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  • Jouarre. Les « cryptes de Jouarre »
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    Plan détaillé Texte intégral Préambule La crypte de l’église Saint-Paul Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Jouarre. Les « cryptes de Jouarre »

    Pierre Gillon et Claude de Mecquenem

    p. 142-158

    Texte intégral Préambule La crypte de l’église Saint-Paul Localisation et environnement Cadre historique Les reliques des cryptes L’église Saint-Paul Datation de l’édifice La crypte Sources documentaires écrites et historique des recherches État et dispositions actuels Dispositions Description analytique et archéologique des élévations Accès Plan Sols Murs Mur ouest Murs nord, sud et est de Saint-Paul Murs de Saint-Ébrégisile Baies Supports Voûtement Comparaisons et hypothèses de datation Aménagements liturgiques et divers Le décor Décor peint Pavement Enfeus Plates-tombes, gisants Sarcophages Inscriptions Conclusion Bibliographie Sources, études et rapports non publiés Bibliographie sélective Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    Préambule

    1Pierre Gillon

    2L’édifice qu’on appelle communément « les cryptes de Jouarre », un pluriel étonnant pour un édifice de taille modeste, est sans doute le monument le plus difficile à analyser de notre recueil en raison, non pas de sa complexité initiale, mais d’une bibliographie pléthorique – ponctuée en 1971 par l’imposante monographie de la marquise de Maillé –, confrontée à un monument déjà transformé au xviie siècle et restauré à de multiples reprises dès 1843. Les travaux du xixe siècle avaient isolé l’édifice de son contexte en cherchant à l’assainir. En 1978-1979, la dernière grande intervention, visant à éliminer définitivement les remontées d’humidité dont souffrait l’édifice de façon récurrente, a fait disparaître toute connexion des maçonneries avec le substrat archéologique : il n’en subsiste que les observations de sœur Telchilde de Montessus1, observations très scrupuleuses mais qui ne remplaceront jamais des observations professionnelles. Plus récemment, en 2011, les enduits extérieurs du bâtiment des cryptes ont été refaits à neuf, sans suivi archéologique.

    3Dans le cadre du PCR « Cryptes et culte des saints en domaine capétien », nous avons mené, les 10 et 11 juin 2006, deux journées d’étude sur site2, qui ont permis de confronter des points de vue souvent opposés, et furent loin d’épuiser toutes les interrogations que suscite encore cet édifice complexe : analyse de la documentation archéologique et historique, des constituants, du décor et de l’environnement, reliques, tombeaux, etc.

    4On trouvera ici l’analyse de Claude de Mecquenem, dans la continuité de ses recherches de 2002-2003, suivie d’une courte étude complémentaire sur les remplois qui ont si longtemps intrigué et trompé les historiens de l’art. Si l’attribution des structures à l’époque romane est aujourd’hui acquise, on reste dans la conjecture quant à l’édifice ou aux édifices antérieurs, ainsi qu’à l’église associée, antérieure à la vaste église romane dont le plan a pu être précisé en 2005 par Claude de Mecquenem, rectifiant les relevés très approximatifs exécutés vers 1869 par l’abbé Thiercelin.

    La crypte de l’église Saint-Paul

    5Claude de Mecquenem

    6Les cryptes de Jouarre ont fait l’objet depuis leur classement au titre des Monuments historiques intervenu dès 1840 de nombreuses études en grande partie suscitées par la présence de chapiteaux en marbre. Les architectures qui intègrent ces sculptures sont d’un abord délicat, les travaux de rénovations des cryptes menés du xviie siècle au xxe siècle ne facilitant pas leur lecture. Les fouilles archéologiques réalisées du xixe au xxie siècle apportent de nombreuses informations concernant l’église Saint-Paul qui intégrait les cryptes. D’autres explorations des maçonneries et des vestiges situés aux abords des cryptes devraient permettre une meilleure compréhension des différents états de cet édifice complexe dont l’histoire débute vraisemblablement dès la fondation du monastère au cours de la seconde moitié du viie siècle, voire antérieurement.

    Localisation et environnement

    7Site de plateau dominant le Petit Morin peu avant son confluent avec la Marne, et proche d’un carrefour de voies antiques, le terroir de Jouarre (Iotrum) est situé au cœur d’un pays de fabrication de meules depuis des siècles. Le sous-sol a révélé les vestiges de divers sites antiques dispersés. Le site de l’abbaye lui-même a fourni les témoins d’une occupation antique (céramique ier-iie siècle, tegulae, etc.)3.

    Cadre historique

    8La fondation de l’abbaye de Jouarre serait la conséquence de la volonté d’Adon (fils d’Authaire, conseiller du roi Clotaire II), qui aurait fait don de l’un de ses domaines, afin d’y établir une communauté religieuse (Majeski, 2003, p. 14). Cette institution se serait alors rapidement développée pour former une abbaye féminine dont les premières abbesses étaient apparentées à la famille fondatrice. Cette tradition historique n’est pas contredite par les faits archéologiques qui prouvent la présence de denses vestiges gallo-romains situés sous l’église Saint-Paul suggérant ainsi l’établissement d’une première communauté religieuse au sein d’un complexe architectural antique construit sur le sommet du coteau de la vallée du Petit Morin, dominant visuellement la vallée adjacente de La Marne.

    Les reliques des cryptes

    9Les tombeaux des cryptes contenaient pour certains les restes osseux d’individus attribués aux différents titulaires des ces emplacements (Ozanne). On peut affirmer l’antériorité d’un monument funéraire attribué à Théodechilde, première abbesse sans que ses reliques soient parvenues jusqu’à nous4, les cénotaphes et sarcophages adjacents (Balde, Mode, Agilberte, Adon, Ozanne) ayant été mis en place dans un second temps (Montessus, 1991). Les ossements attribués à Ozanne ont été récemment observés sans qu’une véritable étude anthropologique ait été, pour autant, réalisée. La fouille du sarcophage d’Ébrégisile a donné lieu à la découverte de quelques ossements sous-jacents à ce dernier.

    L’église Saint-Paul

    10Aucune documentation antérieure au xviie siècle ne décrit l’église qui intégrait les cryptes au Moyen-Âge. Cette carence est la conséquence de la disparition précoce de cet édifice probablement détruit ou très endommagé par les raids anglais du xve siècle. La reconstruction générale de l’abbaye au xviie siècle a eu pour conséquence la restauration des cryptes et leur inscription dans un nouveau bâtiment rectangulaire surmonté d’une chapelle dédiée à saint Martin (fig. 104). Ces travaux consacrent l’isolement de ces vestiges par rapport à leur contexte primitif désormais remplacé par un cimetière paroissial qui restera en fonction jusqu’au milieu du xixe siècle.

    104 - Plan des cryptes de Jouarre d’après Claude Chastelain, Martyrologe universel, Paris, 1709.

    Image

    11L’abbé Thiercelin entreprit des fouilles archéologiques menées entre 1869 et 1870 à l’ouest de l’édifice concerné. Les résultats de ces travaux mettent en évidence des fondations décrivant un espace central (une nef ?) et un espace latéral sud (un bas-côté ?) prolongeant les divisions visibles dans les cryptes. La fermeture occidentale de cette église ne put être clairement déterminée5.

    12De nombreuses inhumations furent alors découvertes, certaines étant inscrites dans des sarcophages de pierre ou plus souvent de plâtre. Certains de ces derniers portaient des décors ne laissant aucun doute quant à leur attribution à la période mérovingienne. La présence de deux niveaux superposés d’inhumations fut également observée.

    13L’abbé Thiercelin et la plupart des auteurs postérieurs attribuent à cette même époque un premier état des cryptes, par la suite transformées pour aboutir aux élévations parvenues jusqu’à nous. La pierre angulaire de cette analyse est constituée par le maintien à l’intérieur même de l’édifice actuel des cénotaphes des premières abbesses et des parents de la famille fondatrice surmontant des sarcophages qui, pour partie, auraient été conservés à leurs emplacements primitifs (Maillé, 1971 ; Février, 1991) (fig. 105 et 129). Selon cette analyse, une crypte utilisée comme un mausolée familial aurait été initialement mise en place, cette polarisation orientale autour d’une fonction funéraire très marquée ayant été, par la suite, maintenue au cours des différentes étapes d’agrandissement de l’église (Réthoré, 1889 ; Delahaye, Périn, 1998).

