Introduction
p. 17-36
Texte intégral
1En 1920, le directeur des musées nationaux français propose de mettre en place une activité d’accompagnement des visiteurs au musée du Louvre en s’inspirant ouvertement de l’exemple de la National Gallery à Londres1. L’intérêt pour l’éducation artistique du public en France vient alors de Grande-Bretagne. Cette tentative de transfert ne se fait toutefois pas sans débat. Deux groupes socioprofessionnels s’opposent ou s’ignorent, aux deux extrémités de la chaîne hiérarchique et sociale, les gardiens et conservateurs. Les uns et les autres doivent-ils servir l’art ou les visiteurs ? Le débat reprend au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, porté au sein d’un organisme transnational fondé en 1946, le Conseil international des musées (Icom). Il est alors envisagé de créer une activité supplémentaire de guide-conférencier destinée à guider les publics. Elle met alors en cause les frontières entre gardiens et conservateurs et leurs attributions. Les gardiens ne souhaitent pas se dessaisir d’une fonction de guide qu’ils revendiquent pour revaloriser leur fonction. Au sein des conservateurs, la tâche d’explication des œuvres à un public élargi fait débat : doit-elle faire partie de leur mission ou constituer une activité non scientifique déléguée à des catégories au contact avec le public, situées de fait en bas de l’échelle professionnelle et sociale2 ? Les professions muséales française et britannique sont liées entre elles non seulement parce qu’elles luttent pour le contrôle d’une même activité3, mais aussi pour débattre de qui se chargera d’une activité nouvelle, celle de s’occuper du public. Celui-ci arrive progressivement en flux au musée, se diversifie, et nécessite des personnels formés à différents niveaux hiérarchiques, des gardiens aux conservateurs de musées.
2L’élargissement du public, tout en participant des enjeux politiques et démocratiques, transforme l’emploi et le travail, dans sa prescription et ses conditions matérielles, en même temps qu’il fait rejouer les frontières entre les groupes professionnels. L’augmentation de la fréquentation des musées conduit en effet à transformer les missions et la répartition des tâches de ceux qui doivent prendre en charge l’accueil et l’éducation des visiteurs, autrement dit accompagner, accueillir, guider, instruire des publics différenciés dans leurs origines sociales et leurs attentes différenciées. À travers le cas de la Culture, l’ouvrage s’interroge donc sur la manière dont l’augmentation du nombre des usagers des services publics incite ou non l’État à revoir le volume et la répartition des emplois, à transformer l’organisation du travail entre les hommes et les femmes ainsi qu’à produire une nouvelle classification des postes ou des individus.
3La question revêt un enjeu particulier depuis 2018. Le rapport « Comité action publique 2022 » de juin 2018 préconise d’assouplir le statut général de la fonction publique en proposant un recours à la contractualisation plutôt qu’au recrutement de fonctionnaires, sans plus faire référence à la qualité de service rendu et à l’égalité d’accès des usagers4. La loi d’août 2019 élargit désormais le recours au contrat et aux conventions collectives5. Le public n’est toutefois pas une variable exogène au travail dans les services publics. Plusieurs travaux d’histoire ou de sociologie s’y sont déjà intéressé, comme dans le cas des sténographes parlementaires, des aides soignantes ou des policiers6. Au musée, lorsque l’on demande aux gardiens de musées de rendre un service public gratuit et désormais sans pourboire, évalué avec un critère de contrôle des flux de visiteurs, leur activité et leur représentation du travail s’en trouvent profondément modifiées.
4Ce que le public fait au travail pour l’État recouvre des réalités du travail extrêmement différenciées pour les personnels masculins et féminins des trois fonctions publiques. Nous avions examiné, dans le contexte très différent d’une administration en réalité proche à plusieurs égards d’une entreprise, la façon dont les receveurs et receveuses des Postes intégraient l’usager-client dans leur travail entre 1945 et 1973, dans une période où le flux de courrier et les services bancaires de la Poste se développent considérablement7. Dans cette administration jusqu’en 1990, répartie sur tout le territoire national, l’emploi public devait permettre de garantir à chacun l’accès à des biens ou à des services essentiels pour la satisfaction de ses besoins. Ce mode d’organisation avait d’abord des implications juridiques. L’emploi public devait permettre de délivrer ces services dans des conditions de continuité, d’égalité et d’adaptabilité, les trois principes du service public. S’y sont ajoutés le principe de neutralité de l’administration publique à l’égard de tous les usagers, l’obligation de fournir ces services et la minimisation des coûts pour la collectivité. La responsabilité de l’État pouvait être engagée si les services publics n’étaient pas fournis par des personnels qualifiés et répartis sur tout le territoire.
5Ces principes ont été complétés par des outils de gestion. L’objectif était d’arriver à placer des personnes avec les qualifications requises sur tout le territoire et de mettre une personne dans chaque emploi. Cette contrainte liée à l’implantation territoriale de l’administration postale a joué un rôle déterminant dans la structuration du corps des receveurs des Postes : la Poste a maintenu, en période de pénurie de cadre, un corps de promotion interne pour ses chefs d’établissement. La logique gestionnaire d’une entreprise pose d’emblée des questions politiques telle que l’adaptation du service public à la différence ou les problèmes d’égalité d’accès au service public. Le pilotage du travail par les contraintes organisationnelles de la Poste pouvait conduire à accroître les inégalités d’accès au service rendu tout en préservant les apparences d’un service public accessible à tous. Le cas de l’administration culturelle et du travail des gardiens et des conservateurs dans deux grands musées, le British Museum et le Louvre, nous offre maintenant l’occasion de voir comment l’extension des publics modifie le travail dans une autre administration en comparant avec la Grande-Bretagne.
Une période d’extension des services culturels (1946-1981)
6Les musées et leurs publics constituent un cas particulièrement intéressant de l’après-Seconde Guerre mondiale aux années 1980. Durant cette période, les deux pays s’opposent souvent sur la place symbolique de la culture dans la société, les Français étant censés, aux yeux de bien des Britanniques, valoriser essentiellement la haute culture8. Les Britanniques seraient, aux yeux de bien des Français, plus épris de la valeur de liberté dans l’accès aux arts que de celle d’égalité9. D’ailleurs, alors que la gratuité des musées est la règle en Grande-Bretagne jusqu’aux années 1970, la France considère le public des musées comme solvable et le premier dispositif de gratuité ne date que de 1983.
7Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des publics de plus en plus nombreux se mettent à visiter les musées des deux pays. En France, la fréquentation des musées nationaux en France passe de 5 millions à 14 millions de visiteurs entre 1960 et 1992, accompagnant une mutation de la fréquentation qui double en moyenne entre ces dates dans tous les pays d’Europe10. Selon la première enquête de 1973 sur les usagers des établissements culturels, 27 % des Français, de 15 ans et plus, ont au cours de l’année visité un musée ou une exposition temporaire d’art. Le pourcentage est de 30 % lors de l’enquête de 198111. L’intérêt pour le public devient une préoccupation de l’État et des responsables de musées, ainsi que l’affaire des chercheurs en sciences sociales. En témoignent alors les enquêtes sur les pratiques culturelles lancées par le service des études et recherches du ministère chargé de la Culture (SER)12, dont les résultats confirment les études de Pierre Bourdieu et d’Alain Darbel sur les inégalités d’accès à la culture13. Les années 1960 et 1970 voient le développement des grandes enquêtes sur les musées, dans une logique d’aide à la prévision plus que dans une fonction scientifique d’avancée de la connaissance. La première enquête de l’Insee sur les loisirs des Français est menée en 1967, tandis que le ministère des Affaires culturelles lance ses propres enquêtes sur les pratiques culturelles des Français, conçues comme un instrument nécessaire à la planification et au développement culturel. La collaboration du Service des études et de la recherche dirigé par Augustin Girard et l’historien Michel de Certeau donne lieu, sans concession au commanditaire, à la dénonciation d’institutions culturelles publiques confisquées au service d’une minorité sociale et d’une culture élitaire, plaidant pour la reconnaissance des pratiques des gens ordinaires.
8Mais, alors que la France multiplie les études sur les publics, en Grande-Bretagne aucune étude similaire ne voit le jour14. Pour les musées britanniques, les données sur le comptage des visiteurs et les études sur l’impact des musées sur les publics sont notoirement absents pour cette même période. Des départements entiers y sont consacrés seulement à partir des années 198015. Richard Hoggart propose une analyse des conditions sociales de réception des biens culturels, élucidant la contradiction entre production et consommation culturelles16.
9Deux hommes, l’économiste hétérodoxe et haut fonctionnaire John Maynard Keynes en Grande-Bretagne puis en France l’écrivain et homme politique gaulliste André Malraux, donnent une impulsion décisive au développement des musées, avec la même volonté politique de répondre aux besoins de nouveaux publics par une action de l’État qui accorde un rôle accru au Parlement et conduit à la concentration des moyens sur l’excellence culturelle et les capitales. Les deux pays connaissent d’ailleurs une intervention accrue de l’État dans le système muséal privilégiant une hiérarchisation territoriale des musées. Les musées français et britanniques relèvent toutefois d’institutions différentes. En France, les musées sont intégrés au Secrétariat d’État aux Beaux-Arts, lui-même abrité au sein du ministère de l’Instruction publique, jusqu’en 1959. Le budget des Affaires culturelles s’autonomise de celui de l’Éducation nationale en 1960 et la gestion de son personnel administratif en 196117. La plus importante institution de conservation historique subventionnée par l’État en Grande-Bretagne, l’English Heritage, protège et gère les lieux de patrimoine en en favorisant l’accès au public, tandis que l’autre grande institution, le National Trust, gère des manoirs et préserve des paysages naturels.
10Les publics de la Culture, à la différence de ceux de l’Éducation ou de ceux des services publics régaliens, ne sont pas captifs. Avec l’évolution du nombre de visiteurs dans la seconde moitié du xxe siècle, le service des musées, qu’il soit gratuit jusqu’en 1984 comme en Grande-Bretagne ou payant comme en France, doit progressivement attirer les publics18. Les interrogations s’accroissent dans les deux pays sur ce que doivent être les montants respectifs des subventions et des contributions demandées aux visiteurs. La fonction de mécénat se développe dans les deux musées phares des deux capitales européennes Paris et Londres. Les Amis du Louvre sont créés en 1887 en s’inspirant de la National Gallery de Londres. Au British Museum, les Friends of the British Museum sont créés en 1968. La croissance des employés du tertiaire, de la culture de masse, des liaisons à distance et du nombre des visiteurs des musées dans les deux pays suppose une transformation de l’organisation du travail et une redéfinition des rapports entre services publics et services privés.
11Pour faire face à cette extension des publics s’affirme en France une politique de « démocratisation culturelle » dont on ne sait guère si elle s’est traduite par une redéfinition des missions et des tâches ou pas. A-t-elle des conséquences sur le nombre des emplois et sur la façon dont le travail est organisé ? Qui se chargera de l’accueil de nouveaux publics ? La question fait débat chez les acteurs à cette période. Comment les conservateurs d’un grand musée comme celui du Louvre se sont approprié la diffusion et l’explication des œuvres auprès d’un large public au regard de ceux du British Museum ? Les publics sont-ils accompagnés par du personnel statutaire, contractuel rémunéré, ou bien au contraire par un personnel féminin bénévole et invisible dans les statistiques budgétaires ? L’existence de ces femmes bénévoles en charge du public explique-t-elle l’absence de transformation des tâches des gardiens et conservateurs qui devraient se centrer aussi sur la pédagogie auprès des publics non éclairés ?
12À partir de 1981, les années Lang en France, nouvel âge d’or de la politique culturelle après l’ère Malraux, sont associées à une reconnaissance de la dimension économique de la culture en rupture avec les modes de l’action publique traditionnelle19. L’augmentation du budget du ministère de la Culture en France nécessite, pour en assurer l’emploi, de substituer à l’État une multitude d’associations-relais, et va de pair avec une augmentation du contrôle et du développement des inspections20. La commercialisation des musées dans les deux pays21, les restructurations concomitantes des services publics britanniques imposent aux collectivités locales de soumettre au marché certaines de leurs activités. Comment modifient-elles la façon dont les publics sont pensés dans l’organisation du travail ? Quel devient l’intérêt des groupes professionnels à intégrer ou non le public comme une variable interne à leur travail ?
France-Grande-Bretagne : des comparaisons aux circulations
13Plusieurs oppositions intéressantes entre les deux pays ont initialement guidé le choix d’une comparaison entre la France et la Grande-Bretagne. D’abord, les politiques d’emploi semblent en apparence opposées dans les deux pays. Le service est fourni par des agents aux statuts de nature juridique distincte : fonctionnaires en France ou contractuels en Grande-Bretagne. La part des fonctionnaires dans la population active est de 22 % en France, elle n’est que de 10 % en Grande-Bretagne. La fonction publique (civil service) n’est pas régie par un texte statutaire d’ensemble, et le recrutement de la majorité des public employees se fait au niveau local. Seuls les civil servants, ou hauts fonctionnaires, ont un statut qui s’apparente à celui du fonctionnaire français, mais ils représentent la fraction la plus réduite de l’emploi public britannique22. La norme française, dont le régime d’emploi est le fonctionnariat à partir de 1946, s’oppose-t-elle à l’option britannique, qui ne reconnaît pas de différences statutaires pour ses salariés dans le cas des musées ?
