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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction I) Les salines d’Ibiza du XVIe au XVIIIe siècles, les étangs II) Le travail III) La conjoncture économique des XVIe-XVIIIe siècles Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Sel et société

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    22. Le travail et la production aux salins d’Ibiza et de Formentera (XVIe-XVIIIe siècles)

    Antoni Tur Torres

    p. 405-422

    Résumés

    L’industrie saunière était consolidée à Ibiza longtemps avant la période Moderne (XVIe-XVIIIe siècles). Depuis le XIIIe siècle, le négoce du sel, bien qu’il fût un monopole royal, a été cédé à la communauté locale et devint donc une voie de subsistance pour payer ses importations. Cependant, cette industrie était fortement soumise à l’insécurité et aux hasards du climat. En outre, pendant le XVIIe siècle la monarchie espagnole, en crise, a eu besoin de ressources pour payer la défense de l’île en tant que frontière maritime, ce qui a entraîné une pression croissante sur la communauté locale car la couronne voulait augmenter son contrôle sur l’exploitation. Finalement, les salines et tous les droits d’exploitation et vente furent saisis par le premier roi Bourbon, Philippe V, à la suite de la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1715). Le négoce du sel d’Ibiza est assez bien connu grâce aux travaux de Jean-Claude Hocquet et d’autres auteurs. En revanche, nos connaissances sont limitées concernant l’impact de la production de sel sur la communauté locale : travail, production, vente, propriété et commerce. Grâce aux études menées par Antoni Ferrer Abárzuza et Antonio Espino López et par nos recherches dans les archives locales, le sujet peut être abordé sous un angle nouveau.

    Long before the Early Modern Times (16th-18th centuries), the salt industry was fully consolidated in Ibiza. The salt trade, though a royal monopoly, had been given to the insular community since the 13th century and provided it with the means to purchase its imports. However, this industry was highly conditioned by insecurity and weather changes. Furthermore, during the 17th century, the crisis of the Spanish monarchy, in need of resources to pay the defence of the island as a sea borderline, put an increasing pressure on the local community as the crown meant to increase its control of the industry. Finally, after the War of the Spanish Succession (1701-1715), the whole salinas were seized by the first Bourbon king, Philip V. The Ibiza salt trade, though well known in its mercantile aspects through the works of Jean-Claude Hocquet among others, remains largely unexplored when it comes to its implications for the local community: work, production, sale, property and trade. Through our work in the local archives, we intend to find out the circumstances of these subjects. Therefore, this paper wants to show to an international, french-reading public our findings so far as well as the recent contributions made by other authors such as Antoni Ferrer Abárzuza or Antonio Espino Gómez.

    Entrées d’index

    Mots-clés : travail, production, exportation, couronne, monopole, féodalité, seigneurie, revenu, commune, tribut, météorologie

    Keywords : work, production, exportation, Crown, monopoly, feudalism, seigneury, revenue, municipality, tribute, meteorology

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Au sud de l’île d’Ibiza (Eivissa en catalan) et au nord de Formentera1, les salines ont été exploitées au plus tard au XIIe siècle par les Arabes2. En raison et de la situation géographique des deux îles, au cœur des routes de la navigation qui sillonnaient la Méditerranée occidentale et de la qualité de son produit, Ibiza est devenue un des grands centres exportateurs de sel de la Méditerranée au Moyen Âge et à l’Époque Moderne (Fig. 1)3.

    Figure 1. Importateurs du sel d’Ibiza au XVIIe siècle.

    Image

    Fond de carte de la Méditerranée Ouest.

    D’après Académie Aix-Marseille : histgeo.ac-aix-marseille.fr.

    2La conquête de 1235 donna les deux îles à la Couronne d’Aragon. Les trois magnats qui avaient financé l’entreprise : Guillaume de Montgrí (archevêque de Tarragone), Nuno Sanche (comte du Roussillon) et Pierre de Portugal, devinrent les seigneurs des deux îles. L’île d’Ibiza fut divisée en quatre parts : deux pour Montgrí, pendant que Nuno Sanche et Pierre de Portugal se partageaient les deux autres. Après quelques transactions, les deux parts ayant appartenu à Montgrí passèrent à l’archevêché de Tarragone, la part de Sanche alla au chapitre de saint Fructueux de la cathédrale de Tarragone et la part de Pierre de Portugal devenait fief royal4.

    3Les salines – comme l’île de Formentera – restèrent propriété indivise des trois seigneurs. Le droit sur l’extraction et la vente du produit des salines, recette principale de l’île, demeurèrent acquis aux habitants grâce aux « donations », en fait des ventes, de 1261 et 12675. Bien entendu, les seigneurs ont retenu la propriété des salines afin d’en percevoir les revenus.6 Le produit était cédé aux habitants avec l’obligation de le récolter. L’« Université » ou commune locale était donc chargée, en sa qualité de représentante des habitants, des tâches d’organisation. Elle négociait aussi la représentation des habitants avec la Couronne, avec les seigneurs ou avec les marchands qui achetaient le sel.

