Construire l’image de l’ennemi. La Serbie dans la caricature autrichienne (et allemande) avant 1914
p. 45-68
Texte intégral
1Au tournant du XXe siècle, la presse satirique connaît un essor considérable grâce à la libéralisation de la loi sur la presse (Pressgesetznovelle) survenue en Autriche en 1894 qui supprime notamment la Kaution dont les éditeurs devaient s’acquitter afin de pouvoir publier un périodique. Ces nouvelles dispositions améliorent la situation financière des journaux. Aucune autre loi sur la presse ne devait intervenir en Autriche-Hongrie avant l’éclatement de la Première Guerre mondiale : la censure est alors rétablie et s’exerce sévèrement sur toutes les publications des deux côtés de la Leitha. Toutefois les dispositions législatives régissant la presse montrent des différences nettes entre l’Autriche et la Hongrie. Cette dernière est globalement plus libérale et, y compris durant la guerre, la censure y est moins draconienne. La Hongrie a dès les années 1860 simplement remis en vigueur la loi très libérale votée dans la foulée de la révolution de 1848 et les dispositions ultérieures confirment une gestion moins rigide des délits de presse : la Kaution y est abolie dès 1872. En Croatie-Slavonie la législation sur la presse devient une attribution du gouvernement autonome suite au Compromis hungaro-croate de 1868 mais suit davantage le modèle autrichien que le modèle hongrois : la Kaution est maintenue jusqu’en 1907 et le Ban peut intervenir en la matière ce que fait Slavko Cuvaj en 1912 en rétablissant les confiscations et la Kaution1. Cette décision reflète à la fois la montée des tensions internes propres à la situation hungaro-croate et le contexte particulier des guerres balkaniques qui vont être un des moments cruciaux pour la « construction » de l’image négative de la Serbie et des Serbes, notamment au cours de la Seconde Guerre balkanique (1913). La Bosnie-Herzégovine, occupée depuis 1878 par l’Autriche-Hongrie est administrée civilement par le ministère commun des Finances et par l’armée qui contrôle les publications : il faut attendre 1907 pour qu’une loi sur la presse y soit promulguée, calquée sur la législation autrichienne ; elle n’est pas modifiée après l’annexion de 1908. Aucune presse satirique n’apparaît sur ce territoire avant 1914. Les guerres balkaniques entraînent une première limitation de la liberté de la presse (et de la caricature) et les nouvelles du front font l’objet d’une censure durant la Seconde Guerre balkanique en mai 1913 ; elle est rapidement abolie mais remise en vigueur en juillet 19142.
2La censure s’exerçait en outre bien davantage sur le texte, curieusement vu comme plus « nocif » que la caricature, dans un Empire où pourtant l’analphabétisme était encore élevé dans certaines régions. Les articles ou passages censurés étaient « confisqués » et remplacés par des carrés blancs. La représentation des différentes nationalités de l’Empire et des juifs est un leitmotiv de la presse satirique : à Vienne et Budapest mais également dans chaque Kronland les stéréotypes des populations locales et des étrangers sont répandus et sont rendus aisément reconnaissables3. Si l’antisémitisme et la xénophobie peuvent avoir été censurés car tombant sous le coup de l’article de loi sur « l’incitation à la haine contre une communauté nationale, religieuse ou une corporation » (Aufreizung zu Feindseligkeiten gegen Nationalitäten, Religionsgenossenschaften, Körperschaften) cette mesure semble avoir été surtout appliquée aux textes et non aux dessins. Les caricatures peuvent se définir selon trois catégories : celles qui traitent de la situation internationale ; celles qui reflètent le contexte politique (et national) local ; enfin celles qui illustrent des comportements et des aspects de la société (femmes, religion, etc.). Dans le cas particulier de l’Autriche-Hongrie on observe une perméabilité des deux premières catégories notamment dans la dépréciation générale des Slaves qui s’étend pour l’opinion à la Russie et aux Balkans. Les Slaves de la monarchie – à l’exception des Polonais – sont dépeints comme des soutiens de l’impérialisme tsariste et du panslavisme. À l’inverse les Allemands d’Autriche sont assimilés à l’Empire allemand et vus comme des ennemis des Slaves.
