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    Presses universitaires du Septentrion
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Prêcher à l’extérieur – la prédication mobile 2. Une chaire par sanctuaire Chaires à prêcher. Vues d’ensemble Décorations Notes de bas de page

    Prédication et prédicateurs en ville, xvie-xviiie siècles

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les lieux de la prédication

    p. 67-96

    Texte intégral 1. Prêcher à l’extérieur – la prédication mobile 1.1. Une modalité de l’affrontement confessionnel 1.2. Imaginer et représenter la prédication 2. Une chaire par sanctuaire 2.1. Généraliser le meuble 2.2. Un objet soigneusement disposé et triomphalement décoré 2.3. Monter en chaire, un rituel liturgique Chaires à prêcher. Vues d’ensemble Décorations Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Plus que jamais auparavant sans doute, la prédication s’est imposée dans le déroulé ordinaire et extraordinaire de la « religion citadine » d’Ancien Régime. Grâce à des initiatives toujours plus nombreuses et très diversifiées, le sermon est une des charpentes de l’édifice liturgique et cultuel de l’année, non seulement chez les catholiques, mais encore dans le monde protestant ou encore juif1. Les temporalités et typologie étant mises en évidence, qu’en est-il de la dimension spatiale de la prédication ? Par lieu de la prédication au milieu du XVIe siècle, il faut se garder d’entendre déjà un espace intérieur, nécessairement clos, avec une scénographie liturgique très strictement réglée. La pratique n’est pas encore placée sous le signe d’une forte contrainte visant à installer l’orateur sacré dans l’église, loin de l’animation urbaine qui perturberait la bonne annonce du message de salut. C’est en effet du XVIe au XVIIIe siècle que s’opère une importante mutation générale, produit d’une pensée séparatrice des théâtres intérieur et extérieur du culte2. L’une des conséquences visibles est le net renforcement à la fois de la sacralisation et de la hiérarchisation des espaces pastoraux, une évolution transformant en profondeur la prédication.

    2Souvent utilisée, l’expression de « monter en chaire » qui désigne le prêtre ou le diacre s’apprêtant, avec un peu de hauteur, à baigner son auditoire sous un flot de paroles évangéliques, est quelque peu trompeuse. D’abord, parce que de chaire en tant que meuble, il n’est pas toujours question, notamment lorsque l’enseignement se déroule à l’air libre ou par les rues, mais pas seulement. En effet, nombreux sont les sanctuaires à la Renaissance, même en ville, qui ne possèdent pas encore un espace matérialisé où poster le ministre de la parole. À l’instar de l’histoire de cet autre grand acteur de l’histoire de la pastorale moderne qu’est le confessionnal, la chaire à prêcher est cependant appelée à devenir l’un des symboles forts des édifices cultuels. En créant un nouvel espace spécifiquement dévolu à l’accueil du prédicateur et à son message, l’Église développe aussi toute une série de nouveaux usages destinés à en accompagner l’emploi et à expliciter sa puissante symbolique.

    3Une histoire de la chaire est désormais non seulement possible mais souhaitable. En effet, autant l’étude des sermons et de la prédication connait un développement qui ne se dément pas, autant l’histoire du meuble qui les popularise est demeurée à l’état embryonnaire. Le faible nombre de réflexions publiées3 crée un « silence » qu’il faut dépasser. Cette relative lacune résulte d’une multiplicité de facteurs parmi lesquels on peut relever le manque de curiosité des chercheurs pour tout ce qui concerne le christianisme matériel, l’absence de collaboration ancienne entre historiens de l’art, liturgistes et historiens. Qui plus est, il faut encore tenir compte de la disparition de nombreux sanctuaires, vendus ou détruits à la Révolution et, avec elle, de la dispersion du mobilier liturgique. Enfin, comment ne pas remarquer que ce désintérêt résulte également de l’attitude du clergé même au long du XXe siècle, car avant d’avoir été délaissée par les historiens la chaire l’est d’abord par les prêtres, y voyant un symbole triomphal trop magistériel et donc un obstacle à un enseignement de proximité.

    1. Prêcher à l’extérieur – la prédication mobile

    1.1. Une modalité de l’affrontement confessionnel

    4L’essor des nouvelles confessions réformées se heurta rapidement à une difficulté matérielle majeure : comment bénéficier d’un lieu de culte afin d’y instaurer une annonce régulière de la parole divine. Selon les lieux et les contextes, différentes solutions furent apportées à ce problème. La plus radicale concerne la confiscation pure et simple d’églises catholiques, « purifiées » de tous les éléments « papistes » afin de redevenir un Temple digne du Seigneur. La chaire en place est évidemment utilisée par le pasteur. Des situations critiques naissent immédiatement de cet état de fait, conduisant au siècle suivant, au temps de la paix de Westphalie (1648), à officialiser des solutions d’apparence plus consensuelles : le simultaneum des cultes. Cette forme de dénouement de crise, directement issue des concordes politiques mais plus encore de l’application en temps de paix du processus profondément séparateur de la confessionnalisation, fut en usage aux marges de notre territoire d’études, dans le nord-est lorrain. Censée être accommodante, la pratique du simultaneum garantissait aux deux églises contraintes de faire coexister en un même sanctuaire l’usage de la chaire à tour de rôle. Une seule tribune au service de deux doctrines diamétralement opposées l’une à l’autre, voilà un pragmatisme rapidement discuté4.

    5Un siècle avant l’adoption de ces compromis, en 1564, la communauté réformée messine avait présenté au gouverneur français de la cité une requête visant à l’instaurer. Les calvinistes, constatant la difficulté matérielle de ne disposer que d’un seul lieu de culte éloigné de Metz et prenant acte des solutions adoptées dans d’autres villes impériales (Worms, Spire et surtout Landau), invitent à ouvrir les « temples bastis […] pour ne priver les Évangélistes du fruict de ce privilège ». Leur doléance serait d’autant plus justifiée à Metz que « la plus part des temples sont quasi inutiles ». Selon le minime Martin Meurisse, ils auraient jeté leur dévolu sur la cathédrale : « s’ils ne pouvoient ravir la Cathédrale ils eussent au moins la liberté d’y faire prescher leurs Ministres ». Il s’agit donc bien d’y établir un simultaneum qui, visant l’église même de l’évêque, n’avait que très peu de chance d’aboutir. D’ailleurs, l’historien s’indigne non pas tant de la demande huguenote, il y a des précédents qu’il ne peut ignorer, mais de la prétention et incroyable audace à investir ce lieu de culte. En réagissant a posteriori, il loue la sacralité préservée du sanctuaire et plus encore toute l’histoire et la tradition de l’Église qu’il défend :

    Quoy ? Que ces beaux temples du mystique Salomon, ces celebres temoignages de la grandeur, de la magnificence et de la piété des Princes de ceste Eglise, ces sacrez sanctuaires, ces basiliques des Martyrs, ces maisons d’oraison, ces arches de la nouvelle alliance fabriquées avec tant de despence et d’industrie, pour la consecration et la conservation de ceste manne celeste, au Corps et au Sang pretieux de Jesus-Christ, ces Paradis terrestres fussent devenus, en un moment, maisons prophanes, repaires de loups et de tygres, spelonques de brigands, tanieres de renards, antres de serpents, tours de Babel et temples de confusion, de corruption et d’abomination ?5

    6On voit dans la tentative calviniste et la réaction postérieure de l’écrivain catholique à quel point la chaire est déjà le lieu par excellence de l’opposition entre les confessions rivales. En quête de tribune, les protestants peuvent parfois compter sur les prédicateurs désignés par la hiérarchie catholique ou retenus par les pouvoirs civils accrédités pour occuper les stations habituelles, devenant alors de ponctuels porte-paroles, récemment convertis et dont il faut redouter le « renversement ». L’idéal consiste à faire venir dans les cités des « prédicants » reconnus et à leur trouver une tribune publique. Quelques années avant l’affaire de la chaire de la cathédrale, toujours à Metz, les messagers luthériens avaient été confronté à la difficulté d’obtenir un lieu de prédication suffisamment public pour garantir une audience. Bons pasteurs, dotés d’incontestables talents oratoires et pédagogiques, habiles controversistes, leur rôle est tout à fait central dans la diffusion de la Réforme en ville6. Encore faut-il qu’ils puissent se faire entendre des foules. Or, l’accès aux sanctuaires et l’occupation de la chaire étant totalement interdits, ils sont obligés, à l’image de Guillaume Farel à Metz, de trouver des tribunes extérieures.

    7Déjà venu sur les bords de la Moselle en 1525, il effectue son retour le 3 septembre 1542 et se met en quête d’un lieu pour prêcher le dimanche suivant7. Ses contacts messins optent pour la « belle chaire de pierre publiquement exposée » dans le cimetière des jacobins. « Choisie et prise » selon les mots de Meurisse, elle permit un rassemblement de « tout plein d’auditeurs » que les religieux tentent de combattre par tous les moyens. Deux d’entre eux tentent de l’en faire descendre et de lui imposer le silence, mais ils sont « contraints de regagner leur cloistre plus viste qu’ils n’estoient venus ». Puis ils font sonner « les cloches du couvent sur luy, mais ce turbulent crioit et tempestoit tousjours et contre les cloches, et contre le clocher et contre les sonneurs ». Alertés, les Treize (Conseil de Ville) lui envoient trois sergents « pour le faire taire », sans plus de succès et il put malgré tout achever son instruction. Pour les Pères dominicains, le détournement de leur chaire est assimilé à une profanation accomplie « par ce monstre d’impiété », malheureusement appelée à se reproduire – « elle avoit servy, et pourroit peut estre servir encor à l’avenir a un si pernicieux, scandaleux et sacrilège usage ». Aussi ne se contentèrent-ils pas d’une cérémonie de réparation puisqu’« ils la firent abbatre dès le lendemain ». Quant à Farel, désormais sous stricte surveillance de la part des autorités politiques et ecclésiastiques, il quitte la cité pour aller investir la chaire de l’abbaye et paroisse de Gorze, quelques lieues à l’ouest de Metz. Il s’y confrontera un peu plus tard dans un débat public, chaire contre chaire, avec le cordelier Fidelis, stationnaire de la cathédrale de Metz8.

    8À l’instar du mobilier de pierre du cimetière messin, bien d’autres chaires extra-sanctos ont été conçues à la fin du Moyen Âge pour prêcher à l’air libre. Si la plupart des cas recensés se situent dans la France de l’ouest9, on en trouve une de belle facture dans le cloître des Hospices de Beaune. Mais la plus célèbre, qui est aussi l’une des seules conservées dans l’espace retenu, est toujours visible dans le cloître de Saint Dié, entre la cathédrale et l’église Notre-Dame de Galilée. Certainement édifiée à l’occasion de la construction même du cloître décidée par le chapitre en 1444, il s’agit d’un monument digne d’une chaire intérieure, entouré d’une balustrade en forme de croisillons et couvert d’un abat-voix, élément technique particulièrement adapté à l’inévitable déperdition sonore d’un discours extérieur. Faute de renseignement sur son usage précis, on peut estimer qu’elle dut servir à prêcher les indulgences que le pape Eugène IV adressa aux bienfaiteurs des travaux, à faire quelques brefs discours ou prières funéraires, à instruire les chanoines, à annoncer les décisions du prévôt comme celles, plus sécularisées, de l’exercice capitulaire de la justice.

    9Comme à Metz, les Rémois pouvaient à l’occasion entendre prêcher depuis une chaire située « dans le cimetière du cloistre de n. dame », toujours présente au milieu du XVIIIe siècle10. La place qu’offre le site des cimetières fut encore utilisée à Dijon, lors de sermons missionnaires prononcés en 1468 par un ermite de Saint Augustin. La chapelle des Ducs de Bourgogne ne suffisant pas à retenir toute la foule rassemblée, on délocalisa alors les prédications sur le vaste espace ouvert du cimetière de Saint Médard, où fut placée une chaire portative ou temporaire, près du puits. L’orateur put alors poursuivre son discours « à la satisfaction des Fidèles »11.

    10Tout comme les cimetières et les cloîtres, les places publiques pouvaient également servir de lieux de rassemblement et d’instruction ordinaires. Les ordres mendiants ont largement fait usage de cet autre espace, depuis une structure déjà bâtie comme une halle à Neufchâtel, ou édifiée temporairement telle une estrade12. L’usage de s’adresser de cette manière aux fidèles perdure jusqu’assez en avant au XVIe siècle, y compris de la part de certains séculiers. Curé de Saint-Jacques de Reims de 1566 à 1611, Gérard de la Lobbe aimait par-dessus tout sermonner ses ouailles, notamment par les rues de sa paroisse. Il s’arrêtait sous un gros arbre qui le protégeait du soleil ou des intempéries par l’ombre de son feuillage13, près de la Croix de la Couture, au centre de la longue place du même nom qui servait de marché les jours ouvrés. Le chanoine Lacourt, qui rapporte ce dernier fait en 1750, souligne que la coutume appartient au passé14. Reste que prêcher auprès du symbole d’une croix monumentale, plantée au cœur du territoire urbain, est d’un usage répandu. La célèbre Belle-Croix de Troyes, imposante sculpture de bronze édifiée en 1485 et contenant de nombreuses reliques, à commencer par celles de la Passion, est un des lieux préférés de la piété populaire. Très tôt, on y fait des offrandes puis, au cours des tensions confessionnelles et guerrières, elle devient un lieu privilégié d’intercession où s’accomplissent des miracles collationnés par Des Guerrois. C’est afin de mieux canaliser cette dévotion, la contrôler aussi, qu’une confrérie s’y développe et se charge notamment de financer le sermon annuel au jour de la fête de l’Exaltation de la Croix. Très suivie, la prédication s’y donne encore au début du XVIIe siècle, non sans connaître quelques difficultés. En effet, le clergé de Saint-Rémi qui l’organise porte plainte auprès de l’Officialité en 1613 contre la paroisse voisine de Saint-Jean qui en gênait volontairement le déroulement en faisant sonner les cloches. Il obtient une sentence qui défend au sonneur toute forme de nuisance sonore et d’irrévérence à l’avenir15. Le sermon de la Belle-Croix pouvait donc continuer. Comme celui de La Lobbe à Reims, il n’existe plus au XVIIIe siècle car on avait décrété, entre-temps, que prêcher par la rue convenait moins.

    11Quant aux nombreuses processions ordonnées au fil de l’année, elles comportent presque toujours un sermon. Si celui-ci a pu se dire dehors à l’occasion d’une halte, il est certain que désormais on préfère le fixer dans les églises ou chapelles. Le cortège dijonnais ordinaire des cinq plaies (Passion) et celui effectué les bonnes années en actions de grâce aux saints Simon et Jude (28 octobre) pour les bonnes récoltes, vont d’une église à l’autre, souvent alternativement, et c’est dans l’une d’entre elles que l’orateur engagé s’exprime. Le constat vaut aussi pour les marches extra-muros, se rendant dans les campagnes environnantes. Restons d’abord à Dijon où chaque 1er mai (saints Jacques et Philippe), les dévots de la cité se rassemblent pour écouter un enseignement dans l’église de la paroisse de Fontaine, distante d’une lieue et demie. La procession organisée au temps de la Pentecôte à Reims, dite de la Pompelle, colline dominant la cité vers l’est, conduit le peuple en prière sur le lieu supposé du martyr de deux des saints patrons de la cité, Apollinaire et Timothée16. À Metz, la commémoration de la bataille remportée contre les Lorrains en 1473 se fait dans la chapelle « de la Victoire », proche de la cathédrale, selon un rituel strictement fixé par le clergé et le Conseil de Ville17.