    4La gestion communale des salines dura jusqu’à la Guerre de Succession d’Espagne, au début du XVIIIe siècle. Ainsi, du XIIIe au XVIIIe siècle, la vente du sel fut la voie utilisée par la commune – chargée du ravitaillement de la population – pour payer ses importations. Le petit groupe qui formait l’oligarchie locale (la mà major) jouait sur les deux tableaux : en tant qu’administrateurs municipaux et comme marchands et fournisseurs (très souvent agents de puissants marchands étrangers). Ce double rôle de la petite aristocratie locale est un des modes par lequel la dépendance liée au sel façonnait la société insulaire.

    5L’île de Formentera resta inhabitée à partir du XIVe siècle et ses salines laissées à l’état d’abandon jusqu’à la fin du XVIIe siècle7. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle les récoltes du sel d’Ibiza – endommagées par les fréquentes inondations – subirent une forte baisse de production liée, à ce qu’il semble, aux altérations climatiques connues comme « le petit âge glaciaire », surtout au cœur de cette période appelée « minimum de Maunder » (1643-1715)8.

    6Les catastrophes naturelles et leur conséquence, la ruine de la production et de l’exportation du sel ont fourni le prétexte à la monarchie pour intervenir dans la gestion des salines au détriment de la commune et de l’oligarchie locale qui avaient pourtant réussi à maintenir jusqu’à la guerre de Succession d’Espagne leur contrôle sur le négoce du sel9. Pendant la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1715), le prétendant autrichien, l’archiduc Charles de Habsbourg, cessa de reconnaître les droits communaux sauf l’usufruit et loua les salines au marchand génois Jean-Baptiste Visconti qui versa à la commune une « pension » annuelle de 5 200 pesos. Après la guerre, Philippe V de Bourbon confisqua les salines « par droit de conquête », ce qui entraîna un litige de vingt ans qui prit fin en 1735. L’acte de 1735 confirmait la doctrine juridique introduite par l’archiduc Charles et déniait à l’Université tout droit sur les salines. Toutefois, considérant la pauvreté de l’île et les fréquentes incursions de corsaires maghrébins, il lui concéda une aide de 2 600 pesos en sel, à investir dans la guerre de course10.

    I) Les salines d’Ibiza du XVIe au XVIIIe siècles, les étangs

    1. Alimentation et écoulement

    7À Ibiza, les salines recevaient l’eau de la mer par infiltration sous les cordons littoraux des plages de Codolar (nord-ouest) et es Cavallet (sud-est). Elles recevaient aussi des eaux douces par les torrents qui dévalaient, en particulier dans le secteur nord. Jusqu’au XIXe siècle on considérait nécessaires ces apports d’eau douce car on croyait que le sel se formait par réaction de l’eau avec le minéral déposé au fond des étangs (Fig. 2)11.

    Figure 2. Les salines d’Ibiza au XVIIe siècle.

    Image

    Fond de carte, orthophotographie de 1956.

    D’après Infraestructura de dades espacials de les Illes Balears : ideib.caib.es.

    8L’écoulement de l’eau, en cas de nécessité, était opéré par des sagnadors, des canaux ouverts à travers les plages du secteur sud-est par où on évacuait (« saignait ») l’excès d’eau quand l’évaporation ne suffisait pas à assécher les étangs12. À partir des années 1660, à cause des fréquentes inondations, on commença à utiliser des norias portables ou des roues à godets pour aider l’écoulement hors des bassins.13

    2. Sel rouge et sel blanc

    9Le sel de Formentera était tout blanc.14 Le sel d’Ibiza avait deux qualités différentes : aux étangs du nord, le sel rouge, préféré des étrangers (notamment des Italiens) qui en achetaient la majeure partie. Aux étangs du sud, le sel blanc, préféré de la population locale et des acheteurs de Majorque, de Minorque et de la Catalogne. La raison de cette différence de couleur, selon les études récentes, tenait à l’abondance plus ou moins grande d’un micro-organisme qui donnait sa couleur au produit15. Les contemporains, cependant, croyaient que la raison était le mélange du sel avec la terre du lieu, de couleur rouge. Le débouché massif des torrents dans la région productrice du sel rouge renforçait cette idée16.

    10Il y avait, d’après le père jésuite Próspero Martín de Callar y Descallar, qui publia son œuvre au cours de son exil italien en 1799, trois sortes de sel aux salines d’Ibiza et Formentera, chacune avait son système de récolte : la fleur du sel (« écume »), cueillie directement avec des « louches » (cucharones), était un article de luxe ; le sel blanc, récolté avec des barquettes et préféré des natifs de l’île ; et finalement le sel rouge, préféré des étrangers et récolté avec des pelles au fond des étangs17.

