Chapitre troisième : le Tchad
p. 169-210
Texte intégral
Introduction
1L’étude qui concerne le Tchad a été conduite par Patrick Ndiltah, enseignant-chercheur à l’Université de N’Djaména, assisté de Jean-Pierre Kila Roskem, chef du département de communication dans cette même université. La position administrative de ce dernier a été déterminante, notamment parce qu’elle a permis la mobilisation des étudiants chargés de la collecte de données dans les différents sites retenus.
2Étudier les pratiques cinématographiques collectives au Tchad, c’est forcément poser le problème de la nature, de la typologie et du nombre des établissements où il est possible de voir des images animées. En particulier pour ce qui concerne la capitale, N’Djaména, ce paysage a été décrit en détail par Patrick Ndiltah dans son ouvrage1, on se bornera donc à n’évoquer ici que les points pertinents pour la présente étude.
3Tout d’abord, il faut rappeler que les huit salles de cinéma traditionnelles qui existaient au Tchad avaient toutes disparu en 1979. Cette situation a perduré jusqu’en 2011 où la salle de cinéma Normandie a été rénovée à N’Djaména, mais à part le petit nombre de spectateurs qui ont franchi ses portes depuis, aucun Tchadien né dans les deux dernières décennies du XXe siècle n’a donc pu voir un film projeté dans une salle de cinéma sur le territoire national. Jusqu’en 1973, sur une population de 3 361 000 habitants, le Tchad comptait six salles de cinéma avec une capacité totale de 4 800 places et 76 000 entrées par an2 soit environ 12 000 entrées par salle et par an. De nos jours, sur une population d’environ 12 millions d’habitants, il n’existe qu’une seule salle avec une capacité de 700 places et une moyenne de 7 000 entrées par an3. En l’absence d’archives et de sources documentaires fiables, ces chiffres sont à prendre avec réserve. Dans un pays où les moins de 35 ans représentent environ 57 % de la population, dans quels types d’établissements ont-ils donc pu assister à des projections cinématographiques ?
4Cette expérience n’a été offerte qu’aux Tchadiens urbains, ceux qui résident ou ont séjourné dans une des cinq villes du pays où se trouve au moins une catégorie d’établissements dotés des équipements nécessaires (35 et 16 mm), ce qui exclut de fait 87 % de la population, située dans les villages. Bien que le Cinéma Numérique Ambulant du Tchad soit devenu membre du CNA Afrique en 2014 il n’est pas, jusqu’à ce jour (2018), opérationnel sur le terrain faute d’équipement et ne peut donc amener le cinéma hors des villes comme c’est le cas notamment au Togo. Pour les urbains, plusieurs types d’établissements se partagent inégalement les faveurs des publics : les centres culturels internationaux, institutionnels ou religieux et surtout les « cinéclubs », ces salles informelles qui prolifèrent dans tous les quartiers, se dissimulant parfois dans les résidences privées4 pour les plus petites d’entre elles.
5Dans un tel paysage, l’on peut aisément comprendre les difficultés que rencontre un chercheur pour mener un travail d’enquête rigoureux. Se pose immédiatement le problème des critères de choix mais surtout la question de la représentativité, sachant que ni le nombre de ces cinéclubs ni le nombre d’entrées qu’ils génèrent ne sont évaluables faute d’existence légale, de billetterie ni de comptabilité. C’est pourquoi dans chaque site où s’est déroulée l’opération de collecte de données, nous avons enquêté dans les lieux bien identifiés : centres de lecture et d’animation culturelle, maisons de la culture et centres confessionnels des jeunes ou parfois dans les rues.
6L’enquête a duré deux mois, d’août à septembre 2015 dans cinq villes du Tchad : N’Djaména, Bongor, Moundou, Doba et Sarh (cf. carte des sites enquêtés). Elle s’est attachée à respecter la répartition démographique, plus particulièrement les zones de forte concentration de population, mais aussi les localités où s’étaient implantées d’anciennes salles traditionnelles5 du pays. Seules les villes de Bongor et Doba, au sud de N’Djaména, ne répondaient pas à ce dernier critère. À l’inverse, Abéché à l’est, bien qu’ayant abrité autrefois une salle traditionnelle, le ciné Chachati, a été écartée de la liste de nos terrains d’enquête en raison de contraintes financières.

7Les questionnaires ont été soumis oralement en français aux enquêtés par dix étudiants de Licence et de Master en Communication de l’Université de N’Djaména. Ce statut des enquêteurs et leur tranche d’âge ont clairement introduit un biais dans le recueil des données ; il apparait par exemple dans le fort taux de répondants élèves-étudiants. Même s’il s’agit là de la catégorie la plus intéressée par les films et la plus représentée parmi le public des cinéclubs6, on peut penser que le statut des enquêteurs a conduit à une surreprésentation de cette catégorie.
8En raison de la nécessité d’expliciter certaines questions à quelques enquêtés et compte tenu du nombre important de questions, la durée d’une séance d’entretien a été d’environ quarante-cinq minutes par personne. Dans les villes secondaires, les enquêteurs ont parfois été obligés de s’impliquer à travers des explications et parfois des traductions dans les langues locales pour faciliter la compréhension des enquêtés, au risque d’induire certaines réponses. Notons également que dans des institutions culturelles où de nombreux jeunes se rencontrent pour des activités diverses, les enquêteurs ont associé à la méthode individuelle l’enquête par groupe. Les questionnaires ont ainsi été remis à un groupe de deux à cinq personnes à qui l’enquêteur posait les questions en leur laissant remplir les formulaires au fur et à mesure.
9Le questionnaire utilisé pour la collecte des données a été le même dans toutes les villes retenues et identique en tout point à celui qui a été utilisé dans les autres pays étudiés. 760 Tchadiens ont pu ainsi être enregistrés dans le cadre de cette enquête, dont 632 réponses effectivement exploitées. Les 128 autres questionnaires, soit 17 % n’ont pu être traités, en général parce que les réponses étaient incomplètes ou inexploitables.
10Enfin, il convient de préciser que cette enquête a été réalisée en pleine saison des pluies dans des villes où les difficultés liées à la mobilité sont évidentes et où la fréquentation des lieux de projections collectives est habituellement affectée. Elle n’a pu être conduite que grâce à la disponibilité et à la coopération des responsables de centres culturels, des enquêteurs et des enquêtés.
11Aucun travail de recherche fondé sur des statistiques d’une telle envergure n’avait été réalisé auparavant dans ce domaine. L’étude précédemment conduite par Patrick Ndiltah avait une visée essentiellement qualitative et ne s’appuyait que sur un échantillon restreint de population. Il faut néanmoins souligner les limites de ce travail, notamment sa représentativité par rapport à l’ensemble de la population tchadienne. En effet, l’enquête se proposait d’explorer à la fois les pratiques collectives ET les pratiques individuelles privées par l’intermédiaire de la diffusion télévisée et des différents supports numériques. Or, selon les résultats de la troisième enquête sur la consommation et le secteur informel au Tchad de 2011 (ECOSIT3), 80,3 % de la population tchadienne vit en zone rurale et est donc exclue de toute pratique collective hormis le visionnement familial si tant est que les équipements existent. D’où le dilemme posé par ce type d’enquête : privilégier l’étude des populations urbaines pour avoir à la fois la dimension individuelle et la dimension collective des pratiques – c’est le choix qui a été fait – ou tenter de se rapprocher de la réalité socio-économique de la population tchadienne dans son ensemble au risque d’obtenir une majorité de questionnaires inexploitables par leur taux de non-réponse.
12Ces limites étant posées, ces résultats nous éclairent sur ce que représente le cinéma pour les 632 Tchadiens urbains interrogés dans les cinq villes retenues, sur le partage qu’ils opèrent entre pratiques collectives et individuelles, sur les modalités de leurs choix, sur leurs goûts enfin et la manière dont ils les justifient. Au fond, par-delà la – relative – scientificité du dispositif, l’objectif n’est-il pas simplement de chercher à comprendre ce qu’est « un bon film » tel que défini par Laurent Jullier7 suivant des critères ordinaires, communs et distingués, mais la motivation première est de comprendre quels films regardent nos répondants, comment ils les regardent, et quels usages ils en font ?
13Avec une superficie de 1 284 000 km², le Tchad accueille une population estimée à environ 12 millions d’habitants en 2015. La plus grande partie de cette population (plus de 70 %) vit en zone rurale, et près de la moitié des urbains résident à N’Djaména, la capitale. Depuis l’indépendance du pays et jusqu’à nos jours, il a été effectué deux recensements généraux de la population et de l’habitat (RGPH) en 1993 et 2009 alors que les Nations Unies recommandent aux gouvernements de réaliser un recensement démographique tous les dix ans. Faute de moyens et en raison de l’instabilité politique, le Tchad n’arrive pas à respecter cette recommandation malgré l’appui de ses partenaires au développement8 pour l’organisation de son deuxième RGPH ; ce dernier avait dénombré 11 039 873 habitants en septembre 2009.
14Sur le plan culturel, l’État tchadien n’a jamais mis en œuvre une politique structurée. À l’exception du Service audiovisuel pour l’éducation du diocèse de Sarh (SAVE), centre de formation d’obédience religieuse, le pays souffre d’une quasi-absence de structures de formation, de production et de diffusion culturelles. La plupart des artistes se sont formés « sur le tas », y compris les cinéastes, et ne disposent pas de lieux leur permettant de se produire. Et, lorsqu’elles existent, ces structures relèvent souvent du secteur privé ou des confessions religieuses à l’exemple du SAVE ou de la maison Électron.
15Sur le plan cinématographique, l’enseignement du cinéma ou simplement du langage cinématographique ne figure pas dans le programme éducatif au Tchad. Depuis le primaire jusqu’au supérieur, aucune notion de culture ou simplement de langage cinématographique n’est enseignée. De plus, suite à la longue guerre civile qu’a connue le pays, certaines salles ont disparu (l’Étoile à N’Djaména) tandis que d’autres ont été reconverties à une diffusion vidéo (Le Rio à N’Djaména) ou simplement transformées en agence de voyages (Logone à Moundou) ou en centres commerciaux (Vog, Chérazade à N’Djaména et Chachati à Abéché). À Sarh, le Rex, repris par un exploitant de cinéclub fonctionne grâce à un système de vidéo projection. À ce jour, Le Normandie à N’Djaména, réhabilité grâce au soutien du Président de la République, constitue l’unique salle de cinéma au Tchad qui fonctionne suivant les normes internationales de diffusion.
16Pour combler ce vide, des salles informelles, les cinéclubs, nées grâce à l’évolution technologique, s’ouvrent un peu partout dans les villes du Tchad, et permettent à la majorité de la population de satisfaire et de partager son besoin d’images (il y en aurait plus de mille dans la capitale sans qu’on puisse les dénombrer précisément).
17Sur le plan privé, grâce à l’arrivée sur le marché d’équipements audiovisuels importés à un prix raisonnable, une certaine frange de la population peut s’offrir le luxe de consommer les images à domicile, encore qu’il faille distinguer entre le matériel de base accessible à des employés modestes et les équipements luxueux (grands écrans plats, home cinéma) réservés à une infime minorité.
18En effet, l’enquête se proposait d’explorer à la fois les pratiques collectives ET les pratiques individuelles privées par l’intermédiaire de la diffusion télévisée et des différents supports numériques. Or une grande partie de la population tchadienne vit en zone rurale, et est donc exclue de toute pratique collective hormis le visionnement familial si tant est que les équipements existent. D’où le dilemme posé par ce type d’enquête : privilégier l’étude des populations urbaines pour avoir à la fois la dimension individuelle et la dimension collective des pratiques – c’est le choix qui a été fait – ou tenter de se rapprocher de la réalité socio-économique de la population tchadienne dans son ensemble au risque d’avoir une majorité de questionnaires inexploitables par leur taux de non-réponse.
19Avec la passation de 760 questionnaires administrés dans cinq localités représentant environ 13 % de la population totale du pays, notre échantillon ne peut prétendre être représentatif mais présente toutefois une validité statistique, même s’il est limité aux zones urbaines. En effet, on pourrait presque dire, paradoxalement, qu’étant donné les conditions de vie dans les zones rurales, surtout désertiques, l’administration d’un tel questionnaire aurait été dénuée de sens.
