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    Plan détaillé Texte intégral Autour des élections de 1903 : une chance à saisir Autour des élections de 1907 : au cœur du débat constitutionnel Les élections de 1912 : l’échec de l’intégration alsacienne-lorraine Notes de bas de page Auteur

    Veilles de guerre

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    Table des matières

    L’Alsace-Lorraine à la veille de la Première Guerre mondiale : entre pacifisme et révisionnisme

    Dorian Kröger

    p. 103-116

    Texte intégral Autour des élections de 1903 : une chance à saisir Autour des élections de 1907 : au cœur du débat constitutionnel Les élections de 1912 : l’échec de l’intégration alsacienne-lorraine Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Symbole de la défaite française de 1870, l’annexion de l’Alsace-Lorraine a détérioré à long terme les rapports franco-allemands et contribué au déclenchement de la Première Guerre mondiale. S’il est certain que ce territoire, en tant qu’objet de convoitise, a joué un rôle considérable dans le conflit, on peut également s’interroger sur la part de responsabilité de sa population. Dans quelle mesure peut-on dire qu’elle a œuvré au rapprochement franco-allemand et dans quelle mesure a-t-elle mis de l’huile sur le feu ?

    2Devant le fait accompli de l’annexion, les Alsaciens-Lorrains se trouvent confrontés à plusieurs options : ils peuvent adopter une attitude révisionniste et chercher à contrecarrer toutes les mesures allemandes visant à les intégrer ou bien couper tous les ponts avec la France, revendiquer leur héritage germanique et profiter des avantages économiques, politiques et sociaux qu’offrait l’Allemagne. Ces deux options auraient sans doute l’une et l’autre détérioré les rapports franco-allemands ; il existait cependant une troisième possibilité : accepter de s’intégrer dans l’Empire allemand en profitant de sa structure fédérale pour préserver une certaine autonomie de l’Alsace-Lorraine et pour peser sur la politique étrangère de l’Allemagne, en apportant un regard français sur les choses.

    3Afin de déterminer quelle tendance a dominé, nous nous appuierons sur les résultats des élections législatives en Alsace-Lorraine dans les années d’avant-guerre. Quels députés les Alsaciens-Lorrains ont-ils envoyés à Berlin pour représenter leurs circonscriptions au Reichstag et quels objectifs poursuivent ces députés lorsqu’ils prennent la parole devant l’assemblée nationale de l’Empire ? Dans ce contexte, il faut garder à l’esprit que l’Alsace-Lorraine ne se limite pas à la seule population autochtone. Les autorités prussiennes sur place et la population allemande immigrée ont eu une grande influence sur le climat politique du Reichsland. Il faudra en tenir compte afin de déterminer si l’Alsace-Lorraine aurait pu être un pont entre la France et l’Allemagne ou si son rôle se limitait, comme disait Bismarck, à celui d’un « glacis ».

    Autour des élections de 1903 : une chance à saisir

    4En 1900, l’intégration de l’Alsace-Lorraine semble avoir échoué. D’un point de vue constitutionnel, le Reichsland est toujours, comme son nom l’indique, une entité politique dépendante, sous la souveraineté immédiate de l’empereur et non un État autonome au sein de l’Empire (à l’instar du royaume de Bavière). De plus, l’intégration culturelle est un échec. Les Alsaciens-Lorrains, représentés par leurs quinze députés au Reichstag, vivent toujours dans la nostalgie de la France et ne cessent de remettre en question l’annexion de 1870. Cela explique pourquoi, avant 1890, les circonscriptions du Reichsland sont régulièrement remportées par les candidats de la protestation, refusant l’annexion1. Certes, à partir de 1890, plusieurs candidats pro-allemands réussissent à s’imposer en Alsace-Lorraine, mais seulement après que le gouvernement allemand a pris des mesures pour intimider la population alsacienne-lorraine : un député protestataire est expulsé d’Alsace-Lorraine, un système de passeports est instauré pour empêcher les Alsaciens-Lorrains de se rendre en France ou de recevoir des amis français et l’intégrité territoriale du Reichsland est sérieusement remise en cause. En conséquence, les Alsaciens-Lorrains se replient sur eux-mêmes et le taux de participation aux élections baisse sensiblement. C’est la paix des cimetières. Les autorités allemandes en profitent pour faire élire plusieurs candidats pro-gouvernementaux, grâce au soutien des immigrés allemands dans les grandes villes et dans le Bas-Rhin. L’intégration de l’Alsace-Lorraine ressemble plutôt à une colonisation.

    5Mais au tournant du siècle, les choses commencent à changer de façon significative. Les responsables politiques à Berlin semblent vouloir atténuer l’état d’exception dans lequel ils ont laissé le Reichsland : en 1898, la liberté de la presse est introduite en Alsace-Lorraine, en 1899, deux sous-secrétaires d’État d’origine alsacienne-lorraine sont nommés au gouvernement à Strasbourg et en 1902, l’article de la dictature est supprimé. Cet article, dont la suppression était l’une des premières revendications des députés alsaciens-lorrains, décrétait un état de siège permanent et autorisait le gouverneur à interdire réunions et publications, à perquisitionner ou à procéder à des expulsions si la sécurité du pays était en danger. Cette démocratisation du régime politique va de pair avec l’arrivée des partis allemands. Importés par les immigrés d’outre-Rhin, ces partis obligent les Alsaciens-Lorrains « de souche » à abandonner le système de notables et à s’organiser en partis politiques, voire à se rallier à des partis allemands déjà existants.

