« Le plus brillant Congrès » ? La Monarchie des Habsbourg et la paix européenne en 1914
p. 177-194
Texte intégral
1Cela aurait pu être sensationnel : si l’empereur François-Joseph n’avait pas signé la déclaration de guerre à la Serbie le 28 juillet 1914 et donc fait le premier pas vers la « catastrophe séminale » du XXe siècle, il aurait peut-être été le premier (et seul) monarque de l’histoire du monde à obtenir le Prix Nobel de la paix. Car il avait été nominé pour la troisième fois en 19141 ! Le célèbre pacifiste de l’époque, Ferenc Kemény, avait exposé son raisonnement au Comité Nobel à Oslo le 25 janvier 1914 : l’empereur François-Joseph aurait agi avec « sagesse, tempérance et prévoyance », afin d’éviter « l’incendie mondial » imminent pendant les guerres balkaniques2. Kemény souligna en particulier l’importance de la « Mission Hohenlohe » en février 1913, lorsque François-Joseph fit un pas décisif vers le règlement d’une crise aiguë entre la Russie et l’Autriche-Hongrie, en envoyant le prince Gottfried de Hohenlohe à Saint-Pétersbourg pour proposer un désarmement mutuel3. Pendant la Première guerre balkanique, Kemény avait déjà clairement exprimé son propos dans un article de journal : « Nous ne voulons pas minimiser les accomplissements de l’ancien président américain Roosevelt qui a reçu le Prix Nobel de la paix en 1906 pour sa médiation réussie dans la guerre russo-japonaise, mais nous estimons que cette fois-ci il y avait bien plus en jeu, car le roi de Hongrie, en refusant de signer, a sauvé des millions de vies et des sommes d’argent considérables, et par là même renforcé la paix mondiale »4.
2François-Joseph n’était en fait pas le premier monarque nominé pour le Prix Nobel de la paix. Le Tsar Nicolas II avait aussi été proposé par quatre Autrichiens pour son engagement lors de la Conférence de la Paix de La Haye. Mais François-Joseph était le dirigeant le plus fréquemment désigné avant la Première Guerre mondiale. Les deux lauréats autrichiens du Prix Nobel de la paix, Bertha von Suttner (1905) et Alfred Hermann Fried (1911), montrèrent leur appréciation pour les efforts de François-Joseph dans ses tentatives de résolution des conflits dans les Balkans. À l’approche du Congrès Mondial de la Paix à Vienne en septembre 1914, Fried envisagea le Congrès comme « un hommage international pour le vieux prince de la paix » parce que « la guerre européenne redoutée en raison de la crise des Balkans fut contrecarrée grâce à la puissance de la parole de notre monarque »5. On demanda donc à François-Joseph de prendre en charge l’égide du Congrès de la Paix6. Dans sa dernière lettre, Bertha von Suttner écrivit à Alfred Fried le 29 mai 1914, pleine d’optimisme : « Je nous félicite nous et le pacifisme – ce sera le plus brillant des Congrès »7.
3Mais l’histoire prit un autre cours. À peine quatre semaines plus tard, le 21 juin 1914, Bertha von Suttner décéda. Avec sa mort, le mouvement autrichien de la paix perdit son représentant le plus important et le plus éminent8. La Conférence de la Paix fut annulée ; François-Joseph ne reçut pas le Prix Nobel de la paix. Au lieu de cela, il déclara la guerre à la Serbie9. Dans son manifeste de guerre Pour mes Peuples ! du 28 juillet 1914, l’empereur constata que son plus grand souhait, celui « de consacrer les dernières années de ma vie aux œuvres de la paix et de protéger mes peuples des lourds sacrifices et des fardeaux de la guerre », ne pourrait se réaliser. Au contraire, il se vit contraint de « tirer l’épée après de longues années de paix »10.
4La présente étude analysera les actions du gouvernement et du mouvement de la paix en Autriche-Hongrie au regard du maintien de la paix en Europe avant la Première Guerre Mondiale. Quels furent ses objectifs et quel succès eut le pacifisme autrichien ? Comment évaluer la politique extérieure des Habsbourg ? Ses décideurs préparaient-ils une guerre contre la Serbie, attendant seulement la bonne occasion ? Ou avaient-ils au contraire essayé de garantir la paix dans la région ?
Le mouvement de paix en Autriche-Hongrie
5L’histoire du mouvement de paix dans la monarchie austro-hongroise a été insuffisamment étudiée par rapport aux autres grandes puissances comme l’Allemagne et l’Angleterre11. La plupart des histoires du mouvement commencent par la création de la Société Autrichienne pour la Paix en 1891, qui joua un rôle crucial dans la propagation de l’idée de la paix et de la création de sociétés pour la paix en Europe centrale dans les années 189012. Durant les 25 premières années, le pacifisme connut ses plus grands succès et ses plus grandes défaites13. Le roman pacifiste de Bertha von Suttner Bas les armes ! (1889) apporta renommée et reconnaissance internationale non seulement à l’auteur, mais à l’ensemble du mouvement autrichien pour la paix14. Suttner devint alors l’une des principales représentantes du pacifisme international et l’une des femmes les plus célèbres au monde15. C’est elle qui inspira à Alfred Nobel la fondation du Prix de la paix qu’elle reçut elle-même plusieurs années après la mort de Nobel16. On ne peut surestimer l’importance de l’engagement de la baronne Suttner dans la propagation du pacifisme, l’institutionnalisation de l’idée de la paix, ainsi que dans l’acquisition de dons et de soutiens provenant de sympathisants influents (en particulier parmi les industriels étrangers)17. Comme la plupart des libéraux, Bertha von Suttner n’était pas une pacifiste radicale et ne refusait pas l’idée d’une guerre défensive18. L’objectif principal du pacifisme moderne était la « propagande »19. Puisque le mouvement libéral pour la paix croyait en la raison et la bonne volonté des êtres humains, le public devait être informé de l’irrationalité de la guerre par le biais de conférences publiques et d’articles de presse20. L’allié autrichien le plus important de Suttner, Alfred Hermann Fried, reçut également le Prix Nobel de la paix en 191121. Son plan pour préserver la paix mondiale envisageait la transformation de l’Europe en une fédération d’États démocratiques22. Suttner et Fried contribuèrent de manière décisive à la réputation positive de la Société Autrichienne de la Paix.
