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    Plan détaillé Texte intégral Localisation et environnement Cadre historique L’église La crypte Conclusion et hypothèses Perspectives de recherches Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Cormeilles-en-Parisis. La crypte de l’église Saint-Martin

    Philippe Bilwès

    p. 286-298

    Texte intégral Localisation et environnement Cadre historique L’église La crypte Bilan des fouilles et des restaurations Description générale Description des élévations Accès Plan et sols Murs Baies Supports : piles, contreforts Voûtement Synthèse de l’analyse architecturale Aménagements liturgiques Décor et traitement architectural Aménagements funéraires Conclusion et hypothèses Perspectives de recherches Bibliographie Sources Rapports et études non publiés Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’église a conservé sa crypte-halle de la fin de la première moitié du xiie siècle, sous un profond chœur contemporain de celle-ci. Son voûtement sur croisées d’ogives, similaires à celles du déambulatoire de Saint-Denis, participe des premières expériences régionales en la matière. Son étude a permis une meilleure compréhension des accès à la crypte, desservie par deux couloirs parallèles. Leur articulation révèle l’ambition du parti architectural, resté vraisemblablement inachevé vers l’ouest. Des indices plaident pour une implantation sur l’emplacement d’un édifice cultuel antérieur. L’étude révèle aussi qu’il s’agit d’une crypte de rattrapage de pente – ce que ne laisse pas supposer la topographie actuelle – qui porte les traces certaines d’une utilisation funéraire et cultuelle.

    Localisation et environnement

    2Cormeilles-en-Parisis est située légèrement au sud de la voie de Pontoise à Saint-Denis, au nord-ouest d’Argenteuil. La commune s’étend depuis une cluse au midi de la butte de Montigny jusqu’au niveau de la deuxième boucle nord de la Seine, en aval de Paris. L’église Saint-Martin se trouve proche du sommet du noyau ancien du village, rue Gabriel Péri. Le square Daguerre, au midi et à l’est, constitue l’ancien cimetière paroissial (fig. 277). L’église est classée Monument historique (1997).

    277 - Localisation cadastrale de l’église Saint-Martin.

    Image

    Dessin Ph. Bilwes.

    Cadre historique

    3Une fouille a confirmé l’existence d’une nécropole mérovingienne au Martray, à 300 m à l’ouest de l’église (Le Forestier, Lawrence, 2002). Cité en 1404-1405 (AN, S 262), voire dès 1295 (AN, LL 1190 p. 985 et 986), le lieudit semble avoir conservé le souvenir d’une fonction sépulcrale (le cloz du cymetière : terriers de 1518 et 1540, AN, S 2719 et 2337). La présence de trois paroisses contiguës, Herblay, Montigny et Cormeilles, dédiées à saint Martin et à collation épiscopale (au xiiie siècle pour les premières, dès le ixe pour Cormeilles : Guérard, 1850, IV, p. 459) a incité Michel Roblin à y voir un domaine fiscal primitif de 2 600 hectares, antérieur à la mainmise dionysienne (Roblin, 1971, p. 200).

    4Des documents attestent de possessions du fisc et du prieuré d’Argenteuil au haut Moyen Âge. L’abbaye de Saint-Denis, dont Cormeilles est un des très anciens domaines (avant 832), prend peu à peu le relais au ixe siècle pour en devenir le principal seigneur (Lebeuf, 1883, p. 50-51 ; Cuisenier, Guadagnin, 1988, p. 87, 102). L’abbé Suger en accroît les revenus dans les années 1120-1130. Quelques chartes royales et de Suger (Gasparri, 1996, p. 68-71 ; Gasparri, 2001, p. 226-227) laissent à penser que cette prévôté (Prepositura nostra de Cormeliis : 1204) puis châtellenie jouissait d’une situation privilégiée : économie florissante de la vigne et des « plastrières » (exploitation ancienne du gypse pour le plâtre), le tout écoulé par le port de La Frette sur la Seine (Lebel, 1935b, p. 168, 190, 205).

    5Le prévôt de Cormeilles était le plus souvent un moine, pouvant occuper une situation élevée dans la hiérarchie monastique (Ibid., p. 52 et note 7). En 1260, un certain Manassès est ainsi présenté comme prieur de Notre-Dame d’Argenteuil : … viro religioso Manassio, priori de Argentolio, nunc preposito de Cormeliis… (AN, L 842, n° 15). Jacques Doublet ajoute : « Le Religieux Prevost de la chastellenie de Cormeilles en Parisi, appellé d’ancienneté le grand Prevost (dont le bénéfice s’admet en Cour de Rome) estoit jadis seigneur haut, moyen et bas juxticier… » (Doublet, 1625, p. 423-430 ; Wyss, 1996, p. 318). On trouve ainsi « le grant prevost de Cormeilles, moyne de Saint-Denis » en 1404-1405 (AN, S 262, n° 11-21, 3, fol. 11), ou encore en 1599, « Frère Eustache Vieller [?], Grand prevost et garde des sceaulx en la chastellenie de Cormelles-en-Parisis » (AN, S 2334). Par la suite, ce religieux prévôt sera remplacé par un juge civil (bailli seigneurial). Notons toutefois en 1746 la mention dans les registres paroissiaux d’un religieux seigneur de Cormeilles qui est sous-cellerier de Saint-Denis.

    L’église

    6Les textes restent silencieux sur l’église, sur son statut au xiie siècle, et sur les commanditaires de l’œuvre1. Une charte de 1359 (AN, JJ 90, fol. 258vo) documente tardivement sa fonction paroissiale. Elle nous apprend également que l’édifice devait être situé dans une court suffisamment puissante pour qu’un lieutenant du roi en demande la destruction2 afin qu’elle ne serve pas de refuge dans la lutte contre les Anglais.

