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    Plan détaillé Texte intégral Localisation et environnement Cadre historique et sources L’église des Saints-Apôtres La crypte Interprétation et datation Perspectives de recherches Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La crypte disparue de l’abbatiale Sainte-Geneviève

    (Paris, Ve arr.)

    Pierre Gillon et Marc Viré

    p. 94-104

    Texte intégral Localisation et environnement Cadre historique et sources L’église des Saints-Apôtres La crypte Sources documentaires écrites et graphiques La crypte avant les travaux de 1620-1624 La crypte après les travaux de 1620-1624 Historique des recherches et fouilles État et dispositions actuels Description générale et essai de restitution Aménagements liturgiques et funéraires Interprétation et datation Perspectives de recherches Bibliographie Sources manuscrites Études Sources imprimées Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Si la grande crypte dédiée à la sainte patronne de Paris a disparu avec l’église abbatiale sous Napoléon Ier, il est possible d’évoquer son état médiéval, malgré une rénovation quasi totale en 1620-1624, à travers l’analyse des plans et dessins réalisés peu avant sa démolition.

    Localisation et environnement

    2L’ancienne église abbatiale et sa crypte démolies en 1807 se trouvaient situées, pour les deux tiers, sous le sol de la rue Clovis, contre le flanc sud de l’église paroissiale Saint-Étienne-du-Mont, et pour le tiers restant sous le lycée Henri IV, sous le bâtiment d’accueil et sous une cour. Il subsiste le clocher (xie-xve siècles) et une partie des bâtiments monastiques, dont l’aile ouest médiévale, comprenant le cellier et le réfectoire de la fin du xiie siècle (fig. 56).

    56 - Localisation de l’église collégiale Sainte-Geneviève et des bâtiments claustraux, au côté de l’église paroissiale Saint-Étienne-du-Mont

    Image

    P. Gillon.

    Cadre historique et sources

    3Après la mort de Geneviève vers 502, Clovis élève en son honneur une basilique dédiée aux Saints Apôtres, qu’achève Clotilde après sa mort en 511 (Vita I, écrite vers 520). Successivement y sont enterrés Clovis, les fils de Clodomir, la fille de Clovis puis Clotilde en 544, inhumée dans le sacrarium de la basilique, auprès du tombeau de Geneviève où de nombreuses guérisons sont attestées (Grégoire de Tours, In Gloria Confessorum, 89 ; discussion sur la basilique primitive dans Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 168-169 ; Id., 1977, p. 207 ; Périn, 1985, p. 150 ; Duval et al., 1992, p. 116-117).

    4Le culte liturgique de Geneviève est attesté dès la seconde moitié du vie siècle (lectionnaire de Luxeuil). L’élévation de son corps a sans doute eu lieu lors de la réalisation d’un tombeau orné d’or, d’argent et de gemmes par Éloi vers 630 (Vita Eligii, I, 32 ; Dubois, 1965, p. 330 ; Dubois, Beaumont-Maillet, 1985, p. 75-76). Dès 811 (Lasteyrie, 1887, n° 29), Geneviève supplante les Apôtres dans la titulature de la basilique. Avec les invasions normandes, la communauté connaît un premier exode à Athis et Draveil en 856-857, puis un second à Marizy Sainte-Geneviève de 858 à 863 (Dubois, Beaumont-Maillet, 1982, p. 78). Au retour, le corps de la sainte n’est pas replacé dans la crypte où il était auparavant, mais sur l’autel des Apôtres : non in cryptam unde educta fuerat prius, sed super altare Apostolorum eam composuimus (Miracula post mortem, BHL 3342). Lors du dernier siège des Normands en 885, la châsse est abritée derrière les remparts de l’île de la Cité d’où elle protège la ville, selon Abbon, puis les reliques sont ramenées définitivement dans la basilique.

    5Après une relance de la communauté vers l’an mille, le xiie siècle voit Geneviève propulsée à un renom national avec le miracle des Ardents : cent malades atteints d’ergotisme guéris après avoir touché la châsse apportée dans la cathédrale le 26 novembre 1129 ou 1130 (Dolbeau, 1983, p. 154 ; Dubois, Beaumont-Maillet, 1985, p. 80). C’est alors que s’organisent les processions des châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel pour obtenir la pluie, suivant un cérémonial qui deviendra immuable. En 1148 Suger, après avoir tenté vainement de remplacer par des moines les chanoines de Sainte-Geneviève, coupables d’avoir molesté le roi par inadvertance lors d’une visite du pape, impose leur rattachement à Saint-Victor (Bautier, 1991, p. 49-50).

    6À partir du xiiie siècle, l’abbé et le chancelier de Sainte-Geneviève jouent un rôle prépondérant dans l’encadrement de l’Université de Paris (Raunié, Prinet, 1914, p. 376-403). L’abbé devient juge apostolique en 1404. Nommé par le roi en 1619, le cardinal de La Rochefoucauld réforme l’abbaye avant d’être chargé par le pape de la réforme de tous les établissements religieux puis d’être promu à la tête du Conseil du Roi. En 1624, l’abbaye réformée devient le siège de la Congrégation des chanoines réguliers de France (Ibid., p. 410-413) et fait l’objet d’importantes transformations (Échalier, 2005, p. 77-139). Les bâtiments monastiques sont affectés dès 1802 au lycée Napoléon (puis lycée Henri IV) et l’église, fermée en 1790, est pillée puis démolie fin 1807 après trois mois de fouilles pour tenter de retrouver les corps de Clovis et Clotilde.

    L’église des Saints-Apôtres

    7Le plan de l’église mérovingienne est inconnu. Tout au plus la disposition des sarcophages non déplacés des vie et viie siècles, retrouvés en 1807, laisse-t-elle à penser que la nef primitive correspondait, en gros, au vaisseau central de la nef du xiie siècle (Périn, 1985, p. 151). De cette église primitive subsistaient des colonnes de marbre en remploi et un chapiteau mérovingien retaillé dans le premier quart du xiie siècle (Musée du Louvre : Gaborit, 2005, p. 368).

