Tout est dans la taille des carreaux. Les erreurs culturelles : un défi en traduction littéraire
p. 35-50
Texte intégral
Introduction
1Dans cette contribution, nous nous proposons d’explorer la thématique de l’erreur culturelle dans la nouvelle « Junior » d’Anna Gavalda parue dans Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part et publiée en 2000. Depuis sa publication, ce recueil de nouvelles a été traduit en 27 langues. Anna Gavalda est notamment connue pour son jeu avec les registres linguistiques, passant fréquemment d’un langage soutenu à un langage familier, ce qui présente un challenge particulier pour les traducteurs. Par ailleurs, les textes de Gavalda confrontent les traducteurs non seulement à des expressions liées à la culture française, mais aussi à des concepts culturels potentiellement inconnus dans la culture cible.
2De façon générale, les erreurs culturelles sont de divers ordres. Elles paraissent souvent quand les traducteurs ignorent ou mécomprennent la connotation culturelle sous-jacente d’un terme ou d’un concept propre à la culture d’origine. Dans ce cas, l’erreur culturelle est liée à la connaissance insuffisante de la culture source et peut générer une lecture entièrement différente du texte traduit. Un autre genre d’erreur culturelle se produit quand le traducteur comprend les connotations du texte d’origine, mais ne parvient pas à les transférer de manière adéquate dans le texte cible. Ce type d’erreur culturelle peut donner lieu à des traductions ambiguës et déstabilisantes. D’autre part, les traducteurs peuvent commettre des erreurs culturelles en omettant des connotations d’un terme pour le simplifier. Dans ce processus, ils risquent de faire un mauvais choix en supprimant une dimension du terme qui est décisive pour la compréhension du texte source. Il est également possible qu’en éliminant certaines connotations volontairement, les traducteurs essayent d’influencer la lecture du texte d’origine de façon subtile. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’une erreur culturelle, mais d’une manipulation volontaire des lecteurs.
3Dans ce qui suit, nous nous concentrerons sur les traductions anglaise, allemande, espagnole et russe de deux extraits de « Junior » effectuées par des traducteurs professionnels et publiées par des éditeurs à New York, Madrid, Francfort et Moscou. Les extraits ont été choisis dans la mesure où ils contiennent des concepts liés à la culture française qui sont difficiles à transférer dans un nouveau contexte culturel. Nous explorerons donc comment les traducteurs tentent d’éviter les erreurs culturelles et comment ils se font parfois piéger par les différences entre la culture source et la culture cible.
4Les traductions anglaise, allemande, espagnole et russe des deux extraits seront suivies par nos propres rétro-traductions en français pour illustrer les choix des traducteurs. Pour ce faire, nos rétro-traductions sont des traductions littérales qui reproduisent le plus possible mot-à-mot le texte source au risque de ne pas être tout à fait idiomatiques en langue française et au risque d’induire nous-même un biais dû à une erreur culturelle. Dans notre analyse, nous nous appuyons sur les concepts de naturalisation et d’exotisation développés par Lawrence Venuti ainsi que sur les écrits d’André Lefevere.
5Selon Venuti, la naturalisation consiste à intégrer dans la traduction des valeurs et des concepts de la culture cible. L’exotisation, par contre, consiste à transférer dans le texte traduit le maximum d’éléments propres à l’environnement culturel de l’original (cf. 2008 : 15). Cependant, Venuti attire l’attention sur le fait qu’aucune traduction ne peut être intégralement réalisée selon l’une de ces deux optiques ; elle peut uniquement contenir différents degrés de naturalisation et d’exotisation (ibid.). Lefevere, par contre, se consacre dans ses œuvres critiques à la traduction des registres linguistiques. Il insiste sur le fait qu’il incombe aux traducteurs de maintenir les registres choisis par les auteurs pour transposer une énonciation de façon fidèle dans un nouveau contexte culturel. Si les registres ne sont pas maintenus, le texte originel risque de perdre ce que Lefevere appelle son illocutionary power [son pouvoir illocutoire] (1992 : 58), c’est-à-dire sa force d’expression. Lefevere souligne également le problème du cultural vaccum [vide culturel] (1992 : 58), qui se présente quand un mot ou un concept n’existe pas dans la culture d’arrivée et se trouve transposé de façon incompréhensible dans un nouvel environnement culturel.
1. Le défi de la traduction des images
6Un des défis majeurs que lance la traduction littéraire aux traducteurs est celui du transfert d’images dans un contexte culturel différent. Comme un texte littéraire se lit souvent sur plusieurs niveaux narratifs, les images utilisées par les auteurs peuvent contenir de multiples connotations. Les traducteurs se trouvent ainsi devant la décision de savoir s’il est possible, voire nécessaire, de recréer toutes les connotations de l’image initiale dans le texte cible.