    7Le 30 août 1700, les registres paroissiaux (AMC, 1E9) indiquent qu’a « été en mesme temps blanchy le cœur de l’église, la ballustrade et le jubé ». Il s’agit de travaux de rénovation d’un jubé dont l’âge et la physionomie nous échappent. Au milieu du xviiie siècle, l’abbé Lebeuf le remarque et souligne l’ancienneté de cet usage (Lebeuf, rééd. 1883, II, p. 50). La ballustrade et le jubé rénovés devaient constituer une clôture de chœur, dispositif qui se rapproche de ceux présents dans les prieurés. Il convient de rester prudent, en rappelant qu’il pouvait s’agir d’une architecture de bois, comme nombre d’églises paroissiales en comportaient à la fin du Moyen Âge. Ce dispositif aurait pu perpétuer le souvenir d’usages plus anciens.

    8L’importante masse du chœur présente un léger désaxement vers le sud par rapport à l’orientation de la nef, reconstruite à la fin du Moyen Âge et autrefois couverte d’une voûte lambrissée datée de 1512 (Guilhermy, 1844, fol. 65vo). Sur le bas-côté nord de la nef, le clocher peut être daté à partir du milieu du xiiie siècle. Le collatéral sud du chœur menaçant ruine, il a été démonté jusqu’aux fondations à la fin du xve siècle, puis reconstruit et élargi vers le sud. Au-dessous, dans la crypte, le collatéral sud a été condamné par un mur obturant les arcades, et comblé.

    9Le chœur du xiie siècle, très allongé et maintes fois restauré, est constitué de trois vaisseaux de quatre travées. La contemporanéité du chœur et de la crypte paraît assurée : similitude de construction, superposition des supports3 (fig. 278), identité des mortiers, etc. L’architecture reflète le premier gothique (Gonse, 1891 ; Enlart, 1920), ce qui permet de dater cet ensemble oriental aux environs du milieu du xiie siècle. La ressemblance, en plus fruste, des bases et chapiteaux des deux travées orientales du chœur avec certains chapiteaux et bases des déambulatoires de Saint-Denis et de Saint-Germain-des-Prés est frappante. Notons la différence de rythme entre ces travées orientales, avec grandes arcades conservées, et les deux suivantes, reprises au xiiie siècle : ces dernières sont plus larges et plus profondes. La travée la plus occidentale, qui jouxte la nef, est encadrée par les quatre contreforts les plus importants de l’édifice, vraisemblablement refaits à plusieurs reprises.

    278 - Coupe est-ouest (G’-H’) sur l’accès nord de la crypte.

    Image

    Relevé du couloir : Ph. Bilwès, 2009, sur fond Lablaude, 2004.

    La crypte

    10Aucune source ancienne ne documente la crypte ni l’éventuelle vénération d’un saint associé. La première mention certaine date du 22 pluviôse an III (10 février 1795) : elle consiste en un inventaire de l’église par la municipalité, qui cite la cave dite de saint Martin (AMC, 1D7, fol. 76vo). La formule renseigne tant sur un éventuel souvenir d’une titulature de la crypte que sur sa désaffection ancienne.

    11La crypte-halle est située sous la partie orientale du chœur. Elle occupe la totalité de la largeur (nord-sud) de l’édifice. Sa profondeur (est-ouest) correspond à deux travées et demie du chœur depuis le mur de chevet. Les préoccupations des services patrimoniaux concernant la stabilité de l’édifice ont amené de lourdes interventions dans la crypte et autour du chevet. La richesse de la documentation ne permet ici qu’un résumé des principales découvertes4.

    Bilan des fouilles et des restaurations

    12En 1978, un sondage au milieu de la halle a mis au jour deux tombes orientées (fig. 276 quater et fig. 279), maçonnées au plâtre et moellons de meulière (Soulier, 1978). La relation stratigraphique entre ces sépultures privilégiées et les fondations des piles de la halle n’a pu être observée. Elles ont été construites simultanément car elles sont liées. Le peu de mobilier récolté ne constitue pas un bon marqueur chronologique. Au-dessus furent retrouvés les vestiges de plusieurs inhumations, certainement en matériaux périssables et dont la datation peut s’étaler jusqu’à l’époque moderne.

    276 bis - Culs-de-lampe du vaisseau nord.

    Image

    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    276 ter - Culs-de-lampe du vaisseau nord.

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    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    276 quater - Sépultures centrales.

    Image

    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    279 - Crypte, vue de la travée centrale vers le nord.

    Image

    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    13À partir de 1981, la consolidation du collatéral sud de la crypte a amené la découverte des vestiges du collatéral originel de la crypte avec sa porte d’accès sud et ses chapiteaux d’une rare fraîcheur (fig. 289) dont l’un, trouvé dans les remplissages, est assez érodé. Sous un niveau de circulation extérieur à la crypte, mais dans le collatéral actuel, deux niveaux de sépultures furent découverts (Soulier, Wabont, 1984). Un reliquat des sédiments riches en ossements est conservé sous forme de berme dans l’angle sud-ouest. À l’extérieur, des structures maçonnées au plâtre ont été mises au jour. Une partie d’entre elles, enfouies sous et autour du collatéral sud actuel, lui sont antérieures.

    14En 1992, une fouille de l’AFAN a dégagé la semelle de fondation du mur gouttereau sud du xiie siècle et les vestiges d’un contrefort (Goin-Langevin, 1992). Un sol en terre battue a été mis au jour, au même niveau et sur toute la longueur de la crypte. Sous les fondations des piles isolées, deux tombes orientées fragmentaires furent fouillées. Dans ce même collatéral sud, une troisième tombe venait s’insérer entre la pile isolée sud-est et l’ancien mur gouttereau sud (plan de synthèse : fig. 280).

    280 - Relevé en plan de la crypte.

    Image

    Ph. Bilwès, 2007-2009, avec synthèse des fouilles d’après Goin-Langevin, 1992, et Bernard, 2003.

     

    15La crypte a subi de lourdes restaurations anciennes (fig. 281 et 282). Le bouchage des grandes arcades sud et le comblement du collatéral paraissent avoir été réalisés de manière concomitante à la reconstruction du collatéral du chœur, et dater des fin xve-début xvie siècles. Le vaisseau nord (mur gouttereau et retour oriental, porte d’accès) est au plus tôt datable de la même époque (copie de chapiteau du collatéral sud du chœur, fin xve) ou de l’époque moderne (grand appareil finement dressé à la gradine). Malgré ces transformations anciennes, le quasi-abandon de cette halle jusqu’à la fin du xixe siècle l’a préservée de restaurations contemporaines. Le comblement du collatéral sud pendant près de cinq siècles et la condamnation du couloir sud en ont conservé l’authenticité.