6Le pacifisme en Autriche-Hongrie était néanmoins dans une position délicate : la base constitutionnelle n’était guère favorable aux associations pacifistes. La possibilité de restreindre la liberté de la presse ainsi que l’image positive et la forte présence de l’armée dans le domaine public compliquaient le travail des militants pour la paix23. S’y ajoutaient les conflits nationaux et les désaccords entre les différents groupes politiques qui, en raison de leurs différences idéologiques, s’opposaient à un travail commun en faveur de la paix24. Cependant, tous avaient en commun l’obligation de s’adapter au système politique afin de garantir leur légalité et un certain respect auprès du public. Les autres faiblesses majeures du mouvement autrichien pour la paix étaient sa base sociale minime (la grande bourgeoisie et la noblesse libérale) et son manque de représentativité. Les principales forces politiques – les sociaux-démocrates et chrétiens-sociaux – ainsi que le gouvernement refusaient de les soutenir. Parmi les personnalités exceptionnelles du mouvement autrichien pour la paix se trouvait Heinrich Lammasch, l’un des principaux experts en droit international25. Son idée de la paix était fondée sur la recherche scientifique, mais il tenait compte également des intérêts nationaux et politiques. Lammasch considérait la guerre comme un mal que l’on devait combattre sans pouvoir complètement l’éliminer. Il conseilla le Ministère des Affaires Étrangères à Vienne pendant la Conférence de Paix de La Haye et travailla également au tribunal d’arbitrage de La Haye. En même temps, en tant que bon catholique et conservateur monarchiste, il faisait partie des conseillers de l’archiduc austro-hongrois François-Ferdinand26.
7Brigitte Hamann, la biographe de Suttner, voit « un centre du mouvement international pour la paix »27 dans l’Autriche-Hongrie de 1900. Alors que les pacifistes autrichiens entraperçurent une chance sérieuse pour la stabilisation de la paix dans les deux Conférences de Paix de La Haye (1899 et 1907), les institutions officielles, surtout les Ministres des Affaires Étrangères du moment, Gołuchowski et Aehrenthal, n’étaient pas intéressés par une solution internationale aux questions essentielles de l’arbitrage et du désarmement28. La crise provoquée par l’annexion de la Bosnie en 1908 et 1909, la guerre italo-turque en 1911 et 1912 et les guerres balkaniques en 1912 et 1913, accompagnées du nationalisme et du chauvinisme, mettaient grandement à mal le pacifisme européen. Ses plus grandes faiblesses s’avéraient être la désunion et l’absence d’un réseau européen stable – transnational et non idéologique29. Mais les efforts de ses représentants les plus importants, qui venaient principalement du camp bourgeois-libéral, ne faiblirent pas. En 1914 devait être célébré le 25e anniversaire de la Conférence Mondiale pour la Paix et de l’Union Interparlementaire. Malgré son scepticisme initial, Bertha von Suttner se déclara prête à inviter le Congrès Mondial de la Paix à Vienne et à obtenir autant de donateurs que possible pour soutenir l’idée30. Le soutien de l’État pour le Congrès lui semblait important, et c’est pourquoi on demanda à l’empereur François-Joseph de prendre en charge le patronage du Congrès pour la Paix. Ceci se fit probablement pour deux raisons : d’une part pour ouvrir la voie à l’idée du pacifisme dans la politique et les institutions étatiques, et d’autre part parce que François-Joseph jouissait d’une réputation d’« empereur de la paix » dans le pays comme à l’étranger. Plus tard, Fried expliqua que le comportement du monarque durant les guerres balkaniques et ses efforts visant à éviter une conflagration européenne avaient été d’une extrême importance pour l’appui de Suttner au Congrès31. La baronne était d’avis que les autorités devaient être convaincues des effets néfastes et destructeurs de la guerre, et de la nécessité des travaux pour la paix et de l’arbitrage au niveau international, afin qu’elles s’engagent elles-mêmes en faveur de la paix32. Dans la première décennie du XXe siècle, elle fut déçue par l’empereur François-Joseph et par l’empereur allemand Guillaume II33. Suttner dénonça à plusieurs reprises le militarisme allemand et autrichien, et critiqua la politique étrangère des deux pays. Elle exprima également son opposition au nationalisme et à l’impérialisme français et italien34. En ce qui concerne l’héritier au trône d’Autriche-Hongrie François-Ferdinand et le chef d’état-major le général Franz Conrad von Hötzendorf, elle resta sceptique jusqu’à la fin, parce qu’elle pensait qu’ils avaient été les plus dangereux fauteurs de guerre35.
8Bien que Brigitte Hamann suppose que les dernières années de la vie de Suttner furent marquées par la « résignation » et le « désespoir face à l’échec de ses efforts pour la paix », son optimisme ininterrompu ne doit pas être sous-estimé36. Un jour après sa mort, on put lire dans une rubrique nécrologique : « Bertha Suttner a fait de la parole du philosophe selon laquelle les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain, la devise de sa vie, et malgré les désillusions, de toute sa vie elle ne s’est jamais relâchée dans son inlassable travail de promotion de la paix mondiale et de la compréhension internationale »37. De plus en plus, la baronne voyait l’avenir du mouvement pour la paix représenté par les socialistes, les seuls à qui elle faisait confiance pour pouvoir « conjurer la guerre de masse »38. À l’inverse, le journal social-démocrate l’Arbeiter-Zeitung louait la pacifiste libérale comme étant la « personnification de l’idée de la paix incarnée ». Comme la social-démocratie poursuivait les mêmes objectifs que par le passé (quoique par d’autres moyens), elle se sentait comme « l’exécuteur testamentaire de sa [Suttner, AH] première et dernière volonté »39.
9Après les guerres balkaniques, Bertha von Suttner commença de nouveau à placer ses espoirs dans la raison du monarque autrichien, dont elle apprécia visiblement l’engagement pour le maintien de la paix pendant cette crise aiguë40. Le pacifiste hongrois susmentionné, Ferenc Kemény, qui était l’une des figures centrales du mouvement hongrois pour la paix et qui connaissait personnellement Bertha von Suttner depuis les années 1890, étaya son argumentation pour décerner le Prix Nobel de la paix à François-Joseph en déclarant que Bertha von Suttner soutiendrait certainement sa nomination41. Malgré tout, selon les documents disponibles dans les archives à Oslo, la baronne Suttner n’envoya pas de lettre officielle de soutien pour l’Empereur des Habsbourg42. Cependant, il est difficile d’imaginer que Kemény, qui correspondait avec Bertha von Suttner, ait pu prétendre quelque chose de faux à ce sujet dans un article de journal. Suttner et Kemény parlaient vraisemblablement de François-Joseph (directement ou à des tiers) et Kemény dut avoir l’impression que Suttner partageait son opinion. La baronne fut déçue quand l’empereur refusa le patronage du Congrès Mondial de la Paix en raison de son âge : « Je regarde plein d’espoir mais ce qui m’est apporté “par la plus haute autorité” est un rejet pur et simple – n’assume aucune présidence honorifique. Trop vieux – retiré de tout. Ô mécènes, mécènes de la paix, enthousiastes, où êtes-vous ? »43. Néanmoins, Bertha von Suttner fut heureuse d’apprendre par la suite que le Ministre des Affaires Étrangères Berchtold prendrait la présidence. Elle crut même que l’empereur en avait donné l’ordre e et fut impressionnée par le tableau d’honneur du Congrès, sur lequel figuraient « presque tous les ministres, les chefs de toutes les autorités politiques, le maire de Vienne, le recteur de l’université, les représentants de l’Église, du monde de la science, de la finance et de l’industrie »44 : « Il s’agit vraiment d’un programme magique. J’exprime mon plus grand respect pour cette réussite. Je me demande s’il n’y a pas un mot caché de l’empereur au ministre derrière tout cela. La chose a été littéralement offerte sur un plateau ! Mais rien ne se serait passé sans votre énergie et votre foi »45. Par-là, elle fait référence à son collaborateur de longue date, Fried. Si l’on en croit les remarques de Fried, cela était « sa [de Suttner, A.H.] dernière grande joie, à propos de laquelle elle ne pouvait pas assez s’exprimer. » Elle, la libre penseuse, se réjouissait apparemment du discours du pape sur l’idée de la paix. « C’est une terrible tragédie qu’elle trépassa trois mois avant le début de cet événement »46.