14Ensuite, le modèle d’organisation du travail du secteur public n’est pas le même dans les deux pays. Fondé en France sur la classification des postes et non des individus, le statut général des fonctionnaires associe les postes de travail à un niveau de diplôme, d’emploi et de concours. Le mode de gestion des carrières, homogénéisé au sein du statut général des fonctionnaires au moins jusqu’à la décentralisation de 1982, favorise l’emploi de généralistes. En Grande-Bretagne, ce sont la tâche et la spécialisation qui définissent la qualité du statut d’emploi, mais aussi les modes de gestion des ressources humaines qui s’appliquent à cet emploi23. Mais qu’en est-il au niveau des pratiques de travail ? L’organisation du travail du British Museum favorise-t-elle plus la spécialisation des tâches que celle du Louvre ?
15Enfin, la comparaison entre la France et la Grande-Bretagne permet de s’interroger en profondeur sur le rapport au service public des personnels des deux pays. La notion de service public n’est pas inscrite dans le droit britannique. Après la Seconde Guerre mondiale, la théorie administrative britannique reconnaît toutefois l’existence de cette notion dans certaines circonstances pour l’équilibre entre la demande du public et la nature du service fourni. Sur la base de jugements politiques sur les priorités économiques et sociales, l’inégalité de traitement des publics peut être sanctionnée comme un exercice déraisonnable du pouvoir. Dans la doctrine britannique, l’administration n’existe pas comme source de droit et institution spécifique24. La notion de service public est construite par les acteurs dans certaines circonstances sur la base de jugements politiques en fonction des priorités économiques et sociales. L’inégalité de traitement des publics peut être sanctionnée comme exercice déraisonnable du pouvoir25. Au contraire, en France, c’est l’État et les hauts fonctionnaires qui ont défini le service public26. L’examen conjoint des cas de la France et de la Grande-Bretagne, fortement contrastés, permet ainsi d’étudier ce rapport au service public, dont les Britanniques seraient supposément dépourvus27. N’y a-t-il pas d’éthique du service public en pratique chez les personnels du British Museum ? Au Louvre, travailler pour l’État ou pour les publics est loin d’être en adéquation28. Y a-t-il un continuum de situations allant du service du public à celui de l’État et de l’intérêt général en fonction de la montée dans la position hiérarchique, des gardiens aux conservateurs ?
16Ces comparaisons sont toutefois interrogées par plusieurs circulations constatées non seulement sur le rôle éducatif des musées, mais aussi sur les modes de gestion de l’emploi public au sein de l’État. Le rôle éducatif des musées prend de plus en plus d’ampleur dans la politique de « démocratisation culturelle » française. D’où vient cette idée et comment arrive-t-elle en France ? Un accord se cherche en Grande-Bretagne sur les missions prioritaires qui doivent désormais animer les politiques muséales29 : doit-on continuer d’accorder la priorité au pôle scientifique ou privilégier les missions éducatives ? Les implications de ces changements de mission sur le statut du travail dans les musées sont en débat dans les professions muséales française et britannique au sein de l’Icom, sans que l’on connaisse son rôle de diffusion en France d’une conception plus centrée sur l’éducation du public.
17C’est aussi le mode de gestion du personnel public qui circule de la Grande-Bretagne vers la France. Ainsi par exemple, un courrier adressé en 1946 par le vice-président du Conseil d’État, René Cassin, au directeur de la Fonction publique témoigne de la tendance à prendre la Grande-Bretagne comme un modèle pour l’organisation de son emploi public au lendemain de la Seconde Guerre mondiale30. Cette tendance a, selon plusieurs auteurs, perduré et s’est accentuée dans les années suivantes31. Plusieurs travaux récents sur la formation des hauts fonctionnaires en France et en Grande-Bretagne dans les années 1960 et 1970 mettent l’accent sur les références réciproques que constituent pour les réformateurs britanniques et français l’École nationale d’administration et la commission présidée par Lord Fulton sur la réforme du civil service32. Ces circulations sur les emplois publics en général ont-elles eu une influence sur les emplois dans les musées ?
Travailler pour l’État : approches sociologiques et historiennes
18Pour comprendre comment le public a transformé le travail au musée, cette recherche se situe au carrefour de deux grandes traditions de recherche, la sociologie et l’histoire. Elle prend en premier lieu appui sur les travaux de la sociologie de l’État, du travail et des professions. L’ouvrage s’inscrit d’abord dans les travaux insistant sur le rôle majeur de l’État dans la production des principes de classement des populations et des services qui organisent le monde social33. Plusieurs travaux français et britanniques récents soulignent par ailleurs l’importance de la transformation des régimes d’emploi public et privé en Grande-Bretagne et en Europe34. D’autres insistent sur les observations réciproques des fonctions publiques française et britannique35. La refonte de la division du travail et des hiérarchies professionnelles constitue par ailleurs une des questions centrales de l’analyse des bureaucraties36. Modifier la division du travail est une façon d’influencer la répartition du pouvoir, tout en montrant que l’administration peut répondre aux demandes des groupes sociaux37. Des travaux sociologiques récents portent aussi sur les circulations d’hommes, d’idées et de pratiques dans la modernisation de l’État, notamment sur les États-Unis et l’Allemagne38.
19Cette recherche s’inscrit ensuite dans le renouveau de la sociologie de l’art et des professions artistiques françaises et britanniques, mettant cette fois l’accent sur le rôle des individus et des groupes. Des travaux récents s’intéressent à la catégorisation du public – ou celle de non public – par l’État dans les domaines artistiques et culturels39. Les approches centrées sur les conditions pratiques de l’activité de création et la critique artiste des conservateurs apparaissent fructueuses40, tout comme l’apport de la sociologie des professions41. Dans ce dernier domaine, plusieurs recherches insistent sur les luttes interprofessionnelles dans la division du travail entre restaurateurs et conservateurs de musée42 ou entre conservateurs et directeurs des Affaires culturelles43, tout en faisant le lien entre sociologie des professions et pratiques de travail44. D’autres recherches socio historiques insistent sur l’organisation ou la temporalité du travail artistique45. De leur côté, les études britanniques sur la sociologie des employés du secteur culturel se développent dans les années 200046. Le mouvement des cultural studies, qui s’y est intéressé auparavant, est désormais tourné vers la culture populaire de masse plus que vers la culture savante, et valorise des méthodes qualitatives voire littéraires d’étude de corpus d’images, de textes ou de chansons.
20Les travaux de sociologie du travail, en particulier celle des guichets et des classes sociales, constituent enfin une perspective essentielle. Des articles pionniers ont mis en évidence la façon dont les positions sociales des usagers influencent les conditions de travail des agents des services publics et la nature des services qui leur sont offerts47. D’autres recherches sociologiques permettent d’interroger les compétences des publics ou des usagers des administrations et leur répercussion sur le travail des agents48. L’observation de l’État au guichet, pour reprendre le titre de l’ouvrage spécialisé sur la question, met au jour les relations sociales et l’organisation matérielle des bureaucraties modernes en s’intéressant au travail de qualification des dossiers administratifs opéré par les fonctionnaires de base49. La sociologie des catégories socioprofessionnelles et des classes sociales, britanniques et françaises50, s’est elle aussi intéressée aux fonctionnaires situés en bas de l’échelle sociale et des rémunérations51. Pour une partie de la littérature en sociologie, la division du public résulte de l’application de règles de l’administration issues de son pouvoir discrétionnaire52. Dans ce dernier ensemble de travaux, une place à part doit être faite ici au travail de Pierre Bourdieu et d’Alain Schnapper publié en 1966, en raison du fait qu’il constitue à la fois une source et une référence bibliographique. Les auteurs montrent dans leur enquête sur les musées européens le caractère élitiste de la culture promue par les conservateurs de musées en Europe53. La Grande-Bretagne est absente de l’enquête, qui est centrée sur les élites culturelles, locales ou nationales54.
