Dans la ligne de mire du SED et de l’occupant soviétique : les premières formes d’opposition et de résistance en zone d’occupation soviétique (1945-1950)
p. 51-64
Texte intégral
Contexte : système politique et influence soviétique
1Les premières formes d’opposition et de résistance dans la zone d’occupation soviétique furent le produit du système politique spécifique mis en place dans cette partie du territoire allemand. Sur certains points, l’évolution de ce système se distingua beaucoup de celle des autres pays d’Europe (de l’Est) occupés par les Soviétiques. Dans la zone d’occupation soviétique, on n’assista pas, entre 1945 et 1949, à une soviétisation ad hoc, comme ce fut par exemple le cas dans les territoires de la Baltique. On ne peut pas non plus comparer le système mis en place à celui de la Pologne ou de la Bulgarie. On ne peut enfin pas non plus faire le parallèle avec l’instauration d’un pouvoir soviétique temporaire, comme dans l’Est de l’Autriche, dans le « seul » but de s’assurer stratégiquement la mainmise sur le territoire occupé et de l’exploiter économiquement pour un temps donné relativement court. L’évolution en zone d’occupation soviétique prit également une toute autre direction que dans les zones occidentales où l’on assista à un processus de démocratisation sur le modèle occidental. L’évolution engagée à partir de 1945 dans la zone soviétique est certes due à la situation particulière de l’Allemagne occupée et divisée en quatre zones. Il ne faut cependant pas croire que cette évolution aurait pu, à un quelconque moment, se dérouler librement : elle commença par la mise en place d’un « simulacre de démocratie »1 en 1945 et se termina, en 1950, par un scrutin à liste unique orchestré par le SED, signe, s’il en est, d’une dictature qui s’affiche en tant que telle.
2On doit les débuts « modérés » de 1945 principalement au fait que l’Allemagne occupée fut tout d’abord administrée conjointement par les quatre puissances occupantes. La division du pays en quatre zones favorisa, dès le départ, des évolutions divergentes, la zone d’occupation soviétique étant celle qui se démarqua le plus en la matière2. L’occupant soviétique et avec lui le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands) poursuivirent dans un premier temps deux objectifs en parallèle : d’un côté intégrer la zone d’occupation dans sa sphère d’influence – et ce sur le long terme – et de l’autre, gagner de l’influence sur les zones occupées par les puissances occidentales. Lorsque la tentative d’exercer une influence dans les zones occidentales se révéla illusoire, au plus tard en 1947-1948, le régime soviétique renforça ses efforts afin d’intégrer durablement cette zone d’occupation dans sa sphère d’influence.
3C’est dans ce contexte spécifique qu’à la surprise de beaucoup d’Allemands de la zone d’occupation soviétique, le KPD ne fut pas le seul parti autorisé à l’été 1945. Trois autres partis le furent également : le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands), la CDU (Christlich-Demokratische Union) et le LPD (Liberaldemokratische Partei)3. Il ne fut cependant, dès le début, absolument pas question d’instaurer un système permettant aux forces politiques d’agir librement. Ces trois partis durent se soumettre à l’obligation d’entrer dans un « bloc » constitué par les partis dits antifascistes et démocratiques (Block der antifaschistisch-demokratischen Parteien), au sein duquel le KPD dictait les lignes directrices, et cela grâce au soutien sans faille de l’Administration militaire soviétique en Allemagne (Sowjetische Militäradministration in Deutschland, SMAD). En outre, étant donné que le principe de la majorité était de mise au sein du bloc, le KPD fut libre d’appliquer sa politique comme il l’entendait. Les trois autres partis se retrouvèrent ainsi pris dans une sorte de « camisole de la politique de bloc » (« Zwangsjacke der Blockpolitik »4) et durent renoncer à mener une politique autonome. La déclaration des dirigeants du KPD, selon laquelle il serait mauvais « d’imposer le système soviétique à l’Allemagne » dans la mesure où « cette voie » ne correspondait pas au « stade d’évolution actuel de l’Allemagne »5 en dit long sur la stratégie d’un parti dont l’objectif premier était d’imposer sa politique à l’Allemagne entière, ce qui l’obligeait à tenir compte du statut particulier de l’Allemagne administrée par quatre puissances (Vier-Mächte-Status), sans toutefois perdre son objectif de vue.
4Un cadre haut placé du KPD résuma en 1945 le nec plus ultra de la dialectique communiste ainsi : « Nous pourrions avancer au pas de course et instaurer très rapidement de nouvelles formes de société sur le territoire occupé par l’Armée rouge. Mais cela signifierait la mise en place d’une politique différente sur ce territoire que sur le territoire occupé par la Grande-Bretagne et les États-Unis. Nous ne voulons, et ne pouvons, rien faire d’autre que construire des modèles exemplaires sur notre territoire afin de servir de source d’inspiration pour les autres territoires. Nous serons toujours un peu en avance. Nous n’avons pas le droit de laisser place à d’autres types d’évolution. »6
5Quelles furent donc ces fameuses évolutions engagées par la SMAD et le KPD à partir de 1945 ? En plus de la mise en place du système politique décrit plus haut, il s’agit avant tout de mesures socio-économiques fondamentales consistant en la liquidation de toutes les banques privées et de tous les instituts de crédit dès l’été 1945, la réforme agraire prétendument « démocratique » de l’automne 1945 et la nationalisation de la majeure partie de l’industrie débutée en Saxe, cette dernière correspondant à la mise en œuvre des ordres de la SMAD et des résultats du référendum sur l’industrie en Saxe du 30 juin 1946. Dans une partie des cinq Länder de la zone d’occupation soviétique, un système d’économie planifiée fut mis en place dès 1946 qui commença à remplacer peu à peu les structures de l’économie de marché. La réalisation de ce « programme minimal » résultait des ordres directs de Staline et de son gouvernement qui furent relayés par le KPD en exil. Il devait non seulement ouvrir la voie au futur « programme maximal »7, c’est-à-dire à la dictature du parti communiste, mais aussi faciliter dans un premier temps la « participation » partielle des démocrates, dans l’esprit du « renouvellement antifasciste et démocratique » (antifaschistisch-demokratische Umwälzung).