3À la différence de la presse allemande, la presse austro-hongroise rencontre une difficulté dans la représentation des populations de l’Empire puisque le caractère multinational de ce dernier fait que certaines d’entre elles sont sensibles à l’irrédentisme ; il est donc moins facile pour elle de les brocarder. Elle s’expose non seulement à la loi mentionnée supra mais aussi à la réplique à l’intérieur même de la monarchie, comme le montre la surenchère permanente entre les journaux allemands et tchèques, italiens et slovènes. L’essor de la presse satirique contribue à l’exacerbation des conflits nationaux en délivrant une image des « autres » chargée de stéréotypes négatifs. La politique extérieure autrichienne est depuis la perte des provinces italiennes (1859 et 1866) et le retrait d’Allemagne (1866) résolument réorientée vers l’espace balkanique. En devenant un acteur majeur de la « Question d’Orient », l’Autriche-Hongrie est dans une position ambiguë face à l’Empire ottoman dont elle espère désormais le maintien tout en soutenant théoriquement l’émancipation des nations balkaniques : son but est de s’en faire des alliées afin d’éviter une mainmise russe sur la région. Or la Russie était traditionnellement le « protecteur » de ces nations majoritairement orthodoxes (Roumains, Bulgares, Serbes). L’autonomisation croissante de la Serbie de sa tutelle ottomane depuis 1804 est à la fois saluée par l’Autriche qui voit reculer son ancien ennemi mais elle constitue également un foyer d’attraction éventuel pour les Serbes de la monarchie. La Serbie doit donc être « neutralisée » qui plus est après l’attribution à l’Autriche-Hongrie du mandat sur la Bosnie-Herzégovine revendiquée au moins en partie par la Serbie. L’équilibre est trouvé avec la dynastie Obrenović mais la contestation de cette alliance et aussi du caractère même de ces souverains aboutit au régicide de mai 1903 qui renverse la situation. La Serbie s’oriente dès lors plus franchement vers la Russie et la France, entrant ainsi dans le système d’alliance opposé à l’Autriche-Hongrie. Les observateurs y voient la confirmation du danger panslaviste qui menace tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. La Serbie devient un obstacle à la politique d’expansion de la Double monarchie dans les Balkans d’autant qu’elle formule ses propres ambitions : la Bosnie et un accès à la mer. Pour le moment son seul allié dans la région est le Monténégro tandis que l’Autriche s’assure de la Roumanie et de la Bulgarie ; mais c’est la Russie qui demeure l’acteur clé de cette configuration que les guerres balkaniques vont brouiller temporairement.
4Deux des principaux journaux satiriques viennois sont fondés au tournant et dans les années 1860 : Figaro (1857-1919) créé par Karl Sitter, ancien rédacteur en chef du Schwefelthäter et qui sera ensuite le fondateur du célébrissime Punch. Le journal est repris par Ludwig Anzengruber, connu comme romancier et dramaturge4. Après sa mort en 1889 le journal est dirigé par Otto Herdliczka jusqu’en 1908 puis par Ernst Perl. Quasi simultanément apparaît Kikeriki (1861-1933) fondé par Ottokar Franz Ebersberger qui signe du pseudonyme de O. F. Berg. Les deux hebdomadaires ont une ligne politique opposée : Figaro adhère au courant libéral allemand tandis que Kikeriki se veut plus à gauche et démocrate en s’en prenant aux cléricaux, à la bureaucratie et aux militaires, ce qui lui vaut de nombreux procès. Dans les années 1880, Kikeriki tire à environ 20 000 exemplaires, ce qui est considérable comparé aux 5 000 de Figaro. Toutefois il faut rappeler que la lecture des journaux se faisait beaucoup dans les cafés à travers toute la monarchie. Kikeriki change d’orientation au milieu des années 1890 sous l’impulsion de son nouveau rédacteur en chef Friedrich Ilger et se met au service du Parti chrétien-social. Sa page de titre montre désormais le coq perçant de sa plume un journaliste juif. Le troisième journal dont il est question ici est de création plus tardive : Die Muskete (1905-1941) est inspiré des grands journaux satiriques allemands (Simplicissimus). Pour la période qui nous intéresse, l’hebdomadaire se caractérise par la virulence de son ton (et de ses dessins) contre l’Église, l’armée et la bureaucratie. Il doit donc se confronter maintes fois au tribunal sous divers chefs d’accusation5. Le principal auteur de ces caricatures est Fritz Schönpflug. Dès son premier numéro (5 octobre 1905), les militaires sont l’une des cibles favorites de la rédaction ainsi que le nom du journal le laisse deviner. Parmi ses fondateurs se trouve d’ailleurs Wilhelm von Appel qui est le rejeton d’une famille d’officiers6. Par la suite et à la faveur du contexte international, les caricatures prennent de plus en plus pour objet les crises européennes. Le tabou qui entoure la personne de François-Joseph et des membres de la famille impériale ne vaut de toute évidence pas pour les dirigeants étrangers, y compris pour les alliés. De ce fait la question d’Orient et les Balkans en général deviennent un thème récurrent des dessins et une source d’inspiration pour le talent des caricaturistes. La violence de certaines caricatures et leur qualité graphique sont comparables à celles publiées dans l’hebdomadaire français L’Assiette au beurre. La devise du Muskete : “Notre programme : satire sociale ; notre force : l’indépendance ; notre règle : jamais méchant” est respectée sauf pour le dernier point puisque sa férocité devient bientôt légendaire. La plupart des collaborateurs du journal sont issus de la classe moyenne de langue allemande7. Le premier rédacteur en chef, le Viennois Adolf Moßbäck fait enregistrer le journal en tant que revue et maison d’édition ce qui lui permet la déclaration à la Chambre de commerce mais ne le prémunit pas contre le délit de presse et les confiscations8.