    8C’est par une surinterprétation d’une charte de Robert le Pieux qui ne mentionne que les dons faits au claustrum (Lasteyrie, 1887, n° 79), et de l’obituaire qui cite la décoration d’or et d’argent du devant d’autel, qu’on a attribué à Robert le Pieux la reconstruction de l’église : May Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 173-174, a proposé d’attribuer au xie siècle l’arc du bas-côté nord du chœur visible sur la coupe gravée par Ollivier (Lenoir, 1867, pl. IX) ; cette attribution est confortée par l’abbé Lebeuf qui mentionne de ce côté un pilier avec un chapiteau du xie siècle, lequel se serait trouvé presqu’enterré lors du rehaussement du sanctuaire au xiie siècle (Lebeuf, rééd. 1883, I, p. 234). Millin précise qu’il s’agissait d’un chapiteau sur une grosse colonne de six pieds, orné de larges feuilles d’acanthe rustiques entre deux gros tores, surmonté d’un tailloir massif débordant en biseau (Millin, 1799, n° LX, p. 56). La ou les chapelles rectangulaires encadrant le déambulatoire évoquent un chevet du xie siècle, comme on le verra plus loin. La construction d’un clocher, dont subsisterait le premier niveau (base de la « tour Clovis »), est attestée vers 1080-1085 par l’obituaire.

    9Les nombreux chapiteaux et tailloirs, à décor d’entrelacs, de rinceaux et de palmettes, partagés entre le Musée du Louvre et le Musée du Moyen Âge (Thermes de Cluny), témoignent d’une reconstruction du chœur peu après 1130 (Dectot, 2005 ; Marquette, 2008 ; Berné, 2018). À cette reconstruction, qui correspondrait au doyennat du puissant chancelier Étienne de Garlande (1110-1141), pourraient appartenir des travaux dans la crypte : un tailloir (voir plus loin) et un petit chapiteau (perdu) à décor de volutes et palmettes, aux tiges reliées par un ruban perlé, auraient été exhumés des décombres de la crypte (Lenoir, 1867, p. 64 et pl. XV-II ; Giteau, 1961, p. 31).

    10La nef et ses bas-côtés (41,50 m de long pour neuf travées, avec un vaisseau central large de 8 m) formaient un ensemble hétérogène. Les quatre travées les plus proches du sanctuaire, aux piles rectangulaires (correspondant au chœur canonial enclos d’un jubé), appartenaient sans doute au xie siècle. Les cinq travées suivantes présentaient une alternance de piles fortes et de piles faibles. Les piles fortes étaient ornées de chapiteaux illustrant la Genèse et le Zodiaque, datés en dernier lieu des années 1110-1120 (Dectot, 2005, p. 46-55 ; cf. Giteau, 1961, p. 13-27). Le voûtement de l’église ou sa reprise – Millin notait les arcs d’ogive à décor dentelé au-dessus du chœur – et la surélévation des bas-côtés ont été l’œuvre de l’abbé Étienne de Tournai : en 1188-1190, il fait appel aux dons pour la rénovation de l’église dont les charpentes et toitures ont été ruinées par un incendie (lettres 175 à 182, éd. Desilve, 1893). Trois lettres évoquent d’anciennes mosaïques (musivus) sur les murs incendiés (Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 175-177 ; Id., 1961).

    La crypte

    Sources documentaires écrites et graphiques

    11La crypte est documentée par :

    • les planches dessinées par Alexandre Bourla d’après les relevés de son père et publiées dans la Statistique monumentale de Paris sous la direction d’Albert Lenoir : plan de la crypte, coupes longitudinale et transversale, et détail de la partie centrale montrant le tombeau de sainte Geneviève entouré d’une grille (Lenoir, 1867, pl. V, VI, IX, X et XV) (fig. 57, 58) ;

    57 - Plan de la crypte publié par Lenoir (1867) d’après les restitutions de Bourla (1850).

    Image

    Coll. privée.

    58 - Coupe longitudinale ouest-est publiée par Lenoir (1867) d’après Bourla (1850).

    Image

    Coll. privée.

    • les notes et dessins de Bourla père (BNF Estampes ; BHVP, ms 3676-3676 bis, avec relevé de la crypte en 18071, fig. 59) ;

    59 - Relevé de la crypte (en rouge) superposée au chevet (en noir), par A. Bourla père, 1807.

    Image

    BHVP, fonds Bourla, ms 3676 bis.

    • les aquarelles des fouilles et de la crypte par le même, réalisées en 1850 d’après les dessins de son père (BNF, Estampes) (fig. 60, 61) ;

    60 - Vue générale des fouilles de la nef en 1807, par A. Bourla fils (1850), d’après les dessins de son père.

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    BNF Est., coll. Destailleur, Rés. FOL-VE-53. Bibliothèque nationale de France.

    61 - « Vue générale de la crypte de l’abbaye Sainte-Geneviève après la profanation des tombeaux en 1793 », réalisée par A. Bourla fils (1850), d’après les dessins de son père.

    Image

    BNF Est., coll. Destailleur, Rés. FOL-VE-53. Bibliothèque nationale de France.

    • les élévations des tombeaux des saints Céran ou Céraune et Prudence, dessinées pour Gaignières (BNF, Estampes) (fig. 62) ;

    62 - Tombeau de saint Céran dans la crypte.

    Image

    BNF Est., coll. Gaignières. Bibliothèque nationale de France.

    • un autre plan de la crypte, annexé au cahier d’adjudication de la démolition de 1807, est connu par une photographie (MAP, AP61P01039) (fig. 63) ; ce dessin précise le voûtement de la crypte et présente plusieurs différences avec le plan de Lenoir.

    63 - Plan de la crypte annexé au cahier des charges de la démolition en 1807.

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    Ministère de la culture. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Diffusion RMN-GP.

    12On verra plus loin, après confrontation avec ce plan, que les restitutions graphiques réalisées par Bourla ne peuvent être considérées comme des relevés. Il est clair qu’il s’agit de reconstitutions, on y détecte diverses erreurs et contradictions.