21La seconde grande tradition de recherche sur laquelle s’appuie cet ouvrage concerne l’histoire politique et sociale de la Culture en France et en Grande-Bretagne ainsi que l’histoire des transferts. Outre les travaux d’histoire politique de l’administration cités, dans ce champ en plein renouvellement historiographique, nous retenons pour la France à la fois les synthèses d’histoire du ministère de la Culture et les monographies par métier55. Dans cet ensemble, les travaux sur l’histoire des publics des musées ont leur importance56. Des recherches nouvelles s’intéressent à la visite au musée comme pratique politique, ainsi qu’à la façon dont le musée constitue une offre de ralliement au régime à destination des élites57. Des recherches plus spécifiques d’histoire sociale d’autres métiers de la culture existent aussi58. L’histoire britannique de la Culture constitue un champ ancien59, et celle des personnels des musées s’est développée à partir des années 197060. Les synthèses portent plus volontiers sur les périodes antérieures à 194561. Le renouveau historiographique vient en particulier des études sur le genre et l’Empire62.
22L’étude des circulations internationales d’hommes, d’idées ou de pratiques se développe depuis les années 199063. L’observatoire des politiques culturelles du ministère de la Culture, créé en 1989, s’avère sensible à la dimension internationale et comparée des analyses des politiques culturelles et les échanges entre chercheurs sur ce point se multiplient64. L’étude des circulations culturelles ou des transferts repose sur des monographies consacrées à des œuvres ou à des auteurs singuliers en vue de mieux comprendre les logiques s’agissant de la traduction d’un pays à l’autre65. Plus généralement, les premiers travaux d’histoire internationale du travail constituent une ressource importante. Ils montrent comment l’organisation du travail dans le secteur privé est indissociable de phénomènes globaux comme l’organisation du travail, le rôle de l’État ou celui de l’Organisation internationale du travail (OIT)66. Cette recherche s’inscrit enfin dans les travaux comparatifs sur la France et la Grande-Bretagne67 et les études sur les transferts culturels franco-britanniques68. Nombre d’entre elles concernent le xixe siècle69 et ont déjà donné lieu à un ouvrage de synthèse70. L’ouvrage tente ainsi de donner à voir l’emploi public culturel sous un angle transnational moins étudié pour la période postérieure à 1945. Nourri par ces deux traditions sociologiques et historiennes à laquelle elle contribue, notre recherche se veut avant tout une approche des pratiques du travail au musée à plusieurs échelles – internationale, nationale et locale –, examinant comment le public constitue une variable interne aux pratiques de travail et à son organisation.
Sources d’archives au Louvre et au Biritish Museum
23Nous avons choisi d’étudier le Louvre et le British Museum surtout pour des raisons d’accès aux sources. Pour la période 1946-1981, les sources sont loin d’être équivalentes dans les deux pays. La France connaît une rencontre singulière entre sociologues et statisticiens employés dans les grandes institutions de la statistique publique, qui donne lieu à la création d’un observatoire des politiques culturelles permettant de compter les publics. En Grande-Bretagne, si dès le xixe siècle on compte systématiquement les visiteurs passant le tourniquet d’entrée (notamment au Victoria and Albert Museum), on ne trouve toutefois pas d’étude qualitative sur les publics pour la période 1946-1981. Les analyses quantitatives à partir du comptage des visiteurs sont postérieures à notre période d’étude qui s’arrête en 198171, sans doute en raison de l’absence initiale de personnel pour enregistrer les visiteurs. Nous disposons seulement d’un premier ordre de grandeur pour les emplois du secteur de l’industrie culturelle britannique (comprenant édition, presse, cinéma, radio, télévision, et toutes les activités liées au divertissement sans qu’on puisse identifier les emplois des musées), qui regroupent 4,5 % des salariés britanniques en 1991. Un changement intervient avec l’arrivée au gouvernement du New Labour en 1997, qui tient à surveiller la performance de diverses activités financées par les fonds publics, et permet de financer davantage d’enquêtes pour assurer le respect des accords de service public avec les musées et les théâtres72.
24L’hétérogénéité des sources, des définitions et des périmètres successifs des administrations culturelles française et britannique rend impossible la seule comparaison en volume du nombre d’emplois culturels73. Nous avons donc dû utiliser plusieurs types de sources afin de saisir à la fois l’emploi, l’organisation du travail et les pratiques professionnelles. Les corpus ne sont pas équivalents pour les deux pays, notamment en ce qui concerne la comparaison des groupes professionnels très distants comme les gardiens et les conservateurs. Un des résultats de l’analyse concerne en effet les capacités des conservateurs à produire et diffuser une parole collective sur leur métier, en faisant valoir une définition normative ou idéalisée défendue par leur association professionnelle (dans sa revue notamment). À l’inverse, les gardiens de musées semblent dépourvus de ces ressources, puisque leur travail apparaît défini de l’extérieur par d’autres et par les hiérarchies, à travers les règlements notamment. Cette opposition montre une homothétie entre les positions hiérarchiques des corps et la production discursive de normes sur leur travail. Elle s’explique non seulement par des référentiels distincts de l’action collective (amicale pour les conservateurs, syndicat pour les gardiens) mais aussi par un effet de source (dépouillement d’une revue professionnelle pour les conservateurs, dépouillement de règlements administratifs pour les gardiens). L’absence d’archives concernant les musées de province en Grande-Bretagne74 et leur dispersion en France, ainsi que les difficultés dues au fait que dans les deux pays l’histoire des musées est essentiellement écrite par les conservateurs, doivent donc inspirer la circonspection et conduire le chercheur à multiplier sources et points de vue.