    6En très peu de temps, l’intégration de l’Alsace-Lorraine semble avoir considérablement progressé. Les résultats des élections de 1903 en attestent2. Traditionnellement, le paysage politique alsacien-lorrain est marqué par un système de notables, qui se font élire à titre personnel sans adhérer à des partis politiques institutionnalisés. Malgré cela, on peut déjà distinguer quatre forces politiques en Alsace-Lorraine, qui sont le résultat d’un double clivage : d’une part, l’opposition entre le catholicisme politique, surtout présent en Alsace, et une gauche républicaine, plutôt présente en Lorraine, d’autre part, l’opposition entre les partis alsaciens-lorrains et les partis allemands. Les partis allemands, de leur côté, étant également marqués par un clivage droite-gauche, on obtient un système politique à quatre orientations, avec un grand nombre d’alliances possibles.

    7En 1903, les quatre circonscriptions de la Lorraine sont remportées exclusivement par des notables du bloc lorrain qui refuse toute coopération avec des partis allemands. Jusque-là, rien de nouveau. En revanche, sur les onze circonscriptions alsaciennes, plus d’un tiers des sièges revient à des candidats soutenus par des partis allemands. Dans deux cas, il s’agit même de candidats pro-gouvernementaux. C’est un vrai succès car, contrairement au début des années 1890, ces résultats ne témoignent pas d’une pression exercée par le gouvernement allemand sur les Alsaciens-Lorrains mais représentent l’aboutissement d’une campagne électorale sans censure ni article de la dictature, qui représentait une véritable épée de Damoclès pour les hommes politiques alsaciens-lorrains. Même le succès de sept candidats cléricaux en Alsace, héritiers de la protestation catholique, doit être relativisé. Arrivés à Berlin, ils se rapprochent du Zentrum. Le député alsacien Blumenthal de la Deutsche Volkspartei le résume ainsi :

    C’est la première législature où il n’y a pas de groupe rassemblé sous étiquette alsacienne et exclusivement alsacienne. […] les sept qui se rassemblent encore en tant qu’« Alsaciens » veulent […] ce que le Zentrum cherche à atteindre dans le reste de l’Allemagne. […] Les autres Alsaciens-Lorrains sont distribués entre les différents groupes des autres partis, et parmi les sauvages, vous ne trouverez que les Lorrains […]3

    8On retrouve également les traces de ce rapprochement entre les Alsaciens-Lorrains et l’Allemagne dans les déclarations de certains députés issus de la protestation catholique. Le député Ricklin se félicite de la politique du chef de gouvernement allemand à Strasbourg, von Köller :

    Il faut admettre qu’il [von Köller] ne se voit pas dans la tradition du Kulturkampf et qu’il essaie sérieusement de gouverner l’Alsace-Lorraine avec justice. Que nous, catholiques, adoptions une attitude différente face au gouvernement en place qu’au gouvernement précédent, devrait se comprendre4.

    9Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les catholiques alsaciens-lorrains découvrent précisément au début des années 1900 les vertus d’être allemand. La démocratisation du système politique du Reichsland coïncide avec les lois sur la laïcité en France. Pour l’Allemagne, il s’agit là d’une occasion unique pour gagner la confiance du catholicisme politique, particulièrement fort en Alsace-Lorraine. Emmel, un député immigré allemand au Landesausschuss, le parlement régional du Reichsland, s’en est aperçu :

    Sans la république française, une grande partie des messieurs ici présents seraient encore beaucoup plus francophiles qu’actuellement. La république germanise l’Alsace cléricale, et, à vrai dire, le gouvernement allemand devrait remercier la république française de son action germanisatrice5.

    10Le tournant du siècle est donc un moment crucial dans l’intégration de l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand. C’est également la période où une nouvelle génération de députés arrive à Berlin. Trop jeunes pour avoir pu faire carrière en Alsace-Lorraine française, ils considèrent l’annexion comme un fait accompli, mais nés français, ils sont prêts à des compromis, contrairement à la génération suivante qui considère que les Alsaciens-Lorrains doivent avoir les mêmes droits que tous les citoyens de l’Empire. C’est le moment ou jamais de procéder à l’intégration sans trop heurter les éléments nationalistes outre-Rhin, tout en satisfaisant les revendications les plus pressantes des Alsaciens-Lorrains. Cette problématique se cristallise dans le débat constitutionnel. C’est de son issue que dépendra le succès de l’intégration de l’Alsace-Lorraine sur deux plans. Juridiquement : l’Alsace-Lorraine deviendra-t-elle un État membre à part entière de l’Empire allemand ? Et, sur le plan du sentiment national : l’Allemagne gagnera-t-elle l’adhésion de la population alsacienne-lorraine ?