    12Ces quelques exemples le prouvent, il serait évidemment faux de croire que la prédication extérieure ait totalement disparu du paysage urbain ou qu’elle soit, comme à Saint-Maurice de Reims, une simple survivance. Quelques initiatives ne renoncent pas à la prise de parole en plein air, spectaculaire parce que devenue plus exceptionnelle et, au fond, la seule capable de toucher les badauds autant que les fidèles, d’occuper aussi l’espace public. Ainsi en est-il des enseignements exceptionnels : les controverses du XVIe et début XVIIe siècle, les missions des XVIIe et XVIIIe siècles. Ces dernières laissent souvent derrière elles une croix de mission, dressée au terme de plusieurs semaines d’instruction qui, plus que des souvenirs de pierre, symbolise l’esprit de reconquête de l’espace citadin par le Christ. Or, comment rappeler et raviver ce qui fut « une suite de prédications » selon le dictionnaire de Trévoux18, sinon en y prêchant régulièrement par après. Le roi-duc Stanislas Lescszinsky a parfaitement cela en tête lorsqu’il crée un sermon à dire annuellement au pied du calvaire dressé afin de perpétuer les fruits de la grande mission de 1739. Il semble néanmoins qu’avec le temps le discours perde en importance, se transformant progressivement en une simple exhortation, donc en une instruction plus courte.

    1.2. Imaginer et représenter la prédication

    13Si on assiste à un recul de la prédication extérieure tout au long de la période 1550-1790, la première explication tient sans nul doute à la forme que le protestantisme donne à cet exercice avant de bénéficier d’un temple. En effet, lorsque les pasteurs n’occupent pas de force ou indirectement une chaire « catholique » facilement accessible, ils prêchent par les rues ou aux lisières des bois. L’iconographie réformée a laissé de nombreuses illustrations de cette prédication dite « des bois », rassemblant des foules immenses autour d’une chaire toute simple ou d’une estrade improvisée, notamment dans les Flandres au début des années 156019. On y voit une confession plus sûre d’elle, quittant sa discrétion ou la prudente clandestinité pour s’afficher aux portes des villes, convaincue d’assurer le renouvellement du christianisme par une authenticité retrouvée. Qui pourrait en effet douter qu’ils n’empruntent le chemin et les méthodes du Christ lui-même et des premiers apôtres en instruisant les foules là où elles sont, d’une manière familière et directe ? Ce n’est donc pas sans conviction que la gravure comme la pratique réformée tracent une démarcation nette entre le bon et le mauvais sermon, entre le juste et le moins juste des prédicateurs20.

    14Ce défi aux méthodes catholiques n’est pas sans conséquences sur certains comportements qui de licites semblent devenir mauvais. C’est certainement l’habitude qu’avait le curé de Saint-Jacques de La Lobbe de prêcher familièrement au milieu des fidèles, bible en main parfois, « à la huguenotte », qui lui vaut sarcasmes et critiques de laïques et plus encore des jeunes clercs au tout début du XVIIe siècle. Sa doctrine n’est absolument pas remise en question, mais ses procédés gênent tant on est devenu méfiant devant tout risque d’amalgame21. La prédication libre n’est pas totalement exclue, mais tout comme on contrôle sévèrement le profil des hommes chargés de la donner, on veille à la convenance des lieux et occasions pour la faire. C’est pour cette raison, alors qu’elle est notamment très féconde pour montrer la messe, marqueur incontesté du catholicisme, que l’iconographie catholique rechigne « à présenter des prédicateurs » contemporains en action22. Il n’est pas pour autant question de laisser entièrement le champ libre aux nouvelles confessions chrétiennes, aussi des représentations historiques de la prédication chrétienne extérieure sont élaborées entre XVIe et XVIIIe siècle, mais elles montrent des saints universels ou locaux, figures du passé dont ils sont les héritiers et dont il faut s’inspirer.

    15Parmi les « grandes scènes de la prédication »23, celles se rattachant au Christ sont les plus authentiques. Discrète, car placée au cœur d’un livre d’usage liturgique, le Rituel métropolitain de Reims en 1677, une vignette gravée montre une scène des plus ordinaires de la vie évangélique. En effet, le Christ, se reposant sous un arbre, à l’écart de la ville, légèrement surélevé par rapport à ses disciples, les enseigne simplement. Le doigt pointé vers le ciel et la grande attention des apôtres sont une invitation faite au curé ou vicaire lecteur du manuel, à se laisser inspirer par la parole divine avant d’instruire eux-mêmes. La volonté du graveur nous tient délibérément du côté d’une bonne préparation au sermon, nécessairement puisée dans l’exemple du Christ24. On retrouve ce thème dans un tableau plus tardif de Boisot (1758) à Notre-Dame de Vitry-le-François. La peinture, intitulée le Sermon sur la Montagne, payée 500 livres par les marguilliers et principaux habitants, située au banc d’œuvre face à la chaire, démontre que toute parole prêchée depuis le meuble nouveau est clairement inspirée de la plus importante prédication publique de Jésus, la prolongeant25.

    16Les images liées au Christ sont cependant peu nombreuses, la préférence allant à ses annonciateurs et apôtres, telle la prédication de saint Jean-Baptiste porteuse d’une forte valeur exemplaire26. Une des verrières réalisées dans la nef de Saint-Alpin de Châlons vers 1535, don d’une inconnue, est justement consacrée au précurseur. L’une des scènes de droite montre le cousin de Jésus au désert debout dans une chaire faite de quelques branches, s’adressant à un auditoire aussi attentif que finement sélectionné par le peintre. Ainsi, la femme allaitant son bébé au premier plan à droite symbolise-t-elle le lait de la bonne nouvelle distribué par les orateurs sacrés. Intéressante aussi est la comparaison avec la lancette de gauche, consacrée à Jean argumentant devant Hérode, assis sur son trône. En effet, sur cette image il est positionné de manière exactement opposée à la première, c’est-à-dire aux pieds d’un trône temporel qui aura finalement raison de sa vie terrestre, tandis qu’en prêchant entre Ciel et terre, il délivre un message d’éternité27. Si le prophète n’a pu convaincre le souverain sourd à toute annonce, si quelques réactions de l’auditoire laissent transparaître la difficulté d’être entendu, il a néanmoins préparé les cœurs des fidèles au Christ venant juste derrière lui.

    17Une autre série d’images conservées se rapporte aux saints évangélisateurs et patrons des cités, diocèses et de quelques paroisses. Jacques Callot en donne une très nette illustration en gravant saint Amon, second évêque de Toul. Le prélat se trouve sur une petite sommité naturelle, dans une clairière entourée d’arbres et il s’adresse à une foule assise d’hommes et de femmes légèrement en contrebas, encadrée par des hommes d’armes. D’autres petits groupes de personnes sont sur le point de venir les rejoindre, en provenance du village qu’on aperçoit au fond sur la gauche, avec son église au centre. Ce qui distingue tout particulièrement cette image des gravures protestantes tient évidemment à la qualité du pasteur au travail : un évêque mitré, s’appuyant sur sa crosse, tout auréolé donc inspiré par l’Esprit Saint. Loin du prêche sauvage et clandestin la scène glorifie le successeur des apôtres enseignant à la manière du Christ, hors des temples et des lieux d’habitation, sur une hauteur afin d’y être bien vu et entendu28. Une autre toile appartenant à un cycle peint de sa vie représente la Prédication de saint Mansuy, premier évêque toulois. Elle relève de la même logique d’une peinture idéalisant le bon évêque et l’histoire de l’évangélisation du diocèse par son action. Dans un décor antique correspondant à l’époque de son épiscopat (seconde moitié du IVe siècle), le saint prélat s’adresse en effet à un couple de patriciens devant le temple d’une cité gallo-romaine, sous le regard curieux d’un soldat. Il est juché sur une petite estrade et, tel l’intercesseur terrestre d’alors et céleste depuis, il enseigne l’index de la main droite pointé vers le ciel, tandis que la paume de la main gauche est ouverte vers la place29.

    18Reims possédait quelques témoignages imagés sur la prédication ancienne, avec les 28 émaux dus à J. Landin, émailleur de Limoges qui se trouvaient sur les châsses de la collégiale Saint-Timothée en 1791. Ils représentaient les grands faits apostoliques de Timothée et Maur, deux saints martyrs célébrés à Reims et qu’on disait directement envoyés par Pierre et Paul. Le 4e et le 5e proposaient au regard chaque saint prêchant le peuple Rémois par les rues30. Dans cette même ville, quelques décennies plus tôt (1618), la paroisse populeuse de Saint-Jacques avait consenti un effort financier moindre en commandant deux tapisseries sur la vocation et la prédication de Saint Jacques, donnant envie à la fabrique voisine de Saint-Pierre-le-Vieil d’en faire de même en passant commande au caropolitain Pepersack de sept pièces sur la vie du premier apôtre du Christ31. Aucune d’entre elles n’est actuellement visible, mais cette double volonté en dit long sur le désir de valoriser la prédication par l’appel à la décoration iconographique.

    19La représentation imagée, à laquelle il faudrait ajouter la littérature hagiographique diocésaine, fait la part belle aux figures anciennes, apostoliques. Pourtant, alors que l’œuvre première de l’implantation du christianisme expliquait la mobilité des prédicateurs et la liberté de lieu avec laquelle ils dispensaient leurs enseignements apostoliques, cette période est désormais révolue. Les siècles qui ont suivi ont donné naissance à une église visible et à un culte installé dans les temples de l’évangile. Au protestantisme qui s’inspire des temps et des méthodes itinérantes de l’Église primitive, le catholicisme oppose donc le poids de la tradition et l’inscription physique de la prédication dans le sanctuaire. La destruction ou l’abandon des chaires extérieures, en dur ou éphémères, constitue le premier versant de son attitude pastorale, le moins développé aussi. Car dans ce contexte de constante augmentation des occasions de prêcher, il ne s’agit pas uniquement de s’éloigner d’un « modèle » prêtant à contestation et amalgame, mais bien d’en faire valoir un autre. Le vaste mouvement de construction ou de promotion du meuble du prédicateur à l’intérieur des églises, entend créer la vraie « chaire de vérité »32 et avec elle accentuer la ritualisation déjà forte du sermon.

    2. Une chaire par sanctuaire

    2.1. Généraliser le meuble

    20Le souci de forte valorisation du sacré au temps de la Réforme catholique s’exprime au sein des bâtiments par une séparation affirmée des espaces selon les fonctions qu’ils assument, par un équipement matériel en parfaite adéquation avec les objectifs pastoraux. Ainsi, le rehaussement du sacrifice eucharistique mène-t-il aux aménagements du sanctuaire par l’élévation d’un maître autel souvent augmenté d’un retable, alors que la pédagogie de la conversion intérieure induit la naissance des meubles censés l’incarner visuellement : le confessionnal et la chaire. Selon Mgr Barbier de Montault, la période moderne et notamment tridentine correspond à un moment de profonds changements dans l’histoire de l’instrument de la prédication33. Partout on note la volonté d’imposer ce meuble, du principal sanctuaire de la cité à la plus obscure des églises rurales. C’est une vérité à l’échelle de la France comme l’ont démontré quelques synthèses régionales : en Haute-Bretagne la construction des chaires entamée dès la première moitié du XVIIe siècle se poursuit jusqu’au début du suivant34 ; les paroisses creusoises, totalement démunies vers 1600 possèdent désormais presque toutes cet équipement lorsque l’évêque de Limoges en fait la visite entre 1743 et 174535.

    21Les évêques lorrains et champenois de cette même époque veulent eux aussi promouvoir le ministère de la parole par l’avènement du meuble. Hélas ! Si les intentions sont bien connues, les résultats sont souvent difficiles à cerner, faute d’une attention spécifique. Par exemple, le questionnaire type donné aux doyens du diocèse de Reims pour la visite en 1672 comporte bien une question sur le confessionnal, une autre sur le prône et le catéchisme, mais aucune sur la chaire36. La grande enquête imprimée que Mgr de Talleyrand-Périgord organise dans le diocèse en 1774 n’en fait pas plus cas37. Faute d’une rubrique spécifique en 1709, le visiteur de Saint Brice, paroisse-faubourg du nord-ouest de Reims, profite donc de la question sur le confessionnal pour glisser que, juste en face d’elle, est disposée la chaire à prêcher38. Lorsque le visiteur des paroisses de Metz donne des instructions à la manière d’un prône en 1712, c’est sans doute depuis une chaire, mais il n’en dit mot39. Difficile d’apporter des explications précises à ces « oublis » au moment où la prédication est replacée au cœur de toute la pastorale, surtout que d’autres prélats y prêtent une grande attention. Ainsi les visiteurs du doyenné du « Xaintois », au diocèse de Toul, en 1687 n’omettant pas les chaires à prêcher40. On vérifie que les prescriptions anciennes de Jean des Porcelets de Maillane (1613) demandant « que les paroissiens feront faire en toutes les églises des confessionnaux en lieux commodes, et des chaires pour les prédicateurs, où il n’y en a point », réitérées par Charles de Gournay (1629), ont porté des fruits. Seules 6 % des 68 paroisses ou annexes du Saintois, c’est-à-dire quatre églises, ne sont pas équipées41. La réalité n’est cependant pas si triomphale que cela, car si 32 % des chaires sont jugées dignes de la prédication, le reste est ou à réparer et nettoyer, ou « ne vaut rien »42. L’idée d’un bel écrin de qualité partout installé au temps de l’apogée de la Réforme catholique pour le plus grand profit des fidèles est donc une impression à nuancer.

    22Pourtant, il est indéniable que l’équipement est bien meilleur tant en ville43 que dans les campagnes. La consultation des 4 037 notices consacrées aux chaires dans la base Palissy du Ministère de la Culture dégage un ensemble de 508 notices se rapportant non pas uniquement aux cités mais à tout l’espace géographique campano-lorrain et nord-bourguignon44. Certes, ces chiffres ne constituent en rien une statistique fiable, d’autant plus que les informations portent sur l’état conservé d’une réalité ancienne et que certaines chaires ne furent peut-être pas conçues pour le lieu où elles sont en résidence de nos jours, mais ils restent la trace d’un indéniable mouvement d’équipement. De plus, la faiblesse des chiffres donnés pour les XVe et XVIe siècles est certainement à nuancer, car les créations de la période suivante ont pu, notamment en ville et dans les bourgs, éliminer de fait d’anciens meubles utilisés, qu’il s’agisse de vraies chaires, de simples ambons et bien sûr des jubés là où ils existaient. La montée en puissance est manifeste après 1650, mais c’est le XVIIIe siècle qui constitue le moment privilégié en équipement définitif et avec des meubles de qualité.