1. Les caractéristiques de la population et des sites étudiés
20Cette section présente les caractéristiques de la population et des sites enquêtés, notamment l’ensemble des personnes âgées de 15 ans et plus résidant dans les localités retenues. Dans la première partie il sera question d’analyser la répartition des effectifs de cette population selon le sexe. La seconde partie s’intéressera à leur répartition selon l’âge. Ensuite, il sera question de leur situation matrimoniale, socioprofessionnelle et enfin, leur répartition selon les sites enquêtés.
1.1. Répartition des enquêtés par sexe
21La structure de la population tchadienne varie selon les régions. Les rapports de masculinité indiquent dans pratiquement toutes les régions que les femmes sont plus nombreuses à l’exception de quelques régions. Selon les résultats du deuxième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH2) de 2009, sur une population globale de 11 039 873 que compte le Tchad, on note 5 587 390 femmes contre 5 452 483 hommes.
22L’analyse selon le sexe fait ressortir que sur les sites enquêtés, on dénombre 544 hommes soit 86 % du chiffre global et 88 femmes (14 %) soit un ratio de 1 à 6. À noter que la majorité des 88 femmes enquêtées relève de la catégorie élèves/étudiantes et enseignantes. Dans un pays où il y a un fort taux d’illettrisme, ce statut social leur accorde, dans une certaine mesure, une ouverture aux autres et donc une plus grande facilité d’expression que celui de paysanne ou de ménagère. Ce résultat ne rend évidemment pas compte du poids des femmes dans la répartition globale de la population comme l’indiquent les résultats du deuxième recensement général de la population et de l’habitat de 2009 (52 % de femmes contre 48 % d’hommes) mais permet tout de même de faire une certaine analyse de la situation.
23Plusieurs explications peuvent être apportées pour expliquer cette disproportion. Le poids permanent de la tradition et de la religion au regard desquelles le statut des femmes reste inférieur à celui des hommes. Aujourd’hui encore, l’expression dans l’espace public des femmes relève toujours du tabou. Malgré la décision des autorités de leur accorder un taux de représentativité de 30 %, elles sont sous-représentées dans des instances de décision de l’appareil étatique et dans des organisations de la société civile. En milieu urbain, leur univers est souvent réduit à la charge des enfants et aux tâches ménagères. En zone rurale, viennent s’ajouter les charges agricoles et la procréation. Elles représentent une infime minorité du public dans les lieux de diffusion cinématographique9. L’on comprend dès lors qu’il est difficile d’imaginer qu’une femme puisse s’attarder longtemps pour répondre à une série de questions dans le cadre d’une enquête qui se déroule parfois dans la rue, sollicitée par un enquêteur inconnu. Certes les femmes sont souvent chez elles, mais elles sont difficilement accessibles aux enquêteurs pour qui il était délicat de s’introduire dans les habitations, considérées comme relevant du domaine de l’intime.
24En outre, l’éducation familiale prépare, dès leur plus jeune âge, les filles et les garçons à un développement séparé. Dès lors, tout rapprochement entre jeunes des deux sexes suscite méfiance et suspicion. S’approcher publiquement d’une jeune femme avec qui on n’a aucun lien de parenté est perçu comme une forme de transgression sociale, à moins que cette dernière ne soit une « femme libre10 ». Suivant la structure des enquêtés selon les sexes, un constat essentiel se dégage ; il s’agit de la représentativité des femmes. Leur faible participation des femmes ne surprend pas dans la mesure où leur taux d’analphabétisme (60 %) est plus important que celui des hommes (34 %) et leur familiarité avec le français, langue de l’entretien, moins évidente. Enfin il faut tenir compte du fait que certains questionnaires ont été réalisés sur des lieux de projection collective qui ne sont pas fréquentés par les couples11, et où les femmes sont réticentes à se rendre pour ne pas nuire à leur image sociale.
1.2. Répartition selon l’âge
25Selon le RGPH2, la population du Tchad est extrêmement jeune. Les moins de 15 ans représentent 50,6 % de la population, les moins de 18 ans, 56 % et les moins de 25 ans 68 %. La population âgée de 60 ans et plus ne représente que 4 %. L’âge moyen est estimé à 19,6 ans et l’âge médian à 14 ans.
26La répartition par tranche d’âge des personnes que nous avons enquêtées donne le résultat ci-après :
Tableau I. Répartition par tranche d’âge.
| Tranche d’âge | Hommes | Femmes | Pourcentage |
| 15-25 ans | 324 | 58 | 60,44 % |
| 26-35 ans | 162 | 23 | 29,27 % |
| 36-45 ans | 42 | 7 | 7,75 % |
| 46 ans et + | 16 | 0 | 2,53 % |
| Total | 544 | 88 | 100 % |
27Par rapport à ces chiffres, notre échantillon présente des caractéristiques sensiblement différentes. En effet, conformément à la plage retenue par notre questionnaire d’enquête, seuls les individus ayant entre 15 et 70 ans sont sollicités pour répondre aux questions.
28Ce choix, sans doute pertinent à l’échelle de l’ensemble du dispositif d’enquête, présente pour le Tchad un inconvénient qu’il faut mentionner : il exclut une proportion non négligeable mais non chiffrée du public concerné par les pratiques collectives de consommation de films12. Il est toutefois important de souligner qu’en l’absence de preuve de la part des enquêtés, il se pose ici la question de la véracité de l’information relative à l’âge lorsqu’on sait qu’en Afrique en général, et au Tchad en particulier, beaucoup de parents ne déclarent pas leurs enfants à la naissance et qu’il s’agit souvent d’âge apparent.
Graphique 1. Répartition des enquêtés selon l’âge.

29Ces réserves étant posées, on observe à partir du graphique 1 une forte proportion de la tranche d’âge des 15-25 ans (60 %). Et si l’on étend aux 15-35 ans, ils représentent 89 % de la population globale étudiée. Se pose ici la question du lieu de recueil des informations, pour la plupart public (CLAC, centre culturel et maison des jeunes, etc.) généralement fréquenté par les jeunes. Ce résultat tend à rapprocher l’échantillon d’un reflet fidèle de la population qui consomme collectivement des images mais ne rend compte qu’imparfaitement des pratiques individuelles des individus sous représentés dans les lieux publics : les femmes bien sûr mais aussi les hommes âgés, et les enfants de moins de 15 ans exclus de l’enquête. Si nous faisons un rapprochement avec notre étude sur les publics des cinéclubs13, nous nous rendons bien à l’évidence que ces jeunes font partie intégrante des publics du cinéma au Tchad. À ce titre, les écarter ne permet pas d’explorer ici leurs pratiques.
1.3. Répartition selon la situation matrimoniale
30Dans la rubrique identification de notre questionnaire, il est demandé aux enquêtés de fournir une information relative à leur situation matrimoniale. Cette question visait à vérifier si le statut familial était un critère influant sur les pratiques spectatorielles des enquêtés. Cette question n’a pas apporté la preuve de sa pertinence sur ce point, cependant, nous verrons qu’elle peut trouver une certaine utilité comme indicateur des goûts filmiques et du niveau de dépenses consacrées aux pratiques spectatorielles. Il en est de même pour le nombre d’enfants.
31Ce point nécessite un commentaire : par situation matrimoniale, nous entendons toute forme de situation conjugale d’un individu. En effet, il faut rappeler qu’au Tchad la notion de mariage ne se comprend pas de la même manière qu’en Occident. Il y a deux types de mariages : traditionnel et civil auxquels il convient d’ajouter le concubinage et la polygamie. À ce titre, il est assez délicat d’apprécier la véracité des informations fournies par les enquêtés sur leur situation matrimoniale dans le cadre de notre enquête. La complexité des statuts et de leur perception par les intéressés eux-mêmes rend donc l’information recueillie difficilement exploitable.
32La notion de célibat recouvre les individus n’ayant pas d’époux/épouse, vivant seuls ou non et les filles-mères. Le célibataire peut-être un jeune qui vit dans un logement indépendant ou sous le toit de ses parents14 ou qui partage un logement avec des ami(e)s. Selon les résultats obtenus par notre enquête, on note un faible taux de personnes mariées, c’est-à-dire vivant avec une ou plusieurs femmes (169 soit 27 %) contre un taux élevé de célibataires (463 soit 73 %). Ce résultat reflète à la fois le taux élevé de la population jeune au Tchad et la surreprésentation de la catégorie 15/25 ans dans notre échantillon. Cependant il faut émettre de réserves quant à la véracité des informations lorsqu’on sait qu’au Tchad, beaucoup d’étudiants abandonnent leur conjoint auprès des parents pour aller poursuivre leurs études en ville et sont ainsi séparés de fait. Mais il y a aussi la question du célibat avec enfants ou la question des filles-mères qui vient compliquer davantage cette situation matrimoniale. Au Tchad, bon nombre d’étudiantes se retrouvent dans cette situation.
1.4. Répartition selon les catégories socioprofessionnelles
33La catégorie socioprofessionnelle fait référence au rang de l’actif au sein de l’entreprise où il travaille. Elle n’est pas liée à la forme de rémunération. Certains travailleurs notamment les chauffeurs de mototaxis, les vendeurs de cartes téléphoniques ou de journaux, etc. ont des contrats qui font qu’ils ne perçoivent pas à l’instant toute leur rémunération. Selon le cas ils doivent être classés comme des travailleurs autonomes selon que l’entreprise leur revient, ou des employés/ouvriers selon qu’ils travaillent pour une tierce personne.
34Au Tchad, environ un travailleur sur deux exerce une activité indépendante et cette catégorie est la plus répandue parmi les actifs occupés. Selon les résultats de l’ECOSIT3, les hommes sont majoritaires dans cette catégorie (52,6 %). La proportion des hommes exerçant les activités indépendantes est de neuf points supérieure à celle des femmes. Les résultats de cette enquête montrent également qu’en milieu urbain plus de femmes exercent les emplois indépendants que les hommes. À l’inverse, il y a plus d’hommes que de femmes qui exercent dans le milieu rural.
35Selon les résultats de l’enquête du PNUD sur les perspectives économiques en Afrique 2012, la population active du Tchad est estimée à 5 millions de personnes soit 45,5 % de la population totale. Le secteur formel n’absorbe que 5 % de la population active. Près de la moitié des salariés du système formel relèvent de la fonction publique. Le reste est employé dans les activités de services de l’industrie pétrolière, les sociétés de sécurité et de gardiennage, l’industrie cotonnière et sucrière, le BTP, etc. Les trois quarts environ de la population active non agricole sont employés dans le secteur informel. Le chômage est un phénomène plus urbain que rural ; il touche 7,1 % de la population active dans la zone urbaine contre 5,4 % dans le milieu rural. Ce taux de la zone urbaine supérieur à la moyenne nationale peut s’expliquer par la dynamique de l’urbanisation qui ne cesse d’entrainer bon nombre de jeunes du milieu rural vers les centres urbains. De même, une grande partie des ruraux sont sous-employés dans le secteur de l’agriculture avec de faibles productivités. Compte tenu de la jeunesse de la population, le sous-emploi et le chômage touchent en premier lieu les jeunes et plus particulièrement les primo-demandeurs d’emploi.
36Nous avons adapté notre classement par catégorie socioprofessionnelle aux réalités socioéconomiques du pays. Ce classement n’est pas établi suivant les normes occidentales mais il nous permet d’appréhender, dans une certaine mesure, les réalités du terrain. Il aurait été souhaitable de recueillir des informations concernant le niveau de scolarité de nos enquêtés pour vérifier si, comme dans beaucoup de sociétés occidentales, il existe une corrélation marquée entre le niveau d’éducation et les pratiques culturelles. C’est sans doute une des carences de notre questionnaire d’enquête ou, pour le voir de façon plus positive, un domaine qui reste à explorer. Voici la liste des catégories retenues :
- Élèves-étudiants (370 soit 59 %) : du primaire au supérieur, issus des établissements de formation publics et privés, scolarisés en filière professionnelle ou générale.