    Autour des élections de 1907 : au cœur du débat constitutionnel

    11Pour comprendre les enjeux du débat constitutionnel, il convient de rappeler l’organigramme de l’Alsace-Lorraine. À la tête de l’exécutif, à Strasbourg, se trouve un gouverneur, le Statthalter, qui est nommé par l’Empereur. Le gouverneur, de son côté, forme un gouvernement composé d’un secrétaire d’État et de quatre sous-secrétaires d’État. En tant que Reichsland, son exécutif dépend donc directement du pouvoir central à Berlin. C’est également le cas du pouvoir législatif dans le Reichsland. Officiellement, le Reichstag et le Bundesrat légifèrent sur les lois régionales en Alsace-Lorraine. Certes, depuis 1879, ces deux assemblées ont délégué ce droit à un parlement régional à Strasbourg, le Landesausschuss, élu au suffrage indirect par les maires et les conseils généraux en Alsace-Lorraine, mais le Reichstag et le Bundesrat gardent un droit de regard sur tous les dossiers. L’existence même du Landesausschuss est d’ailleurs le fait d’une loi, révocable à tout moment et non garantie par une constitution, ce qui explique la grande importance que les Alsaciens-Lorrains attachent au débat constitutionnel qui s’intensifie à partir de 1900.

    12Les députés alsaciens-lorrains réclament à l’unanimité une constitution garantissant l’indépendance du pouvoir législatif et exécutif en Alsace-Lorraine, mais ils ont du mal à s’accorder sur la forme de ce nouveau régime politique. Alors que les députés de gauche plaident en faveur d’un parlement élu au suffrage universel masculin et d’un gouvernement issu de la majorité parlementaire, les députés cléricaux s’opposent au suffrage universel et à un système parlementaire. Ils leur préfèrent un gouverneur nommé à vie et un parlement indépendant dont le mode d’élection pourrait être déterminé par la suite. En effet, les députés catholiques craignent que le suffrage universel ne favorise le succès des sociaux-démocrates. Dans de longs discours, le député de gauche Blumenthal met en garde contre les « intérêts cléricaux »6, tandis que le catholique Ricklin attaque la gauche en déclarant : « En tout cas, nous ne voulons pas entendre parler d’une démocratie, telle que vous, messieurs sur la gauche, l’imaginez ; nous ne voulons pas entendre parler d’une république, comme elle est au pouvoir en France »7. Dans cette déclaration, on voit à nouveau que l’Empire allemand avait toutes les cartes en main pour mettre une grande partie de la classe politique alsacienne-lorraine de son côté et pour les éloigner de la France et de ses lois sur la laïcité.

    13Or, les espoirs de la gauche comme de la droite alsacienne-lorraine vont être déçus. Berlin freine des quatre fers. En effet, la question de l’Alsace-Lorraine est un vrai casse-tête pour l’Empire. Au moment de l’annexion en 1870, plusieurs options se présentaient à Guillaume I et Bismarck : d’une part, rattacher l’Alsace et la Moselle aux principautés allemandes voisines, c’est-à-dire au Grand Duché de Bade ou au Palatinat bavarois (mais cette solution n’aurait guère plu à la Prusse) d’autre part, proclamer l’Alsace-Lorraine autonome, au même titre que les autres États membres de l’Empire. Mais donner l’autonomie à une région qui s’oppose ouvertement à son annexion n’était pas opportun. Trente ans plus tard, cette possibilité devient enfin envisageable, mais l’autonomie de l’Alsace-Lorraine mettrait en péril l’équilibre fragile de la Reichsverfassung, la constitution de l’Empire allemand8. En tant qu’État membre, l’Alsace-Lorraine aurait droit à des voix au Bundesrat. Or, tant que le gouverneur est nommé et révoqué par l’Empereur, qui est aussi le roi de Prusse, les voix de l’Alsace-Lorraine au Bundesrat seraient instruites par une personne dépendant directement du roi de Prusse. Du fait de cette problématique, le débat constitutionnel n’avance pas.

    14Aux élections de 1907, les candidats des partis allemands font les frais de l’impasse du débat constitutionnel. Seules trois circonscriptions sur quinze sont remportées par des partis allemands : deux par le SPD, qui soutient les revendications autonomistes des Alsaciens-Lorrains, et une par le Reichspartei, représenté à Saverne par le médecin Hoeffel, un notable important de la région. Les douze autres circonscriptions sont remportées par des particularistes cléricaux en Alsace et par des particularistes lorrains en Lorraine. Il ne s’agit en effet pas du même particularisme. Depuis la création du Reichsland en 1871, non seulement son intégration dans l’Empire allemand pose problème mais, à l’intérieur du Reichsland, l’inclusion de la Lorraine dans une entité territoriale dirigée depuis Strasbourg ne va pas de soi. Les Lorrains se sentent doublement annexés, à la fois par les Allemands et par les Alsaciens. Dans son ouvrage « La Lorraine annexée », François Roth considère que « ce poids de l’Alsace grandissant explique que la revendication de l’autonomie ne fut jamais vraiment populaire à l’Ouest des Vosges »9.

