De la critique interne à la dissidence : réflexions sur le cheminement de Robert Havemann et Wolf Biermann, défenseurs radicaux d’une seconde déstalinisation devenus dissidents socialistes
p. 107-122
Texte intégral
1Les années allant de 1956 à 1962 représentent pour tous les États du bloc communiste une ère de changements. Les débats au sujet de l’héritage de Staline, qui se déroulaient en coulisses, avaient provisoirement pris fin avec le XXe Congrès du Parti. Pourtant, celui-ci avait soulevé plus de questions qu’il n’avait apporté de réponses.
2Lors du conflit avec ses adversaires au sein de l’élite dirigeante du parti communiste de l’Union soviétique1, Nikita Khrouchtchev avait déclaré haut et fort que le communisme soviétique, dans la pratique, s’était jusqu’ici fourvoyé dans l’abîme du crime, sans savoir au juste quelles seraient les conséquences politiques à tirer concrètement de cette prise de conscience. Cette dernière n’était d’ailleurs pas une surprise : en réalité, Khrouchtchev ne faisait que dire tout haut ce que tout le monde savait déjà, mais que les communistes du monde entier n’osaient reconnaître. Ainsi, il n’y eut quasiment personne pour remettre en question ce que Khrouchtchev avait avancé dans son discours. Et pourtant, ce dernier ne fut pas publié et, les années passant, il fut même systématiquement occulté – on alla jusqu’à prétendre qu’il n’avait jamais existé –, avant de basculer, lors de la destitution de son auteur en 1964, dans le domaine des inventions ennemies.
3Les conséquences directes du XXe Congrès du Parti dans les États satellites furent très variables : en fonction de la fraction qui réussit à s’imposer au sein du parti communiste en place, les conflits s’intensifièrent ou perdurèrent de manière latente. La Tchécoslovaquie, victime la plus récente des crimes staliniens, se tint étrangement tranquille2. Alors qu’en Pologne, les travailleurs se soulevèrent immédiatement et obtinrent des changements à la tête du Parti, le parti communiste hongrois hésita, croyant avoir déjà tiré les conséquences de la déstalinisation en se débarrassant, sur ordre de Moscou, de Mátyás Rákosi, exilé au Kazakhstan. Grave erreur : l’occasion manquée durant l’été fut rattrapée, avec d’autant plus de radicalité, par les ouvriers, paysans et intellectuels du pays en octobre.
4La RDA semblait observer tout cela en simple spectateur. Mieux informés que les citoyens des autres États du bloc de l’Est, les habitants étaient en mesure, en traversant la frontière, de se procurer à Berlin-Ouest toutes les informations que les dirigeants voulaient cacher grâce à la censure. Les débats s’enflammèrent autour de la question de l’interprétation du XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique.
5Au début de l’été 1956, Robert Havemann avait fait, lors d’un congrès du SED à l’université Humboldt, une interprétation du XXe Congrès visiblement trop osée au goût de la plupart des camarades présents3. Havemann plaidait en faveur d’une rupture avec les anciens dogmes et d’un débat contradictoire véritablement ouvert. À la surprise générale, Ulbricht déclara dans son discours de clôture que la position de Havemann était la seule à être à la hauteur des enjeux de l’époque et proposa de la publier dans l’organe de presse du Parti4. L’idée de mettre un point final aux anciens débats semblait particulièrement lui plaire, car ainsi, son rôle en tant qu’exécutant de Staline devenait tabou.
6La position de Havemann5 se radicalisa encore lorsque, début octobre, un conflit éclata entre Khrouchtchev et la direction du parti communiste polonais au sujet du retour aux affaires de Władysław Gomułka. Havemann condamna publiquement la censure qui avait empêché la publication dans la presse du discours de Gomułka en RDA.
7Après que l’Armée Rouge, le 4 novembre 1956, eut contraint par les armes les ouvriers de Budapest à renoncer à poursuivre la révolution, les débats plus libres amorcés cette même année – entre autres ceux lancés par Havemann – furent de nouveau interdits. Havemann reconnut avoir commis des erreurs, même s’il ne le fit que tardivement et avec plus de réticences qu’il n’en montrait habituellement. Parallèlement, il approfondit cependant la thèse selon laquelle la recherche de la vérité n’est possible que par le biais d’un processus discursif et ce, en menant une réflexion philosophique sur le principe d’incertitude du mouvement des quanta. Tout comme le mouvement des particules isolées au sein d’une grille de photons semble imprévisible dans le détail – ces particules ne produisant la réalité dans un champ de possibles qu’à travers la somme de leurs mouvements aléatoires, et cette réalité étant soumise, en tant que somme, aux lois de la nature –, les individus de la société se meuvent dans un champ de possibles, tandis que de leurs interactions chaotiques émane la vérité historique. Si les sciences sociales ont fait des lois sociales du champ des possibles un objet d’étude, il n’en va pas de même de la violence faite aux individus contraints à entrer dans le moule déterministe des représentations staliniennes des lois historiques. Selon Havemann, les philosophes du Parti qui s’étaient donné pour tâche d’imposer cette doctrine dans chaque discipline6, avaient causé des dégâts considérables. Ils devaient « être débarqués »7.
8Ainsi, l’ambivalence de cette période perdura entre divulgation des crimes staliniens et impossibilité de surmonter le stalinisme, entre éclosion des régimes despotiques les plus sanglants et maintien de la suprématie soviétique à l’aide des mêmes moyens autoritaires que ceux employés par Staline pour l’ériger.
9En RDA, cette ambivalence atteignit des sommets d’absurdité avec la construction du mur de Berlin qui enfermait la population de RDA dans son propre pays afin d’accroître sa créativité et sa liberté de mouvement. Cette situation était effectivement paradoxale. Depuis des années déjà, des critiques de fond se faisaient entendre au sein du parti communiste contre sa direction. Celles-ci ne filtraient pas, elles étaient même étouffées, car suivant la logique de camps et de fronts typique de la Guerre froide, on ne craignait rien tant que leur instrumentalisation par l’ennemi.