- Salariés (126 soit 20 %) : cette catégorie, inclut les fonctionnaires et les employés du secteur privé.
- Artisans-commerçants (66 soit 10 %) : ceux qui exercent des activités artisanales et commerciales et qui sont propriétaires ou gérants de leur établissement.
- Travailleurs autonomes (26 soit 4 %) : tous ceux qui proposent des services qui ne relèvent pas de l’artisanat. Cette catégorie se compose de ceux qui exercent une activité temporaire, dans l’attente d’un autre emploi. Une large proportion de ces activités relève du secteur informel. Les chauffeurs de mototaxis (clandomens), vendeurs de cartes téléphoniques et de journaux,… sont représentatifs de cette catégorie.
- Diplômés sans-emploi (44 soit 7 %) : elle regroupe ceux qui n’ont aucune activité professionnelle.
Graphique 2. Répartition selon les catégories socioprofessionnelles.

37On remarque sur le graphique 2 un taux élevé d’élèves-étudiants et un faible taux de travailleurs autonomes. Le taux des salariés constitue le double de celui des commerçants-artisans. Aussi, si nous considérons notre échantillon, le taux de 7 % de diplômés sans-emploi ne reflète pas la situation globale du pays caractérisé par un niveau élevé de chômage des jeunes mais démontre bien que notre échantillon, parce qu’il est urbain et fréquente des lieux culturels où nous avons pour une certaine proportion recueilli notre information, donne une image un peu décalée par rapport à la population globale même urbaine. Aussi, ce résultat ne rend évidemment pas compte du poids des personnes exerçant une activité indépendante dans la répartition globale de la population comme l’indiquent les résultats de l’ECOSIT3. Le faible taux de travailleurs autonomes (4 %) démontre l’absence d’initiative entrepreneuriale de la jeunesse tchadienne. Ceci justifie la situation globale du pays caractérisé par un niveau élevé de chômage des jeunes.
1.5. Répartition selon les sites
38Sur le plan administratif, la République du Tchad est divisée en 23 régions (cf. carte relative aux sites enquêtés). N’Djaména la capitale est la 23e région. Elle compte dix arrondissements et est la plus grande agglomération du pays avec une population de 951 418 habitants (RGPH2 2009). Dans le cadre de notre recherche, nous avons choisi d’enquêter particulièrement dans la partie sud du pays. Deux raisons majeures justifient ce choix :
- D’abord une raison démographique : il s’agit particulièrement des zones de forte concentration de la population15. Selon les résultats de RGPH2, les cinq régions étudiées comptent dans leur ensemble une population d’environ 1 500 000 habitants et constituent à elles seules plus de 30 % de l’ensemble des vingt-trois régions du pays.
- Ensuite du point de vue à la fois historique et symbolique : les localités ciblées ont abrité d’anciennes salles traditionnelles de cinéma à l’exception de Bongor et Doba.
39Selon les résultats du RGPH2, on compte plus de femmes dans les villes de Sarh, Bongor et Doba qu’à N’Djaména et Moundou.
40Dans le cadre de notre travail, le nombre des enquêtés entre les cinq différentes villes étudiées se présente comme suit : N’Djaména : 262 enquêtés dont 31 femmes et 231 hommes (soit 41 %), Moundou : 106 enquêtés dont 18 femmes et 88 hommes (soit 17 %), Sarh : 105 enquêtés dont 16 femmes et 89 hommes (soit 17 %), Doba : 101 enquêtés dont 15 femmes et 86 hommes (soit 16 %) et Bongor : 58 enquêtés dont 9 femmes et 49 hommes (soit 9 %).
Graphique 3. Répartition des enquêtés selon les sites.

41Ce résultat, loin d’être proportionnel à la population globale de chaque site s’explique à la fois par l’importance relative des populations de chacune de ces localités et par la distribution inégale des équipements culturels et socioculturels de ces villes. On constate qu’à N’Djaména, les structures de convergence des jeunes sont nombreuses et variées tandis qu’elles font défaut dans une certaine mesure en province. Ainsi en dehors de quelques rares centres confessionnels en état de fonctionnement, il existe peu d’établissements publics.
2. Les publics et leurs pratiques culturelles
42Au Tchad, les pratiques culturelles cinématographiques se font dans deux types d’espace différents, à savoir : les pratiques à domicile et hors du domicile. En ce qui concerne les pratiques à domicile, il s’agit généralement de la diffusion sur les chaines de télévision et avec l’usage des équipements de diffusion audiovisuelle.
43Quant aux pratiques hors du domicile, on distingue trois structures de diffusion cinématographique à savoir : les institutions culturelles, les cinéclubs et dans une certaine mesure, en ce qui concerne la ville de N’Djaména, la seule salle de cinéma rénovée, Le Normandie. En général, les pratiques dans ces différents lieux se font en fonction de la situation sociale, de l’âge et de l’instruction. Seuls les individus ayant une certaine situation financière disposent d’équipements leur permettant d’avoir une certaine pratique à domicile et/ou d’effectuer une sortie cinéma au Normandie. Quant aux jeunes et moins jeunes, en dépit des équipements dont disposent leurs parents pour une pratique à domicile, ils ont la liberté de fréquentation d’autres structures comme les cinéclubs et centres culturels. Ces derniers établissements sont pour la plupart du temps fréquentés par les jeunes élèves et étudiants qui y sont également en quête de savoir.
2.1. Les pratiques à domicile
44Par pratiques à domicile, nous entendons analyser les pratiques individuelles liées à l’utilisation des différents équipements audiovisuels : télévision, lecteur DVD/VCD, ordinateur, Internet dans un cadre domestique. C’est donc l’usage des équipements liés à la consommation de biens culturels que nous avons cherché à évaluer.
45Au Tchad, l’univers télévisuel se compose des chaines nationales et internationales. L’offre nationale ne compte que trois chaines dont une publique (télé Tchad) et deux privées (Électron TV et Al-Nassr TV). Quant à l’offre internationale, elle se compose principalement des chaines du bouquet Canal+ et Al Jazeera.
46Il nous est difficile de porter un jugement global sur le paysage télévisuel qui s’offre aux Tchadiens pour ce qui concerne le cinéma dans la mesure où les chaines nationales (Télé Tchad, Électron TV et Al-Nassr TV) diffusent peu de films. Aussi, il est nécessaire de mener une autre enquête pour mieux connaitre le nombre des abonnés à Canal+ et Al Jazeera ainsi que leur répartition en fonction des formules d’abonnement et les pratiques effectives d’utilisation de ces chaines. Le segment le plus intéressant à étudier serait ceux qui disposent d’une parabole qui leur permet de recevoir les chaines gratuites diffusant du cinéma. Malheureusement ni le nombre de téléspectateurs ni les chaines reçues (elles varient en fonction de l’orientation de la parabole) ne nous sont connus. On remarquera simplement que, pour les abonnés de Canal+, il existe une possibilité de choix suivant leur situation économique et financière, conformément à la grille d’offre d’abonnement.
Offre des abonnements à Canal+ au Tchad en 2016.

47Ainsi donc, pour un abonnement mensuel au Tout Canal+, soit 211 chaines et radios, il faut débourser une somme de 40 000 FCFA. L’abonnement mensuel à Évasion+ (189 chaines et radios) se fait à 18 000 FCFA. Pour une exclusivité mensuelle des chaines Canal+ (8 chaines), il faut 10 000 FCFA. L’abonnement à Évasion simple (176 chaines et radios) coute également 10 000 FCFA et enfin, le coût mensuel le plus moins cher est celui d’Access (143 chaines et radios) à 5 000 FCFA pour un pays où la majorité de la population dépense moins de 5 000 FCFA par jour pour sa nourriture.
48Pour Latifa Nanadoum, Country Manager du groupe Canal+ que nous avons interrogée, il n’existe pas une filiale au Tchad parce que le nombre d’abonnés requis pour l’ouvrir n’est pas atteint. Jusqu’en 2016, on ne comptait que 33 000 abonnés alors qu’il en faut, selon elle, 100 000 abonnés pour l’ouverture d’une filiale.
49En ce qui concerne les équipements et périphériques de visionnement des films à domicile, nous avons obtenu les résultats suivants :
Tableau II. Équipements et périphériques de visionnement de films en privé.
| Effectifs | Pourcentage | |
| Télévision | 181 | 29 % |
| Lecteurs DVD/VHS | 354 | 56 % |
| Disques durs | 58 | 9 % |
| Ordinateurs | 39 | 6 % |
| Total | 632 | 100 % |
50Si l’on tient compte d’une incertitude marginale d’interprétation du tableau II, il y a donc une distinction nette à établir entre les 29 % qui regardent des films diffusés à la télévision et les 56 % qui se servent de la télévision comme terminal de visionnement raccordé à un lecteur de DVD ou, pour une infime minorité, un magnétoscope VHS.
51Pour ce qui concerne la fréquence de visionnement, l’interprétation des réponses est délicate, en particulier parce que notre question pouvait être interprétée comme portant à la fois sur le mode de choix (selon les programmes/au hasard) et sur la fréquence au sens strict du terme. Nous nous rendons compte que 271 personnes, soit 43 % déclarent regarder les films en fonction des programmes de la télévision (tableau n° III). Cette réponse soulève déjà un problème car il peut s’agir de personnes ayant effectivement déterminé leur choix en disposant des programmes diffusés à l’avance par les chaines (c’est le cas des bouquets de Canal+ car au Tchad les programmes de télévision ne sont pas diffusés par la presse) ou plus simplement de personnes se décidant en fonction de ce qui est programmé (au sens de diffusé) par les chaines de télévision. Dans les deux cas cependant, il existe bien un choix, ce qui distingue cette fraction de la population enquêtée des 129 personnes soit 20 % qui regardent les films « au hasard », sachant qu’entrent pour partie dans cette catégorie des gens qui ne possèdent pas d’équipement et qui regardent des films chez des parents, amis ou voisins.
52Si nous considérons l’ensemble des équipements et périphériques employés pour le visionnement des films en privé, plus de la moitié des enquêtés (354 soit 56 %) se servent d’un lecteur DVD, disponibles à bas coût. De même, l’abondance de chaines libres et de films piratés sur support DVD16 fait qu’il n’est pas nécessaire de prendre des abonnements onéreux pour regarder des films.
53Il a été recensé au total 58 disques externes17 soit 9 % de l’ensemble des équipements et périphériques employés pour le visionnement des films en privé. Il peut s’agir ici de clés USB ou de véritables disques durs. D’autre part, grâce à l’évolution technologique, on rencontre de plus en plus d’écrans plats équipés de ports USB permettant de lire les images, les sons et même les textes. À ce titre, ces disques durs externes peuvent servir à la fois à visionner les images sur les ordinateurs et sur les écrans de télévision. On note 39 autres disques durs, soit un taux de 6 %, incorporés à 39 ordinateurs. Il y a donc ici plusieurs équipements et donc plusieurs utilisations des équipements.
Tableau III. Fréquence de visionnement de films.
| Fréquence | Effectifs | Pourcentage |
| Une fois par trimestre | 2 | 0 % |
| Une fois par mois | 4 | 1 % |
| Une fois par semestre | 7 | 1 % |
| Tous les jours | 9 | 1 % |
| NSP | 42 | 7 % |
| Deux fois par semaine | 61 | 10 % |
| Plus de deux fois par semaine | 107 | 17 % |
| Au hasard | 129 | 20 % |
| En fonction des programmes de la TV | 271 | 43 % |
| Total | 632 | 100 % |
54Cette information est importante, mais, sur le plan statistique, elle parasite les résultats concernant la fréquence de visionnement des films. Toutefois, nous savons a minima de façon certaine 28 % des enquêtés regardent des films à la télévision deux fois par semaine ou plus (tableau III). Parmi ceux-ci, seules neuf personnes soit 1 % regardent des films tous les jours, ce qui montre curieusement que la fréquentation de la télévision ne fait pas partie des pratiques quotidiennes des Tchadiens comme c’est le cas de l’écoute de la radio18. Notons qu’il faut prendre en compte dans ces résultats que le visionnement de films est tributaire de la disponibilité de l’électricité qui est aléatoire ou de la possession d’un groupe électrogène.