    281 - Vue générale vers l’ouest depuis le collatéral nord.

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    Stéphane Asseline © Région Île-de-France, Inventaire général du patrimoine culturel, 2004.

    282 - Vue vers le sud-est depuis le collatéral nord.

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    Stéphane Asseline © Région Île-de-France, Inventaire général du patrimoine culturel, 2004.

    16Cette préservation des élévations contraste avec celle des rares sédiments archéologiques encore en place. Ainsi le décaissement complet du couloir et du collatéral nord de la crypte en 1984-1985 (Lablaude, 2004, p. 69, 70), atteignant au moins un mètre de profondeur selon les endroits, n’a fait l’objet d’aucun suivi. Il en est de même pour les sondages extérieurs réalisés en 1992 au sud du chevet. Seuls des relevés détaillés des maçonneries ont été réalisés (Lablaude, 2004, p. 79). Quant aux vestiges du mur gouttereau sud du xiie siècle, ils ont été détruits par l’implantation des poteaux en béton armé du plancher du collatéral du chœur. Une petite portion de ce mur a été remontée à l’identique entre ces poteaux (Goin-Langevin, 1992, p. 10).

    Description générale

    17La construction paraît bien lisible de prime abord. Les transformations et changements de parti, dès l’origine du chantier, complexifient l’analyse du palimpseste architectural que constitue ce monument. On accède à la crypte par une porte creusée dans la base orientale du clocher, ouvrant sur un couloir de près de 14 m de longueur, sous le bas-côté nord du chœur5. Ce dernier trouve son symétrique au côté sud, mais de moitié moindre longueur. Ces couloirs d’accès à la halle, le mur occidental de cette dernière ainsi que l’emmarchement du chœur au-dessus, enserrent un espace certainement comblé et bien visible en plan. Rectangle de grand axe nord-sud, la halle mesure environ 8,30 m de profondeur est-ouest. La largeur exacte de l’état originel n’est plus perceptible du fait du démontage complet, à la fin du Moyen Âge, du collatéral sud. On peut l’estimer à environ 9,40 m, soit une surface initiale de 78 m², à comparer aux 50 m² environ que couvrent des cryptes similaires, quoique plus tardives, telles Créteil (Val-de-Marne) ou Chamigny (Seine-et-Marne).

    Description des élévations

    Accès

    18Les passages d’accès ont été retouchés au cours des siècles (fig. 283 et 284). Outre l’érosion des parements, plusieurs enduits de restauration, eux-mêmes très dégradés, se sont succédé, rendant la lecture délicate. Plusieurs césures rendent compte de divers états. Deux longs couloirs parallèles, couverts d’une voûte en berceau rampant et présentant une pente assez forte, desservaient la halle. Ils comprennent chacun sur leur paroi intérieure, de manière symétrique, un ressaut d’environ 38 cm formant contrefort d’une pile composée. Sur la paroi opposée leur fait face un autre support composé. Le couloir nord (fig. 285) a conservé les bases surmontant ces supports : base attique à griffes côté sud, alors que le piédroit en vis-à-vis est coiffé d’une grande base de même et, en retrait, d’une petite base globuleuse. Dans le couloir sud (fig. 286) ne restent que les socles chanfreinés, les bases ayant dû être déposées lors de la condamnation du passage. Les voûtes de ces couloirs, en moellons réguliers de calcaire blond, s’achèvent vers l’ouest par un arc vertical soigné butant contre les plinthes des grandes bases, le tout noyé dans des maçonneries postérieures se prolongeant à l’ouest.

    283 - Coupe sud-nord sur les couloirs d’accès à la crypte.

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    Ph. Bilwes, 2007.

    284 - Relevé pierre à pierre du couloir nord, coupe GH partielle et plan.

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    Ph. Bilwes, 2007.

    285 - Couloir d’accès nord.

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    Ph. Bilwès.

    286 - Couloir d’accès sud.

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    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    19À proximité des piles composées et parallèlement aux murs internes des couloirs, apparaissent des soubassements en saillie, vraisemblablement des seuils. Celui du couloir nord est une construction soignée avec des moellons parallèles au mur du couloir. Cette structure est liée à la partie orientale du contrefort de la pile composée, formant un piédroit de quatre assises de pierres de taille. Le seuil méridional est plus grossièrement bâti et s’insère dans la base d’un mur, repentir vraisemblable d’une première phase de chantier. Il est en relation avec un départ de piédroit côté est, lui-même fruste, coiffé d’une grande pierre de taille. Les parements des murs surplombant ces seuils présentent l’aspect de zones obstruées et reprises anciennement. On observe de nombreuses cales et bouchons à cet endroit de la paroi dans le couloir sud.

    20Les couloirs débouchent dans les collatéraux nord et sud de la halle sur un passage à la stéréotomie soignée ; celui du midi est bien conservé : trois arcs en plein-cintre à ressauts, le dernier marqué côté sud par une fine colonnette. La présence d’une feuillure et de traces de gonds indique une fermeture.

    Plan et sols

    21La halle est ordonnancée par quatre supports circulaires, délimitant trois vaisseaux de trois travées chacun. Le vaisseau central est environ deux fois plus large que les collatéraux. La travée médiane est légèrement plus profonde que ses voisines orientale et occidentale. Il en résulte un espace central sensiblement dilaté. Les sols sont constitués de niveaux de terre battue et de recharges successives blanches, visibles dans le sondage central. Les vestiges fragmentaires d’une fine chape de plâtre dans l’angle sud-est sont à mettre en relation avec la trace de l’autel contre le mur oriental de la halle.