     

    13Pour ce qui est des descriptions anciennes, il faut distinguer deux états : avant et après la rénovation de 1620-1624. Les mentions médiévales sont peu nombreuses. L’une d’elles témoigne qu’en 1140, selon la coutume, donc suivant une longue tradition, c’est dans la crypte qu’étaient célébrées les messes paroissiales (comme à Saint-Victor, et sans doute à Saint-Cloud), sur l’autel Notre-Dame : in altari Beate Marie, quod est in cripta, secundum consuetudinem (dotation du chanoine Geoffroy pour la fondation d’une chapellenie, 1140 : Lasteyrie, 1887, I, p. 273, n° 282 ; Lebeuf, rééd. 1883, I, p. 246 ; Raunié, Prinet, 1914, p. 607-610). Il en sera ainsi jusqu’à la création de Saint-Étienne-du-Mont au début du xiiie siècle. L’abbé Lebeuf donne la liste des autels de la crypte, connus par des titres du xve siècle : la chapelle de la Vierge, devenue un moment chapelle Saint-Jean puis chapelle de la Vierge à nouveau, et les chapelles de saint Céraune ou de saint Remi, de saint Prudence, de saint Denis, enfin des saintes Agnès et Cécile (Lebeuf, rééd. 1883, I, p. 236-237).

    La crypte avant les travaux de 1620-1624

    14« L’on tient que la Chappelle sousterraine, vulgairement apellee la Cave, qui est encor dessous le premier Cœur de ceste Eglise, estoit de grande antiquité, des que Clovis fit eslever la nouvelle Eglise […]. En celle aussi dont nous traitons, on veoit encor trois tombeaux de pierre, desquels celuy du milieu est de la vierge Geneviesve ; l’autre de Prudent, huitiesme evesque de Paris ; et le troisiesme, qui est du costé de midy, est de sainct Ceran 25. evesque de Paris […] et est reclamé pour le mal des dents : comme il appert par les vers qui sont gravez au bas de son image demeuree en ladicte cave » (Du Breul, 1612, p. 268-269, reprenant Le Juge, 1586, p. 174-179).

    15Quant à Clovis, il reposait « au mylieu du chœur, en un petit caveau » (Le Juge, 1586, p. 174), qui aurait contenu également les corps de Clotilde (contra : en 1585 Van Buchel note que le tombeau de Clotilde se trouve dans la crypte de sainte Geneviève : Langeraad et Vidier, 1899), de leur fille de même nom, et des enfants de Clodomir assassinés, Theodebald et Gontran (Du Breul, 1612, p. 273) ; ce caveau se serait trouvé à l’extrémité orientale de la nef, juste devant les escaliers de la crypte (Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 181-182). « Sur le caveau, où le corps du Roy Clovis, fondateur de ceste Abbaye, fut inhumé, l’on void le tombeau de ce Roy, eslevé de la hauteur de deux pieds : au dessus duquel est sa statuë, que la figure qui suit represente. » (Du Breul, 1612, p. 271, qui donne la représentation du gisant du xiiie siècle aujourd’hui à Saint-Denis). La crypte conservait aussi les reliques de sainte Aude. Dans la nef était le chef de saint Baudèle, invoqué pour les enfants emprisonnés.

    La crypte après les travaux de 1620-1624

    16Le cardinal François de La Rochefoucauld, nommé abbé de Sainte-Geneviève (1619-1634), fait entreprendre aussitôt par l’architecte Jacques Lemercier la rénovation de la crypte, ainsi que du chœur et du sanctuaire, avec un édicule à colonnes pour mettre en valeur la châsse de sainte Geneviève (vers 1620-1624 : Gady, 2005, p. 226-227). Le continuateur de Du Breul la décrit ainsi : « Ce seigneur… a fait reparer tout de nouveau, iusques à la Cave où est le sepulchre de la vierge saincte Geneviesve, ausquels saincts lieux on ne void que pilliers de marbre, de jaspe, porphyre & albastre, tableaux, peintures, aux autels du chœur & nef de l’Eglise & de la Cave… » […] « Partout dans l’Eglise & Cave d’icelle, les anciens monumens de pieté, epitaphes, inscriptions memoriaux, & autres pieces d’antiquité, ont esté par luy soigneusement recueillies & renouvelees en leurs propres lieux, sans y rien changer ny alterer… » (Du Breul, 1639, p. 201-204).

    17La description de Malingre n’est guère différente : « La Cave ancienne où fut inhumé le corps de Saincte Geneviesve, toute rompue d’antiquité, a esté aussi toute renouvellée par le mesme Seigneur Cardinal. Le sepulchre de la Saincte est refait & posé sur un piedestail, aux costés duquel sont lames de jaspe, & vers l’Autel deux pilliers de marbre blanc, enfermés de grilles de fer. Au devant est un Autel tres bien orné, où se dit journellement la Messe, & au-devant deux pilliers de jaspe, & les Chapelles des deux costez de ceste cave, & celle qui est au chef d’icelle sont garnies de pilliers de jaspe, toutes renouvellées, & enrichies de beaux Autels de bois doré, de tableaux, peintures, et de vitres nouvelles. Derriere le sepulchre de Ste Geneviesve, aux deux costez contre les deux murs sont les deux sepulchres en deux niches, qui estoient anciennement aux deux costez de celui de ceste Ste Vierge fermé de grilles. Bref pour descendre en ceste cave, il y a maintenant 2 beaux escaliers de pierre de taille aux deux costez des deux portes du chœur, à main droite & à main gauche. » (Malingre, 1640, p. 160).

    18Quelques précisions chez Germain Brice : « Dans la cave de cette Eglise, on verra le Tombeau de sainte Geneviève, où il ne reste plus rien du Corps de cette Sainte, qui est tout entier dans la Chasse jusques aux planches de sa biere. Ce tombeau est de marbre & sans aucun ornement. À un des bouts sur un Autel qui est entre deux Piliers, il y a une Croix garnie de quelques Agates avec un Ecce Homo au pié, d’une seule piece de corail tres-bien travaillée. Ces choses viennent du Cabinet du R. P. du Molinet qui en a fait present ; il y a encore deux autres Tombeaux tres-anciens, de deux Evêques de Paris, qui sont morts en odeur de sainteté, & que l’on invoque même pour quelques maladies particulieres. » (Brice, 1685, t. 2, p. 24-25).