    II) Le travail

    11L’extraction ou récolte du sel mobilisait un important contingent de travailleurs disponibles en raison de la diminution saisonnière des tâches agricoles en été après la moisson (Fig. 3)18. Jusqu’au XVIIe siècle, l’utilisation d’esclaves par les membres les plus aisés de la communauté fut habituelle, mais difficile à quantifier19. En général, la main-d’œuvre libre était constituée de paysans loués à cet effet. Or il faut distinguer la période « traditionnelle » (XIIIe-XVIIIe siècles) quand le sel appartenait aux habitants de l’île, et la période « intermédiaire » (XVIIIe-XIXe siècles), quand les salins furent placés sous l’administration de l’État20. Dans la première période, une sort ou portion de l’étang était assignée par tirage au sort à celui qui contribuait à la talla ou « taille » levée par la commune sur les biens de chaque particulier. Il était de la responsabilité de chacun des participants, amos i senyors de la sal (maîtres du sel), de tirer son propre sel, ce qui dans beaucoup des cas était fait par eux-mêmes, aidés par les parents et voisins. D’autres fois, on recourait à des travailleurs loués ou à des captifs21. Dans la période suivante, l’État saisit la propriété des salines et chargea les paysans de venir aux étangs avec leurs montures (ânes et mules) pour tirer le sel22.

    Figure 3. Photographie ancienne. Des cavadors rompent la croûte de sel avec des houes.

    Image

    Narcís Puget Viñas, Arxiu d’Imatge i So del Consell Insular d’Eivissa.

    12Le système de travail demeura, pourtant, similaire dans les deux périodes : les traients (tireurs) étaient payés quand leur sel était vendu. On leur décomptait l’avance (bestreta) qu’ils avaient reçue pour entreprendre la récolte23. Les « tireurs » devaient aussi transporter leur sel aux carregadors ou points de chargement situés à la côte. À cause de la capacité limitée des places sur ces points, l’opération était progressive, mais on avait soin de ne pas interférer avec les tâches agricoles24. Vilà Valentí avait noté que ce travail extractif était perçu comme de nature agricole25, presque toute la main-d’œuvre venait de la campagne et le lexique saunier empruntait son vocabulaire aux tâches agraires et au battage du grain (serra, tiràs, desgranar).

    1. Travail saisonnier (été) : l’extraction du sel

    13Quand les experts avaient déterminé la date du début des travaux, on procédait à l’extraction. Cette tâche comprenait deux étapes. Dans la première, les cavadors rompaient avec des houes la croûte de sel puis en formaient des tas longs à section triangulaire ; les serres ou calçades26. On utilisait pour cette opération un outil en bois appelé tiràs, un caisson avec un manche attaché à une corde, un homme guidait d’un côté pendant qu’un groupe de cinq ou six hommes situé au côté opposé tirait sur la corde (Fig. 4). Cette tâche était délicate et pénible, il fallait éviter le mélange des glaises du fond avec le sel, elle était souvent confiée à des spécialistes qui, à Ibiza, étaient toujours des voisins de la zone proche appelée Quartó de les Salines27.

    Figure 4. Photographie ancienne. On fait une serra avec le tiràs. Josep Torres Andiñà.

    Image

    Arxiu d’Imatge i So del Consell Insular d’Eivissa.

    14On laissait le sel reposer deux ou trois jours, afin qu’il perdît de son eau et par conséquent de son poids. Alors, les traients le tiraient hors des étangs et l’amoncelaient sur les salers, petites places protégées des eaux torrentielles par des petits murs (parabandes). Ce travail était plus dur même s’il ne requérait pas l’habileté des cavadors (Fig. 5). Sur les salers le sel attendait d’être transporté28 aux carregadors.

    Figure 5. Photographie ancienne. Des traients tirent le sel des étangs.

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    Auteur : F. Català-Roca. Saliners. Eivissa, 1952 © Fons fotogràfic F. Català-Roca – Arxiu del Col·legi d’Arquitectes de Catalunya.

    15Encore à l’époque contemporaine, et ce jusqu’à la mécanisation totale des travaux en 1972, les « tireurs » portaient le sel sur la tête dans de lourds paniers (senalles) pesant jusqu’à 50 kg qu’on remplissait à l’aide d’une sorte de houe adaptée à cette fonction, le càvec d’estany. Tous les témoins s’accordent à dire qu’on utilisait alors des mules à cette tâche, ce qui obligeait de nettoyer les excréments des animaux29. De la fin du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, on a aussi utilisé des caissons flottants ou barquettes pour tirer le sel d’une partie des salines d’Ibiza qu’il n’était pas possible d’assécher. Pour cette raison, cette partie des salines, séparée de l’étang du sel blanc (Estanyol) recevait le nom d’Estany de les Barquetes30.

    2. Travail soutenu : le transport au rivage et l’embarquement

    16Le transport du sel au rivage de mer pour son chargement était étalé tout au long de l’année, en fonction de la demande31. Ce transport était opéré par des mules capables de transporter deux fanegas de sel32. En 1885, on introduisit le train qui permit de centraliser le chargement au carregador de la Canal33.

    17Les commissionnaires des marchands acheteurs du sel choisissaient leur produit parmi les tas accumulés sur les places des carregadors, chacun de ces tas appartenait à un maître ou tireur. Alors, on mesurait le sel avec le quart ou quarta, mesure équivalant à un quart de muid34. La capacité du muid ayant varié au cours des siècles, après la Guerre de Succession d’Espagne et sous l’administration des Bourbon, elle fut régularisée à 24 fanegas de Castille.