Des barbares alliés du panslavisme
5Le régicide de 1903 permet de constituer un élément important de la représentation négative de la Serbie et ajoute la violence à une image déjà largement répandue de paysans mal dégrossis, sales et aux mœurs barbares. Le Serbe (la femme est rarement présente ou alors vue comme tout aussi peu raffinée que l’homme ; la mauvaise réputation de la reine défunte Draga Mašin génère parfois l’image de l’Orientale lascive) est associé systématiquement à la principale denrée d’exportation du pays : le cochon. De là à la saleté le pas est vite franchi. La permanence de mœurs héritées de l’époque ottomane se traduit par le port du fez et de vêtements « folkloriques », de ceintures garnies de couteaux que l’on dégaine à la moindre contrariété. Ce glissement de l’Ottoman vers le Serbe se traduit par la quasi disparition du premier dans la caricature autrichienne. Voleurs, menteurs et meurtriers, les Serbes sont subsumés dans la personne de leur souverain, le roi Pierre, de sa « cour » et de son fils Alexandre (fig. 1). Ils sont montrés comme incultes, dépourvus de manières et aussi sales que leur peuple. L’image la plus fréquente est celle du pou qui habite la chevelure du roi : elle est omniprésente dans la presse autrichienne et allemande couplée avec des pratiques scatologiques ouvertement suggérées comme dans ce dessin du Muskete de juin 1906, en pleine « guerre du cochon » où tous les symboles figurent : le roi est en train de secouer sa tignasse chargée de poux, à l’arrière-plan apparaissent des cochons, un chien et un soldat urinant sur les parois d’une tente suggérant l’absence totale de civilisation (fig. 2). Les nombreuses caricatures associant ces éléments contribuent à fixer cette image de barbarie qui est à la fois drôle et menaçante d’autant que le public ne peut ignorer qu’une importante population serbe vit en Croatie et en Hongrie (Voïvodine). On constate d’ailleurs que les journaux satiriques hongrois usent bien moins de ces références pour se concentrer sur la barbarie russe, plus lointaine mais dont le souvenir fait partie de la mémoire collective depuis 1849. Si l’on compare en revanche avec les représentations dans la presse satirique allemande, on trouve moins de cochons car la concurrence commerciale est ici moins pertinente, mais tout autant de saleté et de rappel à une violence vue comme intrinsèque non pas aux seuls Serbes mais à toute la région balkanique, plus étrangère au public allemand9.
6Comme le souligne l’historien autrichien Karl Vocelka, François-Joseph aurait fait le bonheur des dessinateurs autrichiens par son apparence et il était d’ailleurs abondamment moqué dans la presse étrangère dont certains titres étaient bien entendu disponibles dans l’Empire10. Faute de pouvoir s’en prendre au souverain, les caricaturistes se sont reportés sur les dirigeants étrangers qu’ils ont croqués sans pitié, y compris Guillaume II et le roi d’Italie Victor Emmanuel III. Mais les cibles les plus populaires sont sans conteste les souverains balkaniques. À cet égard Pierre Ier de Serbie forme un irrésistible duo avec le Prince Nicolas (Nikita) du Monténégro qui est de surcroît son beau-père. Leur dissemblance physique donne lieu à des portraits où le ridicule le dispute à la méchanceté. Le port systématique de l’uniforme par Pierre de Serbie est tourné en dérision : le roi est de petite taille et on le montre souvent affublé de vêtements trop grands afin de moquer non seulement son apparence physique mais aussi les ambitions jugées démesurées de la Serbie. Durant les guerres balkaniques Ferdinand de Bulgarie les rejoint mais il est bien moins brocardé dans la presse autrichienne que dans la presse allemande. Le conflit qui oppose les alliés balkaniques à la Turquie n’impliquant pas directement l’Autriche-Hongrie, les protagonistes en sont dépeints comme des acteurs tragi-comiques (fig. 3). À ces personnages récurrents de la satire est associé le tsar de Russie Nicolas II mais dans un mode plus grave. Il est représenté comme le deus ex machina qui espère tirer profit de son soutien aux petits États balkaniques pour abattre la Turquie et empêcher l’Autriche-Hongrie de réaliser son Drang nach Osten. C’est seulement dans ce cas de figure que l’on voit apparaître le sultan Abdul Hamid II puis diverses personnalités ottomanes dans les dessins, essentiellement au moment de la crise de l’annexion de la Bosnie-Herzégovine et lors des guerres balkaniques.