    15Les députés catholiques alsaciens, en revanche, veulent profiter des opportunités offertes par une Alsace-Lorraine autonome et s’investissent dans le débat constitutionnel. Cependant, ils savent que revendiquer l’autonomie est vu d’un mauvais œil du côté allemand. C’est pourquoi ils mettent en avant la structure fédérale de l’Empire dont ils aimeraient devenir enfin membre de plein droit : « Nous ne demandons pas autre chose que de devenir Allemands de plein droit »10 dit le député Ricklin en 1902. Un an auparavant, il n’avait laissé planer aucun doute quant aux conditions de cette germanisation : « Ce n’est qu’à partir du moment où nous obtiendrons l’autonomie, où l’Alsace-Lorraine sera un État autonome, que l’Alsacien-Lorrain pourra dire : Civis Germanus sum ! »11. Même les députés les plus hostiles à la présence allemande découvrent les vertus du caractère fédéral de la Reichsverfassung et militent pour l’« Autonomie dans le cadre de l’Empire allemand »12, comme par exemple le député Wetterlé. Il faut d’ailleurs ajouter que toutes ces prises de position ne se fondent pas exclusivement sur des considérations tactiques. Le débat constitutionnel et la structure fédérale de l’Empire semblent véritablement développer une force intégratrice, si bien que plusieurs députés finissent par demander l’amélioration des connexions fluviales et ferroviaires entre l’Alsace-Lorraine et le reste de l’Allemagne, tel que Hoen, un député clérical : « Je voudrais demander au ministre de nous souder à l’Allemagne par des chemins de fer et la construction de canaux. Qu’il nous attache par des rails en fer »13. Bien que des considérations économiques soient avant tout en jeu, Hoen va jusqu’à demander un rattachement définitif à l’Allemagne. Il n’en reste cependant pas moins que la plupart des députés n’aspirent pas à être liés aussi étroitement à l’Allemagne. Grâce à leur autonomie, en tant que membres de l’Empire allemand, ils espèrent plutôt pouvoir se rapprocher de la France pour que l’Alsace-Lorraine devienne en quelque sorte un pont entre la France et l’Allemagne. Pendant la crise d’Agadir, ils s’envisagent comme des médiateurs entre les deux nations :

    Mais, messieurs, nous, les Alsaciens-Lorrains, ne jugeons pas toute cette affaire en fonction d’une victoire diplomatique de la part de l’Allemagne ou de la France. […] Nous considérons que c’est notre devoir de négocier une réconciliation entre l’Allemagne et la France ; nous voulons être le trait d’union entre ces deux nations14.

    16Ce n’est pas seulement une posture. Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, des mouvements pacifistes émergent en Alsace-Lorraine et le député Vonderscheer, par exemple, s’exprime en faveur d’une subvention en faveur d’une « Union interparlementaire pour l’arbitrage international »15. Haegy le rejoint et demande un contrôle international des armements16.

    17Cette région, qui ne semblait pouvoir engendrer que des guerres, essaie donc de promouvoir la paix en Europe et s’apprête à devenir le premier État francophile de la fédération des États de l’Empire allemand. D’ailleurs, sa francophilie ne rimerait pas forcément avec germanophobie. Il y a longtemps que l’Alsace-Lorraine n’est plus habitée exclusivement par des Alsaciens-Lorrains mais également par de nombreux Allemands immigrés. Au milieu d’une Europe des nationalismes, des Alsaciens-Lorrains de culture française et des immigrés d’outre-Rhin de culture allemande cohabitent sur le même territoire et pourraient devenir un exemple pour le reste de l’Europe. Les immigrés allemands sont d’ailleurs un facteur clé pour l’avancement du débat constitutionnel. Les Alsaciens-Lorrains de souche considèrent que la situation précaire des institutions du Reichsland ne peut pas non plus être du goût des nouveaux Alsaciens-Lorrains, venus d’outre-Rhin :

    Je suis le représentant d’une circonscription qui est composée majoritairement de citoyens immigrés. […] ils affirment qu’ils ont honte de passer pour des citoyens de seconde zone aux yeux de leurs compatriotes outre-Rhin17.

    18Nous verrons par la suite que les immigrés jouent, en effet, un rôle décisif, mais pas dans le sens que l’on aurait pu espérer.

    Les élections de 1912 : l’échec de l’intégration alsacienne-lorraine

    19Depuis le tournant du siècle, la question des immigrés allemands occupe de plus en plus les députés alsaciens-lorrains. D’une part, la population immigrée fait partie de leur électorat et peut être un soutien dans le débat constitutionnel. Seyller, député alsacien au Landesausschuss estime :

    Si les messieurs ici présents veulent introduire l’autonomie en Alsace-Lorraine […], ils n’ont pas le droit de dire : nous sommes deux peuples en Alsace-Lorraine. (Applaudissements) Il faut dire simplement, en Alsace-Lorraine, nous sommes un peuple qui marche main dans la main18.