    Murs

    22Ils sont construits en maçonnerie mixte de moellons calcaires et meulière de Montmorency (locale) pour les maçonneries courantes et en moyen appareil de calcaire fin, blond, de Carrières-sur-Seine6 (Yvelines) pour les éléments architectoniques et les accès à la halle. Ces pierres d’appareil sont disposées en lancis afin de mieux se harper à la maçonnerie. Le parement de ces pierres est uniforme : un fin et beau layage, le plus souvent oblique. Le parement interne du chevet du vaisseau central constitue une exception qui révèle plusieurs états. En partie basse, l’appareil est fait de pierres de taille alors que, plus haut, plusieurs types de mortiers et de moellons calcaires similaires aux voussoirs des voûtes se superposent. Des pierres de taille ont été posées au haut des murs, formant des cintres permanents susceptibles de recevoir l’assise des voûtes de chaque travée. En l’absence d’arcs formerets, celles-ci reposent directement sur la partie interne de ces murs gouttereaux.

    23Dans le couloir sud, notons la présence de moellons de plâtre allongés, de 7 à 8 cm d’épaisseur, sur le parement interne du mur gouttereau, certainement des remplois de sarcophages. Le mur de bouchage des grandes arcades sud est bâti avec les pierres remployées du collatéral du xiie siècle. Il comporte d’intéressants éléments architecturaux : claveaux, voussoirs, colonnettes, morceaux de dalles funéraires, voire fragments d’autel en plâtre.

    24Les murs de moellons étaient recouverts d’un enduit ocre à la chaux dont des vestiges sont conservés sur le mur de chevet du collatéral sud. L’enduit vient à fleur des pierres de taille du support engagé I-S. Sur le front d’arc couvrant le passage d’accès sud, visible depuis le collatéral de la crypte, on observe, sur les claveaux finement layés, des traits gravés réguliers, sans doute des tracés pour de faux-joints.

    25Les vestiges du parement extérieur du mur gouttereau sud du couloir et de la halle présentent un moyen appareil sur au moins 3 m de hauteur pour une longueur minimale de 6 m. Il s’agit du même bel appareil calcaire qu’à l’intérieur, finement layé. Le mur de chevet observé au sud de la tourelle d’escalier était traité de même à l’extérieur (sondage 1 : Soulier, Wabont, 1984).

    Baies

    26Le mur gouttereau nord, reconstruit, conserve deux baies ébrasées ajourant les travées orientales (fig. 287). Il n’y a aucune ouverture sur le mur de chevet, où s’adossaient un ou plusieurs autels. Dans le gouttereau du couloir sud, deux pierres de taille appareillées semblent former le linteau d’une ouverture. Au-dessus, les lits des claveaux de la voûte rampante sont horizontaux. Ces vestiges pourraient indiquer la présence d’une baie dans l’un des premiers états (xiie ou xiiie siècle).

    287 - Collatéral nord, travée centrale vue vers le nord.

    Image

    Stéphane Asseline © Région Île-de-France, Inventaire général du patrimoine culturel, 2004.

    Supports : piles, contreforts

    27Les piles rondes supportant les voûtes sont appareillées de demi-tambours de pierre de taille comme celles du chœur. Les piles engagées sur le mur périmétrique du xiie siècle sont formées de deux colonnettes encadrant une colonne centrale. Les joints conservés des piles isolées méridionales sont blancs et, comme les autres joints, soulignés au fer. Antérieurs au comblement du collatéral sud à la fin du xve siècle, ils laissent l’appareil visible.

    28Un contrefort extérieur au chevet vient contrebuter la file de colonnes nord du chœur. Côté sud, la tour d’escalier du xiie siècle fait office d’imposant contrebutement. Des contreforts servaient également d’appui au mur gouttereau sud de la halle, dont ne subsistaient que les semelles pour les deux du centre. Seul celui situé à la jonction entre couloir et collatéral a été conservé sur 2,50 m de hauteur. Il mesure 65 cm de profondeur. De part et d’autre de cette structure s’observent des différences dans le parement de pierre de taille, indiquant un décalage des niveaux de sols.

    29La file des piles nord de la crypte et du chœur définit un axe est-ouest rectiligne depuis le mur de chevet jusqu’à la pile la plus occidentale. Par rapport à cet axe, on observe un décalage vers le nord du contrefort du support composé sous cette pile restaurée. Il en résulte une meilleure assiette de ces piles occidentales du chœur, qui sont les plus imposantes. Il en est de même au sud, mais le décalage est plus important dans l’implantation des piles isolées de la crypte et du chœur : les deux piles occidentales du chœur (xiiie siècle et postérieur), mais aussi le support composé du xiie siècle à l’entrée du couloir sud, sont reportés plus au sud et en biais par rapport à l’alignement des supports de la crypte. D’où un décalage vers le sud du mur gouttereau du couloir d’accès à la halle. Ce corridor présente aussi une plus grande largeur, de 25 à 30 cm, en comparaison de son pendant nord.

    Voûtement

    30Les voûtes sur croisées d’ogives et doubleaux sont assez exceptionnelles tant par leur conservation que pour leur aspect archaïque (Gonse, 1891, p 75) : un gros tore encadré par deux listels (fig. 282 et 287), comme dans le déambulatoire de Saint-Denis. Les voûtains sont formés de moellons allongés de calcaire fin, identiques à ceux des voûtes des couloirs. Leur analyse laisse à penser qu’ils n’ont subi que des travaux d’entretien. Les murs et supports refaits ont sans doute été repris en sous-œuvre. Aucun enduit ancien couvrant les voussoirs n’a été repéré. Il en va différemment pour le couloir sud, à proximité de l’accès à la halle : l’enduit couvrant la voûte rampante a été protégé par le bouchage de l’accès sud à la halle. Il est de même texture que le fin mortier de la voûte et antérieur à la condamnation du collatéral à la fin du xve siècle. Partout où il a été observé, cet enduit recouvre un retrait du parement de la voûte d’environ 2 cm par rapport au mur au-dessous.

    Synthèse de l’analyse architecturale

    31La présente étude a permis de cerner l’évolution de l’édifice et de la topographie alentour. Les inhumations orientées découvertes sous les fondations de la crypte attestent une occupation antérieure au milieu du xiie siècle. Des indices vont dans le sens d’un édifice associé : le volume derrière le mur occidental de la halle, le désaxement de cette dernière par rapport au chœur, et le remploi de morceaux de sarcophages. On peut envisager la présence d’un cimetière à l’est d’un édifice dont l’extrémité aurait été située entre les quatre premières piles occidentales du chœur actuel. Un exhaussement aura enfoui les soutènements et caves associées (passages bouchés aux abords et sous le chevet de l’église), modifiant la topographie locale. Un établissement sur une portion du cimetière pourrait expliquer les désordres subis par l’édifice.