7La nouvelle de Gavalda commence par la description suivante du jeune protagoniste Alexandre Devermont :
Il s’appelle Alexandre Devermont. C’est un jeune homme tout rose et blond. Élevé sous vide. Cent pour cent savonnette et Colgate bifluor, avec des chemisettes en vichy et une fossette dans le menton. Mignon. Propre. Un vrai petit cochon de lait. (2001 : 92)
8Dans l’extrait, Gavalda crée l’image d’un jeune homme d’apparence impeccable, de bonne famille, ayant vécu une jeunesse protégée. Le portrait que l’écrivaine brosse du protagoniste évoque un bébé parfait : blond, propre, rose. Dans un contexte français, cette image fait référence au « Bébé Cadum », le bébé idéal figurant dans la publicité de la marque Cadum depuis 1907. À travers l’infantilisation d’Alexandre Devermont, Gavalda introduit une dimension ironique dans la description du personnage principal. Adoptant un ton moqueur par le biais de l’exagération, l’écrivaine parvient à ridiculiser le jeune homme. Par ailleurs, la reproduction de la dimension ironique du texte lance un défi singulier aux traducteurs.
9Dans la présente analyse, nous nous pencherons essentiellement sur la traduction des expressions « élevé sous vide » et « chemisettes en vichy », ainsi que sur la métaphore « un vrai petit cochon de lait ». Pour « élevé sous vide », l’écrivaine joue avec l’expression « sous cloche » en faisant penser à une jeunesse bien protégée. La métaphore « un vrai petit cochon de lait » renforce l’image d’un jeune garçon soigné, déjà créée par l’adjectif « tout rose » ainsi que par les références au savon (« cent pour cent savonnette ») et au dentifrice (« Colgate bifluor »). En mentionnant des chemisettes en vichy, Gavalda ajoute une connotation supplémentaire à l’image d’Alexandre Devermont, notamment celle d’un jeune homme provenant d’un milieu aisé, puisqu’en France les chemisettes en vichy évoquent une classe sociale élevée. En 1959, Brigitte Bardot a rendu le motif vichy tendance en portant une robe à petits carreaux lors de son mariage avec Jacques Charrier. Depuis, des vêtements faits de tissus en vichy sont associés à élégance et bourgeoisie (cf. Trochu, 2017). Dans Le vocabulaire du textile, « le vichy » est défini comme un motif de tissu, généralement en coton pur ou mélangé au polyester, avec des carreaux réguliers dont les dimensions dépassent rarement les 15 mm. Dans ce contexte, la taille des carreaux est décisive : plus les carreaux sont petits, plus ils sont considérés comme élégants1.
10La traduction des connotations sociales des vêtements présente une difficulté particulière car, enlevées de leur contexte d’origine, elles peuvent prendre une tout autre signification. Selon le sociologue Pierre Bourdieu, le choix vestimentaire d’un individu est guidé par son environnement socio-culturel (cf. 1998 : 222-228). En portant des chemisettes en vichy, Alexandre Devermont affiche donc son appartenance à la bourgeoisie. Bourdieu souligne qu’on attache, tout particulièrement dans les classes sociales élevées, une grande importance à la « valeur marchande de la beauté » (id. 227), ce qui implique qu’un choix vestimentaire n’est jamais innocent. Dans son ouvrage Translating Cultures, le traductologue David Katan considère les vêtements d’une personne comme un signe identitaire crucial, ayant des significations socio-culturelles (cf. 1999 : 69). Katan se prononce de ce fait contre une traduction littérale de la description d’un vêtement, car les lecteurs appartenant à la culture cible peuvent ignorer les connotations de ce dernier. Pour transférer un vêtement d’un contexte culturel à un autre, le traducteur a la possibilité de le remplacer par un autre type de vêtement ayant des connotations semblables. Une autre solution serait d’expliciter la signification du vêtement dans un certain contexte social.
11La traduction allemande du paragraphe est proposée par Ina Kronenberger :
Er heißt Alexandre Devermont. Ein junger Mann, rosig und blond. Vakuumverpackte Erziehung. Hundert Prozent Seife und Colgate Fluor S, kurzärmlige karierte Hemden und ein Grübchen am Kinn. Goldig. Sauber. Ein echtes Spanferkelchen. (Gavalda, 2003 : 87)
[Il s’appelle Alexandre Devermont, un jeune homme tout rose et blond. Éducation conditionnée sous vide. Cent pour cent savon et Colgate Flour S, des chemises à carreaux aux manches courtes et une fossette dans le menton. Mignon. Propre. Un vrai petit cochon de lait.]
12En effet, la traductrice a choisi de ne pas utiliser « chemise en vichy », même si l’expression Vichy-Hemden [chemises vichy] se trouve quelquefois utilisée dans le langage de l’industrie vestimentaire en Allemagne. Dans la traduction, le vêtement porté par le protagoniste est simplement rendu par kurzärmlige karierte Hemden [des chemises à carreaux, aux manches courtes]. Cette traduction enlève la référence à un type de chemises spécifique.