6Sans le pouvoir soviétique, une telle évolution n’aurait toutefois pas été possible. Grâce à son appareil militaire, au Kommissariat 5 (K5), son rejeton allemand dans le domaine des services secrets, précurseur du Ministère de la sécurité d’État (Ministerium für Staatssicherheit), ainsi qu’à sa législation en matière de juridictions d’exception – les tribunaux militaires soviétiques (Sowjetische Militärtribunale, SMT) –, elle veilla à ce que le système apparent de pluralisme politique mis en place en 1945 se soit transformé en une dictature cinq ans plus tard. Cette volonté se manifesta à travers les mesures suivantes :
- la destitution de tous les dirigeants de partis récalcitrants à tous les niveaux de la zone d’occupation soviétique (la mesure la plus spectaculaire fut la démission forcée des directions centrales de la CDU et du LPD à la fin de l’année 1945, puis de la nouvelle direction centrale de la CDU fin 1947),
- l’emprisonnement momentané des responsables des partis démocratiques ainsi que l’annulation de leurs mandats,
- l’ingérence dans l’organisation des partis (il s’agit ici avant tout de l’interdiction de se structurer en interne et/ou d’organiser des congrès, comme ce fut le cas pour le SPD à Leipzig en 1946),
- la neutralisation complète de certains partis (en particulier le SPD qui ayant, au printemps 1946, plus de chances que le KPD de remporter le premier et unique scrutin à listes multiples, fut contraint de fusionner avec le KPD afin de créer le SED – Sozialistische Einheitspartei Deutschlands),
- l’influence massive exercée sur les évolutions internes au SED (notamment en soutenant les « communistes d’origine » contre les sociaux-démocrates qui n’étaient pas prêts à renoncer aux principes de la social-démocratie et qui furent mis au ban, et même liquidés),
- le soutien inconditionnel apporté au SED afin qu’il s’impose comme parti hégémonique dans la zone d’occupation soviétique et parallèlement, les entraves barrant la route de la CDU et du LPD (par exemple lors du premier et unique scrutin à listes multiples, mentionné plus haut, qui eut lieu à l’automne 1946),
- l’ascension de personnalités dites « progressistes », c’est-à-dire favorables au marxisme-léninisme, au sein des partis démocrates (par exemple le futur président du LDP Manfred Gerlach ou le futur président de la CDU Gerald Götting),
- l’emprisonnement et la condamnation d’opposants politiques, soupçonnés ou avérés, par les tribunaux militaires soviétiques (cela concerna, particulièrement à partir de 1947/48, environ 3 000 personnes issues des milieux démocrates, parmi lesquelles beaucoup de responsables du SDP, de la CDU, du LDP, mais aussi de jeunes lycéens ou étudiants)8.
7Plusieurs concepts se sont imposés dans l’historiographie allemande pour qualifier ces évolutions propres à la zone d’occupation soviétique. Selon le positionnement du locuteur, il est soit question de « soviétisation » et « stalinisation », soit de « transformation » (Transformation) et d’« ancrage du pouvoir » (Machtsicherung). Le concept de « renouvellement antifasciste et démocratique » (antifaschistisch-demokratische Umwälzung), forgé en RDA, a pour ainsi dire disparu de l’historiographie actuelle en raison de son caractère fallacieux. On parle plutôt aujourd’hui d’une « mise en place forcée de la dictature » (Diktaturdurchsetzung), expression qui prend en compte le caractère processuel de cette évolution tout comme sa dimension intentionnelle et réfléchie (puisqu’elle fut préparée en exil)9.
Précisions sur les concepts : opposition et résistance
8Ces dernières années, les recherches portant sur les phénomènes de résistance aux dictatures fondées sur des idéologies ont proposé de nouvelles distinctions, surtout concernant la dictature nationale-socialiste. Se fondant sur les recherches de Detlef Peukert, Alfons Kenkmann a récemment fait référence à différentes formes d’opposition partielle (partielle Gegnerschaft), qui vont du comportement non conforme (nonkonformes Verhalten) à la résistance (Widerstand)10. Michael Schneider résume ces formes d’opposition sous le concept englobant de « dissension » (Dissens)11. Ce même large éventail de manifestions de dissension s’observe pour la période entre 1945 et 1950. On peut par exemple considérer comme des expressions modestes de dissension les manifestations de refus (Verweigerung) – comme celui d’entrer dans la FDJ en 1946 par exemple – ou de protestation (Protest) – par exemple contre des mesures précises, comme celles touchant aux démantèlements des usines. Mais ce sont les manifestations d’opposition (Opposition) et de résistance (Widerstand), dirigées de façon partielle ou fondamentale contre le système dictatorial, qui sont réellement décisives. Jusqu’en 1950 environ, l’opposition démocratique (demokratische Opposition) joua un rôle spécifique. Du fait de l’élimination immédiate de tout pluralisme politique, cette catégorie n’avait pu exister sous la dictature nationale-socialiste. Au vu du système politique mis en place à partir de 1945, Karl Wilhelm Fricke, l’un des précurseurs en Allemagne de l’Ouest des recherches sur l’histoire de l’opposition en RDA, avait pour sa part déjà défini l’opposition démocratique comme une opposition politique « qui cherche à se développer de façon relativement visible et relativement légale » (« relativ offen, relativ legal ») sans « être soumise au risque permanent de criminalisation »12.