    18Après son mesurage, on déposait le sel dans les allèges (barques de sal) qui le transportaient aux vaisseaux à l’ancre en rade35. Les marins locaux étaient chargés de ce service, on suivait un ordre rigoureux en accord avec la liste des patrons établie par la corporation des marins. Chaque patron était obligé de recruter les collègues pauvres de la corporation qui chargeaient le sel avec leurs paniers. La distribution des barques ou allèges suivait l’ordre d’arrivée des vaisseaux, avec la préférence accordée aux bâtiments locaux (Fig. 6)36.

    Figure 6. Photographie ancienne. Chargement du sel en barcasses au carregador de la Canal.

    Image

    D. Viñets. Arxiu d’Imatge i So Municipal d’Eivissa.

    III) La conjoncture économique des XVIe-XVIIIe siècles

    19L’histoire du travail et de la production s’insère dans une conjoncture économique reflétée par l’évolution des exportations. Cette conjoncture doit être étudiée dans le long terme pour saisir le sens des changements dans les exportations de sel et vérifier l’importance effective des divers facteurs (météorologie, piraterie) qu’on invoque comme cause des fluctuations.

    20Peu de données nous permettent de confirmer ce qu’on a écrit au sujet de l’économie insulaire à l’époque Moderne. On dessine habituellement un XVIe siècle paralysé par le blocus naval organisé par l’empire ottoman ; un XVIIe siècle en crise à cause de l’inflation qui détruisit l’économie des classes populaires ; le XVIIIe siècle, après la coupure de la Guerre de Succession et l’expropriation des salines par la couronne, serait le temps du progrès économique, sagement dirigé par la nouvelle administration royale. Cependant, les exportations de sel, base de l’économie locale, restent inconnues.

    1. Le XVIe siècle

    21L’historien Escandell Bonet a divisé le XVIe siècle en trois périodes : jusqu’à l’an 1512 la tendance à l’expansion se maintient ; de 1512 au 1553 la tendance est régressive, à cause de la piraterie ; et de l’an 1553 à 1599 la couronne réagit et lutta contre la course mais la conjoncture serait demeurée négative pour l’économie locale37. Éprouvant cette périodisation avec les chiffres d’exportation tirés des archives communales d’Ibiza (Fig. 7) on trouve effectivement de bonnes ventes dans l’unique « livre du sel » conservé pour la première période (1501-1502, 12 631,50 muids) et de maigres résultats dans les six livres de la deuxième période, mais la troisième période semble de récupération, avec quinze années dépassant les 10 000 muids vendus (20 062 muids en 1584-1585).

    Figure 7. Exportations de sel d’Ibiza au XVIe siècle38.

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    2. Le XVIIe siècle

    22Les traits structuraux de l’économie locale demeurent semblables à ceux du siècle précédent avec la même dépendance du sel pour acheter le ravitaillement de l’île. Cependant, d’importantes innovations furent introduites dans le système : la couronne qui avait besoin de financement pour la défense de l’île, resserra son contrôle sur le monopole du sel. De nouveaux tributs accrurent le prix du sel et en 1631 déclenchèrent la réaction de la population : « aujourd’hui on vend le sel à un prix modéré et toutefois les nefs viennent à peine, que deviendra-t-on avec un prix du sel plus cher de 18 à 24 réaux ? », demandait l’Université dans son Conseil Général du 23 février 1631 (Fig. 8 et 9)39. Les tensions sociales semblent s’aggraver. L’oligarchie locale (mà major), un ensemble de familles occupant les offices communaux et royaux et contrôlant le négoce du sel, soulève les plaintes des paysans. Ceux-ci, comme la mà mitjana (classe moyenne urbaine des artisans et des marins) souffrent de la grande inflation du XVIIe siècle40. En 1690 les paysans adressèrent au roi un mémoire contre les abus de l’oligarchie41.

    Figure 8. Exportations de sel d’Ibiza 1600-161642.

    AnnéesMuids
    1601-16028 777,00
    1602-160314 475,00
    1605-16069 006,75
    1612-161314 271,75
    1613-16149 772,75

    Figure 9. Exportations de sel d’Ibiza, 1616-1651.

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    23Les exportations de sel durant la première moitié du siècle présentent une alternance entre les bonnes années et des années plus faibles. La seconde moitié, en revanche, présente une succession presque continue d’exportations en baisse, surtout dans les années 1690. La crise semble liée aux conditions météorologiques car les références aux inondations sont alors très fréquentes (Fig. 10)43.

    Figure 10. Exports du sel d’Ibiza, 1651-1699.