10Les articles contemporains après la mort de Suttner ne laissent deviner aucune faiblesse du pacifisme autrichien. Au contraire, le simple fait que la mort de la baronne ait été rapportée en première page de la plupart des journaux démontre l’importance qu’elle avait revêtu auprès du public. À part la Reichspost, porte-parole du parti chrétien-social et de l’archiduc François-Ferdinand, tous les journaux publièrent des nécrologies respectueuses, écrites par ses collègues et ses fidèles, mais aussi par ses adversaires47. Les journaux libéraux étaient d’accord avec l’Arbeiter-Zeitung que les idées et la « mission » de Suttner continueraient de vivre et que des monuments en son honneur seraient construits à l’avenir « dans tous les pays » (y compris en Autriche)48. Le journal social-démocrate exprima même l’espoir que les mouvements bourgeois pour la paix et socialistes « se réuniraient […] à un moment donné »49. Une présence médiatique exceptionnelle de la baronne était déjà prévue pour le Congrès Mondial pour la Paix en septembre 1914 : la première du film « Bas les armes ! », dans lequel on pouvait voir des images d’origine de Bertha von Suttner, devait y être présentée. Fried écrit de manière percutante que le Congrès aurait dû être « le couronnement » du travail de Suttner, et qu’il serait maintenant ses « funérailles »50. L’engagement des plus hautes autorités de l’État pour la conférence eut un grand effet symbolique. Fried poursuivit les préparatifs pour la grande manifestation après la mort de Suttner et le quotidien Arbeiter-Zeitung, d’habitude plutôt sceptique, pensait que Vienne saurait exercer « le pouvoir d’attraction le plus fort » pour tous les pacifistes51.
11Juste une semaine plus tard, le 28 juin 1914, l’attentat contre l’héritier du trône austro-hongrois et son épouse fut commis à Sarajevo. Le meilleur expert du mouvement austro-hongrois pour la paix, Richard Laurence, juge négativement la réaction du gouvernement à Vienne : « Globalement, les milieux gouvernementaux autrichiens préféraient compter sur la politique traditionnelle de la force plutôt que sur l’arbitrage et sur le désarmement afin de maintenir la paix »52. Pendant la crise de juillet 1914, les groupements pacifistes et les mouvements politiques dans la monarchie austro-hongroise ne réussirent pas à empêcher la guerre. Au moment décisif, ils soutinrent même la politique de la couronne53. Fried sous-estima initialement le danger de guerre, et sa tentative après la déclaration des hostilités d’organiser une manifestation de la Société Autrichienne pour la Paix, fut interdite par le gouvernement. En octobre 1914, il s’exila en Suisse54. Les socialistes, le dernier espoir de Suttner, ne protestèrent que discrètement contre la décision de faire la guerre à la Serbie, et après la déclaration de guerre par la Russie contre la monarchie austro-hongroise, ils soutinrent la politique officielle. Des tendances similaires peuvent également être observées dans d’autres pays européens55. L’évaluation de Bertha von Suttner concernant l’importance de la presse dans le déclenchement d’une guerre semble avoir été validée durant la crise de juillet 1914 : « Qu’une guerre soit évitée ou qu’elle éclate, dépend de l’influence de la presse »56. Initialement le journal social-démocrate l’Arbeiter-Zeitung et la publication libérale de gauche le Zeit se positionnèrent certes contre les attaques nationalistes envers la Serbie et alertèrent l’opinion à propos du danger d’une éventuelle guerre européenne. Cependant, les deux journaux changèrent de cap après la déclaration de guerre et – comme toute la presse à Vienne – ils promurent la politique officielle57.
12Les raisons de l’échec du mouvement pour la paix en Europe sont multiples. Richard Laurence a établi que, fondamentalement, le mouvement pour la paix était perçu par très peu de gens comme une alternative prometteuse à la guerre avant la Première Guerre Mondiale ; la majorité ne vit en elle qu’une sorte d’utopie, ou de la lâcheté ou même la pure et simple trahison de l’honneur national58. En ce qui concerne l’Autriche, Laurence suit l’explication de Brigitte Hamann : la plupart des politiciens se moquaient de Bertha von Suttner, l’appelaient « Bertha-la-paix » (« Friedensbertha ») et la qualifiaient de personne naïve et irréaliste. Ils critiquaient ses interventions en politique en tant que femme, les considérant inappropriées et émotionnelles59. Son attitude cosmopolite, supranationale, libérale et anticléricale, de même que son engagement contre l’antisémitisme furent rejetés par les différents groupes politiques60. Sa notoriété mondiale, la reconnaissance et l’appréciation qu’elle obtint au cours de ses apparitions à l’étranger semblent avoir eu peu d’effet concret sur le mouvement autrichien pour la paix, en dépit de toutes ses activités promotionnelles. Cependant, elles conduisirent à la fatigue et à l’épuisement de Suttner qui était gravement malade61. Même si elle était une grande visionnaire, organisatrice et agitatrice, elle ne réussit pas à faire accepter ses idéaux par les institutions politiques dirigeantes de l’époque. Ses adversaires – les élites au pouvoir, la diplomatie et l’armée, l’Église catholique, le parti chrétien-social, les nationalistes et les anarchistes, etc. – se révélèrent plus nombreux et plus forts62. Selon Salomon Wank, le mouvement pour la paix fut – en dépit de son incapacité à empêcher la guerre – un succès dans le cadre des possibilités politiques et constitutionnelles contemporaines de l’Autriche. Pour Wank, il n’aurait vraisemblablement pas pu obtenir plus sauf à assister au renversement complet du système politique et des relations internationales63.