13De plus, Kronenberger ne donne aucune précision concernant la taille des carreaux, ce qui est un élément important dans un contexte germanophone. Il est donc possible que les lecteurs imaginent des chemises dont les carreaux ne sont pas petits mais grands. Cette image donne lieu à des associations socio-culturelles entièrement différentes. Moins répandues en Allemagne qu’en France, les chemises en vichy ne renvoient pas nécessairement à une classe sociale particulière mais sont l’expression d’une certaine élégance en général. Dans un contexte allemand, des chemises à grands carreaux, en revanche, font penser aux chemises de travail portées par des bucherons ou des maçons. Les notions d’élégance et de classe sociale sont ainsi entièrement supprimées. L’omission d’une information concernant la taille des carreaux peut donc créer une image du protagoniste qui diverge fortement du texte original, dans lequel Alexandre Devermont figure comme personnage sophistiqué. Nous pouvons argumenter qu’ici il s’agit d’une erreur culturelle par omission, car une dimension décisive du vêtement se trouve obscurcie. Se pose la question de la nécessité d’expliquer la notion socio-culturelle des chemises en vichy dans une note de bas de page. Cependant, les notes de bas de page sont un sujet controversé dans le domaine de la traduction littéraire. L’auteur et auto-traducteur Vladimir Nabokov, par exemple, plaide dans son article « Onegin in English » pour de nombreuses notes de bas de page contenant de multiples détails. Pour Nabokov, ces notes devraient s’élever sur la page telles des gratte-ciel (cf. 2001 : 151). Pourtant, l’utilisation excessive de notes de bas de page pourrait déranger la fluidité de lecture et dissuader les lecteurs de chercher des détails parmi des informations trop nombreuses. De cette façon, le traducteur ayant pour ambition de donner un maximum de détails pourrait justement atteindre l’effet inverse comme montre de façon parodique le roman Vengeance du traducteur de Brice Matthieussent (2009) dans lequel les notes de bas de pages deviennent plus importantes que le texte.
14En plus du terme « chemisettes en vichy », la traduction imprécise des deux autres phrases risque de déformer l’image du protagoniste créée dans le texte originel. Kronenberger choisit de traduire l’expression « élevé sous vide » par vakuum verpackte Erziehung [éducation conditionnée sous vide]. Tandis que la tournure utilisée par Gavalda véhicule la propreté et le fait d’être protégé, l’expression allemande employée par Kronenberger se réfère au monde industriel en évoquant un aliment conditionné sous vide. La métaphore se perd ainsi en laissant les lecteurs germanophones se demander à quoi cette expression est censée faire référence. Ici, nous pouvons parler d’erreur culturelle qui s’est produite en raison d’une traduction maladroite. La traductrice avait sans doute l’intention de rester le plus proche possible du texte source. Il est possible qu’en traduisant l’image créée par l’écrivaine, Kronenberger ait voulu introduire ce que Venuti appelle un « élément exotisant » (2008 : 123), pour faire sentir la présence du traducteur en mettant l’accent sur l’identité étrangère du texte source (id. 15).
15Par ailleurs, en traduisant la métaphore « un vrai petit cochon de lait » par ein echtes Spanferkelchen, Kronenberger ne réussit pas à recréer l’image d’un jeune homme impeccablement propre, car pour des lecteurs germanophones, le mot Spanferkelchen renvoie forcément à un cochon de lait qui est en train de rôtir sur le feu. En allemand, le mot pour l’animal encore vivant serait Ferkel. Cependant, ce terme peut prendre des connotations de saleté et même de paillardise. Pour cette raison, il n’est pas possible d’échanger Spanferkelchen contre Ferkel. Une option pourrait être de traduire « petit cochon de lait » par Marzipanschweinchen [petit cochon de pâte d’amande]. Les Allemands s’offrent de petits cochons d’amande rose le jour de l’an pour se souhaiter du bonheur. Même si le mot Marzipanschweinchen rajoute à la métaphore française la notion de porte-bonheur, l’image évoque quelque chose de mignon et de propre et ne fait pas penser à un animal se roulant dans la boue. Les choix faits par Kronenberger montrent les risques que les traducteurs peuvent courir en voulant rester trop proche du texte original. Dans ces deux exemples, les erreurs culturelles sont liées à un transfert malheureux des deux images dans le texte cible. Nous pouvons supposer que la traductrice a interprété le texte source correctement, mais qu’elle n’était pas en mesure de le recréer de manière adéquate dans le texte cible.
16La traductrice anglophone, Karen Maker, propose la traduction suivante :
His name is Alexandre Devermont. He’s a young man, all pink and blond. Raised in a vacuum. One hundred percent bar soap and Colgate with fluoride, with short-sleeved gingham shirts and a dimple on his chin. Cute. Clean. A real little suckling pig. (Gavalda, 2003 : 110)
[Son nom est Alexandre Devermont. Il est un jeune homme tout rose et blond. Élevé sous vide. Cent pour cent savonnette et Colgate avec fluoride, avec chemises en vichy aux manches courtes et une fossette dans le menton. Mignon. Propre. Un vrai petit cochon de lait.]