10Les partisans du SED n’étaient pas très nombreux en RDA, en particulier parmi les jeunes intellectuels. Ce fut du moins le cas, tant qu’il fut possible d’échapper à cette vie en passant à l’Ouest. Il suffisait alors de prendre un tramway dans Berlin :
Je ne peux aimer
que ce dont je suis libre
de me séparer
11disait Biermann après 1961 :
Voilà pourquoi on aime
rarement son pays,
parfois sa ville,
souvent une femme
et toujours la vie.8
12La construction du Mur renforça l’espoir que le régime allait enfin sortir des tranchées de la Guerre froide entre les deux Allemagne, qu’une critique libre serait possible à l’intérieur du pays, qu’il deviendrait superflu pour les vieux camarades de se cramponner anxieusement à leur pouvoir. Ces espoirs démesurés convergeaient parfaitement avec la nécessité de réformer un appareil économique figé, d’introduire les sciences modernes dans la production, de ramener le Sputnik et Juri Gagarin sur la petite terre de RDA9.
13Le plus irritant fut que ce fut justement Walter Ulbricht qui reconnut ces nécessités et qui tenta – du moins pendant un temps – de remettre en ordre de marche le système économique en y intégrant les enfants de l’après-guerre, désormais diplômés. On l’entendit fustiger et traiter d’inefficace son propre appareil bureaucratique avec une clarté étonnante10. Avec le Nouveau Système Économique de Planification et de Direction de l’Économie (NÖS), il misait sur une libéralisation de l’économie planifiée, une plus grande liberté de mouvement et une responsabilité accrue des entreprises individuelles, autrement dit sur un « système de leviers économiques » qui n’était certes pas ceux de l’économie de marché, mais avec lesquels on appliquait néanmoins une logique réellement économique à l’économie planifiée. Contre les réticences de son propre appareil, Ulbricht nomma Kurt Turba11, un jeune journaliste de la revue étudiante Forum, au poste de directeur de la Commission déléguée à la jeunesse du Comité Central du Parti. La Commission déléguée à la jeunesse, qui n’était pas seulement composée de membres du SED, mais accueillait aussi des individus sans étiquette politique comme l’écrivaine Brigitte Reimann, donna le jour en l’espace de quelques semaines, en septembre 1963, au deuxième communiqué de la Commission déléguée à la jeunesse qui semblait annoncer une relève de garde12. Ulbricht y encourageait les membres de la génération d’après-guerre à prendre des responsabilités, à ne pas se laisser brider par les plus âgés, à faire leur chemin en ayant confiance en eux, car ils seraient les « maîtres des 50 prochaines années »13.
14Au début du semestre d’hiver, en octobre 1963, Robert Havemann poursuivit le cycle de conférences qu’il organisait déjà depuis plusieurs semestres sur « les aspects scientifiques des problèmes philosophiques ». La mesure disciplinaire l’ayant frappé peu de temps auparavant, tout comme son esprit de contradiction toujours intact, firent de ces conférences un véritable pôle d’attraction. Elles fournissaient des arguments à la jeunesse intellectuelle de RDA dont les idées et souhaits étaient encore en partie confus. Havemann tint à propos des conditions de vie en RDA les paroles osées qu’on entendait habituellement dans la rue. Grâce à ses conférences, ses auditeurs n’étaient plus cantonnés aux râleries de comptoir et aux jérémiades en privé. La critique du quotidien devenait un objet politique. Parmi ceux qui se rendaient à Berlin pour l’écouter, tous ne s’intéressaient d’ailleurs pas à sa réinterprétation du marxisme ; on trouvait aussi de nombreux mécontents venus de toute la RDA.
15Havemann était un véritable exemple pour la jeune génération : il s’était battu pour ses convictions sous le national-socialisme, à une époque où cela pouvait coûter la vie. Il était en outre toujours jeune d’esprit, curieux et cherchait le contact avec la jeunesse turbulente.
16Durant cette phase de changements, Stephan Hermlin invita de jeunes poètes à une lecture publique de poésie à l’Académie des arts14 : Kurt Bartsch, Uwe Gressmann, Volker Braun, Bernd Jentzsch, B. K. Tragelehn, Karl Mickel, Rainer et Sarah Kirsch, entre autres, y présentèrent leurs poèmes, ainsi qu’un jeune homme moustachu de 25 ans, très en verve et sûr de lui, qui pratiquait un genre à la fois nouveau et très ancien : il avait mis ses poèmes en musique et les chantait. En référence à la modeste définition de « faiseur de pièces » (Stückeschreiber) que donnait Bertolt Brecht de lui-même, il se présenta comme un « faiseur de chansons » (Liedermacher) : il s’agissait de Wolf Biermann.
17Tous ces artistes soutenaient l’État de RDA. Ils se considéraient comme communistes et étaient même pour la plupart membres du SED. Qu’est-ce qui différenciait leur art de la propagande politique et des slogans avec lesquels les journaux de RDA offensaient constamment le goût et l’intelligence de leurs lecteurs ? Pourquoi ces artistes furent-ils immédiatement et violemment attaqués par le SED et ses fonctionnaires (en particulier les fonctionnaires chargés de la culture) ? Parce qu’ils thématisaient en permanence dans leur œuvre la profonde ambivalence de leur époque. S’ils confirmaient que la construction du Mur était nécessaire, ils ne niaient pas qu’elle avait de douloureuses conséquences sur la vie des gens, qu’elle déchirait les familles et amputait sérieusement la liberté de chacun. Le roman Le ciel divisé (Der geteilte Himmel) de Christa Wolf est un témoignage éloquent sur la souffrance causée par la division du pays, quand bien même elle serait approuvée sur le plan politique.