9La catégorie d’opposition démocratique est particulièrement importante pour appréhender les phénomènes d’opposition dans les premières années d’existence de la zone d’occupation soviétique car les représentants des partis démocratiques avaient (encore) à ce moment-là la possibilité de se positionner ouvertement contre les premières mesures draconiennes du KPD/SED. Même s’ils risquaient déjà de lourdes sanctions, il leur était encore possible de critiquer publiquement la réforme agraire mise en place sans dédommagements ou encore les expropriations pour raisons politiques13. Dans les premières années d’existence de la zone d’occupation soviétique, les parlementaires du LDP ou de la CDU pouvaient en outre encore proposer des idées s’éloignant de la ligne du KPD/SED, voire faire des contre-propositions, et cela publiquement. Les groupes parlementaires du LDP et de la CDU dans les Landtage présentèrent ainsi en 1946/47 leurs propres projets de loi en matière de juridiction constitutionnelle et administrative, de même qu’ils plaidèrent en faveur d’une véritable séparation des pouvoirs, sans qu’il y ait cependant de véritable espoir de voir aboutir ces projets14. De même, jusqu’en 1947/48, le mouvement des Jeunes libéraux et celui des Jeunes chrétiens-démocrates purent encore prendre publiquement leurs distances face aux propositions programmatiques de la FDJ et du SED et défendre leurs propres positions15, tout comme certains lycéens et les étudiants non affiliés qui siégeaient dans les différentes administrations autonomes (Selbstverwaltungen) existant encore16.
10Parallèlement à cette forme d’opposition, la résistance démocratique (demokratischer Widerstand) prit de l’ampleur pour gagner considérablement en vigueur à partir de la fin des années 1940, au fur et à mesure que les possibilités de mener un débat public se réduisirent jusqu’à disparaître purement et simplement dans le cadre de la mise en place forcée de la dictature (Diktaturdurchsetzung). Concrètement, on assista à la neutralisation du SPD, à la stalinisation du SED et à la « mise au pas » (Gleichschaltung) de la CDU, du LDP et de l’ensemble du système politique. L’opposition démocratique publique n’était désormais plus possible. À sa place, apparut la résistance démocratique qui n’avait d’autre choix que l’action clandestine afin d’exprimer ses propres valeurs et de manifester publiquement son opposition au système. En d’autres termes, « dans la mesure où l’opposition ne pouvait pas se développer ouvertement et légalement, elle se transforma en résistance »17. Mais qui étaient les premiers représentants de cette nouvelle forme de dissension ? Il s’agissait de sociaux-démocrates récalcitrants, de démocrates-chrétiens ou de libéraux (plutôt jeunes) mais aussi de lycéens ou d’étudiants n’appartenant à aucun parti politique et ayant encore eu la possibilité, dans les années précédentes, d’exprimer leurs opinions personnelles dans le cadre des Conseils de lycéens et des Conseils d’étudiants (Schüler- und Studentenräte).
11Cette résistance démocratique prit des formes diverses qui furent déterminées par le contexte de la division. Ainsi, des informations provenant de la zone d’occupation soviétique furent publiées par les médias à Berlin-Ouest et dans les zones d’occupation occidentales. Des livres, des brochures ou des tracts en provenance des zones occidentales furent introduits et distribués dans la zone d’occupation soviétique ; des tracts et des journaux furent également confectionnés et diffusés au sein même de cette zone. De solides réseaux se constituèrent principalement entre des individus ou des groupes présents en zone d’occupation soviétique et les Ostbüros fondés à l’Ouest par les grands partis politiques de l’Ouest, le SPD, la CDU et le FDP18. À partir de 1948, ces réseaux se renforcèrent encore grâce à la création à l’Ouest du KgU (Kampfgruppe gegen Unmenschlichkeit) et du UfJ (Untersuchungsausschuss freiheitlicher Juristen). De liens importants existaient en outre avec les médias de l’Ouest, comme avec la radio RIAS19 et différents journaux (Telegraf, Tagesspiegel, Der Abend, Der Sozialdemokrat à Berlin-Ouest).
Quelques exemples d’opposition démocratique dans la sphère publique
12Nous illustrerons la dimension publique de l’opposition démocratique, et son efficacité, grâce à deux exemples distincts, l’un portant sur la question de la séparation des pouvoirs, l’autre sur l’administration autonome des étudiants dans les universités. Le premier exemple est étroitement lié au débat sur la Constitution devant être adoptée dans les Länder de la zone d’occupation soviétique en 1947/48. Le SED avait ouvert ce débat en présentant son propre projet de Constitution qui reprenait sur certains points la « Constitution stalinienne » de l’Union soviétique de 1936. En amont des débats, la SED avait annoncé publiquement qu’il n’y aurait pas de séparation des pouvoirs en zone d’occupation soviétique, comme c’était le cas en Allemagne avant 1933 et de manière générale à l’Ouest. Du point de vue du SED, cette décision était cohérente puisque l’indépendance de la justice, de même que l’autonomie du gouvernement et du parlement auraient empêché, ou du moins entravé, la mise en place de la dictature du Parti. Au cours des débats, les fractions du LDP et de la CDU déposèrent cependant des motions dans les cinq Länder de la zone d’occupation soviétique dans le but de faire inscrire la séparation des pouvoirs dans la Constitution. Mais tous ces efforts furent vains car le SED parvint à les faire échouer en montant les deux partis « bourgeois » l’un contre l’autre et/ou en faisant intervenir les Soviétiques20.
13Plusieurs députés profitèrent malgré tout des motions déposées par leur groupe parlementaire pour défendre le principe de la séparation des pouvoirs lors des réunions plénières et mettre en garde contre une nouvelle dictature. Au parlement de Saxe-Anhalt, Friedrich Hampel, député CDU et Docteur en droit, se fit remarquer par un plaidoyer courageux en faveur de la séparation des pouvoirs. Son discours provoqua même les interpellations virulentes de Walter Ulbricht, député KPD/SED siégeant lui aussi dans ce Landtag depuis 1946 et déjà considéré par tous à cette époque comme l’« homme fort » du futur appareil d’État21.