Graphique 4. Fréquence de visionnement de films par semaine.

55Beaucoup plus précise est la question qui cherche à comptabiliser précisément le nombre de films regardés, sans qu’il puisse cette fois y avoir d’ambigüité. Si les résultats nous indiquent que 38 % de la population enquêtée visionne plus de quatre films par semaine (graphique 4), en termes de nationalité, 50 % préfèrent regarder les films américains et 49 % les films éducatifs.
56Le fort pourcentage de préférence pour les films américains relève d’un fait historique et du fort taux de pénétration de la production hollywoodienne en Afrique. Quant à la préférence pour les films éducatifs, cela s’explique par un déficit du système éducatif tchadien. L’absence de l’enseignement du cinéma dans tous les programmes scolaires au Tchad conduit un bon nombre de jeunes à vouloir apprendre cela en dehors du cadre scolaire.
57L’importance éducative des productions vidéographiques du SAVE, les productions télé d’Électron et les vidéos de Zakaria Haikel (alias Alkanto) et Ngangtar Kévin (alias Hadre Dounia) à caractère comique créent et renforcent cet attachement. Elle justifie également le taux de 49 % du choix des films éducatifs regardés par le public. Ceci n’est pas surprenant dans la mesure où ces œuvres présentent des personnages et des décors connus des Tchadiens. De plus, elles retracent le vécu quotidien de la population et permettent aux publics de s’identifier facilement. Peut-on parler ici d’une forme de retour aux sources face à l’envahissement des œuvres étrangères ?
2.2. Productions vidéographiques nationales
58Longtemps affaibli par des conflits politiques et sociaux internes persistants, le Tchad n’a jamais pu développer d’axes de promotion culturelle durable ni véritablement participé à la production des films de ses citoyens. En dehors d’un faible appui à la réalisation19 on note plusieurs initiatives privées dans le domaine de la production. Les plus importantes sont le SAVE et Électron.
Les productions du SAVE
59Le Service Audiovisuel pour l’Éducation (SAVE) a été créé en 1984 par un prêtre italien, Fabrizio Colombo, et rattaché au diocèse de Sarh. Il s’agit d’une production vidéographique qui s’inscrit dans une logique qui associe évangélisation et éducation. La seule activité qu’il pratiquait à l’époque était la projection de diapositives pour le divertissement des jeunes du collège catholique privé Charles Lwanga (CCL). En 1987, suite à l’acquisition d’une caméra et grâce au financement qu’il a reçu de la part d’une ONG italienne, ACRA, le SAVE s’est doté d’un équipement de montage analogique. Cet équipement lui a permis de filmer et d’archiver toutes les cérémonies du diocèse ainsi que les manifestations folkloriques de la région. Il servait également de centre de formation pour les jeunes en radio et en montage vidéo. C’est d’ailleurs ce centre qui a produit les films Pour un veau de Nagryam Yoyam en 2005 ; Moussa et Christian, Madion et Le témoin est un mineur de Noudjalbaye Ngarndidono réalisés respectivement en 2004 et 2007. La notoriété de ces films n’est pas à démontrer, plus de la moitié des jeunes les connaissent. Les auteurs de ces œuvres sont d’anciens élèves du Collège Charles Lwanga formés et employés par le SAVE. La facture des films ainsi produits porte à l’évidence la trace de leur origine. Loin d’être des œuvres de fiction autonomes, il s’agit de simples apologues marqués par la faiblesse des budgets et des moyens techniques mis à la disposition de leurs créateurs, la formation sommaire des équipes de tournage et de montage et l’amateurisme des acteurs. Le résultat final se résume à des récits d’une totale naïveté.
60En l’absence d’une chaine de télévision privée pour la diffusion, ces œuvres sont diffusées sur support DVD en tant qu’œuvres « cinématographiques » et sont destinées à l’approvisionnement du réseau des centres culturels catholiques du pays (Centre des jeunes Don Bosco, Centre culturel universitaire, Centre Emmanuel, Centre Bakita, etc.). Il s’agit de films de commande dans la mesure où la source de financement, l’outil de production et le circuit de diffusion appartiennent exclusivement à la mission catholique. On se trouve ici dans une logique de réponse à une demande : un organe catholique qui forme et emploie des réalisateurs, et met à leur disposition un équipement de production pour la création des œuvres qu’il finance afin qu’elles soient diffusées dans un réseau catholique.
61En 2001, suite à un incendie, le SAVE a perdu tout son équipement et ses archives. Il a été reconstruit grâce à l’appui des services de la Coopération française et suisse et des partenaires européens. Avec sa reconstruction est née une radio, Lotiko20, qui couvre la région.
Électron production
62À l’origine, Électron était une maison d’enregistrement musical. Son propriétaire, Armand Djégoltar, venu de l’Afrique de l’ouest est l’un des premiers Tchadiens à innover dans ce domaine. Il a enregistré plusieurs groupes musicaux, notamment religieux. Aujourd’hui, la maison Électron s’est agrandie et une chaine de télévision, électron TV a vu le jour en 2013. Inaugurée officiellement en janvier 2014, elle a été mise sur satellite en mars 2015 et diffuse plusieurs séries télévisées parmi lesquelles Patates amères et Kam Kam qui ont été vues par un certain nombre de nos enquêtés et relèvent de sa production.
63Bien d’autres petites sociétés de production privées de moindre importance appartenant à des comédiens comme Zakaria Haikel alias Commandant Al Kanto et Ngangtar Kévin alias Hadre Dunia excellent dans la production des sitcoms très populaires comme Un État dans un État et Abba Kalam le bombardier, qui ont fait la célébrité de leur auteur et sont connus de la majorité des jeunes.
2.3. Les pratiques hors du domicile
64Pour les puristes du cinéma, regarder un film à la télévision, sur un portable ou sur un écran d’ordinateur à domicile, si tant est qu’il existe, en compagnie de sa famille, ne suscite pas le même type d’échange que lorsqu’on le fait en compagnie des amis ou d’autres personnes dans une salle de cinéma, même s’il s’agit d’un cinéclub. Cependant, il convient de souligner que selon les résultats de notre enquête, ce mode de partage et de sociabilité se construit beaucoup plus autour des films à la télévision en famille ou avec des amis. 83 % des jeunes répondants tchadiens regardent des films avec des amis et 35 % en famille. Autrement dit, le divertissement, du moins lorsqu’il concerne la consommation de produits culturels, se vit au domicile plutôt qu’en dehors. Se pose alors la question du choix que nous avons largement déjà développé21.
65Dans le cadre de la présente étude, nous n’évoquerons cette question qu’en termes de programmation et de lieu de projection.
66Avant les indépendances et même au cours des quelques années qui ont suivi, la domination de l’exploitation des salles de cinéma tchadiennes était assurée, comme dans le reste des pays de l’Afrique sud saharienne, par deux compagnies franco-monégasques : la Compagnie marocaine du cinéma commercial22 (COMACICO) et la Société d’exploitation cinématographique africaine (SECMA). On retrouvait dans tous les États de l’Afrique noire des noms de salles tels que : Ciné Rex, Ciné Vog, Shérazade, Normandie, etc. qui évoquaient ceux donnés aux salles confortables et luxueuses de la métropole. Ces salles furent nombreuses à l’époque à être conçues à l’exemple des grandes salles (1 000 places) de cinéma européennes d’après-guerre23.
67Ces salles étaient également classées selon leur programmation et les dates de passage des films, avec des salles de première vision ou d’exclusivité et des salles populaires auxquelles s’ajoutaient des salles mixtes. Les circuits de distribution et de programmation étaient déterminés selon leurs propres critères. Certains films étaient acheminés en avion afin d’arriver le plus vite possible pour être programmés dans les salles privilégiées appelées salles de première vision, puis dans les salles mixtes. C’était ce qu’on appelait le circuit « accéléré » ; l’Étoile, le Vog et le Normandie à N’Djaména en faisaient partie. Ensuite, les films du deuxième circuit étaient acheminés par train ou par bateau pour être programmés dans d’autres salles. C’était le circuit « omnibus ». Selon Pierre Pommier, les films de ce dernier circuit mettaient environ huit mois pour effectuer le trajet Dakar-Brazzaville24. Au Tchad, la plupart de ces salles (Rex, Normandie, Shérazade, Étoile et même le Vog) était la propriété d’une famille syro-libanaise, Georges Hamadany, qui avait le monopole de l’exploitation à cette époque. Le ciné Logone appartenait au soudanais Abdoul Hassan et le ciné Chachati, à un commerçant libanais du même nom, Habib Chachati.
68Le circuit COMACICO avait cinq succursales installées à Dakar, Conakry, Abidjan, Brazzaville et Douala. Les premières sorties de ses films prenaient souvent leur envol à partir d’Abidjan où une programmation était faite dans les salles de première vision, avant d’être envoyés à Dakar. Là, on décidait du nombre de copies à tirer avant que les films ne continuent respectivement leur chemin sur Cotonou, Douala, N’Djaména, Bangui, Brazzaville, Pointe Noire et enfin, Libreville au Gabon. En cinq mois, ils arrivaient ainsi à faire le tour des salles de première vision et les salles mixtes.
69L’ordre de ces différentes étapes était certainement choisi en raison du rapprochement géographique de ces villes. Elles constituaient un circuit, suivant qu’on partait d’Abidjan vers Dakar-Cotonou-Douala-N’Djaména-Bangui-Brazzaville-Pointe Noire-Libreville. Ensuite, venait le circuit omnibus. Plus lent, il s’arrêtait dans chaque État où la programmation comprenait non seulement les salles de première vision et les salles mixtes, mais aussi les salles populaires. Ceci montre bien que les salles de première vision et les salles mixtes avaient un double privilège. Une première programmation exclusive suivie d’une seconde programmation partagée avec les autres salles. Certains films programmés dans les salles de première vision ne l’étaient pas dans les salles populaires. Cette particularité s’explique assez facilement à la fois par le type du public qui fréquentait ces salles dites populaires et par leur lieu d’implantation. En effet, elles étaient implantées dans les périphéries des grandes villes, les agglomérations rurales et les centres commerciaux, c’est-à-dire là où habitaient les populations africaines récemment urbanisées et vivant dans un état de paupérisation généralisé. Pierre Pommier dira de ces salles que :
La clientèle est presque exclusivement africaine. Le confort est souvent des plus médiocres et certaines salles populaires ne méritent pas le nom de salles : ce sont des terre-pleins pas toujours bétonnés avec un panneau sur l’un des côtés devant lequel se trouvent des bancs et parfois des vieilles chaises métalliques25.
70Les caractéristiques décrites ci-dessus sont conformes à ce qu’on qualifierait de nos jours de salles de cinéclubs ou vidéoclubs comme en témoigne la photo 1.
Photo 1. Aperçu de la salle de cinéma Rio à N’Djaména.

Crédit photo : Patrick Ndiltah.
71Les salles populaires pratiquaient le double, voire le triple programme (2 ou 3 films de long-métrage par séance). Ceci s’observe également dans les cinéclubs de nos jours. Les programmes des salles populaires étaient généralement des films arabes et hindis sortis en première vision dans les salles mixtes ou des films américains de série B en stock dans les entrepôts de la COMACICO.
72Selon les périodes, la programmation dans ces deux circuits pouvait prendre majoritairement en considération les films américains. En effet, la COGECI et la SECMA avaient des liens particuliers avec les firmes comme Paramount, MGM ou Warner Bros, qui leur permettaient de signer des accords avec elles. À l’inverse, l’IMPORTEX et la COMACICO obtenaient assez facilement des films indiens et arabes auprès de leurs distributeurs parisiens qui leur accordaient pratiquement l’exclusivité. Selon la répartition par nationalité des films sur les écrans en Afrique noire francophone dans les années 1960 présentée par J.-R. Debrix26, les films américains étaient présents à 50 % sur les écrans des salles d’exclusivité et des salles mixtes. Ils étaient suivis des films français (30 %), des films indiens, arabes et égyptiens (15 %) et enfin des films italiens, anglais et allemands (5 %). Sur les écrans des salles populaires, les films américains représentaient 60 %, suivis des films indiens, arabes et égyptiens (20 %), les films français (15 %) et enfin les autres films (5 %). Ceci nous indique que le goût des Africains pour les films américains et indiens ne date pas d’aujourd’hui. Il a été formé depuis la période coloniale.