18Entouré de nombreux amis, Wolf Biermann venait de fonder un théâtre dans un cinéma du vieux Berlin : celui-ci fut baptisé « Théâtre des ouvriers et des étudiants de Berlin » (Berliner Arbeiter- und Studententheater) en hommage aux jeunes ouvriers et étudiants berlinois qui y travaillaient. Il y dirigeait une centaine de collègues bénévoles qui effectuaient toutes les tâches : des travaux de transformation des locaux, en passant par le décor et la musique, jusqu’à la mise en scène de plusieurs pièces15. Dans un rapport décrivant le projet rédigé pour différentes commissions du SED, on peut lire :
Le t.o.b. est un théâtre amateur dont les membres souhaitent travailler dans le domaine artistique durant leur temps libre. […] Les membres du t.o.b. reconnaissent que tout art progressif a pour mission de montrer qu’on peut changer le monde et d’y contribuer par ses productions. C’est pourquoi, nous nous chargeons d’expliquer la politique de notre État à tous les membres du t.o.b. afin qu’ils transmettent aux spectateurs des idées justes et les poussent à s’engager en faveur du socialisme – dans le cadre de leur travail et de leur temps libre.16
19De tels propos paraissaient très audacieux – « nous nous chargeons d’expliquer la politique de notre État » – et en même temps, ils allaient tout à fait dans le sens politico-fonctionnel du réalisme socialiste (Sozialistischer Realismus). Et c’est du reste ainsi que leurs destinataires les comprirent.
20À côté du George Dandin de Molière, on fit jouer une pièce écrite par Biermann intitulée Le 12 août : une pièce qui parlait d’un amour berlinois contrarié par la division de la ville. Bien que la création artistique par des amateurs fut en soi fortement encouragée et applaudie, les textes de Biermann qui parvinrent aux fonctionnaires furent perçus comme des « pièces contre-révolutionnaires »17 ; de même, ses manuscrits scéniques se muèrent en « tracts contre-révolutionnaires » :
À Berlin se dresse un mur
Trillerileri Trillerilera
Contre Brandt et Adenauer
Trillerileri Trillerilera
Son temps est révolu
La cadence de cette opération
Trillerileri Trillerilera
Manque encore à la production
Trillerileri Trillerilera
[…]
Amants de Berlin,
Séparés les uns des autres
Trillerileri Trillerilera
Mur, tu tomberas bientôt !
21Trois arguments simples et clairs avaient été glissés dans cette ballade qui reprenait les sonorités de l’orgue de Barbarie. Son ton était léger, comme si seule la distance ironique pouvait rendre supportable l’énormité de la situation décrite, énormité devenue ennuyeuse à force de banalité. D’après la ballade, il existait une tension entre les raisons politiques justifiant la construction du Mur (« contre Brandt et Adenauer »), les coûts générés qui pesaient sur l’économie nationale déjà affaiblie, et enfin les conséquences indéniables pour les habitants dont la vie était directement touchée par la division de la ville. Biermann tentait d’en parler dans sa pièce et d’y apporter une solution dramaturgique qui allait dans le sens du SED : oui, la construction du Mur était nécessaire, mais elle n’était ni belle ni agréable et ne pouvait être vécue sans souffrances. C’est donc tout naturellement qu’y était exprimé haut et fort le souhait de voir le Mur disparaître rapidement et ce, dès que la RDA serait assez stable économiquement pour que ses habitants cessent de la fuir pour l’Ouest, et qu’on vienne même de l’Ouest pour s’y installer. Mais le Ministère de la sécurité d’État et de nombreux fonctionnaires ne virent qu’une seule et unique phrase : « Mur, tu tomberas bientôt ! ». Quiconque écrivait de pareils propos ne pouvait qu’être un ennemi de l’État ! Par la suite, Biermann aurait lui-même considéré cette tentative comme un échec ; telle est en tout cas la rumeur que la Stasi colporta afin d’expliquer sa réticence à publier la pièce : « Elle aurait éventuellement pu être utile à l’époque où il l’a écrite, mais elle fut interdite, car elle “n’était pas assez hypocrite” »18.
22Biermann était issu d’une famille d’ouvriers communistes depuis de nombreuses générations. Son père, Dagobert Biermann, était un ouvrier communiste du port de Hambourg, et un ami d’Ernst Thälmann. Il fut arrêté en 1936 parce qu’il était communiste, torturé par la Gestapo, avant d’être assassiné en 1942 à Auschwitz parce qu’il était juif. Au sens confessionnel du terme, Dagobert n’était pas juif – il était communiste, donc athée. Il lui importait seulement d’être juif quand il se trouvait face à des antisémites.
23Wolf Biermann quitta Hambourg pour la RDA lors de l’été 1953, afin de passer son baccalauréat dans la patrie du socialisme allemand. Sa mère attendait bien évidemment de lui qu’il sauve le monde, le communisme, ou au moins le socialisme en RDA. C’était l’été du 17 juin 1953. Ce premier contact fut déconcertant pour le lycéen. Après le baccalauréat, il entama des études de sciences économiques, mais abandonna rapidement ce cursus, car son amour pour les arts se révéla plus fort. Il devint élève au Berliner Ensemble et y apprit l’art dramatique par la pratique.
24Avant la construction du Mur, il créa le t.o.b. avec d’autres étudiants, des professionnels du théâtre et des ouvriers. Il tenta à travers la mise en scène de ses propres pièces de montrer l’écartèlement provoqué par la construction du Mur entre nécessité politique et conséquences douloureuses sur le plan humain. La chanson citée plus haut s’inscrit dans ce projet. Finalement, les fonctionnaires furent les plus forts : la pièce fut interdite. Biermann, qui était membre du SED, fut exclu du Parti et de son propre théâtre. Cette mesure fut douloureuse – son appartenance au Parti était pour lui une évidence ; le Parti représentait une grande famille pour le « communiste né »19 qu’il était. De par ses origines et ses convictions profondes20, Biermann pouvait se targuer d’être en parfait accord avec toute une lignée de membres du Parti ; le conflit autour du dogmatisme qui, en gros, se jouait entre le camp des staliniens et des antistaliniens était un conflit interne au communisme, et exclure un membre de la communauté politique parce qu’il y participait ne pouvait apparaître que comme une punition tout à fait disproportionnée et injuste.