14Hampel commença par expliquer en quoi consistait le principe de la séparation des pouvoirs et souligna que celui-ci « avait été conservé dans toutes les Constitutions des nations démocratiques fondées sur la culture (demokratische Kulturnationen) ». Ainsi, dès lors que ce principe allait de soi dans des États tels que la Grande-Bretagne ou les États-Unis, il y avait, selon lui, de « bonnes raisons » de le garder aussi en zone d’occupation soviétique. Dans le contexte d’un « rétablissement de l’unité allemande », il serait, d’après lui, également « judicieux » de suivre sur ce point les trois Constitutions déjà adoptées dans les zones de l’Ouest (dans le Bade-Wurtemberg, la Hesse et la Bavière), tout comme de créer une Haute Cour de justice qui ferait office d’instance de contrôle. Hampel lia ainsi la mise en garde face à une éventuelle évolution divergente des différentes parties de l’Allemagne (« Auseinanderleben ») à celle d’une nouvelle dictature. Forts de « l’expérience amère » de la dictature nationale-socialiste, ne devait-on pas « tout faire afin d’écarter la possibilité de voir se répéter ou advenir la mise en place d’une dictature semblable ou différente ? » Il rappela en effet que même dans un Landtag, un parti pouvait atteindre la majorité absolue et limiter, voire suspendre, les droits fondamentaux. Ne serait-il donc pas sensé – s’interrogeait-il – de disposer d’une instance indépendante afin de protéger les droits fondamentaux des citoyens ?22
15Hampel était allé jusqu’aux limites de ce que l’on pouvait encore dire, de façon plus ou moins directe, en 1947 dans un Landtag de la zone d’occupation soviétique contre les tendances dictatoriales du SED. D’autres députés, issus du même groupe parlementaire, restèrent bien plus réservés dans leurs critiques. En 1949, Hampel compta parmi les députés qui se prononcèrent contre la création de la RDA, contre le leadership du SED et contre les scrutins à liste unique. Ce faisant, il dépassa cette fois les limites de ce qui pouvait être dit publiquement en RDA. En effet, le SED et la SMAD orchestrèrent une campagne publique de diffamation à son encontre qui se termina par l’abandon forcé de toutes ses fonctions politiques. Un an plus tôt, le SED notait déjà en interne : « Au plus profond de son cœur, c’est un ennemi acharné de l’avènement du socialisme et il est d’un caractère trop franc pour pouvoir s’en cacher »23.
16Hampel pouvait encore s’estimer heureux d’avoir seulement dû abandonner ses fonctions et d’avoir été écarté de la vie politique. D’autres, comme le chef de la fraction parlementaire du LDP en Thuringe, Hermann Becker, eurent des sanctions bien plus sévères. Becker avait déjà été arrêté et condamné en 1948 à plusieurs années en camp de travail par un tribunal militaire soviétique (SMT) pour avoir, lui aussi, courageusement plaidé en faveur d’un État de droit. Le président du Conseil des étudiants (Studentenrat) de l’Université de Leipzig, Wolfgang Natonek (LDP), fut à son tour frappé de sanctions très dures. Lui aussi avait été arrêté et condamné à une lourde peine en camp de travail par un tribunal militaire soviétique fin 1948. La neutralisation de Natonek avait pour but de « priver l’ennemi de son élément le plus dangereux [dans l’université] », comme le nota le SED de Leipzig dans un compte rendu24. L’emprisonnement de son président porta un coup fatal au Conseil des étudiants de l’université de Leipzig, dominé par le LDP et la CDU. D’autres attaques suivirent. La récente publication des journaux de l’un des compagnons de Natonek, Gerhard Schulz (LDP), permet de mesurer avec quelle détermination le SED combattit cette part d’autonomie au sein des universités jusqu’à son élimitation en 1948. Gerhard Schulz avait lui aussi fait partie du Conseil des étudiants de l’Université de Leipzig à partir de 1947, il devint par la suite un spécialiste d’histoire contemporaine renommé en Allemagne de l’Ouest25.
17Les journaux de Gerhard Schulz permettent de comprendre le contexte difficile dans lequel cette petite part d’autonomie au sein des universités put voir le jour, puis se maintenir un certain temps. Ils témoignent également de façon remarquable de l’état d’esprit de ces jeunes gens qui, après 1945, voulaient tracer leur propre voie intellectuellement et cherchaient cependant encore la « bonne » orientation. Bien que membre du LDP, Schulz partageait en effet certaines idées socialistes. Il espérait influencer « les citoyens de la zone orientale dans le sens d’une démocratie sociale », mais rejetait vigoureusement la soviétisation de la zone d’occupation soviétique qu’il redoutait. Il faisait une distinction claire entre la « vraie » démocratie, telle qu’il la souhaitait, et l’emphase pseudo-démocratique du SED qu’il accusait déjà en 1947 de vouloir mettre en place une nouvelle dictature26. Il consigna scrupuleusement dans son journal toutes les étapes franchies en ce sens au sein de l’université.
18En se faisant élire au Conseil des étudiants de l’Université de Leipzig à partir de la fin de l’année 1947, Schulz entra de plain-pied dans l’opposition publique à la dictature en train de se mettre en place. Jusqu’à fin 1948, une majorité de représentants du LDP et de la CDU essayèrent en vain de résister à la « transformation de l’université en une institution de l’État prolétaire tout puissant ». Des requêtes (Eingabe) déposées par Schulz au Conseil des étudiants n’allèrent pas plus loin que « la corbeille à papier du ministre » du SED27. Schulz et Natonek souhaitaient entre autres que les universités restent accessibles aux candidats les plus doués. Le SED essayait, pour sa part, avec de nouvelles directives, d’attirer sa propre clientèle, c’est-à-dire les enfants d’ouvriers et de petits paysans, sans « tenir compte de leurs résultats ». Bien que Schulz voulût seulement empêcher que le SED contrôle les inscriptions à l’université, il fut stigmatisé comme un « ennemi de l’accès des ouvriers aux études supérieures » (« Feind des Arbeiterstudiums »)28. Un jour après l’emprisonnement de Natonek (le 12.11.1948), Schulz apprit que sa bourse lui avait été « intégralement retirée ». Une semaine plus tard, il fut personnellement mis en accusation par un affichage public du SED dans l’université (Wandzeitung). Enfin, au début du mois de décembre 1948, le nouveau parti unique « demanda officiellement » son expulsion de l’université (Exmatrikulation)29. Quelques mois plus tard, il ne lui resta plus d’autre solution que de fuir à Berlin-Ouest pour pouvoir poursuivre ses études. L’opposition publique « légale » venait brutalement de prendre fin.
