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    Plan détaillé Texte intégral Introduction Penser les problèmes environnementaux en termes d’inégalité et de justice ? Un cadre d’analyse original Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Où est passée la justice sociale ?

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    Table des matières

    La construction du concept d’Environnemental Justice comme cadre d’analyse pour les inégalités environnementales

    Valérie Deldrève

    p. 157-168

    Texte intégral Introduction Penser les problèmes environnementaux en termes d’inégalité et de justice ? L’Environmental Justice : du mouvement social au courant scientifique Des controverses heuristiques Un cadre d’analyse original Définir et analyser les inégalités environnementales de manière intégrative Une approche théorique intégrative Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1La montée en puissance des préoccupations en termes de crise environnementale, d’érosion de la biodiversité, de pollution, de réchauffement climatique ou de « changements globaux » a poussé nombre de sociologues à s’intéresser à ces « nouveaux objets » matériels, à leur construction sociale, aux politiques mises en œuvre, aux enjeux qui leur sont associés, y compris en termes de cohésion sociale. Dès les années 1980, par ailleurs, le champ de la sociologie de l’environnement tel qu’il s’est développé sous l’influence de la sociologie rurale a proposé une lecture du rapport à l’environnement au prisme des asymétries sociales. Pour autant, la sociologie française est restée jusqu’à récemment peu réceptive au développement concomitant aux États-Unis du courant scientifique de l’Environmental Justice (EJ). Pourtant celui-ci, auquel a fortement contribué la sociologie américaine, étudie la répartition sociale des préjudices environnementaux.

    2L’un des facteurs avancés pour expliquer ce manque d’engouement est le caractère particulier de l’EJ, né de mobilisations sociales dénonçant, dans la mouvance des Civil Rights, la surexposition aux maux environnementaux des minorités pauvres et de couleur. Ce courant, qui tente d’« objectiver » le racisme et plus largement les inégalités environnementales, n’aurait de sens qu’au regard de l’histoire sociopolitique (américaine notamment) des rapports ethno-raciaux. Une telle limitation omet cependant les apports des controverses scientifiques qui traversent le courant de l’EJ et la portée plus générique qui lui est progressivement conférée dans l’étude des problèmes environnementaux de par le monde, y compris à l’échelle globale. En France, quelques auteurs s’y réfèrent aujourd’hui pour relire des conflits sociaux passés ou montrer les effets inégalitaires des politiques ou actions collectives environnementales. Mais dans quels rapports avec des théories de la justice sociale qui contribuent de longue date à la sociologie des inégalités ?

    3Partant de ce questionnement et des différentes recherches empiriques qui l’ont nourri, le chapitre qui suit met en discussion la portée et les limites de l’EJ, pour ensuite proposer un cadre d’analyse transversal des inégalités environnementales.

    Penser les problèmes environnementaux en termes d’inégalité et de justice ?

    4La nécessité de repenser les problèmes environnementaux en termes d’inégalités et de justice s’est imposée au fil de nos observations de terrain. Diverses recherches portant tant sur les effets socio-économiques de la politique commune de la pêche, que sur les actions collectives pour préserver les dunes et forêts littorales, ou encore sur le processus de création d’un parc national dans le sud de la France, montraient à quel point la cause environnementale, indépendamment de sa dimension matérielle, révélait, dans sa construction autant que dans les solutions proposées, les asymétries du social (Deldrève, 2015). Ce constat pouvait cependant sembler réducteur dans une sociologie de l’environnement post 1990, soucieuse de prendre ses distances avec les approches critiques, de remettre « le vivant au cœur des faits sociaux » (Micoud, 2014) et de promouvoir un nouveau paradigme écologique (Catton et Dunlap, 1978). Par ailleurs, notre constat entrait en dissonance avec la conception dominante de la « société du risque » qui, si elle n’ignore pas les inégalités, les relativise au regard de l’aspect global du risque technologique et environnemental généré par la société moderne, son effet boomerang, qui tendrait à terme à les niveler (Beck, 1986). Face à la « crise environnementale », amplifiée par les effets redoutés du changement climatique, cette même conception contribue à alimenter l’idée d’une « communauté de destin » (Rosanvallon, 19951 ; 2011) : nous sommes tous « sur la même galère », soit une nouvelle forme de cohésion sociale, fondée sur la responsabilité des générations présentes à l’égard des générations à venir, une nouvelle communauté de justice à grande échelle, humaine et planétaire.