    105 - Vue de la crypte Saint-Paul vers le nord.

    Image

    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    14Par ailleurs, les observations menées par G.-R. Delahaye concernant l’église supérieure établissent l’existence d’une nef centrale bordée par deux bas-côtés symétriques. Les fondations caractérisant cette répartition des espaces sont attribuées à la période mérovingienne et elles seraient contemporaines d’un premier état des cryptes. Des tombes et notamment des sarcophages en plâtre attesteraient cette datation, l’imbrication des inhumations et des maçonneries établissant cette chronologie (Delahaye, rapport 1989).

    15Les observations menées en 2005 permettent de compléter les données disponibles (Mecquenem, Poignant, 2005). La localisation de la façade occidentale jusqu’alors inconnue a pu être déterminée (fig. 106). Ce dispositif est pourvu du soubassement d’un contrefort établi au droit de la fondation est-ouest qui recevait les piles de la nef séparant l’espace central du bas-côté sud. Un tronçon de la fondation du mur gouttereau sud a de même été dégagé et un autre sondage a permis l’observation d’un segment de la fondation de l’élévation nord de la nef centrale (fig. 107 et 108). Les relevés réalisés établissent la parfaite cohérence du plan de cet ensemble qui déterminait un plan basilical de 23 m de large (5 m pour chaque collatéral) et environ 11 m pour le vaisseau principal. La longueur de l’ensemble, crypte comprise, atteignait 44 m. Ainsi, la distance séparant au Moyen Âge la façade de l’église Saint-Paul de l’abside de la paroissiale Saint-Pierre était faible (moins de cinq mètres), se conformant aux topographies communes à de nombreux monastères de fondation ancienne (fig. 107).

    106 - Plan général et proposition de restitution de l’église Saint-Paul.

    Image

    C. de Mecquenem, S. Poignant, S. Eusèbe INRAP, juillet 2006.

    107 - Segment de fondation de l’élévation nord de la nef centrale et inhumations associées.

    Image

    C. de Mecquenem, INRAP-CIF.

    108 - Plan et coupes stratigraphiques du sondage 6.

    Image

    C. de Mecquenem, S. Poignant, S. Eusèbe, INRAP.

    16Le couloir d’accès aux cryptes depuis l’ouest, identifié au cours des fouilles de Thiercelin et observé par G.-R. Delahaye, a également été ponctuellement dégagé ainsi que d’autres fondations au centre de la place actuelle, ces dernières étant strictement bordées par des sarcophages en plâtre trapézoïdaux (fig. 109).

    109 - Vue des vestiges observés au centre de la place Saint-Paul.

    Image

    C. de Mecquenem, INRAP-CIF.

    17Pour sa partie orientale, on ne peut que suggérer à titre d’hypothèse le plan de l’église supérieure. Ce dernier reproduisait sans doute celui des cryptes terminées par un chevet plat, un mur droit clôturant probablement le sanctuaire qui lui était superposé.

    Datation de l’édifice

    18Depuis les travaux menés au xixe siècle, les cryptes sont physiquement dissociées des fondations établies plus à l’ouest. Ces dernières ne peuvent donc être datées en fonction des décors monumentaux encore en place. Ces maçonneries sont conservées sous les altitudes des niveaux de circulations contemporains, aucun sol préservé ne permettant de ce fait, par le biais des dispositifs adoptés, une datation de leur mise en place ou de leur utilisation.

    19Toutefois, le levé d’un plan cohérent réalisé en 2005 signale un décalage des cryptes vers le nord-est par rapport aux autres fondations observées relevant, elles, d’une orientation homogène différente. La présence d’un contrefort adossé à la façade semble bien répondre à celle d’un soubassement équivalent observé sur le flanc extérieur sud de l’église (Delahaye, rapport 1989) (fig. 106). Enfin le parfait alignement, de ce même contrefort de façade avec la fondation sur laquelle reposaient l’élévation sud de la nef centrale, coïncidant elle-même parfaitement avec les segments de fondation encore présents à l’ouest des cryptes, corroborent la probable cohérence chronologique de ces substructions.

    20Les types de parements visibles appartenant aux différents segments observés sont également très proches et ils sont composés de moellons de petites tailles déterminant des assises de faible hauteur (de 0,15 à 0,30 m) souvent disposés en arête-de-poisson. Les liants utilisés sont cohérents et composés de sable jaune-orangé incluant des nodules d’argile. Au-dessus de ces assises et très ponctuellement conservé on observe la mise en œuvre d’un liant différent de couleur blanchâtre, très résistant incluant une proportion de chaux et une charge criblée.

    21La concordance des critères techniques et la cohésion révélée par le plan ne plaident pas en faveur d’une dissociation chronologique de ces différents segments de fondation d’autant que leurs largeurs respectives répondent à la répétition d’un même module (de 0,90 à 1 m de large).

    22La présence d’une substruction postérieure clairement adossée contre ces fondations met également en lumière leur grande cohérence et l’évolution des techniques employées concernant les reprises réalisées. En effet, cette modification qui répond sans doute à d’importants travaux concernant les élévations (mise en place d’un nouveau voûtement ? construction d’un clocher ? nouvel arc triomphal ?) met en œuvre un mortier très différent de grande résistance associé à des moellons qui ne décrivent plus les assises précédemment évoquées. Ici des blocs assez plats sont noyés dans d’épais lits de mortier de chaux qui forment un liant particulièrement dense.

    23La stratigraphie dégagée en 2005 au centre de la place à la jonction d’une fondation nord/sud avec la substruction qui recevait l’élévation sud de la nef apportent d’autres informations quant à la chronologie relative des vestiges observés. En effet, la tranchée de fondation liée à la mise en place de ces maçonneries qui décrit une courbe épousant ainsi l’angle droit déterminé par ces substructions coupe, de façon claire, les dépôts archéologiques sous-jacents (fig. 108). Ces derniers s’adossent à un sarcophage mérovingien en place comprenant son couvercle et conservant dans sa cuve les restes osseux de trois individus. L’altitude de ce sarcophage correspond à celles définies comme étant attribuées à une première phase de fonctionnement de l’aire d’inhumation mérovingienne contemporaine d’un premier état de la crypte et de l’église, la couche superposée à cette dernière étant, elle, composée de sépultures attribuées à un second état également mérovingien du même édifice (Delahaye, rapport 1989).

    24Il faut également rappeler l’interprétation communément admise qui associe les substructions de l’église Saint-Paul à un premier état mérovingien, mais ici la stratigraphie relevée contredit cette hypothèse. Les premières inhumations sont antérieures à la mise en place des substructions et les parements observés permettent d’établir des parallèles concordants avec de nombreux édifices attribués ou datés de l’an mille ou de la première moitié du xie siècle.

    25La crédibilité de cette analyse est renforcée par le fait que des fragments de sarcophages en plâtre sont présents dans ces mêmes maçonneries, indiquant sans ambiguïté le débitage des cuves et des couvercles et leur remploi, conséquence de la mise en place des fondations de cette nouvelle église.

    26Par ailleurs, les sondages situés plus à l’ouest ont livré d’autres vestiges comprenant un segment de fondation formant un angle droit (composé d’un bloc de grès désagrégé) strictement encadré par trois cuves trapézoïdales en plâtre ne comportant pas de couvercle. Cette maçonnerie, arasée sous l’altitude des sols qui y étaient associés, ne reprend pas le module des substructions défini par les autres points d’observation, et son alignement ne correspond pas à celui de la nef et du bas-côté sud qui s’y superposent. De plus, son altitude est nettement plus basse rendant toute concordance difficile avec l’extension maximale de l’église Saint-Paul attribuable à l’an mille.

    27La datation de cet édifice s’appuie sur la parfaite adéquation des sarcophages et de ses maçonneries qui par ailleurs ne s’apparentent pas à des vestiges antiques, un sondage situé plus à l’ouest ayant mis en évidence une tranchée de récupération d’un mur gallo-romain, cette dernière décrivant d’autres dimensions. L’attraction des inhumations au profit de cet édifice suggère son appartenance au religieux permettant ainsi d’identifier un possible point d’origine topographique de l’édifice médiéval (fig. 109).