Quelques exemples de résistance démocratique dans la sphère publique
19Contrairement à l’opposition démocratique, la résistance démocratique connut un rayonnement plutôt régional, ce qui s’explique par la forme spécifique que prit cette expression de dissension. Néanmoins, quelques exemples attestent que la résistance démocratique ne fut pas uniquement locale ou régionale. On peut citer le cas d’un groupe de jeunes sociaux-démocrates de Dresde. Leurs activités débutèrent en 1946/1947 et se terminèrent en 1948 avec l’arrestation de tous les membres du groupe. En avril 1946, une partie du groupe avait refusé la fusion avec le KPD, tandis que l’autre fut démise de ses fonctions au sein du SED à l’hiver 1946/1947, après avoir marqué son opposition en interne. Dans cette partie du groupe, on trouve Arno Wend, l’ancien président du SPD de Dresde qui, jusqu’à l’hiver 1947, compta parmi les opposants internes au SED. Après avoir perdu ses fonctions, il décida d’entrer dans la résistance politique et passa à l’action clandestine. Tout comme lui, les autres membres du groupe avaient des contacts avec le Ostbüro du SPD à Berlin-Ouest et à Hanovre (en zone d’occupation britannique). Ils y étaient enregistrés depuis 1947 sous de faux noms et livraient des informations sur les décisions prises dans les commissions du SED, ainsi qu’au sujet de la situation économique et les conditions de ravitaillement en nourriture en Saxe30.
20Au printemps 1947, le groupe décida de mener une action publique à Dresde. Et ses membres eurent une idée de génie : ils imaginèrent faire un faux numéro du journal local du SED, Die Sächsiche Zeitung, et le distribuer dans toute la ville. Le travail fut organisé en collaboration avec l’Ouest : les membres du groupe écrivirent des articles qui furent envoyés dans leur intégralité au Telegraf, un journal de Berlin-Ouest à tendance sociale-démocrate. Là-bas, les articles furent retravaillés afin d’être imprimés dans le faux numéro de la Sächsiche Zeitung, dont les exemplaires furent ensuite réacheminés jusqu’à Dresde. Le groupe de résistants distribua alors, essentiellement de nuit, les 10 000 exemplaires à travers la ville, mais aussi – point d’orgue de l’action – lors d’une conférence régionale du SED. Cette action prit le SED et le K5 totalement par surprise. Consternés, ils ne parvinrent pas à appréhender rapidement le groupe et ce, malgré tous leurs efforts31.
21Le contenu du faux numéro de la Sächsiche Zeitung était une gifle pour le SED. Il s’agissait d’un mélange d’analyses, de critiques et de textes satiriques. L’éditorial intitulé « Dictature ou liberté ! » (« Diktatur oder Freiheit ! »), probablement écrit par Arno Wend, appelait à se battre pour une démocratie sur le modèle occidental. L’article « Être jeune dans la zone de l’Est » (« Die Jugend in der Ostzone ») était tout aussi impressionnant. Karl Heinz Quade, âgé de 20 ans, s’y insurgeait contre l’abrutissement et l’endoctrinement des adolescents. À la page des petites annonces, les auteurs révélaient, sur un ton ironique et sarcastique, des cas de persécutions politiques et des scandales touchant la vie privée des nouveaux dirigeants. Ainsi, dans une fausse petite annonce, le ministre de l’intérieur en charge de la police (politique) Kurt Fischer (KPD/SED) écrivait : « Recherche apprentis qui se spécialiseraient dans la disparition de personnes de tout âge, de toutes appartenances politiques et des deux sexes. Succès garanti ». Plus osé encore, les auteurs faisaient écrire au ministre de l’économie Fritz Selbmann (KPD/SED) l’annonce suivante : « Recherche secrétaire, 26 ans, pour les deux semaines à venir, particulièrement robuste, forte et résistante. Je sais parfaitement lier le privé à l’officiel. Possibilité d’obtenir un certificat de pénibilité une fois qu’elle aura fait ses preuves »32.
22Jusqu’à l’été 1948, Arno Wend fut le pilier de ce groupe de résistants. Lui qui avait été emprisonné plusieurs fois sous le régime national-socialiste voyait dans le passé récent de la dictature brune déchue une raison de plus pour ne pas accepter passivement une nouvelle dictature. La dictature nationale-socialiste restait la référence pour analyser la situation. Quelques semaines après la parution du journal, il rédigea un manuscrit qui parut tout d’abord dans un organe de presse social-démocrate de l’Ouest (Das Volk) à l’été 1947, puis fut diffusé peu de temps après, dans une version remaniée, sous forme de tract en zone d’occupation soviétique. Il avait pour titre : « Un an de SED (en Saxe). Un an de déceptions pour les socialistes du monde entier » (« Ein Jahr SED (in Sachsen). Ein Jahr der Enttäuschungen für die Sozialisten der Welt »). Ce texte, qui était à la fois conçu comme une analyse et une mise en garde pour les zones occidentales, était bien plus qu’un simple bilan de la première année d’exercice du pouvoir par le SED. Il proposait une analyse « écrite sur le vif » à propos d’une évolution qu’il considérait lui-même comme la mise en place forcée d’une nouvelle dictature par le SED et les Soviétiques33.