    5Pourtant, depuis les années 1980, les inégalités croissent à nouveau. Après des années de controverses2 sur les liens entre pauvreté et environnement et la compatibilité des causes (lutter contre la pauvreté participe-t-il ou nuit-il à la protection de l’environnement ?), se dessine aujourd’hui un consensus relatif selon lequel plus que la pauvreté, ce sont les inégalités socio-économiques qui portent atteinte au bien-être des individus et à l’environnement (Wilkinson et al., 2009). De même, les inégalités politiques, ou entraves à la démocratie, tendraient à aggraver les maux environnementaux, comme en témoigne l’exemple de la Chine (Laurent, 2009). Depuis les années 2000, en outre, des chercheurs s’attachent à mettre en évidence, en France et plus largement en Europe, différentes formes d’inégalités d’accès aux ressources ou d’exposition aux risques, désignées sous le terme d’inégalités écologiques ou environnementales (Laigle, 2005 ; Theys, 2007 ; Charles et al., 2007 ; Cornut et al., 2007 ; Emélianoff, 2008 ; Faburel, 2010).

    6Dans nos cas d’étude, l’expérience de ces préjudices environnementaux ou encore le sentiment de pâtir des effets d’une politique environnementale, de contribuer de manière disproportionnée à l’effort demandé, de ne pas être entendu, semblent alimenter le sentiment d’appartenir à des « communautés d’épreuve » plus qu’à une même « communauté de destin » (Deldrève et Candau, 2015). S’est ainsi affirmée progressivement la nécessité d’un cadre d’analyse sociologique plus fouillé des problèmes d’environnement au prisme des inégalités et de la justice. C’est dans cet objectif que nous avons mobilisé le courant controversé de l’EJ.

    L’Environmental Justice : du mouvement social au courant scientifique

    7Sans revenir sur les origines et le développement de l’EJ, il convient ici d’en préciser l’originalité et la portée, certes controversée. Ce courant s’est développé dans les années 1970-80 aux États-Unis, d’abord sous la forme de mobilisations sociales pour dénoncer la surexposition aux risques sanitaires et nuisances environnementales de minorités pauvres et de couleur, risques imputés à la proximité et à la concentration de décharges toxiques ou d’installations industrielles dangereuses (Bullard, 1990).

    8Plusieurs auteurs montrent comment ce mouvement antitoxique croît rapidement dans la mouvance des Civil Rights et se diversifie pour englober une pluralité de plaintes, non seulement de résidents afro-américains, hispaniques, portoricains, blancs, de classe modeste ou moyenne, d’ouvriers asiatiques, ou latino agricoles, surexposés aux pollutions toxiques, mais aussi de natifs américains privés de leurs terres, de l’accès aux ressources naturelles et réclamant leur droit à l’autodétermination… (Taylor, 2000 ; Schlosberg, 2007). Le mouvement s’internationalise également, d’abord à l’échelle du continent américain, lors du Sommet environnemental des Peuples de couleur (1991), où est dénoncé le transfert des maux environnementaux issus de l’activité industrielle et militaire des États-Unis vers les pays voisins. Il englobe ensuite plus largement les rapports Nord/Sud (Martinez-Alier, 2008).

    9Simultanément, se développe dès les années 1990, d’abord sous l’impulsion des mobilisations sociales puis du gouvernement Clinton, un champ de recherche dédié à l’EJ, attaché, dans un premier temps, à objectiver les inégalités environnementales dénoncées ou encore à délimiter, à la demande de l’Environmental Protection Agency3, les communautés de justice pouvant prétendre à compensation ou réparation. Ainsi l’EJ se développe non seulement comme un cadre d’action collective, mais aussi comme un principe d’action publique et un champ de recherches scientifiques. Mais ces recherches sont aussi le point de départ de plusieurs controverses. Trois d’entre elles mettent particulièrement à l’épreuve sa portée et annoncent de nouveaux développements heuristiques.

    Des controverses heuristiques

    10La première grande controverse porte sur le « racisme environnemental » dénoncé par l’EJ. L’objectivation du racisme environnemental repose sur la concentration spatiale à proximité des communautés de couleur des « locally unwanted land use » (« lulus »), c’est-à-dire d’aménagements ou d’équipements générant des risques et nuisances pour les riverains, telles les industries polluantes et les décharges (Bullard, 1990). La controverse provient du fait que cette approche statistique spatialisée à l’instant T ne rendait pas compte d’une dynamique aujourd’hui bien identifiée : dans nombre de cas, l’installation des populations de couleur et à bas revenus est postérieure à celle des « lulus », et largement imputable à la dévaluation consécutive du foncier et de l’immobilier. Une analyse statistique dynamique invaliderait ainsi la notion de racisme environnemental ou du moins son intentionnalité première.