    28La travée précédant les cryptes intègre d’autres vestiges antérieurs à l’église de l’an mille. Ces maçonneries sont inscrites dans des remblais contenant du mobilier gallo-romain, ce seul argument étant jusqu’alors retenu pour leur attribution à cette même période. Cette analyse paraît insuffisante d’autant qu’il faut souligner le respect de l’orientation déterminée par ces fondations et leur apparente intégration au sein de cette travée. Par ailleurs, cette topographie n’interdirait pas leur participation à un édifice religieux associé à un pôle oriental (crypte ? mausolée ?) ou la réutilisation, dans ce même contexte, d’une partie d’un bâtiment antique ou tardo-antique à vocation profane dont les élévations seraient réutilisées dans un contexte chrétien.

    29En dernier lieu, il faut souligner le caractère récent, au sein de la séquence chronologique définie grâce aux sondages de 2005, des vestiges du couloir d’accès souterrain, souvent interprété comme carolingien (Delahaye, rapport 1989). En effet, les matériaux mis en œuvre (plâtre pour le revêtement des parois latérales, mortier de tuileau pour le premier état de son sol et de la canalisation qu’il intègre et plâtre pour le second état du sol, conséquence de son rehaussement) et le sectionnement des fondations adjacentes et des inhumations associées suggèrent sa mise en place à la fin du processus de disparition de l’église permettant la rupture de ces fondations. La construction de cet accès pourrait être corrélée à la mise en place du cimetière paroissial libre d’accès au-dessus de ce dernier et à la nécessaire conservation d’un cheminement réservé aux seules moniales, les préservant ainsi de tous contacts inopportuns.

    La crypte

    Sources documentaires écrites et historique des recherches

    30Les cryptes de Jouarre sont mentionnées dès le xiiie siècle par la Vie de sainte Lutgarde. Cette attestation indirecte du contexte architectural qui entoure les tombeaux laisse supposer à cette époque des dispositions qui font de la crypte le soubassement oriental de l’église Saint-Paul. La destruction de la majeure partie des archives de l’abbaye au xve siècle nous prive de toute autre mention des cryptes avant les xviie-xviiie siècles, période au cours de laquelle sont effectués de nombreux travaux. Le percement d’une porte entre l’espace central (crypte Saint-Paul) et un espace latéral sud (crypte Saint-Ébrégisile), le réaménagement de l’accès principal, la construction de la chapelle Saint-Martin, la réfection des voûtes et le renforcement de l’élévation orientale extérieure et la probable mise en place d’un sol constitué de tomettes hexagonales sont alors réalisés. Les plans disponibles (1709 et 1780) relatent cet état de l’édifice et l’extension du cimetière médiéval et moderne établi au devant des cryptes (fig. 104).

    31Le classement précoce de l’édifice induit la production d’une documentation de grande qualité et une première phase de travaux incluant une réfection en profondeur des joints et des revêtements. Une seconde restauration est menée au cours de la seconde moitié du xixe siècle et la suppression du cimetière permet à Thiercelin de mené à bien son projet de fouille partielle de la place située à son emplacement (Montessus, 1970). Une importante documentation liée aux restaurations est de ce fait disponible, mais l’absence de toute analyse archéologique fondée sur la reconnaissance des différents ensembles qui constituent les cryptes rendent difficile, voire impossible son intégration au sein d’une démarche raisonnée. Le plan des fouilles réalisées par Thiercelin suggère en revanche une continuité entre les fondations découvertes et les élévations des cryptes, lien rompu par les restaurations successives.

    32La première analyse générale est formulée par ce même auteur qui envisage l’existence d’un premier édifice mérovingien modifié à l’époque carolingienne et ultérieurement. Les conclusions de cette démarche, qui associe les colonnes isolées de la crypte Saint-Paul à un premier état contemporain de la fondation de l’abbaye, seront reprises par la majorité des historiens et archéologues suivants. Quelques voix discordantes attribueront des datations différentes concernant les voûtes et les élévations notamment le mur occidental et son appareil décoratif (Coquet, 1970 ; Watkinson, 1990).

    33La principale monographie consacrée aux cryptes, rédigée par la marquise de Maillé, reprend l’essentiel de la documentation archéologique disponible pour aboutir à la conclusion qu’un premier édifice mérovingien incluait les colonnes et les chapiteaux en marbre toujours présents dans la crypte Saint-Paul en admettant toutefois une reprise romane pour Saint-Ébrégisile. Les relevés de Pierre Rousseau, intégrés à ces travaux, constituent une importante base documentaire toujours utile aujourd’hui, les nombreuses coupes réalisées permettant une lecture globale de l’édifice.

    34Sœur Telchilde de Montessus apporta à cette documentation de nombreuses informations relatives aux suivis des travaux réalisés entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. Ces conclusions aboutissent à l’identification d’un premier édifice mérovingien associé au sarcophage de Théodechilde (première abbesse du monastère) dont une partie des maçonneries subsisteraient au sein du mur oriental actuel. Les chapiteaux en marbre appartiendraient à cette même phase de travaux (Heitz, 1980 ; Montessus, 1984 ; Heitz, 1989 ; Montessus, 1991).

    35Les nouvelles fouilles menées par G.-R. Delahaye à l’ouest des cryptes apportent des données complémentaires à celles de Thiercelin, mais elles sont également augmentées d’observations concernant l’intérieur des cryptes et notamment le mur ouest de Saint-Paul, comme les tombeaux, cénotaphes et sarcophages répartis au sein de l’édifice actuel. Un article paru en 1998 résume les thèses développées par l’auteur qui, pour l’essentiel, rejoignent les analyses précédentes (Delahaye, Périn, 1998). Un premier édifice mérovingien aurait accueilli les tombes des premières abbesses, du fondateur, et de certains hauts dignitaires dès le viie siècle. Ce bâtiment dont subsisteraient les colonnes en marbre isolées et les chapiteaux aurait été couvert en bois dans un premier temps. Rapidement, on aurait élevé le mur occidental actuel de la crypte Saint-Paul avec pour objectif la réduction d’un espace primitif, plus grand, retranché d’une partie de son volume afin de pouvoir établir à l’ouest des cryptes une deuxième couche de sarcophages et d’inhumations, la première ayant atteint les limites de ses capacités. G.-R. Delahaye accrédite une refonte des voûtes au cours de la période romane (xie siècle) et conclut sur le caractère fondateur des inhumations situées dans les cryptes, ces dernières étant en relation avec une première organisation de l’édifice primitif (Delahaye, 2002).

    36Cette lecture peut toutefois être contestée, de nombreux points de cette analyse paraissant infondés. En effet, la chronologie relative des éléments constitutifs des élévations aujourd’hui visibles permet de considérer le mur ouest de la crypte Saint-Paul comme largement antérieur à l’ensemble des volumes actuels, ce dernier servant d’appui aux voûtes, aux supports et à l’aménagement de l’enfeu d’Adon (situé au nord-ouest de la crypte Saint-Paul), celui-ci ayant nécessité la destruction d’une partie de l’appareil décoratif du parement oriental de cette même maçonnerie (fig. 110) (Mecquenem, 2002 ; Mecquenem, 2003). La datation des voûtes de la crypte et leur attribution au xie siècle pourrait également être révisée : le type des chapiteaux de la crypte Saint-Ébrégisile indique incontestablement une réalisation au début du xiie siècle ; les voûtes qui les surmontent sont proches de celles de la crypte Saint-Paul, cette similitude suggérant ainsi une reprise générale des couvertures à cette époque. Les chapiteaux en marbre seraient, de ce fait, en remploi et leur datation (tardo-antique ou haut Moyen Âge) n’aurait plus aucune conséquence sur la chronologie des architectures attenantes.

    110 - Cryptes Saint-Paul et Saint-Ébrégisile, élévations sud-nord.