    19Millin précise que ces piliers de jaspe étaient des colonnes toscanes en brèche d’Alep, donc un marbre rose, ainsi que le représente la vue aquarellée de la crypte par Bourla (Millin, 1799, n° LX, p. 92).

    Historique des recherches et fouilles

    20Avant la démolition de l’église pour l’ouverture de la rue Clovis, le préfet Frochot chargea les architectes Rondelet, membre de l’Institut, Bourla, architecte des Domaines, et Lenoir, administrateur du Musée des Monuments français, de surveiller des fouilles dont le but principal était d’exhumer les restes de Clovis et de Clotilde. Les fouilles commencèrent le 20 avril 1807 par la crypte. Seul en témoigne le compte rendu inédit d’Alexandre Bourla fils, rédigé longtemps après, vers 1850 :

    « Le sol fut fouillé en tous sens et à une profondeur de plusieurs mètres. On ne retrouva que les ossements de deux corps en position, consumés de vétusté, et ils se trouvaient à 0,81 m en contrebas du sol de l’aire de la chapelle. L’un de ces corps était placé sous le maître autel au pied de la chapelle. Il ne fut trouvé ni inscription ni vase ni médaille qui puisse faire connaître à qui il avait appartenu. Une pierre carrée fut trouvée sous la tête et en contrebas, elle n’avait aucune inscription, sa grandeur de 0,51 au carré sur 0,16 de hauteur semblait faite comme le tailloir d’un chapiteau avec un fort chanfrein ayant un ornement de rubans entrelacés, comme il est figuré sur le devant du dessin. Ce morceau porté au musée des Petits Augustins est, depuis sa destruction, [aux] caveaux de Saint-Denis et sert de support à un buste de Clovis.
    Dans la cave d’une chapelle sous celle dite du duc d’Orléans [= chapelle nord de la crypte], qui s’était mis au couvent de Ste Geneviève, on découvrit un cercueil de plomb ayant 2 m de long, 68 de large aux épaules, 0,33 m d’épaisseur à la même hauteur et 0,25 aux pieds. Il est indiqué dans le plan général de la crypte, ouvrage de la Statistique monumentale de Paris. Cette tombe ne pouvait être celle que l’on cherchait puisque le plomb ne fut employé dans les sépultures que depuis 2 ou 3 siècles. Dans tous les cas ce devait être un personnage de haut rang car il était enterré devant l’autel de cette chapelle et en le regardant. C’est de cette cave qui se trouvait sous l’église de St Étienne du Mont que l’on fit, au moyen d’un mur construit à neuf, l’ossuaire où furent déposés tous les ossements que l’on découvrit dans les fouilles. Depuis, la chapelle a été arrangée pour la cure et réservée à St Étienne du Mont.
    En continuant les fouilles dans toute la superficie de la crypte, il ne fut rien trouvé que des ossements très anciens qui annonçaient bien, suivant les anciennes traditions, qu’il existait autrefois des sépultures romaines. » (BNF Estampes, réserve FOL-VE-53, p. 71-79).

    21Les fouilles se poursuivirent en mai-juin 1807 dans la nef, fouillée dans sa totalité, comme le montre la planche V d’Albert Lenoir (Lenoir, 1867). On mit au jour une quantité de tombes enchevêtrées et superposées, dont témoignent partiellement cette planche et la vue aquarellée des fouilles par Bourla, qui ne représentent que les sarcophages remarquables (fig. 60). La plus grande partie des sépultures étaient des tombes coulées en place au plâtras avec un enduit intérieur, empiétant sur celles en pierre ou en plâtre moulé, plus anciennes. En raison des superpositions la fréquence des éboulements, dont Bourla se fait l’écho, limita les observations dans ce qui fut la première grande fouille archéologique à Paris. Moins de cinquante ans plus tard, on constatait déjà que ces fouilles avaient été mal étudiées (Feydeau, 1854, p. 159) et qu’il n’en restait rien d’autre que le compte rendu de Bourla et le rapport sommaire d’Alexandre Lenoir (Lenoir, 1807 ; pour l’étude des vestiges du haut Moyen Âge : Vieillard-Troïekouroff, 1960 ; Périn, 1985).

    22Malgré une fouille extensive et destructive de la crypte, Bourla et Lenoir n’y avaient pas trouvé les sarcophages qu’ils cherchaient. Ils auraient pu en chercher l’explication sur la coupe de l’église (fig. 58), qui montre que la crypte romane avait été surcreusée de près d’un mètre dans les niveaux du haut Moyen Âge, les faisant disparaître en presque totalité jusqu’aux niveaux antiques : c’est ainsi que Bourla identifia des restes de fours antiques sous la chapelle nord de la crypte (Vieillard-Troïkouroff, 1960, p. 166, note 4). La mention d’un tailloir orné d’entrelacs (fig. 64), retrouvé à bonne profondeur sous le dallage refait au xviie siècle, peut témoigner d’un réaménagement de la crypte dans la première moitié du xiie siècle (Giteau, 1961, p. 31 ; cf. Dectot, 2005).

    64 - Tailloir roman retrouvé dans la crypte en 1807 sous le dallage du xviie siècle.

    Image

    Musée de Cluny, Paris, CL 19558.

    23De surcroît, deux siècles plus tôt, vers 1620, les fouilles nécessaires pour asseoir les fondations des piles et colonnes des nouvelles voûtes avaient dû bouleverser considérablement le sous-sol : les savants de l’époque ont retenu seulement la découverte, au côté méridional de la crypte, d’une magnifique cuve de sarcophage en marbre blanc, vide, ornée d’un bas-relief représentant la chasse de Méléagre avec Diane chasseresse (Bergier, 1622, p. 270 ; Millin, 1799, p. 94, citant les notes de Claude du Molinet, BSG, ms 609, fol. 127 ; Jollois, 1843, p. 17-18 ; Sauval et l’abbé Lebeuf en parlent également).