    11D’autres recherches viendront cependant remettre en cause cette lecture, en montrant notamment le caractère structurel, institutionnalisé, du racisme. Ainsi L. Pulido (2000) et R. Holifield (2001) établiront la nécessité de mener une étude complémentaire, socio-historique, des différents processus (division du travail, planification urbaine, politique de la ville…) qui interagissent dans le temps et contribuent sur un territoire donné à la formation du racisme environnemental et plus largement des inégalités environnementales.

    12La deuxième controverse concerne la portée de l’EJ. Elle ne ferait sens que dans des situations de surexposition aux pollutions toxiques des minorités ethno-raciales, dans ce contexte marqué par l’influence des Civil Rights et, plus largement, l’histoire politique des rapports ethno-raciaux aux États-Unis. Elle ne pourrait, en conséquence, être mobilisée par les chercheurs que dans ces cas précis (Fol et Pflieger, 2000). Pour d’autres auteurs, toutefois, s’inspirant de la diversité des mobilisations se réclamant de l’EJ, ce cadre ferait sens plus largement dans des situations de cumul ou d’imbrication de préjudices environnementaux et sociaux, non seulement pour les minorités pauvres et de couleur des pays du Nord, mais aussi pour la grande majorité des populations des pays du Sud. Ainsi selon J. Martinez-Alier (2008), les mobilisations contre la surexploitation des ressources naturelles locales ou la destruction des mangroves au profit d’exploitations de type industriel témoignent d’un « écologisme des pauvres », caractéristique de l’EJ.

    13Le dernier débat qui a influencé l’élaboration de notre cadre d’analyse des inégalités environnementales est lié aux enjeux mêmes de justice défendus par les mobilisations se réclamant de l’EJ. Très restreints, voire « anthropocentrés » pour certains auteurs, ils se limiteraient à des questions de mal-distribution des maux environnementaux et de droits à la compensation. Pour d’autres, en revanche, attentifs à la pluralité des plaintes émanant de ces mobilisations et des principes édictés lors du Sommet environnemental des Peuples de couleur4, les revendications seraient beaucoup plus diversifiées et les enjeux de justice étendus : droit de vivre et de travailler dans un environnement sain ; à disposer de ses terres ; à participer aux décisions en tant que pair… Ces enjeux impliqueraient, en outre, tant les populations humaines que la nature5. L’EJ associerait ainsi des considérations diversifiées de justice écologique et de justice sociale.

    14Aussi, plutôt que de contester cette plurivocité, les chercheurs devraient analyser les significations prêtées à la justice environnementale, selon les situations où elle est convoquée (Holifield, ibid.). La justice revendiquée par les mouvements de l’EJ n’est pas seulement distributive ou compensatrice. Elle relève également de la reconnaissance (des droits des peuples à la ressource, à un environnement sain, à l’autodétermination…), voire des « capabilités » (Sen, 2000b), selon les libertés à disposer de ces ressources, aménités… Elle revêt également des dimensions procédurales importantes : droit des populations à participer aux décisions qui les concernent, à recourir en justice. D. Schlosberg (ibid.) se réfère ainsi aux nouvelles théories de la justice sociale pour forger une acception scientifique de l’EJ qui couvre les aspects distributifs, sans s’y limiter.

    Un cadre d’analyse original

    15La force de ces derniers arguments, intelligibles au regard de nos propres expériences de terrain, nous amène à poser comme première hypothèse la pluralité des langages de la justice et à puiser dans l’EJ des éléments fondateurs d’un nouveau cadre d’analyse sociologique.

    16L’EJ, dans sa conception plus intégrative, relie pour la première fois dans un seul et même cadre des problématiques sanitaires, environnementales, politiques et sociales, qui toutes font sens au regard de l’expérience des populations pauvres et de couleur. Le droit à un environnement sain se trouve ainsi associé, dans un même cadre de justice, aux droits à l’autodétermination, aux droits à la terre et aux droits civiques. Elle tend ainsi à redéfinir les contours de la communauté de justice autour de l’intérêt des plus vulnérables et de ceux de la nature, qui ici tendraient à se confondre.

    17Selon D. Schlosberg (2007), l’effort produit par la communauté scientifique pour restreindre ce qu’il faut entendre par EJ et déterminer strictement les communautés qui peuvent s’en réclamer est contreproductif. L’EJ peut constituer un cadre scientifique heuristique pour appréhender l’expérience plurielle de la subordination (Walzer, 1983), sans nier l’influence des contextes nationaux ou locaux, et analyser des situations diverses de cumul ou imbrication de problèmes environnementaux et sociaux.