73Pour ce qui concerne les prix de places pratiqués, ils variaient suivant les salles. Ils allaient de 300 à 500 francs CFA pour les salles d’exclusivité, et pour les salles mixtes, les prix de places allaient de 40 à 175 francs CFA. Ils ne dépassaient pas 50 francs CFA pour les salles non commerciales27. Les prix pratiqués dans le courant de la semaine étaient inférieurs à ceux des fins de semaine. Faisant partie du réseau des deux circuits de distribution existant à l’époque, les prix d’entrée dans les salles de cinéma pratiqués au Tchad sont les mêmes. En l’absence d’archives, il nous est difficile de donner avec précision les prix pratiqués par chacune de ces salles. Mais il faut considérer que pour la majorité des Africains de l’époque, payer une place de cinéma 40 ou 50 francs CFA était inenvisageable, seules les classes moyennes et supérieures pouvaient se le permettre. C’est d’ailleurs ce qui s’observe encore de nos jours.
74Au Tchad, il n’existe pas beaucoup d’alternatives au « cinéma » en termes de variété de l’offre. Si nous prenons le cas d’un jeune lycéen ou étudiant, catégorie qui représente une forte proportion de notre échantillon, que peut-il faire pour se divertir s’il ne reste pas à la maison ? Si on exclut la question du coût, il peut juste choisir entre « aller en boite », partager un verre avec des amis et écouter de la musique, ou aller voir un film dans un cinéclub ou au Normandie pour ceux qui habitent la capitale. Or, pour bon nombre de jeunes, étant donné le manque d’argent de poche, si on considère le prix d’une bière (au moins 500 FCFA l’unité), ou le prix des places au Normandie (1 000 FCFA), ces options sont financièrement difficiles à assumer.
75Le seul choix qui s’offre à tous reste celui d’aller assister à une projection cinématographique dans un centre culturel ou un cinéclub gratuitement ou à un prix dérisoire (100 FCFA), soit dix fois moins qu’une place au Normandie.
Tableau IV. Facteurs déterminant les sorties cinéma.
| Hommes | % | Femmes | % | |
| Film programmé | 408 | 64 % | 31 | 4,90 % |
| Lieu de projection | 71 | 11,23 % | 10 | 1,58 % |
| Indifférent | 60 | 9,49 % | 45 | 7,12 % |
| NSP | 5 | 0,79 % | 2 | 0,31 % |
| Total | 544 | 85,51 % | 88 | 13,91 % |
76Sur 632 répondants, 81 personnes soit 13 % déclarent opérer le choix suivant le lieu de projection (tableau IV). Ce choix peut se fonder sur la proximité du domicile ou la qualité des équipements de projection de l’établissement. Quant à la majorité des répondants (439 soit 69 %), ils opèrent leur choix en fonction de la programmation. Ceci suppose soit une connaissance d’un certain nombre de programmations d’établissements différents (sachant que les formes de médiations qui existent au Tchad sont réduites aux seuls panneaux d’affichage des cinéclubs), soit, plus probablement, si l’on en croit les réponses des personnes que nous avons interrogées dans le cadre de notre thèse, leur choix se limite au fait de rentrer ou de ne pas rentrer dans leur cinéclub habituel selon le film qui y est projeté ce soir-là.
77Pour ces derniers, peu importent le confort et la qualité de diffusion. Cette question ne nous renseigne pas sur le genre du film qui fait l’objet de leur choix mais cet aspect est évoqué plus loin. Les 112 enquêtés soit 18 % qui restent n’arrivent pas à se décider. Ils sont indifférents à la question du choix soit parce qu’ils sont souvent invités à sortir par les autres, soit parce qu’ils ont la possibilité de regarder gratuitement les films grâce à l’aide d’un ami lorsqu’il s’agit d’un cinéclub familial, ou encore, tout simplement, parce qu’il s’agit pour eux d’une sortie. Ils vont « au cinéma », peu importe le film et l’établissement, c’est dire le peu d’importance que revêt la culture cinématographique pour cette frange qui représente presque le cinquième de notre échantillon.
2.4. Les sorties cinéma
78La décision de sortie ou l’acte « d’aller au cinéma » implique selon Creton28, un effort, un coût et une rupture avec le milieu familial mais également un choix du lieu où se rendre et à quelle fréquence. Dans le cadre de notre enquête, nous avons interrogé notre échantillon sur le lieu (salle de cinéma, cinéclub ou projection itinérante) et la fréquence (une ou deux fois par mois, une fois par mois, une fois par trimestre). Mais nous avons également enregistré un certain nombre d’enquêtés qui ne se sont pas prononcés ou qui se sont prononcés d’une autre manière sur la question. Voici comment se présentent les résultats :
Tableau V. Sortie cinéma.
| Hommes | Femmes | |||
| Nombre | Pourcent | Nombre | Pourcent | |
| Salle de cinéma | 30 | 10,91 % | 10 | 18,52 % |
| Ciné (vidéo) club | 252 | 91,64 % | 26 | 48,15 % |
| Ciné itinérant | 6 | 2,18 % | 2 | 3,70 % |
| Autre | 17 | 6,18 % | 25 | 46,30 % |
79Il ressort de ce tableau que 40 enquêtés, soit 29 % parmi lesquels 10 femmes, déclarent aller dans une salle de cinéma. Sachant que la seule salle de cinéma qui existe aujourd’hui au Tchad est le Normandie, il convient de souligner que ces personnes font partie des 262 enquêtés de la ville de N’Djaména. Ce taux marque une évolution en ce qui concerne les sorties des jeunes en salle si on se rend compte que ceux qui sont nés après la guerre civile n’ont pas expérimenté le plaisir partagé autour des films dans les salles traditionnelles. Cela pourrait aussi s’expliquer en partie par l’évolution des moyens de communication.
80278 personnes, soit plus du tiers des enquêtés, déclarent aller dans un cinéclub. Cela justifie bien qu’au Tchad, les cinéclubs constituent les lieux des pratiques collectives par excellence et vient corroborer l’étude que nous avons menée dans le cadre des cinéclubs comme lieux de sociabilité au Tchad. Cependant, il ressort de ce chiffre que 26 femmes fréquentent également ces lieux. Certaines parmi elles disent y aller seules et même plus souvent que les hommes. Cette situation semble nouvelle si l’on se réfère à l’étude que nous avions menée dans le cadre de notre thèse. Un certain nombre de phénomènes sociaux (sécurité, contraintes parentales, les travaux de ménage, etc.) contraignent ces jeunes femmes à ne pas ou peu fréquenter ces lieux. D’une part, la proximité ou l’implantation des cinéclubs dans les ménages favorisent celles qui y habitent à s’offrir ce luxe. D’autre part, le développement des nouvelles formes de communication et en particulier les échanges à travers les réseaux sociaux constituent un moyen d’incitation non négligeable pour les sorties.
81Huit personnes parmi lesquelles deux femmes, déclarent aller à une projection itinérante. Compte tenu de l’absence du CNA sur le terrain au Tchad, les projections itinérantes qu’il convient de noter relèvent souvent du domaine religieux. Il s’agit le plus souvent des films religieux projetés dans le cadre des campagnes d’évangélisation.
82Deux points relèvent du goût dans ces expressions et retiennent notre attention. Il s’agit de « parfois si c’est un film religieux » et « occasionnellement pour les matchs ». Les seuls buts de ces sorties restent « les films religieux » et les « matchs ». Ceci démontre peut-être que c’est ce qui manque aux intéressés à domicile et c’est ce pour lequel ils sortent ou qu’ils n’accordent d’importance qu’à cela.
83En ce qui concerne les 42 personnes qui ne se prononcent pas, il peut s’agir de celles qui fréquentent à la fois ces lieux ou qui ne fréquentent aucun de ces lieux. En dehors du manque de temps pour les sorties cinéma évoqué dans certaines déclarations, deux autres points retiennent notre attention. Il s’agit de « ne sors pas pour les films » et « ne sors pas le soir ».
84La première raison peut être interprétée de plusieurs manières. Il peut s’agir soit d’un manque d’intérêt pour les films ou le cinéma en général, soit cela peut signifier simplement que les intéressés disposent d’équipements leur permettant de regarder les films à domicile et qu’il ne leur sert à rien de sortir. Il peut encore s’agir peut-être d’une interdiction formelle reçue en ce qui concerne les sorties cinéma comme c’est surtout le cas des jeunes filles. Quant à la seconde catégorie d’expression « ne sors pas le soir », cela peut relever de l’insécurité ou d’une interdiction formelle des parents29. Mais également de finance. Car, toute sortie implique un coût tant matériel, financier que temporel. Dans le cadre de notre présente enquête, nous avons cherché à connaitre les dépenses financières liées à ces pratiques.
2.5. Couts liés aux pratiques cinématographiques
85Les dépenses liées aux pratiques du cinéma constituent, dans une certaine mesure, un important déterminant du niveau de cinéphilie du public. Plus un individu engage des dépenses pour les sorties au cinéma, pour l’achat d’équipement cinématographique ou de films, plus il est considéré comme attaché à cet art30.
86Si nous considérons la fréquence d’achat des films (graphique 6), 226 personnes soit 41 % achètent un film par mois ; quant au visionnement de films tous supports confondus, 237 personnes soit 38 % regardent plus de quatre (4) films par semaine (graphique 4) ; et en ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre de sorties au cinéma, 47 personnes soit 7 % (graphique 5) dépensent en moyenne 1 000 à 2 000 francs. La moyenne générale concernant ces trois activités se situant autour de 40 %, nous pouvons ainsi considérer cette information comme un indicateur de l’attachement du public tchadien pour le cinéma. Seules 10 personnes (1 %) déclarent dépenser plus de 2 000 francs.
Graphique 5. Dépenses liées aux pratiques du cinéma (en FCFA).

87Il s’agit là de la cinéphilie liée aux pratiques privées ou dans les cinéclubs. La plus grande partie de notre échantillon (342 soit 54 %) dépense moins de 500 francs pour les sorties cinéma (graphique 5). Ce faible taux traduit un faible pouvoir d’achat de la population, notamment des étudiants qui constituent la proportion élevée de notre échantillon (59 %). Au Tchad, le revenu moyen par habitant est de l’ordre de 30 000 FCFA. Si l’on considère la bourse d’études comme principale source de revenu d’un étudiant tchadien, la fourchette moyenne de son revenu mensuel est de 25 à 30 000 FCFA. Cette dépense (1 000 à 2 000 FCFA) représente l’équivalent d’environ dix (10) séances de projection dans une salle de cinéclub, soit cinq jours de sorties au cinéclub dans la semaine si on assiste aux deux séances de la journée ce qui est une pratique courante.
88La proportion de gratuité de 21 % traduit les pratiques amicales ou de voisinage. 133 enquêtés déclarent regarder les films gratuitement. Lorsqu’il s’agit d’un cinéclub implanté dans une cour d’habitation, habituellement, tous ceux qui y vivent sont des clients qui ne paient pas. Il en va de même lorsqu’un cinéclub appartient à un ami ou un proche parent. Au nom de l’amitié, on peut s’y rendre même lorsqu’on n’a pas d’argent.
3. Les vecteurs d’une pratique cinématographique
3.1. Les équipements audiovisuels
89En Afrique et au Tchad en particulier, le petit écran revêt un usage multiple : il sert non seulement à recevoir les émissions diffusées par les chaines de télévision mais aussi à regarder d’autres programmes (films, clips vidéo, etc.) sur un support VHS ou aujourd’hui VCD, DVD grâce à un lecteur relié au récepteur de télévision sans qu’il soit nécessaire de contracter un abonnement à une chaine quelconque.
90Sur le continent africain, le taux d’équipement des ménages en audiovisuel varie d’un pays à l’autre suivant le niveau socioéconomique de ses populations. Pour ce qui concerne le Tchad, nous ne sommes malheureusement pas en mesure de chiffrer précisément ce taux faute de statistiques récentes. Cependant, les résultats de l’enquête nous donnent 41 % de jeunes hommes et 57 % de jeunes femmes possédant un lecteur DVD.