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    3. La guerre de Succession d’Espagne (1701-1715)

    24La guerre, commencée en Europe en 1701, souleva les pays de la Couronne d’Aragon contre le roi Philippe V de Bourbon. En 1709, l’île d’Ibiza fut réduite à l’obéissance par l’archiduc Charles de Habsbourg. Dans ce contexte de guerre, le prétendant autrichien imposa le bail à ferme des salines au bénéfice du marchand génois Jean-Baptiste Visconti. Selon les termes du contrat, Visconti payerait à la Real Hacienda (Fisc Royal) un taux par muid vendu d’où on déduirait une « pension » annuelle à verser à l’Université. Il recevait en échange le droit de tirer et vendre tout le sel. Il payerait à la Real Hacienda 10 réaux doubles d’argent pour chaque muid de sel et l’Université recevrait une somme annuelle fixe : 2 615,75 pesos la première année et 5 231,50 pesos les années suivantes. En mars 1712 une nouvelle version du bail augmenta le bénéfice de l’Université à 9 000 pesos par an44.

    25Les droits sur les salines faisaient partie des privilèges de l’île que l’Archiduc Charles avait confirmés. Le bail consenti à Visconti provoqua l’opposition de la commune qui fit appel devant la cour, désigna un représentant auprès de la cour de Barcelone pour défendre ses droits sur les salines et réussit à retarder l’application du bail jusqu’au 20 avril 171145.

    26Les « livres du sel » de ces années reflètent la situation de guerre et les tensions liées au bail de Visconti : jusqu’en 1705, les livres sont biannuels mais après cette date celui de 1705 s’achève en 1707 et celui de 1708 en 1710, etc. Les tensions entre le fermier, l’Université et le procureur royal furent résolues par sentence du visitador (délégué) royal, Miquel Rullan (18 avril 1714), qui fit le bilan des exportations jusqu’au 22 novembre 1713. Les récoltes de 1710 et 1711, attachées à la première ferme, taxées à 10 réaux par muid pour la couronne qui devait percevoir pour les 12 150 muids exportés un total de 15 188 pesos et 1 réal d’où on tirait la pension pour l’Université soit 5 231 pesos, 4 réaux. En 1712-1713, le droit du roi accrut à 12 réaux par muid et l’exportation de 9 650 muids et trois quarts procura au roi un revenu de 14 476 pesos, 1 réal (Fig. 11)46.

    Figure 11. Exportations de sel d’Ibiza et Formentera, 1699-171347.

    Image

    4. Le XVIIIe siècle des Bourbon

    27L’île d’Ibiza fut occupée le 5 juillet 1715 sans aucune résistance par les troupes de Philippe V. Immédiatement on saisit les salines, gérées par le beau-frère de Visconti, Paul Capurro. Celui-ci administra la première récolte pour la Real Hacienda qui assuma ensuite la gestion directe des salines (1er janvier 1716). L’Université se trouva donc dépourvue de revenus, de moyens de paiement et de financement. Elle entama un procès pour ses droits sur les salines qui aboutit en 1735 à la concession d’une « pension » annuelle (aumône) de 2 600 pesos versée en sel48.

    28Soucieuse d’accroître ses recettes, l’administration royale entreprit une politique d’amélioration des salines dans toute leur extension (étangs, canaux, points de chargement). Des comptes rendus et cartes dont certains ont été publiés nous informent de cette politique49. Dans le nouveau système, le sel d’Ibiza demeura comme par le passé, destiné à l’exportation sauf la part adressée à Majorque et Minorque (en 1726 le débouché de Catalogne avait disparu)50. L’aumône de l’Université fut concédée avec interdiction de l’introduire dans les domaines du roi. À la fin du siècle, les changements dans le commerce et la navigation ouvrirent les marchés atlantiques aux sels méditerranéens (Fig. 12)51.

    Figure 12. Exportations du sel d’Ibiza et Formentera, 1740-178352.

    AnnéeMuidsAnnéeMuidsAnnéeMuids
    17407 555,0017565 190,25177414 102,75
    17417 530,0017573 944,00177512 047,00
    1742123,0017586 607,0017765 534,00
    17431 353,0017595 654,75177712 001,50
    17449 937,0017602 796,0017784 474,00
    174510 365,0017617 256,2517791 981,00
    17461 498,0017623 090,0017802 000,00
    17477 475,00176310 044,0017813 680,00
    174810 345,00176413 570,0017821 904,25
    174914 519,0017657 496,2517837 413,00

    Conclusion

    29Les salines ont été le fondement économique des deux îles d’Ibiza et Formentera jusqu’à l’arrivée du tourisme. Bien que les systèmes de travail soient restés presque inchangés avant la mécanisation (commencée à la fin du XIXe siècle et aboutie durant les années 1970), les salines témoignent de siècles de lutte pour contrôler l’espace, une lutte qui n’a provoqué ni destruction ni dégradation de cet espace, mais l’a transformé au bénéfice de l’exploitation saunière. La seconde moitié du XVIIe siècle apparaît comme un moment privilégié pour l’observation de cette adaptation constante car il fallut faire face à de plus fréquentes inondations, conséquence des dérèglements climatiques liés au « petit âge glaciaire » des années 1643-1715. On introduisit alors les roues à godets pour assécher les étangs à cause de l’excès d’eau. On ouvrit de nouveaux bassins à l’exploitation, pour compenser les pauvres récoltes de ces années, et on reprit l’exploitation des salines de Formentera, abandonnées depuis le XIVe siècle.