    23La paroisse Saint-Jean de Troyes, l’une des principales de la cité comtale, située au cœur du tissu urbain, est l’exemple le plus ancien de ce renouveau. L’histoire de la prédication moderne en ce lieu est inséparable de celle des diverses chaires. Elle dispose d’une première tribune en 1511, faite par le huchier Pierre Prieur, laquelle consiste en un meuble surélevé « par personnages, assise et mise contre le pillier de l’autel de tous les saints ». On ne sait rien de son style, qu’on devine gothique, en revanche, pour la fixer, l’artisan fabriqua également un revêtement « du pillier et les bas coffres ». Cela coûta la modique somme de trois livres, le mobilier était donc certainement modeste, sans doute limité à une cuve et d’une qualité médiocre tant pour la solidité que la décoration. En somme presque une chaire de transition dans l’attente d’une réalisation plus grandiose. On la remplace d’ailleurs en 1584 par une nouvelle chaire plus soignée, « d’un goût antique en relief très estimé ». Elle contribue à la renommée retrouvée de l’art du sermon pendant un siècle et demi, avant d’être elle-même remplacée en 1741 par une plus belle encore, due à Herluison45. En possédant successivement trois tribunes dont on retrouve la trace, la riche église et fabrique de Saint-Jean de Troyes est un exemple particulièrement éclairant sur l’évolution qualitative des équipements internes aux sanctuaires.

    24Les sources troyennes gardent la trace de quelques autres constructions du XVIe siècle rendues indispensables par l’effort d’enseignement à accomplir. Saint-Jean se dota également d’une chaire portative à son usage propre ou pour des sanctuaires voisins. La cathédrale fut équipée d’une « chaire courant neusve » pour « faire les predications par chascun an en ceste église »46. Les belles chaires de Saint-André les Vergers, faubourg de Troyes et, non loin de là, de Rigny-le-Ferron, localité de l’immédiat ouest troyen47 datent également de ce siècle.

    25L’avènement d’une nouvelle chaire résulte de la combinaison de plusieurs facteurs. Lorsque la confrérie de la Miséricorde est fondée par des avocats et procureurs nancéiens en 1613, sa première implantation est une petite chapelle dans le nouvel Hôtel de Ville, local démuni de bancs, d’ornements et de chaire. Aussi les confrères empruntent-ils aux jésuites ou aux carmes le nécessaire liturgique pour inviter des orateurs issus des ordres réguliers de la cité. Profitant de la vague d’embellissement et de construction qui touche tout Nancy au XVIIIe siècle48, l’association se fait construire une nouvelle chapelle dotée d’une chaire fixe en 1734, puis, à l’invitation du roi Stanislas, elle emménage dans un nouveau sanctuaire, place de la Carrière, en 1752. Elle y fait réinstaller son ancien autel, ses peintures à la gloire de l’œuvre, sa cloche, son armoire à ornements et, naturellement, la chaire à prêcher depuis laquelle elle exhorte ses membres et fait valoir son utilité sociale49.

    26Une nouvelle chaire peut être également la conséquence directe de l’inadaptation de celle qui la précède, même si les raisons de celle-ci restent souvent voilées. Ainsi, pour quelles raisons exactes juge-t-on inadaptée la chaire de Vallière, aux portes de Metz, au point de lui substituer une chaire « toute neuve, tres belle avec sculpture » vers 175050 ? Parfois, il ne s’agit pas à proprement parler d’une création, mais d’une réorganisation de l’espace cultuel qui affecte l’emplacement initial de la chaire. À Saint-Pierre l’Angelé de Verdun, l’évêque constate à l’occasion de sa visite de 1669 un mauvais positionnement de la chaire qu’il tente de combattre dans une ordonnance. C’est en s’intéressant aux autels qu’il en vient à réfléchir à la chaire, justement placée au-dessus de l’un d’eux. Il souhaite donc qu’elle en soit retirée pour la faire remettre « dans un autre lieu », à la convenance des fabriciens51. Le regard que porte Mgr d’Hocquincourt sur ce grand sanctuaire paroissial urbain n’est pas isolé car, au cours des mêmes années, un réaménagement affecte également l’église mère de Verdun. En cause, le vaste tombeau de marbre de Louis de Haraucourt qui surplombe « sa sépulture au millieu de la nef vis à vis la chaire des predications », situation qui « incommodoit notamment aux assemblées des predications »52. Ces remarques rapprochées sont particulièrement révélatrices de l’évolution des représentations ecclésiales alors à l’œuvre et de la nécessaire distinction des espaces cultuels selon leur degré de sacralité.

    27Les évêques ont souvent été à l’origine d’une volonté de réforme des espaces dédiés à la prédication qui ne s’imposait pas forcément aux yeux des responsables des sanctuaires. Ainsi en fut-il pour le chapitre de Verdun, étonné de la demande de l’évêque Boucher en 1593 « de faire une chaire nouvelle en cette église ». Placée au cœur d’un conflit ouvert entre lui et ses chanoines, l’espoir de l’ordinaire fut rapidement éteint. Les chanoines répondirent en effet qu’ils trouvent la présente « bonne entière ferme quarrée et massive autant que chaire quil soit besoing quelquefois transporter de lieu ». Ils sont d’autant plus émerveillés que tant de grands personnages sont jusque-là entrés dans celle-ci sans plaintes :

    Messieurs Vigor, de Sainctes, Angeres et tous les […] prédicateurs des trois ordres des mandians en leurs chap.tre generaulx tenus en cette ville comme dessus comme aussy de la société susd. de Jésus, finablem.t (sic) eu Monsieur l’Evesq. Psaulme et qui est de plus feu de tres heureuse memoire Monseigneur l’Illustrissime Cardinal de Lorraine prince né si grand et sy excellent s’en sont contenté avec parement d’un simple drap de laine et frange.

    28Si on admet bien la grande simplicité du meuble qui ne s’apparente guère à une chaire classique, si on devine dans la réponse plus une hostilité de principe qu’un total refus à tout embellissement, la réponse faite à Boucher fut certainement difficile à accepter pour un évêque qui, parallèlement, réclamait le droit de prêcher plus souvent à la cathédrale : « Comme nous enseigne St Jean Chrysostome au chap. 23° de St Mathieu […] c’est le predicateur qui orne la chaire et non la chaire le predicateur »53 ! Le refus d’obtempérer toucha aussi Saint-Jean de Châlons-en-Champagne en 1770, où la chaire déplut à Mgr de Juigné. Non seulement il ne la trouve « pas luxueuse », mais conseille à la fabrique d’en placer une autre, exigence non exécutée avant le siècle suivant54.

    29Il ne semble donc pas qu’on ait été partout tenté de substituer des chaires modernes en lieu et place de certaines tribunes d’un autre temps. L’une des raisons majeures des hésitations, voire des refus, serait à chercher dans le financement d’un mobilier dont on sent qu’il n’est pas toujours jugé prioritaire. Un autre motif est tout simplement l’attachement à une chaire certes démodée mais qu’on estime suffisante pour annoncer l’évangile. C’est un peu de tout cela dont parlent les historiens de la cathédrale rémoise pour expliquer la permanence d’une chaire modeste jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. En effet, alors qu’elle peut être à juste titre considérée comme la plus prestigieuse des églises des deux provinces, Notre-Dame de Reims ne posséderait pas une chaire triomphale. Pour certains auteurs, on utiliserait encore au XVIIIe siècle celle pratiquée par saint Bernard lorsqu’il prêcha en 1148 au Concile tenu par le pape Eugène III, supposition plus que douteuse du fait de l’incendie qui dévora la cathédrale en 1211. Pour Louis Paris, érudit du XIXe siècle, la chaire détruite en 1793 remonterait plus raisonnablement au XVe siècle, mais la description qu’il en donne renvoie à un objet bien simple pour l’époque : chaire octogonale, sans moulures, ni ornements, supportée par huit pieds et qu’on disposait entre deux piliers. Que déduire au juste de cette situation ? Chaire provisoire qui finit par s’imposer au fil des ans ou utilisation parallèle d’un vieil ambon ou du jubé qui ne sera détruit qu’en 1744, il n’est guère possible de trancher55.

    30Quoiqu’il en soit, les situations de statu quo sont plutôt minoritaires aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’élan d’équipement est naturellement favorisé par l’arrivée des nouveaux ordres réguliers. La plupart se vouant d’une manière ou d’une autre à l’instruction, il est très fréquent qu’on élève une chaire dans leurs églises conventuelles ou dans celles prises en charge par ces nouveaux apôtres du monde urbain. Pour les jésuites, les besoins varient selon le statut de la maison ouverte. C’est ainsi que les maisons professes, les noviciats et les collèges étaient pour chaque compagnon, selon le mot de Pierre Moisy, « son premier instrument de travail »56. D’où de vastes sanctuaires largement ouverts au public, dans lesquels les concionatores pouvaient compter sur la présence de chaires, rapidement édifiées. Le plan du Collège de Verdun mentionne avec soin l’emplacement de la chaire apostolique57. À Nancy, où est transféré en 1602 le Noviciat qu’Erric de Lorraine avait initialement créé à Saint Nicolas de Port (1593), la nouvelle église, bénie en 1605, possède quasi immédiatement une chaire offerte par la duchesse de Salm, ainsi que huit confessionnaux58. La chapelle de Gondran à Dijon a la sienne, donnée au XVIIIe siècle par le père Le Compasseur, précepteur du Prince des Asturies. Marquée « IHS » elle est aujourd’hui installée dans une autre paroisse dijonnaise, Saint-Michel59. Les oratoriens de Nancy, eux aussi tournés vers le ministère de la parole, avaient reçu mission de desservir la paroisse Notre-Dame en Ville Vieille. Or, ils se désolent immédiatement de l’état de la chaire préexistante, jugée impropre au ministère de la parole car située à mauvaise hauteur et manquant d’acoustique. À leurs yeux, tant l’art oratoire pour lui-même que le sens du message donné en chaire se trouvent insuffisamment valorisés, car les voici contraints de donner la parole de Dieu de manière horizontale, alors que l’idéal supposait une distribution verticale, comme émanant du Ciel par l’intercession du prêtre. Il n’était cependant pas possible d’y changer quoi que ce soit, car si l’ordre avait bien reçu par contrat en 1618 la collation et la direction de la cure, la marguillerie restait hors de leur contrôle60. Dès que celle-ci fut acquise, en 1728, le supérieur s’empressa de passer commande au sculpteur local Marc Pousset d’un nouveau mobilier, une « dite chaire […] de bon bois chesne, bien sec et conditionné, sans noeuds, et sans galle », pour un montant total de 430 livres réglé, comme tous les travaux d’aménagement faits aux églises de la capitale, par les deniers municipaux61. À l’instar de cette situation, de nombreuses fondations seraient à mettre au crédit des réguliers, dont plusieurs sont aujourd’hui visibles ailleurs : par exemple, l’ancien meuble des minimes de Metz tardivement devenu la tribune de la paroisse Saint-Eucaire62.

    31Des chaires remarquables furent évidemment fabriquées au long du XVIIIe siècle en faveur d’importantes églises urbaines. Citons les deux cathédrales Saint-Mammès de Langres et Notre-Dame de Verdun63 ainsi que dans la grosse paroisse rémoise de Saint-Pierre-le-Vieil. La fabrique de cette dernière église a longuement patienté, mais lorsque l’équilibre des comptes paroissiaux est retrouvé au début des années 1780, il lui est possible de financer l’embellissement général du sanctuaire. Le plan initial prévoyait la décoration de la nef, l’ornementation des chapelles et le renouvellement d’une partie du mobilier, mais pas la chaire. Pour remplacer celle-ci, dont la vétusté contrastait violemment avec les bancs tout neufs l’entourant, on espérait des dons privés. Monsieur d’Armancy, riche paroissien et seigneur de Compiègne, fut l’un des généreux donateurs attendus. Sa libéralité permit de contacter le menuisier Blondel en 1786 pour un travail achevé l’année suivante64. L’importance de ce genre de chantier à l’extrême fin du siècle attire immanquablement les compliments des chroniqueurs et journaux locaux65. Il ne s’agit pas du seul cas de financement par un particulier, la chaire de bois de Saint-Étienne de Bar-sur-Seine (1688) est ainsi née de la dévotion de Nicolas Hénault, procureur au Parlement et de son frère Étienne, contrôleur des rentes de l’Hôtel de Ville de Paris66. Fonder des sermons ou doter l’église du meuble, voilà deux manières personnelles de participer à l’effort prêché de l’Eglise.

    32C’est aussi grâce à un mécénat, celui du Roi Stanislas, que les églises Saint Jacques de Lunéville et Bon Secours de Nancy eurent les leurs. À Lunéville, l’initiative nait des chanoines réguliers de Saint Augustin, désireux de reconstruire leur église. La première pierre est posée dès 1731 mais bientôt, à court de ressources, ils s’en remettent au roi de Pologne pour l’achèvement des travaux (1737-1745). Non content de soutenir les ecclésiastiques, ce dernier accepte que la vaste église soit le nouveau siège paroissial. La chaire qu’y réalise François Vallier s’inscrit en pleine conformité avec l’ensemble de la boiserie rococo également de sa conception, achevant d’en faire un magnifique sanctuaire de la parole67. Si le nouveau souverain de Lorraine a simplement accompagné l’achèvement du projet lunévillois, il est en revanche le commanditaire direct de la nouvelle chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours dont la construction est réalisée entre 1738 et 1741. L’un des plus beaux ornements de ce lieu confié aux minimes est justement la chaire à prêcher dont la principale particularité est d’être en pierre et marbre alors que la plupart, dont celle de Lunéville, sont fabriquées en bois68.

    2.2. Un objet soigneusement disposé et triomphalement décoré

    33Philippe Martin indique qu’une simple description d’une chaire, si précise soit-elle, ne peut suffire à fournir une compréhension satisfaisante de la place qu’occupe l’objet dans l’espace cultuel. Il faut non seulement en étudier « l’anatomie », révélatrice de sa symbolique, mais encore être sensible à toute la scénographie, mélange rituel liturgique et social, accompagnant son utilisation fonctionnelle69.