    32La construction de la crypte a pu faire l’objet d’un remblaiement autour de ce premier édifice vers l’ouest. Côté est, un décaissement du terrain a permis une meilleure assise. Cette phase de construction au xiie siècle s’élève jusqu’au faîtage du chevet. À l’ouest, il devait s’ouvrir sur une nef de même âge ou antérieure. Des collatéraux, probablement inachevés au nord (présence du clocher du xiiie siècle), assuraient la jonction avec les couloirs de la crypte à leurs débouchés.

     

    33Les états médiévaux ont conservé des accès monumentaux constitués par des piles composées à la modénature raffinée. On peut proposer trois états bien perceptibles.

    34Un premier état a dû voir la création d’accès transversaux aux couloirs en relation avec les contreforts des piles composées, à l’est de ces dernières. Ces accès perpendiculaires aux couloirs devaient partir de la première travée du chœur et sont attribuables à la phase mi-xiie siècle. La question de l’existence simultanée de passages vers l’ouest, qui subsistent seuls dès la phase suivante, reste en suspens. Le niveau des socles des supports composés montre que le sol initial de la nef était prévu plus d’un mètre plus bas que celui du sanctuaire réalisé (travées orientales). Des niveaux de repos d’escaliers modernes (sous le clocher et l’escalier latéral d’accès au square dans le bas-côté sud de la nef) semblent avoir fossilisé ce niveau de la nef. La présence de la crypte, en-dessous, était ainsi soulignée par cet important exhaussement visible dans le chœur. La première travée occidentale du chœur présente plusieurs singularités en plan et en élévation, déjà signalées. À cela s’ajoute le remplacement probable des supports orientaux de cette travée dès le xiiie siècle. Ce quadrilatère constituait une zone de transition entre sanctuaire et nef. Les trois travées orientales du chœur, au-dessus de la halle, devaient être surélevées par rapport à la travée voisine, et par rapport au niveau de la nef.

    35Pour cette première phase (restitution fig. 288), si l’on retient l’hypothèse d’un édifice préexistant, la halle et ses couloirs en auraient englobé la partie orientale. Le surépaississement des murs internes des couloirs, permettant une meilleure assise des supports du chœur, peut être dû à un reparementage des parties basses de cet ancien chevet. Ceci expliquerait le décalage entre supports composés de la travée occidentale du chœur et ceux, contemporains, de la halle. Ce phénomène, accentué au sud, peut s’expliquer par la volonté d’asseoir une structure plus solide du côté de la pente et des sédiments les plus meubles. Cette hypothèse est confortée par la plus grande largeur du couloir sud, plus apte à supporter des contraintes latérales. Dans ce premier état, la travée occidentale a été vraisemblablement surmontée par un départ de clocher (Lablaude, 2004, p. 80-81).

    288 - Restitution du plan de la crypte au xiie siècle.

    Image

    D’après relevés Ph. Bilwes.

    36Un deuxième état voit la fermeture des passages transversaux des couloirs et le prolongement vers l’ouest de leur couvrement du côté des piles composées. La jonction entre les deux n’est pas clairement perceptible. L’accès à la crypte se fait désormais uniquement depuis l’ouest, vraisemblablement par le biais de passages coudés. Dès lors, la travée occidentale du chœur a perdu son rôle dans la distribution des espaces. Quelques marches au niveau des piédroits de l’entrée des couloirs devaient permettre de descendre de manière plus prononcée, avec un sol en pente douce entre ces premières et les marches au niveau des portes ouvrant sur la halle. Il est difficile de dater cette phase, qui doit être située entre le milieu du xiie et le début du xiiie siècle.

    37Dans un troisième temps, le prolongement du couvrement de chaque couloir vers l’ouest s’est achevé par un arc vertical soigné, butant contre les grandes bases des supports composés occidentaux.

     

    38Il est difficile de conclure quant à la datation de ces transformations. Les deux premiers états peuvent remonter au chantier du xiie siècle. Ils sont en tout cas antérieurs au début du xiiie siècle (pose de la pile IV-S). Au regard de la compréhension générale de l’édifice, les modifications paraissent toutefois s’inscrire dans la restructuration générale et l’achèvement probable des deux travées occidentales du chœur au début du xiiie siècle. L’exhaussement de quelques marches du sol de la travée occidentale du chœur jusqu’au niveau des parties orientales a dû être réalisé vers la fin xiie – début xiiie siècle (pile IV-S). Pour l’essentiel, et malgré des modifications successives, la topographie et la fonction des entrées des couloirs, intégrées à l’articulation entre chœur et nef, ont ainsi perduré jusqu’à la fin de la période médiévale. Un cimetière a dû persister auprès du mur gouttereau sud entre les xiie et xve siècles (inhumations sous le niveau de circulation extérieur : Soulier, Wabont, 1984). L’espace est recouvert aux xve-xvie siècles lors de la reconstruction du bas-côté sud du chœur.

    Aménagements liturgiques

    39Le mur occidental comporte dès l’origine une armoire liturgique dans l’axe de la crypte. Elle est construite en bel appareil de calcaire layé. Une longue pierre verticale formant meneau divise l’ouverture en deux niches profondes, elles-mêmes subdivisées par une planche dont il reste les encoches d’ancrage. Un élément métallique encore visible indique que l’armoire était fermée par deux vantaux qui s’inséraient dans la feuillure de la baie.

    40En vis-à-vis, au milieu du mur de chevet, une empreinte d’autel surmontée des vestiges d’un probable baldaquin est visible dans l’enduit de plâtre. La zone apparaît maintes fois reprise. Besnard parle d’un « massif de maçonnerie, marquant la place de l’autel » (Besnard, 1904, p. 43), que l’on voit ruiné sur une gravure, dès 1902 (Lefèvre-Pontalis, 1902, p. 385).

    41Enfin, le mur de bouchage créé lors du comblement du collatéral sud de la crypte présente des ressauts symétriques afin d’y encastrer vraisemblablement un meuble à vocation liturgique, dans l’une des dernières phases d’utilisation de cet espace.