7Le panslavisme est un des thèmes les plus fréquemment évoqués en lien non seulement avec la Serbie mais avec d’autres populations slaves de la monarchie (Croates, Slovènes, Tchèques et Ruthènes) malgré le fait que toutes n’appartiennent pas à l’orthodoxie. Les Serbes et les autres Slaves du sud sont soupçonnés de constituer une cinquième colonne panslaviste dont le relais se trouve à Belgrade. De multiples illustrations de la « manipulation » russe de la Serbie figurent dans la presse satirique à partir de 1903 et surgissent à la faveur de toutes les crises où Vienne et Belgrade sont impliquées. La Russie est représentée sous plusieurs formes récurrentes dont le public a l’habitude et qu’il identifie immédiatement : le tsar lui-même (fig. 4), le pope, le « moujik » et l’ours (fig. 5) : dans le Muskete qui emploie la couleur ces images sont généralement teintées de rouge très foncé (le sang, la révolution) et de noir (l’obscurantisme, Raspoutine, les ténèbres, la mort). Ces archétypes se retrouvent à l’identique dans la presse satirique allemande et sont renforcés par les atrocités commises par tous les belligérants durant les guerres balkaniques qui sont mises en avant afin de renforcer le caractère supposément barbare de la région. Par ailleurs des personnifications du Royaume-Uni (le roi Édouard VII, un officier britannique ou des allégories) et de la France surgissent à côté du tsar comme ici pour « consoler » la Serbie après la crise de l’annexion de la Bosnie-Herzégovine tandis que deux officiers, autrichien et allemand, se prélassent sur un banc ravalant les revendications serbes au niveau d’un enfantillage (fig. 6). Les Serbes ainsi que les autres nations balkaniques sont fréquemment dépeints dans la caricature comme des enfants turbulents afin de souligner l’immaturité de leur développement national face à l’Empire ; tant qu’ils restent à ce niveau, ils sont considérés avec condescendance. Leur nocivité potentielle n’est prise en compte que si une des grandes puissances – et ici surtout la Russie – se range à leurs côtés.
Les moments de crispation
8Le régicide de 1903 inaugure une série de crises mettant en présence l’Autriche-Hongrie et la Serbie qui aboutira à l’ultimatum de juillet 1914 faisant suite à l’assassinat de François-Ferdinand. Le coup d’État de mai 1903 n’est toutefois pas le premier acte criminel de l’histoire serbe mais sa brutalité vient en quelque sorte confirmer dans l’opinion le stéréotype d’une société violente où les conflits ne se règlent que par les armes. On veut y voir l’héritage ottoman, lui aussi accompagné de représentations symboliques de la violence véhiculées dans la région depuis le XVIe siècle. L’utilisation des populations serbes du sud de la monarchie comme soldats-paysans gardiens de la frontière militaire renforce l’image d’un peuple en armes. Le couteau et le fusil sont autant d’attributs associés aux Serbes dans la caricature afin de souligner leur faible degré de civilisation : on semble ainsi suggérer que les différends, qu’ils soient privés ou de nature politique, n’ont d’autre solution que la mort de l’adversaire y compris à la tête de l’État au travers de la rivalité entre les deux dynasties rivales, Karađorđević et Obrenović. L’abondante diffusion d’images évoquant la nuit sanglante du 29 mai 1903 dépasse certes largement le cadre austro-hongrois et se présente comme un avatar de la violence politique de l’époque mais elle est particulièrement lourde de sens dans l’environnement de l’Empire où elle signale un changement de rapport avec la Serbie désormais gouvernée par les Karađorđević. Dans la caricature, le régicide (Königsmord) devient un synonyme des mœurs politiques serbes et il est fréquemment thématisé : dans un dessin de l’édition du 3 juillet 1913 le Muskete se moque de Pierre Ier que l’on présente ayant obtenu « un billet gratuit » pour le théâtre et qui assis dans une loge assiste à un spectacle où soudain des hommes armés paraissent sur la scène11 : saisi de panique, le roi fuit, poursuivi par le directeur du théâtre qui essaie désespérément de lui expliquer qu’il s’agit d’une fiction… Le message est une fois de plus à double entendement : il fait référence au risque permanent de régicide en Serbie, à la pauvreté de la dynastie (à Vienne le Burgtheater est financé par la cassette impériale) et au supposé piètre niveau intellectuel du roi.