    20D’autre part, l’électorat alsacien-lorrain de souche se plaint du comportement des nouveaux arrivants et épingle les avantages qui leur sont accordés, tels des postes de fonctionnaires réservés. Il faut savoir que le système d’attribution de ces postes est doublement pénalisant pour les autochtones : d’une part, pour pouvoir être nommé fonctionnaire, il faut avoir accompli un service militaire de douze ans dans l’armée prussienne, ce qui exclue d’office tous les Alsaciens-Lorrains pendant les premières années de l’annexion ; d’autre part, les fonctionnaires nommés sont généralement des agents originaires de Prusse, qui ont la réputation d’être particulièrement malaimables, contrairement aux agents des États de l’Allemagne du Sud, dont les Alsaciens-Lorrains se sentent beaucoup plus proches. Le témoignage suivant de Jeanty, député au Landesausschuss, en fait foi : « Quand nous voyageons outre-Rhin, par exemple en Bade ou dans le Palatinat, […], nous nous sentons comme chez nous. Rentrés en Alsace-Lorraine, nous nous sentons étrangers dans notre pays natal »19. On pourrait se demander pourquoi le gouvernement tolère les dérives de certains de ses fonctionnaires. Mais il faut poser la question autrement : le gouvernement strasbourgeois a-t-il les moyens de les empêcher ? Voici la réponse d’Alexander von Hohenlohe, député immigré de la circonscription Haguenau-Wissembourg et fils de Hohenlohe-Schillingsfürst, ancien gouverneur d’Alsace-Lorraine et chancelier du Reich :

    D’emblée, la position du gouverneur était mise à mal par rapport aux dirigeants militaires, et son influence auprès de l’Empereur devait pâtir du fait que les généraux envoyaient régulièrement des rapports politiques au sujet de l’ambiance qui régnait dans le pays. […] lorsque le gouverneur se heurtait à des difficultés auprès de l’Empereur, il finissait par comprendre assez rapidement qui en était à l’origine ; en l’occurrence les militaires, qui avaient informé et influencé l’Empereur dans un sens opposé à celui du gouverneur20.

    21Cette suprématie du pouvoir militaire qu’évoque Hohenlohe fait partie du quotidien des Alsaciens-Lorrains. Il faut savoir que l’Alsace-Lorraine compte plus de soldats par habitant que toutes les autres régions de l’Empire21. Si une manœuvre a lieu, les riverains ne sont pas seulement gênés par des routes barrées, ils doivent aussi loger les soldats22. En outre, les recrues d’origine alsacienne-lorraine sont forcées d’accomplir leur service militaire en Prusse si bien qu’en Alsace-Lorraine, tous les soldats sont d’origine allemande, ce qui renforce le sentiment d’occupation. Pendant longtemps, on accepte cette distribution du pouvoir sans la nommer. Ce n’est qu’en 1910 qu’un député du Landesausschuss ose parler pour la première fois d’un « gouvernement militaire parallèle »23 qui interfère dans la politique du Reichsland. Et en 1911, le député Weber dénonce l’attitude des militaires qui se considèrent comme « les meilleurs de la nation »24. Dans ce contexte, un mot clé des années 1900, c’est le « pangermanisme ». Les députés alsaciens-lorrains le mentionnent très souvent pour dénoncer l’attitude des Allemands immigrés en Alsace-Lorraine, notamment celle des soldats, des agents publics, des corporations étudiantes et de la presse allemande. Le député Wetterlé ironise au Landesausschuss :

    Quand je lis comme on nous bourre le crâne avec « la patrie allemande, la science allemande, la minutie allemande, la fidélité allemande, la vertu allemande, les femmes allemandes » ; tout ce que le bon Dieu a créé est allemand25.

    22En effet, la presse allemande ne fait pas dans la demi-mesure pour dénoncer tout ce qui, en Alsace-Lorraine, n’est pas suffisamment allemand à son goût. Toute manifestation francophile en Alsace-Lorraine fait scandale. Plus le débat constitutionnel avance, plus la presse dénonce les ambitions autonomistes des Alsaciens-Lorrains. Tant que des Prussiens se trouvent à la tête du gouvernement, la presse n’attaque pas directement sa politique. Mais lorsque l’Alsacien Zorn von Bulach est nommé secrétaire d’État, la presse allemande se déchaîne. Au moment où le gouvernement alsacien-lorrain tend à devenir un gouvernement d’Alsaciens-Lorrains pour les Alsaciens-Lorrains, il perd toute sa force. Le sous-secrétaire d’État Petri, d’origine alsacienne, l’avoue lui-même lorsqu’il dit :

    On nous a dit : pourquoi le gouvernement ne s’oppose pas aux ambitions des pangermanistes ? Très bien, messieurs, encore faut-il qu’on nous indique la recette magique qui nous permette de nous y opposer de façon efficace26.

    23Le gouvernement ne sait comment répondre à la presse nationaliste allemande. Les attaques sont tellement rudes et fréquentes que même le député Hoeffel du Reichspartei finit par s’en plaindre27.