    Décor et traitement architectural

    42Le traitement des grands chapiteaux des supports de la halle, tant isolés qu’engagés, est très simple : collerettes et feuilles plates diversement recourbées. À leur sujet, Besnard observait que leur caractère archaïque « a sans nul doute égaré l’érudition sur l’âge de la crypte » (Besnard, 1904). Il ne reste que deux des chapiteaux d’angle prévus pour recevoir les retombées des ogives dont l’un, retrouvé en fouille, est assez érodé. Ces derniers sont cependant d’un traitement plus élaboré que les grands chapiteaux. Celui qui est déposé présente un décor au trépan au-dessus de l’astragale et sur un tore au sommet de la corbeille. L’autre chapiteau, d’une fraîcheur exceptionnelle, couronne le support engagé oriental visible depuis le collatéral sud (fig. 289 à droite). Le contraste entre la partie inférieure de la corbeille, ronde et parfaitement lisse, et le haut du chapiteau est remarquable : à la naissance des légères nervures de feuilles plates, formant un arrière-plan classique, des palmettes très saillantes et recourbées à digitations apportent une teinte sculpturale à la composition7. Les tailloirs de ces petits chapiteaux sont seuls à avoir fait l’objet d’une certaine recherche : ils comportent, de bas en haut, un tore suivi d’un cavet que délimite un listel avant le bandeau sommital.

    289 - Vestiges du collatéral sud condamné à la fin du xve siècle, découverts en 1981.

    Image

    Ph. Bilwès.

    43Les bases sont toutes attiques et comportent des griffes d’angle. Les petites bases, globuleuses, sont employées sur les côtés des supports engagés ou sous les colonnettes d’angle de la halle. Dans la limite de l’observation des éléments conservés, certaines petites bases paraissent plutôt grossières ou exécutées rapidement, notamment celles des portes de la halle. Il en va différemment pour celles situées à l’entrée des couloirs qui, indépendamment de leurs dimensions, sont ciselées très soigneusement, trahissant un souci du détail pour ces supports placés en évidence. Les profils varient peu et sont à rapprocher des chevets de Saint-Germain-des-Prés ou de Saint-Leu d’Esserent.

    44La bonne conservation archéologique de l’édifice permet quelques observations tant sur sa structure que sur son épiderme. À l’intérieur, tandis que les maçonneries courantes étaient originellement enduites, les piles engagées, aux pierres laissées apparentes, permettaient une scansion rythmique des parois. Ordonnant la retombée des voûtes, elles ont été construites en fin calcaire d’importation. Les pierres des supports isolés méridionaux étaient mises en valeur par des joints, blancs en surface (plâtre ?), et soulignés à la pointe de fer venant à fleur de parement. Ce traitement n’est peut-être pas d’origine mais remonte au plus tard à la fin de l’époque médiévale. Cette différenciation des matériaux et du traitement des surfaces magnifiait et soulignait la structure de la crypte. À l’extérieur, l’enveloppe en pierre de taille devait accentuer l’importance de ces volumes privilégiés de l’église et en renforcer le caractère monumental.

    45Il n’a été trouvé nulle trace de polychromie. Notons, sur la corbeille du chapiteau II-S, une inscription fragmentaire de la fin de l’époque médiévale, sur deux registres, peinte après application d’un lait de chaux ou de plâtre. De nombreux graffitis, antérieurs à la fin du xve siècle, ont été gravés sur les fûts et corbeilles de chapiteaux des piles I-S et IV-S.

    Aménagements funéraires

    46On ne trouve pas d’aménagements funéraires, mais plusieurs inhumations privilégiées, dont celles déjà citées, qui occupent une position centrale (fig. 279). Contemporaines entre elles, elles sont maçonnées, comme certaines découvertes dans l’église de Gonesse (Val-d’Oise)8. La situation particulière de ces deux tombes paraît indiquer que leur position était repérable au sol et que, faute de mobilier datant et de relations stratigraphiques fiables, elles appartiennent aux premières phases de fonctionnement de la crypte (donateurs ayant permis la construction de l’édifice ?).

    Conclusion et hypothèses

    47L’étude de l’édifice révèle un ensemble oriental assez imposant, avec un chœur profond dans lequel s’inscrit la construction de la crypte. Il témoigne d’un programme ambitieux, englobant un possible édifice antérieur, selon un schéma d’extension orientale du chevet, comme à Saint-Séverin de Château-Landon ou à Saint-Sauveur de Melun. Ce programme comportait la crypte, le chœur au-dessus avec, vraisemblablement, une première travée occidentale intermédiaire surmontée d’un départ de clocher, la construction ou la restauration de la nef et de bas-côtés, ou simplement de « bras de transept » permettant l’accès aux couloirs de la crypte. Notons le rôle des piles marquant l’ancienne entrée des couloirs : autour d’elles se sont articulés les passages révélant les circulations qui permettaient la mise en relation du chœur avec la crypte et la nef.

    48Dans l’état médiéval (fig. 288), le fidèle était capté depuis la nef au niveau de l’entrée du chœur, puis conduit par les étroits corridors descendant vers la halle. Au débouché de ces accès, il devait noter un certain contraste à la vue de la salle centrale : traitement des surfaces, articulation des parois, différenciation des volumes. Leur ampleur, et particulièrement les voûtes, participent pleinement de la typologie d’une crypte. La dilatation de la travée centrale, devant un probable autel, peut poser la question de la présentation de reliques, d’un corps saint ou de sépultures privilégiées. Cette mise en scène architecturale révélait et soulignait les espaces liturgiques, qu’éclairaient des baies percées dans les murs gouttereaux nord et sud. Dans un état du xiie ou xiiie siècle, le mur gouttereau du couloir méridional devait être éclairé lui aussi par une baie. Dans le couloir nord, les reprises du mur gouttereau ne permettent aucune observation.