13L’échec du mouvement autrichien pour la paix durant l’été 1914 peut peut-être s’expliquer par la mort de Bertha von Suttner et la coïncidence malheureuse de l’assassinat de l’héritier du trône François-Ferdinand une semaine plus tard. Sans ces événements, le Congrès Mondial pour la Paix aurait eu lieu à Vienne, provoquant ainsi une plus forte présence du mouvement pour la paix dans les sphères politiques et publiques. Le pacifisme aurait probablement pu consolider sa position au sein de la société autrichienne et obtenir plus d’influence et de soutien. Les autres militants pour la paix comme Heinrich Lammasch auraient obtenu une chance de créer un lien plus fort entre la politique et le pacifisme, et de mieux s’imposer en tant que représentants de ces nouveaux développements.
Une politique pacifique ? La politique étrangère austro-hongroise, 1908-1914
14Après l’annexion de la Bosnie-Herzégovine, le Ministre des Affaires Étrangères Aehrenthal déclara que la monarchie danubienne était saturée et constata en août 1909 que « de nouvelles prises de territoire aux frais des Slaves des Balkans » étaient exclues. Il voyait la « mission politique » de la monarchie des Habsbourg dans le maintien de l’équilibre des forces en Europe ainsi que de « son intégrité et son honneur »64.
15Les militaires étaient cependant d’un autre avis, en particulier le chef d’état-major Conrad von Hötzendorf, qui plaidait pour une guerre préventive contre l’Italie et la Serbie. Lorsqu’il tenta de s’engager plus énergiquement dans la politique étrangère du pays en 1911 et exigea de nouveau une guerre préventive contre l’Italie, le Ministre des Affaires Étrangères le réprimanda et l’Empereur le congédia. Conrad faisait partie des partisans de l’Archiduc François-Ferdinand qui estimait grandement ses opinions dans les questions militaires. L’archiduc tolérait globalement ses interventions politiques, même si les deux hommes étaient parfois en désaccord. L’héritier du trône lui-même se mêlait de plus en plus de la politique étrangère de la monarchie, alors qu’aucune base constitutionnelle ne lui permettait de le faire65. Ceci peut tout d’abord s’expliquer par son amitié avec l’Empereur d’Allemagne Guillaume II et ensuite par le fait que le nouveau Ministre des Affaires Étrangères Berchtold lui permettait d’avoir un meilleur aperçu de la politique étrangère mise en place depuis 1912 et une plus grande influence dans celle-ci. Qui plus est, les premiers ministres d’Autriche et de Hongrie, qui étaient généralement des « faucons », tentaient d’intervenir de plus en plus dans la politique extérieure. Cependant, leur influence se limitait aux consultations au sein du Conseil Conjoint des Ministres66.
16Tous les acteurs au niveau de la politique étrangère de la monarchie des Habsbourg poursuivaient essentiellement les mêmes objectifs : la préservation du prestige, du statut de grande puissance, de l’intégrité et d’une position hégémonique dans le Sud-est de l’Europe. Les moyens pour atteindre ces buts différaient grandement : tandis que l’armée et les deux premiers ministres préféraient des solutions militaires, le Ministère des Affaires Étrangères et l’Empereur François-Joseph poursuivaient une politique basée sur la paix et la coopération avec les autres grandes puissances – politique principalement soutenue par l’Archiduc François-Ferdinand. Il est important de noter que même s’il y eut toujours des partisans de la guerre, à Vienne le parti de la paix put gagner la partie durant toutes les crises précédant l’assassinat du successeur au trône.
17Depuis sa prise de fonction en février 1912, le nouveau Ministre des Affaires Étrangères, le comte Leopold Berchtold, continua la politique de non-intervention dans la guerre italo-turque, décidée par son prédécesseur Aehrenthal, même s’il craignait les répercussions négatives dans les Balkans et pour la position de la monarchie dans la région. Au début de la première guerre balkanique en automne 1912, Berchtold, François-Joseph et François-Ferdinand étaient d’accord pour que l’Autriche-Hongrie n’intervienne pas dans le conflit ; comme l’héritier au trône le dit : « Que ces types se fracassent la tête, nous les regarderons depuis la loge »67. Après le succès rapide de la Ligue des Balkans et l’arrivée des troupes serbes sur la côte Adriatique, l’archiduc changea d’avis et soutint l’appel de l’armée pour une guerre contre cette même Serbie. Ses plans pour s’unir à l’avance avec l’Allemagne, la Roumanie et la Russie échouèrent face au gouvernement civil de l’empire allemand68. Berchtold et François-Joseph, qui préféraient de toute façon une solution pacifique paneuropéenne, confirmèrent la participation de la monarchie à la conférence des ambassadeurs des grandes puissances pour le règlement de la crise à Londres.
18Là, l’ambassadeur de l’empire austro-hongrois Mensdorff remporta une victoire apparente qui devait plus tard s’avérer être une victoire à la Pyrrhus : afin d’exclure la Serbie de la côte Adriatique, la monarchie danubienne appela à la création d’un État albanais, qui fut finalement acceptée par toutes les grandes puissances. Cependant, cet État suscita des envies : l’Italie et l’Autriche-Hongrie, par exemple, se disputèrent pour établir leur domination sur le nouveau pays. La Serbie sentit que sa victoire lui avait été volée et en rendit responsable la monarchie. Les conflits dans la région s’intensifièrent, en particulier lorsque la Serbie et le Monténégro firent comprendre qu’ils ne respecteraient pas les frontières établies par les grandes puissances. Rapidement, ils occupèrent le territoire albanais. Afin d’appliquer les décisions des grandes puissances européennes, l’Autriche-Hongrie prononça deux fois des ultimatums et des mobilisations, à des coûts énormes. Et par deux fois, les troupes serbes et monténégrines se retirèrent au dernier moment69.
19Une expérience essentielle que la monarchie des Habsbourg avait faite à l’époque était le refus du « concert européen » de sanctionner le non-respect de ses propres décisions et d’imposer, si nécessaire, l’application des décisions par des moyens militaires. Cela fit douter la monarchie austro-hongroise du bon fonctionnement et de la fiabilité du « concert » des grandes puissances, surtout parce que ses propres alliés, l’Allemagne et l’Italie, ne la soutenaient pas réellement dans cette affaire. En outre, elle ressentit le comportement des petits états (la Serbie et le Monténégro), qui n’avaient pas accepté les décisions des grandes puissances (y compris celles de leur allié russe), comme une provocation et un défi explicite pour le « concert européen ». Pendant tout ce temps-là, François-Joseph, François-Ferdinand et le ministre des Affaires étrangères cherchaient à maintenir la paix en Europe : d’une part en raison de l’absence du soutien allemand et d’autre part en raison de leur conviction que rien ne pouvait être acquis par une guerre qui ne pouvait pas être menée par des moyens pacifiques70. Le fait que Vienne laissa passer le bon moment pour entrer dans la guerre des Balkans pendant l’été 1913, contredit la thèse de certains historiens, selon laquelle l’Autriche-Hongrie aurait préparé une guerre contre la Serbie depuis longtemps et que l’assassinat de l’héritier du trône, le 28 juin 1914, était juste un prétexte pour pouvoir partir en guerre.
