Paris, vue d’ensemble
p. 70-71
Texte intégral
1Les cryptes médiévales parisiennes présentent la particularité d’avoir toutes disparu entre 1790 et 1811. Elles furent pourtant nombreuses dans la capitale, au nombre de sept au moins. Aussi le travail de l’archéologue est-il limité à des propositions de restitution incertaines et à l’analyse d’anciennes fouilles.
2Les deux grands protecteurs parisiens, Geneviève et Germain, ont eu très tôt les honneurs d’une crypte. Dès 756, le tombeau de saint Germain est transféré en une crypta dans la partie orientale de l’église de Saint-Germain-des-Prés. Après les invasions normandes et la reconstruction de l’église, il est replacé dans une vaste crypte à cinq autels dédiés à de multiples saints (Dubois, 1965, p. 31-33), remaniée au xie siècle en une crypte à trois autels (trois nefs ou cruciforme ?) (Vieillard-Troïekouroff, 1960, p. 97-102). Celle-ci disparaît lors de la reconstruction du chœur au début des années 1140 (Plagnieux, 2000a). Peut-être contenait-elle également les tombeaux des rois Childebert, Chilpéric, Clotaire II et leurs épouses (discussion dans Erlande-Brandenburg, 1975, p. 50-53). Il s’y trouvait également, auprès du tombeau de Germain, un puits miraculeux qui fut conservé dans l’église gothique : il était accessible auprès d’une pile du déambulatoire par un escalier tournant d’une quinzaine de marches (plan Chaufourier : Plagnieux, 2000, p. 32). Le chœur de Saint-Germain-des-Prés n’ayant fait l’objet d’aucune fouille, il n’était pas possible de rédiger une notice sur la plus ancienne crypte parisienne.
3Quant à la crypte de Geneviève, d’abord simple mention vers le milieu du ixe siècle, elle est surtout connue par les plans et fouilles de 1807, qui permettent de restituer un singulier édifice du xie siècle à chapelles carrées rayonnantes, évoquant la crypte de Clermont.
4Avec l’époque romane apparaissent les cryptes liées à l’itinéraire de dévotion de l’octave de saint Denis, dont Notre-Dame-des-Champs, Saint-Denis de la Chartre en la Cité et la chapelle du Saint-Martyre à Montmartre constituaient les première, cinquième et sixième stations. Si les deux premières font ici l’objet de notices, il n’en est pas de même de la crypte du Saint-Martyre dont on ne connaît ni plan ni fouille, le site ayant été transformé en carrière de plâtre après la Révolution : elle était probablement de même plan et de même époque que le chevet de la chapelle qui l’abritait. Cette chapelle d’environ vingt mètres de longueur, d’abord donnée à Saint-Martin-des-Champs en 1096 puis reprise par le roi en 1133 avec l’église Saint-Denis (Saint-Pierre) de Montmartre pour y installer des moniales, occupait l’emplacement présumé du martyre de saint Denis. Elle se situait en contrebas de Saint-Pierre de Montmartre, auprès d’un site riche en vestiges antiques. Rebâtie et agrandie à partir de 1613, elle devint « l’abbaye d’en-bas » où se réinstallèrent les moniales. La construction de la crypte avait sans doute bénéficié de la dénivelée de la colline. La crypte actuelle du n° 11 rue Yvonne Le Tac, creusée en 1886, en perpétue le souvenir à proximité de l’emplacement primitif.
5Les xie et xiie siècles ont également vu bâtir plusieurs cryptes abritant les tombeaux des saints, à Saint-Marcel, à Saint-Victor (1116-1142) et peut-être à Saint-Merry où la crypte carrée à pilier central, élevée au début du xvie siècle sous le transept nord, pourrait avoir succédé à une crypte antérieure.
6La dévotion post-tridentine de la première moitié du xviie siècle, riche en pieuses supercheries, a probablement fabriqué de toutes pièces, dans les stations de l’octave de saint Denis :
- le niveau bas de la crypte de Notre-Dame-des-Champs : un long couloir taillé dans la roche ;
- la profonde « crypte » découverte en 1611 sous la crypte romane du Saint-Martyre, objet d’un battage médiatique considérable orchestré par les religieuses de Montmartre afin de rassembler des fonds pour reconstruire « l’abbaye d’en-bas » ;
- la mise en scène théâtrale de la prison de saint Denis à Saint-Denis de la Chartre.
7Les cryptes modernes sont nombreuses à Paris mais hors de notre sujet comme la crypte des Missions étrangères de Paris (128, rue du Bac), dont la Salle des Martyrs aménagée en augmentum en 2003 présente les témoignages et les instruments du supplice des missionnaires martyrs en Asie : une évocation qui perpétue d’une certaine manière la tradition de bien des cryptes médiévales.
31 - Cartographie et localisation des cryptes parisiennes. Les plans sont reproduits à la même échelle.

Infographie P. Gillon.
Auteur
-
Pierre Gillon
Architecte-historien, chercheur associé à l’EA-TRAME 4284, Université de Picardie Jules Verne
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Reconstruire le Nord – Pas-de-Calais après la Seconde Guerre mondiale (1944-1958)
Michel-Pierre Chélini et Philippe Roger (dir.)
2017
Architectures et espaces de la conservation (1959-2015)
Archives, bibliothèques, musées
Nathalie Simonnot et Rosine Lheureux (dir.)
2018
Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie
Pierre Gillon et Christian Sapin (dir.)
2019
Vers une histoire matérielle du chantier de restauration (1830-1914)
Claudine Houbart, Mathieu Piavaux et Arnaud Timbert (dir.)
2022
Les intérieurs aujourd’hui
Analyses, projets, usages
Imma Forino, Anne Lefebvre, Alexis Markovics et al. (dir.)
2024