    24Une analyse des différentes influences que la constitution de l’Alsace-Lorraine a subies au cours de son élaboration dépasserait le cadre de ces travaux, mais on peut supposer que la presse nationaliste allemande a essayé de peser le plus possible dans ce débat afin de limiter les concessions faites aux Alsaciens-Lorrains. En 1911, le Reichstag adopte finalement la constitution de l’Alsace-Lorraine, mais le projet qui est soumis au vote des députés déçoit les espoirs des Alsaciens-Lorrains. Certes, on a retenu l’élection d’un Landtag à suffrage universel, mais celui-ci doit être accompagné d’une seconde chambre, dont les membres sont nommés en partie par l’Empereur. En outre, le Statthalter reste révocable. Pour empêcher tout conflit d’intérêts, le projet constitutionnel prévoit donc que les voix alsaciennes-lorraines au Bundesrat ne comptent pas si la Prusse obtient la majorité seulement grâce à elles. Même si le projet dans son ensemble constitue un véritable progrès, les députés alsaciens-lorrains ne comprennent pas pourquoi ils n’obtiennent pas une autonomie égale à celle des autres États. Lors du vote au Reichstag, les députés alsaciens cléricaux terminent leur coopération avec le Zentrum allemand et votent majoritairement contre le projet de constitution (sept voix contre, une pour, une abstention). Au total, parmi les 13 députés d’origine alsacienne-lorraine, seuls trois députés votent en faveur de la constitution : le député Hoeffel du Reichspartei, le député Grégoire, proche des libéraux, et Hoen, député catholique. La plupart des députés alsaciens-lorrains se sentent trahis par leurs alliés en Allemagne, avant tout le Zentrum, et par leur allié à Strasbourg, le secrétaire d’État alsacien Zorn von Bulach. Mais leur colère est dirigée avant tout contre les ambitions des pangermanistes. En conséquence, plusieurs députés du Landesausschuss se radicalisent et fondent un mouvement nationaliste alsacien-lorrain dont le slogan est « l’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains ». Ils espèrent remporter les élections au Reichstag en 1912.

    25Ces élections s’annoncent risquées pour les autorités allemandes. La situation est d’autant plus tendue que la campagne électorale a lieu à la suite de tensions franco-allemandes causées par la crise d’Agadir. Pour endiguer une vague nationaliste alsacienne-lorraine, le gouvernement appelle tous les fonctionnaires à voter en faveur du SPD, chose inouïe dans l’histoire de l’Empire allemand. Ayant toujours soutenu les revendications des Alsaciens-Lorrains, le SPD reste le seul parti allemand crédible aux yeux des autochtones. Quant à la consigne de vote donnée par le gouvernement, le SPD semble être le moindre mal par rapport aux nationalistes. Sa stratégie paie : le nationalisme alsacien-lorrain ne gagne qu’une seule circonscription, le SPD en remporte cinq. Les autres circonscriptions restent entre les mains des cléricaux et des Lorrains.

    26La débâcle électorale a pu être évitée dans un premier temps, mais le discours des nationalistes force aussi les autres partis à se radicaliser et le ton change. Déjà en 1910, lorsque le projet de constitution commence à se concrétiser, le député clérical Preiss s’exclame : « Nous n’obtiendrons pas l’égalité, mais l’Empire allemand n’obtiendra pas l’assimilation »28. En mai 1913, le député social-démocrate de Colmar, Peirotes, est rappelé à l’ordre par le président du Reichstag, après avoir traité l’administration allemande de « ces imbéciles de souabes »29. Il faut savoir qu’en Alsace-Lorraine, « Souabes » est une expression péjorative pour désigner les Allemands. Ces propos insultants traduisent le désarroi de nombreux Alsaciens-Lorrains.

    27Dans ce contexte, il est intéressant de voir que, d’après les travaux d’Albert Kotowski, les rapports entre les députés d’origine polonaise et le gouvernement allemand se dégradent à peu près à la même époque30. On peut en conclure que ce ne sont pas tant les minorités nationales que le climat politique en Allemagne qui freinent l’intégration. En effet, en octobre 1913, l’affaire de Saverne31 semble porter le coup de grâce à l’intégration des Alsaciens-Lorrains. Le 28 octobre 1913, lors d’une instruction, le lieutenant Freiherr von Forstner avait déclaré à ses soldats, basés près de Saverne : « Si vous vous faites attaquer, n’hésitez pas à faire usage de votre arme ; et s’il advient qu’un de ces voyous d’Alsaciens est touché, je vous rajoute une prime de dix marks. » Ces propos sont publiés quelques jours plus tard dans deux journaux. La population de Saverne se révolte32. L’armée allemande exige de la population le retour au calme. Celle-ci n’obtempérant pas, l’armée commence à procéder à des arrestations et à disposer des mitrailleuses dans les rues de Saverne, tout cela sans légitimation juridique. Aucune sanction n’est prise à l’encontre des militaires. Le gouvernement alsacien-lorrain Wedel/Bulach, en revanche, est contraint de démissionner et est remplacé juste avant le début de la guerre par Johann von Dallwitz, représentant de la droite conservatrice, qui veut que la Constitution soit supprimée et que le Reichsland soit annexé par la Prusse. Certes, le Reichstag vote une motion de censure contre le chancelier Bethmann-Hollweg et sa gestion de la crise, mais même le député Ricklin, qui a fait toutes ses études outre-Rhin, ne croit plus à une réconciliation entre l’Allemagne et l’Alsace-Lorraine : « Nous commençons presque à douter du bien fondé de notre politique de réconciliation et de la volonté du peuple alsacien-lorrain de continuer à nous suivre sur ce chemin »33. Selon Ricklin, le rapprochement entre les Allemands et les Alsaciens-Lorrains a échoué. En 1900, l’intégration était encore possible, en 1913, son échec paraît définitif et semble annoncer la guerre qui éclatera quelques mois plus tard.