    Image

    C. de Mecquenem, S. Eusèbe, INRAP, juillet 2006.

    37Par ailleurs, le volume primitif de la crypte Saint-Ébrégisile peut aisément être restitué, son mur occidental étant encore en place avec une partie de ses supports qui ne doivent pas être attribués au xie siècle, mais au début du xiie siècle comme l’indiquent leurs modénatures associées à la présence de griffes géométriques (fig. 110). La division en trois vaisseaux qu’induisent ces supports reprend celle du volume aujourd’hui conservé de sa partie orientale qui comprenait sans doute un accès depuis l’ouest (fig. 110 et 111). La maçonnerie qui intègre ces bases de colonnes adossées s’appuie sans ambiguïté contre les fondations constituées en petit appareil régulier attribuées à l’édifice de l’an mille. Ainsi, ce volume architectural encadrait un espace central dont le mur ouest, utilisant l’élévation partiellement conservée d’un édifice antérieur, était implanté en retrait vers l’est.

    111 - Cryptes Saint-Paul et Saint- Ébrégisile, coupe nord-sud orientale.

    Image

    C. de Mecquenem, INRAP, juillet 2006.

    38En conclusion, cette relecture des cryptes de Jouarre implique l’imbrication de trois états principaux :

    • un premier édifice (antique, tardo-antique, haut Moyen Âge ?) dont l’emplacement et les volumes restent à déterminer (mur ouest de Saint-Paul, fondations arasées présentes devant ce même mur ?) ;
    • une refonte générale vers l’an mille ou au cours de la première moitié du xie avec une intégration dans une grande église Saint-Paul qui atteindra à cette époque son extension maximale ;
    • une importante reprise au début du xiie siècle, avec la mise en place d’un volume latéral au sud (Saint-Ébrégisile) accompagnée d’une refonte complète des voûtements et d’une reprise des élévations de l’église supérieure.

    État et dispositions actuels

    39Les cryptes de Jouarre sont aujourd’hui inscrites dans un volume rectangulaire pour l’essentiel mis en place au xviie siècle puis largement restauré aux xixe et xxe siècles. La construction au cours des années 1840 d’une galerie voûtée adossée aux cryptes a détruit toutes les liaisons entre ces dernières et les substructions de l’église Saint-Paul qui les intégraient. À l’intérieur, les élévations ne sont pour la plupart pas lisibles, d’épais revêtements indatables (xviie-xxe siècle ?) recouvrant les parements des maçonneries. On ne peut donc s’appuyer pour reconstituer l’évolution chronologique de l’édifice que sur les rares zones accessibles et sur les observations des intervenants antérieurs.

    40Les relevés des élévations récemment réalisés permettent d’objectiver les données antérieures, et la réalisation d’un plan général des vestiges situés à l’ouest des cryptes semble conforter la dissociation de certaines parties des élévations existantes avec le plan général précédemment évoqué.

    Dispositions

    41Les cryptes de Jouarre comprennent deux volumes architecturaux adjacents. Le premier, la crypte Saint-Paul, est un volume rectangulaire divisé en deux nefs dans le sens nord/sud par six colonnes isolées réceptionnant les retombées d’arcs en plein-cintre et de voûtes d’arêtes qui couvrent ses douze travées. À l’ouest et à l’est, à la même altitude et selon les mêmes modalités, un bandeau mouluré continu horizontal reçoit les arcs doubleaux et les quartiers des voûtes d’arêtes concernés. Vers l’est, quatre baies paraissent se conformer à des dispositions médiévales, alors qu’à l’ouest les deux fenêtres en place correspondent à une reprise des élévations (xviie, xixe siècles).

    42Le second volume, la crypte Saint-Ébrégisile, a perdu son extrémité occidentale détruite dès le xviie siècle au profit d’un alignement sur la clôture ouest de la crypte Saint-Paul et sa terminaison orientale a été également profondément modifiée, la travée terminale actuelle relevant aussi d’une refonte récente (xviie siècle ?). Ses travées encore intactes sont couvertes de voûtes d’arêtes d’un module inférieur à celles de Saint-Paul.

    Description analytique et archéologique des élévations

    Accès

    43Depuis la refonte des cryptes au xviie siècle, seuls deux accès ont été maintenus, l’un à l’ouest, l’autre au sud. Du côté occidental, la porte principale a été implantée au cours de cette même période, son piédroit nord et son mode de couverture (arc en plate-bande) encore lisible à l’intérieur ne laissant aucun doute quant à cette datation. À l’extérieur, la façade des xviie et xviiie siècles a été profondément modifiée au xixe siècle, un arc en plein-cintre ayant été substitué au linteau droit d’origine6. On ne perçoit aucun dispositif qui évoquerait un état antérieur médiéval, mais l’absence de symétrie à l’intérieur (pilastre appareillé en moyen module côté nord opposé à une paroi rectiligne en retrait côté sud) peut suggérer la présence d’un accès plus ancien ayant une répercussion sur l’organisation des voûtes et des supports, ces derniers relevant sans doute d’une refonte réalisée au début du xiie siècle. L’axe de cette porte ne répond pas à celui du volume de la crypte Saint-Paul vers laquelle elle ouvre, mais il s’aligne en revanche parfaitement sur celui du couloir d’accès souterrain observé par Thiercelin et Delahaye et que les sondages de 2005 rattachent à une phase récente de l’évolution de l’église Saint-Paul (xive-xve, xviie siècles ?). La destruction du sanctuaire superposé aux cryptes semble effective au moment de sa mise en place (rupture des fondations antérieures), cette probable disparition étant postérieure au xve siècle.

    44Une porte latérale sud permettant d’accéder directement dans Saint-Ébrégisile a été totalement reprise et aucune disposition primitive de cet aménagement, entièrement recouvert de revêtements contemporains, n’est aujourd’hui lisible. On peut toutefois supposer l’ancienneté de cet accès (xiie-xve siècles ?) établie par la relation qu’en fait Chastelain pour un état censé représenter les dispositions antérieures aux travaux du xviie siècle (fig. 104). Ce même schéma signale une autre ouverture (porte, fenêtre ?) aujourd’hui totalement disparue, implantée à l’ouest et située au sud de la porte principale, cette dernière étant clairement associée au couloir souterrain voûté qui y mène.

    45Concernant la crypte Saint-Ébrégisile, un accès occidental est également présent, parfaitement centré au sein de cette élévation, il correspond sans doute à un passage médiéval primitif, mais l’état très dégradé de ces maçonneries aujourd’hui encore visibles ne permet pas d’attester cette donnée.

    Plan

    46La crypte Saint-Paul détermine un rectangle de 6 m de large pour 10 m de long (dimensions intérieures) divisé en douze travées par des arcs en plein-cintre reposant au centre de ce volume sur six colonnes isolées. Les épaisseurs des maçonneries sont toutes différentes, la paroi ouest se caractérisant par la plus faible de ces dimensions (0,70 m) opposée à la paroi orientale très épaisse (1,20 m), le mur latéral nord avoisinant quant à lui un mètre de large. À ces irrégularités, il faut ajouter l’adjonction au xviie siècle de supports extérieurs destinés à la réception d’arcs eux-mêmes liés à la mise en place de la chapelle Saint-Martin.

    47Le plan primitif de Saint-Ébrégisile est assez différent puisqu’orienté et plus étendu vers l’ouest. Il comptait au minimum seize travées voûtées d’arêtes, le plan primitif de sa partie orientale ayant été très modifié au xviie siècle (mise en place d’un aménagement circulaire). On peut supposer un état primitif comportant un mur droit aligné sur la paroi orientale de la crypte Saint-Paul, ceci permettant l’aménagement d’un chevet de même plan pour l’église supérieure.

    48On peut aussi proposer un fonctionnement associé à un autre volume symétrique, au nord, à Saint- Ébrégisile, ce dispositif n’étant à ce jour pas attesté (fig. 106).

    Sols

    49Aujourd’hui, il est difficile, voire impossible de restituer les altitudes des différents niveaux de circulation associés aux cryptes et à l’église Saint-Paul7. Concernant cette dernière, on peut supposer une altitude minimale surplombant nettement celui établi dans l’espace central de la crypte. Pour cette partie de l’édifice, la restitution des modifications réalisées peut être tentée grâce aux observations réalisées par Telchilde de Montessus qui relate la présence de deux sols : le « plus récent », constitué de mortier rose, et le sol « primitif », constitué de ciment gris.