9L’épisode suivant permet à la presse satirique de broder à l’infini sur l’un des motifs dont elle use déjà pour identifier la Serbie auprès de ses lecteurs : le cochon. La guerre douanière entre l’Autriche, mais surtout la Hongrie en l’occurrence, qui se déroule en 1906 donne lieu à de multiples représentations. Elle est toutefois bien plus significative qu’il n’y paraît puisqu’elle se déclare suite au choix serbe de faire appel à l’entreprise française Le Creusot plutôt à l’Autrichien Škoda pour l’équipement de son armée : en représailles l’Autriche-Hongrie ferme son territoire à l’exportation du porc serbe. Le dessin paru dans le Figaro du 21 juillet 1906 illustre ce blocage en montrant un magnat hongrois accueillant précédemment (« Vor dem Zollkriege ») avec bienveillance le paysan serbe, dont il serre la main, et ses joyeux cochons, puis abattant brutalement la barrière du poste de douane (« Nach Ausbruch des Zollkrieges ») (fig. 7)12. La fermeture du marché austro-hongrois aux produits serbes oriente résolument l’économie serbe vers l’Europe occidentale ce qui prive l’Empire d’un partenaire dans sa stratégie de pénétration industrielle et commerciale dans les Balkans. La tension ne devait faire que s’accroître jusqu’en 1914 : la conviction que la Serbie est un obstacle aux objectifs austro-hongrois mais aussi un potentiel fauteur de guerre s’ancre profondément dans l’opinion.
10L’attitude hongroise est sensiblement différente puisque la Hongrie est en première ligne face à la Serbie ; en outre la question sud-slave la concerne plus directement à deux niveaux : la Voïvodine tout d’abord, immédiatement en contact avec la Serbie, et l’union avec la Croatie où le courant yougoslave progresse. C’est pourquoi son attitude envers la Serbie et les Serbes de ses territoires est à géométrie variable : ces derniers sont parfois instrumentalisés contre les Croates ; mais on craint aussi le bouleversement des équilibres entre les nationalités. Ainsi les Hongrois qui rencontrent des difficultés à magyariser leurs minorités voient d’un mauvais œil l’annexion de la Bosnie-Herzégovine qui augmente la part des Slaves dans l’Empire mais aussi mécontente les Serbes ce qui peut amener à une déstabilisation du royaume de Hongrie et à des problèmes croissants avec les Croates. La crise induite par l’annexion de la Bosnie-Herzégovine renforce donc dans les deux parties de la monarchie le conflit latent avec la Serbie mais elle peut également déboucher sur des tensions serbo-croates à l’intérieur. L’opinion ne voit pas si loin et se félicite du « bon tour » joué à la Serbie d’autant que l’initiative est interprétée comme un cadeau offert à François-Joseph en vue de la célébration du soixantième anniversaire de son accession au trône (2 décembre 1848). Simultanément la Bulgarie proclame unilatéralement son indépendance de l’Empire ottoman et devient le partenaire privilégié de l’Autriche-Hongrie dans la région. Depuis 1878 la Bosnie-Herzégovine a été présentée à juste titre comme un territoire arriéré dans lequel l’Autriche-Hongrie se livre à une œuvre civilisatrice13. Mais le territoire est économiquement peu rentable à défaut d’y investir massivement, ce que la monarchie ne peut pas faire. Elle essaie d’y développer une identité propre en s’appuyant sur les musulmans pour renvoyer dos à dos Croates et Serbes. La « civilisation » est ici opposée à la « barbarie » ottomane mais par glissement cette dernière est aussi assimilée à la Serbie qui ne saurait constituer un modèle de Kultur comparable à celui diffusé par l’Autriche. Cette représentation est abondamment présente dans la presse et donc dans la caricature où l’opposition entre ces deux références donne lieu à un catalogue de stéréotypes anti-serbes. Au moment de la crise de juillet 1914 Kikeriki revient sur la situation de la Bosnie-Herzégovine où les Serbes sont prétendument « opprimés » par l’Autriche et renverse le tableau en imaginant le territoire sous domination serbe (fig. 8).Tous les attributs de l’apport civilisationnel austro-hongrois sont dépeints : la vie de famille qui fait référence à la communauté paysanne serbe, la zadruga, dont les structures ont été abolies progressivement après le démantèlement de la frontière militaire, mais ici le paysan ronfle au milieu de ses cochons. La légendaire « hospitalité » (Gastfreundschaft) est travestie en agressivité contre un touriste vêtu à l’européenne accueilli par le couteau et la bombe, attributs de la violence ancienne et moderne qui règne dans la région. Les transports que l’Autriche a développés en introduisant le chemin de fer en seraient encore sous administration serbe au niveau de la carriole tirée par un bœuf. La médecine relèverait de la boucherie ainsi que le présente une opération de l’appendicite (Blinddarmoperation) puisque l’ignorance et la brutalité sont des caractéristiques balkaniques. L’armée se résume à la rapine et le résultat des manœuvres se traduit en butin fait de montres et de bottes, ce qui sous-entend l’indigence des forces armées serbes. Enfin la culture à proprement parler est réservée aux seuls orthodoxes qui – à l’inverse du respect que l’Autriche-Hongrie témoigne à tous ses peuples – imposent leur « modèle » par la contrainte : on voit ici un musulman se balancer au bout d’une corde14.