25Quatre dépouillements systématiques ont été faits sur la Grande-Bretagne. Tout d’abord, la presse professionnelle des personnels des musées britanniques : la collection intégrale de Museums Journal, équivalent britannique de la revue de l’Association générale des conservateurs des collections publiques de France, est largement accessible75. Ce dépouillement de sources imprimées a été complété par les rapports annuels des musées publiés dans les textes parlementaires. C’est ensuite les archives de l’Icom qui ont été consultées76. Ces sources permettent au passage de mettre au jour le rôle de quelques personnes-ressources ou relais, producteurs et passeurs de théorie, les réseaux dans lesquels ces personnalités évoluent et les influences qu’elles subissent. Plusieurs séjours au British Museum nous ont permis en troisième lieu de dépouiller pour la période 1946 à 1981 : les archives des conseils whitley (Whitley Council Minutes), les archives du conseil d’administration (Minutes of Trustees Meetings) et les listes des membres et grades du musée (List of the Board of Trustees, Sanding Committee and Subcomittee, avec les salaires jusqu’en 1964, sans les salaires entre 1964 et 1981), ainsi que les rapports des conseils d’administration (The British Museum Report of the Trustees). En quatrième lieu, s’agissant de la France, outre la presse professionnelle et syndicale des conservateurs et gardiens, nous avons dépouillé les archives de personnel de la direction des Musées de France (DMF)77, qui permettent d’avoir accès, notamment via l’étude de la notation, aux pratiques de travail. Pour mieux comprendre les représentations du public par les conservateurs et le sens qu’ils donnent à leurs actions, nous avons in fine complété cette source par l’étude des nécrologies des conservateurs publiées dans la revue de l’AGCCPF, Musées et collections publiques de France78. Elles sont particulièrement utiles pour voir quel message « idéal » la profession délivre sur le service au public.
26En 1920, l’idée d’éduquer les publics vient non seulement d’outre-Manche, mais aussi de la muséographie diffusée via l’Office international des musées. Notre livre s’interroge donc, dans une première partie, sur les conséquences des circulations d’idées dans le domaine muséal entre la France et la Grande-Bretagne. D’abord constatées de manière bilatérale dans l’entre-deux-guerres, ces circulations d’hommes et d’idées se poursuivent au sein d’un organisme transnational après la Seconde Guerre mondiale. La création de l’Icom en 1946 met à l’ordre du jour une nouvelle définition du musée, où Britanniques et Américains jouent un rôle moteur en faveur du développement de son rôle éducatif. Le musée, désormais fondé sur l’intérêt général et l’éducation, doit mettre en commun les collections, les experts et les spécialistes éducatifs. Alors que les Britanniques sont centrés sur l’éducation du public, les Français sont plus tournés vers la technique, l’excellence scientifique et l’explication des collections à un public éclairé et éduqué. Le récit de ces circulations d’hommes et d’idées s’arrête en 1972, date de la création du Conseil franco-britannique, qui intègre désormais les liens muséaux et culturels entre les deux pays dans un plus vaste programme d’échanges.
27Ces circulations ont-elles eu une influence sur l’organisation de l’emploi ? Pour répondre à cette interrogation, l’approche adoptée par la seconde partie du livre est la comparaison entre les deux pays en matière d’emploi culturel. Au-delà des différences de conception du rapport avec les publics entre les deux pays, ces derniers mettent en place des politiques d’emploi dans les musées entre 1946 et 1981 plus proches qu’il n’y paraît. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, que l’on classe les postes sous statut public comme en France ou que l’on classe les individus sous contrat privé comme en Grande-Bretagne, les conséquences sur l’organisation générale des postes sont voisines.
28Ces observations croisées sur les ressemblances entre la Grande-Bretagne et la France en matière de politique d’emploi invitent donc à aller chercher dans les pratiques de travail les différences entre les deux pays durant cette même période (1946-1981). La dernière partie du livre en souligne quelques-unes en termes de qualification, de formation, de spécialisation des tâches et d’éthique du service public au Louvre et au British Museum.
Notes de bas de page
1 A. Peyrin, Être médiateur au musée. Sociologie d’un métier en trompe-l’œil, Paris, La Documentation française, 2010, p. 21-22.
2 E. C. Hughes, « Le drame social du travail », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 115, déc. 1996, p. 94-99.
3 A. Abott, « Écologies liées : à propos du système des professions », in P. M. Menger (dir.), Les professions et leurs sociologies. Modèles théoriques, catégorisations, évolutions, Paris, Fondation Maison des sciences de l’homme, 2003, p. 29-50 ; A. Abott, The System of Professions. An Essay on the Division of Expert Labor, Chicago, The University of Chicago Press, 1998.
4 Comité Action Publique 2022, Service public : se réinventer pour mieux servir. Nos 22 propositions pour changer de modèle, Paris, juin 2018. En ligne : https://www.lagazettedescommunes.com/575195/le-rapport-cap2022-a-telecharger/.
5 LOI n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, Journal Officiel de la République Française, n° 0182, 7 août 2019.
6 D. Gardey, Le linge du Palais-Bourbon. Corps, matérialité et genre du politique à l’ère démocratique, Lormont, Le Bord de l’eau, 2015 ; A.-M. Arborio, Un personnel invisible : les aides-soignantes à l’hôpital, Paris, Economica, 2012 ; G. Pruvost, Profession : policier. Sexe : féminin, Paris, Éditions de la MSH, 2007.
7 O. Join-Lambert, Le receveur des Postes, entre l’État et l’usager (1945-1973), Paris, Belin, 2001.
8 B. Rigby, Popular Culture in Modern France, a Study of Cultural Discourse, Londres/New York, Routledge, 1991, p. 7-8.
9 F. Bédarida, La société anglaise du milieu du xixe siècle à nos jours, Paris, Le Seuil, 1990.
10 J.-M. Guy, « Les pratiques culturelles en Europe : un essai de comparaison », in CIRCLE, Participation à la vie culturelle en Europe. Tendances, stratégies et défis. Table ronde de Moscou 1991, Paris, La Documentation française, 1993.
11 Ministère de la Culture, Département des études, Enquêtes sur les pratiques culturelles des Français, 1981 sur les pratiques culturelles des Français(culture.gouv.fr).
12 A. Girard, « Les enquêtes sur les pratiques culturelles », in J.-P. Rioux, J.-F. Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Le Seuil, 1997.
13 O. Donnat, Les Français face à la culture, de l’exclusion à l’éclectisme, Paris, La Découverte, 1997.
14 P. S. Doughty, « The Public of the Ulster Museum : a Statistical Survey », Museum Journal, vol. 68, n° 2, sept. 1968.
15 S. J. M. M. Alberti, « The Status of Museums : Authority, Identity and Material Culture », in D. N. Livingstone, C. W. J. Withers (dir.), Geographies of Nineteenth-Century Science, Chicago, University of Chicago Press, 2011 ; S. J. M. M. Alberti, « Objects and the Museum », Isis, n° 96, 2005, p. 559-571.
16 R. Hoggart, La culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Paris, Minuit, 1957 (édition anglaise), 1970 (édition française). Pour une mise en perspective, cf. A. Körner, « Culture et structure », Le Mouvement social, n° 200, « L’histoire sociale en mouvement », juill.-sept. 2002, p. 55-63.
17 M. Demonteil, Des corps à l’ouvrage. Les inspections du ministère de la culture face au new public management (1959-2017), Thèse de doctorat de science politique, Université Paris-Dauphine PSL, 2019, p. 91.