    Définir et analyser les inégalités environnementales de manière intégrative

    18Dans un tel cadre, les inégalités environnementales ont elles-mêmes un sens intégrateur. Elles engagent le rapport à l’environnement des populations sous ses différents aspects : qu’il s’agisse de l’exposition aux risques, de l’accès aux aménités et aux ressources naturelles, de l’impact environnemental des différents modes de production et de consommation, du pouvoir d’agir (qui suppose l’accès à l’action et à l’espace publics) ou encore de capacité à bénéficier des effets des politiques publiques et actions collectives environnementales (Pye et al., 2008). Toutes ces dimensions peuvent être résumées comme des inégalités de capacité à bénéficier d’un environnement sain et fructueux, pour emprunter le langage des Political Ecologists (Ribot et Peluso, 2003).

    19Toutes sont, en outre, des inégalités sociales en ce sens qu’elles se cumulent ou s’imbriquent, interfèrent avec d’autres formes d’inégalités socio-économiques, culturelles et politiques. Nos recherches sur les aires naturelles protégées montrent le poids déterminant des asymétries de participation aux politiques et espaces publics susceptibles de les infléchir. Ces formes tangibles d’inégalités de participation en tant que pairs (Fraser, 2011) découlent d’inégalités socio-économiques entre groupes sociaux et de reconnaissance en tant que « publics » d’usagers légitimes, capables de se préoccuper de leur environnement et de se forger une opinion. Pour N. Fraser, la misreprésentation inhérente à la définition des règles de décision revêt deux formes. La première, « ordinaire », survient lorsque des populations se voient dénier la possibilité de participer aux décisions qui les concernent, bien qu’elles soient reconnues comme membres de la « communauté politique ». La seconde, plus méconnue et plus profonde, relève d’un effet de mauvais cadrage ou misframing qui exclut de cette communauté de décision des populations qui « devraient » y participer et sont ainsi rendues invisibles (Fraser, 2005).

    20La notion floue de « cumul », centrale dans cette définition de l’inégalité environnementale, rend cependant difficilement compte des processus diversifiés et complexes qui concourent à leur production. Les approches socio-historiques et intersectionnelles (Fassin, 2015) peuvent permettre d’affiner voire de dépasser cette notion. Il s’agit en effet non seulement d’étudier les interactions et interdépendances entre hiérarchie ou structure sociale et maux environnementaux, mais aussi entre différentes variables qui participent de cette structuration : la classe sociale, la race en tant que construction sociale, le genre, voire l’âge et la génération, des variables qui sont dans les observations de terrain difficilement séparables. D. Taylor (2000) parle de « simultanéité de l’oppression » pour qualifier les relations entre ces variables et la surexposition aux pollutions toxiques. Ainsi Bullard (2001) démontre, statistiques à l’appui, que les enfants des populations étatsuniennes les plus pauvres sont les plus touchés par le saturnisme, mais aussi qu’à revenu inférieur ou égal, les enfants des Noirs américains et Hispaniques le sont bien davantage que ceux des Blancs.

    21La force de l’analyse intersectionnelle est sans aucun doute de montrer le poids du caractère structurel des différentes formes d’asymétries observées, qui ne peuvent le plus souvent être réduites à une dimension unique. Ainsi la seule lecture en termes de rapports de classe n’épuise pas les formes de la domination, y compris en France où elle a longtemps gommé les effets des autres variables. Nos travaux, qu’ils soient menés sur les actions de préservation des dunes et forêts du Touquet ou encore des calanques de Marseille, montrent que l’appartenance de classe alimente aujourd’hui encore un rapport différencié à l’environnement. Comme l’observaient en forêt B. Kalaora et R. Larrère (1986) il y a plus de 30 ans, les pratiques populaires de la nature sont aujourd’hui encore empreintes de sociabilité familiale ou de voisinage. Or ce sont ces mêmes pratiques qui tendent à être dévalorisées dans les actions collectives et politiques de la nature au profit d’un rapport plus contemplatif ou « méritant » à celle-ci (effort physique, ascétisme…). Mais pour autant les conflits d’usage ne sont pas uniquement des conflits de classe. Ainsi, ceux de la calanque de Sormiou à Marseille opposent l’entre soi des cabanonniers de classe moyenne et supérieure, plutôt âgés, d’origine française ou italienne, aux jeunes résidents des logements sociaux de la Cayolle, d’origine nord-africaine ou gitane, qui utilisent la Calanque comme un espace public (Deldrève et Hérat, 2012). De même, à La Réunion, les conflits entre protection de la nature et pratiques autochtones au sein du Parc national opposent à la fois une vision élitiste et scientifique aux usages populaires de la nature, et aussi, sans que cela ne se recoupe complètement, culture créole et culture étatique française de l’environnement. Les actions de préservation et conflits d’usages s’inscrivent ainsi dans une histoire qui leur donne sens, celle de l’esclavage, de la décolonisation, de la départementalisation et des promesses associées de « rattrapage » en termes de développement économique et social. L’analyse socio-historique telle que la conduisent L. Pulido ou D. Taylor, en reconstituant les différents processus qui concourent dans le temps et sur un territoire donné à la production des inégalités environnementales, rend attentif aux différentes formes d’agencement des variables structurelles de ces inégalités.