20Dans une alliance avec la Bulgarie – le pays plus fort et qui avait gagné le plus dans la Première guerre balkanique – la monarchie des Habsbourg aurait pu vaincre la Serbie sans problème dans la Seconde guerre balkanique. Sofia s’attendait également à ce que l’Autriche-Hongrie entre en guerre, et espérait une victoire rapide contre la Serbie. Par conséquent, le tsar bulgare était étonné de voir cette chance « perdue » dont le gouvernement de Vienne n’avait pas profité pour résoudre le « problème serbe »71. Il est difficile de dire quelle aurait été la réaction russe face à une telle intervention. La probabilité que la Russie entre dans cette guerre aurait été moindre qu’en juillet 1914, parce que la Russie devait faire un choix entre la Serbie et la Bulgarie, les deux alliés slaves importants de la Russie dans les Balkans. On constate que « l’alternative de la paix » triompha de nouveau. Vienne avait d’autres projets : une nouvelle Ligue des Balkans dirigée par la monarchie austro-hongroise était censée isoler la Serbie et diminuer le danger qui émanait de cet État par rapport à la monarchie des Habsbourg et à ses intérêts dans les Balkans.
21Les craintes de la monarchie austro-hongroise que la Serbie mette l’intégrité de l’Autriche-Hongrie en question et qu’elle commence une guerre pour conquérir les territoires de l’Autriche-Hongrie peuplés de Slaves du sud, augmentèrent notamment après la Seconde guerre balkanique72. La Serbie avait réussi à doubler son territoire et renforcer ses liens avec les autres pays balkaniques. Mais il était essentiel que Belgrade puisse toujours compter sur le soutien de la Russie à cette époque-là. La monarchie austro-hongroise se considérait comme un perdant des années 1912 et 1913 : sa position en tant que puissance hégémonique dans les Balkans fut mise en question par la Serbie et la Roumanie. La perte de l’allié roumain était évidente dans la coopération serbo-roumaine pendant la Seconde guerre balkanique, ce qui fut renforcé par des conflits entre Roumains et Hongrois à cause de la minorité roumaine en Hongrie. Outre l’absence de soutien de la part de ses alliés, l’Allemagne et l’Italie, la monarchie des Habsbourg aperçut un engagement russe beaucoup plus fort et plus efficace dans les Balkans. Les problèmes de politique intérieure et les faiblesses de l’armée sous-financée mirent Vienne dans une situation de plus en plus difficile et dangereuse. La conclusion tirée de cette situation ne fut pas une décision en faveur d’une guerre contre la Serbie le plus rapidement possible, ni une décision pacifiste, mais au contraire, une consideration fondée purement sur la Realpolitik. Ceci était dû au fait que des doutes subsistaient quant à la stabilité de la monarchie, la loyauté de ses alliés ainsi que des minorités de l’Empire en cas de guerre, et enfin, les décideurs austro-hongrois redoutaient l’entrée en guerre de la Russie et la création d’une situation révolutionnaire. Un document terminé peu de temps avant l’attentat de Sarajevo, le protocole dit de « Matscheko », prouve ces craintes73.
22En 1913 et 1914, le ministre des Affaires étrangères austro-hongrois fit élaborer plusieurs mémorandums sur la future politique étrangère du pays. Franz von Matscheko, un employé de Berchtold, élabora l’idée d’une alliance balkanique en tenant compte des analyses des diplomates austro-hongrois et du Premier ministre hongrois, István Tisza74. Comme Vienne avait des doutes sur la fidélité roumaine, une alliance avec la Bulgarie était au cœur de cette ligue balkanique à créer. Une action militaire contre la Serbie ne fut prise en considération ni par Matscheko ni par ses inspirateurs75. L’isolement et le blocus de la Serbie étaient censés tenir le petit État voisin en échec et empêcher ainsi la guerre. On entendit envoyer à Berlin le mémoire de Matscheko qui avait jusque-là refusé d’accepter la Bulgarie comme allié.
23Quatre jours après que le mémorandum eût été terminé, la réalité était bien différente. L’héritier du trône austro-hongrois fut assassiné à Sarajevo et Vienne accusa le gouvernement serbe sur la base de simples indices. Il y avait un consensus inhabituel dans les cercles gouvernementaux en Autriche-Hongrie en ce qui concernait les mesures à prendre. Les acteurs ne disposaient pas du temps nécessaire pour la mise en œuvre du mémoire de Matscheko parce qu’il avait préconisé un processus de changements à long terme, et qu’il n’existait pas de plan alternatif. Les conférences d’ambassadeurs et la « diplomatie militante »76 furent exclues comme instruments de politique étrangère. La décision de déclarer la guerre à la Serbie fut prise rapidement, probablement dans les 48 heures après l’attentat. Rien ne laisse croire qu’il y eut des opposants à la guerre au ministère des Affaires étrangères austro-hongrois. L’attentat fut considéré comme une attaque contre la famille impériale, la monarchie en général ainsi que l’intégrité territoriale et le prestige de l’Autriche-Hongrie. Le Premier ministre hongrois était le seul à hésiter en raison de l’imprévisibilité de l’allié roumain, mais après que l’Allemagne eût donné le « chèque en blanc » à l’Autriche-Hongrie, il allait changer d’avis. L’ultimatum envoyé à la Serbie fut formulé de telle façon qu’il fût peu probable que la Serbie l’accepte. Le gouvernement serbe était prêt à des concessions, mais refusait de coopérer dans les domaines décisifs et mobilisa immédiatement ses troupes. Le 28 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie provoqua un conflit local en déclarant la guerre à Belgrade, qui en quelques semaines allait devenir une guerre européenne, puis mondiale. Cette guerre ne mena pas seulement à un grand nombre de victimes civiles et militaires, mais aussi à l’effondrement total des économies européennes et des structures étatiques. Malgré tous les pronostics, on s’attendant à ce que la monarchie des Habsbourg se désintègre rapidement, c’était la défaite militaire qui allait sceller son sort. En novembre 1918, l’État multiethnique et le système monarchique austro-hongrois cessèrent d’exister77.