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    28En somme, on peut dire que les députés alsaciens-lorrains, depuis la libéralisation du système politique du Reichsland vers la fin des années 1890, ont rigoureusement essayé de s’intégrer dans la structure fédérale de l’Empire. Cependant, malgré une conjoncture politique favorable, comme par exemple les lois sur la laïcité en France et l’arrivée d’une génération alsacienne-lorraine née allemande, l’intégration se solde par un échec dont les raisons sont à chercher du côté allemand. Les événements à la veille de la guerre montrent que dans les milieux pangermanistes en Prusse, on n’a jamais cessé de considérer l’Alsace-Lorraine comme une colonie, comme un « glacis ».

    29Néanmoins, l’annexion de l’Alsace-Lorraine laissera des traces. On sait que, pendant les années vingt, se développe un mouvement autonomiste alsacien qui n’avait pas existé avant 1870. La rivalité des deux identités nationales débouche donc sur une identité régionale inédite qui porte en elle l’idée européenne. Le Lorrain Robert Schuman en est l’enfant et deviendra un des pères fondateurs de l’unification européenne et de l’amitié franco-allemande.

    Notes de bas de page

    1 À l’exception du bref intermède du courant autonomiste autour de August Schneegans à la fin des années 1870.

    2 Cf. Hermann Hiery, Reichstagswahlen im Reichsland. Ein Beitrag zur Landesgeschichte von Elsaß-Lothringen und zur Wahlgeschichte des Deutschen Reiches 1871-1918, Düsseldorf, Droste, 1986.

    3 Blumenthal 15/12/1903 p. 187 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k11_bsb00002807_00194.html].

    4 Ricklin 13/04/1904 p. 2042 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k11_bsb00002809_00280.html].

    5 Verhandlungen des Landesausschusses von Elsass-Lothringen, Straßburg, R. Schultz, 1875-1911, vol. 65, p. 35.

    6 Blumenthal 15/04/1904 p. 2122 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k11_bsb00002809_00360.html].

    7 Ricklin 14/03/1910 p. 2091 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003323_00578.html].

    8 Hans-Ulrich Wehler examine les problèmes constitutionnels que l’intégration de l’Alsace-Lorraine pose au Reich dans « Das “Reichsland” Elsaß-Lothringen von 1870 bis 1918 » dans Krisenherde des Kaiserreichs : 1871-1918. Studien zur deutschen Sozial- und Verfassungsgeschichte, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1970, p. 23-69.

    9 François Roth, La Lorraine annexée : étude sur la présidence de Lorraine dans l’Empire allemand (1870-1918), Nancy, Université de Nancy II, n° 50, 1976, p. 678.

    10 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 59, p. 29.

    11 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 57, p. 19.

    12 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 80, p. 488.

    13 Hoen 14/03/1908 p. 3916 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00002841_00464.html].

    14 Ricklin 10/11/1911 p. 7765 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003334_00416.html].

    15 Vonderscheer 14/03/1910 p. 2068 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003323_00554.html].

    16 Haegy 09/04/1913 p. 4593 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k13_bsb00003385_00141.html].

    17 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 83, p. 39.

    18 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 68, p. 59.

    19 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 46, p. 26.

    20 Alexander von Hohenlohe, Aus meinem Leben, Frankfurt am Main, Frankfurter Societäts-Druckerei, 1925, p. 41.

    21 François Igersheim, L’Alsace des notables : 1870-1914. La bourgeoisie et le peuple alsacien, Strasbourg, B.F., 1981, p. 175.

    22 Cf. Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 57, p. 172.

    23 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 80, p. 74.

    24 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 83, p. 29.

    25 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 77, p. 59.

    26 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 83, p. 64.

    27 Hoeffel 28/01/1911 p. 4234 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003329_00480.html].

    28 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 80, p. 75.

    29 Peirotes 31/05/1913 p. 5381 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k13_bsb00003386_00188.html].

    30 Albert Kotowski, Zwischen Staatsräson und Vaterlandsliebe. Die Polnische Fraktion im Deutschen Reichstag 1871-1918, Düsseldorf, Droste, 2007, p. 150.

    31 Cf. Hans-Ulrich Wehler, « Der Fall Zabern von 1913/1914 als Verfassungskrise des Wilhelminischen Kaiserreichs », dans Krisenherde des Kaiserreichs : 1871-1918. Studien zur deutschen Sozial- und Verfassungsgeschichte, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1979, p. 70-88.