    34En toute logique, l’emplacement de la chaire devrait être de préférence du côté droit, celui de l’évangile, mais la réalité affiche une bien plus grande diversité. Ainsi, dans les cathédrales, on préfère la situer à gauche, côté épître, afin que le prédicateur ne tourne pas le dos à l’évêque. Les chaires de Notre-Dame de Reims, des églises Saint-Étienne de Metz70 et de Châlons, de Saint-Mammès de Langres ou de la Primatiale de Nancy respectent cet usage ; preuve d’une certaine souplesse dans l’exécution on la trouve en face à Verdun. La règle édictée prévaut évidemment au sein des autres églises. Dans trois des quatre sanctuaires paroissiaux troyens non détruits à la Révolution et croquées par Taylor au milieu du XIXe siècle, l’objet est bien côté évangile71. La décision prise par la fabrique de Saint-Jacques de Reims de faire traverser la nef à leur chaire, de la gauche vers la droite de la nef, renforce l’idée d’une uniformisation souhaitée des emplacements72. Cela étant, une certaine liberté de choix demeure sur cette question en milieu urbain et les héritages ne sont pas systématiquement remis en cause. Compte plus la disposition entre chœur et nef. Ainsi, la chaire dressée dans l’église du Noviciat jésuite de Nancy après 1605 est située à l’angle de la croisée du transept, sur le côté gauche73, celle de Saint-Jacques fut redescendue au deuxième pilier près du chœur74. L’érection du meuble ne va pas parfois sans causer un encombrement surtout à cause des rampes d’accès débordant sur l’espace de la nef. Les solutions les plus discrètes consistent alors à cacher l’escalier sur l’arrière, comme le prévoit le plan retenu de la nouvelle chaire de Notre-Dame de Nancy en 172875, voire à ménager l’entrée directement dans le pilier. L’évolution de la chaire de Saint-Jean de Troyes montre un exemple de constante réflexion sur ce sujet. Au milieu du XVIe siècle, le prédicateur accédait encore à la chaire par une allée suspendue que les marguilliers firent détruire en décembre 159276. À sa place, ils « firent en la muraille une petite porte pour l’entrée et la sortie », laquelle semble avoir été progressivement remplacée par un passage ouvert et « cette porte, que l’on a cru inutile, fut murée en 1774 »77.

    35La généralisation des chaires à prêcher entre Renaissance et début XIXe siècle s’accompagne d’une certaine fixation du modèle. Alors que des chaires pouvaient être encore construites avec une cuve seule et un dossier au XVIe siècle, sans escalier visible ou permanent et sans dais ou « ciel » – c’est notamment le cas à Saint-Nicolas de Troyes ou à Ramerupt et Premierfait dans ce même diocèse78 –, les exécutions faites à partir des années 1600 comportent normalement tous les éléments de base. Même les chaires portatives ou roulantes intègrent ces éléments. Celle réalisée pour la cathédrale de Metz en 1728 est elle-même couronnée d’un toit, simple planche de bois arrondie, située à plus de 2 mètres du sol. En revanche il faut fixer une courte échelle mobile pour y entrer, par la porte située sur le dosseret79. L’abat-voix ou abat-son n’était peut-être pas inconnu au Moyen Âge, mais il se généralise au temps de la Réforme catholique. Ceux que nous trouvons en ville ne se limitent pas à des planches de bois, rabats-son élémentaires, mais donnent lieu à des formes sculptées, même minimalistes comme à Sainte-Savine près de Troyes, ou, à l’exemple de la vieille chaire octogonale de Notre-Dame de Reims, d’une structure rajoutée constituée d’un dais de tapisserie rouge et portée par deux tiges de fer, en guise d’abat-voix80. Sur d’autres pièces il se prolonge en donnant naissance à un authentique couronnement. Celui de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours est particulièrement ouvragé, puisque les palmiers qui encadrent le plateau dorsal s’y plient en forme de consoles. Était-il déjà couvert d’une croix tel qu’on l’observe actuellement, cela n’est pas certain car l’objet de la passion est une caractéristique des chaires du XIXe siècle. En revanche, la disposition d’une croix face à la chaire, au-dessus ou à l’arrière des bancs se généralise à coup sûr au XVIIIe siècle. Au fond, cette partie la plus élevée de la chaire tend à symboliser le ciel et ressemble de plus en plus aux dais utilisés en cours de procession. Incontestable élément de valorisation du prédicateur, il est souvent décoré d’une colombe symbolisant le Saint-Esprit et, lorsque cette figure allégorique n’existe pas encore on la rajoute comme à Saint-Jean de Châlons en 166581 et à Saint-Epvre de Nancy en 172082.

    36L’abat-son fournit une aide considérable au prédicateur83, amplifiant et préservant techniquement sa voix – n’oublions pas la durée d’une heure de la plupart des sermons stationnaires. Pour un effet garanti, les coiffes ne doivent pas être trop élevées par rapport à l’orateur prédicateur – sans quoi la déperdition serait accentuée – et suffisamment larges pour recouvrir entièrement la cuve et conduire, de manière horizontale, la parole ainsi amplifiée aux oreilles de l’auditoire. De la sorte, le contexte sonore de la prédication, la théâtralité indispensable à susciter l’émotion, en bref tous les « procédés d’exposition » propres à un sermon abouti, auxquels l’époque aspire, sont rendus possibles84. C’était évidemment le défi majeur des chaires intérieures des XVe et XVIe siècles, dépourvues de toit, et l’une des raisons de leur situation plus basse car, en étant plus proche des fidèles, on corrigeait partiellement le double défaut d’un discours moyennement persuasif ou d’un orateur trop éteint. Sur les modèles conçus aux XVIIe et XVIIIe siècles, les règles de l’art sont globalement respectées, au point qu’aucune visite de sanctuaire n’aboutît au constat d’une chaire inefficace pour une question de son. Alors, doit-on admettre que le volume du meuble réglait convenablement celui des voix portées ? Il faut le croire car la voix étant l’organe principal, « l’interprete des pensées, et l’instrument des passions », il faut pouvoir la moduler à souhait. Pour cela, « l’etendue de l’Auditoire est la mesure de la voix. Il suffit de l’elever d’un ton de conversation jusques à la portée de l’Auditeur le plus reculé. Il est à souhaiter qu’elle soit assez pleine pour remplir le vaisseau sans effort »85. Alors peut se réaliser la maxime que les marguilliers de Ligny-en-Barrois commandèrent à Jean-Claude Jacquin, artiste de Neufchâteau, en 171386, et qui figure justement sur l’abat-voix de la chaire : « Audite et sanctificamini » (« Écoutez et sanctifiez-vous »)87.

    37Élément principal de la chaire, la cuve doit être suffisamment vaste pour permettre à l’orateur de s’exprimer sans contraindre sa gestuelle, et son rebord point trop élevé pour éviter qu’il ne paraisse « enfoncé » en celle-ci. Le prédicateur étant tenu de réciter quelques prières, elle est souvent équipée d’un petit dossier rembourré pour s’accouder, d’un prie-Dieu pour s’agenouiller en direction de l’autel voire de la croix dressée en face. Celle de Saint-Epvre à Nancy était suffisamment large pour permettre au cordelier de la Barbe, au terme de son sermon de réparation d’un outrage fait au ciboire en 1719, de faire une amende honorable au Saint-Sacrement de l’autel, à genoux et tenant en main un gros flambeau de cire blanche88. Les prédicateurs pouvant avoir besoin de poser leurs feuillets quels qu’ils soient (sermon rédigé, notes, mandement ou indulgence à lire…), la Bible ou quelques œuvres des Pères auxquels ils se réfèrent dans leurs discours, les chaires comportent souvent un petit pupitre, si discret qu’on ne le remarque guère depuis la nef. Dans le cas exceptionnel d’un prédicateur un peu âgé ou temporairement infirme, il reste la possibilité de l’installer commodément en l’asseyant89, option retenue pour le capucin Épiphane prêchant la fête de Notre-Dame des Anges en 1618 dans son couvent de Langres. Comme l’écrivit l’un de ses fidèles auditeurs, l’apothicaire Senault, il « estoit […] blessé au pied. Il fut c[on]trainct de prescher assis en la chaire »90.

    38Les panneaux de la cuve, tout comme ceux des escaliers y conduisant, pour peu qu’ils soient visibles, ne sont pratiquement jamais laissé nus91, mais ornés. Parfois très simplement, de motifs végétaux ou géométriques, selon le style propre à chaque période. Plus significatives sont les décorations puisant dans l’histoire biblique et chrétienne car elles visent à légitimer et à exalter le travail de prédication. Deux options s’offraient en apparence aux constructeurs : ou souligner l’histoire de l’église pour laquelle la chaire est donnée, ou s’enraciner dans celle plus vaste de toute la prédication. Trois chaires troyennes illustrent le premier choix. Les marguilliers et clergé de Saint-Jean ont choisi de célébrer le patron de la paroisse par la répétition des initiales « SJ » sur la rampe de l’escalier, l’agneau symbolique du Baptiste au dossier, enfin, l’étendard qu’il porta au baptême du Sauveur tout en haut du panneau. Il existait encore une représentation sculptée de saint Jean-Baptiste au couronnement, signalée en 178392. Bien plus élaborée, la décoration de Saint-Nicolas, effectuée au XVIe siècle, présente un garde-corps en cinq panneaux, relatant successivement cinq épisodes majeurs de la légende du saint :

    • naissance du saint
    • dotation des trois filles pauvres
    • le saint bénit les enfants dans le saloir, un magistrat arrête le boucher (sous le regard de la donatrice, représentée à genoux)
    • le saint sauve de la mort trois officiers
    • port de Myre (porte d’entrée, cachée par l’escalier de la chaire)93

    39Quant à la chaire de la Visitation, de style Louis XIII, elle exhibe une décoration d’abord destinée aux religieuses et à leurs proches : la face principale indique la Visitation, le panneau de gauche saint François de Sales donnant la règle à Jeanne de Chantal. Celui du dossier est plus neutre, déroulant un message allégorique représentant le soleil coiffé de rouleaux de parchemin et menacé par deux serpents, ce qui signifie « la lumière de l’Evangile attaquée par le venin meurtrier du mauvais esprit »94.

    40Ces premiers exemples plaident en faveur d’une iconographie parfaitement insérée dans le sanctuaire, relevant sa personnalité morale et spirituelle. Plus nombreux sont cependant les commanditaires qui, raisonnant plus largement, privilégient ou ajoutent des modèles plus universels. La chaire de Saint-Pierre-le-Vieil de Reims incarne cette addition décorative car, si elle évoque avec netteté le sanctuaire qui l’accueillait, elle glorifie tout autant l’œuvre de la parole. Ainsi, aux marques d’identité paroissiale, se composant du cartouche chiffré « SP » par trois fois repris sur l’escalier et du bas-relief représentant le premier apôtre guérissant le boiteux95, Blondel ajouta les figures symboliques des quatre évangélistes sur le cul-de-lampe sculpté servant de support à la chaire. Si on poursuit la lecture de bas en haut du meuble, en laissant le regard monter le long des palmiers qui tiennent l’abat-voix, on arrive à un trophée de sculptures illustré par trois attributs importants du prédicateur au travail : le livre de la doctrine, l’ancre de l’espérance, le flambeau de la foi. Nous sommes donc en présence d’un programme particulièrement élaboré : le prédicateur invité par l’église et fabrique de Saint-Pierre monte donc en chaire nourri des évangiles, avec la conscience de faire une action authentiquement apostolique que couronnent les vertus théologales96. Un même constat peut être formulé à propos de la chaire de la cathédrale touloise, où la cuve à cinq pans montraient les statues des quatre évangélistes, alors qu’au sommet du dôme était représentée la lapidation de Saint Étienne, patron du sanctuaire97.

    41Les chaires de Lunéville et de Notre-Dame de Bon Secours offrent des programmes iconographiques particulièrement riches. Au Bon-Secours, la lourde cuve de stuc doré et polychrome repose sur une sculpture impressionnante, rappelant les supports quelque peu exubérants qui se développent dès la fin du XVIIe et le début XVIIIe siècle aux Pays-Bas98. Dotée d’un socle unique, la sculpture donne naissance à quatre piliers cambrés qui montrent les évangélistes de la manière suivante : en avant les têtes d’ange (Matthieu) et d’aigle (Jean), en arrière, moins visibles donc, celles du bœuf (Luc) et du lion (Marc). Une seconde série iconographique se déroule sur la rampe toute droite de l’escalier pour s’achever sur la cuve. S’y trouvent, de bas en haut :

    • Saint Pierre accompagné du coq, symbole de son reniement et tenant les clés par lesquelles il lie et délie les péchés sur terre comme au ciel.
    • Saint Paul, prince des prédicateurs, tient à la main le glaive qui symbolise la parole enseignée ; il médite en fixant le ciel, devant lui un livre fermé, indiquant par là la vraie source de la foi.
    • Celle-ci est pourtant révélée par les évangiles. Aussi le troisième panneau montre-t-il Saint Luc, l’évangile à la main et accompagné du bœuf.
    • Les trois autres évangélistes occupent les trois panneaux de la cuve, saint Jean rappelant Paul en scrutant les cieux, saint Matthieu lisant la banderole que lui tient un angelot, enfin saint Marc, un peu « sacrifié », car, se trouvant à l’extrême gauche de la chaire, une partie de son logement est perdue pour la reprise du mur de la nef.

    42Chaque prédicateur empruntant ces marches pour aller instruire ne pouvait manquer de se laisser inspirer par cette galerie apostolique, d’autant que l’auditoire s’annonçait forcément de qualité et que le panneau central figurait celui que tous ces personnages avaient si bien servi : le Christ. La chaire de Saint-Jacques de Lunéville est loin de présenter une telle symbolique iconographique, toutefois une grande originalité s’y laisse voir. Elle est en effet la seule chaire urbaine échappant résolument aux quatre évangélistes auxquels elle préfère quatre docteurs de l’Église Latine : Jérôme, Grégoire le Grand, Augustin et Ambroise. Les voir représentés sur un meuble d’église n’est pourtant pas si exceptionnel99. De plus, si habituellement on ne les contemple pas, en revanche, on les entend dans le sens où ces pères et d’autres sont, avec le récit biblique, les sources ordinaires des sermons. Il n’est pas un auditeur du temps qui méconnaisse l’importance des Augustin, Ambroise ou du pape Grégoire dans l’histoire de la rhétorique sacrée.

    43Sur la durée de trois siècles, l’iconographie a donc gagné en variété et finit par dégager quelques modèles couramment réemployés. Elle est aussi toute « tracée » et induite par la destination même du meuble, d’où la multiplication de ces figures apostoliques et doctes de l’histoire sainte, celle également des épisodes mystérieux du salut. La prédication faite contenant souvent les germes du combat spirituel à mener, la décoration peut enfin servir d’appui à cet art du combat en représentant les vertus combattant les vices ou, comme sur cet élément louis-treizième à Saint-Maurice de Reims, trois personnages féminins en costume de guerriers, celui du centre, debout, ayant fait mettre le genou à terre aux deux autres. Cette sculpture ancienne, héritée du XVIIe siècle et aujourd’hui isolée sur une chaire contemporaine qui l’a reprise, représente certainement le Triomphe de la Religion sur l’Hérésie, un thème largement utilisé par l’État et relayé par l’Église après la victoire de La Rochelle (1628) et la Paix d’Alès (1629)100.