    50Les données recueillies par l’abbé Thiercelin et confirmées en 2005 attestent l’existence d’un drain dans le couloir d’accès qui menait à la porte principale. Ce dispositif se poursuivait dans la crypte Saint-Paul en liaison avec ce même sol. De ce fait, cet aménagement (le couloir et ses deux différents sols) appartient à une phase récente (xve-xviie siècles ?), stratigraphiquement déterminée, et non pas à une étape ancienne carolingienne généralement évoquée pour cet aménagement (Mecquenem, Poignant, 2005). Le sol sous-jacent présent dans les cryptes, associé à la mise en place du sarcophage de Théodechilde, appartient sans doute à un premier état que rien ne permet d’attribuer définitivement au haut Moyen Âge ; il paraît lié à la construction du mur oriental des cryptes dont les fenêtres, pour partie encore en place, suggèrent une chronologie assez tardive (début du xiie siècle). Le parement extérieur de la partie basse de cette même maçonnerie est constitué par un petit appareil comprenant des blocs posés à l’oblique, suggérant un rapprochement avec l’édifice élevé vers l’an mille ou au cours de la première moitié du xie siècle. Cette association suggère par conséquent une chronologie au-delà de laquelle la mise en place des sols primitifs de Saint-Paul ne peut remonter.

    51Les carreaux de pavements signalés par Thiercelin à l’intérieur des cryptes attestent la mise en place de sols médiévaux (xiiie-xve siècles ?) remplacés par des tomettes hexagonales aux cours des travaux menées aux xviie-xviiie siècles, attestées par de nombreuses représentations. La construction de l’estrade orientale paraît liée à cette même phase d’aménagement ; sa destruction, au xixe siècle, laisse aujourd’hui par endroits lisibles les vestiges de sols sous-jacents. Le remplacement des dispositifs anciens par un nouveau dallage au cours des dernières restaurations des années 1970-1980 a détruit la majeure partie des aménagements antérieurs.

    52Concernant Saint-Ébrégisile, la même évolution peut être retracée, à la différence de l’absence du sol de mortier rose, ici remplacé par deux niveaux de circulation constitués de carreaux de pavements médiévaux. Tous ces vestiges ont également été détruits par les travaux de restauration récents. On peut toutefois souligner l’altitude légèrement supérieure des sols de Saint-Ébrégisile, différence marquée par une marche toujours présente. La travée orientale de ce même espace est exhaussée d’une hauteur équivalente, les aménagements liturgiques des xviie-xixe siècles étant ici probablement la cause de cette différence.

    Murs

    53À l’extérieur, la majorité des surfaces murales est recouverte d’épais revêtements modernes (façade ouest), voire plus récents pour les élévations latérales sud et nord. Seul le mur oriental permet une lecture partielle de parements pour partie encore conservés. La base des élévations a toutefois été totalement reconstruite suite aux derniers travaux de restauration. Les zones préservées se caractérisent par des assises horizontales en moyen appareil réparties en deux plages aujourd’hui séparées par des massifs de maçonneries rectangulaires établis au xviie siècle afin de supporter des arcs recevant eux-mêmes l’extension nécessitée par la mise en place de la chapelle Saint-Martin. Ces surfaces intègrent chacune deux fenêtres dont l’une d’elles est en partie en place. Sans aucun décor, un arc en plein-cintre extradossé déterminé par des claveaux forme sa partie supérieure et un appui horizontal constitue sa base.

    54À l’ouest, au sein de l’espace voûté qui permet d’accéder au sarcophage dit d’Agilbert une zone parementée est accessible mais elle relève très probablement d’une restauration récente (xixe-xxe siècles ?).

    55À l’intérieur, la plupart des surfaces murales sont aussi recouvertes de revêtements épais qui en interdisent la lecture à l’exception notable du mur ouest de la crypte Saint-Paul et d’une partie de son élévation latérale sud.

    56Pour le mur ouest, cet état s’explique par la mise au jour d’un premier parement originellement masqué par une maçonnerie démontée au xixe siècle. Cette surface a donc miraculeusement échappé aux reprises multiples réalisées du xviie à la première moitié du xixe siècle, les informations liées à la destruction du parement qui la masquait étant de ce fait perdues.

    57Les autres surfaces murales accessibles mettent en évidence la mauvaise cohésion des revêtements et des parements assez dégradés.

    Mur ouest

    58Cette clôture occidentale a fait récemment l’objet d’un nouveau relevé qui formera la base du descriptif qui suit (fig. 110). Concernant Saint-Paul, un mur comprenant un appareil décoratif reçoit à l’ouest les voûtes d’arêtes et les arcs qui la couvrent. Ce parement qui comprend quatre registres horizontaux superposés (parements rectangulaires, cubiques, réticulés et octogonaux) est scandé par des pilastres disposés à distances régulières (1,40 m environ), ces derniers déterminant cinq plages complètes et une autre vers le sud, coupée par un autre pilastre plus large réceptionnant l’un des arcs de la couverture. Au-delà, la mise en place de la porte actuelle (xviie siècle ?) a fait disparaître toute trace des dispositifs antérieurs. À l’opposé, la plage d’appareil décoratif (fig. 103 ter) est bornée par le mur latéral nord de la crypte sans qu’un pilastre identique à ceux précédemment évoqués ne soit ici présent. Ces derniers, très restaurés, comprennent une base rectangulaire et un chapiteau de même plan pourvus de modénatures antiquisantes. La lecture des jonctions entre ces bases et les pilastres montrent que ces éléments ne s’adaptent pas les uns aux autres, le remploi des bases étant probable.

    103 ter - Crypte Saint-Paul. Vue vers le tombeau attribué à Agilbert, et vue du mur à appareil décoratif.

    Image

    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    59Les chapiteaux des pilastres servent d’appui à un bandeau mouluré horizontal en partie en place. La lecture des élévations d’après les relevés effectués lors de la découverte montre qu’un joint vertical, séparant les segments monolithes qui constituent cet élément répond systématiquement à chaque pilastre signalant la cohésion de ce mode de réception de la couverture en pierre de la crypte. Toutefois, les arcs qui séparent les voûtes ne retombent pas sur les pilastres mentionnés suggérant ici l’inadéquation des élévations et des couvertures actuelles.

    60À l’extrémité nord, l’appareil décoratif est moins haut que pour le reste de l’élévation encore en place, ce dernier ayant été supprimé au profit d’une imposte destinée à la réception ouest de l’enfeu dit d’Agilbert. Les espaces situés au-dessus du bandeau mouluré horizontal accueillent au sud deux baies en plein-cintre probablement modernes, et pour la travée nord, une surface murale aveugle. Succédant à la porte principale, une maçonnerie bordée au sud par un pilastre reçoit l’arcade qui permet le passage entre Saint-Paul et Saint-Ébrégisile. Au-delà, la clôture actuelle de cet espace a été mise en place lors de la réduction de ce volume architectural au xviie siècle en intégrant les vestiges des supports primitivement isolés.

    Murs nord, sud et est de Saint-Paul

    61Les élévations latérales de la crypte Saint-Paul comprennent plusieurs enfeus couverts par des arcs segmentaires réceptionnés au nord par un imposant rectangle maçonné plein. Ce dernier repose sur une modénature en doucine évoquant une corniche moderne (xvie-xviie siècles ?) remployée, ce dispositif recouvrant la poursuite du drain établi dans le couloir d’accès ouest. Les enfeus attribués à Adon et Agilbert ne comprennent aucun décor et leurs emplacements se substituent aux parois qui recevaient primitivement les voûtes d’arêtes.

    62La paroi latérale opposée comprend un seul enfeu reposant, vers l’ouest, sur un pilier maçonné doté d’une modénature évoquant la fin du Moyen Âge et, vers l’est, sur le mur oriental de la crypte. Succédant à ce dispositif, deux arcades probablement reprises au xviie siècle assurent la jonction entre Saint-Paul et Saint- Ébrégisile.

    63Le mur oriental comprend quatre baies centrées par rapport aux nefs déterminées par les travées voûtées. Leurs ébrasements simples vers l’intérieur ne comportent aucun décor, mais un bandeau mouluré horizontal très proche de celui présent à l’ouest souligne la jonction des voûtes et de la paroi murale.