17Comme la traductrice germanophone, Maker essaie de rester le plus proche possible du texte original. Grâce aux possibilités linguistiques qu’offre la langue anglaise, la tâche s’avère plus facile. En optant pour little suckling pig dans la traduction de « petit cochon de lait », elle choisit un terme qui en anglais renvoie à la fois à un petit cochon vivant et à un cochon à la broche. Grâce au contexte général, les lecteurs anglophones vont sans doute imaginer l’animal vivant et donc comprendre la métaphore. En traduisant « élevé sous vide » par raised in a vacuum, Maker parvient à traduire de façon fidèle l’image générée dans le texte originel. Par ailleurs, elle choisit de traduire les « chemisettes en vichy » par gingham shirt, un terme équivalent. En effet, l’étymologie du terme gingham prend ses racines en France. Dès le Moyen Âge, une toile solide à carreaux a été produite dans la « vallée du lin » le long du fleuve Trieux en Bretagne. Appelée « toile de Guingamp » en référence à la ville de Guingamp, cette étoffe a été achetée en grandes quantités par les Anglais. Le terme anglais gingham se base donc phonétiquement sur le nom de la ville bretonne où le tissu a été produit (cf. Scavini, 2016).
18Il convient d’attirer l’attention sur le fait que la traduction anglaise des nouvelles de Gavalda a été publiée par un éditeur new-yorkais. En effet, aux États-Unis, au Canada et en Irlande, le terme gingham shirt véhicule les mêmes connotations socio-culturelles que son équivalent français, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un jeune homme de bonne famille. Au Royaume-Uni, par contre, le terme peut prendre des significations complémentaires en faisant penser au mod movement, un phénomène de mode londonien des années soixante. Des chemises à petits carreaux étaient portées par des membres d’une certaine subculture rebelle provenant de la classe ouvrière (cf. Smedley). Les mods se caractérisaient par leur passion pour le jazz, les vespas et les vêtements à carreaux excentriques. À travers leur apparence, ils voulaient communiquer leur attitude rebelle contre les valeurs conservatrices de la classe bourgeoise (cf. Casburn). Tandis qu’aux États-Unis, au Canada et en Irlande, le terme gingham shirt génère la même image du protagoniste que celle du texte original, au Royaume-Uni, il risque de transformer Alexandre Devermont en jeune homme se rebellant contre la société. Dans ce cas, on pourrait interpréter le terme gingham shirt comme erreur culturelle, car il créerait une image entièrement différente. Publiée par un éditeur new-yorkais, la présente traduction est probablement plutôt destinée à un public nord-américain qu’à des lecteurs britanniques. Pour cette raison, nous pouvons considérer le terme gingham shirt comme bien choisi en fonction du public cible.
19Grâce à la proximité linguistique et culturelle entre la France et l’Espagne, la traduction espagnole de l’extrait de « Junior » proposée par Ines González-Gallarza ne montre pas d’erreur culturelle :
Se llama Alexandre Devermont. Es un chico sonrosado y rubio. Criado al vacío. Cien por cien jaboncillo y Colgate biflúor, con camisetas de cuadritos de vichy y un hoyito en la barbilla. Lindo. Limpio. Un verdadero primor. (Gavalda, 2009 : 107)
[Il s’appelle Alexandre Devermont. C’est un garçon rose et blond. Élevé sous vide. Cent pour cent savonnette et Colgate bifluor, avec des chemisettes à petits carreaux de vichy et une fossette dans le menton. Mignon. Propre. Un véritable amour.]
20La traduction littérale d’« élevé sous vide » par criado al vacío fonctionne très bien, ainsi que la traduction d’« un vrai petit cochon de lait » par un verdadero primor. Même si, en choisissant le terme un verdadero primor [un véritable amour] la traductrice fait abstraction de la métaphore animale, elle parvient à recréer l’image ironique d’un jeune homme impeccable. Notons que les termes sonrosado et barbilla appartiennent à un registre plus soutenu que leurs équivalents dans le texte source et que ceci renforce le côté propret et élégant du protagoniste.
21Dans la traduction des « chemisettes en vichy » González-Gallarza insiste sur la taille des carreaux en utilisant le diminutif quadritos [des petits carreaux]. Elle s’assure ainsi de transposer exactement le dessin du tissu dans la culture cible. Dans ce contexte, il faut mentionner que la traduction espagnole a été publiée à Madrid et s’adresse à un public hispanophone européen. Comme en Espagne les chemises en vichy ont la même connotation socio-culturelle qu’en France, l’image véhiculée par le vêtement du protagoniste correspond à celle du texte source. Pourtant, en Amérique du Sud, le terme « chemises en vichy » ne provoque aucune association socio-culturelle. Dans le cas d’une traduction visant un public sud-américain, la signification du vêtement devrait être explicitée pour éviter de générer ce qu’André Lefevere appelle « un vide culturel » (1992 : 58), c’est-à-dire la perte totale de la signification du terme. Une autre option pourrait être de remplacer les chemises en vichy par un autre genre de vêtement aux connotations semblables.