    30La pression de la couronne pour le contrôle de l’exploitation provoqua une dispute durable avec la commune et la seigneurie féodale et se termina après la Guerre de Succession par la confiscation des salines par Philippe V de Bourbon. En raison de leur intérêt économique, les salines ont toujours été sujet de disputes entre les trois administrations (royale, féodale, communale). Le XVIIe siècle, avec l’effondrement des récoltes provoqué par les inondations, fournit à la couronne un prétexte pour intervenir dans l’administration des salines, sous le motif de la mauvaise administration conduite par l’oligarchie locale qui dominait la gestion communale plus à son profit qu’à celui de la commune.

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    Espino López, Antonio. “La climatología Y El Negocio De La Sal En La Ibiza Del Siglo XVII”. Revista De Historia Moderna. Anales De La Universidad De Alicante, nos. 33, 2015. Crossref, https://doi.org/10.14198/rhm2015.33.12.

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    Notes de bas de page

    1 Je souhaite remercier le professeur Jean-Claude Hocquet pour son aide dans la correction de ce texte. Je remercie aussi les professeurs Gonçal López Nadal et Christian Pfister-Langanay

    2 Rosselló Bordoy 1985, p. 7-9.

    3 Hocquet 1978-1979, I. Les routes de la navigation à voile dans Guerrero Ayuso 1993 p. 201.

    4 Marí Cardona 2007, p. 56 sq.

    5 Marí Cardona, ibid., p. 58-59 ; Piferrer & Quadrado 1969, p. 634 et 600 ; Ferrer Abárzuza 2004, p. 19-21 ; Ferrer Abárzuza 2013, p. 31.

    6 Pour une synthèse sur les revenus féodaux, Tur Torres 2014, p. 59 sq.

    7 Marí Cardona 1983, p. 92.

    8 Parker 2013, p. 61 ; Espino López 2015, p. 243-262.

    9 Espino López 2009, p. 181-209.

    10 Macabich Llobet 1989, p. 451-459 et 489-492 ; Piña Ramon 1981, i, p. 26-30 et 1981, ii, p. 7-9.

    11 Vidal & Molina 1880, p. 46 ; Hocquet 2006, p. 372.

    12 Ferrer Abárzuza 2000, p. 20.

    13 Ferrer Abárzuza, Planells Ripoll & Colomar Marí 2016, p. 26-33.

    14 Commune d’Ibiza, 1993, p. 24 et 1751, p. XXXVI-XXXVII.

    15 Frontera Serra 2005, p. 135-136.

    16 Ribes i Marí 1992, p. 80-106 (p. 85-86) ; Commune d’Ibiza, 1751, p. XXXI-XXXII ; Ferrer Abàrzuza, Planells Ripoll & Colomar Marí 2016.

    17 Callar y Descallar 1789, p. 37-38.

    18 Vilà Valentí 2001a, p. 363-408.

    19 Ferrer Abárzuza 2013 et 2015 a ou b, p. 321-344.

    20 Cooper 1974, p. iv-v ; Vilà Valentí 1962, p. 51-65.

    21 Tur Torres 2014, p. 96 ; Ferrer Abárzuza 2013.

    22 Ferrer Abárzuza 2000, p. 69 et sq. ; Ferrer Abárzuza, Frontera Serra & Tur Torres 2017.

    23 Ferrer Abárzuza 2000, p. 57. Pour les avances en argent et vivres faites aux travailleurs pour la récolte de 1639, Tur Torres 2014, p. 173 et sq. (astes ou argent avancé), p. 181 et sq. (bestretes de vivres).

    24 Tur Torres 2014, p. 76-77.

    25 Vilà Valentí 2001 a, b.

    26 Habsbourg-Lorraine 1999, p. 189-190 ; Ferrer Abárzuza 2000, p. 73 et sq.

    27 Ferrer Abárzuza 2000, p. 73 ; Vilà Valentí 2001a, p. 136.

    28 Ferrer Abárzuza 2000, p. 69 et sq.

    29 Tur Torres 2014, p. 73.

    30 Tur Torres 2017, p. 25 ; Frontera Serra 2005, p. 74.

    31 Tur Torres 2014, p. 76-81.

    32 Ibid., p. 52. Conversion de la fanega : 55,5 litres.

    33 Manera Erbina & Molina de Dios 2000, p. 419-446, v. p. 430 (n. 37) et 435-436.

    34 Ferrer Abárzuza 2000, p. 29 ; Eivissa, Arxiu Històric Municipal, I (Universitat-Ajuntament), Llibre del guardià de la sal 1627-1628, cité dans Tur Torres 2014, p. 19 et Tur Torres 2017, p. 11-41, p. 32, n. 82.

    35 La capacité de ces barques de sel augmenta de trois à neuf muids au XVIIe siècle (Eivissa, Arxiu Històric Municipal, IX (Eleccions), Llibre d’ordinacions (1687), fol. 140v).