Résumé
24La nomination de François-Joseph pour le Prix Nobel de la paix en 1914 apparaît rétrospectivement comme une farce, vu que l’empereur autrichien signa la première déclaration de guerre durant l’été 1914. Depuis, selon certains historiens qui ont participé au débat récent sur la responsabilité de la guerre, le monarque a la réputation d’être l’un des principaux responsables de la Première Guerre mondiale. Cette interprétation brouille toutefois les cartes concernant son attitude habituelle au début du XXe siècle. Beaucoup de contemporains de François-Joseph, y compris certains pacifistes éminents, étaient tout à fait en accord avec ses efforts pour conserver la paix en Europe. La nomination pour le prix Nobel et la demande visant la reprise de son patronage pour le Congrès Mondial de la Paix à Vienne impliquaient la reconnaissance de son engagement pour la paix. Le fait que des lauréats du Prix Nobel de la paix, d’anciens critiques de François-Joseph et des pacifistes connus, croyaient que l’empereur méritait le prix, nous donne une bonne impression de l’image publique du monarque et de sa politique.
25Personne n’aurait jamais mis en jeu la bonne réputation du mouvement autrichien de la paix sans la conviction que l’empereur défende la paix dans son propre pays et à l’étranger. Il est donc incompréhensible que même les nouveaux biographes de François-Joseph ne mentionnent pas cet aspect, bien que les faits soient maintenant connus et les sources librement accessibles78. Si l’on incluait cet aspect dans le contexte global, cela permettrait une réinterprétation ou du moins une vision plus différenciée non seulement du monarque mais aussi de la politique étrangère menée par la monarchie de Habsbourg. En politique étrangère, que François-Joseph regardait toujours comme le domaine de l’empereur, ce dernier poursuivit principalement deux objectifs : éviter les conflits et maintenir le statu quo et l’équilibre en Europe.
26Selon l’avis du vieux monarque, les guerres mettaient trop en péril l’intégrité et la stabilité de l’État multiethnique. Pour cela, elles sont présentées sous forme de guerres défensives dans les concepts politiques et les constats du ministère des Affaires étrangères avant juillet 1914. Durant les grandes crises des années 1912 et 1913, François-Joseph préféra toujours l’option de la paix, alors que les chances d’une guerre victorieuse étaient meilleures qu’en 1914. Le ministre des Affaires étrangères Berchtold et l’héritier du trône François-Ferdinand étaient également favorables à la politique de la paix79. L’attentat du 28 juin 1914 a marqué un tournant. À partir de cet instant, les décideurs à Vienne considérèrent la politique prônant la paix comme un échec et ne virent plus d’alternative à la guerre. Il est remarquable que l’empereur François-Joseph mentionna à plusieurs reprises son travail pour la paix au cours des années précédentes dans son manifeste de guerre, et conclut finalement qu’il devait « garder la paix durable dans le pays et vers l’extérieur » avec la « force armée »80. L’utilisation du mot « paix » dans un « manifeste de guerre » peut sembler paradoxal (dans ce texte le mot « paix » apparaît au total neuf fois), mais François-Joseph faisait ainsi écho à sa réputation publique en propageant simultanément l’idée d’une guerre défensive imposée, ce qui était d’une grande importance pour la mobilisation des masses. Son choix de mots à l’époque ne paraissait ni paradoxal, ni sarcastique ou inapproprié aux gens, ce qui s’explique surtout par son image généralement acceptée d’un « empereur de la paix »81. Apparemment, le mouvement de la paix ne sut reconnaître la gravité de la situation ou fut tout bonnement figé : certains pacifistes préférèrent leur patriotisme à l’idée de paix82. En juillet 1914, on entendit seulement des protestations prudentes de la part des socialistes et pacifistes. L’échec du mouvement de la paix fut un phénomène européen. La déclaration de Sandi Cooper que, « si la vérité est la première victime de la guerre, les mouvements pour la paix [arrivent] juste derrière comme la seconde victime »83, semble bien résumer le déclenchement de la guerre durant l’été 1914.
Notes de bas de page
1 Les deux premières nominations eurent lieu en 1908 et 1913. Voir les archives Nobel (chercher Francis Joseph), http://www.nobelprize.org/nomination/archive/. Cf. Alma Hannig, « Franz Joseph, der Friedensfürst », Die ZEIT, 05/06/2014, http://www.zeit.de/2014/24/franz-joseph-nobelpreis [Toutes sources Internet consultées le 15/08/2018].
2 Ferenc Kemény au Comité Nobel, 25/01/1914, Archives Nobel, Oslo. Pour Kemény, voir Katalin Szikora, « Ferenc Kemény and the Hungarian Olympic Ideal », dans http://www.americanhungarianfederation.org/FamousHungarians/olympic_kemeny.htm.
3 Pour la Mission Hohenlohe voir Alma Hannig, « Prinz Gottfried zu Hohenlohe-Schillingsfürst (1867-1932). Ein Liebling der Kaiserhöfe » dans Alma Hannig, Martina Winkelhofer (dir.), Die Familie Hohenlohe. Eine europäische Dynastie im 19. und 20. Jahrhundert, Cologne/Weimar/Vienne, Böhlau, 2013, p. 229-268, ici p. 240-242.
4 Az Est, 20/12/1912, p. 4. François-Joseph était l’empereur d’Autriche et le roi de Hongrie.
5 Alfred Hermann Fried, « Das Lebenswerk Berta von Suttners », Neues Wiener Tagblatt (= NWT), 23/06/1914, p. 1-3, ici p. 2.
6 Brigitte Hamann, Bertha von Suttner. Ein Leben für den Frieden, Zurich, Ex Libris, 1988, p. 507.
7 Cité par ibidem., p. 513. Voir aussi Alfred Hermann Fried, « Bertha von Suttner », Neue Freie Presse (= NFP), 23/06/1914, p. 10-11.
8 À l’échelle internationale, sa mort fut considérée comme une perte énorme pour le mouvement international de la paix. Voir Advocate of Peace, 1914, n° 76.7, p. 151.
9 Pour la déclaration de guerre, voir Österreich-Ungarns Aussenpolitik von der Bosnischen Krise 1908 bis zum Kriegsausbruch 1914. Diplomatische Aktenstücke des österreichisch-ungarischen Ministeriums des Äussern (= ÖUA), vol. 8, Vienne, 1930, n° 10855, p. 811-812.
10 Wiener Zeitung, 29/07/1914, p. 1.
11 Consulter Richard R. Laurence, « Bertha von Suttner and the Peace Movement in Austria to World War I », Austrian History Yearbook, 1992, n° 23, p. 181-201, ici p. 199-200. La meilleure présentation du développement du pacifisme en Europe se trouve chez Sandi E. Cooper, Patriotic Pacifism. Waging War on War in Europe 1815-1914, New York/Oxford, Oxford University Press, 1991.