18 D. Bayart, P.-J. Benghozi, Le tournant commercial des musées en France et à l’étranger, Paris, La Documentation française, 1993.
19 E. Chiapello, Artistes versus managers. Le management culturel face à la critique artiste, Paris, Metaillé, 1998.
20 M. Demonteil, op. cit.
21 P.-J. Benghozi, Le tournant commercial des musées en France et à l’étranger, op. cit.
22 J.-P. Fons, « Les formes de l’emploi public au Royaume-Uni et en France. Une analyse sociologique et sociétale », Recherches britanniques, vol. I, n° 1, 2011, p. 1-16.
23 F. Piotet, « Métier, classification, statut, compétence : la qualification en débat », Éducation et société, n° 23, 1, 2009 ; M. Tallard, « Qualification, classification, compétences » et J. Saglio, « Public/Privé », in A. Bevort, A. Jobert, M. Lallement, A. Mias, Dictionnaire du travail, Paris, Presses universitaires de France, 2012.
24 T. Perroud, La fonction contentieuse des autorités de régulation en France et au Royaume-Uni, Nouvelle bibliothèque des thèses, Paris, Dalloz, 2013, p. 793.
25 A.-E. Villain-Courrier, Contribution générale à l’étude de l’éthique du service public en droit anglais et français comparé, Paris, Dalloz, 2004.
26 C. Bosvieux-Onyekwelu, D’une sociodicée à un savoir d’État : le service public, une tentative de mise en forme du monde social par le droit (1873-1940), Thèse de doctorat de sociologie, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 2016.
27 C. Laborde, « Penser l’État en Grande-Bretagne », in M. O. Baruch, V. Duclert (dir.), Serviteurs de l’État. Une histoire politique de l’administration française 1875-1945, Paris, La Découverte, 2000, p. 69-82.
28 Pour l’ensemble de cette perspective historique, voir : M. O. Baruch, V. Duclert (dir.), Serviteurs de l’État, op. cit.
29 D. Whitfield, « Impact of Privatisation and Commercialisation on Municipal Services in the UK », Transfer. European Review of Labour and Research, n° 8, 2002, p. 234-251.
30 Lettre de R. Cassin, vice-président du Conseil d’État, à R. Grégoire, directeur de la Fonction publique, 8 avril 1946, citée in A. Weexsteen, Le conseil aux entreprises et à l’État en France. Le rôle de Jean Milhaud (1898-1991) dans la CEGOS et l’ITAP, thèse de doctorat d’histoire, EHESS, 1999, p. 332.
31 W. A. Robson (éd.), The Civil Service in Britain and France, Londres, The Hogarth Press, 1956, p. 171.
32 N. Gally, « Gouverner les hauts fonctionnaires en France et en Grande-Bretagne. Regards croisés et traductions asymétriques », in M. Kaluszynski, R. Payre (dir.), Savoirs de gouvernement. Circulation(s), traduction(s), réception(s), Paris, Economica, 2013.
33 P. Bourdieu, Sur l’État, Paris, Le Seuil, 2012 ; A. Béliard, E. Biland, « Enquêter à partir des dossiers de personnel. Une ethnographie des relations entre institutions et individus », Genèses, n° 70, 1, 2008, p. 106-119.
34 C. Hood, R. Dixon, A Government that Worked Better and Cost Less ?, op. cit. ; S. Bach, A. Stroleny, « A Tale of Two Cities : Employer and Trade Union Responses to Local Government Retrenchment in Britain » et C. Guillaume, G. Kirton, « NAPO, un cas exemplaire des difficultés rencontrées par les syndicats britanniques du secteur public », in O. Join-Lambert, A. Mias, M. Pigenet (coord.), « Les syndicats face aux transformations du secteur public », Sociologie du travail, vol. 59, n° 1, janv.-mars 2017.
35 N. Gally, Le marché des hauts fonctionnaires : une comparaison des politiques de la haute fonction publique en France et en Grande-Bretagne, thèse de doctorat en science politique, IEP de Paris, 2012 ; N. Gally, « Gouverner les hauts fonctionnaires en France et en Grande-Bretagne. Regards croisés et traductions asymétriques », in M. Kaluszynski, R. Payre (dir.), Savoirs de gouvernement. Circulation(s), traduction(s), réception(s), Paris, Économica, 2013, p. 166-183.
36 M. Weber, « Chapitre XI : Bureaucraty », in Economy and Society, Berkeley, University of California Press, 1978, vol. 2, p. 956-1005.
37 P. Bezès, D. Demazière (coord.), « New public management et professions dans l’État. Au-delà des oppositions, quelles recompositions ? », Sociologie du travail, dossier débat, 2011 ; J. G. March, J.-P. Olsen, Rediscovering Institutions. The Organizational Basis of Politic, New York, Free Press, 1989.
38 Voir parmi les ouvrages récents : J. Krisnki, M. Simonet, Who Cleans the Park ? Public Work and Urban Governance in New York City, University of Chicago Press, Chicago, 2017 ; V. Lozac’h, Des doctrines aux réformes ? La modernisation de l’État en Allemagne, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016.
39 C. Langeard, « Des publics qui ne comptent pas ! Mises à l’épreuve d’une catégorie d’action publique », in C. Delaporte, L. Graser, J. Péquinot (dir.), Penser les catégories de pensée. Arts, culture, médiations, Paris, L’Harmattan, juin 2016.
40 M. Currey, Daily Rituals. How Artists Work, New York, Knop-Borzoi Book, 2013.
41 T. Le Bianic, « L’État et les professions dans la sociologie continentale et anglo-américaine : un état des lieux », in T. Le Bianic, A. Vion (dir.), Action publique et légitimité professionnelle, Paris, LGDJ, 2008, p. 249-277.
42 L. Hénaut, « La construction des groupes professionnels : le cas des restaurateurs d’œuvres d’art en France et aux États-Unis », Formation emploi, n° 110, 2010, p. 49-62 ; L. Hénaut, « Capacités d’observation et dynamique des groupes professionnels. La conservation des œuvres de musées », Revue française de sociologie, vol. 52, n° 1, 2011, p. 71-101.
43 F. Poulard, Les groupes professionnels à l’épreuve des réformes publiques. Clivages intra-professionnels, mobilisations et autonomie, mémoire original d’habilitation à diriger des recherches, Université de Strasbourg, 2019.
44 L. Hénaut, « Montée en qualification et perte de contrôle. Les restaurateurs de tableaux et leurs documents de travail », in A.-M. Arborio (et al.), Observer le travail, Paris, La Découverte, 2008.
45 V. Dubois, C. Bastien, K. Matz, A. Freyermuth, Le politique, l’artiste et le gestionnaire. Reconfigurations locales et dépolitisation de la culture, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2012 ; P.-M. Menger, Les intermittents du spectacle. Sociologie du travail flexible, Paris, Éditions de l’EHESS, 2011 ; M. Buscatto (dir.), « L’art au travail », Ethnologie française, n° 1, 2008 ; S. Sinigaglia-Amado, J. Sinigaglia, Temporalités du travail artistique : le cas des musicien.ne.s et des platisticien.ne.s, Paris, ministère de la Culture, 2017 ; R. Moulin (dir.), Sociologie de l’art, Paris, La Documentation française, 1986.