    36 Tur Torres 2014, p. 82-86 et 253-261.

    37 Escandell Bonet 1994-2008, vol. II, p. 490 et sq., reconnaissait l’absence de donnée suffisante pour soutenir ou refuser cette hypothèse.

    38 Eivissa, Arxiu Històric d’Eivissa, I. Administració municipal (Universitat-Ajuntament) séries Guardià de la sal, Escrivà de la sal et Sentències dels racionals.

    39 Tur Torres 2014, p. 61.

    40 Piña Ramon 1977, p. 32. Les paysans formaient le troisième ordre sous le nom de mà de fora.

    41 Macabich Llobet 1989, vol. I, p. 423-437 (transcription intégrale du texte du mémoire).

    42 Arxiu Històric d’Eivissa, I. Administració municipal (Universitat-Ajuntament), Llibre de sentències dels racionals 1581-1606 et 1606-1638. Les vides documentaires de cette période sont compensés par un calcul sur trois années : 1610-1611 (17 203,50 ou 16 444,75 muids) ; 1611-1612 (16 277,75 ou 10 591 muids) ; 1615-1616 (11 935,25 ou 7 919,75 muids). Llibre de sentències dels racionals 1606-1638, fol. 110, 174, 136, 157 v, 187 v et 210 v.

    43 Tur Torres 2017, p. 18 et sq.

    44 Piña Ramon 1981a, p. 38 et 30.

    45 Eivissa, Arxiu Històric Municipal, I (Universitat-Ajuntament), Llibre de juraria 1713-1715, f. 175 v et 179.

    46 Ibid., Llibre de juraria 1713-1715, f. 178 v-179.

    47 Tur Torres 2017, p. 21.

    48 Si réduites qu’elles furent, les recettes du sel demeuraient essentielles pour la commune. L’an 1789, un Plan politique et économique de la couronne chiffrait à 111 pesos et 2 réaux d’argent toutes les autres recettes communales. 95,9 % des recettes municipales provenaient du sel (Tur Torres 2017, p. 38).

    49 Ferrer Abárzuza 2000 ; Frontera Serra, p. 186-189 ; Ferrer Abárzuza, Frontera Serra & Tur Torres 2017.

    50 Ferrer Abárzuza et alii 2017, p. 72.

    51 Hocquet 2006, p. 375 et n. 2.

    52 Tur Torres 2017, p. 35.

    Auteur

    • Antoni Tur Torres

      Historien, toniturt@gmail.com

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    1 Je souhaite remercier le professeur Jean-Claude Hocquet pour son aide dans la correction de ce texte. Je remercie aussi les professeurs Gonçal López Nadal et Christian Pfister-Langanay

    2 Rosselló Bordoy 1985, p. 7-9.

    3 Hocquet 1978-1979, I. Les routes de la navigation à voile dans Guerrero Ayuso 1993 p. 201.

    4 Marí Cardona 2007, p. 56 sq.

    5 Marí Cardona, ibid., p. 58-59 ; Piferrer & Quadrado 1969, p. 634 et 600 ; Ferrer Abárzuza 2004, p. 19-21 ; Ferrer Abárzuza 2013, p. 31.

    6 Pour une synthèse sur les revenus féodaux, Tur Torres 2014, p. 59 sq.

    7 Marí Cardona 1983, p. 92.

    8 Parker 2013, p. 61 ; Espino López 2015, p. 243-262.

    9 Espino López 2009, p. 181-209.

    10 Macabich Llobet 1989, p. 451-459 et 489-492 ; Piña Ramon 1981, i, p. 26-30 et 1981, ii, p. 7-9.

    11 Vidal & Molina 1880, p. 46 ; Hocquet 2006, p. 372.

    12 Ferrer Abárzuza 2000, p. 20.

    13 Ferrer Abárzuza, Planells Ripoll & Colomar Marí 2016, p. 26-33.

    14 Commune d’Ibiza, 1993, p. 24 et 1751, p. XXXVI-XXXVII.

    15 Frontera Serra 2005, p. 135-136.

    16 Ribes i Marí 1992, p. 80-106 (p. 85-86) ; Commune d’Ibiza, 1751, p. XXXI-XXXII ; Ferrer Abàrzuza, Planells Ripoll & Colomar Marí 2016.

    17 Callar y Descallar 1789, p. 37-38.

    18 Vilà Valentí 2001a, p. 363-408.

    19 Ferrer Abárzuza 2013 et 2015 a ou b, p. 321-344.

    20 Cooper 1974, p. iv-v ; Vilà Valentí 1962, p. 51-65.

    21 Tur Torres 2014, p. 96 ; Ferrer Abárzuza 2013.

    22 Ferrer Abárzuza 2000, p. 69 et sq. ; Ferrer Abárzuza, Frontera Serra & Tur Torres 2017.

    23 Ferrer Abárzuza 2000, p. 57. Pour les avances en argent et vivres faites aux travailleurs pour la récolte de 1639, Tur Torres 2014, p. 173 et sq. (astes ou argent avancé), p. 181 et sq. (bestretes de vivres).