    22Ainsi nos travaux montrent que les rapports de domination se rejouent localement, dans le temps, selon les enjeux et les configurations d’acteurs en présence. Ils se traduisent alors dans des relations de pouvoir – pour reprendre la distinction de Sintomer (1999) – moins figées ; ce qui signifie, selon nos observations, qu’un public « fort » au sens de N. Fraser peut ne pas l’être sur toutes les scènes politiques et quels que soient les enjeux. Ses ressources sont, en ce sens, relatives.

    23L’étude de la création du Parc national des calanques a mis en évidence le poids des collectifs d’usages récréatifs de nature (excursionnistes, grimpeurs, cabanonniers, plaisanciers…) dans l’histoire de la protection des calanques depuis plus d’un siècle. Très influents dans la genèse du Parc et la définition de sa charte, de ses « bons usages » (Ginelli et al., 2014), ces collectifs ne parviennent pourtant pas à s’opposer à la dérogation octroyée à une usine voisine de production d’alumines pour déverser ses rejets polluants dans le Parc. Leurs ressources politiques (clientélisme local, lobbying…) et culturelles (accès à l’expertise…) pèsent peu, jusqu’à présent, au regard des intérêts économiques nationaux et internationaux en jeu. De même, les mobilisations d’habitants riverains de l’usine de Gardanne et de son principal dépôt de poussières de bauxite n’ont guère de portée. Peu nombreux, de classe moyenne et moyenne-supérieure, ces riverains parviennent à publiciser le problème environnemental et sanitaire des poussières rouges, sans toutefois infléchir la décision publique.

    24L’étude socio-historique de la production d’alumines à Gardanne, des migrations d’ouvriers italiens et espagnols, de leur accès à une propriété rurale progressivement gagnée par l’urbanisation et l’industrialisation, concourt à expliquer les inégalités environnementales léguées aux générations issues de cette immigration. L’approche intersectionnelle permet non seulement de lire cet héritage, mais aussi de mettre au jour des formes d’inégalités environnementales plus invisibilisées encore, comme celles qui affectent les ouvriers captifs de leur emploi, peu enclins à publiciser leur surexposition au risque, ou encore celles dont sont victimes les populations riveraines des mines de Guinée, d’où la bauxite est importée.

    25Ainsi la manière dont est cadré le problème participe fortement des processus de mise en visibilité ou invisibilité des inégalités, mais aussi de leur production. Mobilisant la frame perspective (Snow, 2000), D. Taylor (2000) analyse la progression de l’EJ comme celle d’un master frame, ou cadre directeur alternatif à celui qu’opèrent les mouvements écologistes dominants historiquement issus d’une élite blanche. Il s’agirait ainsi d’un nouveau cadrage des problèmes environnementaux, qui ferait sens au regard du vécu des populations pauvres et de couleur. L’empowerment des communautés victimes promues par les organisations de l’EJ a ainsi pour objectif de leur conférer un contre-pouvoir grâce à l’accès à l’espace public, c’est-à-dire un espace où participer – dans la coopération ou l’adversité – au cadrage des problèmes et à la définition conjointe de solutions. L’analyse des inégalités environnementales peut ainsi difficilement faire l’économie d’une étude des « luttes définitionnelles » (Gilbert et Henry, 2012) et de la manière dont est cadré le problème dans l’espace et dans l’action publics.

    26Dans la même perspective, il convient d’intégrer à l’analyse la question des principes et des sentiments de justice. L’effort d’objectivation que poursuit une grande partie des chercheurs pour administrer la « preuve » de l’existence du racisme et, plus largement, des inégalités environnementales, occulte généralement leur dimension subjective. Or celle-ci est constitutive du registre de l’expérience, au cœur du cadre de l’EJ. Il s’agit donc également d’appréhender les inégalités environnementales telles qu’elles sont ressenties d’un point de vue éthique, c’est-à-dire considérées comme justes ou injustes selon les acteurs et les situations (Deldrève et Candau, 2014). Ce jugement et les principes de justice sur lesquels il s’appuie s’expriment ouvertement dans les espaces publics institutionnalisés ou médiatisés qu’on peut observer. Ils se donnent également à entendre lors d’interactions plus informelles dans le cadre d’entretiens sociologiques qui permettent d’entendre la parole d’acteurs plus isolés ou de « contre-publics » (Fraser, 2011), restés dans l’ombre du processus de publicisation.