    24Notons encore qu’en 1823, la construction de l’aile du lycée Henri IV sur la rue Clovis permit le dégagement du mur méridional de l’église, sur lequel s’appuya le nouveau bâtiment, et la découverte de sarcophages et d’une bouteille de verre mérovingienne (Brut, 2015).

    État et dispositions actuels

    25Comme l’église haute, la crypte est détruite. Les vestiges remblayés sont situés pour environ les deux tiers sous la voie publique, et pour le tiers restant sous une cour du lycée Henri IV. La chapelle rectangulaire au côté nord de la crypte subsisterait sous le bas-côté sud de l’église voisine Saint-Étienne-du-Mont.

    Description générale et essai de restitution

    26La crypte occupait la même emprise que le sanctuaire et ses chapelles. Deux accès latéraux de seize marches, aménagés sous les murs fermant le rétrécissement entre nef et sanctuaire, débouchaient sur les côtés d’une vaste crypte-halle entourée d’un déambulatoire étroit, sur lequel ouvraient plusieurs chapelles, dont une chapelle axiale particulièrement développée. Au centre de la halle, le tombeau de sainte Geneviève entouré d’une clôture. Plusieurs indices autorisent à penser que la rénovation de 1620-1624, qui a vu remplacer les colonnes, les voûtes et les dallages, n’avait cependant pas modifié fondamentalement le plan antérieur : « sans y rien changer ny alterer », disait le continuateur de Du Breul. Peut-on identifier les transformations apportées par l’architecte Lemercier en vue d’esquisser une restitution d’un état médiéval ? Un auteur anonyme du xviiie siècle indique quelle fut la philosophie de la rénovation voulue par le cardinal : « Avant qu’il y fit travailler, elle ressembloit à un cachot tant elle étoit obscure et humide. C’est lui qui l’a fait percer de tous côtez, pour y donner du jour. Ce qu’il y a de curieux à y voir, ce sont les différens tombeaux qui y sont et quatre colonnes de marbre qui sont très riches » (BSG, ms 687).

    27La seule manière de donner du jour était d’une part d’élargir les baies des chapelles, d’autre part de percer le mur entre la halle et le déambulatoire. C’est ce que Lemercier paraît avoir fait, par exemple en ouvrant dans la chapelle diagonale nord une large baie double, et en découpant dans le mur périphérique de la halle des passages ponctués par des colonnes toscanes et des pilastres. Peut-être ces passages constituaient-ils l’élargissement d’ouvertures antérieures, comme à Saint-Aignan d’Orléans par exemple. Les pénétrations des voûtes dans celle du déambulatoire, visibles sur le plan de démolition de 1807 (fig. 63), sont caractéristiques de la manière du xviie siècle. Notons que les restitutions publiées par Lenoir (fig. 57) comportent diverses erreurs : le voûtement de la halle repose sur des arcs doubleaux, ce que contredisent le plan de 1807 et l’aquarelle de Bourla. La chapelle axiale est couverte de voûtes barlongues, solution impossible, vu la faible hauteur de la crypte, tandis que le plan de 1807 la montre divisée en trois nefs de trois travées (fig. 63) ; il est clair que Bourla fils n’a pas su compléter le plan de Bourla père, qui n’indiquait pas le voûtement de la chapelle, et n’a pas retenu le léger désaxement du chevet relevé par son père, dont le plan présente l’intérêt de superposer le niveau supérieur, en noir, avec celui de la crypte, en rouge (fig. 59).

     

    28On peut proposer de restituer pour le Moyen Âge une crypte-halle centrale qui comportait probablement déjà trois nefs de trois travées et demie, entourées d’un mur plein ou percé d’ouvertures de faible largeur et d’un déambulatoire doté de chapelles. La chapelle axiale Notre-Dame aurait été dédicacée en 1190 selon Molinet. Millin la trouvait belle, ornée de lambris peints des scènes de la vie de la Vierge et d’une statue de Vierge gothique dans une niche au-dessus de l’autel. Il la considérait comme la partie la plus ancienne de la crypte, ce qui indique qu’elle n’avait pas été touchée par les travaux de 1620-1624 (Millin, 1799, n° LX, p. 91). Les dimensions (8 x 6 m dans œuvre) et la structure de cette chapelle sont proches de celles de la crypte de Saint-Marcel.

    29Il est plus difficile de démêler l’enchevêtrement de chapelles hétéroclites qui caractérisait le chevet de Sainte-Geneviève. On peut éliminer la chapelle ajoutée au sud au xvie ou xviie siècle, à usage de sacristie ou trésor au niveau supérieur, et sans connexion avec la crypte. Le cas des deux chapelles symétriques diagonales encadrant la chapelle axiale est plus intéressant. La chapelle située au côté sud pourrait bien avoir été une chapelle rectangulaire comme la chapelle nord, augmentée d’une abside au xviie siècle pour l’éclairer et y placer, au niveau supérieur, le tombeau de La Rochefoucauld2. Il est tentant de restituer un chevet qui comportait initialement au moins deux, voire peut-être trois à cinq chapelles rectangulaires : la chapelle nord, vers Saint-Étienne-du-Mont, qui s’ouvrait par une arcade en plein-cintre attribuée au xie siècle, date probable de son extension, paraît une bonne candidate à ce type de restitution, tandis que l’existence d’une chapelle identique au sud, gênée par l’escalier (tardif) du clocher, est plus hypothétique. C’est cependant son existence qui pourrait justifier la position très insolite de la chapelle du trésor : elle aurait disparu au profit d’une baie d’éclairage de la crypte, visible à droite sur l’aquarelle de Bourla. En l’absence de fouilles, ce ne sont là qu’hypothèses, bien entendu. Notre essai de restitution permet d’identifier, accolés aux chapelles romanes, les contreforts massifs qui ont dû être ajoutés lors du voûtement du sanctuaire vers la fin du xiie siècle (fig. 65).

    65 - Proposition de restitution chronologique de la crypte de Sainte-Geneviève.

    Image

    1 : tombeau de sainte Geneviève - 2 : chapelle Saint-Prudent ? - 3 : chapelle de la Vierge - 4 : chapelle Saint-Céran ?