11Les guerres balkaniques ne changent pas fondamentalement le système de représentations en Autriche-Hongrie. Le recul de l’Empire ottoman est certes vu comme un retour de l’Europe du sud-est à la chrétienté, mais il est perçu avant tout avec inquiétude en raison du potentiel déstabilisateur de la région, notamment au regard des ambitions serbes sur la Macédoine et sa revendication d’un accès à la mer qui ne peut se faire que par son alliance avec le Monténégro ou par une pénétration dans l’espace albanais. Le terme de « balkanisation » surgit précisément dans ce contexte. En fait, l’éclatement de la Première Guerre balkanique provoqué par les alliés (Serbie, Monténégro, Bulgarie, Roumanie et Grèce) est surtout profitable à la Russie qui entrevoit la défaite turque et l’ouverture des détroits à sa flotte en direction de la Méditerranée. Le maintien de l’Empire ottoman est du point de vue de l’Autriche-Hongrie une nécessité de sa politique face à la Russie. Dans l’immédiat le statu quo semble préservé mais c’est la Seconde Guerre balkanique qui implique l’Autriche davantage sans qu’elle soit directement engagée. L’initiative malheureuse de la Bulgarie qui se retourne contre ses alliés risque de renforcer la Serbie : la création d’un État albanais fortement encouragé par l’Autriche-Hongrie répond à l’angoisse de voir la Serbie obtenir un débouché maritime indépendant du Monténégro qui est alors réduit à l’impuissance par la menace d’une intervention austro-hongroise. Vu sur le plan de la satire, le Muskete avait déjà suggéré en novembre 1912 qu’en guise de compensation, le roi Pierre pourrait se faire installer une salle de bains dans son palais (fig. 9)15. Le dessin mobilise trois des stéréotypes habituels : la référence turque car il parle de konak et non de palais ; la saleté ; l’absence d’infrastructures modernes. L’été 1913 est l’apogée de la crise car la Serbie, même si elle est exsangue après presque deux ans de guerre, profite effectivement de la déconfiture bulgare et pousse son avantage en vue d’un accès à la mer que lui ferment l’Autriche et l’Italie, cette dernière voulant également se ménager une zone d’influence dans l’Adriatique ce qui la conduira plus tard à « coloniser » l’Albanie. Au vu de la configuration qui se dessine un an plus tard, il est tentant de penser que l’Autriche était dans une meilleure position pour attaquer la Serbie durant l’été 1913, ce que les « faucons » de l’entourage de François-Joseph le poussaient à faire. La permanence du cliché d’une Serbie arriérée finit par peser sur les décideurs qui semblent ne pas mesurer la profondeur de son ressentiment envers l’Autriche, son accès à la modernité qui se fait certes à marches forcées mais qui est réel et enfin le soutien de la Russie dont le panslavisme n’est que l’habillage idéologique : une fois les Ottomans écartés, l’Autriche est le second obstacle à une offensive russe en direction de la Méditerranée. Or la hiérarchie militaire persiste à penser que la Serbie peut être écrasée en quelques semaines. Elle ne prête pas attention aux « forces profondes » qui sont à l’œuvre chez les Slaves du sud de l’Empire séduits par une solution yougoslave. Cette dernière se déploie sur deux niveaux : une version austro-slaviste sous la forme d’un trialisme que l’héritier du trône François-Ferdinand pourrait réaliser en libérant la Croatie-Slavonie de son lien avec la Hongrie ; une version maximale qui verrait l’union de cette entité avec le royaume de Serbie. Or pour cette dernière seule la seconde solution présente de l’intérêt : la première en effet préserve le statu quo territorial et donc la souveraineté des Habsbourg sur la Bosnie.