    27Nos recherches sur le ressenti associé aux inégalités et les principes qui servent à les justifier sur les scènes des politiques de la nature montrent comment la notion très utilisée d’« impact », difficilement mesurable scientifiquement, devient à la fois une question de philosophie et un principe de justice. Associé aux efforts physiques ou à l’ascétisme consentis pour un « bon usage » de la nature, il permet de justifier des inégalités de traitement entre les usagers « méritants » et les « autres ». Or on sait combien le « mérite » est un principe discriminant (Young, 1990 ; Fraser, 2011). Aussi ces inégalités de traitement sont vécues comme de véritables injustices par les groupes sociaux discriminés (comme les usagers plus populaires de la nature) qui ne partagent pas la même définition du mérite et défendent d’autres principes, tels l’égalité ou le besoin de nature. Dans d’autres cas, cependant, ce sont des populations, pour lesquelles on n’objective aucune forme d’inégalité structurelle ni asymétrie de pouvoir, qui formalisent des sentiments d’injustice. C’est celui notamment de propriétaires aisés de bord de mer qui demandent à la collectivité de coûteux aménagements pour protéger leurs biens contre le risque de submersion. Si le sentiment d’injustice peut conduire à révéler des inégalités environnementales, comme dans le cas des mobilisations de l’EJ, pour autant ces inégalités ne peuvent se déduire de sa seule expression.

    Une approche théorique intégrative

    28Le cadre d’analyse proposé repose, par conséquent, sur une méthodologie exigeante, impliquant trois types d’approches des inégalités, rarement associées dans une même recherche et articulées entre elles. Analyser les inégalités environnementales dans leur complexité requiert de dresser un constat statistique ou empirique, d’étudier leur processus de formation dans le temps et la manière dont elles sont ressenties, justifiées ou dénoncées, soit trois approches interdépendantes6.

    Tableau 1. Approche intégrative des inégalités environnementales.

    Approche objectivanteObjectiver les inégalités environnementales :
    - De quels enjeux, préjudices environnementaux s’agit-il (types de pollution, ou ressources menacées, destruction de dunes, etc.) ?
    - Quelles en sont les origines, les causes (industrielles, urbanisation, catastrophes naturelles…) ?
    - Quels sont leurs effets écologiques, sanitaires, économiques, sociaux ?
    - Qui les subit (la « nature », les populations humaines, quels groupes sociaux…) ?
    - Quelles variables (socio-économiques, ethnoraciales, genre…) structurent les inégalités ?
    - Quelles asymétries locales de pouvoir sont observées (selon les configurations d’acteurs, les enjeux) ?
    Approche socio-historiqueMettre au jour les processus qui concourent à la production des inégalités environnementales observées :
    - Quel est l’historique des activités à l’origine des préjudices environnementaux et sanitaires ?
    - Comment interagit-il dans la fixation des populations sur le territoire avec les migrations, la division du travail… ?
    - Quelle est l’influence des politiques économique, urbaine, environnementale… ?
    - Comment les problèmes environnementaux et sanitaires sont-ils invisibilisés ou « cadrés » dans l’espace public et par qui (mobilisations, luttes définitionnelles…) ?
    - Font-ils l’objet d’études scientifiques et d’une mise en agenda ?
    Approche compréhensive par les sentiments de justiceÉtudier les inégalités ressenties :
    - Quelle est l’expérience des préjudices selon les populations et les groupes sociaux, y compris les moins visibles ?
    - Quels principes de justice sont mobilisés pour justifier ou dénoncer les inégalités ?
    - Quels sont les sentiments d’injustice induits ?
    - Quels autres principes de légitimité et registres d’argumentation sont employés ?

    Conclusion

    29D. Taylor (2000) assimile le master frame de l’EJ à un « nouveau paradigme social », en ce que l’ensemble des idées, hypothèses, valeurs qui y est promu « influence la manière dont les gens voient le monde, conduisent leurs questionnements scientifiques et acceptent des formulations théoriques » (ibid. : 528). Quelle que soit la portée qu’on accorde à l’EJ, il est clair qu’elle représente une contribution importante à l’analyse des enjeux environnementaux et permet aux sociologues de les analyser sans les réduire à un « tout social », effaçant la matérialité de nature, ni oublier pour autant que les inégalités sociales et asymétries de pouvoir se donnent aussi à lire là où on ne les attend pas.