    2.3. Monter en chaire, un rituel liturgique

    44La chaire est devenue un objet central des sanctuaires, servant exclusivement au prédicateur et théoriquement inaccessible en dehors de la prédication. Elle est d’ailleurs, à l’instar d’autres espaces sacralisés (chœur, confessionnal…), tenue fermée soit au bas des marches y conduisant, soit à hauteur de la cuve. C’est « pour empescher les enfant (sic) dy montée » expliquent les responsables de Saint-Epvre de Nancy qui font faire « une porte sur lescalier » (20 livres) aussitôt fermée par une serrure (14 livres)101. La fermeture peut être améliorée dans le dessein de repousser un orateur non désiré. Le 18 mars 1647, en conflit avec l’évêque Zamet qui prétendait user de son droit de visite à Saint-Pierre, paroisse relevant du chapitre cathédral, les chanoines barrèrent l’accès au prédicateur de carême accompagnant le prélat. Lorsque ce célèbre stationnaire, le récollet Charles Rapine, « tenta fort d’ouvrir la porte de la chaire, pour y vouloir prescher par force, […] il treuva un petit morceau de fer qui l’en empescha entièrement et fut contrainct de s’en retourner sans rien dire ce jour-là », rapporte le chanoine Macheret102. D’autres situations décrivent aussi la chaire comme un espace refuge, si sacralisé qu’on prend garde de ne pas y pénétrer. Ainsi, il est très rare de voir un orateur tiré de celle-ci, on préfère, comme à l’occasion du « Tumulte de Verdun » en 1718, attendre qu’il en sorte pour le malmener103. Une ultime illustration très significative de la forte sacralisation d’une chaire ressort de la visite épisopale de Saint-Elophe de Soulosse au diocèse de Toul en 1609. Jean Porcelets de Maillane fit ouvrir la châsse du saint patron, ce que le « peuple grossier » interpréta comme une tentative pour s’en emparer au profit de l’église voisine de Neufchâteau. L’incompréhension enfla semant le trouble dans les consciences, au point que les paroissiens se jetèrent sur le reliquaire, l’arrachèrent des mains des clercs qu’ils chassèrent finalement tous hors du sanctuaire, à l’exception de l’évêque :

    celui-ci, surpris d’une action aussi hardie, se jetta dans la chaire du prédicateur pour se mettre à couvert de leurs insultes… [où] l’un d’eux, plus insolent que les autres, le menaça de mort s’il donnait quelques unes des reliques et leur saint aux bourgeois de Neufchateau.

    45L’affaire qui se termina par une interdiction de l’église et l’intervention de la justice ducale afin de châtier les responsables de l’affront104 est bien révélatrice du statut clérical et sacralisé du meuble de la parole.

    46La chaire n’est donc pas que le monument qui accueille le clerc autorisé à y officier, elle possède aussi une très forte dimension symbolique qui conditionne son utilisation. Parmi les rituels de la chaire, le plus travaillé concerne le sermon inscrit dans le temps de la messe. Dès le début des années 1580, estimant peut-être que la connaissance de ces traditions s’est perdue au cours des querelles confessionnelles, le théologal rémois Hubert Meurier s’évertue à l’expliquer aux auditeurs venus l’entendre à Notre-Dame de Reims. Pour lui, tout est soumis à la liturgie, aussi faut-il être attentif aux gestes imposés à l’orateur105. Comparant la lecture de l’évangile par le diacre et l’office du prédicateur qui l’explique juste après, il invite ce dernier à entrer puis à revenir de la chaire avec la même dignité que le lectionnaire. Quoi de plus scandaleux en effet, « si un predicateur sortant de sa cheze se donnoit du bon temps, et se mesloit des affaire temporelles, il feroit contre le devoir de son estat ». Meurier exige du ministre de la parole qu’il médite la modestie de saint Paul en participant au rendez-vous liturgique : « Ie chastie mon corps, et le réduy en servitude, de peur qu’après avoir presché les autres, ie ne sois moy-mesme réprouvé » (1, Cor, 9, 27). En cours de station ou lors d’un sermon hors messe, solenniser la montée en chaire passe encore par l’accompagnement que le marguillier, le bedeau ou le coutre offrent à l’homme de l’évangile106 ; mais le plus important se trouve un peu avant, avec la sonnerie annonçant la tenue du sermon.

    47Si les rituels et cérémoniaux en usage peuvent les évoquer, tous les comptes religieux font état des divers devoirs exigés des sonneurs et, parmi ceux-là, annoncer la prédication. La solennité de cette dernière justifie d’ailleurs l’usage de grosses cloches, créant un univers sonore qui appartient au déroulement des cérémonies de la parole, faisant en sorte que nul citadin ne l’ignore. C’est pour cela qu’un sermon organisé contre tout usage par le suffragant de Verdun pour l’Assomption, est jugé indigne aussi de ce point de vue. En effet, non seulement le lieu retenu ne convenait pas – « une basse cour » du palais épiscopal, « remplie de toutes sortes d’immondices », en lieu et place de la cathédrale –, mais il le fit sonner « avec la mesme clochette dont il se sert pour appeler ses domestiques au repas »107. Les quittances conservées à propos des dépenses en chaire n’omettent jamais la rétribution du sonneur en charge. Le nancéen Louis Laurent reçoit du conseiller trésorier de la Ville les sommes de six puis de quatre francs barrois « pour avoir sonnez » les sermons de carême et d’avent 1728108. Une ultime et exceptionnelle preuve de l’indispensable emploi des cloches est lisible dans les archives municipales de Dijon, puisque, contrairement aux autres comptes disponibles, les exemplaires magistrats bourguignons tiennent un registre entièrement consacré aux sonneurs des prédications qu’ils financent109.

    48Bien qu’intégré au culte sacrificiel le sermon en est cependant un moment autonome et, pour le signifier au public, l’usage veut que l’officiant montant en chaire pour un prône retire sa chasuble puis la revête une fois l’instruction achevée110. La conception élevée de l’exercice du sermon invite à une réflexion d’ordre matériel quant à la morphologie du meuble. Pour un petit nombre, une rampe unique pour monter et descendre ne donnait pas la pleine mesure visuelle et symbolique de la transformation spirituelle censée être opérée par le sermon. Aussi existe-t-il quelques chaires munies d’une double envolée, procédé permettant, comme on a pu l’écrire, de montrer « tout comme les Rois Mages étaient venus vers l’Enfant Jésus en empruntant une route mais rentrèrent chez eux par une autre pour éviter la colère d’Hérode »111. Cette solution très monumentale donc pas nécessairement adaptée à l’exiguïté des lieux, ne semble guère répandue avant le XIXe siècle. Passée la Révolution et l’Empire, certaines églises se dotent d’un modèle triomphal de ce type, à l’image de Saint-Jean-au-Marché de Troyes. En provenance du chœur, le prédicateur y repartait non sans faire un léger passage au milieu du peuple.

    49Considérée comme lieu d’exposition de la vérité, la chaire ne peut être confiée à n’importe qui. Après les usurpations de chaire de la première moitié du XVIe siècle, nul ne peut gravir les marches ou s’enfermer dans le meuble sans avoir préalablement exhibé son autorisation au recteur du sanctuaire. Puis, avant de monter en chaire, tout stationnaire dûment choisi doit encore recevoir une ultime légitimation spirituelle, sous la forme d’une bénédiction de l’autorité ecclésiale du lieu, épiscopale, capitulaire, abbatiale, priorale ou curiale112. La cérémonie est particulièrement importante au moment de l’ouverture de la station de carême, car l’orateur reçoit non seulement la bénédiction mais encore l’imposition des cendres avant de se présenter à l’auditoire. Quelle que soit l’occasion, ne pas se soumettre à ce rituel ou se le voir refuser, met déjà en péril tout le cycle d’enseignement à venir. Le clergé de Dijon dut ainsi rappeler à l’ordre le prédicateur désigné pour la procession qui sort de la cité et se dirige chaque début mai à Fontaine. Rancunier après une désignation difficile, le prédicateur aurait méprisé le droit du curé du lieu à le bénir. Une enquête est ordonnée afin d’éviter pareil désagrément dans le futur. Elle en profite pour rappeler au curé, qui l’avait oublié, qu’en ce lieu la bénédiction se donne à l’extérieur de l’église afin d’être vue de tous113. Plus sérieuse est l’affaire survenue à Nancy en 1778. De tradition, le primat donnait la bénédiction au prédicateur et, en son absence, le plus haut dignitaire ou le plus ancien chanoine présent. Cette habitude est préservée lors de la fondation de l’évêché en 1777, mais, dès l’année suivante, Mgr de la Tour du Pin Montauban non présent, le vicaire général Cretin refuse de se plier à ce rituel avant de sermonner pour la Toussaint. Le chapitre l’en prévient, il n’en a cure, déclarant qu’il ferait de même pour une ouverture de station. Légitime, la protestation capitulaire s’ordonne autour du droit ancestral « d’exiger un tel acte de défiance, de tous les prédicateurs qui se présenteraient dans une église dont il était propriétaire ». L’évêque manœuvre habilement pour éteindre l’incendie, en nommant un vicaire général spécialement chargé des relations avec son chapitre cathédral114.

    50Occupant une place importante dans l’église, la chaire est naturellement embellie de divers ornements. Il peut d’abord s’agir des tapisseries qui, tel à Reims, revêtait entièrement le bois115. À Metz, on refait en 1571 un « drap rouge pour mectre a lentour de la chaire a prescher par ce que celuy qui y est est fort vieux »116 ou encore à la Sainte-Chapelle de Dijon en 1575 et 1615117. À Nancy, les marguilliers de la paroisse Saint-Epvre paient 38 livres et 17 sols à un maître tapissier qui a embelli la chaire de galons d’or, de clous dorés fixant le siège et le tour, de deux peaux de mouton afin de garnir le « bourlet », d’une toile de rembourrage pour le siège et autres menus travaux de draperie118. Plus importante encore est la dotation des sacristies en ornements spécifiques, résultats d’une politique d’achat vigilante119. Toujours à la cathédrale de Metz, dans la liste faite en 1633 des parements du grand autel pour les fêtes de l’octave du Saint-Sacrement, figurent des éléments destinés à la chaire : « un petit ciel de camelot rouge pour mettre sur la chaire du prédicateur », un autre de serge violette, deux draps ou tapis tous deux de serge rouge ou violette120. Quand l’église se pare du noir du deuil pour quelque oraison funèbre importante, la chaire elle-même supporte une tenture sombre. Le « littre funèbre » du duc de Coislin, évêque de Metz dont on fait le service en février 1733, offre un décor de circonstance « parsemée de larmes, de têtes de morts et d’armoiries et chiffres du deffunt en grand et en petit »121. « Habiller » puis « déshabiller » la chaire selon les fêtes et fondations est un service généralement placé sous la surveillance des principaux officiers de la paroisse. On le lit au point 14

    des devoirs du m[aîtr]e marguelier de l’insigne Eglise Colleg[ial]e de Saincte Marie Magdeleine de Verdun […] Ledit m[aît]re marguelier doit mettre ou faire mettre le tapis à la chaire du predicateur pour la feste de saincte Marie Magdeleine, pour la feste de sainct Blaise, et le premier lundi de carême, et aussi pour l’octave du Saint Sacrement122.

    51L’installation définitive des chaires entre nef et chœur a jusqu’ici été observée en fonction du prédicateur. Au confort de l’orateur correspond aussi le confort de l’auditoire, lequel ne se limite pas à la qualité de l’écoute, mais à une bonne installation. Ainsi, à chaque sermon, le petit marguillier de la Madeleine de Verdun doit, après avoir nettoyé la chaire, « mettre les bancs » en place pour l’accueil des foules123. Il s’agit là, comme au couvent des jacobins de Verdun à l’occasion de la prédication commémorative du 3 septembre, de prévoir exceptionnellement des bancs pour des invités de prestige « et en nombre suffisant »124. Toujours à Verdun, à l’occasion du conflit ayant opposé l’évêque suffragant de Césarée et le chapitre le jour de l’Assomption, le document capitulaire précise que la « grande église » avait bien été apprêtée, « les bans (sic) etant rangés et la predication sonnée à l’ordinaire »125.

    52Être au plus près de l’orateur relève du privilège réservé aux autorités spirituelles ou temporelles de chaque sanctuaire, qui font dresser leur banc d’œuvre dans l’axe du regard du prédicateur, souvent juste sous la croix que le sermonnaire désigne en cours d’instruction126. Les marguilliers de Saint Étienne de Bar-sur-Seine font construire le leur exactement en même temps que la chaire en 1688127, alors qu’à Notre-Dame de Vitry-le-François, il est magnifiquement surmonté d’un tableau du XVIIIe siècle du au peintre académicien Boisot128. Pareil détail reste rare, néanmoins on sait que les échevins de Verdun ont également investi dans « deux bancs à dossier […] pour les assoire pendant les sermons qui se font à la grande église »129. Pour les gouverneurs et trésoriers de la confrérie du Saint-Sacrement à Saint-Sébastien de Nancy aussi, la confection d’un banc bien placé dans l’église reconstruite au XVIIIe siècle devient prioritaire130. La présence remarquée des corps et communautés au sermon n’est donc pas qu’acte de dévotion elle est aussi un enjeu de caractère général. Être vu de tous aux premiers rangs participe de la grammaire liturgique et civique des cérémonies, du « catholicisme corporatif » (R. Descimon), et classe de fait les corps les uns par rapport aux autres dans l’ordre des représentations locales. Les projets d’aménagement intérieur des églises mettent parfois en danger cet ordre vécu comme immuable des représentations sociales au sermon. La grande affaire qui préoccupe le chapitre de Metz en 1706 est le remplacement des bancs, parfois véritable monument communautaire, par des chaises de paille, symbole plus individuel d’une certaine uniformité. Les corps constitués y voient une menace si bien qu’on trouve un premier compromis assez sélectif :

    sur ce qui a esté… proposé si tous les bancs pour entendre le sermon qui sont dans la neffe tant des corps séculiers que des communautez ecclesiastiques resteroient ou s’ils en seroient ostez quelqu’uns, il a esté résolu que tous ceux des corps séculiers resteroient, mais qu’à l’esgard de ceux des communaultez ecclésiastiques il n’en resteroient que celuy des Benedictins et ceux des Dames Chanoinesses de Saint Pierre et de Sainte Marie, sans fauteuils.

    53Pour de nombreux réguliers, ce camouflet est inacceptable car donnant le sentiment de secondariser leur place dans la vie de l’Église locale. Aussi contre-attaquent-ils et, une semaine plus tard, le 11 décembre, les droits de banc des célestins, jésuites, minimes et Dames de la Propagation de la Foi sont rétablis131.

    54Enfin, la chaire reste un meuble parlant bien après le sermon, puisqu’on y fixe fréquemment les mandements qu’on y a lus, ceux de carême, du jubilé ou toute autre instruction nécessitant un rappel visuel132. Nuançons tout de suite cette pratique qui ne concurrence pas vraiment l’emploi d’autres lieux de l’église plus appropriés à cette opération, notamment les portes du sanctuaire ou l’accès à certaines chapelles, par exemple confraternelles. Il n’empêche, la chaire est bien un instrument multifonctionnel d’information, d’un usage optimisé et parfaitement respectueux des temps forts du calendrier liturgique dont il est, en quelque sorte, l’un des miroirs.