    P. Gillon, sur fond de plan d’A. Lenoir.

    30Si la fouille pouvait un jour le confirmer, ce type de chevet à chapelles rectangulaires en biais sans contreforts serait à inscrire dans la filiation des chevets de la cathédrale de Clermont (984-1020 : Maquet, 2008, p. 36-41), de Saint-Philibert de Tournus (avant 1019 ? Sapin, 2001, p. 64) et de la Trinité de Fécamp (entre 1078 et 1099 : Brockhaus, 2002, 2003 et 2009, p. 75-76 et 117-118, avec diverses comparaisons).

    31Les accès au sanctuaire paraissent avoir toujours utilisé les passages très hauts et très étroits (qui ne manquent pas d’évoquer ceux de la nef de Tournus) visibles tant sur les coupes publiées par Lenoir que sur l’aquarelle des fouilles de Bourla ou sur un dessin des ruines en 1807 (Échallier, 2005, p. 17), mais il est plus difficile de restituer les accès médiévaux à la crypte, redessinés au xviie siècle. On peut imaginer des accès coudés qui auraient utilisé l’emprise des massifs pleins énigmatiques représentés sur le plan de Lenoir, et qui pourraient expliquer, au côté nord, le support semi-enterré qui intriguait tant l’abbé Lebeuf et Millin. Notons bien que ce n’est, là encore, qu’une hypothèse.

    Aménagements liturgiques et funéraires

    32Les titulatures des autels des chapelles de la crypte ont été évoquées plus haut (Lebeuf, rééd. 1883, I, p. 236 ; Millin, 1799, n° LX, p. 92, manifestement d’après Lebeuf).

     

    33Pour ce qui est des sépultures remarquables, la tombe de Geneviève occupait le centre de la crypte (fig. 57), suivant une disposition très ancienne qui ne paraît pas avoir été modifiée par La Rochefoucauld : celui-ci l’avait fait entourer de lames de jaspe et encadrer de colonnes de marbre blanc qui maintenaient une grille de fer, remplaçant certainement une grille antérieure en raison de la fréquentation destructive des pèlerins.

    34Sur la demande du curé de Saint-Étienne-du-Mont, le tombeau de la sainte fit l’objet d’une reconnaissance en décembre 1803. Sous l’encoffrement de marbre qui protégeait le tombeau depuis le xviie siècle, détruit par les révolutionnaires, on découvrit une grande pierre enterrée et moulurée, en lambourde des carrières des environs de Saint-Maur. De six pieds deux pouces de long sur vingt-deux pouces de large et six d’épaisseur, elle constituait le fond du sarcophage et présentait des traces de scellements et de très nombreuses traces d’outils dont les experts nous donnent l’explication : « cette pierre exposée à découvert pendant plusieurs siècles courait le risque d’être entièrement détruite par la dévotion des fidèles qui en détachaient continuellement des morceaux avec des outils pour les conserver comme de précieuses reliques »3. Millin explique, quant à lui, les traces de scellements : le sarcophage avait été complété en bois orné de rinceaux d’or et d’argent, qu’on attribuait à saint Éloi (Millin, 1799, n° LX, p. 93). Une fouille sous le tombeau révéla, sur neuf pouces d’épaisseur (24 cm), une terre remplie d’ossements4. La pierre fut transférée aussitôt à Saint-Étienne-du-Mont dans la chapelle Sainte-Geneviève, où elle se trouve toujours, encoffrée depuis 1853 sous une vaste châsse qui n’en permet pas l’examen.

     

    35Quant aux tombeaux des saints évêques Céran et Prudent, deux dessins de la collection Gaignières montrent l’un le tombeau de saint Prudent, dans une niche à la gauche de celui de sainte Geneviève, l’autre le tombeau de saint Céran (« un tombeau fort ancien » : Le Juge, 1586, p. 179), dans une niche identique (fig. 62) à la droite du tombeau de la sainte (éd. Adhémar, 1977, III, n° 1861 et 1862 ; Raunié, Prinet, 1914, p. 432-433). Ces niches n’apparaissent pas sur le plan, mal restitué, publié par Lenoir (Lenoir, 1867, pl. V). Celle de Céran apparaît sur le plan de démolition de 1807 (fig. 8), tandis que celle de Prudent a déjà disparu pour l’accès à l’ossuaire des fouilles. Quelques années plus tôt, Millin avait pu observer leurs sarcophages, formés d’une cuve et d’un couvercle arrondis : « Ces tombeaux étoient pareils, composés chacun de deux pierres creusées dans l’intérieur, dont l’une servoit de sépulcre et l’autre de fermeture. Elles étoient un peu arrondies à l’extérieur et plus larges du côté de la tête, à-peu-près comme les bierres d’à présent, du reste presque bruttes et sans aucune espèce d’inscription ni d’ornemens. » (Millin, 1799, n° LX, p. 92-93). Ces tombeaux, translatés en 1628 et couverts de marbres polychromes, occupaient-ils leur emplacement médiéval ? On peut en douter d’autant plus que, l’un des objectifs de la rénovation du xviie siècle ayant été de mieux éclairer la crypte, les tombeaux pourraient avoir été déplacés pour faire entrer la lumière par les chapelles et le déambulatoire.

    36Le dossier hagiographique des évêques Céran et Prudent est vide. Ils n’apparaissent nulle part comme saints au haut Moyen Âge. Céran est mentionné pour la première fois au 27 septembre dans une addition du xie ou xiie siècle au martyrologe de Saint-Merry (Dubois, 1990, p. 137) ; Prudent apparaît comme saint dans une copie de la liste épiscopale de Paris, faite à Saint-Victor au xiiie siècle (Duchesne, 1910, p. 467). Il est bien possible que l’un et l’autre aient été découverts et élevés au xie siècle par les chanoines de Sainte-Geneviève dans le cadre de la rénovation du sanctuaire. Leurs chapelles, mentionnées dans la crypte en 1497 et 1483 (Lebeuf, rééd. 1883, I, p. 236-237) pourraient avoir été les chapelles diagonales encadrant le tombeau de Geneviève. C’est ce que paraît confirmer la tradition rapportée par Millin pour Céran : « Il fut d’abord enterré dans la grotte souterraine au côté du sépulcre de Sainte-Geneviève » (Millin, 1799, n° LX, p. 92), c’est-à-dire la chapelle diagonale sud, où le plan de Bourla comme celui de 1807 représentent l’entrée d’un caveau, manifestement vide.