12 Brigitte Hamann, « Pazifismus in Wien um 1900 », dans Peter Berner, Emil Brix, Wolfgang Mantl (dir.), Wien um 1900, Vienne, Verlag für Geschichte und Politik, 1986, p. 226-232, ici p. 226-229. Pour la Société Autrichienne pour la Paix, consulter Daniel Laqua, « Pacifism in Fin-de-siècle Austria : The Politics and Limits of Peace Activism », The Historical Journal, 2014, n° 57, p. 199-224.
13 L’accent ici est mis sur les mouvements de paix autrichiens majeurs. Pour leurs equivalents hongrois, voir Henriett Kovács, Die Friedensbewegung in Österreich-Ungarn an der Wende zum 20. Jahrhundert, Herne, Gabriele Schäfer Verlag, 2009.
14 Pour les biographies de Suttner, voir B. Hamann, Suttner ; Beatrix Kempf, Bertha von Suttner, Schriftstellerin-Politikerin-Pazifistin, Munich, Wilhelm Heyne Verlag, 1987. Pour l’historiographie sur Suttner avant 1992 consulter R. Laurence, « Suttner ».
15 B. Hamann, « Pazifismus », p. 229. Cf. Advocate of Peace, 1914, n° 76.7, p. 151.
16 R. Laurence, « Suttner », p. 191.
17 Richard Laurence, « The Peace Movement in Austria, 1867-1914 », dans Solomon Wank (dir.), Doves and Diplomats : Foreign Office and Peace Movements in Europe and America in the Twentieth Century, Westport/Londres, Greeenwood Press, 1978, p. 21-41, ici p. 25-26.
18 Voir D. Laqua, op. cit., p. 200. Cf. Richard R. Laurence, « The Viennese Press and the Peace Movement, 1899-1914 », The Michigan Academician, 1980, n° 13, p. 155-163, ici p. 162.
19 B. Hamann, « Pazifismus », p. 228.
20 R. Laurence, « Suttner », p. 183, 189 ; B. Kempf, op. cit., p. 125-126, 132-143. Voir aussi R. Laurence, « The Viennese Press », p. 155-156. La même chose est vraie pour la majorité des pays européens, ce qui explique pourquoi Sandi Cooper a parlé dans ce contexte de « pacifisme patriotique ». Voir S. Cooper, op. cit. Niles Holt décrit le pacifisme représenté par Suttner comme un « pacifisme populaire » parce qu’il tentait d’atteindre un public le plus large possible. Niles Holt, « The “Popular Pacifism” of Bertha von Suttner », Peace Research, 2002, n° 34.1, p. 117-125.
21 Pour la relation entre Suttner et Fried voir B. Kempf, op. cit., p. 106-112.
22 R. Laurence, « Peace Movement », p. 32. Fried lui-même faisait grand cas de la « scientificité » du mouvement pacifiste. A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 1-3.
23 R. Laurence, « Suttner », p. 181-183. Cf. Solomon Wank, « The Austrian Peace Movements and the Habsburg Ruling Elite, 1906-1914 », dans Charles Chatfield, Peter von den Dungen (dir.), Peace Movements and Political Cultures, Knoxville, University of Tennessee Press, 1988, p. 40-63, ici p. 40-41 ; D. Laqua, op. cit., p. 209-214.
24 R. Laurence, « Peace Movement », p. 21-25. Voir aussi B. Hamann, « Pazifismus », p. 226-229.
25 R. Laurence, « Peace Movement », p. 27, 34-37 ; R. Laurence, « Suttner », p. 190, 194 ; S. Wank, « Austrian Peace Movements », p. 42-44 ; D. Laqua, op. cit., p. 206-207.
26 R. Laurence, « Peace Movement », p. 31. Pour Heinrich Lammasch, voir Stephan Verosta, Theorie und Realität von Bündnissen. Heinrich Lammasch, Karl Renner und der Zweibund (1897-1914), Vienne, Europa Verlag, 1971 ; Marga Lammasch, Hans Sperl (dir.), Heinrich Lammasch. Seine Aufzeichnungen, sein Wirken und seine Politik, Vienne/Leipzig, Franz Deuticke, 1922.
27 B. Hamann, « Pazifismus », p. 226.
28 Solomon Wank, « Diplomacy against the Peace Movement. The Austro-Hungarian Foreign Office and the Second Hague Conference of 1907 » dans S. Wank (dir.), Doves and Diplomats, p. 55-84.
29 S. Wank, « Austrian Peace Movements », p. 47-51.
30 A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 2. Bertha von Suttner craignait que la réception des pacifistes à Vienne ne fût pas aussi positive que dans les autres États, que ce soit par le gouvernement ou par le public. En outre, pour des raisons de santé, elle se sentait incapable de répondre aux exigences du Congrès. Voir B. Kempf, op. cit., p. 109 ; B. Hamann, Suttner, p. 483-484.
31 A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 2.
32 R. Laurence, « Peace Movement », p. 26.
33 B. Hamann, Suttner, p. 391-400, 464-466. Voir aussi R. Laurence, « Suttner », p. 194.
34 Voir par exemple son discours de juin 1912, dans B. Kempf, op. cit., p. 221-229. Cf. B. Hamann, Suttner, p. 474, 478, 491-496.
35 B. Hamann, Suttner, p. 467-469, 480.
36 R. Laurence, « Suttner », p. 196 ; B. Hamann, Suttner, p. 486, 509. Cf. B. Kempf, op. cit., p. 148-150.
37 NFP, 22/06/1914, p. 2.
38 B. Hamann, « Pazifismus », p. 230. Voir l’entrée du journal de Bertha von Suttner, 13/05/1914, dans Fried/Suttner Papiers, United Nations Archives, Genève, disponible ici : http://biblio-archive.unog.ch/detail.aspx?ID=352.
39 Arbeiter-Zeitung (AZ), 23/06/1914, p. 2. Pour le mouvement socialiste pour la paix, voir Wank, « Austrian Peace Movement », p. 46-51 et Ruth Roebke-Berens, « Austrian Social Democratic Peace Policy and the Balkan Crises of 1912-1913 », Peace & Change, 1981, n° 7, p. 17-28.
40 B. Kempf, op. cit., p. 122-123 ; B. Hamann, Suttner, p. 503-505.
41 Az Est, 20/12/1912, p. 4.
42 Aucune lettre de ce type n’existe, que ce soit dans les archives du Prix Nobel ou dans la collection de Suttner.
43 Journal de Suttner, 23/02/1914, dans Fried/Suttner Papiers : http://biblio-archive.unog.ch/detail.aspx?ID=352.
44 A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 3. Pour les raisons possibles du soutien gouvernemental au Congrès voir S. Wank, « Diplomacy », p. 57.