91À en croire les résultats de l’enquête démographique et de santé réalisée en 2004, le bien le plus fréquemment possédé par les ménages tchadiens en milieu urbain était la radio (73 %). Les autres biens comme le téléviseur (3 %), le réfrigérateur ou le congélateur (1 %) sont des signes extérieurs de richesse et les ménages qui en possèdent sont très rares.
92Le faible taux de possession de tels biens d’équipement au Tchad se justifie par le faible pouvoir d’achat de la population et la difficulté d’accès à l’énergie électrique, notamment en raison de son coût élevé et du caractère aléatoire de l’alimentation.
93Toutefois, il est évident que les chiffres cités ci-dessus ne reflètent pas la réalité : de manière empirique, nous nous rendons compte aujourd’hui qu’au Tchad, en ville au moins, le taux de ménages équipés de poste téléviseur est bien supérieur. On observe à travers le pays et en particulier, sur les sites enquêtés, une multitude d’antennes paraboliques qui surplombent les habitations. Il existe donc bien une évolution rapide en termes d’équipements audiovisuels dans les ménages tchadiens. Ce phénomène relativement récent s’explique par l’arrivée massive sur le marché d’équipements audiovisuels à un prix moins élevé qu’auparavant (téléviseur, décodeur universel, lecteur de DVD, etc.) en provenance de l’étranger (Nigeria, Dubaï, Chine) et l’amélioration des conditions de vie d’une certaine couche de la population tchadienne grâce aux revenus du pétrole. Soulignons que ces équipements, par leur diversité, constituent une pluralité de vecteurs de consommation d’images.
Tableau VI. Possession d’équipements audiovisuels parmi les enquêtés.
| Équipements | Nombre | Pourcent |
| Télévision | 469 | 74 % |
| Lecteurs DVD, VCD | 277 | 44 % |
| Ordinateurs | 266 | 42 % |
94On peut remarquer que parmi les 469 soit 74 % (tableau VI) qui déclarent posséder un récepteur de télévision, plus de la moitié (277 soit 44 %) possèdent également un lecteur de DVD qui autorise simplement le visionnement de films. Ceci se justifie par le coût abordable des équipements sur le marché.
95Dans le cadre de la politique de modernisation du système éducatif au Tchad, le Chef de l’État a accordé un ordinateur à chaque étudiant tchadien en 2010, ce qui a permis de renforcer le taux d’équipement informatique d’une frange de la jeunesse urbaine tchadienne (266 soit 42 % disposent d’un ordinateur). Au risque de mentionner ce qui serait ailleurs une évidence, il faut souligner que la possession de ces équipements audiovisuels nécessite un dispositif électrique. Pour remédier au caractère aléatoire de l’énergie électrique, la plupart des ménages tchadiens sont équipés aujourd’hui de générateurs et/ou de plaques solaires importées, souvent de fabrication chinoise. C’est donc, entre autres, la possession de ces sources d’énergie qui justifie le taux élevé de possession d’équipements audiovisuels parmi la population enquêtée.
3.2. Fréquence d’achat de films
96Parmi les paramètres déterminant le rythme d’achat des DVD il faut évidemment prendre en compte la situation socioéconomique de chaque individu. D’après la première enquête sur la consommation et le secteur informel au Tchad (ECOSIT1) de 1996, l’incidence de la pauvreté, à savoir le pourcentage des ménages dont les dépenses annuelles sont inférieures au niveau nécessaire pour couvrir les besoins alimentaires et non alimentaires minima est estimée à 43,4 %. Si l’on utilise une définition transnationale du seuil de pauvreté, les quatre cinquièmes de la population tchadienne vivent avec moins d’un dollar par jour. Les indicateurs sociaux restent bien en dessous des moyennes de l’Afrique sud saharienne. Même si la situation évolue rapidement dans le pays, encore une fois la composition de notre échantillon s’écarte sensiblement de cette réalité socio-économique. Parmi notre population enquêtée, les 277 soit 44 % de détenteurs de lecteurs DVD (tableau VI) achètent au moins un film par mois soit un total de 226 films (tableau VII).
Tableau VII. Fréquence d’achat de films.
| Fréquence | Hommes | Pourcent | Femmes | Pourcent |
| Plus de deux par semaine | 16 | 2,53 % | 3 | 0,47 % |
| Un ou deux par semaine | 35 | 5,53 % | 4 | 0,63 % |
| Un par mois | 191 | 30,22 % | 35 | 5,53 % |
| Un par trimestre | 85 | 13,44 % | 12 | 1,89 % |
| Occasionnellement | 144 | 22,78 % | 22 | 3,48 % |
| NSP | 73 | 11,55 % | 12 | 1,89 % |
| Total | 544 | 86,05 % | 88 | 13,89 % |
97Il ressort donc que parmi les personnes enquêtées, seules 58 soit 10 %, achètent au moins deux films par semaine. La faiblesse de cette fréquence se justifie par le simple fait qu’au Tchad, la majorité des emplois sont rémunérés mensuellement. Aussi, la régularité dans le versement mensuel des salaires des agents de l’État constitue parfois un problème. Or, il se trouve qu’un grand nombre de salariés est employé de l’État. Ceci fait que même s’il désire, fut-il amoureux du cinéma, s’acheter un film tous les mois, il n’arrive parfois pas à le faire du fait de l’irrégularité dans le versement de salaire. C’est ce qui justifie dans une certaine mesure, la fréquence d’achat la plus longue (trimestrielle) avec un taux de 18 % (graphique 6).
Graphique 6. Fréquence d’achat de films.

98Cette fréquence d’achat est en revanche réduite chez d’autres catégories (salariés du secteur privé, artisans-commerçants, et travailleurs autonomes) représentant 34 % des enquêtés qui achètent au moins un DVD chaque mois. La haute fréquence (41 %) s’explique par le fait qu’il s’agit des catégories socioprofessionnelles ayant des activités informelles diverses et donc, des sources de revenus variées.
3.3. La constitution de fonds personnels
99Lorsque nous évoquons ici la constitution de fonds personnels, nous mesurons la quantité de films (tous supports confondus) que possèdent les enquêtés et le mode de stockage de ces films. Au-delà du simple aspect quantitatif, nous cherchons aussi, dans la mesure du possible, à connaitre le choix des films possédés par les individus et donc leurs goûts cinématographiques, la circulation de ces films au sein de leurs cercles de sociabilité et le degré de culture cinématographique que révèlent ces choix.
100Il ressort un fort taux (64 %) de possesseurs de DVD (tableau VIII), information intéressante si on se souvient que seulement 56 % des enquêtés possèdent un lecteur de DVD, mais cette proportion ignore sans doute les lecteurs intégrés aux ordinateurs. Ce taux de possession se répartit de la manière suivante :
Tableau VIII. Constitution d’un fonds personnel de films.
| Nombre de DVD possédés | Effectifs | Pourcentage |
| [1-15] | 160 | 25 % |
| [16-30] | 97 | 15 % |
| [31-+] | 149 | 24 % |
| Sans réponse | 226 | 36 % |
| Total | 632 | 100 % |
101160 personnes soit 25 % possèdent entre un et quinze DVD ; 97 soit 15 % possèdent entre 16 et 30 DVD et 149 soit 24 % possèdent plus de 31 DVD. Si nous faisons un rapprochement avec la fréquence d’achat de DVD et en particulier avec celle d’un DVD par mois, la constitution d’un fonds de 30 DVD s’étendrait sur 30 mois d’achat soit une durée de deux ans et demi ou encore une dépense d’environ 22 500 FCFA si on évalue le prix moyen d’un DVD à 750 FCFA.
102Cependant, il est à noter que ces chiffres ne constituent pas le fonds de films possédés surtout lorsqu’on sait que dans un pays comme le Tchad, on se retrouve parfois à des périodes de forte chaleur (+ 50 °C), de poussière ou d’humidité en ce qui concerne surtout les sites enquêtés, ce qui pose le problème de conservation des DVD. Ces aléas climatiques peuvent être à l’origine de la détérioration des supports que les détenteurs peuvent parfois se voir dans l’obligation de jeter. Également, les DVD qu’ils prêtent aux autres peuvent parfois se perdre ou se détériorer faute d’une bonne conservation.
103À la lumière de ce tableau, nous sommes tentés de dire que la découverte du cinéma par notre échantillon est récente. Ce qui semble être une évidence compte tenu de l’histoire du cinéma au Tchad et de l’âge de la majorité de la population tchadienne et du corpus interrogé d’une part, de l’introduction du support DVD sur le marché d’autre part, mais aussi de l’arrivée récente sur le marché des équipements de visionnement de films à bas prix qui a permis à la population d’en acquérir. Évidemment, cette analyse ne tient pas compte de l’antériorité du support VHS qui avait précédé le DVD et qui était, comme le DVD, disponible en version piratée. Reste à savoir comment les Tchadiens découvrent-ils ou du moins viennent-ils à être informés des films qu’ils vont regarder ?
3.4. Les formes de médiation
104D’une manière générale, en France ou dans d’autres pays occidentaux, l’information dans le domaine cinématographique provient de la communication commerciale (publicité) et interpersonnelle. L’affichage, les critiques publiées spécifiquement dans le domaine cinématographique par différents médias apportent un éclairage sur les œuvres filmiques et jouent un rôle prescripteur dans le choix des spectateurs. Au Tchad, de manière pratique, seules deux sources d’information sont effectives dans le domaine cinématographique. Il s’agit des panneaux d’affichage des cinéclubs et de la communication interpersonnelle ou le « bouche-à-oreille ». On note également depuis peu l’introduction du réseau internet qui est utilisé par les opérateurs de téléphonie mobile pour ce qui concerne la promotion mondiale des films, ce qui ne peut avoir qu’une fonction de prescription différée par rapport à la programmation des télévisions, des cinéclubs, ou au marché des DVD pirates.
105L’univers médiatique tchadien est très restreint et se compose de deux secteurs : une presse audiovisuelle et une presse écrite à dominance privée. Les journalistes de ces médias sont généralement recrutés sur des bases qui ne respectent pas uniquement des critères de compétence. Soit qu’ils n’aient pas reçu de formation dans le domaine ou qu’ils aient reçu une formation insuffisante. Lorsqu’ils possèdent la formation requise, les conditions et moyens de travail, et même comme c’est souvent le cas, la rétention de l’information, ne leur permettent pas d’exercer normalement le métier. Ceci a une incidence sur la qualité du traitement et de la diffusion de l’information. Le manque de culture cinématographique entraine à son tour une absence de critique dans ce domaine qui requiert souvent un bon niveau journalistique et sémiologique doublé d’une culture cinéphilique.
106Il n’existe aucune presse spécialisée au Tchad31 comme c’est le cas en France, pas plus qu’il n’existe de critique cinématographique à la radio ou à la télévision par exemple. Quant à la presse générale, elle ne consacre aucune de ses rubriques spécifiquement au cinéma sinon à la culture d’une manière générale. De même, il est rare de voir des messages publicitaires diffusés sur les antennes des radios ou les chaines de télévision tchadiennes concernant le cinéma. À ce titre, toutes nos informations recueillies auprès des enquêtés concernant la presse, la télévision et le web relèvent de sources étrangères.