    Chaires à prêcher. Vues d’ensemble

    55Tous les clichés sont de l’auteur : S. Simiz.

    Fig. 1 : Chaire de la paroisse Saint Jean de Troyes

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 2 : Chaire de la paroisse Saint Jacques de Lunéville, XVIIIe siècle

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 3 : Chaire de la paroisse Saint Pierre le Vieil, Cathédrale de Reims, XVIIIe siècle

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 4 : Chaire portative, Cathédrale de Metz, XVIIIe siècle

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    Cliché : S. Simiz.

    Décorations

    Fig. 5 : Dosseret et abat-voix, chaire Notre Dame de Bon Secours, Nancy, XVIIIe siècle

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 6 : Tétramorphe et cœur enflammé de Jésus, Chaire St Pierre le Vieil, Reims (détail)

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 7 : Saint Pierre guérissant le boiteux, Chaire St Pierre le Vieil, Reims (détail)

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 8 : L’évangéliste saint Jean, Chaire N.-D. de Bon Secours, Nancy (détail)

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    Cliché : S. Simiz.

    Fig. 9 : Saint Jérôme, Chaire St Jacques de Lunéville

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    Cliché : S. Simiz.

    Notes de bas de page

    1 David Rudermann, Preachers of the Italian ghetto, Berkeley-Los Angeles, University of California Press, 1992, p. 3.

    2 Philippe Martin réfléchit longuement sur la dialectique « dehors/dedans » au sein de la Réforme liturgique tridentine (Le théâtre divin. Une histoire de la messe XVIe-XXe siècles, Paris, CNRS éd., 2010, p. 137-175).

    3 Philippe Martin, « La chaire instrument et espace de la prédication catholique », Annoncer l’Évangile… op. cit., p. 397-415.

    4 Laurent Jalabert, Catholiques et protestants sur la rive gauche du Rhin. Droits, confessions et coexistences confessionnelles de 1648 à 1789, Bruxelles, Peter Lang, 2009, p. 267-273 ; « Le simultaneum en Lorraine et en Alsace bossue (1648-1789) », AE, Vivre sa foi, n° 1, 2007, p. 343-363. Selon l’auteur, cette solution, loin d’apaiser les tensions, demeure une constante « pomme de discorde ».

    5 Martin Meurisse, Histoire de la naissance du progrès et de la décadence de l’Hérésie dans la Ville de Metz et du Pays messin, Metz, 1670, p. 259-262.

    6 Andrew Pettegree, Reformation and the Culture of Persuasion, Cambridge, CUP, 2005.

    7 Guillaume Farel, Traités messins, t. 1, Genève, Droz, p. 8-17.

    8 Martin Meurisse, Histoire de la naissance… op. cit., p. 43-44 puis 66-70.

    9 Notre-Dame de Saint Lô, Notre Dame de Nantes, Notre-Dame de Vitré ou la collégiale Saint-Aubin de Guérande. La liste pourrait être aisément complétée.

    10 BM de Reims, ms 1148, mélanges, 227r°.

    11 Précis historique de toutes les missions… op. cit., p. 24.

    12 Panayota Volti, Les couvents des ordres mendiants et leur environnement à la fin du Moyen Âge, Paris, CNRS éd., 2003, p. 204.

    13 Abbé Michel Dricot, « Deux artisans rémois de la musique et du chant religieux », Mélanges d’Histoire rémoise, TANR, 158e vol., 1979, p. 113.

    14 BM de Reims, ms 1148, 227 r°.

    15 Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit., p. 222

    16 Stefano Simiz, « La circulation des reliques en Champagne du Nord après le Concile de Trente », La circulation des personnes, des idées et des biens de l’Antiquité à nos jours, Reims, PUR, 1999, p. 113-128.

    17 AM de Metz, DD 22.

    18 Dictionnaire de Trévoux, Nancy, 1734, « mission », t. III, col. 2046.

    19 Monique Weiss, « Des protestants dans les bois… les prêches clandestins dans les Pays-Bas espagnols au milieu du XVIe siècle », Véronique Castagnet, Olivier Christin, Naïma Ghermani, Les affrontements religieux en Europe du début du XVIe au milieu du XVIIIe siècle, Villeneuve d’Ascq, PU du Septentrion, 2008, p. 127-138.

    20 Voir les gravures de Georg Pencz et celle attribuée à l’atelier de Lucas Cranach l’Ancien analysées par Naïma Ghermani, « Images de controverse et controverses par l’image », Les affrontements religieux… op. cit., p. 72-84. Elles opposent « de manière antithétique […] deux Eglises, deux comportements, deux pratiques de la foi ».

    21 Journalier de Jean Pussot… op. cit., p. 240.

    22 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 400.

    23 Ibid., p. 400-401.

    24 Rituel de la province de Reims, Reims, 1677, p. 247. Gravure reproduite plus avant dans le livre (indiquer la page définitive SVP)

    25 Étienne Paillard, « L’église Notre Dame de Vitry-le-François », Congrès Archéologique de France, 1977, Champagne, Paris, 1980, p. 676-678.

    26 À ce sujet lire Philippe Martin, « Lieux et gestes des prédicateurs », Stefano Simiz (dir.), La parole publique en ville des Réformes à la Révolution, Villeneuve d’Ascq, PU du Septentrion, 2012, p. 201-204

    27 Congrès archéologique de France… 1977, op. cit., p. 335 ; Les vitraux de Champagne-Ardenne, Corpus Vitrearum, Paris, CNRS, 1992, p. 353 et 354.

    28 Marie-Hélène Colin, Les saints lorrains : entre religion et identité régionale (fin XVIe – fin XIXe siècle), thèse Université de Nancy 2, 2006, p. 77.

    29 La toile restaurée (2014) du Musée deToul était insérée dans un retable.

    30 Auguste Lacatte-Joltrois, Essai historique sur l’Église de Saint Rémi, Reims, 1843, p. 157.

    31 Henri Bertrand, L’ancienne église de Saint Pierre le Vieil de Reims, Reims, s. e., 1941, p. 30-31.

    32 C’est à dessein que nous employons volontairement ici le terme de « chaire de vérité », normalement réservé en faveur des grandioses monuments de la parole imaginés par la Réforme catholique aux Pays-Bas du XVIIe au XVIIIe siècle.

    33 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique de la construction, de l’ameublement et de la décoration des églises, t. I, Paris, 1877, p. 224-232.

    34 Bruno Restif, La Révolution des paroisses… op. cit., p. 177-179 et p. XV.

    35 Louis Pérouas et Jean-Marie Allard, Histoire religieuse des Creusois, Guéret, Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, 1994, p. 74. Sur les 146 paroisses visitées, une seule n’a pas de chaire.

    36 Instruction envoyée par Mgr l’Archevêque aux doyens ruraux de son diocèse, pour les ayder à dresser un procès-verbal bien exact de la visite qu’il leur ordonna de faire en 1672, reproduit dans le Rituel de la province de Reims… op. cit., p. 324-333.

    37 Stefano Simiz, Les visites pastorales du Grand Archidiaconé de Reims, 1750-1790, maîtrise Université de Reims, 1989.

    38 AD de la Marne, 2 G 253, dossier Saint Brice et la Neuvillette, 1709.

    39 AD de Moselle, 29 J 56, cahier des visites de l’archiprêtré de Metz, 1712. En revanche, les quatre paroisses des faubourgs visitées en 1750 ont fait l’objet d’un article sur la chaire. Deux d’entre elles sont dites en état (Saint Baudière et Saint Julien), une troisième « assez propre » (Borny), quant à la quatrième (Vallière) elle est « toute neuve, très belle, avec sculpture ».

    40 Même constat pour le diocèse de Châlons-en-Champagne. Jean-François Boulanger, Réformes et visites pastorales dans le diocèse de Châlons, 1642-1752, maîtrise Université de Reims, (vers 1974), p. 36.

    41 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 402-403 et Michel Pernot, Étude sur la vie religieuse de la campagne lorraine à la fin du XVIIe siècle, Nancy, 1971, p. 41.

    42 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », résume tout cela par ces chiffres : Sur les 68 villages du Saintois, 22 ont des chaires en bon état, 13 sont à nettoyer, réparer ou déplacer ; qui plus est, dans 25 cas la chaire « ne vaut rien » 25, enfin 4 paroisses n’en sont pas encore dotées.

    43 Dans la petite ville vosgienne de Rambervillers, on fait construire une chaire à prêcher en 1610 (AD des Vosges, E dépôt AM de Rambervillers, CC 55).

    44 http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr « chaire à prêcher », départements de la Marne, Haute-Marne, Aube, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Vosges et Côte d’Or, du XVe au XXe siècle. Nous avons relevé 598 notices se répartissant chronologiquement de la manière suivante : 2 du XVe siècle, 15 au XVIe, 66 au XVIIe, 277 au XVIIIe siècle.

    45 Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit, t. 2, p. 193-194.

    46 AD de l’Aube, G 1591, compte de 1527-1528, le montant payé à un maître menuisier pourrait être de 248 livres, somme reportée en marge.

    47 Congrès archéologique de France, Troyes, 1955, Orléans, 1957, p. 441.

    48 Françoise Boquillon, Catherine Guyon, François Roth, Nancy, du bourg castral… op. cit., p. 132-137.

    49 Vincent Bolley, La confrérie monsieur saint Nicolas et monsieur saint Yves, ou confrérie de la Miséricorde de Nancy, 1613-1792, maîtrise Université de Nancy 2, 1987, p. 118-122 et 133.

    50 AD de Moselle, 29 J 56, PV de visite de 1750.

    51 AD de la Meuse, 16 G 542-2, ordonnance du 6 août 1669.

    52 Jean Baleycourt, La ville de Verdun… op. cit., BM de Verdun, ms 454, p. 379.

    53 AD de la Meuse, 11 F 42, Pièce 57, « Response des doyen, chanoines et Chapitre de Verdun a la demande de leur advis sur quattre pointz a eulx proposez par tres reverend père en Dieu Monsieur de Verdun » p. 357-393.

    54 Louis Grignon, Historique et description de l’église et paroisse Saint-Jean de Châlons, Châlons, 1881, p. 21-24.

    55 Voir Chanoine Cerf, Histoire et description de Notre Dame de Reims, Reims, 1861, t. 1, p. 87.

    56 Pierre Moisy, Les églises des jésuites de l’Ancienne Assistance de France, Rome, 1958, t. 1, p. 308.

    57 Ibid., p. 327, Hd 4a f° 172.

    58 Jean-Pierre Grilliat, « Le noviciat des jésuites à Nancy », Le Pays Lorrain, vol. 78, janv-mars 1997, p. 5.

    59 Lors de leur principale tentative d’implantation à Troyes, en 1637-1638, les jésuites avaient obtenu un local grâce à l’aide de l’évêque Breslay. Ils y dressent une chapelle dans laquelle on dénombre un tabernacle, des confessionnaux et une chaire (Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit., t. 1, p. 439).

    60 Patrick Gosse, L’Oratoire à Nancy aux XVIIe et XVIIIe siècle, maîtrise Université de Nancy 2, 1992, p. 43.

    61 AM de Nancy, CC 373, plan nouvellement classé à la côte 1 Fi 1214.

    62 DRAC Lorraine, Service de l’Inventaire, Saint-Eucaire de Metz.

    63 À Verdun, puisque le vaisseau fut incendié en 1755, la chaire et sa décoration datent de 1760.

    64 Charles Sarazin, Deux objets mobiliers provenant de l’ancienne église St-Pierre-le-Vieil et conservés à la cathédrale, Reims, 1928, p. 1-7.

    65 Dom Chastelain, Journal de ce qui s’est passé à Reims, publié en 1902, p. 288 : « Saint Pierre la paroisse [à distinguer de Saint Pierre aux Nonnains] fait lambrisser son église […] la chaire de vérité est de toute beauté ». L’Almanach de Reims pour 1787, signale à propos de l’église « [qu’]on y remarque aussi la chaire qui vient d’y être placée ».

    66 Congrès archéologique de France. Troyes… op. cit., p. 318.

    67 Abbé Gérardin, L’Église Saint Jacques de Lunéville, 1936 ; Lunéville, mille ans d’Histoire, Paris, Citédis, 1997, p. 71-78. Chanoine Marcel Albiser, « Stalles et boiseries de l’Église d’Essegney », Le Pays Lorrain, 1976, n° 1, p. 125-130.

    68 Léon Jérôme, L’église et le pèlerinage de Notre Dame de Bon Secours à Nancy, Nancy, 1934, p. 310-312. Elle n’est pas la seule en pierre et marbre, puisqu’à Toul on remplace justement celle de bois par ces mêmes matériaux en 1668 (BM de Nancy, ms 949, feuillet n° 8, fol. 76 r°, coût estimé à 2 000 francs ; Gustave Clanché, Guide express de la cathédrale de Toul, Nancy, 1918, p. 83).

    69 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité ».

    70 Sur un plan levé et dessiné par le géomètre F. Rollin en 1728, une lettre indique l’emplacement de la chaire.

    71 Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France, 1857. La chaire « mal placée » est à Saint-Nicolas, celles convenablement disposées à la Madeleine, Saint-Nizier et Saint-Pantaléon.

    72 Répertoire archéologique de l’arrondissement de Reims, Ville de Reims, Reims, 1889, p. 54.

    73 Jean-Pierre Grilliat, « Le noviciat… art. cité », p. 5.

    74 Répertoire archéologique… Reims… op. cit., p. 54.

    75 AM de Nancy, CC 373, plan côté 1 Fi 1214.

    76 Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit., t. 1, p. 407-408. L’auteur rapporte que l’on voulut faire céder la voûte de l’allée sur la tête de Caracciolo en 1552 si ce dernier, protecteur des réformés, s’était présenté en chaire le dimanche de la septuagésime. « Il évita par sa rétractation, le malheur qui le menaçoit ».

    77 Ibid., note 2, p. 408.

    78 Voir les dessins aux AD de l’Aube, Fond Fichot, sous la côte 5 Fi 150 (Premierfait) et 153 (Ramerupt).

    79 DRAC Lorraine, Inventaire, fiche de pré-inventaire AOA 57, Chaire roulante de la cathédrale de Metz.

    80 Chanoine Cerf, Histoire et description… op. cit., p. 97.

    81 Louis Grignon, Historique et description… op. cit., p. 21. Il fut payé 3 livres.

    82 AM de Nancy, C 334, mémoire du sculpteur Dieudonné, 1720 : il fait « un St Esprit dans des nuages dessous l’imperialle (abat-voix) » et une sculpture sur le dessus du couronnement, le tout pour 48 livres.

    83 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique… op. cit., p. 229, fait pourtant état de débats contradictoires à propos de l’efficacité des abat-voix qui animèrent l’un des Congrès archéologique de Rouen au XIXe siècle.