22La traduction russe diverge plus de l’original français que les traductions anglaise, allemande et espagnole. Publiée par la maison d’édition moscovite Astrel, elle a été effectuée par Elena Kolkova et Nina Hotinskaïa :
Его зовут Александр Девермон. Он розовощенкий и белокурный юнец. Вырос в тепличнх условях. Сто процентов туалетного мыла и зубной пастой « Колгеит », рубашки из чистого хлопка и ямочка на подбородке. Хорошенкий. Чистенкий. Настоящий молочный поросёночек. (Gavalda, 2004 : 125)
[Il s’appelle Alexandre Devermont. C’est un jeune homme rose et blond. Grandi dans une ambiance de serre. Cent pour cent dentifrice Colgate et savonnette, des chemises pur coton et une fossette dans le menton. Mignon. Propret. Un vrai tout petit cochon de lait.]
23Pour rendre l’image créée par l’expression « élevé sous vide », les traductrices s’éloignent du texte source en remplaçant l’expression par la tournure russe « вырос в тепличнх условях » qui se traduit littéralement par « grandi dans une ambiance de serre ». Cette dernière expression, reproduit parfaitement l’idée d’une jeunesse protégée.
24Par ailleurs, nous constatons avec intérêt que « les chemisettes en vichy » sont simplement rendues par « рубашки из чистого хлопка » c’est-à-dire « chemises cent pour cent coton ». De cette façon, Kolkova et Hotinskaia n’attirent pas l’attention sur le motif du tissu, mais sur la matière. Ainsi, l’allusion à une classe sociale élevée se perd. Si les traductrices n’étaient pas conscientes de la connotation bourgeoise du vêtement, nous pouvons parler ici d’une erreur culturelle par une connaissance insuffisante de la culture source. Il est pourtant possible que les traductrices aient supprimé consciencieusement la référence aux carreaux en présumant que, pour les lecteurs russophones, les carreaux des chemises n’évoqueraient aucune association socio-culturelle. À la lumière des écrits de Venuti, nous pouvons parler ici d’une traduction « naturalisante ». En effet, Venuti explique que dans une traduction penchant vers la naturalisation, l’original est reconstitué à travers le prisme de l’environnement culturel du traducteur, et les éléments propres à la culture source se trouvent partiellement, voire intégralement éliminés (cf. 2008 : 15). Dans notre texte, les carreaux se trouvent entièrement supprimés et avec eux la référence à la bourgeoisie. Pour exprimer qu’il s’agit de vêtements de bonne qualité, les traductrices choisissent de préciser que les chemises sont faites de pur coton. Selon Katharina Reiss, une traduction effectuée dans l’optique d’une naturalisation vise à fournir un texte « où rien ne dépayse inutilement le public cible » (2009 : 20). Dans ce sens, les lecteurs russophones ne se trouvent pas « dépaysés » par les carreaux. En adaptant le dessin des chemises au contexte russe, les deux traductrices parviennent à ce que Lefevere appelle « une adaptation culturelle » (cf. 1992 : 25).
25Une autre observation intéressante concerne l’expression « un vrai petit cochon de lait » qui est rendu mot-à-mot par « настоящий молочный поросёночек ». Comme dans la traduction allemande, l’expression choisie évoque auprès des lecteurs russes un petit cochon sur le feu. L’image d’un jeune homme tout propre se perd ainsi. Cependant, la dimension ironique du texte original est maintenue par l’utilisation d’un double diminutif pour ainsi ridiculiser le protagoniste. En effet, dans le mot поросёночек employé par les traductrices, les deux post-fixes ок [ok] et чек [chek] se trouvent fusionnés en очек [ochek], ce qui produit une diminution redondante qui crée un effet humoristique.
2. La traduction des expressions argotiques et des titres de noblesse
26Le paragraphe suivant a été choisi pour illustrer la difficulté que pose la traduction d’expressions appartenant au langage familier, voire vulgaire, ainsi que de titres de noblesse qui varient d’une culture à l’autre. Dans les lignes suivantes, le narrateur décrit de façon ironique Elisabeth Devermont, la mère du protagoniste :
Sa maman pète plus haut que son cul. Elle dit : « Allô, c’est Élisabeth Devermont… » en détachant la première syllabe. Comme si elle espérait encore duper quelqu’un… Tatatata… Tu peux payer pour avoir beaucoup de choses de nos jours mais ça, tu vois, pour la particule, c’est raté. Tu ne peux plus racheter ce genre d’orgueil. (Gavalda, 2001 : 87)
27L’expression argotique « elle pète plus haut que son cul » lance un défi particulier aux traducteurs, car il s’agit d’une part, de maintenir le ton moqueur véhiculé par l’expression et, d’autre part de respecter le registre linguistique. L’ironie est générée par le décalage entre le personnage de la mère qui se veut distinguée et supérieure aux autres et l’expression peu élégante utilisée par Gavalda pour décrire Élisabeth Devermont. Par ailleurs, à travers la phrase « sa mère pète plus haut que son cul », l’écrivaine décrit la mère d’Alexandre Devermont comme une femme arrogante. Lefevere souligne qu’en traduisant des tournures argotiques, les traducteurs doivent s’assurer que le registre ainsi que le type d’expression choisi dans la langue cible génère le même effet que dans la langue source (1992 : 58). Dans le cas de l’expression employée par Gavalda, cela veut dire qu’il faudrait trouver une tournure du même registre qui reprendrait le ton ironique tout en rendant l’attitude arrogante de la mère.