    49La condamnation du collatéral sud de la halle à la fin du xve siècle a modifié le fonctionnement de l’espace inférieur, desservi par le seul couloir nord et conservant un autel au milieu du mur de chevet tandis qu’une armoire était installée dans la niche située au centre du mur sud. Le soin apporté à la restauration du vaisseau septentrional de la halle (qualité de l’appareil, copie de chapiteaux, mascarons figurés) témoigne de l’intérêt porté à la crypte après la fin du Moyen Âge. Une utilisation pérenne de cet espace est vraisemblable, ainsi qu’une continuité d’inhumations privilégiées.

    50Quoique plus vaste et plus ancienne, la crypte de Cormeilles appartient à la même typologie que celles de Créteil et de Chamigny. Notons des similitudes avec Saint-Séverin de Château-Landon : crypte rattrapant une déclivité, accès latéraux parallèles avec baie d’éclairement (au moins au sud), piédroits, confortés vers l’intérieur, à l’entrée de ces derniers (côté ouest) et à l’articulation entre bas-côtés de la nef et sanctuaire. Enfin, la présence de portes au débouché des couloirs dans la crypte témoigne, dans les deux cas, d’une volonté d’en contrôler les accès. La question de l’origine de cette création relativement ambitieuse reste insoluble. Ce parti architectural, inachevé et transformé, peut indiquer la volonté de marquer l’emprise épiscopale9 en compétition avec une seigneurie dionysienne aux ressources fraîchement accrues.

    51L’analyse topographique a permis d’établir que le niveau inférieur avait pour fonction structurelle de rattraper la pente du terrain. L’éclairement modéré de la crypte, le dépouillement de son architecture et la quasi-absence de décor repéré abondent dans ce sens. Cependant le dispositif à double accès est la marque d’une circulation processionnelle qui pourrait indiquer un usage autre que funéraire et liturgique, bien loin de la simple « crypte de soutènement » qu’y voit Lheure, 2010, p. 124. Les couloirs maintes fois remaniés sont l’indice d’une longue utilisation et leur établissement très particulier en pente douce pourrait nous mettre sur la voie d’un petit pèlerinage pour les personnes atteintes de maux de jambe ou d’éthylisme, ce dernier constituant la thaumaturgie spécifique de saint Martin. En l’absence du moindre indice historique, cela doit rester une hypothèse.

    Perspectives de recherches

    52Si l’ancienneté et la conservation du voûtement sur croisées d’ogives ont attiré l’attention des chercheurs, l’intérêt archéologique de la crypte réside avant tout dans la compréhension des accès et de leur articulation par rapport aux volumes supérieurs. Vu la complexité, notamment, de l’entrée des couloirs, certains éléments pourront encore être précisés. Ainsi, des investigations au sol seraient à programmer autour des supports composés à l’entrée des couloirs du xiie siècle, ainsi qu’au niveau de la première travée occidentale du chœur actuel, dans l’espace compris entre les couloirs et le mur occidental de la halle. Elles permettraient de mieux appréhender les dispositions des accès gothiques (transversaux et depuis l’ouest) ainsi que leur jonction avec une nef, voire les vestiges d’un édifice antérieur.

    53Aucun projet de restauration de la crypte n’est à l’étude pour le moment. Toute intervention, souhaitable pour rendre à l’espace sa volumétrie primitive, nécessitera une surveillance archéologique : ainsi le mur est non relevé et complexe, présentant des traces d’autel(s), ou le mur de bouchage des arcades sud, dont le démontage fournirait les vestiges du collatéral sud du xiie siècle.

    Bibliographie

    Sources

    Archives municipales de Cormeilles-en-Parisis (AMC) : 1D7 : délibérations communales (1793-1809) ; 1E9 : registres paroissiaux (1700-1746). – Archives nationales (AN) : JJ 90, fol. 258vo : destruction de la « court de l’église parochiale de Cormeilles » (1359) ; L 842, n° 15 : vente au prieur d’Argenteuil, prévôt de Cormeilles, sur le grand cens de Cormeilles (1260) ; S 262, n° 11-21 : archives du « petit chapitre » de Notre-Dame de Paris concernant les avoines dues à l’office des anniversaires (1404-1405) ; S 2333, n° 15 : acte de l’abbé Henri [Troon] citant la prévôté de Cormeilles (1204) ; S 2334 : mention du « Grand prevost et garde des sceaulx en la chastellenie de Cormelles-en-Parisis » (1599). – Bibliothèque nationale de France (BNF) : Ms fr n. a. 6113 : GUILHERMY baron François de (1844), Description des localités de l’ancien diocèse de Paris, t II, visite du 4 août 1844, Cormeilles-en-Parisis, fol. 64-66 ; Estampes, Va mat 95 B.1 : carte postale du village de Cormeilles, vers 1900. – Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine (MAP) : 2009/009/0001 (relevés Tillet, 1904) ; 2000/010/0029 (correspondance 1961-1977) ; 0080/068/0703 (sauvetage archéologique, 1978-1992) ; 2004/001/0045 (diagnostic structures 2004).

    École nationale des chartes, Chartes de l’abbaye de Saint-Denis (VIIe-XIIIe siècles), édition électronique (2010-2011). – GASPARRI, 1996-2001, t. I et II. – GUÉRARD, 1850, t. I, III et IV. – LASTEYRIE, 1887. – LEBEL, 1935b.

    Rapports et études non publiés

    BILWES Philippe (2014) – « La crypte et le chœur de l’église St-Martin de Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise) », mémoire de Master 2, Université Paris IV-Sorbonne, sous la direction de D. Sandron et S. Balcon-Berry.

    DELVAL Marc, SOULIER Philippe (1992) – Église de Cormeilles-en-Parisis, rapport d’observation archéologique, 6 février 1992, 2 p., Direction régionale de la Culture de l’Île-de-France.

    GOIN-LANGEVIN Roselyne (1992) – Fouille du bas-côté sud de la crypte de l’église Saint-Martin à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), rapport de fouille effectuée du 16 avril au 15 mai 1992, Service archéologique du Val-d’Oise.

    HERBET Odile (1996) – Notice du dossier de classement de l’église de Cormeilles-en-Parisis, avril 1996, Direction régionale de la Culture de l’Île-de-France.

    HURARD Séverine (2004) – Cormeilles-en-Parisis : abords de l’église St Martin, Rapport de diagnostic archéologique, janvier 2004, Service archéologique du Val-d’Oise.