    84 Jean-Pierre Gutton, « À propos d’échanges entre culture orale et culture écrite », Pauvretés, cultures et ordre social. Recueil d’articles, textes réunis par O. Christin et B. Hours, Lyon, RESEA, 2006, p. 432.

    85 Jean Gaichiès, Maximes sur le ministère de la chaire, Nancy, 1729, 1re partie, ch. X, « de la voix », maxime I, p. 85 et XVII, p. 92.

    86 Jean-François et Marie-Françoise Michel, Les Sculpteurs de Dieu, Paris, Messene, 1998, p. 85-86.

    87 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique… op. cit., p. 227, cité par Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 413.

    88 Henri Lepage, Les archives de Nancy, t. 2, Nancy, 1865, p. 340.

    89 Le siège à Saint-Epvre de Nancy a reçu de la « boure » en 1720 (AM de Nancy, CC 334).

    90 Journal d’Africain Senault… op. cit., Supplément, Chronique des Capucins, fol. 3 r°/v°.

    91 La décoration n’est pas toujours prévue, à l’image de la chaire de Notre-Dame de Nancy en 1728. Sur le plan reproduit en annexe (AM de Nancy, CC 373, côté 1 Fi 1214), les panneaux de la rampe et de la cuve sont des emplacements vides, comme si la décoration était l’objet d’une intervention postérieure.

    92 Ibid., p. 333. La chaire passa ensuite à la Madeleine sans subir d’autre modification qu’un nouveau socle marqué « SMM » en l’honneur de l’église d’accueil.

    93 Charles Fichot, Statistique monumentale du département de l’Aube, Paris, chez l’auteur, 1900, t. IV, p. 531-535 précise : « il serait difficile de trouver dans les églises du diocèse […] un morceau de sculpture sur bois qui surpasse cette chaire de Saint-Nicolas ».

    94 Ibid., p. 40-41.

    95 Épisode classique de l’iconographie pétrusienne, tiré des Actes des Apôtres (Actes, 3, 1 – 4, 4), il exalte la vocation apostolique du premier pape et, à travers lui, de l’Église. La guérison est aussitôt suivie du second sermon public de Pierre dont le fruit extraordinaire est la conversion d’une foule de 5 000 personnes. Monter en chaire précédé par un tel exemple de l’action de l’Esprit Saint ajoute à la mission et au crédit du prédicateur.

    96 Rappelons que cette chaire fut rachetée par les marguilliers de la cathédrale.

    97 Gustave Clanché, Guide express… op. cit., p. 83.

    98 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 408-409.

    99 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique… op. cit., p. 226.

    100 Voir Gérard Sabatier, « Imagerie héroïque et sacralité monarchique », Alain Boureau (dir.), La royauté sacrée dans le monde chrétien, Paris, EHESS, 1992, p. 115-127.

    101 AM de Nancy, C 334, deux mémoires datés de 1720.

    102 Journal de Clément Macheret, Langres, 1880, p. 389. D’autres obstacles furent dressés contre Rapine : faire à la fois jouer les orgues et chanter une manécanterie enfermée dans le chœur un peu plus tôt.

    103 Journal de Guédon… op. cit., p. 14-16.

    104 Benoit Picard, Histoire ecclésiastique et politique de la ville et du diocèse de Toul, Toul, 1707, p. 692. Affaire analysée dans Journal de la Société d’archéologie lorraine et du musée historique lorrain, 46e année, 1897, Nancy, p. 38-39.

    105 Hubert Meurier, Chrestienne et catholique exposition des saintz et sacrez mysteres de la messe, Reims, 1586, t. 1er, fol. 282 r°.

    106 AD de Côte d’Or, G 2138, Saint Jean de Dijon. Vers 1760, jugeant cette charge peu conforme à son statut, le marguillier de cette église réussit à se faire dispenser à l’avenir de conduire en chaire les prédicateurs.

    107 AD de la Meuse, 11 F 42-4.

    108 AM de Nancy, CC 365, quittances datées du 1er avril 1728 et du 12 janvier 1729.

    109 AM de Dijon, D 18.

    110 Statuts synodaux de Jacques de Fieux, évêque de Toul, 1678, « abus et defauts dans le service divin ».

    111 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 409.

    112 À Reims, au dimanche des Rameaux, une fois la procession des chanoines de Notre-Dame ayant rejoint celle des Bénédictins de Saint-Remi et Saint-Nicaise, le doyen du chapitre accordait publiquement sa bénédiction au prédicateur désigné (Étienne Povillon-Pierard, Notice historique des processions en général et de quelques unes en particulier, v. 1814, BM de Reims ms 1756, p. 283-288).

    113 AD de Côte d’Or, G 45, fol. 12 r°.

    114 Eugène Martin, L’insigne chapitre de la Primatiale de Lorraine et ses vicissitudes, Nancy, 1934, p. 78.

    115 Chanoine Cerf, Histoire et description… op. cit., p. 87.

    116 Mgr Jean-Baptiste Pelt, Études sur la cathédrale de Metz, Metz, 1930, p. 157

    117 AD de Côte d’Or, G 1528, 1575, fol. 25, doublure en toile du parement de la chaire à prêcher ; G 1532, 1615, fol. 159, on raccommode en rouge la chaire puis on la bourre.

    118 AM de Nancy, CC 34, mémoire daté de 1720.

    119 Bruno Restif, La Révolution des paroisses… op. cit., p. 70.

    120 Ibid., p. 201.

    121 Mgr Jean-Baptiste Pelt, Études sur la cathédrale… op. cit., p. 254-256.

    122 AD de la Meuse, 15 G 2, devoirs du maître marguillier, 1684.

    123 Ibid., n° 14. Il ne faut évidemment pas en déduire que tout auditeur assiste assis à la prédication. Parfois, comme à Saint Timothée de Reims, c’est la petitesse du lieu qui empêche tout aménagement. Le curé s’en plaint au nom de ses fidèles, regrettant dans sa réponse à l’archevêque, que de nombreux ouvriers soient obligés de se lever « au point du jour pour entendre debout dans quelques coins de la nef, la messe de paroisse et la Parole de Dieu », prône y compris (AD de la Marne, 2 G 253, paroisse Saint Timothée, enquête de 1774).

    124 BM de Verdun, ms 87, Cérémonial dit Guédonnier, mi-XVIIIe siècle, fol. 179.

    125 AD de la Meuse, 11 F 42-4.

    126 Le beau crucifix de bois de Saint Jacques de Troyes est toujours face à la chaire au XIXe siècle (Répertoire archéologique… Reims… op. cit., p. 54).

    127 Congrès archéologique de France. Troyes… op. cit., p. 318.

    128 Congrès archéologique de France, 1977… op. cit., p. 676-678.

    129 AM de Verdun, GG 77, 1677 (notice dans Inventaire des archives municipales de Verdun, p. 188). À la cathédrale de Toul aussi on voyait les bancs des dignitaires « vis à vis le prédicateur, et ceux du peuple, vers le fond » (Gustave Clanché, Guide express… op. cit., p. 85), tandis qu’à Chaumont le père du sculpteur Bouchardon a réalisé ensemble la chaire et le banc d’œuvre lui faisant face (Henry Fleury, Louis Paris, Chronique de Champagne, t. 3, Reims, 1838, p. 332).

    130 Marie-Claire Brown, Une confrérie paroissiale à Nancy au Siècle des Lumières : la confrérie du Saint Sacrement de l’église Saint Sébastien, maîtrise Université Nancy 2, 1982, p. 50.

    131 Mgr Jean-Baptiste Pelt, Études sur la cathédrale… op. cit., p. 241-242. Délibérations datées des 4 et 11 décembre 1706.

    132 Instructions chrestiennes contenant une explication familière du sujet des fêtes, Metz, 1683, p. 32 : « Le Pasteur lira le mandement [de carême] et l’expliquera s’il y a quelque chose qui demande explication, puis l’attachera au bas de la chaire ou après la porte de l’Eglise et l’y laissera attaché pendant tout le carême, afin qu’il puisse être lu des Fideles ».

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    1 David Rudermann, Preachers of the Italian ghetto, Berkeley-Los Angeles, University of California Press, 1992, p. 3.

    2 Philippe Martin réfléchit longuement sur la dialectique « dehors/dedans » au sein de la Réforme liturgique tridentine (Le théâtre divin. Une histoire de la messe XVIe-XXe siècles, Paris, CNRS éd., 2010, p. 137-175).

    3 Philippe Martin, « La chaire instrument et espace de la prédication catholique », Annoncer l’Évangile… op. cit., p. 397-415.

    4 Laurent Jalabert, Catholiques et protestants sur la rive gauche du Rhin. Droits, confessions et coexistences confessionnelles de 1648 à 1789, Bruxelles, Peter Lang, 2009, p. 267-273 ; « Le simultaneum en Lorraine et en Alsace bossue (1648-1789) », AE, Vivre sa foi, n° 1, 2007, p. 343-363. Selon l’auteur, cette solution, loin d’apaiser les tensions, demeure une constante « pomme de discorde ».

    5 Martin Meurisse, Histoire de la naissance du progrès et de la décadence de l’Hérésie dans la Ville de Metz et du Pays messin, Metz, 1670, p. 259-262.

    6 Andrew Pettegree, Reformation and the Culture of Persuasion, Cambridge, CUP, 2005.

    7 Guillaume Farel, Traités messins, t. 1, Genève, Droz, p. 8-17.

    8 Martin Meurisse, Histoire de la naissance… op. cit., p. 43-44 puis 66-70.

    9 Notre-Dame de Saint Lô, Notre Dame de Nantes, Notre-Dame de Vitré ou la collégiale Saint-Aubin de Guérande. La liste pourrait être aisément complétée.

    10 BM de Reims, ms 1148, mélanges, 227r°.

    11 Précis historique de toutes les missions… op. cit., p. 24.

    12 Panayota Volti, Les couvents des ordres mendiants et leur environnement à la fin du Moyen Âge, Paris, CNRS éd., 2003, p. 204.

    13 Abbé Michel Dricot, « Deux artisans rémois de la musique et du chant religieux », Mélanges d’Histoire rémoise, TANR, 158e vol., 1979, p. 113.

    14 BM de Reims, ms 1148, 227 r°.

    15 Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit., p. 222

    16 Stefano Simiz, « La circulation des reliques en Champagne du Nord après le Concile de Trente », La circulation des personnes, des idées et des biens de l’Antiquité à nos jours, Reims, PUR, 1999, p. 113-128.

    17 AM de Metz, DD 22.

    18 Dictionnaire de Trévoux, Nancy, 1734, « mission », t. III, col. 2046.

    19 Monique Weiss, « Des protestants dans les bois… les prêches clandestins dans les Pays-Bas espagnols au milieu du XVIe siècle », Véronique Castagnet, Olivier Christin, Naïma Ghermani, Les affrontements religieux en Europe du début du XVIe au milieu du XVIIIe siècle, Villeneuve d’Ascq, PU du Septentrion, 2008, p. 127-138.

    20 Voir les gravures de Georg Pencz et celle attribuée à l’atelier de Lucas Cranach l’Ancien analysées par Naïma Ghermani, « Images de controverse et controverses par l’image », Les affrontements religieux… op. cit., p. 72-84. Elles opposent « de manière antithétique […] deux Eglises, deux comportements, deux pratiques de la foi ».

    21 Journalier de Jean Pussot… op. cit., p. 240.

    22 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 400.

    23 Ibid., p. 400-401.

    24 Rituel de la province de Reims, Reims, 1677, p. 247. Gravure reproduite plus avant dans le livre (indiquer la page définitive SVP)

    25 Étienne Paillard, « L’église Notre Dame de Vitry-le-François », Congrès Archéologique de France, 1977, Champagne, Paris, 1980, p. 676-678.

    26 À ce sujet lire Philippe Martin, « Lieux et gestes des prédicateurs », Stefano Simiz (dir.), La parole publique en ville des Réformes à la Révolution, Villeneuve d’Ascq, PU du Septentrion, 2012, p. 201-204

    27 Congrès archéologique de France… 1977, op. cit., p. 335 ; Les vitraux de Champagne-Ardenne, Corpus Vitrearum, Paris, CNRS, 1992, p. 353 et 354.

    28 Marie-Hélène Colin, Les saints lorrains : entre religion et identité régionale (fin XVIe – fin XIXe siècle), thèse Université de Nancy 2, 2006, p. 77.

    29 La toile restaurée (2014) du Musée deToul était insérée dans un retable.

    30 Auguste Lacatte-Joltrois, Essai historique sur l’Église de Saint Rémi, Reims, 1843, p. 157.

    31 Henri Bertrand, L’ancienne église de Saint Pierre le Vieil de Reims, Reims, s. e., 1941, p. 30-31.

    32 C’est à dessein que nous employons volontairement ici le terme de « chaire de vérité », normalement réservé en faveur des grandioses monuments de la parole imaginés par la Réforme catholique aux Pays-Bas du XVIIe au XVIIIe siècle.

    33 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique de la construction, de l’ameublement et de la décoration des églises, t. I, Paris, 1877, p. 224-232.

    34 Bruno Restif, La Révolution des paroisses… op. cit., p. 177-179 et p. XV.

    35 Louis Pérouas et Jean-Marie Allard, Histoire religieuse des Creusois, Guéret, Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, 1994, p. 74. Sur les 146 paroisses visitées, une seule n’a pas de chaire.

    36 Instruction envoyée par Mgr l’Archevêque aux doyens ruraux de son diocèse, pour les ayder à dresser un procès-verbal bien exact de la visite qu’il leur ordonna de faire en 1672, reproduit dans le Rituel de la province de Reims… op. cit., p. 324-333.

    37 Stefano Simiz, Les visites pastorales du Grand Archidiaconé de Reims, 1750-1790, maîtrise Université de Reims, 1989.

    38 AD de la Marne, 2 G 253, dossier Saint Brice et la Neuvillette, 1709.

    39 AD de Moselle, 29 J 56, cahier des visites de l’archiprêtré de Metz, 1712. En revanche, les quatre paroisses des faubourgs visitées en 1750 ont fait l’objet d’un article sur la chaire. Deux d’entre elles sont dites en état (Saint Baudière et Saint Julien), une troisième « assez propre » (Borny), quant à la quatrième (Vallière) elle est « toute neuve, très belle, avec sculpture ».

    40 Même constat pour le diocèse de Châlons-en-Champagne. Jean-François Boulanger, Réformes et visites pastorales dans le diocèse de Châlons, 1642-1752, maîtrise Université de Reims, (vers 1974), p. 36.

    41 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 402-403 et Michel Pernot, Étude sur la vie religieuse de la campagne lorraine à la fin du XVIIe siècle, Nancy, 1971, p. 41.

    42 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », résume tout cela par ces chiffres : Sur les 68 villages du Saintois, 22 ont des chaires en bon état, 13 sont à nettoyer, réparer ou déplacer ; qui plus est, dans 25 cas la chaire « ne vaut rien » 25, enfin 4 paroisses n’en sont pas encore dotées.