Tableau IX. Les types de médiation utilisée.
| Types | Effectifs | Pourcentage |
| Presse | 43 | 7 % |
| Télévision | 27 | 4 % |
| Web | 378 | 60 % |
| Bouche-à-oreille | 477 | 75 % |
| Autres | 30 | 5 % |
10743 enquêtés soit 7 % seulement déclarent choisir les films par l’intermédiaire de la presse. Il y a dix ans, ce chiffre aurait été bien inférieur. Mais de quelle presse s’agit-il lorsqu’on sait qu’aucune presse spécialisée n’existe ni n’est vendue au Tchad ? S’agit-il de la presse en ligne ? La réponse n’est pas claire et fait apparaitre une limite du questionnaire à ce niveau. 378 soit 60 % déclarent faire le choix de leur film grâce au web. Ce taux peut paraitre surprenant dans un pays où, selon une étude publiée par le Bureau de Développement des Télécommunications de l’UIT en 201332, on comptait au Tchad 1,90 % d’utilisateurs d’internet en 2011. La contradiction n’est qu’apparente ; elle s’explique par la possibilité de connexion qu’offrent de nos jours les opérateurs de téléphonie mobile et les cybercafés, et le développement rapide de cette pratique ces dernières années. En effet, grâce à la connexion accessible dans les cybers ou via le téléphone, les abonnés peuvent consulter leur boite de messagerie et échanger des informations à travers les réseaux sociaux à faible débit à un coût négligeable. L’étude citée plus haut recensait déjà 40 % d’utilisateurs de la téléphonie mobile. Aujourd’hui, de manière empirique, on se rend compte que la quasi-totalité des jeunes se connecte sur leur téléphone portable de manière quasi permanente. Ils vont sur divers sites de messageries et sur les réseaux sociaux qui constituent une version technologique nouvelle de la communication interpersonnelle. On assiste là à une considérable amplification technique du bouche-à-oreille traditionnel : il n’y a que le vecteur qui change.
108D’autre part et c’est différent et de moindre importance, il y a la consultation des sites. C’est ce qui justifie le nombre de sites (12) consultés par nos enquêtés et en particulier les sites comme Waptrick, Tubidy, Torrent et Flipboard qui relèvent d’une connexion sur androïd. De l’ensemble des sites identifiés, quatre d’entre eux ressortent par leur spécialité, YouTube, AlloCiné, CinéMag, Africiné33 qui se situent au carrefour des fonctions promotionnelles pour l’industrie du cinéma, de la médiation commerciale et de la prestation de service pour l’internaute.
109Les 30 autres enquêtés (5 %) opèrent le choix des films qu’ils vont regarder par l’intermédiaire des tableaux d’affichage des cinéclubs (photos 2) alors qu’il s’agissait là de la principale source d’information pour les spectateurs des cinéclubs dans l’étude que nous avions menée dans le cadre de notre thèse.
Photo 2. Aperçu de deux tableaux d’affichage de cinéclubs.

Crédit photo : Patrick Ndiltah.
110En ce qui concerne notre échantillon, il pourrait s’agir des individus n’ayant pas accès aux autres formes de médiation précédemment évoquées, ce qui constituerait une évolution tellement importante qu’elle peut sembler surprenante. N’est-on pas en présence d’une situation nouvelle dans laquelle la communication interpersonnelle médiatisée via la téléphonie mobile et les réseaux sociaux se conjugue à la vision des affiches dans la détermination du choix sans que les intéressés eux-mêmes soient en mesure de déterminer le fonctionnement du processus.
111Enfin, 27 personnes soit 4 % déclarent opérer le choix à travers la télévision. Il ne s’agit pas ici de la télévision tchadienne mais des programmes de diffusion sur d’autres chaines de télévision comme le bouquet Canal+ par exemple ou de la publicité autour des films qui peuvent se retrouver au hasard à l’affiche dans les cinéclubs.
112En somme, il faut retenir qu’au Tchad il existe une apparente absence de médiation autour du cinéma, notamment celle que pourraient construire des médias traditionnels (pas d’articles critiques, pas de programmation annoncée, pas de publicité dans les journaux, à la radio ou à la télévision…). Les seules formes de médiation qui existent sont bien la communication interpersonnelle et les panneaux d’affichage des cinéclubs, mais les messageries diverses et les réseaux sociaux sont en train d’introduire une dimension technologique nouvelle qui semble destinée à devenir déterminante.
4. La culture du cinéma
4.1. Les représentations du cinéma
113Pour tenter d’appréhender la nature de la culture cinématographique des Tchadiens, nous leur avons posé la question la plus large possible : « qu’est-ce que le cinéma pour vous ? » afin de déterminer les enjeux qui sous-tendent leur perception du cinéma. Avant d’analyser les résultats, il convient de souligner qu’au Tchad, il n’existe aucun programme d’enseignement du cinéma ou du moins de la notion ou du langage cinématographique dans tout le cursus scolaire. De plus, suite à la fermeture des salles traditionnelles dans les années 80, le public dans son ensemble34 n’a jamais expérimenté l’ambiance ou le plaisir partagé d’une véritable salle de cinéma. C’est donc dans ce contexte particulier que nous avons recueilli les différentes définitions du cinéma.
114Nous avons enregistré tout un éventail de réponses qu’il convient de regrouper en trois catégories : le cinéma comme vecteur de transmission de connaissances ou de culture, le cinéma comme art, procédé ou technique de production, le cinéma comme lieu d’échange et de partage.
Graphique 7. Le cinéma comme vecteur.

4.1.1. Le cinéma comme vecteur
115Sur 632 enquêtés, 100 personnes soit 16 % considèrent le cinéma comme un vecteur d’éducation, de divertissement, de distraction, de loisir, de culture, de communication et de sensibilisation. Dans les pays occidentaux, il est courant de distinguer et même d’opposer le cinéma de divertissement/loisir et le cinéma comme vecteur de culture (cinéma d’auteur). Ici, on constate qu’il y a un amalgame : cette distinction ne semble pas pertinente. Le cinéma est considéré comme un moyen permettant de « se cultiver par la distraction ». Cette notion de culture par la distraction suscite donc une interrogation. Car comment comprendre qu’on puisse se cultiver en se distrayant tout en sachant que la distraction induit un manque d’attention, un délassement de l’esprit alors que pour se cultiver l’on a besoin d’une certaine concentration, d’une certaine attention ?
116La référence à l’« éducation », seule ou associée à d’autres expressions, revient 34 fois. Dans un pays où les structures éducatives font encore défaut mais où l’accès aux études, et surtout aux diplômes, est important et peut conditionner la trajectoire d’une vie, les jeunes qui ont échoué dans leurs études se retrouvent le plus souvent dans la rue. Le cinéma tend à rééquilibrer cette situation et répond ainsi à une demande d’éducation informelle. À travers les centres culturels en particulier, le cinéma se pose ainsi, dans l’esprit d’une frange de spectateurs, en recours contre un déficit éducatif et culturel. Cette mission éducative du cinéma a déjà été développée35.
117Pour les centres culturels religieux, l’idée est d’inscrire une programmation cinématographique dans une perspective éducative et de promotion des valeurs religieuses. À ce titre, le cinéma tient un double rôle : celui d’un support d’éducation morale mais aussi de divertissement, ce qui n’est évidemment pas l’objectif des cinéclubs, lesquels sont uniquement préoccupés par le montant de la recette et construisent leur programmation dans cette perspective.
4.1.2. Cinéma comme art
118Pour certains répondants, le cinéma est considéré comme un art, une technique, un procédé, une mise en scène ou une reproduction. Dans cette catégorie, on compte 110 occurrences soit 17 % de définitions du cinéma comme « art ». Ces définitions varient d’un individu à un autre telles que « art de divertissement », « art de produire et réaliser des films », « art de faire des films et de les diffuser », « art de filmer, de monter et de projeter des images animées », « art de composer, de monter et de réaliser des films », « art de réaliser, de fabriquer et de diffuser des images », « art de raconter les histoires par les images », « art du spectacle », « 7e art » ou « art » tout simplement. On note ici un amalgame entre la notion d’art qui rejoint celle de culture, la technique et l’économie de la filière. Les différents termes associés à « art » montrent en fait que c’est parfois la création qui est privilégiée, le cinéaste étant perçu comme un créateur au même titre qu’un peintre, parfois c’est l’artisan qui fabrique, enfin ces définitions ont pour beaucoup d’entre elles en commun de considérer l’auteur comme acteur unique de l’industrie cinématographique : réaliser, produire, diffuser se confondent et sont portés au crédit d’un seul et même individu.
119Considérer le cinéma comme un art de réaliser, produire et diffuser les images démontre la capacité des publics à le distinguer des autres arts. On retrouve en effet de manière indistincte toute la chaine de production cinématographique dans ces différentes réponses. Ceci montre qu’en dépit du décalage de l’expérience cinématographique vécue par les jeunes d’aujourd’hui, les représentations du cinéma ne diffèrent pas totalement de celles de leurs ainés ou de celles des jeunes d’autres pays qui ont acquis cette expérience cinématographique.
4.1.3. Le cinéma comme lieu
120Il en est de même pour la représentation du cinéma comme salle, ou lieu de distraction, de divertissement, de loisir et de sociabilité. Bien qu’elle n’ait pratiquement jamais gouté l’expérience de la communion autour des images dans les salles traditionnelles dans sa majorité, la jeunesse tchadienne, habituée des salles de substitution (cinéclubs, centres culturels et maisons de la culture, etc.) voit le cinéma comme un lieu de rencontre.
121327 réponses soit 52 % considèrent ainsi le cinéma comme lieu. Il faut souligner l’importance de ce chiffre par rapport aux autres types de réponses. Si on accepte un instant d’imaginer une telle question posée à des spectateurs français par exemple ou de tout autre pays où il existe une culture cinématographique constituée, on prend conscience de l’importance considérable que prend ici le lieu de projection par rapport au spectacle cinématographique qui s’y déroule. Ceci corrobore nos observations antérieures et qu’on peut résumer en une formule simple : pour une fraction importante de spectateurs, on ne va pas voir un film, on va « au cinéma ».
122On retrouve une gamme variée d’expressions qui tournent autour de cette convivialité et de rassemblement : distraction, loisir, retrouvailles, échanges, brassage, etc.
123Dans un contexte d’insuffisance en matière d’équipements culturels et de lieux de loisir, les cinéclubs constituent, avec les bars les lieux les plus fréquentés. Si certains évoquent le passe-temps, d’autres disent faire des sorties pour « prendre de l’air ». En saison sèche en effet, les températures au Tchad sont les plus élevées et à cause de leur espace à ciel ouvert, les cinéclubs sont beaucoup fréquentés pendant cette période.
124Le caractère de la rencontre se perçoit également dans les fonctions multiples que joue la salle du cinéclub. Le lieu de projection devient un mini marché temporaire où fleurissent des petits étals. En dehors du temps de projection, le lieu peut être utilisé pour des réunions familiales pour des habitants du quartier, des cérémonies de funérailles, de dot, etc. Ce qui tend à installer la « salle de cinéma » comme un lieu aux fonctions multiples inséré dans la vie sociale.
4.2. La question du goût
125Selon Creton, l’acte « d’aller au cinéma » est une démarche active, d’ouverture, de choix et d’investissement36. Pour aborder le domaine du choix c’est-à-dire du goût, nous avons posé à notre échantillon un certain nombre de questions : « Est-ce que vous préférez les séries télévisées ou les films ? Lesquels regardez-vous le plus ? Quelle nationalité de film vous incite(rait) à sortir pour aller au cinéma ? », ce qui permettait d’apprécier la distinction qu’ils opéraient, ou non, entre les séries ou les films et l’importance qu’ils accordaient à la « nationalité » d’un film. Deux nationalités ont été retenues à cet effet, les films africains francophones et américains. Les films asiatiques ne figuraient pas dans cette dernière question et on peut le regretter. L’uniformité du questionnaire d’enquête pour les 4 pays justifiait sans doute ce choix mais pour le Tchad, cette omission constitue une lacune. Elle aurait pu nous apporter plus d’informations sur la question relative aux goûts de nos enquêtés surtout lorsque, de manière empirique, on sait que le film de Kung-Fu est plus apprécié par les jeunes.
126Si nous considérons les réponses à la question « quelle nationalité de film vous incite(rait) à sortir pour aller au cinéma », la moitié des personnes interrogées, 318 soit 50 % déclare sa préférence pour les films américains. Ce phénomène n’est pas nouveau lorsqu’on sait que plusieurs études37 ont démontré dans le passé le goût prononcé des Africains pour les films américains ou asiatiques, goût entretenu par la programmation des cinéclubs et l’offre de DVD piratés. Si quelque chose doit nous étonner dans cette réponse c’est que seulement la moitié des enquêtés affirment cette préférence compte tenu de la force de pénétration de l’industrie cinématographique américaine en particulier, à travers ses films d’action.