28En plus de l’expression argotique, nous allons explorer la traduction du jeu de mots autour du nom de famille de la mère du protagoniste, qui, en détachant la première syllabe de son nom la transforme en particule de noblesse. En tentant d’anoblir son nom, Elisabeth Dervermont exprime son aspiration à un statut social supérieur pour sa famille. La traduction allemande proposée par Ina Kronenberger est la suivante :
Seiner Mutter schwebt Großes vor. Sie meldet sich mit: „Hallo, hier ist Elisabeth Devermont“, wobei sie die erste Silbe abtrennte, de Vermont. Als hege sie noch die Hoffnung, jemanden täuschen zu können. Tatatata – für Geld kann man sich heute vieles kaufen, aber man kann sich nicht so ohne weiteres von schreiben. Diese Art von Hochmut ist nicht mehr käuflich. (2003 : 101)
[Sa mère a de grandes ambitions. Elle dit : « Allô, ici Elisabeth Devermont » en détachant la première syllabe : de Vermont. Comme si elle avait encore l’espoir de pouvoir duper quelqu’un. Tatata… avec de l’argent on peut acheter beaucoup de choses, mais on ne peut pas tout simplement s’écrire von (sic).]
29En ce qui concerne le nom de famille Devermont, que la mère cherche à rendre noble en détachant la particule « de », Kronenberger propose une traduction entièrement incompréhensible pour un auditoire germanophone. Dans le cas présent, nous pouvons parler d’une erreur culturelle qui est due à un malheureux transfert du jeu de mots dans un autre contexte culturel. En effet, la traductrice attend des lecteurs du texte cible qu’ils sachent qu’en français, la particule nobiliaire « de » indique une ascendance aristocratique (comme avec le patronyme « de Vermont ») alors que « Devermont » renvoie à la roture. En allemand, en revanche, un nom noble est marqué par la préposition von. La traductrice tente d’expliquer ce fait par la phrase « man kann sich nicht einfach von schreiben » [littéralement « on ne peut pas simplement s’écrire von » (sic)], qui engendre plutôt la confusion.
30Certes, la phrase contient la préposition von, une préposition aux utilisations variées selon les contextes, allant de la marque de noblesse au simple marquage de provenance ou d’appartenance (« de »). Puisque dans la traduction allemande le terme von n’est pas, comme on dit dans le jargon typographique, « mis en vedette » par des guillemets, le lecteur germanophone l’interprète comme une simple préposition, qui dans le contexte de la phrase n’a aucun sens. En reprenant les mots de Venuti, le mot von peut être considéré comme une tentative de naturalisation qui a manqué son but. Pour rendre la phrase compréhensible, il serait opportun de supprimer le jeu de mots du texte originel et d’insérer une explication dans une phrase relative, au lieu de vouloir à tout prix rester proche de la langue source. Une solution pourrait être par exemple la phrase « man kann sich nicht einfach ein „von“ vor den Namen setzen » [« on ne peut pas se mettre simplement un von devant son nom »].
31Par ailleurs, la traductrice allemande ne reproduit pas la tournure argotique « elle pète plus haut que son cul », elle la remplace par une phrase neutre « seiner Mutter schwebt Großes vor » [sa mère a de grandes ambitions]. Même si le sens général de la phrase est maintenu, le registre familier se perd entièrement et, avec ce dernier, le ton ironique du texte source. De plus, la mère n’est pas dépeinte comme étant arrogante, mais ambitieuse. Selon Lefevere, cette traduction ne saurait convenir, car le texte source n’a pas été transféré dans un « registre analogue » (1992 : 58). Nous pouvons donc argumenter que l’erreur culturelle commise par la traductrice réside dans la suppression d’une connotation de l’expression.
32La traductrice anglaise, par contre, s’efforce de garder le registre linguistique du texte original :
His mom’s a social climber – she farts higher than her ass. She says, “Hello, this is Elisabeth De-vermont…,” separating out the first syllable. As if she still hoped to fool someone… Tut tut tut… You can pay to have a lot of things these days, but for the particle – those little two letters that mean your ancestors were nobles – no way. You can’t buy that sort of pride anymore. (Gavalda, 2003 : 101)
[Sa mère est prête à tout pour prendre l’ascenseur social. Elle pète plus haut que son cul. Elle dit : « Allô, ici Élisabeth De-vermont » en séparant la première syllabe. Comme si elle espérait toujours duper quelqu’un. Tut tut tut… Tu peux payer pour avoir beaucoup de choses aujourd’hui, mais pour la particule – ces deux petites lettres qui signifient que tes ancêtres étaient des nobles – hors de question. Tu ne peux plus payer pour cette sorte de vanité.]