25Lors de ces événements, Biermann avait réussi à entrer en contact avec Robert Havemann. À partir de ce moment-là, les deux hommes se soutinrent mutuellement. Ils avaient tous deux de fortes personnalités, avec chacun leurs différences et leur aura propre, mais ils avaient pour point commun d’être profondément ancrés dans un milieu où l’on percevait tout ce que l’époque avait de paradoxal : ils soutenaient la RDA tout en posant sur elle un regard critique. C’était leur pays : ils l’avaient façonné et marqué de leur empreinte, comme Havemann et les camarades de sa génération, ou y avaient grandi, comme la génération de Biermann. Ils voulaient se libérer des contraintes du communisme stalinien sans toutefois renoncer au communisme qu’ils considéraient comme l’unique (!) espoir de l’humanité : « Nous étions liés, enserrés, pris dans des liens affectifs très forts avec nos détracteurs. […] Les contacts personnels avec nos ennemis jurés ne cessèrent jamais, car nous étions tous porteurs de cette contradiction interne. Il ne pouvait en être autrement. »21
26Après le 13 août 1961, le conflit qui se déroula au sein du SED et à sa marge n’avait pas éclaté entre des camps clairement définis ; il s’embrasait entre des cadres du Parti et des intellectuels, entre des fonctionnaires en charge de l’économie et ceux en charge de la politique, il opposait des artistes à d’autres artistes, s’immisçait au sein des familles ; il ne séparait pas seulement ancienne et jeune génération, il était aussi interne à chaque génération. Dans une certaine mesure, ce fut aussi un conflit de générations, car la génération socialisée et politisée après la guerre ne se contentait pas de définir ses positions à l’aune de toutes autres expériences, elle exigeait également de participer à la destinée de la société socialiste. Le communiqué de la Commission déléguée à la jeunesse aborde ce point, en le présentant non pas comme une revendication de la jeunesse, mais comme un appel lancé aux anciennes générations afin qu’elles accordent aux générations suivantes le droit de participer et d’assumer des responsabilités au sein de la communauté. Sur un ton paternaliste, il réclame moins de paternalisme :
Le SED n’a rien de commun avec tous ceux qui ne font pas confiance à notre jeunesse. […] Le bureau politique du SED (Politbüro) appelle tous les dirigeants et éducateurs à prêter une oreille attentive à toute question émanant de la jeunesse et à y répondre sincèrement et conformément aux principes qui l’animent.22
27Les liens personnels forts qui existaient entre le SED et les personnes qui le critiquaient de l’intérieur se reflètent dans les rapports recueillis, et exploités d’une tout autre manière, par le Ministère de la sécurité d’État qui écrit à propos de la fille d’un premier ministre adjoint :
Elle a rompu tout contact avec son père23, tout comme ses frères, mis à part le plus jeune qui dépend encore financièrement de son père (il fait des études). Ils le considèrent comme un hypocrite qui ferme les yeux sur les dysfonctionnements de notre pays alors qu’il les connait parfaitement. Il faut noter que le cercle autour de Walter Ulbricht (au sein duquel évoluent aussi des gens très intelligents) ferme les yeux sur certaines réalités et suit le mouvement.24
28Un ancien fonctionnaire du Parti, en poste en province et victime de mesures disciplinaires, rapporte :
L’informateur non officiel (GM) affirma alors qu’il était en réalité en faveur d’une voie plus modérée et se mit à parler de ses anciens rapports avec Bernhard Steinberger25, Wolfgang Sibbe26 et l’idéologie de « la troisième voie », ainsi que de Havemann et Schirdewan.27
29Les quelques années séparant la construction du Mur et la 11e assemblée plénière du Comité Central du SED en 1965 furent marquées par un combat relativement violent entre des conceptions politiques opposées au sein du SED. Grâce à la politique de la « main de fer », menée dans le cadre de la « sécurisation des frontières » et de la « limitation des échanges avec l’Allemagne de l’Ouest et Berlin-Ouest », régnait soi-disant en RDA « l’entière liberté d’apprendre et d’œuvrer en faveur de la paix et la victoire du socialisme […]. En revanche, il ne peut y avoir de liberté pour les ennemis du pouvoir, des ouvriers et des paysans, les contre-révolutionnaires et les forces militaires. C’est là que se situe la limite donnée à la liberté. » En septembre 1961, Kurt Hager, alors secrétaire du Comité Central du SED en charge de la culture, de l’éducation et des sciences, annonce à « ceux qui naviguent entre les deux mondes » « des paroles franches et réjouissantes » s’ils ne se décident pas clairement à « mettre leurs connaissances et leurs compétences au service de la protection de la paix et de la consolidation de la RDA »28. La frontière tracée par Hager n’était cependant pas définie avec suffisamment de précision : elle suivait les méandres des discussions politiques, telle une vague menace. Tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre d’activités « en faveur de la paix et de la victoire du socialisme » était considéré comme une offensive ennemie et le responsable devait en conséquence être privé de sa liberté. Être trop proche des arguments de l’Ouest ou jouir d’une trop grande popularité là-bas suffisait à passer du mauvais côté de la frontière : « Il faut avouer ouvertement que même des membres de l’intelligentsia tombent régulièrement dans le piège de la propagande ennemie et reproduisent les discours les plus insensés diffusés par la RIAS »29.
30Les conférences de Havemann, tout comme les chansons de Biermann, furent victimes de cette logique fatale. L’ironie de l’histoire n’est pas que Havemann ou Biermann aient subi des influences de l’Ouest ou repris des thèses occidentales, ni même que les médias occidentaux aient accueilli favorablement leurs thèses. Ce n’est qu’une fois que le SED eut décidé que les conférences de Havemann avaient franchi la limite bordée de barbelés de l’activisme « en faveur de la paix et de la victoire du socialisme » que les médias occidentaux les remarquèrent, leur portèrent une attention soutenue, les couvrirent d’éloges et prétendirent qu’on avait interdit à Havemann de poursuivre ses conférences.