23D’après Wend, le KPD avait depuis le début essayé de « régner sur la population de manière totalitaire et dictatoriale », même si « on n’avait jamais autant parlé ni écrit sur la démocratie […] qu’à cette époque-là ». Le KPD avait, selon lui, été conçu pour être un parti hégémonique s’assurant, immédiatement et avec l’aide des Soviétiques, la mainmise sur l’administration de l’État. Afin d’éviter un échec électoral qui paraissait inéluctable, le KPD et la puissance occupante avaient imposé « de façon dictatoriale » une fusion au SPD tout en prenant soin de ne rien changer aux « spécificités du Parti » (c’est-à-dire du KPD). La structure (hégémonique) du KPD avait été conservée à l’identique au sein du SED et avait même, en l’espace d’une seule année, été « encore renforcée » ‒ par exemple par l’espionnage et la mise au ban progressive des anciens cadres du SPD. Selon l’analyse de Wend, le SED était désormais en passe de devenir un « parti unique » (Staatspartei) grâce à son influence sur la police, à la mise en place d’un « appareil de renseignements » et à son ingérence dans l’économie. Ses allusions répétées au « parti unique » qu’était le NSDAP culminaient dans une mise en garde face au « grand danger » encouru par la Saxe et la zone d’occupation soviétique dans son ensemble, « de voir le peuple se retrouver de nouveau, comme après 1933, placé dans une quarantaine de l’esprit »34.
24Cette analyse clairvoyante montre avant tout que les personnalités critiques de l’époque n’ont pas eu besoin d’étudier les théories totalitaires pour procéder elles-mêmes à une approche comparative. Pour la plupart d’entre elles, la comparaison s’imposait d’elle-même après les expériences vécues avant 1945. Wend et ses amis ne purent pourtant pas diffuser leurs points de vue très longtemps. Au début de l’été 1948, le K5 avait retrouvé leur trace. Les premières arrestations eurent lieu en juillet de la même année. Tous ceux qui avaient été arrêtés furent condamnés par un tribunal militaire soviétique (SMT) à des peines de goulag allant de 20 à 25 ans. Auparavant, des officiers des services secrets soviétiques avaient battu Wend, incarcéré à Berlin-Hohenschönhausen, jusqu’à ce qu’il reconnaisse être l’auteur des textes. Les tortures physiques et psychiques qu’il subit alors furent si extrêmes qu’il tenta de mettre fin à ses jours en 194935. Les années passées au goulag achevèrent de porter un préjudice irrémédiable à la santé des prisonniers. Le prix qu’ils eurent à payer pour leur résistance politique fut élevé. Pour toute une partie d’entre eux, jugés à partir de 195036, il fut même extrêmement élevé puisqu’ils furent condamnés à mort37.
En conclusion
25On constate les dernières imbrications entre opposition et résistance dans la période précédant le premier scrutin à liste unique de l’automne 1950. Afin d’obliger la CDU et le LDP à figurer ensemble sur la liste unique, on « purgea » ces partis, au printemps 1950, des membres qui auraient encore éprouvé, pour ainsi dire, « un cas de conscience ». Le président du groupe parlementaire de la CDU à la chambre du peuple, Gerhard Rohner, fut ainsi accusé de saboter l’économie et contraint de s’enfuir à l’Ouest. Le président de la CDU en Saxe, Hugo Hickmann, également vice-président de la CDU de l’Est, fut contraint de se retirer grâce à des méthodes encore plus brutales puisque les dirigeants du SED envoyèrent des commandos, constitués de sympathisants du SED, défiler devant la centrale régionale de la CDU à Dresde et même pénétrer dans le bâtiment. Rohner et Hickmann s’étaient jusqu’au bout prononcés en faveur d’un scrutin à listes multiples. Cela leur valut d’être stigmatisés dans la presse du SED comme « ennemis du peuple » (« Volksfeinde ») et « pions d’Adenauer » (« Adenauer-Elemente »)38. Ces attaques furent même rapportées dans le magazine d’information nouvellement créé Der Spiegel à Hambourg. D’après le magazine, qui affirmait cela déjà début 1950, le SED penchait plus pour « une liste unique […] qui serait à accepter en bloc, sur le modèle hitlérien »39. Der Spiegel ne s’était pas trompé puisque, du 15 octobre 1950 et jusqu’en 1989, on « vota » systématiquement à partir d’une liste unique. Ceux qui voulurent protester contre cette façon de « voter », principalement des lycéens et des étudiants, durent le faire clandestinement, à une époque où ils s’exposaient encore des peines draconiennes40.
Notes de bas de page
1 Voir aussi : Mike Schmeitzner, « Zwischen simulierter Demokratie und offener Diktatur: Die Rolle der sächsischen Parteien und Gewerkschaften 1945-1950 », in : Andreas Hilger, Mike Schmeitzner, Ute Schmidt (éd.), Diktaturdurchsetzung, Instrumente und Methoden der kommunistischen Machtsicherung in der SBZ/DDR 1945-1955, Dresden, 2001, p. 139-154.
2 Voir aussi : Jochen Laufer, Pax Sovietica. Stalin, die Westmächte und die deutsche Frage 1941-1945, Köln, 2009.
3 Certains termes allemands figurant en italique sont expliqués dans le glossaire à la fin de l’ouvrage. (N.D.E.)
4 Rainer Behring, « Die Zukunft war nicht offen. Instrumente und Methoden der Diktaturdurchsetzung in der Stadt: Das Beispiel Chemnitz », in : A. Hilger, M. Schmeitzner, U. Schmidt, Diktaturdurchsetzung, op. cit. (note 1), p. 155-168, ici p. 159.
5 « Aufruf des ZK der KPD vom 11. Juni 1945 », in : Die Programme der politischen Parteien im neuen Deutschland und ihre Stellungnahme zu den wichtigsten Tagesfragen, textes rassemblés par Dr. Karl Mayer, Berlin, 1945, p. 21-29, ici p. 26. Dans les citations, c’est l’auteur qui souligne.
6 « Protokoll der 1. Landeskonferenz der KPD Sachsen am 28.7.1945 », in : SAPMO-Barch, NY 4076, NL Hermann Matern, Nr. 139, Bl. 27. Le cadre haut placé est Hermann Matern, chef de file du KPD en Saxe, connu avant 1945 pour avoir dirigé l’école du KPD en exil à Moscou et avoir contribué aux projets d’avenir conçus en exil.