33Si l’on considère la traduction de la tournure argotique en anglais, nous pouvons noter que la traductrice insère la phrase explicative « his mom’s a social climber » [sa mère est prête à tout pour prendre l’ascenseur social], ajout qui constitue une interprétation de la locution française « elle pète plus haut que son cul ». D’après Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet, il s’agit ici d’un « étoffement », c’est-à-dire d’un procédé de traduction visant à renforcer l’expression par des explications supplémentaires (cf. 1997 : 10). Nous pouvons observer que Maker a choisi de traduire l’expression argotique mot-à-mot par « she farts higher than her ass ». Elle a très probablement agi dans une optique d’exotisation dans le sens de Venuti, ayant le but de mettre l’accent sur l’identité étrangère du texte source (cf. Venuti 2008 : 15). Pourtant, cette traduction est entièrement dépourvue de sens pour un lecteur anglophone et n’exprime donc ni la dimension ironique du texte source, ni l’attitude arrogante de la mère. Une hypothèse pour ce choix serait que la traductrice ignorait que « péter plus haut que son cul » constitue une expression idiomatique. Prenant probablement la phrase pour un jeu de mots inventé par Gavalda, il est possible qu’elle se soit sentie obligée de la traduire à tout prix pour recréer la voix de l’auteure. De plus, la traductrice attachait sans doute beaucoup d’attention à la reproduction du niveau de langue du texte original. Dans ce cas, nous pouvons moins parler d’une erreur culturelle que d’une erreur linguistique due à la connaissance insuffisante du registre familier de la langue française. Au lieu de reproduire l’expression française littéralement, la traductrice aurait pu chercher une équivalence ; une solution possible pourrait être l’expression également vulgaire « she thinks that her shit does not stink » [« elle pense que sa merde ne pue pas »]. Cette tournure reproduirait le registre argotique tout en gardant la dimension ironique de la phrase.
34En ce qui concerne le nom de famille « Devermont », Maker s’est vue contrainte d’insérer la phrase explicative « those little two letters that mean your ancestors were nobles » [« ces deux petites lettres qui signifient que tes ancêtres étaient des nobles »]. La traductrice a probablement jugé cette phrase supplémentaire nécessaire, car dans un contexte anglophone, la noblesse est indiquée par un titre – comme lady ou sir – et non par une particule. Dans le sens de Venuti, cette traduction pourrait être une naturalisation réussie. En explicitant les différences linguistiques entre l’anglais et le français, Maker évite des mécompréhensions interculturelles.
35Comme dans le cas de la traduction espagnole de l’extrait précédent, González-Gallarza parvient à rester proche du texte source :
Su mamá se lo tiene creidísimo. Dice: « Sí, dígame, soy Élisabeth Devermont… », separando la primera sílaba del resto de su apellido. Como si todavía esperara poder engañar a alguien… Ya, ya… Actualmente puedes pagar para conseguir muchas cosas, pero, hija mía, un apellido de rancio abolengo, olvídalo. (Gavalda, 2009 : 107)
[Sa mère se prend trop au sérieux. Elle dit : « Oui, allô, c’est Élisabeth Devermont… » en détachant la première syllabe du reste du nom de famille. Comme si elle espérait toujours pouvoir tromper quelqu’un. Tut, tut, tut… Aujourd’hui tu peux payer pour obtenir beaucoup de choses, mais, mon dieu, un nom d’ascendance noble, ça tu peux oublier.]
36En traduisant « sa maman pète plus haut que son cul » par « su mamá se lo tiene creidísimo » [sa mère se prend trop au sérieux], la traductrice garde plus ou moins le sens de la phrase, mais la rend dans un registre plus élevé. Comme dans le cas de la traduction allemande, l’expression ne véhicule pas le ton ironique de l’original. Par contre, la référence à l’arrogance de la mère est maintenue.
37Par ailleurs, la traduction concernant le jeu de mots autour du nom « Devermont » est bien réussie. Pour des lecteurs hispanophones, l’explication est compréhensible, car dans certains cas, la particule espagnole de remplit les mêmes fonctions qu’en français (cf. « Onomástica/apellidos »). L’ajout de apellido de rancio abolengo [nom d’ascendance noble] peut se justifier comme une volonté d’explication. La similarité des langues française et espagnole permet donc à la traductrice de rester relativement proche de la source, ce qui n’est pas possible dans le cas des traductions anglaise et allemande.