31Dans les faits, les choses s’étaient déroulées exactement en sens inverse. Les critiques de plus en plus virulentes contre Havemann atteignirent leur point culminant lorsqu’on lui reprocha une attitude révisionniste lors de la 5e assemblée plénière du Comité Central du SED en février 1964. Si Havemann fut renvoyé et exclu du Parti, ce fut cependant en premier lieu parce qu’il avait démenti, à juste titre, devant un journaliste ouest-allemand l’interdiction de ses conférences. Le Parti l’avait certes critiqué, mais non interdit30. Il pensait ainsi se tenir du bon côté de la frontière tracée par Hager. Néanmoins, sa publication ouest-allemande servit de prétexte pour l’interdire réellement.
32Biermann mis plus de temps à franchir les bornes. Certes, il était déjà exclu du SED, mais pouvait toujours monter sur scène – bien que sous l’étroite surveillance du Ministère de la sécurité d’État. En décembre 1964 et à Pâques 1965, on l’autorisa même à chanter en RFA. « Le meilleur cheval d’Ulbricht dans l’écurie de Bitterfeld » (« Ulbrichts bestes Pferd im Bitterfelder Stall ») – titra un journal ouest-allemand au sujet de sa tournée31. Le succès de ses spectacles à Munich et Francfort fut tel32 qu’une interdiction en RDA se serait heurtée à une parfaite incompréhension. Même les journaux télévisés de RDA firent du spectacle donné par Biermann lors de la marche pascale (Ostermarsch) à Francfort-sur-le-Main une information de premier plan. Toutefois, sa critique de la politique du SED et du refus de démocratiser le pays, exprimée à l’Ouest comme à l’Est, était tellement claire qu’il fut désormais impossible d’autoriser ses spectacles.
33Les possibilités de monter sur scène en RDA se firent de plus en plus rares, on mit même un terme à certaines représentations en mobilisant des moyens policiers. Tout « déplacement en Allemagne de l’Ouest ou à l’étranger sous quelque prétexte que ce fut » fut interdit33. La 11e assemblée plénière du Comité Central mit fin à toute ambiguïté quant au traitement réservé à Biermann et renforça l’hostilité envers Havemann. Dès lors, tout contact direct avec le public de RDA fut interdit à Biermann. La publication à l’Ouest – à laquelle Havemann avait eu recours en mars 1964 uniquement dans le but de corriger à l’Ouest des informations erronées au sujet d’affaires concernant l’Est – devint dès lors le seul moyen d’expliquer ses thèses à l’opinion publique.
34Jusqu’à leur exclusion complète de la sphère publique de RDA, Havemann tout comme Biermann s’étaient montrés réservés dans leurs rapports avec les médias ouest-allemands. Malgré toutes leurs critiques au sujet de l’absence de déstalinisation en RDA, ils ne cessaient de souligner leur adhésion à l’État socialiste et au communisme. Havemann proposa la publication de ses conférences à Dietz, la maison d’édition du SED, qui refusa. C’est seulement par la suite qu’il fit publier son livre par la maison d’édition hambourgeoise Rowohlt, et cela non sans réserver ses droits à la RDA. Il tenta même, en 1965, de publier sa réponse aux attaques calomnieuses du journaliste du Neues Deutschland Harald Wessel dans le journal étudiant est-allemand Forum où elles étaient parues. Le refus d’imprimer, sur ordre personnel de Walter Ulbricht, le contraignit à céder le manuscrit au journal hambourgeois Die Zeit.
35Biermann refusa plusieurs propositions de maisons d’édition et de stations de radio ouest-allemandes qui souhaitaient diffuser ses chansons :
La radio de Cologne [Kölner Rundfunk] a enregistré 60 chansons de Biermann qui seront mises sur les ondes dès que B. aura donné son autorisation. Son accord dépend de la publication préalable de ses chansons en RDA. Dans l’idéal, il préférerait une coproduction entre les institutions de RDA et de RFA intéressées.34
36Les chansons permettaient à Biermann de toucher le public en dehors du théâtre, elles demandaient moins d’organisation et pouvaient être présentées en plus petits comités et dans l’improvisation. En outre, elles étaient moins hermétiques que les poèmes qui s’adressaient à un public intellectuel plus restreint. Malgré des obstacles, Biermann avait donc la possibilité de s’exprimer devant des auditoires ciblés.
37Lorsqu’il fut totalement impossible à Biermann de se produire en public – ce qui se fit progressivement jusqu’à la 11e assemblée plénière de décembre 1965 –, il ne lui resta plus que les représentations devant des cercles privés. Partout où il se rendait, il avait « par hasard » sa guitare avec lui et infligeait ses chansons à un public qui ne demandait que ça. « Pas de fête sans Biermann » - il reprit ce slogan et peignit cette situation paradoxale dans une chanson au titre éponyme :
Récemment, un certain chef de la télévision
M’a longuement serré la main :
Mon cher Biermann, mon bon Biermann,
Ne voudriez-vous pas venir chanter chez nous ?
Apportez ce qu’il vous plaira,
Même les chansons les plus cinglantes,
Les plus méchantes – dit-il, avec avidité.
Quoi ? A la télé ? – Non, chez moi…35
38Les mécontents au sein du SED vivaient une double vie : en privé, ils aimaient Biermann, officiellement, ils l’ostracisaient. Au final, seuls Havemann et Biermann, ainsi que quelques autres dans leur entourage, franchirent le pas qui les fit basculer dans la dissidence. Pourtant, le plaisir de ceux qui écoutaient secrètement les chansons de Biermann et qui, publiquement, les dénonçaient et les interdisaient, ne se limita pas au divertissement privé de quelques privilégiés cyniques36. Très tôt, le Ministère de la sécurité d’État découvrit que Biermann diffusait aussi ses chansons auprès de ceux qui ne se rendaient pas chez lui et à qui il ne rendait pas visite :
Biermann exprime surtout sa position antidogmatique dans les chansons et poèmes qu’il n’est pas autorisé à présenter publiquement. Dans l’intervalle, ses nouvelles chansons ont été enregistrées puis copiées à l’aide de moyens techniques mis à disposition par le camarade Havemann. Biermann distribue les enregistrements à son entourage en le priant de les rendre accessibles au plus grand nombre possible. À moi aussi, il a promis une cassette en formulant la même demande.37
39Depuis les années 1960, l’échange d’enregistrements sonores sur bandes magnétiques, ainsi que la copie de ces bandes étaient une technique aisément maîtrisable et accessible. Elle permettait de diffuser en masse des enregistrements sonores et d’échapper ce faisant au monopole exercé par l’État sur la production de disques. Les bandes magnétiques offraient la possibilité de diffuser des œuvres fidèles à l’original, de qualité quasi parfaite et ce, sans pour autant exiger des individus qu’ils disposent d’une technique inabordable.