    30La volonté de définir, dans ce chapitre, un cadre d’analyse qui emprunte aux enseignements de l’EJ et s’efforce de les prolonger à des fins opérationnelles, répond à la difficulté de trouver dans les cadres sociologiques plus classiques les ressources qui permettent de penser à la fois les enjeux de justice pour les populations humaines et la nature, d’interroger les frontières des nouvelles communautés de justice qui se dessinent au regard des enjeux environnementaux. Les controverses qui traversent l’EJ nous ont incité, par ailleurs, à articuler dans ce même cadre des approches souvent opposées : statique et socio-historique, explicative et compréhensive, structuraliste et plus subjectiviste, qui pour ne pas relever d’une théorie unifiée, ont démontré à l’épreuve du terrain leur dimension heuristique. Sans cette ambition, les inégalités environnementales pourraient demeurer, en sociologie comme ailleurs, des inégalités invisibles et silencieuses7.

    Notes de bas de page

    1 Selon P. Rosanvallon (1995 : 30) « en changeant d’échelle, le risque majeur entraîne une nouvelle approche du lien social : il conduit en effet à radicaliser la vision de la société en tant que communauté de destin ».

    2 Voir, V. Deldrève, 2015, chapitre 2.

    3 Équivalant au Ministère en charge de l’Environnement en France.

    4 Voir Principles of EJ : https://www.ejnet.org/ej/principles.html.

    5 Voir le premier de ces Principes : « l’EJ affirme “le caractère sacré de la mère Terre, l’unité écologique et l’interdépendance entre toutes les espèces, ainsi que le droit d’être à l’abri de la destruction écologique” ».

    6 Pour une première application, voir le projet interdisciplinaire Effijie (ANR Socenv, Candau-Deldrève, coord., 2014-2019) relatif à l’effort environnemental demandé par les politiques de l’eau et de la biodiversité en France hexagonale et métropolitaine.

    7 « Silencieuses » fait référence ici à l’expression de C. Emelianoff (2007) pour qualifier ces inégalités anciennes et méconnues.

    Auteur

    • Valérie Deldrève

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    Mobilités résidentielles, territoires et politiques publiques

    Mobilités résidentielles, territoires et politiques publiques

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    2014

    Qu’est-ce que résister ?

    Qu’est-ce que résister ?

    Usages et enjeux d’une catégorie d’analyse sociologique

    José-Angel Calderón et Valérie Cohen (dir.)

    2014

    Les territoires vécus de l’intervention sociale

    Les territoires vécus de l’intervention sociale

    Maryse Bresson, Fabrice Colomb et Jean-François Gaspar (dir.)

    2015

    Des restructurations du travail à l’accompagnement vers l’emploi

    Des restructurations du travail à l’accompagnement vers l’emploi

    Rachid Bouchareb et Martin Thibault (dir.)

    2015

    Ségrégation et fragmentation dans les métropoles

    Ségrégation et fragmentation dans les métropoles

    Perspectives internationales

    Marion Carrel, Paul Cary et Jean-Michel Wachsberger (dir.)

    2013

    Appartenances multiples, opinion plurielle

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    Alexis Ferrand

    2011

    Reconfigurations de l'État social en pratique

    Reconfigurations de l'État social en pratique

    Marie-Christine Bureau et Ivan Sainsaulieu (dir.)

    2012

    L'institution plurielle

    L'institution plurielle

    Yves Bonny et Lise Demailly (dir.)

    2012

    Aller mieux

    Aller mieux

    Approches sociologiques

    Lise Demailly et Nadia Garnoussi (dir.)

    2016

    Filles et garçons des cités aujourd’hui

    Filles et garçons des cités aujourd’hui

    Carine Guérandel et Éric Marlière (dir.)

    2017

    Nos vies, nos objets

    Nos vies, nos objets

    Enquêtes sur la vie quotidienne

    Valérie Sacriste (dir.)

    2018

    Affronter le manque d’eau dans une métropole

    Affronter le manque d’eau dans une métropole

    Le cas de Recife – Brésil

    Paul Cary, Armelle Giglio et Ana Maria Melo (dir.)

    2018

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    Chapitre 4. Les inégalités écologiques au Touquet (Pas-de-Calais) : perceptions et réalités géographiques

    Valérie Deldrève, Philippe Deboudt et Vincent Belhassen

    Chapitre 3. Approches pluridisciplinaires des inégalités écologiques en Sciences humaines et Sociales

    Jérôme Longuépée, Valérie Deldrève, Philippe Deboudt et al.