    64Le mur oriental a bénéficié d’une observation complémentaire menée par Telchilde de Montessus aboutissant à une analyse chronologique conférant à cette maçonnerie une antériorité interprétée comme le témoin d’un premier état mérovingien. La lecture des schémas établis d’après ce descriptif signale également l’épaississement ponctuel vers l’intérieur de ce même mur oriental à l’angle nord-ouest de la crypte.

    Murs de Saint-Ébrégisile

    65Les élévations de cet espace sont, en grande partie, inaccessibles à toute lecture archéologique. À l’ouest, une clôture établie au xviie siècle (fig. 110, coupe A) interrompt la succession de files de colonnes qui se poursuivait vers l’ouest comme le montre les observations du xixe siècle. Le mur sud ne présente aucun dispositif particulier jusqu’à la séparation nord/sud qui marque la jonction des nefs avec l’organisation de la travée orientale très modifiée à l’époque moderne (fig. 111). Ses parois latérales intègrent au nord, un enfeu accueillant le sarcophage de saint Ébrégisile dont les relevés effectués au xixe siècle suggèrent une mise en place tardive (xve-xviie siècles ?). À l’est, un mur droit termine la travée orientale qui reçoit l’unique voûte d’arêtes couvrant cet espace.

    Baies

    66La crypte Saint-Paul comprend sept ouvertures réparties au sein des murs est et ouest. À l’ouest, ces fenêtres sont aménagées entre les arcs en plein-cintre qui compartimentent les voûtes d’arêtes à l’exception de la travée nord, possible témoin d’un état aveugle primitif. Ces baies relèvent d’une phase récente d’aménagement liée à la mise en place de la chapelle Saint-Martin au xviie siècle. À l’est, les fenêtres en plein-cintre sont intégrées aux parements conservés à l’extérieur, indissociables du mur oriental des cryptes (fig. 112). Dépourvues de décor, ces baies disposent d’un simple ébrasement vers l’intérieur et leurs appuis sont droits. Un léger retrait souligne la fin de l’ébrasement intérieur, réduisant d’autant la largeur de l’ouverture afin de faciliter la pose des fermetures prévues dès l’origine. Leurs axes d’implantation sont déterminés par les travées voûtées qui couvrent le volume architectural.

    112 - Vue extérieure d’une des baies orientales de la crypte Saint-Paul.

    Image

    C. de Mecquenem, INRAP-CIF.

    67Les baies qui éclairent Saint-Ébrégisile sont disposées au sud et à l’ouest. Ces dernières relèvent au mieux du xviie siècle, date de la mise en place de cette maçonnerie. Au sud, le plan assez différent de ces ouvertures par rapport aux baies médiévales de la partie orientale de Saint-Paul suggère également une chronologie tardive (xvie-xixe siècles ?), aucune observation n’étant ici possible, ces parois étant entièrement recouvertes d’épais revêtements récents.

    Supports

    68Concernant la crypte Saint-Paul, les piles circulaires isolées disposées au centre de l’espace actuel constituent les principaux éléments de réception des voûtes. Les fûts monolithes en marbre forment un quadrillage déterminant neuf travées formant elles-mêmes quatre nefs parallèles dans le sens nord/sud. Cet ordonnancement est toutefois limité dans sa partie orientale par la présence des cénotaphes surmontant primitivement des sarcophages de pierre noyés dans un massif maçonné adossé au mur oriental de la crypte. Ce dispositif entraîne la réduction des colonnes en marbre reposant sur cette banquette, état qui peut résulter d’une modification récente mais que les restaurations drastiques des xixe et xxe siècle interdisent de situer plus précisément.

    69Le remploi de marbre antique paraît attesté pour les fûts et les bases de ces supports ainsi que pour les tailloirs des chapiteaux, ces derniers appartenant manifestement à une série stylistiquement attribuable à l’Antiquité tardive.

    70Les pilastres du mur occidental constituent une seconde série d’organes de réception qui soutiennent, par l’intermédiaire de chapiteaux, plusieurs grandes dalles calcaires dont les joints de séparations sont en concordance avec ces derniers. Ces pilastres, composés de blocs calcaires formant des assises régulières, disposent de bases quadrangulaires moulurées conçues pour recevoir des supports de plus grandes dimensions, cette inadéquation suggérant, ici encore, le remploi de ces éléments sculptés.

    71La jonction de la crypte Saint-Paul avec Saint-Ébrégisile a nécessité la mise en place d’un support isolé rectangulaire recevant deux arcades en plein-cintre. La modénature du tailloir coiffant ce support permet son attribution à une phase récente (xve-xviie siècles ?) relevant d’une modification des dispositions antérieures.

    72La crypte Saint-Ébrégisile dispose de supports isolés composés de fûts circulaires en calcaire, taillés en délit et comprenant plusieurs tronçons. Les travées ainsi déterminées, voûtées d’arêtes encadrées d’arcs en plein-cintre, déterminent trois nefs dans le sens nord/sud, d’autres supports adossés contre les maçonneries latérales assurant l’homogénéité de la composition. Vers l’est, une série de colonnes composées d’éléments remployés supporte un linteau séparant la travée orientale, couverte d’une unique voûte d’arêtes. Dans cette partie de l’édifice, les remplois sont nombreux (colonnes en marbre, chapiteaux antiques, imposte romane…) contrastant fortement avec la grande homogénéité des décors associés à la partie occidentale (chapiteaux ornés de masques humains, décors géométrisants, bases pourvues de griffes triangulaires).

    Voûtement

    73Les couvertures maçonnées des cryptes de Jouarre sont composées de moellons revêtus de plâtre, ces matériaux constituant les arcs ainsi que les arêtes des voûtes placées entre ces derniers. Aucun élément appareillé en calcaire n’apparaît, une mise en place de l’ensemble sur des coffrages en bois paraissant de ce fait très probable. Les espaces interstitiels entre les deux cryptes sont couverts par une série d’arcs en plein-cintre contigus dont certains comprennent des claveaux taillés. Aucun vestige d’une éventuelle couverture en bois n’est visible, mais le système de réception des voûtes à l’ouest, dans la crypte Saint-Paul, peut suggérer la mise en place d’une couverture en pierre antérieure.

    Comparaisons et hypothèses de datation

    74En l’état actuel des connaissances disponibles, la datation des cryptes de Jouarre reste difficile à déterminer. Le remploi attesté des chapiteaux interdit un rapprochement chronologique entre ces derniers et l’édifice actuel. La présence de fondations reliant les colonnes isolées aux murs de Saint-Paul rend également impossible toute association entre les cénotaphes orientaux (et les sarcophages du haut Moyen Âge sous-jacents) avec les élévations parvenues jusqu’à nous. Ces données suggèrent, à l’inverse des hypothèses le plus souvent retenues, une dissociation complète du mobilier funéraire (sarcophages et cénotaphes) avec le monument, leur mise en place effectué en deux temps (le sarcophage de Théodechilde d’abord, les autres ensuite) ne relevant que d’une mise en scène des reliques et des tombes des fondateurs, bienfaiteurs et des premières abbesses du monastère.

    75Cette interprétation ne permet donc pas l’attribution globale de l’édifice au haut Moyen Âge, mais elle rend plus compréhensible les incohérences notoires entre certaines parties le constituant. Ainsi, le mur occidental de Saint-Paul appartient à une logique décorative et structurelle divergente de l’organisation générale de l’édifice et antérieure à sa construction.

    76Les données désormais disponibles relatives à l’église Saint-Paul prouvent la présence de trois principaux états dont le plus développé se conforme aux divisions et aux dimensions des cryptes actuelles. Cette convergence rend possible l’existence d’une crypte orientale associée à cet édifice, attribuable à l’an mille, sans pour autant exclure l’intégration d’une construction plus ancienne. L’organisation interne actuelle de Saint-Paul et de Saint-Ébrégisile est associée à plusieurs éléments décoratifs et architecturaux qui ne laissent aucun doute quant à leurs attributions au début du xiie siècle ou au plus tôt aux années 1100. La coupe réalisée par sœur Telchilde de Montessus sur le mur oriental des cryptes établit sans ambiguïté l’association du premier état du sol de Saint-Paul avec la maçonnerie qui intègre à l’extérieur deux baies en plein-cintre entourées d’un moyen appareil régulier dont la datation ne peut remonter au-delà de la fin du xie ou du début du xiie siècle, cet état surmontant des fondations attribuables à l’an mille (petit appareil en arête-de-poisson).