46 Voir notamment : M. Savage, S. Friedman, L. Hanquinet, A. Miles, « Cultural Sociology and New Forms of Distinction », Poetics, n° 53, 2015, p. 1-8 ; M. Savage, « The Fall and Rise of Class Analysis in British Sociology, 1950-2016 », Tempo Social, vol. 28, n° 2, 2016, p. 57-72 ; A. Warde, D. Southerthon, W. Oslon, S. L. Cheng, « Practices and Trajectories : a Comparative Analysis or Reading in France, Norway, the Netherlands, the UK and the USA », Journal of Consumer Culture, n° 3, vol. 11, 2012, p. 237-262 ; T. Bennett, Pasts Beyond Memories : Evolution, Museums, Colonialism, Londres/New York, Routledge, 2004 ; T. Bennett, The Birth of the Museum : History, Theory, Politics, Londres/New York, Routledge, 1995 ; S. Friedman, D. O’Brien, « Are the Creative Industries Meritocratic ? An Analysis of 2014 UK Labour Force Survey », Cultural Trends, vol. 25, n° 2, 2016.
47 H. S. Becker, « Social-Class Variations in the Teacher-Pupil Relationship », Sociological Work. Method and Substance, Aldine Publishing Company, 1970 [1952], p. 137-150, article traduit dans J.-C. Fourquin, Les sociologues de l’éducation américaine et britannique, Bruxelles, De Boeck, 1997, p. 257-270 ; J.A. Roth, « Some Contingencies of the Moral Evaluation and Control of Clientele : The Case of the Hospital Emergency Service », American Journal of Sociology, n° 77 (5), 1972, p. 839-856.
48 D. Demazière, Le chômage en crise ? La négociation des identités des chômeurs de longue durée, Lille, Presses universitaires de Lille, 1992.
49 J.-M. Weller, L’État au guichet. Sociologie cognitive du travail et modernisation administrative des services publics, Paris, Desclée de Brouwer, 1999 ; J.-M. Weller, Fabriquer des actes d’État. Une ethnographie du travail bureaucratique, Paris, Economica, 2018.
50 C. Hugrée, L. de Verdalle, « Incontournables statuts. Fonctionnaires et indépendants à l’épreuve des catégorisations ordinaires du monde social », Sociologie du travail, vol. 57, n° 2, avril-juin 2015, p. 200-223. M. Savage, Identities and Social Change in Britain since 1940. The politics of Methods, Oxford, Oxfort University Press, 2010 ; S. Halford, M. Savage, A. Witz, Gender, Careers and Organisations. Current Developments in Banking, Nursing and Local Government, Basingstoke : Macmillan Publishers Ltd., 1997.
51 M. Savage, « Déclin et renouveau de l’analyse de classe dans sociologie britannique, 1945-2016 », in E. Penissat, Y. Siblot (coord.), « Des classes sociales européennes ? », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 219, oct. 2017 ; T. Amossé, A. Bryson, H. Petit (éds), Comparative Workplace Employement Relations. An Analysis of Practice in Britain and France, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2016 ; A. Bryson, J. Gorth, P. Laroche, « Evolution or Revolution ? The Impact of Unions on Workplace Performance in Britain and France », European Journal of Industrial Relations, vol. 17, n° 2, p. 171-187 ; D. Marsden, R. Belfield, « Institutions and the Management of Human Resources : Incentive Pay Systems in France and Great Britain », British Journal of Industrial Relations, vol. 48, n° 2, 2010, p. 235-283.
52 Sur cette perspective, voir A. Spire, « L’asile au guichet », Actes de la recherche en sciences sociales, 2007 ; A. Spire, « Comment étudier la politique des guichets ? Méthode pour enquêter sur le pouvoir discrétionnaire des agents de l’immigration », Migrations et société, vol. 1, n° 167, 2017, p. 91-100.
53 P. Bourdieu, A. Darbel, L’amour de l’art. Les musées et leur public, Paris, Minuit, 1966.
54 Cinq pays ont été couverts par l’enquête : Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne, Grèce. Le Royaume-Uni ne fait pas partie des pays européens où le CSE avait des liens dans les années 1960. Les archives, qui concernent surtout la partie statistique de l’enquête, étaient en cours de classement pour un versement aux Archives nationales en 2018. Sur le programme d’enquête de sciences sociales sur l’administration à cette période et financée par elle, voir : F. Descamps, « Les sciences sociales à l’épreuve du ministère des finances (1962-1972) », article soumis au Mouvement social, en cours d’évaluation.
55 P. Poirrier, V. Dubois (dir.), Les collectivités locales et la culture. Les formes de l’institutionnalisation, xixe-xxe siècles, Paris, La Documentation française, 2002 ; P. Poirrier, L’État et la culture en France au xxe siècle, Paris, Le Livre de poche, 2000 ; H. Lebovics, Mona Lisa’s escort. André Malraux and the Reinvention of French Culture, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; F. Poulard, Conservateurs de musées et politiques culturelles. L’impulsion territoriale, Paris, La Documentation française, 2010. Sur les politiques culturelles comparées, voir : C. Doustaly, « Les politiques de démocratisation culturelle en Grande-Bretagne de 1940 à nos jours : légitimation ou instrumentalisation ? », in Démocratiser la culture. Une histoire comparée des politiques culturelles, sous la direction de L. Martin et P. Poirier, Territoires contemporains, nouvelle série, n° 5, mis en ligne le 18 avril 2013.
56 D. Poulot, « Quelle place pour la “question du public” dans le domaine des musées ? », in O. Donnat, P. Tolila (dir.), Le(s) public(s) de la culture. Politiques publiques et équipements culturels, Paris, Presses de Sciences Po, 2003.p. 103-122 ; D. Poulot, Une histoire des musées de France xviiie-xxe siècle, Paris, La Découverte, 2005.
57 S. Antichan, S. Gensburger, J. Teboul, « Dépolitiser le passé, politiser le musée ? Les visiteurs d’expositions historiques dans le cadre de la commémoration de la Première Guerre mondiale », Culture et Musées, n° 28, 2017, p. 73-92 ; S. Antichan, « Comment l’histoire légitime-t-elle l’État-nation ? La coproduction du musée historique du Château de Versailles par les élites de la monarchie de Juillet », Revue française de science politique, vol. 68, n° 4, 2018, p. 629-650.