127154 soit 24 % des enquêtés mentionnent leur préférence marquée pour les films africains francophones. On serait tenté, à l’inverse de ce qui concerne le cinéma américain, de trouver la proportion extrêmement élevée au regard de la production cinématographique africaine. Ce décalage est encore plus net lorsqu’il est demandé de citer au moins deux titres de films ou genre de films nationaux ou de la région regardés. En effet, on note plus de 300 allusions faites aux films africains francophones, soit plus de 40 %. Ce qui pose le problème de l’attitude ambigüe du public tchadien face à son cinéma38 mais surtout, comme nous le verrons, cela interroge la perception du concept de « film » africain, car ce taux élevé des réponses est sans doute pour une large partie dû au flou qui entoure la notion de genre lorsqu’elle touche au récit filmique.
128En effet, la question du goût ne se limite pas à la nationalité d’un film. Elle peut également se référer à la catégorie ou au genre du film. C’est à ce titre que nous avons cherché à connaitre la préférence des enquêtés en matière de catégorie de récits filmiques.
Graphique 8. Préférence en matière de récits filmiques.

129La préférence de 397 enquêtés (63 %) va vers les séries télévisées alors que 233 d’entre eux, soit 37 %, choisissent les films. Seuls deux enquêtés laissent cette question sans réponse, ce qui prouve que nous sommes bien face à un domaine où les préférences sont affirmées et où l’indifférence n’est pas de mise.
130Quant à la question de savoir lequel de ces deux genres ils regardent le plus (ceci afin de distinguer la notion de goût de celle de pratique spectatorielle), 360 répondants soit 56 % se déclarent pour les séries, 258 soit 40 % pour les films et 14 soit 2 % ne se prononcent pas ou optent pour les deux à la fois. Ce qui est proche des pourcentages des réponses relatives à la préférence.
131Généralement les séries africaines télévisées appelées également sitcom (situation comedy – comédie de situation) retracent des épisodes de la vie quotidienne et la majorité des publics se retrouvent dans ces histoires. C’est ce qui justifie le taux de préférence de 26 % par rapport aux films (14 %). Parmi ces séries préférées, la série ivoirienne Ma famille (2002) et burkinabé L’As du Lycée (2007) viennent en tête avec respectivement 12 et 4 % suivies des séries tchadiennes Patates amères (2013) et Kam Kam diffusées assez régulièrement sur Électron TV, avec respectivement 3 et 2 %.
132La plupart de ces comédies dramatiques, sentimentales, romantiques et humoristiques africaines mettent en exergue différentes habitudes africaines telles que : polygamie, infidélité et jalousie, mariage forcé, exode rural, ainsi que bien d’autres maux qui minent la société. Elles sont généralement diffusées sur des chaines comme TV5 Afrique, La Première, A+, Électron TV, et donc accessibles.
133On note également la présence de quelques feuilletons indiens Kitanimohabbathai (2009) et sud-américains Les deux visages d’Ana (2008), Un palace pour deux (2013), Mas sabe el diablo (2009). Il s’agit généralement de feuilletons romantiques mélangés à la jalousie et à la vengeance. Reste à savoir si les spectateurs tchadiens arrivent à distinguer une série d’un serial surtout lorsqu’on sait que tous les deux sont des films à épisodes.
134Afin d’approfondir cette question nous nous sommes entretenus, en sus de notre enquête, avec 20 autres spectateurs sur ce sujet. Les réponses recueillies auprès de ces derniers peuvent être classées en trois catégories :
- pour 11, une série est un film à épisodes ;
- pour 3, une série est une continuité de film ;
- enfin, pour 6, une série est un film qu’on peut regarder en plusieurs jours.
135Le dictionnaire technique du cinéma définit quant à lui une série comme un ensemble filmique d’épisodes présentant une homogénéité de conception, une forme narrative voisine et des personnages communs. Chaque épisode développe une intrigue complète et peut être vu séparément. Il définit le serial comme une variante du film d’aventures ; la continuité narrative y est fractionnée en épisodes qui rebondissent de semaine en semaine.
136À la lumière de ces définitions, nous nous rendons compte qu’il y a une indépendance entre les épisodes d’une série. Par contre, celles d’un serial sont dépendantes.
137Lorsqu’on tente de rapprocher ces définitions à celles fournies par les 20 spectateurs interrogés, on se rend bien compte qu’aucune allusion n’est faite en ce qui concerne l’homogénéité de conception et l’indépendance des épisodes. Ces définitions ne fournissent aucune information en ce qui concerne une série ou un serial. Or, on se rend compte que la plupart des sitcoms tels Ma famille, Commissariat de Tampy (2006), L’as du lycée, etc. qui sont objet de prédilection par nos spectateurs relève plutôt d’un serial que d’une série puisque la continuité narrative y est fractionnée en épisodes rebondissant de semaine en semaine. Quant à la question de savoir ce qu’est un serial, tous les spectateurs interrogés déclarent n’en avoir jamais entendu parler. Cette situation étonnante relève en réalité de la popularité et de l’usage abusif du terme série et de la confusion entre les deux types de film à épisodes. Elle est la preuve de l’absence d’une vulgarisation des notions du cinéma, notamment dans les établissements scolaires au Tchad.
Conclusion
138L’intérêt de la présente étude nous semble double. D’abord, dans la mesure où le protocole retenu recoupait largement celui que nous avions adopté dans le cadre de notre thèse, du moins en ce qui concerne les pratiques collectives, il était important de savoir si cette recherche donnait une validité statistique au travail plus qualitatif que nous avions mené ou si, au contraire, il en infléchissait les conclusions. Globalement, les réponses de l’échantillon corroborent celles que nous avions obtenues dans le cadre d’entretiens semi directifs. Nous avons cependant mis au jour une exception notable : il s’agit de la manière dont s’opère le choix des films diffusés dans les cinéclubs. En effet, alors que les panneaux d’affichage situés à l’entrée des établissements semblaient très majoritairement le vecteur par lequel les spectateurs choisissaient leurs films, suivis de très loin par la communication interpersonnelle, on voit ici un renversement saisissant grâce à la généralisation du téléphone portable qui, par le biais des textos, des messageries diverses et plus généralement des réseaux sociaux, possède une fonction de caisse de résonance et supplante ainsi tous les autres modes de prescription en matière de films. Cette communication interpersonnelle médiatisée est une des découvertes de cette recherche.
139D’autre part, dans une perspective comparative, on voit se dessiner une différence sensible avec le Togo, par exemple, pour ce qui concerne l’équilibre entre la consommation personnelle et la consommation collective au bénéfice de la seconde. Cette différence tient à plusieurs facteurs qui sont corrélés : avant tout, elle est due à la présence massive, dans les grandes villes, des cinéclubs qui offrent un divertissement de proximité à un coût dérisoire. Mais cette implantation elle-même n’a été possible qu’en raison d’une double réalité : le faible niveau de revenu de la majorité des Tchadiens qui leur interdisait l’achat d’équipements personnels de visionnement et la très faible pénétration du réseau internet. Même si cette situation évolue et si le taux d’équipements personnels augmente, la pratique collective s’est installée et reste une habitude culturelle prégnante dans les grandes villes. C’est encore ce faible niveau de revenus qui fragilise le modèle économique de la seule salle de cinéma du pays.
Notes de bas de page
1 Patrick Ndiltah, Des vidéoclubs pour l’Afrique ? « Salles » de cinéma populaires et lieux de sociabilité au Tchad, Paris, l’Harmattan, 2015, 252 p.
2 Paulin S. Vieyra, Le cinéma africain des origines à 1973, Paris, Présence Africaine, 1975, p. 188-199.
3 Information recueillie auprès d’Issa Serge Coelo, directeur du Normandie.
4 Dans bien des cas, c’est la cour familiale qui est transformée en lieu de projection le soir.
5 Le Normandie, Rio, Cherazade, l’Étoile et le Vog à N’Djaména, le Rex à Sarh, le Logone à Moundou.
6 Patrick Ndiltah, op. cit., p. 187.
7 Laurent Jullier, Qu’est-ce qu’un bon film ? Paris, La Dispute, 2002, passim.
8 Dont l’UNFPA, UE, Coopération Suisse, Unicef, Minurcat.
9 Patrick Ndiltah, op. cit., tableaux 15-16, p. 232.
10 Cette appellation est péjorative et renvoie à la prostitution.
11 Pour les sorties en couple, au Tchad, on observe souvent en boite mais très rarement au cinéclub.
12 Patrick Ndiltah, op. cit., p. 161-162.
13 Ibid., p. 289.
14 Certains jeunes couples vivent chez leurs parents et sont à leur charge, ce qui est souvent le cas des étudiants.
15 Les densités variant considérablement du nord au sud du pays avec 0,2 habitant au km² dans la partie nord du pays, et environ 52,4 habitants au km² dans la partie sud où sont concentrées les activités économiques.
16 Un lecteur DVD coute environ 20 000 FCFA et un film sur un support DVD, 500 FCFA.
17 À noter que pour les fêtes de fin d’année 2018, Canal+ fait la promotion des décodeurs HD à 5 000 FCFA, ce qui offre une possibilité aux usagers d’enregistrer des programmes, y compris les films, diffusés sur ses chaines pour un nouvel usage.
18 Ce qui s’avère paradoxal lorsqu’on se rend pratiquement compte du nombre de paraboles qui surplombent les maisons à N’Djaména et qui permettent de recevoir une multitude de chaines gratuites.
19 Pour plus de détails, lire Patrick Ndiltah, « Les contraintes de production cinématographique au Tchad » dans Claude Forest (dir.), Produire des films. Afriques et Moyen Orient, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, p. 199-216.
20 Réveil matinal en langue locale.
21 Patrick Ndiltah, op. cit., p. 166, passim.
22 En 1932, cette compagnie s’était installée au Maroc, d’où son appellation de « compagnie marocaine » tout en exerçant ultérieurement uniquement au sud du Sahara. Elle changera de siège social en 1959 mais gardera son acronyme en devenant la Compagnie « africaine » cinématographique et commerciale. Sur son histoire, voir Claude Forest Les salles de cinéma en Afrique sud saharienne francophone. Une occupation française (1926-1980), Paris, L’Harmattan, 2019, 302 p.
23 Pour plus de détails, voir Odile Goerg, Fantômas sous les tropiques. Aller au cinéma en Afrique coloniale, Paris, Vendémiaire, 2015.
24 Pierre Pommier, Cinéma et développement en Afrique noire francophone, Paris, Pedone, 1974, p. 28.
25 Ibid., p. 40.
26 J.-R. Debrix, Le cinéma africain, Revue Afrique contemporaine, n° 40, novembre-décembre 1968, in Pierre Pommier, op. cit., p. 45.
27 Pierre Pommier, op. cit., p. 39-42.
28 Ibidem.
29 Patrick Ndiltah, op. cit., tableau n° 14, p. 231.
30 Il serait intéressant d’affiner l’analyse en ne se fondant pas seulement sur la valeur absolue de la dépense mais sur la proportion des revenus ainsi investie.
31 À moins qu’on considère le journal Tchad et Culture qui traite de la culture dans sa généralité.
32 Pauline, Tsafak Djoumessi, Taxation des services de télécommunications en zone CEMAC, séminaire sur les coûts et les tarifs organisé par le Bureau de développement des télécommunications de l’UIT, Caire, 4-5 février 2013.
33 Africiné (http://www.africine.org/) est un site de critique cinématographique qui donne l’actualité sur le 7e art du continent en général (réalisateurs, acteurs, producteurs et distributeurs).
34 Seules les personnes de plus de 50 ans environ et les rares spectateurs du Normandie ont pu connaitre cette expérience, ce qui, dans notre échantillon représente une proportion négligeable.
35 Patrick Ndiltah, op. cit., p. 51.
36 Laurent Creton (2009), op. cit., p. 157.
37 Joseph Armando Soba, Le cinéma américain en Afrique francophone. Mécanismes de la pénétration et influences : le cas du Congo, thèse de doctorat, Paris, 1993.
38 Patrick Ndiltah, op. cit., p. 195.
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