    24 Tur Torres 2014, p. 76-77.

    25 Vilà Valentí 2001 a, b.

    26 Habsbourg-Lorraine 1999, p. 189-190 ; Ferrer Abárzuza 2000, p. 73 et sq.

    27 Ferrer Abárzuza 2000, p. 73 ; Vilà Valentí 2001a, p. 136.

    28 Ferrer Abárzuza 2000, p. 69 et sq.

    29 Tur Torres 2014, p. 73.

    30 Tur Torres 2017, p. 25 ; Frontera Serra 2005, p. 74.

    31 Tur Torres 2014, p. 76-81.

    32 Ibid., p. 52. Conversion de la fanega : 55,5 litres.

    33 Manera Erbina & Molina de Dios 2000, p. 419-446, v. p. 430 (n. 37) et 435-436.

    34 Ferrer Abárzuza 2000, p. 29 ; Eivissa, Arxiu Històric Municipal, I (Universitat-Ajuntament), Llibre del guardià de la sal 1627-1628, cité dans Tur Torres 2014, p. 19 et Tur Torres 2017, p. 11-41, p. 32, n. 82.

    35 La capacité de ces barques de sel augmenta de trois à neuf muids au XVIIe siècle (Eivissa, Arxiu Històric Municipal, IX (Eleccions), Llibre d’ordinacions (1687), fol. 140v).

    36 Tur Torres 2014, p. 82-86 et 253-261.

    37 Escandell Bonet 1994-2008, vol. II, p. 490 et sq., reconnaissait l’absence de donnée suffisante pour soutenir ou refuser cette hypothèse.

    38 Eivissa, Arxiu Històric d’Eivissa, I. Administració municipal (Universitat-Ajuntament) séries Guardià de la sal, Escrivà de la sal et Sentències dels racionals.

    39 Tur Torres 2014, p. 61.

    40 Piña Ramon 1977, p. 32. Les paysans formaient le troisième ordre sous le nom de mà de fora.

    41 Macabich Llobet 1989, vol. I, p. 423-437 (transcription intégrale du texte du mémoire).

    42 Arxiu Històric d’Eivissa, I. Administració municipal (Universitat-Ajuntament), Llibre de sentències dels racionals 1581-1606 et 1606-1638. Les vides documentaires de cette période sont compensés par un calcul sur trois années : 1610-1611 (17 203,50 ou 16 444,75 muids) ; 1611-1612 (16 277,75 ou 10 591 muids) ; 1615-1616 (11 935,25 ou 7 919,75 muids). Llibre de sentències dels racionals 1606-1638, fol. 110, 174, 136, 157 v, 187 v et 210 v.

    43 Tur Torres 2017, p. 18 et sq.

    44 Piña Ramon 1981a, p. 38 et 30.

    45 Eivissa, Arxiu Històric Municipal, I (Universitat-Ajuntament), Llibre de juraria 1713-1715, f. 175 v et 179.

    46 Ibid., Llibre de juraria 1713-1715, f. 178 v-179.

    47 Tur Torres 2017, p. 21.

    48 Si réduites qu’elles furent, les recettes du sel demeuraient essentielles pour la commune. L’an 1789, un Plan politique et économique de la couronne chiffrait à 111 pesos et 2 réaux d’argent toutes les autres recettes communales. 95,9 % des recettes municipales provenaient du sel (Tur Torres 2017, p. 38).

    49 Ferrer Abárzuza 2000 ; Frontera Serra, p. 186-189 ; Ferrer Abárzuza, Frontera Serra & Tur Torres 2017.

    50 Ferrer Abárzuza et alii 2017, p. 72.

    51 Hocquet 2006, p. 375 et n. 2.

    52 Tur Torres 2017, p. 35.

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    Tur Torres, A. (2020). 22. Le travail et la production aux salins d’Ibiza et de Formentera (XVIe-XVIIIe siècles). In C. Hoët-van Cauwenberghe, A. Masse, & G. Prilaux (éds.), Sel et société. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.98558
    Tur Torres, Antoni. « 22. Le travail et la production aux salins d’Ibiza et de Formentera (XVIe-XVIIIe siècles) ». In Sel et société, édité par Christine Hoët-van Cauwenberghe, Armelle Masse, et Gilles Prilaux. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2020. doi:10.4000/books.septentrion.98558.
    Tur Torres, Antoni. « 22. Le travail et la production aux salins d’Ibiza et de Formentera (XVIe-XVIIIe siècles) ». Sel et société, édité par Christine Hoët-van Cauwenberghe et al., Presses universitaires du Septentrion, 2020, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.98558.

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    Hoët-van Cauwenberghe, C., Masse, A., & Prilaux, G. (éds.). (2020). Sel et société. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.97333
    Hoët-van Cauwenberghe, Christine, Armelle Masse, et Gilles Prilaux, éd. Sel et société. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2020. doi:10.4000/books.septentrion.97333.
    Hoët-van Cauwenberghe, Christine, et al., éditeurs. Sel et société. Presses universitaires du Septentrion, 2020, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.97333.
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