    77Ainsi, le plan général des cryptes intégrant deux volumes principaux, aligné à l’est sur un chevet plat paraît relever d’une refonte générale du sanctuaire menée aux environs des années 1100, intégrant un accès occidental depuis le bas-côté sud de l’église supérieure. La question d’un éventuel volume symétrique à Saint-Ébrégisile établi au nord reste posée, aucune donnée archéologique n’établissant pour le moment son existence.

    78Les comparaisons que l’on pourrait établir entre l’état roman des cryptes avec des édifices existants renvoient à des formulations courantes entre la seconde moitié du xie siècle et le xiie siècle, notamment concernant le type de couverture mettant en œuvre des voûtes d’arêtes encadrées d’arcs en plein-cintre. Pour autant, il n’existe pas d’édifice strictement proche des cryptes de Jouarre, leur plan et leurs élévations étant en partie influencés par l’intégration d’éléments antérieurs.

    79La datation du mur occidental appartenant à un édifice plus ancien contre lequel a été adossée la crypte Saint-Paul est plus délicate. Antérieure au début du xiie siècle, sa construction ne correspond en aucune façon au volume de la crypte Saint-Paul et son orientation divergente par rapport à l’axe d’implantation de l’église de l’an mille ne permet pas son association avec cet état. Son appartenance à un autre ensemble paraît très probable, son isolement ne facilitant pas la compréhension du contexte monumental dans lequel il s’intégrait. Sa chronologie est de même difficile à établir, son seul parement visible à l’est, avec son appareil ornemental et ses registres horizontaux, suggérant des rapprochements avec des constructions gallo-romaines et médiévales.

    Aménagements liturgiques et divers

    Le décor

    Décor peint

    80Aucun décor de ce type n’a été mentionné dans les cryptes, les restaurations successives menées aux cours des xviie, xviiie, xixe et xxe siècles ayant par ailleurs totalement détruit la majeure partie des revêtements anciens.

    Pavement

    81Les revêtements actuels composés de dalles calcaires sont majoritairement récents (xixe-xxe siècles), mais certains croquis du xixe siècle mettent en évidence la présence de carreaux de pavement attribuables au plus tôt au xiiie siècle sinon aux siècles suivants (xive-xve siècles). Les observations de sœur Telchilde confirment la présence d’un lit de pose sableux probablement destiné à la réception de carreaux du même type dans la partie orientale de Saint-Paul. Ces dispositifs ont été par la suite remplacés par des tomettes hexagonales signalées par l’iconographie disponible.

    Enfeus

    82La crypte Saint-Paul comprend trois enfeus répartis le long de ses murs latéraux, deux au nord et l’autre au sud. L’élévation latérale septentrionale est divisée en deux par un massif quadrangulaire maçonné qui reçoit les arcs segmentaires couvrant les enfeus attribués à Agilbert (à l’ouest) et à Adon (à l’est). Cette maçonnerie ne peut être antérieure aux voûtes actuelles de la crypte, les arcs de couvertures des enfeus sectionnant les retombées des doubleaux et des voûtes d’arêtes. Vers l’ouest, la réception de l’arc de l’enfeu attribué à Agilbert repose sur une imposte dont la modénature est identique à celle du bandeau mouluré qui coiffe l’élévation du mur ouest, cet élément ayant probablement été déplacé à l’occasion de la construction de l’enfeu concerné.

    83Au sud, l’enfeu attribué à Agilberte est couvert par un arc en plein-cintre reposant à l’est sur une imposte dont le profil est proche de celui du bandeau mouluré recevant à l’est les voûtes de la crypte. Vers l’ouest, il repose sur un pilier maçonné attribuable au mieux à la fin du Moyen Âge. Ces différents enfeus accueillent des sarcophages reposant ponctuellement sur des banquettes maçonnées ou directement posé au sol (sarcophage attribué à Agilbert). Pour l’enfeu d’Adon, une tombe construite en plâtre a été observée sous le couvercle aujourd’hui encore en place.

    84Concernant saint Ébrégisile, l’enfeu attribué à l’emplacement de sa sépulture est aménagé contre l’élévation nord de la travée orientale. L’arc segmentaire qui le couvre a été en partie relevé avant les restaurations des xixe et xxe siècles, ce document permettant de déceler l’alternance de claveaux courts et longs qui signale une mise en œuvre tardive de cet aménagement (xive-xvie siècles). Le sarcophage en pierre sous-jacent à fait l’objet de nombreuses investigations, sa présence n’ayant toutefois aucune corrélation chronologique avec les architectures environnantes.

    85La même remarque peut être étendue aux enfeus de la crypte Saint-Paul, même si plusieurs états sont perceptibles au travers de changements d’orientation de leurs parois internes. Il est aujourd’hui difficile d’associer ces différents indices à un état plus ancien des enfeus, la présence de maçonneries diachroniques liées à l’évolution générale de l’édifice étant également envisageable.

    Plates-tombes, gisants

    86Aucune plate-tombe n’est présente dans les cryptes, mais on peut noter la mise en place du gisant attribué à Ozanne. Cette sculpture la représente parée d’une couronne royale selon les modes de représentation en cours au début du xive siècle, un sarcophage trapézoïdal en pierre étant placé sous le gisant (fig. 129).

    Sarcophages

    87Les cryptes comprennent plusieurs sarcophages qui, pour la plupart, sont présents sous les cénotaphes orientaux de Théodechilde, Balde, Mode, Agilberte et Ébrégisile, certains étant en calcaire et d’autres en plâtre. Le plus connu d’entre eux, celui attribué à Agilbert (fig. 103 bis), comprend un décor sculpté sur une des parois latérales de sa cuve (Christ et orants ?) et sur le panneau extérieur de tête (Christ et tétramorphe).

    103 bis - Crypte Saint-Paul. Vue vers le tombeau attribué à Agilbert, et vue du mur à appareil décoratif.

    Image

    J.-F. Amelot, Amelot Photo (2015).

    Inscriptions

    88Le cénotaphe de Théodechilde comprend sur ses parois latérales deux panneaux en calcaire sculptés qui comprennent une inscription dont les caractéristiques stylistiques et épigraphiques établissent l’attribution à la période carolingienne. Ces éléments ne sont pas en place, mais participent d’un aménagement postérieur à la construction des élévations au début du xiie siècle.

    Conclusion

    89La datation des cryptes de Jouarre élaborée au xixe siècle, suite aux fouilles de l’abbé Thiercelin et aux travaux de Réthoré, s’inscrit dans une démarche largement tributaire d’une quête identitaire ne laissant que peu de place à l’analyse objective des faits. L’identification des cryptes comme les vestiges demeurés en place de la première église mérovingienne rejoint en effet les préoccupations du moment tournées vers la reconstitution et l’appropriation d’un passé jalonné de repères fiables contribuant ainsi à la légitimation historique de l’abbaye de Jouarre, alors réinstallée depuis peu dans ses anciens locaux.

    90La focalisation excessive autour des chapiteaux en marbre et leur attribution à la période mérovingienne ont grandement contribué à l’occultation d’un contexte beaucoup plus complexe. La prise en compte sans recul de données lacunaires a inscrit les cryptes de Jouarre au sein du très restreint corpus des élévations mérovingiennes encore préservées sur le territoire national, rendant ainsi encore plus délicate une remise en cause de cette attribution.

     

    91La lecture proposée ci-dessus identifie trois étapes principales concourant à la composition de l’état actuel des cryptes :

    • La construction du mur occidental (appareil ornemental) participant d’un édifice aujourd’hui méconnu et antérieur à l’an mille ;
    • L’éventuelle mise en place d’un premier volume (crypte Saint-Paul) au cours de la première moitié du xie siècle8, en concordance avec la construction de l’église supérieure ;
    • La refonte de l’ensemble au début du xiie siècle, incluant la mise en place des voûtes actuelles, le remploi des chapiteaux en marbre et la construction de Saint-Ébrégisile ainsi que la recomposition des cénotaphes et des tombes sous-jacentes.