40C’est ainsi que naquit en Union soviétique une nouvelle forme de diffusion de l’art qu’on appela magnetizdat par analogie avec le samizdat. Des pans entiers de l’œuvre de Vladimir Vyssotski, de Boulat Okoudjava, d’Alexandre Galitch ne parvinrent au public et ne devinrent populaires dans toute l’Union soviétique que grâce à ce média. Dès 1964, un contact direct existe entre Biermann et Okoudjava : « Par ailleurs, Monsieur Okoudjava a certaines de mes chansons qu’il est en train de traduire… il n’y a pas de disques, mais les cassettes se multiplient naturellement comme des petits pains… Cela va à une allure folle »38. En même temps, Biermann se chargeait lui-même de diffuser ses enregistrements et ses textes le plus largement possible, et demandait à ceux qui possédaient ses chansons de les faire circuler : « Je te joins la Harpe de barbelés (Drahtharfe). Si tu la fais circuler autant que possible, tu pourras la conserver, mais si tu veux la garder pour toi tout seul, tu ne l’auras pas »39.
41Lorsqu’à la fin de l’année 1965, Biermann publia ses poèmes dans la petite maison d’édition de Klaus Wagenbach à Berlin-Ouest – des poèmes et des chansons que personne en RDA n’était prêt à publier –, la 11e assemblée plénière du Comité Central attira involontairement l’attention sur cet événement40. Au milieu de l’année 1966, le mince recueil avait déjà atteint les 30 000 exemplaires à l’Ouest, dont un grand nombre étaient parvenu jusqu’en RDA. Biermann suivait l’exemple de Havemann qui se chargeait lui aussi de faire venir en RDA, par voie clandestine, les livres qu’il avait été contraint de publier à l’Ouest : « Après avoir discuté avec Biermann, je sais qu’environ 3 000 exemplaires de cette brochure circulent en RDA. Je ne sais pas qui les a distribués »41. La demande concernant les chansons de Biermann, en particulier chez les jeunes, était si forte que certains étudiants – comme il le remarquait lui-même avec fierté – « avaient recopié à la main la Harpe de barbelés »42. Le MfS y vit un danger : « La dangerosité des chansons et poèmes hostiles de Biermann tient essentiellement à leur importante diffusion par l’intermédiaire de Biermann et de ses amis »43.
42Biermann et Havemann avaient commencé, avec d’autres camarades du SED, à libérer ce dernier du carcan du stalinisme, de l’enlisement de la guerre de tranchée interallemande, réelle et virtuelle. Dans les années 1960, un changement de perspective sembla envisageable et possible durant un temps. Il devait être accompagné d’un changement de génération et entendait s’appuyer sur l’esprit antifasciste de la génération pionnière de la RDA :
Le présent…
Pour vous, le doux projet de ces années amères
Pour moi, un amer commencement
Qui réclame le changement.44
43Biermann, Havemann et leurs partisans purent s’appuyer pendant un temps sur un soutien assez large au sein du SED comme en dehors. Pourtant, le soutien de ce groupe important au sein de l’intelligentsia se heurta rapidement aux limites imposées par la discipline de Parti. Il fallait trancher la question suivante : les alternatives politiques et les critiques devaient-elles être dissimulées à la société et discutées uniquement au sein du Parti ? Ou bien fallait-il que le débat se libère des limites tracées par le Parti afin d’asseoir son pouvoir pour se dérouler publiquement – voire même passer par des voies non officielles ?
44L’utilisation de médias non contrôlés qui, après la naissance d’une culture médiatique propre au mouvement ouvrier, fut d’abord mal vue par le Parti, avant de devenir un acte passible de sanction, représenta une épreuve de vérité pour les tenants de la critique interne. Dans les faits, elle finit par constituer la frontière séparant l’opposition de la critique loyale. Mais pour qu’au sein d’un État communiste l’opposition puisse s’exprimer publiquement, autrement dit pour qu’une dissidence puisse ne serait-ce qu’exister, il était nécessaire d’avoir accès à des médias échappant au contrôle du régime. Que le siège de ces médias se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur du pays était en fin de compte secondaire : ils devaient avant tout posséder les moyens techniques nécessaires pour avoir une influence dans les pays communistes.
45Biermann et Havemann n’étaient pas prêts à attendre que les dirigeants de la RDA leur accordent la liberté de réaliser leurs projets et d’exprimer leurs idées :
La patience…
Elle est pour moi la catin de la lâcheté,
Elle est à tu et toi avec la paresse
Elle fait le lit du crime
Mais la patience vous va bien.
Cessez votre œuvre, et tout sera BIEN qui finit BIEN
Si vous nous laissez la possibilité d’un nouveau commencement.45
Notes de bas de page
1 Vladimir P. Naumov, « Zur Geschichte der Geheimrede N.S. Chruscevs auf dem XX. Parteitag der KPdSU », in : FORUM für osteuropäische Ideen- und Zeitgeschichte n° 1, 1997, p. 137-177 ; voir aussi : Natal’ja Georgievna Tomilina (éd.), Nikita Sergeevic Chruscev. Dva cveta vremeni. Dokumenty iz licnogo fonda N. S. Chrusceva, Moskva, 2009 (Rossija XX vek. Dokumenty).
2 Voir par exemple : Kvetoslav Chvatik, « Metamorphosen der Beziehung zwischen Ideologie und Literatur. Der XX. Parteitag der KPdSU und seine Folgen für die tschechische Literatur », in : Dietrich Beyrau et Ivo Bock (éd.), Das Tauwetter und die Folgen. Kultur und Politik in Osteuropa nach 1956, Brême, Temmen (Forschungen zu Osteuropa), 1988, p. 123-124.