    Chapitre 6. Une zone urbaine sensible avec vue sur la mer : le quartier du Chemin Vert à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais)

    Approche interdisciplinaire sur les inégalités écologiques et les inégalités sociales1

    Philippe Deboudt, Valérie Deldrève, Vincent Houillon et al.

    Introduction

    Philippe Deboudt, Gérard Bellan, Denise Bellan-Santini et al.

    Chapitre 1. Regards pluridisciplinaires sur le territoire littoral

    Olivier Lozachmeur, Mahfoud Ghézali, Gérard Bellan et al.

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    Philippe Deboudt, Gérard Bellan, Denise Bellan-Santini et al.

    Chapitre 1. Regards pluridisciplinaires sur le territoire littoral

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    1 Selon P. Rosanvallon (1995 : 30) « en changeant d’échelle, le risque majeur entraîne une nouvelle approche du lien social : il conduit en effet à radicaliser la vision de la société en tant que communauté de destin ».

    2 Voir, V. Deldrève, 2015, chapitre 2.

    3 Équivalant au Ministère en charge de l’Environnement en France.

    4 Voir Principles of EJ : https://www.ejnet.org/ej/principles.html.

    5 Voir le premier de ces Principes : « l’EJ affirme “le caractère sacré de la mère Terre, l’unité écologique et l’interdépendance entre toutes les espèces, ainsi que le droit d’être à l’abri de la destruction écologique” ».

    6 Pour une première application, voir le projet interdisciplinaire Effijie (ANR Socenv, Candau-Deldrève, coord., 2014-2019) relatif à l’effort environnemental demandé par les politiques de l’eau et de la biodiversité en France hexagonale et métropolitaine.

    7 « Silencieuses » fait référence ici à l’expression de C. Emelianoff (2007) pour qualifier ces inégalités anciennes et méconnues.

    Où est passée la justice sociale ?

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    Où est passée la justice sociale ?

    Ce livre est cité par

    • Barozet, Emmanuelle. (2025) Les fluctuations des modèles de justice sociale des gauches au Chili, entre demandes de garantie des droits et exercice du pouvoir (1990-2025). Cahiers des Amériques latines, 107. DOI: 10.4000/15n4m
    • Barozet, Emmanuelle. Sainsaulieu, Ivan. (2025) Introduction - Invisibilité et vitalité de la justice sociale au Chili. Cahiers des Amériques latines, 107. DOI: 10.4000/15n4q

    Ce chapitre est cité par

    • Ginelli, Ludovic. Candau, Jacqueline. Degbelo, Agossè Nadège. Noûs, Camille. (2021) Pouvoir parler des pesticides ? Une recherche-action pour éprouver les capabilités des travailleurs viticoles (Gironde, France). VertigO, 21-3. DOI: 10.4000/vertigo.33921
    • Sahuquet, Manuel. Berre, Iwan Le. Frémont, Antoine. Iphar, Clément. Foulquier, Éric. (2025) L’inégal état des lieux. Ce que la mondialisation fait à la ville portuaire de Colón au Panama. VertigO, 25-2. DOI: 10.4000/15ero
    • Mac-Clure, Oscar. (2025) De la desigualdad a la injusticia: cómo se perciben y juzgan las desigualdades en Chile. Cahiers des Amériques latines, 107. DOI: 10.4000/15n4p

    Où est passée la justice sociale ?

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    Deldrève, V. (2019). La construction du concept d’Environnemental Justice comme cadre d’analyse pour les inégalités environnementales. In I. Sainsaulieu, E. Barozet, R. Cortesero, & D. Mélo (éds.), Où est passée la justice sociale ?. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.87608
    Deldrève, Valérie. « La construction du concept d’Environnemental Justice comme cadre d’analyse pour les inégalités environnementales ». In Où est passée la justice sociale ?, édité par Ivan Sainsaulieu, Emmanuelle Barozet, Régis Cortesero, et David Mélo. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.87608.
    Deldrève, Valérie. « La construction du concept d’Environnemental Justice comme cadre d’analyse pour les inégalités environnementales ». Où est passée la justice sociale ?, édité par Ivan Sainsaulieu et al., Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.87608.

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    Sainsaulieu, I., Barozet, E., Cortesero, R., & Mélo, D. (éds.). (2019). Où est passée la justice sociale ?. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.87423
    Sainsaulieu, Ivan, Emmanuelle Barozet, Régis Cortesero, et David Mélo, éd. Où est passée la justice sociale ?. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.87423.
    Sainsaulieu, Ivan, et al., éditeurs. Où est passée la justice sociale ?. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.87423.
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