12Vue de Sarajevo, la réforme du dualisme envisagée par l’archiduc est inacceptable et il devient donc la cible des membres les plus radicaux de la Jeune Bosnie (Mlada Bosna) qui trouvent chez les officiers serbes de la Main noire (Crna ruka) un soutien pour leur plan d’action. Ils sont conscients que la Serbie est mal en point pour soutenir une guerre mais, d’une part, ils sont sceptiques sur la capacité de Gavrilo Princip et ses complices à réussir, d’autre part, ils n’imaginent évidemment pas l’engrenage conduisant à la guerre mondiale. Comme on le sait, la visite de François-Ferdinand est une succession de maladresses, d’erreurs de jugement et d’impréparation aggravées par sa personnalité colérique16. Mise en condition par une décennie de représentations négatives de la Serbie, l’opinion publique est convaincue que Belgrade a armé le bras des terroristes. Elle voit dans l’attentat la confirmation de la pratique du régicide, a fortiori en écho au coup d’État de 1903 puisque l’épouse de l’archiduc est également tuée. La couverture du Muskete du 16 juillet 1914 est éloquente à cet égard : Pierre, Nikita et Nicolas II se lavent les mains dans une bassine de sang (fig. 10)17. Dans la rubrique nécrologique parue dans le numéro du 9 juillet un poème dédié à la mémoire de l’archiduc appelait la « vieille Autriche » à « prendre à la gorge » la Serbie qualifiée de « race maudite » de surcroît « experte en régicide », pour la soumettre définitivement18. La dimension du complot international est évidente dans des caricatures ultérieures. On suggère que la petite Serbie ne peut oser seule s’attaquer à l’Autriche-Hongrie et doit donc faire appel à des soutiens extérieurs. L’édition du 23 juillet montre en page de une deux savants russes ayant conçu en laboratoire les frères siamois Pierre et Nikita dont on assure qu’ils seront manipulés depuis Saint-Pétersbourg19. Dès le déclenchement de la guerre, les autres alliés de la Serbie apparaissent comme ayant pris part à l’attentat. Dans une caricature du 12 novembre 1914 Die Muskete imagine le banc des accusés au procès de Princip : au premier rang sont assis Pierre, Nikita et le tsar, au second rang figurent Poincaré et Édouard VII20. Le journal continue à paraître malgré la censure de même que Figaro et Kikeriki. Tous multiplient, d’une part, les dessins patriotiques, d’autre part, les caricatures à charge violente contre l’Entente. François-Joseph en personne est portraituré, un cas rarissime puisque l’on risque une accusation de lèse-majesté (Majestätsbeleidigung) mais en l’occurrence il est représenté non comme chef des armées mais à l’issue d’une partie de chasse virtuelle en compagnie du chef d’état-major Conrad von Hötzendorf : à leurs pieds gît un sanglier (la version sauvage du cochon, en allemand Wildschwein) portant la mention « Serbie » et que le général désigne ostensiblement à l’empereur21. Le décryptage est simple et confirmé par la légende qui présente la Serbie comme un cadeau offert au souverain par son armée à l’occasion de son anniversaire (18 août). Or sur le terrain, la réalité est loin d’être aussi victorieuse ce qu’indique implicitement le sous-titre : « Le souhait de tous les Autrichiens ». Malgré le mot d’ordre relayé entre autres par la caricature : « Serbien muss sterbien », la situation militaire est dans un premier temps peu favorable à l’Autriche. La Serbie ne s’effondre qu’en octobre-novembre 1915.
13Par la suite la représentation de la Serbie oscille entre la permanence des images ridiculisant les rois alliés Pierre et Nikita dès lors qu’ils sont défaits, et la suggestion que leurs succès ne sont dus qu’à l’apport russe et de plus en plus franco-britannique alors que dans le même temps l’aide allemande est tout aussi cruciale pour l’Autriche-Hongrie. On trouve la même imagerie dans la presse satirique allemande, chacun accusant l’autre d’être un barbare sanguinaire : cette thématique est connue des lecteurs pour ce qui concerne les Balkans et la Russie et la presse va donc s’efforcer de « déshumaniser » Français et Britanniques tandis que le bouleversement progressif du front balkanique recentre l’antagonisme sur les fronts russe, occidental et italien, ce qui fait temporairement reculer la Serbie dans l’imagerie satirique de la guerre vue de Vienne. Hors jeu à partir de l’automne 1915, la Serbie est remplacée dans les représentations par la Bulgarie qui entre en guerre aux côtés de la Triplice et par la Roumanie qui après s’être jointe quant à elle à l’Entente s’écroule en 1916.
Fig. 1. « Die gesicherte Retirade », dessin de Rudolf Herrmann, Die Muskete, 3 septembre 1914.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19140903&seite=1&zoom=33.
Fig. 2. « Petr Krâl Srb », dessin de Friedrich Koch, Die Muskete (Beiblatt), 1er février 1906.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19060201&seite=9&zoom=33.
Fig. 3. « Balkan-Tragikomödianten », dessin de Rudolf Herrmann, Die Muskete, 15 mai 1913.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19130515&seite=7&zoom=33.
Fig. 4. « Zittere, Europa! », dessin de Fritz Schönpflug, Die Muskete, 17 avril 1913.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19130417&seite=1&zoom=33.
Fig. 5. « Verbrüderung in Petersburg (allslawische Kongress) », dessin de Friedrich Grätz, Figaro, 12 juin 1909.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=fig&datum=19090612&seite=1&zoom=33.