45 Suttner à Fried, 29/05/1914, dans B. Hamann, Suttner, p. 513.
46 A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 3.
47 Ibidem, NFP, 22/06/1914, p. 2 ; AZ, 23/06/1914, p. 2-3 ; Fremdenblatt, 23/06/1914, p. 15-16 ; Pester Lloyd, 22/06/1914, p. 1-2. Voir aussi le Deutsches Voksblatt, 22/06/1914 et Danzer’s Armee-Zeitung, 25/06/1914, p. 10. Voir au contraire l’article irrévérencieux du Reichspost, 22/06/1914, p. 5.
48 A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 3. Cf. AZ, 23/06/1914, p. 3.
49 AZ, 23/06/1914, p. 2.
50 A.H. Fried, « Lebenswerk », p. 2. Le Congrès Mondial de la Paix fut dédié dès l’origine à Bertha von Suttner. Voir S. Cooper, op. cit., p. 139.
51 AZ, 23/06/1914, p. 3.
52 R. Laurence, « Peace Movement », p. 27.
53 Ibidem, p. 30, 36-37. Voir aussi H. Kovács, op. cit., p. 125-126.
54 D. Laqua, op. cit., p. 223-224 ; Petra Schönemann-Behrens, « “Organisiert die Welt !” Leben und Werk des Friedensnobelpreisträgers Alfred Hermann Fried (1864-1921) », Thèse de doctorat, Université de Brème, 2004, p. 225-231.
55 S. Wank, « Austrian Peace Movements », p. 52-55 ; S. Cooper, op. cit., p. 160, 212.
56 Bertha von Suttner, « Ein Wort an den Preßkongreß », NWT, 13/09/1904, p. 1.
57 Alma Hannig, « “Wer uns kränkt, den schlagen wir nieder” : Die Wiener Tagespresse in der Julikrise 1914 », dans Georg Eckert, Peter Geiss, Arne Karsten (dir.), Die Presse in der Julikrise 1914. Die internationale Berichterstattung und der Weg in den Ersten Weltkrieg, Münster, Aschendorff, 2014, p. 21-42, ici p. 38-42. Voir aussi R. Laurence, « The Viennese Press », p. 162-163.
58 R. Laurence, « Suttner », p. 181. Pour les commentaires semblables contemporains, voir par exemple « Gegen den Antimilitarismus » dans le Reichspost, 21/06/1914, p. 12.
59 NWT, 11/12/1905, p. 6 et NFP, 11/12/1905, p. 8.
60 R. Laurence, « Suttner », p. 195.
61 B. Kempf, op. cit., p. 111.
62 R. Laurence, « Suttner », p. 197-198.
63 S. Wank, « Austrian Peace Movements », p. 55-58.
64 ÖUA 2, n° 1720, p. 438-446, ici p. 444-445.
65 Alma Hannig, Franz Ferdinand. Die Biografie, Vienne, Amalthea, 2013, p. 134-171.
66 Les meilleures œuvres concernant la politique étrangère austro-hongroise et ses acteurs sont : Samuel R. Williamson, Austria-Hungary and the Origins of the First World War, New York, Macmillan, 1991 ; Francis Roy Bridge, From Sadowa to Sarajevo. The Foreign Policy of Austria-Hungary 1866-1914, Londres/Boston, Routledge & Kegan Paul, 1972. Les arguments suivants se réfèrent – sauf indication contraire – à ces œuvres. L’étude la plus récente est de Konrad Canis, Die bedrängte Großmacht, Österreich-Ungarn und das europäische Mächtesystem 1866/67-1914, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2016.
67 Franz Ferdinand à Berchtold, 01/10/1912, dans Nachlass Berchtold, Archives régionales de Brno.
68 A. Hannig, Franz Ferdinand, p. 176-183.
69 Günther Kronenbitter, “Krieg im Frieden”, Die Führung der k.u.k. Armee und die Großmachtpolitik Österreich-Ungarns 1906-1914, Munich, Oldenbourg, 2003, p. 369-428.
70 Manfried Rauchensteiner, Der Erste Weltkrieg und das Ende der Habsburgermonarchie, Vienne/Cologne/Weimar, Böhlau, 2013, p. 80.
71 ÖUA 6, n° 7838, p. 943-945, ici p. 944.
72 Alma Hannig, « Angst und die Balkanpolitik Österreich-Ungarns vor dem Ersten Weltkrieg », dans Patrick Bormann, Thomas Freiberger, Judith Michel (dir.), Angst in den internationalen Beziehungen, Bonn, V&R unipress, 2010, p. 93-113, ici p. 97-99.
73 ÖUA 8, n° 9918, p. 186-195. Voir aussi Canis, qui d’un côté souligne l’instabilité de la situation et la nervosité des protagonistes, et de l’autre l’évitabilité de la guerre. K. Canis, op.cit., p. 453-457.
74 ÖUA 5, n° 6126, p. 937-940 ; ÖUA 7, n° 8157, p. 1-7 ; n° 8474, p. 198-201 ; n° 9463, p. 951-957; n° 9482, p. 974-979; ÖUA 8, n° 9627, p. 1-3 ; n° 9902, p. 173-176.
75 F. R. Bridge, op. cit., p. 368.
76 S. R. Williamson, op. cit., p. 155, 163.
77 Lothar Höbelt, “Stehen oder Fallen ?” Österreichische Politik im Ersten Weltkrieg, Vienne/Cologne/Weimar, Böhlau, 2015, p. 7-8.
78 Même la dernière biographie de François-Joseph ne mentionne pas sa nomination pour le Prix Nobel : Michaela et Karl Vocelka, Franz Joseph I. Kaiser von Österreich und König von Ungarn 1830-1916. Eine Biographie, Munich, Beck, 2015.
79 Paul W. Schroeder, « Stealing Horses to Great Applause. Austria-Hungary’s Decision in 1914 in Systemic Perspective », dans Holger Afflerbach, David Stevenson (dir.), An Improbable War. The Outbreak of World War I and European Political Culture before 1914, Oxford, 2007, p. 17-42, ici p. 18-23.
80 « An meine Völker ! », Wiener Zeitung, 29/07/1914, p. 1.
81 Selon Cooper, dans le XXe siècle les responsables politiques européens ont utilisé de plus en plus les arguments de la paix comme un euphémisme pour leurs politiques moins pacifiques. S. Cooper, op. cit., p. 185.
82 Ibidem, p. 186-203, 212.
83 Ibidem, p. 6.
Auteur
-
Alma Hannig
Université de Bonn
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