    Interprétation et datation

    37Le plan complexe de la crypte de Sainte-Geneviève autorise à penser que la rénovation de Lemercier, exécutée à l’intérieur des murs du chevet et multipliant les marbres à profusion, avait conservé les grandes lignes de la crypte-halle médiévale centrée sur le tombeau de la sainte. Au-delà du déambulatoire évidé, la seule diversité des chapelles suffit à montrer qu’elles avaient peu été touchées par la rénovation. La chapelle axiale avait été greffée sur un chevet antérieur dont les chapelles rectangulaires, conservées ou restituées, indiquent le xie siècle, confirmant divers indices d’une reconstruction de l’édifice dans ce siècle, sans qu’on puisse l’attribuer formellement au règne de Robert le Pieux. On rejoint l’opinion d’Alexandre Lenoir : « c’était une ancienne construction restaurée, d’abord vers le xie siècle, qui a été reprise ensuite dans des tems plus modernes » (Lenoir, 1807, p. 359).

    Perspectives de recherches

    38Quoique maigres, diverses orientations de recherche s’offrent à l’archéologue : expertise des murs du possible sacrarium sous le bas-côté de l’église Saint-Étienne-du-Mont, possibilité d’une fouille partielle sous le côté sud, dans la cour du lycée Henri IV et sous la rue Clovis : évaluation du potentiel en reportant les réseaux (égouts, électricité, gaz) sur le plan de la crypte.

    Bibliographie

    Sources manuscrites

    Giteau, 1961, p. 9-10, fournit un bon recensement des sources relatives à l’architecture de Sainte-Geneviève de Paris, dont :

    Archives nationales : F 17, 1053-12 (description de l’église avant les prélèvements des marbres pour le dépôt des Petits-Augustins). – Archives de Paris : série D.Q10 : documents relatifs à la démolition de l’église en 1807. – Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) : série 54, n° 16563 : BOURLA Alexandre, Documents archéologiques pour écrire l’histoire de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève, dont l’église a été fouillée en 1807 par mon père… (notes et dessins des tombeaux) ; fonds Bourla, ms 3676 bis (relevé de la crypte en 1807). – Bibliothèque nationale de France (BNF), Estampes : coll. Destailleur, dessins sur Paris, t. II, Réserve, FOL-VE-53, p. 62-63 (aquarelles : vue des fouilles exécutées en 1807, et vue générale de la crypte) ; p. 71-79 (BOURLA Alexandre, Notice sur les fouilles exécutées en 1807 par M. Bourla père, architecte du gouvernement, dans l’église Sainte-Geneviève) ; – Bibliothèque Sainte-Geneviève (BSG), Paris : ms 609, notes du chanoine Claude du Molinet ; ms 687, fragments d’une description de l’église (XVIIIe siècle), dont fol. 1vo, « particularités concernant l’église souterraine » (manuscrit donné par Albert Lenoir). – Institut national d’histoire de l’Art (INHA) : fonds Lenoir, OA 716, 13, n° 136 à 178 : planches originales de Bourla pour la Statistique monumentale de Paris. – Musée Carnavalet, Estampes : Topo GC 026B, planches dessinées par A. Bourla vers 1850 d’après les minutes de son père et gravées par Émile Ollivier pour la Statistique monumentale.

    Études

    Marquette Isabelle, La sculpture de l’église Sainte-Geneviève dans le contexte artistique parisien des XIe et XIIe siècles, mémoire de master 2, université de Besançon, 2008.

    Sources imprimées

    Abbon, Le siège de Paris par les Normands, éd. Vacquet, Paris, 1942. – Grégoire de Tours, Liber in gloria confessorum, éd. Krusch, MGH, SRM, t. I-2. – LASTEYRIE, 1887, t. I. – Miracula S. Genovefae post mortem (BHL 3342), Acta sanctorum Ianuarii, t. I, p. 149. – Vita S. Eligii (BHL 2474), éd. Krusch, MGH, SRM, t. IV, p. 663-741. – Vita I S. Genovefae (BHL 3335), éd. Krusch, MGH, SRM, t. III, p. 215-238 (cf. Heinzelmann, Poulin, 1986).

    Bibliographie

    BAUTIER, 1991, p. 49-50. – BERGIER, 1622, p. 270 ; rééd. 1728, t. I, p. 285. – BERNÉ, 2018. – BIVER, 1970, p. 119-148. – BOINET, 1908, p. 97, 102. – BRICE, 1685, t. 2, p. 24-25. – BRUT, 2015, p. 12-13. – DECTOT, 2005, p. 44-55. – DUBOIS, 1965, p. 330. – DUBOIS, BEAUMONT-MAILLET, 1985. – DU BREUL, 1612, p. 268-289. – DU BREUL, 1639, p. 202-204. – DUVAL, PÉRIN, PICARD, 1992, p. 116-119. – ÉCHALIER, 2005. – ERLANDE-BRANDENBURG, 1975, p. 49-50 et 133-134. – FERET, 1883, t. I, p. 76, 252. – FEYDEAU, 1854 p. 153 (gravure des fouilles de Sainte-Geneviève d’après Bourla), 154, 159-161. – FOSSARD, 1978, p. 185-190. – GABORIT Jean-René, dans GABORIT-CHOPIN, 2005, p. 342-343 et 368-369. – GADY, 2005 p. 226-229. – GIARD, 1903 p. 41-126. – GITEAU, 1961 – GUILHERMY, 1855, p. 187-199 et 230-235. – LEBEUF, 1863-1867, t. II, p. 615-647 (notes et additions par H. Cocheris, avec publication du compte rendu des fouilles par Alexandre Lenoir p. 628-629). – JOLLOIS, 1843, p. 17-18. – LEBEUF, 1883, t. I, p. 228-241. – LE JUGE, 1586, p. 170-179. – LENOIR, 1808, p. 353-361. – LENOIR, 1867, Explication des planches, p. 50-70 (crypte : p. 55-56, 59-60, 64-65) ; Atlas, 20 planches, dont plan de la crypte et coupes (pl. V et VI), chapiteau en provenant et plan de la partie centrale (pl. XV-II). – MALINGRE, 1640, p. 160. – MAS-LATRIE, 1852, II, col. 258-263. – MILLIN, 1799, t. V, n° LX, p. 70, 73, 91-94. – OUIN-LACROIX, 1852, p. 59-60 (description de l’enlèvement du tombeau). – PÉRIN, 1985, p. 149-169. – RAUNIÉ, PRINET, 1914, p. 353-468. – SAPIN, 2014, p. 262. – SOEHNÉE, 1903, p. 11, 48. – THIÉRY, 1787, II, p. 234 et 237. – VIEILLARD-TROÏEKOUROFF, 1960, p. 165-188. – VIEILLARD-TROÏEKOUROFF, 1962, p. 1-10. – VIEILLARD-TROÏEKOUROFF, 1963 – VIEILLARD-TROÏEKOUROFF, 1975 (crypte p. 751-752). – VIEILLARD-TROÏEKOUROFF, 1977, p. 206-208. – VIEILLARD-TROÏEKOUROFF, 1981, p. 83-94.