Fig. 6. « Friede! », dessin de Fritz Schönpflug, Die Muskete, 15 avril 1909.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19090415&seite=1&zoom=33.
Fig. 7. « Die ungarisch-serbische Verbrüderung », Figaro, 21 juillet 1906.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=fig&datum=19060721&seite=4&zoom=33.
Fig. 8. « Serbische Kultur. Wie Bosnien aussäh’, wenn es serbisch würde », Kikeriki, 12 juillet 1914.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=kik&datum=19140712&seite=9&zoom=33.
Fig. 9. « Kompensation », Die Muskete, 28 novembre 1912.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19121128&seite=8&zoom=33.
Fig. 10. « Sarajewo », Die Muskete, 16 juillet 1914.

http://anno.onb.ac.at/cgi-content/anno?aid=mus&datum=19140716&seite=1&zoom=33.
Notes de bas de page
1 Sur cette problématique de la censure : Catherine Horel, « Austria-Hungary 1867-1914 », in Robert Justin Goldstein, Andrew M. Nedd (dir.), Political Censorship of the Visual Arts in Nineteenth-Century Europe. Arresting Images, New York, Palgrave Macmillan, 2015, p. 90-91.
2 Thomas Olechowski, « Das Preßrecht in der Habsburgermonarchie », in Helmut Rumpler (dir.), Die Habsburgermonarchie 1848-1918, VIII, Politische Öffentlichkeit und Zivilgesellschaft, vol. 2 Die Presse als Faktor der politischen Mobilisation (Vienne, ÖAW, 2006), 1532.
3 Walter Peterseil, Nationale Geschichtsbilder und Stereotypen in der Karikatur, thèse de l’Université de Vienne, 1994.
4 Karl Vocelka (dir.), K.u.K : Karikaturen zum Zeitalter Kaiser Franz Josephs, Vienne, Munich, Jugend u. Volk, 1986, p. 20.
5 Murray G. Hall (dir.), Die Muskete : Kultur- und Sozialgeschichte im Spiegel einer satirisch- humoristischen Zeitschrift 1905 – 1941, Vienne, Edition Tusch, 1983.
6 Franz Kadrnoska, « Die Karikatur und ihre Erscheinungsform in der “Muskete” », in Hall (dir.), Die Muskete, p. 24.
7 Ibidem, p. 23.
8 Hall, « Verlags- und Redaktionsgeschichte », in Hall (dir.), Die Muskete, p. 8.
9 Voir sur ce sujet l’excellent livre de Milan Ristović, Crni Petar i balkanski razbojnici. Balkan i Srbija u nemačkim satiričnim časopisima (1903-1918) [Pierre le noir et les bandits balkaniques. Les Balkans et la Serbie dans les journaux satiriques allemands], Belgrade, Udruženje za društvenu istoriju, Čigoja Stampa, 2011.
10 Vocelka, K.u.K. Karikaturen zum Zeitalter Kaiser Franz Josephs, p. 26.
11 « Ein Festspiel in Belgrad », Die Muskete, 3 juillet 1913.
12 « Die ungarisch-serbische Verbrüderung », Figaro, 21 juillet 1906.
13 Catherine Horel (dir.), 1908, la crise de Bosnie dans le contexte européen cent ans après, Actes de colloque, Bruxelles, Peter Lang (collection Enjeux internationaux), 2011.
14 « Serbische Kultur. Wie Bosnien aussäh’, wenn es serbisch würde », Kikeriki, 12 juillet 1914.
15 « Kompensation », Die Muskete, 28 novembre 1912.
16 Jean-Paul Bled, François-Ferdinand d’Autriche, Paris, Tallandier, 2012.
17 « Sarajewo », Die Muskete, 16 juillet 1914.
18 « Franz Ferdinand », Die Muskete, 9 juillet 1914, p. 2.
19 « Russisches Laboratoriumsprodukt », Die Muskete, 23 juillet 1914.
20 « Princips Genossen », Die Muskete, 12 novembre 1914.
21 « Zu Kaisers Geburtstag », Kikeriki, 16 août 1914.
Auteur
-
Catherine Horel
CNRS, UMR SIRICE
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les entrepreneurs du coton
Innovation et développement économique (France du Nord, 1700-1830)
Mohamed Kasdi
2014
Les Houillères entre l’État, le marché et la société
Les territoires de la résilience (xviiie - xxie siècles)
Sylvie Aprile, Matthieu de Oliveira, Béatrice Touchelay et al. (dir.)
2015
Les Écoles dans la guerre
Acteurs et institutions éducatives dans les tourmentes guerrières (xviie-xxe siècles)
Jean-François Condette (dir.)
2014
Europe de papier
Projets européens au xixe siècle
Sylvie Aprile, Cristina Cassina, Philippe Darriulat et al. (dir.)
2015