    92En parallèle à ces propositions, on peut avec certitude attribuer à la période mérovingienne les vestiges d’un bâtiment situé à l’ouest des cryptes et inscrit dans le plan de l’extension maximale de l’église Saint-Paul, réalisée entre l’an mille et la première moitié du xie siècle. La compréhension exhaustive des différents états constituant les cryptes ne pourra aboutir avant une analyse poussée de l’édifice et de ses matériaux, cette démarche étant nécessairement adossée à un dossier documentaire cohérent qui reste à réaliser.

    113 - Essai de synthèse par superposition des plans depuis 1840 et suggestion de chonologie.

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    Infographie P. Gillon, 2010.

    114 - Localisation des chapiteaux mérovingiens (en noir), sur fond de plan de Pierre Rousseau.

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    P. Rousseau et P. Gillon.

    118 - Relevé des chapiteaux en marbre de la crypte Saint-Paul par A. Berty, vers 1850. De gauche à droite et de haut en bas : n° 5, 3, 4 et n° 1, 2, 6. (MAP).

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    P. Gillon.

    Bibliographie

    Sources, études et rapports non publiés

    Vita sanctae Lutgardis, virginis Ordinis Cisterciensis, auctore Thoma Cantipratano coevo ex tribus mss, dans Acta Sanctorum, juin, t. III, col. 251. – « Généalogie des fondateurs de l’abbaye de Juerre et de la chapelle de sainct premier hermite », BNF lat. 12780, fol. 475-476 (XVIIe s.), éd. Guérout, 1961a, p. 56-62. – DELAHAYE Gilbert-Robert (1989) – Sauvetage suite aux travaux d’assainissement des cryptes, rapport de fouilles, SRA Île-de-France, 1989. – MAJESKI Vincent (2003) – L’application de la règle de saint Colomban selon Jonas de Bobbio, Mémoire de DEA préparé sous la direction de M. Yves Sassier, Université Paris IV-Sorbonne. – MECQUENEM Claude de, POIGNANT Sébastien (2005) – Rapport final d’opération, Jouarre, Place Saint-Paul, Seine-et-Marne (77), INRAP-CIF, SRA Île-de-France, février-avril 2005.

    Bibliographie sélective

    FÉVRIER, 1991. – CHASTELAIN, 1709, p. 744-753. – COQUET, 1970. – DELAHAYE, PÉRIN, 1998. – DELAHAYE, 2002. – GILLON, LAPORTE, 2018, p. 388-393. – GOETZ, 1961. – HEITZ, 1980. – HEITZ, 1989. – MAILLÉ, 1971. – MECQUENEM, 2002. – MECQUENEM, 2003. – MECQUENEM, 2006. – MONTESSUS, 1970. – MONTESSUS, 1984. – MONTESSUS, 1991. – RÉTHORÉ, 1889. – SAPIN, 2014, p. 62-63, 263. – WATKINSON, 1990.

    Notes de bas de page

    1 Récit d’un témoin, Jouarre, 1991, 88 p., ci-après Montessus, 1991.

    2 Participants : Jean-Louis Bernard, Catherine Brut, Denis Defente, Gilbert-Robert Delahaye, Claude Dubois, Marc Durand, Fabrice Foucher, Thierry Galmiche, Pierre Gillon, Aurélien Gnat, Lorène Gnat-Bécart, Rollins Guild, François Herber-Suffrin, Fabrice Henrion, Jean-Pierre Laporte, Claude de Mecquenem, Christian Sapin, Mère Aguilberte de Suremain, Marc Viré. Les entretiens ont fait l’objet d’un rapport de 31 pages (inédit).

    3 Carte archéologique de la Gaule, La Seine-et-Marne, Paris, 2008, p. 595-598. – Ce paragraphe a été ajouté par P. Gillon.

    4 En 1984, il a été procédé à l’inventaire des reliques de Jouarre, conservées dans des coffrets du xviie siècle. Les reliques de sainte Telchilde, entourées de linges de soie, comprenaient des ossements adultes et de la poussière contenant des éléments de bronze et des fils d’or de facture mérovingienne (note inédite de J.-P. Laporte).

    5 La façade occidentale de l’église Saint-Paul a souvent été restituée à une faible distance des cryptes, hypothèse infirmée par les découvertes réalisées en 2005 (Goetz, 1961 ; Mecquenem, Poignant, 2005).

    6 La mention par la marquise de Maillé d’un arc en plein-cintre qui aurait été à l’origine l’accès primitif à la crypte Saint-Paul paraît contredite par les relevés de Garrez qui signale une porte moderne encore en place au milieu du xixe siècle (Maillé, 1971).

    7 Il faut ici mentionner la découverte au xixe siècle d’une partie d’un sol médiéval (carreaux de pavement) posé sur un lit de sable jaune situé au-devant des cryptes à une altitude non mentionnée mais recouvrant les sarcophages et inhumations sous-jacents (Maillé, 1971).

    8 Si ce n’est avant pour un premier chevet (observation de Christian Sapin).

    Auteurs

    • Pierre Gillon

      Architecte-historien, chercheur associé à l’EA-TRAME 4284, Université de Picardie Jules Verne

    • Claude de Mecquenem

      Archéologue INRAP

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    1 Récit d’un témoin, Jouarre, 1991, 88 p., ci-après Montessus, 1991.

    2 Participants : Jean-Louis Bernard, Catherine Brut, Denis Defente, Gilbert-Robert Delahaye, Claude Dubois, Marc Durand, Fabrice Foucher, Thierry Galmiche, Pierre Gillon, Aurélien Gnat, Lorène Gnat-Bécart, Rollins Guild, François Herber-Suffrin, Fabrice Henrion, Jean-Pierre Laporte, Claude de Mecquenem, Christian Sapin, Mère Aguilberte de Suremain, Marc Viré. Les entretiens ont fait l’objet d’un rapport de 31 pages (inédit).

    3 Carte archéologique de la Gaule, La Seine-et-Marne, Paris, 2008, p. 595-598. – Ce paragraphe a été ajouté par P. Gillon.

    4 En 1984, il a été procédé à l’inventaire des reliques de Jouarre, conservées dans des coffrets du xviie siècle. Les reliques de sainte Telchilde, entourées de linges de soie, comprenaient des ossements adultes et de la poussière contenant des éléments de bronze et des fils d’or de facture mérovingienne (note inédite de J.-P. Laporte).

    5 La façade occidentale de l’église Saint-Paul a souvent été restituée à une faible distance des cryptes, hypothèse infirmée par les découvertes réalisées en 2005 (Goetz, 1961 ; Mecquenem, Poignant, 2005).

    6 La mention par la marquise de Maillé d’un arc en plein-cintre qui aurait été à l’origine l’accès primitif à la crypte Saint-Paul paraît contredite par les relevés de Garrez qui signale une porte moderne encore en place au milieu du xixe siècle (Maillé, 1971).

    7 Il faut ici mentionner la découverte au xixe siècle d’une partie d’un sol médiéval (carreaux de pavement) posé sur un lit de sable jaune situé au-devant des cryptes à une altitude non mentionnée mais recouvrant les sarcophages et inhumations sous-jacents (Maillé, 1971).

    8 Si ce n’est avant pour un premier chevet (observation de Christian Sapin).

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    Gillon, P., & Mecquenem, C. de. (2019). Jouarre. Les « cryptes de Jouarre ». In P. Gillon & C. Sapin (éds.), Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91333
    Gillon, Pierre, et Claude de Mecquenem. « Jouarre. Les “cryptes de Jouarre” ». In Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, édité par Pierre Gillon et Christian Sapin. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.91333.
    Gillon, Pierre, et Claude de Mecquenem. « Jouarre. Les “cryptes de Jouarre” ». Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, édité par Pierre Gillon et Christian Sapin, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91333.

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    Gillon, P., & Sapin, C. (éds.). (2019). Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91148
    Gillon, Pierre, et Christian Sapin, éd. Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.91148.
    Gillon, Pierre, et Christian Sapin, éditeurs. Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91148.
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