3 Voir la reproduction du manuscrit de ce discours quelques semaines plus tard : Robert Havemann, « Meinungsfreiheit fördert die Wissenschaften. Idealistische Wurzeln des Dogmatismus », in : Neues Deutschland, 7/8.7.1956. On trouve des éditions et des lieux de réédition plus récents des écrits de Havemann, ainsi que des textes à son sujet dans : Werner Theuer et Bernd Florath, Robert Havemann. Bibliographie mit unveröffentlichten Texten aus dem Nachlass, Berlin, Oldenbourg Verlag, 2007 (RHB dans la suite de cet article), ici : n° 278.
4 Walter Ulbricht, « Zur wissenschaftlichen Diskussion an den Universitäten. Aus der Rede des Ersten Sekretärs des ZK der SED, Walter Ulbricht, auf der Tagung des Parteiaktivs der Humboldt-Universität Berlin », in : Neues Deutschland, 21.6.1956.
5 Au sujet de la participation de Havemann aux débats de l’année 1956 : Bernd Florath, « Das lange Jahr 1956. Die Wandlungen des Robert Havemann », in : Thomas Großbölting, Roger Engelmann et Hermann Wentker (éd.), Kommunismus in der Krise. Die Entstalinisierung 1956 und die Folgen, Göttingen, 2008, p. 391-406.
6 Peter Ruben, « Von den Chancen, Kaderphilosoph zu werden. Erläuterungen für Außenstehende », in : Norbert Kapferer (éd.), Innenansichten ostdeutscher Philosophen, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1994, p. 7-29.
7 Robert Havemann, « Ehrlich um Klarheit ringen. Zu den Bemerkungen von Dr. Bodo Wenzlaff zu meinen Vorlesungen », in : Ibid., Dialektik ohne Dogma? Aufsätze, Dokumente und die vollständige Vorlesungsreihe zu naturwissenschaftlichen Aspekten philosophischer Probleme [1957], Berlin, Deutscher Verlag der Wissenschaften, 1990.
8 Wolf Biermann, Mit Marx- und Engelszungen, Berlin, Wagenbach, 1968, p. 9.
9 Jörg Roesler, « Konservative, Reformer und das ‚Neue Ökonomische System’. Die Auseinandersetzungen innerhalb der SED-Führung um die Lenkung der DDR-Wirtschaft Anfang der 1960er Jahre », in : Deutschland Archiv, 24.5.2013. Ressource en ligne : http://www.bpb.de/geschichte/zeitgeschichte/deutschlandarchiv/160233/neues-oekonomisches-system. Dernière consultation : 07.11.2015.
10 Walter Ulbricht, « Schlusswort auf der 9. Tagung der Bezirksleitung Groß-Berlin », 18.11. 1963, BArch-SAPMO, DY 30/J IV 2/2J/1091.
11 Ulrike Schuster, « „Seine Intelligenz führte zu einer für ihn ungesunden Entwicklung“. Bemerkungen anhand einer DDR-Biographie », in : Helga Gottschlich (éd.), „Links und links und Schritt gehalten…“ Die FDJ: Konzepte – Abläufe – Grenzen, Berlin, Metropol Verlag, 1994, p. 242-250.
12 Ulrike Schuster, « Die SED-Jugendkommuniqués von 1961 und 1963. Anmerkungen zur ostdeutschen Jugendpolitik vor und nach dem Mauerbau », in : Jahrbuch für zeitgeschichtliche Jugendforschung 1994/95, Berlin, 1995, p. 58-75 ; Christian Sachse, « Die Jugendpolitik der SED Anfang der sechziger Jahre. Zur historischen Einordnung der Jugendkommuniqués », in : Zeitschrift des Forschungsverbundes SED-Staat 19, 2006, p. 27-40.
13 « Der Jugend Vertrauen und Verantwortung. Kommuniqué des Politbüros des Zentralkomitees », in : Dokumente der Sozialistischen Einheitspartei Deutschlands. Beschlüsse und Erklärungen des Zentralkomitees sowie seines Politbüros und seines Sekretariats, Bd. IX, Berlin, Dietz Verlag, 1965, p. 692.
14 Alan Ng, The Lyrikabend of 11 December 1962. GDR Poetry’s “Geburtsstunde” as Historiographic Artifact, Madison, 2002 ; Matthias Braun, Kulturinsel und Machtinstrumente. Die Akademie der Künste, die Partei und die Staatssicherheit (Analysen und Dokumente), Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2007, p. 161-173.
15 Elvira Mollenschott, « Berlins jüngstes Theater. Arbeiter und Studenten bauen sich ihr eigenes Haus », in : Neues Deutschland, 10.10.1961.
16 Entwurf einer Bürovorlage, ausgearbeitet durch Gen[ossen] und Koll[egen] des Ensembles, 17.7.1962, BStU, AOP 11806/85, vol. 1, Bl. 52.
17 Angelegenheit Biermann / Theaterstück, 19.10.1962, Ibid., Bl. 70f.
18 Leutnant Kurt Zeiseweis, MfS-Verwaltung Groß-Berlin, Abt. XX/6: Zwischenbericht und Maßnahmeplan zum Teilvorgang I des Zentralvorganges „Leitz“, 22.2.1965, BStU, MfS, AOP 11806/85, vol. 2, Bl. 137.
19 Wolf Biermann, « Jüdischer Selbsthass und Hass auf die Juden. Tacheles zum Theodor-Lessing-Preis am 6. März in Hannover », in : Rheinischer Merkur, 13.03.2008.
20 Dans une lettre de lecteurs, Biermann écrit que ces racines étaient « très profondément ancrées dans son âme ». Wolf Biermann, « De toute ma vie, je n’ai jamais voulu être trotskiste. » („Ich wollte nie in meinem Leben ein Trotzkist sein“), in : Die Welt, 26.8.2010.