58 Voir par exemple : A. Callu, Gaëtan Picon (1915-1976) : esthétique et culture, Paris, Honoré Champion, 2011 ; C. Prochasson, « Intellectuals and Writers », in J. Horne (éd.), A Companion to World War I, Wiley-Blackwell, 2010, p. 323-337 ; P. Goetschel, J.-C. Yon (dir.), Directeurs de théâtre xixe-xxe siècles. Histoire d’une profession, Paris, Publications de la Sorbonne, 2008 ; L. Vadelorge, Retour sur les villes nouvelles. Une histoire urbaine du xxe siècle, Grane, Créaphis, 2014.
59 A. McIvor, Working Lives. Work in Britain Since 1945, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2013 ; L. W. Levine, Culture d’en haut, culture d’en bas. L’émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis, Paris, La Découverte, 2010 ; R. Samuel, Theatres of Memory. Past and Present in Contemporary Culture, Londres/Brooklyn, Verso, 2012 ; J. Rose, The Intellectual Life of the British Working Classes, New Haven/Londres, Yale University Press, 2010 ; N. von Holst, Creators, Collectors and Connoisseurs, Londres, Putnam Pub. Group, 1967.
60 K. Hudson, A Social History of Museums, Londres/Basingstoke, The Macmillan Press LTD, 1975.
61 Sur les caractéristiques sociales des personnels des musées de province avant la Première Guerre mondiale, voir K. Hill, Culture and Class in English Public Museums, 1850-1914, Farnham, Ashgate, 2005.
62 G. Porter, « Gender Bias : Representations of Work in History Museums », Bias in Museums : Museums Professionals Group Transactions, n° 22, 1987, p. 11-15 ; J. M. Mackenzie, Museums and Empire. Natural History, Human Cultures and Colonial Identities, Manchester/New York, Manchester University Press, 2010 ; S. Longair, J. McAleer (éds), Curating Empire. Museums and the British Imperial Experience, Manchester, Manchester University Press, 2012.
63 M.-A. Rauch, Le bonheur d’entreprendre. Les administrateurs de la France d’outre-mer et la création du ministère des affaires culturelles, Paris, La Documentation française, 1998 ; L. Martin, « Augustin Girard, une pensée tournée vers l’international », in G. Saez (dir.), Le fil de l’esprit. Augustin Girard, un parcours entre recherche et action, Paris, La Documentation française, 2011 ; voir aussi F. Chaubet, L. Martin, Histoire des relations culturelles dans le monde contemporain, Paris, Armand Colin, 2011.
64 S. Collini, « Du financement public de la culture en Grande-Bretagne : sage pluralisme ou tradition de négligence ? », Le Débat, mai-août 1992, p. 4-14.
65 V. Long, Mécènes des deux mondes. Les collectionneurs donateurs du Louvre et de l’Art Institute of Chicago, 1879-1940, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007.
66 N. Hatzfeld, M. Pigenet, X. Vigna (dir.), Travail, travailleurs et ouvriers d’Europe au xxe siècle, Dijon, EUD, 2016.
67 C. Charle, J. Schriewer, P. Wagner (dir.), Transnational Intellectual Network. Forms of Academic Knowledge and the Search for Cultural Identities, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 2004 ; voir aussi C. Charle, J. Vincent, J. Winter (dir.), Anglo-French Attitudes : Comparisons and Transfers between French and English Intellectuals, xviii-xxth Centuries, Manchester, Manchester University Press, 2007 ; L. Tournès, E. Loyer, « Les échanges culturels franco-américains au xxe siècle : jalons pour une histoire des circulations transnationales », in L. Martin, S. Venayre (dir.), L’histoire culturelle du contemporain, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2005 ; P.-Y. Saunier, « Les régimes circulatoires du domaine social (1800-1940) : projets et ingénierie de la convergence et de la différence », Genèses, vol. 2, n° 71, 2008, p. 4-25.
68 J.-P. Genet, F.-J. Ruggiu (dir.), Les idées passent-elles la Manche ? Savoirs, représentations, pratiques (France-Angleterre, xe-xxe siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 2007 ; D. Copper-Richet, M. Rapoport (dir.), L’entente cordiale. Cent ans de relations culturelles franco-britanniques (1904-2004), Paris, Créaphis, 2006 ; R. Mayne, D. Johnson, R. Tombs (dir.), Cross Channel Currents : 100 Years of Entente Cordiale, Londres, Routledge, 2004.
69 I. Flour, « Invention et réinventions du musée de moulages d’architecture, Londres-Paris-Liverpool, 1851-1887 », in A.-S. Rolland, H. Murauskaya (dir.), Les musées de la nation. Créations, transpositions, renouveaux. Europe, xixe-xxie siècle, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 222.
70 S. Aprile, F. Bensimon (dir.), La France et l’Angleterre au xixe siècle. Échanges, représentations, comparaisons, Paris, Créaphis, 2006.
71 Des enquêtes partielles sont réalisées par le Département britannique de la culture, des médias et des sports. Elles sont accessibles via le service de données du Royaume-Uni : https://www.ukdataservice.ac.uk. Voir aussi : www.nationalmuseums.org.uk/resources/nmdc-reports-and-publications/.
72 C’est l’hypothèse explicative de Tak-Wing Chan. Cf. T.-W. Chan, Social Status and Cultural Consumption, Cambridge, Cambridge University Press, 2010 ; T.-W. Chan, J. H. Goldthorpe, « The Social Stratification of Cultural Consumption : Some Policy Implications of a Research Project », Cultural Trends, n° 16, 2007, p. 512-532 ; T.-W. Chan, J. H. Goldthorpe, « Class and Status : the Conceptual Distinction and its Empirical Relevance », American Sociological Review, n° 23, 2007, p. 1-29.
73 A. C. Pratt, « The Cultural Industries Production System : a Case Study of Employment Change in Britain, 1984-1991 », Environment and Planning, vol. A, n° 29, 2011, p. 1953-1974.
74 Comme le souligne l’historien des musées anglais Gaynor Kavanagh, les archives des musées nationaux et galeries d’art sont inaccessibles. Cf. G. Kavanagh, Museum and The First World War. A Social History, Londres/New York, Leicester University Press, 1994.
75 La collection complète est en dépôt au centre de documentation du service des musées de France (ministère de la Culture et de la Communication).
76 Ces archives, conservées à l’Unesco, concernent les rapports des comités nationaux de l’Icom, que nous avons dépouillé pour la période 1945 à 1990.
77 D’une part, les archives administratives de la DMF, en particulier celles de la direction du personnel (série 2AA, gestion du personnel n° 1 à 200 et série O personnel et administration générale n° 1 à 397) ; d’autre part, les dossiers de personnel des agents de la DMF (série O30 pour les 3 500 dossiers des personnels scientifiques, série 031 pour les 11 000 dossiers des gardiens et agents de surveillance) desquelles des feuilles de notation ont été extraites.
78 Ce traitement est issu d’un travail collectif avec Yves Lochard, avec lequel nous avons réalisé un traitement quantitatif et qualitatif de ces nécrologies dans un texte commun non publié. Je le remercie de m’avoir donné l’autorisation d’utiliser ce travail dans cet ouvrage.
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