    Notes de bas de page

    1 Nos remerciements à Philippe Plagnieux pour nous avoir révélé ce plan et pour ses suggestions.

    2 Millin la datait du xvie siècle par comparaison avec Saint-Eustache, donc entre 1532 et 1637 et plutôt vers cette dernière date sans doute (Millin, 1799, n° LX, p. 66). Il s’agit de la chapelle Saint-Jean, à ne pas confondre avec la chapelle de la Vierge dans la crypte, devenue un moment chapelle Saint-Jean (Boinet, 1908, p. 97).

    3 Soehnée indique que le cardinal de La Rochefoucauld n’était pas en reste, puisqu’il faisait fabriquer lui-même des pilules pour les malades à l’aide d’une poudre tirée du grattage de la pierre (Soehnée, 1903, p. 48).

    4 Bourla donne la copie des procès-verbaux de reconnaissance et de transfert des 15 et 20 décembre 1803 (BNF, Estampes, coll. Destailleur, n° 315). Cf. Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 180.

    Auteurs

    • Pierre Gillon

      Architecte-historien, chercheur associé à l’EA-TRAME 4284, Université de Picardie Jules Verne

    • Marc Viré

      Docteur en histoire des techniques, archéologue INRAP, chercheur au CNRS (LAMOP, Université Paris I, UMR 8589)

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    Culte des saints et des reliques en Île-de-France et en Picardie

    Pierre Gillon

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    Introduction

    Pierre Gillon et Christian Sapin

    La crypte Saint-Denis-sous-terre de l’église Notre-Dame-des-Champs

    (Paris, Ve arr.)

    Marc Viré

    Palaiseau (Essonne). La « crypte » de l’église Saint-Martin : un réaménagement à partir d’un caveau seigneurial

    Pierre Gillon

    Les édifices rejetés : la problématique des « non-cryptes »

    Pierre Gillon

    Saint-Samson-la-Poterie. La crypte-fontaine Sainte-Radegonde

    Pierre Gillon

    Pierrefonds. La crypte de l’église Saint-Sulpice

    Pierre Gillon et Dany Sandron

    Présentation générale

    Pierre Gillon

    Annexe. Inventaire des cryptes médiévales d’Île-de-France et de Picardie

    Pierre Gillon

    Saint-Maur-des-Fossés. La crypte disparue de l’abbatiale

    Pierre Gillon

    Saint-Cloud. La crypte disparue de la collégiale

    Pierre Gillon

    Annexe. Réflexion sur les remplois et les tombeaux

    Pierre Gillon

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    1 Nos remerciements à Philippe Plagnieux pour nous avoir révélé ce plan et pour ses suggestions.

    2 Millin la datait du xvie siècle par comparaison avec Saint-Eustache, donc entre 1532 et 1637 et plutôt vers cette dernière date sans doute (Millin, 1799, n° LX, p. 66). Il s’agit de la chapelle Saint-Jean, à ne pas confondre avec la chapelle de la Vierge dans la crypte, devenue un moment chapelle Saint-Jean (Boinet, 1908, p. 97).

    3 Soehnée indique que le cardinal de La Rochefoucauld n’était pas en reste, puisqu’il faisait fabriquer lui-même des pilules pour les malades à l’aide d’une poudre tirée du grattage de la pierre (Soehnée, 1903, p. 48).

    4 Bourla donne la copie des procès-verbaux de reconnaissance et de transfert des 15 et 20 décembre 1803 (BNF, Estampes, coll. Destailleur, n° 315). Cf. Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 180.

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    Ce livre est cité par

    • Gaillard, Michèle. (2020) L’apport de l’archéologie à une approche renouvelée de l’histoire du fait religieux. Les Nouvelles de l'archéologie, 160. DOI: 10.4000/nda.9942
    • Blomme, Yves. (2021) Quand les cathédrales se mesuraient entre elles. DOI: 10.4000/books.ausonius.18690

    Ce chapitre est cité par

    • Lafarge, Ivan. (2023) Pierres de Paris. L’envers de la ville. e-Phaïstos, XI. DOI: 10.4000/ephaistos.11405

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    Gillon, P., & Viré, M. (2019). La crypte disparue de l’abbatiale Sainte-Geneviève. In P. Gillon & C. Sapin (éds.), Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91283
    Gillon, Pierre, et Marc Viré. « La crypte disparue de l’abbatiale Sainte-Geneviève ». In Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, édité par Pierre Gillon et Christian Sapin. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.91283.
    Gillon, Pierre, et Marc Viré. « La crypte disparue de l’abbatiale Sainte-Geneviève ». Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, édité par Pierre Gillon et Christian Sapin, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91283.

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    Gillon, P., & Sapin, C. (éds.). (2019). Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91148
    Gillon, Pierre, et Christian Sapin, éd. Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.91148.
    Gillon, Pierre, et Christian Sapin, éditeurs. Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.91148.
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