7 Voir aussi Herman Wettig (éd), Der Tjul’panov-Bericht. Sowjetische Besatzungspolitik in Deutschland nach dem Zweiten Weltkrieg, Göttingen, 2012, p. 34 ; Peter Erler, Horst Laude, Manfred Wilke (éd.), « Nach Hitler kommen wir ». Dokumente zur Programmatik der Moskauer KPD-Führung 1944-45 für Nachkriegsdeutschland, Berlin, 1994.
8 Voir par exemple Andreas Hilger, Mike Schmeitzner, Clemens Vollnhals (éd.), Sowjetisierung oder Neutralität? Optionen sowjetischer Besatzungspolitik in Deutschland und Österreich 1945-1955, Göttingen, 2006 ; Andreas Hilger, Mike Schmeitzner, Ute Schmidt (éd.), Sowjetische Militärtribunale, Band 2: Die Verurteilung deutscher Zivilisten 1945-1955, Köln, Weimar, Wien, 2003 ; Norman M. Naimark, Die Russen in Deutschland. Die sowjetische Besatzungszone 1945 bis 1949, Berlin, 1999 ; Andreas Malycha, Die SED: Geschichte ihrer Stalinisierung 1946-1953, Paderborn, 2000 ; Andreas Malycha, Peter-Jochen Winters, Geschichte der SED. Von der Gründung bis zur Linkspartei, Bonn, 2009 ; Beatrix Bouvier, Ausgeschaltet! Sozialdemokraten in der Sowjetischen Besatzungszone und in der DDR 1945-1953, Bonn, 1996 ; Ralf Thomas Baus, Die Christlich-Demokratische Union Deutschlands in der sowjetisch besetzten Zone 1945 bis 1948. Gründung-Programm-Politik, Düsseldorf, 2001.
9 Voir également Rainer Behring, Mike Schmeitzner (éd), Diktaturdurchsetzung in Sachsen. Studien zur Genese der kommunistischen Herrschaft 1945-1952, Köln, Weimar, Wien, 2003, p. 9. Pour la terminologie, voir : Dierk Hoffmann, Nachkriegszeit. Deutschland 1945-1949, Darmstadt, 2011, p. 56.
10 Detlef Peukert et Alfons Kenkmann proposent les distinctions suivantes : agir de façon non conforme (Nonkonformes Handeln), en racontant une blague par exemple, manifester un refus (Verweigerung), en ne prenant pas part aux quêtes par exemple, exprimer une protestation (Protest), comme celles émanant des Églises contre « l’euthanasie », résister (Widerstand), compris comme « l’expression d’une critique globale à l’encontre du système qui recherche la plus grande efficacité possible », par exemple l’attentat du 20 juillet 1944 ou les actions de la Rose blanche. Detlef Peukert, Volksgenossen und Gemeinschaftsfremde. Anpassung, Ausmerze und Aufbegehren unter dem Nationalsozialismus, Köln, 1982, p. 94-99 ; Alfons Kenkmann, « Zwischen Nonkonformität und Widerstand. Abweichendes Verhalten unter nationalsozialistischer Herrschaft », in : Dietmar Süb, Winfried Süb (éd.), Das « Dritte Reich ». Eine Einführung, München, 2008, p. 143-162, ici p. 145-155.
11 Schneider utilise les concepts de « dissension » (Dissens) et de « consensus » (Konsens) afin de différencier les comportements et déclarations privés de ceux qui sont (semi-)publics, de même que les actions organisées, individuelles et/ou spontanées. Le concept de dissension comprend l’affirmation de soi (Selbstbehauptung), le refus, la critique ponctuelle, la protestation publique et la résistance politique active. Ce faisant, Schneider s’appuie sur le modèle de Peukert et Kenkmann. Voir Michael Schneider, Unterm Hakenkreuz. Arbeiter und Arbeiterbewegung 1933 bis 1939, Bonn, 1999, p. 684-690 ; voir également M. Schneider, Politischer Widerstand? Dissens im Alltag des « Dritten Reiches », à l’occasion de l’exposition « Die Last der ungesagten Worte ». Die Tagebücher des Friederich Kellner 1938/1939 bis 1945, Bonn, 2010, p. 41.
12 Karl Wilhelm Fricke, Opposition und Widerstand in der DDR. Ein politischer Report, Köln, 1984, p. 13 ; Ibid., « Dimensionen von Opposition und Widerstand in der DDR », in : Klaus-Dietmar Henke, Peter Steinbach, Johannes Tuchel (éd.), Widerstand und Opposition in der DDR, Köln, Weimar, Wien, 1999, p. 21-43, ici p. 24. Cette définition fut par la suite adoptée par différents auteurs, par exemple : Ehrhart Neubert, Geschichte der Opposition in der DDR 1949-1989, Berlin, 1997, p. 29, ou Mike Schmeitzner, Doppelt verfolgt. Das widerständige Leben des Arno Wend, Berlin, 2000, p. 11.
13 Fricke souligne que les premiers présidents de la CDU, Andreas Hermes et Walther Schreiber, ont été purement et simplement démis de leurs fonctions par la SMAD suite à leurs critiques, pourtant juridiquement fondées, de la politique d’expropriation. Cf. Fricke, Dimensionen, op. cit. (note 12), p. 25.
14 Voir aussi Mike Schmeitzner, « Abschied vom Westen? Das Problem der Gewaltenteilung in den Verfassungsdebatten der Länder der SBZ (1946/47) », in : Detlef Brunner, Mario Niemann (éd.), Die DDR-Eine deutsche Geschichte: Wirkung und Wahrnehmung, Paderborn, 2011, p. 103-132.
