Préface
p. 11-14
Texte intégral
1L’ouvrage proposé par Alain Mouchet se situe dans le prolongement de sa note de synthèse présentée en novembre 2014 en vue de l’obtention d’une Habilitation à Diriger des Recherches en Sciences de l’Éducation. Cette note de synthèse mettait alors en perspective ses travaux de recherche sur une période longue de plus de 15 années de recherches. Autant dire qu’il s’agit ici de rendre compte d’un état avancé des travaux de l’auteur sur un champ à fort enjeu social et scientifique : la compréhension de l’activité humaine en contexte en articulant l’analyse des actes et leur mise en mots.
2L’étude de l’activité est aujourd’hui en effet une orientation fortement valorisée probablement parce que l’on a graduellement mieux compris que l’accompagnement du changement doit se faire au plus près des contextes et des situations concrètes, de l’agir « en actes » et non d’abord et avant tout à partir du discours prescriptif et injonctif à propos de l’action d’autrui. Probablement a-t-on également l’intuition que l’analyse de l’activité, notamment lorsqu’elle est conduite avec/par l’individu qui en est l’auteur, constitue non seulement un outil de compréhension de cette activité mais également un moyen puissant de formation… mais aussi de transformation conjointement de l’activité et de l’individu agissant. Dans des contextes d’activité où le changement continu est fortement valorisé, on voit l’intérêt fort de telles démarches.
3Comme pour bon nombre de travaux de recherche en sciences humaines et particulièrement en éducation, les questions étudiées ne sont pas sans lien avec les préoccupations sociales et professionnelles de l’auteur. Alain Mouchet a en effet été enseignant en « éducation physique et sportive » dans le secondaire avant d’être universitaire et a très tôt ancré ses préoccupations de recherche à partir de ses constats expérientiels. Cet ancrage professionnel des travaux conduits ne constitue pas une faiblesse des recherches dont il est rendu compte (d’aucuns diraient qu’il est souvent difficile d’être à la fois praticien et chercheur à propos de son propre champ expérientiel) mais constitue bien au contraire un atout évident par l’acuité des questions posées et sans doute les intuitions qui ont guidé leur formulation. Par ailleurs, la solidité des paradigmes méthodologiques mobilisés nous semble garantir une certaine distance par rapport aux convictions professionnelles de terrain.
4Les enjeux scientifiques du propos développé par Alain Mouchet consistent plus particulièrement à mieux comprendre l’activité vécue par les sujets notamment en articulant les actes en train de se faire et leur mise en mots rétrospective par l’auteur même de l’activité alors que le plus souvent, ces deux processus sont étudiés de façon séparée. Comprendre leur articulation est donc une entreprise utile sur le plan scientifique.
5Les enjeux sociaux, pour leur part, en matière de retombée des recherches entreprises, consistent, à partir de cette meilleure compréhension du rapport entre activité et formalisation de l’activité, à envisager des pistes pour la formation reposant sur la prise en compte de la subjectivité des acteurs comme ressource pour la formation.
6En prenant comme objet l’activité et sa verbalisation ou encore le vécu de l’action, Alain Mouchet montre comment ses travaux ont toujours relevé du même champ de préoccupations. Certes le parcours d’Alain Mouchet n’est pas un parcours continu de chercheur en sciences de l’éducation mais d’abord et sans doute encore par de nombreux côtés en Staps. Mais ce sont bien les contextes et situations de recherche rencontrées et travaillées dans le domaine sportif qui l’ont conduit à s’intéresser au champ qui est le sien et ce champ rencontre d’évidence de nombreux points d’intérêt pour les sciences de l’éducation.
7L’ouvrage suit un mouvement en 3 temps : une première partie met en évidence les enjeux sociaux et scientifiques liés à l’analyse de l’activité en contexte, permettant notamment d’aborder de façon éclairante les liens entre action et subjectivité des individus agissants ; une seconde partie permet de mettre en évidence la contribution singulière des travaux d’Alain Mouchet autour de ce qu’il appelle la « subjectivité en actes » (notamment la proposition de nouveaux concepts tels que « l’attention expérientielle », les « décisions intuitives »…); la troisième partie enfin présente les retombées de ces conceptualisations dans le champ de l’éducation et de la formation, mentionnant notamment la façon dont cette approche de l’activité permet de mettre en lien de façon dynamique formation et recherche, chercheurs et professionnels de terrain.
8Ce qui frappe d’emblée le lecteur est la densité du propos tenu. Les pages qui suivent sont en effet richement documentées ce qui permettra au lecteur d’appréhender un empan important des travaux disponibles sur le champ de l’analyse de l’activité « en actes » et « mise en mots ». Ainsi les thèses défendues par les courants « classiques » en analyse du travail mais aussi plus récemment par la didactique professionnelle, les courants interdisciplinaires de l’analyse de l’activité, la clinique de l’activité… sont largement développées dans cet ouvrage, constituant ainsi une ressource importante pour qui souhaite appréhender globalement les travaux disponibles et utiles pour mieux comprendre l’activité.
9D’évidence cet ouvrage ouvre un champ de recherche nouveau et prometteur, celui de l’analyse conjointe de « l’activité agie et verbalisée a posteriori », et jette les bases d’une réflexion conceptuelle exigeante permettant de tracer des perspectives de recherche heuristiques dans ce champ nouveau.
Auteur
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Richard Wittorski
Professeur, Université de Rouen-ESPE, CIVIIC
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