    43 Dans la petite ville vosgienne de Rambervillers, on fait construire une chaire à prêcher en 1610 (AD des Vosges, E dépôt AM de Rambervillers, CC 55).

    44 http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr « chaire à prêcher », départements de la Marne, Haute-Marne, Aube, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Vosges et Côte d’Or, du XVe au XXe siècle. Nous avons relevé 598 notices se répartissant chronologiquement de la manière suivante : 2 du XVe siècle, 15 au XVIe, 66 au XVIIe, 277 au XVIIIe siècle.

    45 Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit, t. 2, p. 193-194.

    46 AD de l’Aube, G 1591, compte de 1527-1528, le montant payé à un maître menuisier pourrait être de 248 livres, somme reportée en marge.

    47 Congrès archéologique de France, Troyes, 1955, Orléans, 1957, p. 441.

    48 Françoise Boquillon, Catherine Guyon, François Roth, Nancy, du bourg castral… op. cit., p. 132-137.

    49 Vincent Bolley, La confrérie monsieur saint Nicolas et monsieur saint Yves, ou confrérie de la Miséricorde de Nancy, 1613-1792, maîtrise Université de Nancy 2, 1987, p. 118-122 et 133.

    50 AD de Moselle, 29 J 56, PV de visite de 1750.

    51 AD de la Meuse, 16 G 542-2, ordonnance du 6 août 1669.

    52 Jean Baleycourt, La ville de Verdun… op. cit., BM de Verdun, ms 454, p. 379.

    53 AD de la Meuse, 11 F 42, Pièce 57, « Response des doyen, chanoines et Chapitre de Verdun a la demande de leur advis sur quattre pointz a eulx proposez par tres reverend père en Dieu Monsieur de Verdun » p. 357-393.

    54 Louis Grignon, Historique et description de l’église et paroisse Saint-Jean de Châlons, Châlons, 1881, p. 21-24.

    55 Voir Chanoine Cerf, Histoire et description de Notre Dame de Reims, Reims, 1861, t. 1, p. 87.

    56 Pierre Moisy, Les églises des jésuites de l’Ancienne Assistance de France, Rome, 1958, t. 1, p. 308.

    57 Ibid., p. 327, Hd 4a f° 172.

    58 Jean-Pierre Grilliat, « Le noviciat des jésuites à Nancy », Le Pays Lorrain, vol. 78, janv-mars 1997, p. 5.

    59 Lors de leur principale tentative d’implantation à Troyes, en 1637-1638, les jésuites avaient obtenu un local grâce à l’aide de l’évêque Breslay. Ils y dressent une chapelle dans laquelle on dénombre un tabernacle, des confessionnaux et une chaire (Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit., t. 1, p. 439).

    60 Patrick Gosse, L’Oratoire à Nancy aux XVIIe et XVIIIe siècle, maîtrise Université de Nancy 2, 1992, p. 43.

    61 AM de Nancy, CC 373, plan nouvellement classé à la côte 1 Fi 1214.

    62 DRAC Lorraine, Service de l’Inventaire, Saint-Eucaire de Metz.

    63 À Verdun, puisque le vaisseau fut incendié en 1755, la chaire et sa décoration datent de 1760.

    64 Charles Sarazin, Deux objets mobiliers provenant de l’ancienne église St-Pierre-le-Vieil et conservés à la cathédrale, Reims, 1928, p. 1-7.

    65 Dom Chastelain, Journal de ce qui s’est passé à Reims, publié en 1902, p. 288 : « Saint Pierre la paroisse [à distinguer de Saint Pierre aux Nonnains] fait lambrisser son église […] la chaire de vérité est de toute beauté ». L’Almanach de Reims pour 1787, signale à propos de l’église « [qu’]on y remarque aussi la chaire qui vient d’y être placée ».

    66 Congrès archéologique de France. Troyes… op. cit., p. 318.

    67 Abbé Gérardin, L’Église Saint Jacques de Lunéville, 1936 ; Lunéville, mille ans d’Histoire, Paris, Citédis, 1997, p. 71-78. Chanoine Marcel Albiser, « Stalles et boiseries de l’Église d’Essegney », Le Pays Lorrain, 1976, n° 1, p. 125-130.

    68 Léon Jérôme, L’église et le pèlerinage de Notre Dame de Bon Secours à Nancy, Nancy, 1934, p. 310-312. Elle n’est pas la seule en pierre et marbre, puisqu’à Toul on remplace justement celle de bois par ces mêmes matériaux en 1668 (BM de Nancy, ms 949, feuillet n° 8, fol. 76 r°, coût estimé à 2 000 francs ; Gustave Clanché, Guide express de la cathédrale de Toul, Nancy, 1918, p. 83).

    69 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité ».

    70 Sur un plan levé et dessiné par le géomètre F. Rollin en 1728, une lettre indique l’emplacement de la chaire.

    71 Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France, 1857. La chaire « mal placée » est à Saint-Nicolas, celles convenablement disposées à la Madeleine, Saint-Nizier et Saint-Pantaléon.

    72 Répertoire archéologique de l’arrondissement de Reims, Ville de Reims, Reims, 1889, p. 54.

    73 Jean-Pierre Grilliat, « Le noviciat… art. cité », p. 5.

    74 Répertoire archéologique… Reims… op. cit., p. 54.

    75 AM de Nancy, CC 373, plan côté 1 Fi 1214.

    76 Jean-Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique… op. cit., t. 1, p. 407-408. L’auteur rapporte que l’on voulut faire céder la voûte de l’allée sur la tête de Caracciolo en 1552 si ce dernier, protecteur des réformés, s’était présenté en chaire le dimanche de la septuagésime. « Il évita par sa rétractation, le malheur qui le menaçoit ».

    77 Ibid., note 2, p. 408.

    78 Voir les dessins aux AD de l’Aube, Fond Fichot, sous la côte 5 Fi 150 (Premierfait) et 153 (Ramerupt).

    79 DRAC Lorraine, Inventaire, fiche de pré-inventaire AOA 57, Chaire roulante de la cathédrale de Metz.

    80 Chanoine Cerf, Histoire et description… op. cit., p. 97.

    81 Louis Grignon, Historique et description… op. cit., p. 21. Il fut payé 3 livres.

    82 AM de Nancy, C 334, mémoire du sculpteur Dieudonné, 1720 : il fait « un St Esprit dans des nuages dessous l’imperialle (abat-voix) » et une sculpture sur le dessus du couronnement, le tout pour 48 livres.

    83 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique… op. cit., p. 229, fait pourtant état de débats contradictoires à propos de l’efficacité des abat-voix qui animèrent l’un des Congrès archéologique de Rouen au XIXe siècle.

    84 Jean-Pierre Gutton, « À propos d’échanges entre culture orale et culture écrite », Pauvretés, cultures et ordre social. Recueil d’articles, textes réunis par O. Christin et B. Hours, Lyon, RESEA, 2006, p. 432.

    85 Jean Gaichiès, Maximes sur le ministère de la chaire, Nancy, 1729, 1re partie, ch. X, « de la voix », maxime I, p. 85 et XVII, p. 92.

    86 Jean-François et Marie-Françoise Michel, Les Sculpteurs de Dieu, Paris, Messene, 1998, p. 85-86.

    87 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique… op. cit., p. 227, cité par Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 413.

    88 Henri Lepage, Les archives de Nancy, t. 2, Nancy, 1865, p. 340.

    89 Le siège à Saint-Epvre de Nancy a reçu de la « boure » en 1720 (AM de Nancy, CC 334).

    90 Journal d’Africain Senault… op. cit., Supplément, Chronique des Capucins, fol. 3 r°/v°.

    91 La décoration n’est pas toujours prévue, à l’image de la chaire de Notre-Dame de Nancy en 1728. Sur le plan reproduit en annexe (AM de Nancy, CC 373, côté 1 Fi 1214), les panneaux de la rampe et de la cuve sont des emplacements vides, comme si la décoration était l’objet d’une intervention postérieure.

    92 Ibid., p. 333. La chaire passa ensuite à la Madeleine sans subir d’autre modification qu’un nouveau socle marqué « SMM » en l’honneur de l’église d’accueil.

    93 Charles Fichot, Statistique monumentale du département de l’Aube, Paris, chez l’auteur, 1900, t. IV, p. 531-535 précise : « il serait difficile de trouver dans les églises du diocèse […] un morceau de sculpture sur bois qui surpasse cette chaire de Saint-Nicolas ».

    94 Ibid., p. 40-41.

    95 Épisode classique de l’iconographie pétrusienne, tiré des Actes des Apôtres (Actes, 3, 1 – 4, 4), il exalte la vocation apostolique du premier pape et, à travers lui, de l’Église. La guérison est aussitôt suivie du second sermon public de Pierre dont le fruit extraordinaire est la conversion d’une foule de 5 000 personnes. Monter en chaire précédé par un tel exemple de l’action de l’Esprit Saint ajoute à la mission et au crédit du prédicateur.

    96 Rappelons que cette chaire fut rachetée par les marguilliers de la cathédrale.

    97 Gustave Clanché, Guide express… op. cit., p. 83.

    98 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 408-409.

    99 Mgr Xavier Barbier de Montault, Traité pratique… op. cit., p. 226.

    100 Voir Gérard Sabatier, « Imagerie héroïque et sacralité monarchique », Alain Boureau (dir.), La royauté sacrée dans le monde chrétien, Paris, EHESS, 1992, p. 115-127.

    101 AM de Nancy, C 334, deux mémoires datés de 1720.

    102 Journal de Clément Macheret, Langres, 1880, p. 389. D’autres obstacles furent dressés contre Rapine : faire à la fois jouer les orgues et chanter une manécanterie enfermée dans le chœur un peu plus tôt.

    103 Journal de Guédon… op. cit., p. 14-16.

    104 Benoit Picard, Histoire ecclésiastique et politique de la ville et du diocèse de Toul, Toul, 1707, p. 692. Affaire analysée dans Journal de la Société d’archéologie lorraine et du musée historique lorrain, 46e année, 1897, Nancy, p. 38-39.

    105 Hubert Meurier, Chrestienne et catholique exposition des saintz et sacrez mysteres de la messe, Reims, 1586, t. 1er, fol. 282 r°.

    106 AD de Côte d’Or, G 2138, Saint Jean de Dijon. Vers 1760, jugeant cette charge peu conforme à son statut, le marguillier de cette église réussit à se faire dispenser à l’avenir de conduire en chaire les prédicateurs.

    107 AD de la Meuse, 11 F 42-4.

    108 AM de Nancy, CC 365, quittances datées du 1er avril 1728 et du 12 janvier 1729.

    109 AM de Dijon, D 18.

    110 Statuts synodaux de Jacques de Fieux, évêque de Toul, 1678, « abus et defauts dans le service divin ».

    111 Philippe Martin, « La chaire, instrument… art. cité », p. 409.

    112 À Reims, au dimanche des Rameaux, une fois la procession des chanoines de Notre-Dame ayant rejoint celle des Bénédictins de Saint-Remi et Saint-Nicaise, le doyen du chapitre accordait publiquement sa bénédiction au prédicateur désigné (Étienne Povillon-Pierard, Notice historique des processions en général et de quelques unes en particulier, v. 1814, BM de Reims ms 1756, p. 283-288).

    113 AD de Côte d’Or, G 45, fol. 12 r°.

    114 Eugène Martin, L’insigne chapitre de la Primatiale de Lorraine et ses vicissitudes, Nancy, 1934, p. 78.

    115 Chanoine Cerf, Histoire et description… op. cit., p. 87.

    116 Mgr Jean-Baptiste Pelt, Études sur la cathédrale de Metz, Metz, 1930, p. 157

    117 AD de Côte d’Or, G 1528, 1575, fol. 25, doublure en toile du parement de la chaire à prêcher ; G 1532, 1615, fol. 159, on raccommode en rouge la chaire puis on la bourre.

    118 AM de Nancy, CC 34, mémoire daté de 1720.

    119 Bruno Restif, La Révolution des paroisses… op. cit., p. 70.

    120 Ibid., p. 201.

    121 Mgr Jean-Baptiste Pelt, Études sur la cathédrale… op. cit., p. 254-256.

    122 AD de la Meuse, 15 G 2, devoirs du maître marguillier, 1684.

    123 Ibid., n° 14. Il ne faut évidemment pas en déduire que tout auditeur assiste assis à la prédication. Parfois, comme à Saint Timothée de Reims, c’est la petitesse du lieu qui empêche tout aménagement. Le curé s’en plaint au nom de ses fidèles, regrettant dans sa réponse à l’archevêque, que de nombreux ouvriers soient obligés de se lever « au point du jour pour entendre debout dans quelques coins de la nef, la messe de paroisse et la Parole de Dieu », prône y compris (AD de la Marne, 2 G 253, paroisse Saint Timothée, enquête de 1774).

    124 BM de Verdun, ms 87, Cérémonial dit Guédonnier, mi-XVIIIe siècle, fol. 179.

    125 AD de la Meuse, 11 F 42-4.

    126 Le beau crucifix de bois de Saint Jacques de Troyes est toujours face à la chaire au XIXe siècle (Répertoire archéologique… Reims… op. cit., p. 54).

    127 Congrès archéologique de France. Troyes… op. cit., p. 318.

    128 Congrès archéologique de France, 1977… op. cit., p. 676-678.

    129 AM de Verdun, GG 77, 1677 (notice dans Inventaire des archives municipales de Verdun, p. 188). À la cathédrale de Toul aussi on voyait les bancs des dignitaires « vis à vis le prédicateur, et ceux du peuple, vers le fond » (Gustave Clanché, Guide express… op. cit., p. 85), tandis qu’à Chaumont le père du sculpteur Bouchardon a réalisé ensemble la chaire et le banc d’œuvre lui faisant face (Henry Fleury, Louis Paris, Chronique de Champagne, t. 3, Reims, 1838, p. 332).

    130 Marie-Claire Brown, Une confrérie paroissiale à Nancy au Siècle des Lumières : la confrérie du Saint Sacrement de l’église Saint Sébastien, maîtrise Université Nancy 2, 1982, p. 50.

    131 Mgr Jean-Baptiste Pelt, Études sur la cathédrale… op. cit., p. 241-242. Délibérations datées des 4 et 11 décembre 1706.

    132 Instructions chrestiennes contenant une explication familière du sujet des fêtes, Metz, 1683, p. 32 : « Le Pasteur lira le mandement [de carême] et l’expliquera s’il y a quelque chose qui demande explication, puis l’attachera au bas de la chaire ou après la porte de l’Eglise et l’y laissera attaché pendant tout le carême, afin qu’il puisse être lu des Fideles ».

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    Simiz, S. (2015). Les lieux de la prédication. In Prédication et prédicateurs en ville, xvie-xviiie siècles. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.8394
    Simiz, Stefano. « Les lieux de la prédication ». In Prédication et prédicateurs en ville, xvie-xviiie siècles. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.8394.
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    Simiz, Stefano. Prédication et prédicateurs en ville, xvie-xviiie siècles. Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.8385.
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