15 Brigitte Kaff (éd.), Junge Union 1945-1950. Jugendpolitik in der sowjetisch besetzten Zone, Freiburg, Basel, Wien, 2003 ; Mike Schmeitzner, Im Schatten der FDJ. Die « Junge Union » in Sachsen 1945-1950. Mit einem autobiographischen Essai von Wolfgang Marcus, Göttingen, 2004.
16 Pour une approche systématique, voir : Ilko-Sascha Kowalczuk, Geist im Dienste der Macht, Hochschulpolitik in der SBZ/DDR 1945-1961, Berlin, 2003 (surtout le chapitre « Demokratische Entwicklungen und deren Zerschlagung: Die Studentenräte von 1945/46 bis 1950/51 », p. 483-515).
17 K.-W. Fricke, Dimensionen, op. cit. (note 12), p. 25.
18 Concernant le rôle des Ostbüros ouest-allemands dans le contexte de la résistance (est-allemande), voir l’ouvrage essentiel : Wolfgang Buschfort, Parteien im Kalten Krieg. Die Ostbüros von SPD, CDU und FDP, Berlin, 2000.
19 RIAS signifie « Rundfunk im amerikanischen Sektor Berlins » (« Radio dans le secteur américain de Berlin »), il s’agit d’une radio fondée en 1946 dans la partie occidentale de Berlin.
20 Voir Mike Schmeitzner, Abschied vom Westen?, op. cit. (note 14) ; Stefan Creuzberger, Die sowjetische Besatzungsmacht und das politische System der SBZ, Köln, Weimar, Wien, 1996, p. 124-133 ; Johannes Frackowiak, Soziale Demokratie als Ideal. Die Verfassungsdiskussionen in Sachsen nach 1918 und 1945, Köln, Weimar, Wien, 2005, p. 208-238 ; Heike Amos, Die Entstehung der Verfassung in der sowjetischen Besatzungszone/DDR 1946-1949. Darstellung und Dokumentation, Münster, 2006, p. 81-100.
21 Voir Mike Schmeitzner, Abschied vom Westen?, op. cit. (note 14), p. 115. Au sujet de l’ascension d’Ulbricht après 1945 : Mario Frank, Walter Ulbricht. Eine deutsche Biographie, Berlin, 2003, p. 191-240.
22 « Sechste Sitzung des Landtags der Provinz Sachsen-Anhalt am 10.1.1947 », p. 90, in : Akten und Verhandlungen des Landtags des Provinz Sachsen-Anhalt 1946-1952, Frankfurt/Main, 1992 [Reprint].
23 D’après Christina Trittel, Die Abgeordneten des ersten Landtages von Sachsen-Anhalt 1946-1950. Vom Scheitern demokratischer Hoffnung, Magdeburg, 2007, p. 155.
24 D’après I.-S. Kowalczuk, Geist im Dienste der Macht, op. cit. (note 16), p. 495.
25 Gerhard Schulz (1924-2004) fut titulaire d’une chaire d’histoire contemporaine à l’université de Tübingen entre 1962 et 1990. Parmi ses publications, on retiendra surtout ses ouvrages de référence sur l’histoire de la République de Weimar.
26 Gerhard Schulz, Mitteldeutsches Tagebuch. Aufzeichnungen aus den Anfangsjahren des SED-Diktatur 1945-1950, herausgegeben, kommentiert und eingeleitet von Udo Wengst, München, 2009, p. 50, p. 82, p. 84.
27 Ibid., p. 144.
28 Ibid., p. 164.
29 Ibid., p. 187, p. 192.
30 Voir aussi M. Schmeitzner, Doppelt verfolgt, op. cit. (note 12), p. 161-179 ; Friedhelm Boll, « Fallstudien zum Sozialdemokratischen Widerstand in der SBZ/DDR », in : Ulrich Mählert (éd.), Der 17. Juni 1953. Ein Aufstand für Freiheit, Recht und Freiheit, Bonn, 2003, p. 174-198, ici p. 181-188.
31 Voir aussi M. Schmeitzner, Doppelt verfolgt, op. cit. (note 12), p. 163 ; F. Boll, Fallstudien, op. cit. (note 30), p. 184 ; Mike Schmeitzner, Stefan Donth, Die Partei der Diktaturdurchsetzung. KPD/SED in Sachsen 1945-1952, Köln, Weimar, Wien, 2002, p. 337.
32 « Sächsische Zeitung vom 14. Mai 1947 » (numéro clandestin), in : Archiv der sozialen Demokratie, Bestand Ostbüro, PA Quade. Il s’agit ici d’une copie de l’original provenant du dossier d’accusation de Quade devant le tribunal militaire soviétique (SMT) conservé dans les archives centrales des services secrets moscovites (FSB). Mes remerciements à Friedhelm Boll pour m’avoir permis de consulter cette copie et de la reproduire.
33 Voir Schmeitzner, Doppelt verfolgt, op. cit. (note 12), p. 163.
34 Ibid., p.165.
35 Voir aussi Ibid., p. 180-210.
36 Entre mai 1947 et janvier 1950, la peine de mort ne fut pas appliquée en URSS, en revanche, les peines de prison prononcées furent particulièrement lourdes.
37 Ute Schmidt, « „Vollständige Isolierung erforderlich…“. SMT-Verurteilungen im Kontext der Gleichschaltung der Blockparteien CDU und LDP 1946-1953 », in : A. Hilger, M. Schmeitzner, U. Schmidt (éd.), Sowjetische Militärtribunale. Band 2, op. cit. (note 7), p. 345-394 ; Arsenij Roginskij, Jörg-Meinhard Rudolph (éd.), „Erschossen in Moskau…“. Die deutschen Opfer des Stalinismus auf dem Moskauer Friedhof Donskoje 1950-1953, Berlin, 2005.
38 Volkstimme vom 25.01.1950 et 01.02.1950.
39 Der Spiegel, vom 02.02.1950, p. 9.
40 Voir aussi par exemple Gerald Wiemers, Jens Blecher (éd), Studentischer Widerstand an der Universität Leipzig 1945-1955, Beucha, 1998, p. 11.
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