21 Wolf Biermann, « Nur wer sich ändert, bleibt sich treu », in : Die Zeit, 24.8.1990.
22 « Der Jugend Vertrauen und Verantwortung » (note 13), a. a. O., p. 686, 691.
23 Cette personnalité parmi les nombreux premiers ministres adjoints (« stellvertretender Ministerpräsident ») de RDA doit rester ici sous anonymat afin de ne pas contrevenir au droit à la vie privée de sa fille.
24 MfS-BV Potsdam, Abt. XX: Information, 11.05.1965, BStU, MfS, SdM, n° 1936, Bl. 163f.
25 Économiste, il adhéra au parti communiste allemand (KPD) lors de son exil en Suisse, à son retour en 1949, il fut arrêté dans le cadre du procès contre Laszlo Rajk en Hongrie par le MVD et séquestré au Goulag jusqu’en 1955. Après l’amnistie, il se battit pour sa réhabilitation complète en tant que membre du Parti. À peine l’avait-il obtenue qu’il fut de nouveau arrêté en 1956 dans le cadre de l’arrestation de Wolfgang Harich et condamné à quatre ans de prison en tant que « repris de justice » pour « atteinte à la paix ». Après sa libération en 1960, il travailla comme économiste à l’Université de sciences économiques de Berlin.
26 Il fut directeur de l’usine de motos à Zschopau jusqu’en 1956, puis ingénieur dans une usine à Karl-Marx-Stadt.
27 Siegfried Gehlert, directeur du MfS-BV Karl-Marx-Stadt, à Erich Mielke, 25.02.1965, BStU, MfS, SdM, n° 1933, Bl. 537.
28 Kurt Hager, « Intelligenz und Arbeiter- und Bauernmacht. Antwort auf Fragen der Geistesschaffenden. Aus einer Rede vor dem Präsidialrat des Deutschen Kulturbundes », in : Neues Deutschland, 1.10.1961.
29 Ibid.
30 Karl-Heinz Ness, « Wir Deutschen machen alles besonders gründlich. Interview mit Professor Havemann », in : Hamburger Echo am Abend, 11.3.1964 (RHB n° 467).
31 C’est du moins en ces termes que Biermann rapporta dix ans plus tard, en 1976, lors de son concert à Cologne, le contenu de la presse ouest-allemande au sujet de ses concerts de 1965 en République fédérale. Il s’agit d’une allusion à la Voie de Bitterfeld (Bitterfelder Weg), orientation en matière de politique culturelle définie au cours de la conférence du même nom en avril 1959. (N.D.E)
32 « Wolf Biermann in der Bundesrepublik », in : SDS-Informationen n° 8 (décembre), 1964 ; « Erfolg für Biermann », in : Neue Zeit (Ostberlin), 22.04.1965, p. 4.
33 Ibid., p. 29.
34 Zeiseweis, Zwischenbericht (note 18), a. a. O., BStU, MfS, AOP 11806/85, vol. 2, Bl. 137.
35 Wolf Biermann, Alle Lieder, Cologne, Kiepenheuer & Witsch, 1991, p. 83.
36 À propos d’une représentation privée de Biermann dans une salle de répétition de la télévision qui scandalisa la direction du SED après coup, une dramaturge affirma de manière tout à fait typique : « Que [nom] le permette dans le cadre de ses fonctions et, qui plus est, dans une salle de répétition officielle, est la preuve d’un absolu manque de tact. Elle n’aurait rien contre, si cela avait eu lieu dans l’isolement de l’appartement de Madame Hagen ou chez [nom]. Que Biermann chante ses chansons n’est grave que s’il le fait en public ; en privé, ce serait tout à fait acceptable et personne n’en parlerait. » – Copie d’un rapport signé « Heinz », 22.1.1966, BStU, MfS, AOP 11086, vol. 7, Bl. 124.
37 IM-Bericht, 20.9.1963, BStU, MfS, AOP 11086/85, vol. 5, Bl. 5 ; Hauptmann Lohr, Major Müller, HA XX/7, Sachstandsbericht zum Operativ-Vorgang „Lyriker“, 30.7.1970, BStU, MfS, HA IX, n° 16674, Bl. 297f. : « La diffusion des poèmes, chansons et ballades aux contenus hostiles se fait par l’intermédiaire de Biermann qui diffame la RDA en publiant ses œuvres en Allemagne de l’Ouest, à Berlin-Ouest et dans le monde capitaliste étranger […] ; en les interprétant devant des groupes et des individus (essentiellement des jeunes gens) chez lui ; en présentant ces poèmes, chansons et ballades lors de fêtes et rencontres chez des amis ; en faisant circuler les textes, disques ou enregistrements sur bandes magnétiques ; en introduisant clandestinement en RDA les textes et disques édités par des institutions et centres de Berlin-Ouest et d’Allemagne de l’Ouest. »
38 Rapport du Ministère de la sécurité d’État. Il s’agit visiblement de la copie de l’enregistrement d’une conférence donnée à l’Institut de Recherche nucléaire de Dresde-Rossendorf, 30.6.1964, BStU, MfS, AOP 11806/85, vol. 1, Bl. 251f.
39 Wolf Biermann à Ulrich Dietzel, 3.2.1966, Abschrift. Ibid., vol. 7, Bl. 161.
40 Voir la bibliographie des publications dans la presse chez Thomas Rothschild (éd.), Wolf Biermann. Liedermacher und Sozialist, Reinbek/Hambourg, Rowohlt, 1976.
41 GM « Hans Lamprecht »: Bericht Begebenheiten, die mir aus dem Leben von Karl-Wolf Biermann bekannt sind, Francfort/Oder, 17.1.1966, Ibid., Bl. 105.
42 Oberleutnant Günter Lohr, HA XX/1/II: Information über Biermann, Wolf, 30.8.1966, Ibid., vol. 8, Bl. 165.
43 Ibid., Bl. 169.
44 Wolf Biermann, « An die alten Genossen », in : Die Drahtharfe, Berlin, Wagenbach, 1965.
45 Ibid.
Auteurs
- Bernd Florath
- Mathilde Lerenard (trad.)
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