    LABLAUDE Pierre-André, dir. (2004) – Église Saint-Martin de Cormeilles-en-Parisis, Étude Préalable de diagnostic structurel, avril 2004, Direction régionale de la Culture de l’Île-de-France.

    LE FORESTIER Cyrille, LAWRENCE Paulette (2002) – Rapport de diagnostic archéologique (sauvetage), « Le Martray », 1 rue du fort, Service archéologique du Val-d’Oise.

    SOULIER Philippe (1978) – Cormeilles-en-Parisis, Église Saint-Martin, autorisation temporaire de sauvetage : rapport, Service archéologique du Val-d’Oise.

    SOULIER Philippe, WABONT Monique (1984) – Cormeilles-en-Parisis, église Saint-Martin : rapport de surveillance archéologique de travaux 1981-82, Service archéologique du Val-d’Oise.

    Bibliographie

    BERTHIEU, 1982. – BESNARD, 1904. – BONIS, 1992. – CUISENIER, GUADAGNIN, 1988, p. 87, 102, 124, 126, 132. – DELORME, 1906. – DOUBLET, 1625. – FOURQUIN, 1964. – GASPARRI, 1996, p. 68-71. – GASPARRI, 2001, p. 226-227. – GONSE, 1891, p. 72 et 75. – HERBET, 1996, p. 10-12. – LEBEL, 1935a. – LEBEUF, rééd. 1883, t. II, p. 50-54. – LEFEVRE-PONTALIS, 1902-1904. – LHEURE, 2010, p. 124-125. – RÉTHORÉ, 1958-1959, p. 43, 77, 86-87. – ROBLIN, 1971, p. 167-170, 200-202. – SAPIN, 2014, p. 267. – WYSS, 1996, p. 318 et 406.

    Notes de bas de page

    1 Précisons que, malgré la mainmise très ancienne de Saint-Denis, l’église est toujours demeurée à collation épiscopale comme l’attestent les pouillés de 1205 et de 1525 (éd. Longnon, 1904, p. 354 et 433) et le cartulaire de Notre-Dame de Paris au xive siècle (éd. Guérard, 1850, t. I, p. 15 et t. III, p. 202) (note de P. Gillon).

    2 En même temps que les éléments fortifiés du prieuré d’Argenteuil et du château de Mail [May, à Sannois vraisemblablement].

    3 Sauf les piles II-S et III-S en raison du démontage du collatéral sud et de reprises successives en sous-œuvre.

    4 Voir l’étude préalable du cabinet Lablaude (Lablaude, 2004) ainsi que notre mémoire de master 2 : La crypte et le chœur de l’église Saint-Martin…

    5 La partie occidentale de ce couloir nord, au-delà de l’étranglement médian, est peu lisible. Quelques éléments en partie basse (niveau de sol couvrant une portion de fondation) soulèvent la question de leur ancienneté, mais la majorité des structures visibles est très postérieure à l’époque médiévale (types de mortiers de plâtre, etc.).

    6 Identification par Annie Blanc dans le cadre du séminaire « Carrières et constructions » de Marc Viré, Université Paris I. Je les remercie tous deux ici.

    7 Elles sont à rapprocher de certains petits chapiteaux du portail occidental de Saint-Denis (baie au dessus du portail de la travée sud notamment) qui comportent de semblables palmettes sur trois registres de leur corbeille.

    8 Documentation Inrap en ligne, fouilles de l’église de Gonesse (95), Nathalie Karst, RO, 2013.

    9 Peut-être en lien avec de grands seigneurs tels les Montmorency ?

    Auteur

    • Philippe Bilwès

      Archéologue

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    1 Précisons que, malgré la mainmise très ancienne de Saint-Denis, l’église est toujours demeurée à collation épiscopale comme l’attestent les pouillés de 1205 et de 1525 (éd. Longnon, 1904, p. 354 et 433) et le cartulaire de Notre-Dame de Paris au xive siècle (éd. Guérard, 1850, t. I, p. 15 et t. III, p. 202) (note de P. Gillon).

    2 En même temps que les éléments fortifiés du prieuré d’Argenteuil et du château de Mail [May, à Sannois vraisemblablement].

    3 Sauf les piles II-S et III-S en raison du démontage du collatéral sud et de reprises successives en sous-œuvre.

    4 Voir l’étude préalable du cabinet Lablaude (Lablaude, 2004) ainsi que notre mémoire de master 2 : La crypte et le chœur de l’église Saint-Martin…

    5 La partie occidentale de ce couloir nord, au-delà de l’étranglement médian, est peu lisible. Quelques éléments en partie basse (niveau de sol couvrant une portion de fondation) soulèvent la question de leur ancienneté, mais la majorité des structures visibles est très postérieure à l’époque médiévale (types de mortiers de plâtre, etc.).

    6 Identification par Annie Blanc dans le cadre du séminaire « Carrières et constructions » de Marc Viré, Université Paris I. Je les remercie tous deux ici.

    7 Elles sont à rapprocher de certains petits chapiteaux du portail occidental de Saint-Denis (baie au dessus du portail de la travée sud notamment) qui comportent de semblables palmettes sur trois registres de leur corbeille.

    8 Documentation Inrap en ligne, fouilles de l’église de Gonesse (95), Nathalie Karst, RO, 2013.

    9 Peut-être en lien avec de grands seigneurs tels les Montmorency ?

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    Bilwès, P. (2019). Cormeilles-en-Parisis. La crypte de l’église Saint-Martin. In P. Gillon & C. Sapin (éds.), Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91488
    Bilwès, Philippe. « Cormeilles-en-Parisis. La crypte de l’église Saint-Martin ». In Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, édité par Pierre Gillon et Christian Sapin. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.91488.
    Bilwès, Philippe. « Cormeilles-en-Parisis. La crypte de l’église Saint-Martin ». Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, édité par Pierre Gillon et Christian Sapin, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91488.

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    Gillon, P., & Sapin, C. (éds.). (2019). Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91148
    Gillon, Pierre, et Christian Sapin, éd. Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.91148.
    Gillon, Pierre, et Christian Sapin, éditeurs. Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91148.
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