38La traduction russe du paragraphe soulève un autre genre de questions, car elle dépare légèrement plus du texte source que les autres traductions :
Его мамаша много о себе понимает. Она говорит : « Алло, это Лизабет Девермон… » – отдельно произнося первый слог фамилии, будто ещё надеется кому-то запудрит мозги… Размечталась… В наше время много можно купить за денги, но только не аристократическое присхождение Фамильную гордость не купишь. (Gavalda, 2004 : 126)
[Sa petite maman a une haute opinion d’elle-même. Elle dit « Allô, c’est Élisabeth Devermont », en prononçant seule la première syllabe du nom de famille. Comme si elle espérait toujours tromper quelqu’un. Elle rêve… Aujourd’hui, on peut acheter beaucoup de choses avec de l’argent, mais pas une ascendance noble. La fierté familiale, tu ne peux pas l’acheter.]
39Comme dans les deux traductions précédentes, la locution argotique est rendue par une phrase appartenant à un registre trop élevé. « Sa mère pète plus haut que son cul » est rendu par « его мамаша много о себе понимает » [« sa mère a une haute opinion d’elle-même »]. Cependant, pour maintenir un ton ironique, les deux traductrices emploient pour le terme « mère » le diminutif мамаша [petite maman]. Même si l’arrogance de la mère est ainsi soulignée dans la traduction, le jeu avec les différents niveaux de langue se perd.
40Pour rendre la référence à la noblesse visible, les deux traductrices optent pour une traduction littérale de la phrase « Elle dit : “Allô, c’est Élisabeth Devermont…” en détachant la première syllabe » [Она говорит : « Алло, это Лизабет Девермон… » – отдельно произнося первый слог фамилии]. Quelques lignes plus bas, Kolkova et Hotinskaïa expliquent qu’il est impossible d’acheter une аристократическое присхождение [une ascendance noble]. Une question se pose pourtant : un public russe serait-il capable de décoder la référence à la particule nobiliaire utilisée en français malgré cette phrase intercalée ? Car la langue russe n’offre pas de possibilité semblable pour renvoyer à la noblesse en transformant un nom de famille.
Conclusion
41Comme le soulignent Román Alvarez et Carmen-África Vidal, traduire n’est pas seulement passer du texte source au texte cible en transférant des mots d’un « récipient » à l’autre, mais aussi transférer une culture entière dans une autre (cf. 1996 : 5). Dans le même esprit, Katharina Reiss avance que l’activité traduisante vise « à faire comprendre les choses inconnues au moyen des choses connues » (2009 : 17). Jongler entre le connu et l’inconnu est souvent la source des erreurs culturelles. Ceci est particulièrement le cas dans la traduction littéraire, où les traducteurs sont souvent confrontés à des textes fonctionnant sur plusieurs niveaux narratifs. Comme nous l’a montré l’analyse des deux extraits de la nouvelle « Junior », la traduction des images, des expressions argotiques ainsi que des titres de noblesse peuvent facilement devenir un véritable casse-tête. Des carreaux vichy maladroitement transférés dans un autre contexte culturel peuvent transformer un jeune homme sophistiqué et snob en bucheron et une particule nobiliaire mal traduite risque de créer un « vide culturel » (Lefevere, 1992 : 58) laissant les lecteurs perplexes. De même, une expression argotique rendue dans un registre linguistique trop élevé risque de perdre toute sa dimension ironique et humoristique. Les textes cibles contenant ce genre d’erreurs culturelles produiront un effet différent de celui du texte source, ce qui démontre de nouveau qu’en traduction littéraire, le diable est dans les détails.
42Clive Scott conçoit l’art de traduire comme un acte d’interprétation personnelle d’un texte (cf. 2000 ; 2006). Cette approche que Scott applique à la traduction de la poésie paraît aussi pertinente pour la traduction de la prose, mais en même temps laisse une liberté d’interprétation considérable aux traducteurs. Ceci pourrait inciter le traducteur à s’éloigner trop du texte source en se basant davantage sur ses propres interprétations. Marianne Lederer et Danica Seleskovitch, quant à elles, soulignent que pour transmettre correctement un message et « pour le faire passer intégralement dans l’autre langue » il est nécessaire de se concentrer sur le sens (2014 : 145). L’application de ce principe se complique fortement dès lors qu’il s’agit de traduire des termes ou des concepts comportant plusieurs connotations qui n’ont pas toujours d’équivalents stricts dans la langue cible. Ainsi, même si les erreurs culturelles liées à la méconnaissance ou à l’incompréhension des termes ou concepts peuvent être limitées idéalement par une parfaite connaissance dans le chef du traducteur de la culture source, il n’en reste pas moins que, souvent, les déperditions des références culturelles ne peuvent être gommées, du fait même que chaque langue est porteuse de spécificités culturelles qui lui sont propres.
Bibliographie
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Format
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Notes de bas de page
1 « La chemise à carreaux ». https://www.tendances-de-mode.com/tag/chemise-a-carreaux, consulté le 14 septembre 2018.
Auteur
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Stephanie Schwerter
Université Polytechnique Hauts-de-France
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