    32 Cf. David Schoenbaum, Zabern 1913. Consensus politics in Imperial Germany, London, George Allen & Unwin, 1982.

    33 Ricklin 04/12/1913 p. 6193 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k13_bsb00003387_00259.html].

    Auteur

    • Dorian Kröger

      Université de Paris-Sorbonne

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    1 À l’exception du bref intermède du courant autonomiste autour de August Schneegans à la fin des années 1870.

    2 Cf. Hermann Hiery, Reichstagswahlen im Reichsland. Ein Beitrag zur Landesgeschichte von Elsaß-Lothringen und zur Wahlgeschichte des Deutschen Reiches 1871-1918, Düsseldorf, Droste, 1986.

    3 Blumenthal 15/12/1903 p. 187 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k11_bsb00002807_00194.html].

    4 Ricklin 13/04/1904 p. 2042 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k11_bsb00002809_00280.html].

    5 Verhandlungen des Landesausschusses von Elsass-Lothringen, Straßburg, R. Schultz, 1875-1911, vol. 65, p. 35.

    6 Blumenthal 15/04/1904 p. 2122 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k11_bsb00002809_00360.html].

    7 Ricklin 14/03/1910 p. 2091 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003323_00578.html].

    8 Hans-Ulrich Wehler examine les problèmes constitutionnels que l’intégration de l’Alsace-Lorraine pose au Reich dans « Das “Reichsland” Elsaß-Lothringen von 1870 bis 1918 » dans Krisenherde des Kaiserreichs : 1871-1918. Studien zur deutschen Sozial- und Verfassungsgeschichte, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1970, p. 23-69.

    9 François Roth, La Lorraine annexée : étude sur la présidence de Lorraine dans l’Empire allemand (1870-1918), Nancy, Université de Nancy II, n° 50, 1976, p. 678.

    10 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 59, p. 29.

    11 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 57, p. 19.

    12 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 80, p. 488.

    13 Hoen 14/03/1908 p. 3916 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00002841_00464.html].

    14 Ricklin 10/11/1911 p. 7765 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003334_00416.html].

    15 Vonderscheer 14/03/1910 p. 2068 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003323_00554.html].

    16 Haegy 09/04/1913 p. 4593 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k13_bsb00003385_00141.html].

    17 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 83, p. 39.

    18 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 68, p. 59.

    19 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 46, p. 26.

    20 Alexander von Hohenlohe, Aus meinem Leben, Frankfurt am Main, Frankfurter Societäts-Druckerei, 1925, p. 41.

    21 François Igersheim, L’Alsace des notables : 1870-1914. La bourgeoisie et le peuple alsacien, Strasbourg, B.F., 1981, p. 175.

    22 Cf. Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 57, p. 172.

    23 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 80, p. 74.

    24 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 83, p. 29.

    25 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 77, p. 59.

    26 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 83, p. 64.

    27 Hoeffel 28/01/1911 p. 4234 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k12_bsb00003329_00480.html].

    28 Verhandlungen des Landesausschusses, op. cit., vol. 80, p. 75.

    29 Peirotes 31/05/1913 p. 5381 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k13_bsb00003386_00188.html].

    30 Albert Kotowski, Zwischen Staatsräson und Vaterlandsliebe. Die Polnische Fraktion im Deutschen Reichstag 1871-1918, Düsseldorf, Droste, 2007, p. 150.

    31 Cf. Hans-Ulrich Wehler, « Der Fall Zabern von 1913/1914 als Verfassungskrise des Wilhelminischen Kaiserreichs », dans Krisenherde des Kaiserreichs : 1871-1918. Studien zur deutschen Sozial- und Verfassungsgeschichte, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1979, p. 70-88.

    32 Cf. David Schoenbaum, Zabern 1913. Consensus politics in Imperial Germany, London, George Allen & Unwin, 1982.

    33 Ricklin 04/12/1913 p. 6193 dans Verhandlungen des Deutschen Reichstags, [http://www.reichstagsprotokolle.de/Blatt_k13_bsb00003387_00259.html].

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    Kröger, D. (2018). L’Alsace-Lorraine à la veille de la Première Guerre mondiale : entre pacifisme et révisionnisme. In F. Taubert, V. Chambarlhac, V. Liard, & B. Tillier (éds.), Veilles de guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.94112
    Kröger, Dorian. « L’Alsace-Lorraine à la veille de la Première Guerre mondiale : entre pacifisme et révisionnisme ». In Veilles de guerre, édité par Fritz Taubert, Vincent Chambarlhac, Véronique Liard, et Bertrand Tillier. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.94112.
    Kröger, Dorian. « L’Alsace-Lorraine à la veille de la Première Guerre mondiale : entre pacifisme et révisionnisme ». Veilles de guerre, édité par Fritz Taubert et al., Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.94112.

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    Taubert, F., Chambarlhac, V., Liard, V., & Tillier, B. (éds.). (2018). Veilles de guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.94022
    Taubert, Fritz, Vincent Chambarlhac, Véronique Liard, et Bertrand Tillier, éd. Veilles de guerre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.94022.
    Taubert, Fritz, et al., éditeurs. Veilles de guerre. Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.94022.
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