.012.0005
    • Nicey, Jérémie. (2020) Les pratiques de fact-checking journalistique participatif, entre contraintes et intérêts. Interfaces numériques, 9. DOI: 10.25965/interfaces-numeriques.4283
    • Nicey, Jérémie. (2022) Le fact-checking en France, une réponse en condensé du journalisme face aux transformations numériques des années 2000 et 2010. Les Enjeux de l'information et de la communication, N° 23/1. DOI: 10.3917/enic.032.0067
    • Produire le vrai sur le faux : sociologie politique des discours et pratiques de lutte contre les fake news. DOI: 10.70675/c349ee14z84e9z47ddz8289z6c53a8a14b6b

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    Nicey, J., & Bigot, L. (2019). Chapitre 5. Un pour tous, tous pour un ? Les pratiques inédites de « coalition » des journalistes fact-checkers français durant la campagne présidentielle de 2017. In A. Theviot (éd.), Médias et élections. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99132
    Nicey, Jérémie, et Laurent Bigot. « Chapitre 5. Un pour tous, tous pour un ? Les pratiques inédites de “coalition” des journalistes fact-checkers français durant la campagne présidentielle de 2017 ». In Médias et élections, édité par Anaïs Theviot. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.99132.
    Nicey, Jérémie, et Laurent Bigot. « Chapitre 5. Un pour tous, tous pour un ? Les pratiques inédites de “coalition” des journalistes fact-checkers français durant la campagne présidentielle de 2017 ». Médias et élections, édité par Anaïs Theviot, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99132.

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    Theviot, A. (éd.). (2019). Médias et élections. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.99082
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