Arguments pro-européens d’hier et d’aujourd’hui dans La Paix en Europe par l’alliance anglo-française (1861)
p. 221-234
Résumé
La Paix en Europe par l’alliance anglo-française (Peace in Europe through the Anglo-French Alliance), published in Paris in 1861 just after the signing of the Cobden-Chevalier Treaty, pleads not only for free trade between the two nations but also for a new Europe based on principles such as freedom and progress. The following essay examines this book, written by Auguste Picard, a disciple of both John Stuart Mill and Saint-Simon. While the post-1815 Anglo-French relations, causes of, and preparation for, the Treaty as well as its reception and effects are analyzed, the focus is on the new perspectives on Europe developed by Picard. To Picard, the Treaty marks an opportunity to rebuild Europe on principles opposed to those who dominated in 1815. His constant criticism of the Austrian empire illustrates his stand for liberalism and democracy.
Texte intégral
Introduction
1La Paix en Europe par l’alliance anglo-française paraît anonymement à l’imprimerie Lainé et Havard à Paris en 1861. L’auteur avignonnais, Auguste Picard, industriel de la poudre de garance1, un produit essentiel du Vaucluse de l’époque, avait publié sur l’agriculture et l’économie ; c’était un disciple et un correspondant de John Stuart Mill, dont le progressisme, les travaux sur la liberté, voire l’œuvre en général et certains textes en particulier, inspirent nombre de ses analyses2. C’est dans la Revue Britannique d’Amédée Pichot, qui était lui-même né à Arles, qu’on trouve confirmation du fait que Picard est l’auteur de ce livre3. Picard publiera (encore anonymement) en 1862 chez le même éditeur un essai sur la guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage aux États-Unis4. Ses deux livres sont encensés par cette même revue.
2Picard voit dans le Traité de libre-échange franco-anglais de 1860, également connu sous le nom de « Traité Cobden-Chevalier », une avancée décisive pour ces deux pays mais aussi pour la paix en Europe et la construction de celle-ci, avancée qui permet de « faire entrevoir une perspective prochaine d’union et de concorde européenne »5. Il soutient la cause de la paix, et affirme la nécessité d’une forme d’union commerciale pour y parvenir, points de vue qui ne diffèrent pas fondamentalement de ceux qui ont présidé à la formation de l’Europe contemporaine. Critiquant les lieux communs qu’on oppose au Traité, l’auteur dénonce également les traités de 1815 en Europe et leurs conséquences, prône le renforcement des liens commerciaux et financiers franco-anglais, dénonce la vanité du protectionnisme, et souligne les actions politiques ou militaires communes des deux pays depuis 1815.
3On privilégiera au fil de notre développement l’analyse de ce qui dans l’ouvrage de Picard débouche sur des perspectives européennes neuves pour son temps, sans pour cela négliger ce qui constitue l’objet principal de l’ouvrage, à savoir la marche vers le traité de libre-échange de 1860, et les effets potentiels de celui-ci, qui, dans ce livre, sont d’ailleurs principalement rapportés à l’Europe.
Vers le Traité de 1860. Le contexte du Traité : les relations économiques franco-britanniques de 1786 à 1859
4Le Traité de 1860 s’inscrit naturellement dans l’histoire des relations économiques entre la Grande-Bretagne et la France. Le 26 septembre 1786 voit la signature du « Traité Eden-Rayneval », accord qui instaure une baisse des droits de douane, notamment sur les articles de luxe, les vins et alcools français, mais aussi sur certains produits anglais de grande consommation (comme c’est le cas des produits en coton). Ce traité marque un rapprochement entre les deux parties qui finira avec la Révolution et l’Empire, périodes où la guerre est aussi économique. C’est ce dont témoigne notamment le blocus continental instauré par Bonaparte à la suite du décret de Berlin du 21 novembre 1806 et de celui de Milan du 23 novembre 1807. Cette politique sera poursuivie et accentuée par le traité de Tilsit du 7 juillet 1807 signé avec la Russie et la Prusse, et par des invasions militaires, telles que celle du Portugal et de la Sicile. Sur l’après-1815, Picard déclare : « les causes du malaise européen subsistaient ; l’Angleterre et la France n’étaient point encore assez étroitement unies, et les puissances du Nord étaient restées fidèles au système de 1815, à l’idée Metternich. Aussi une nouvelle explosion se préparait… »6. Il ajoute qu’en 1860 « du Sonderbund de 1815, il ne reste que l’Autriche et dans quelle position ! »7. Et c’est l’occasion pour lui de critiquer les choix faits en 1815 pour l’Europe :
Aujourd’hui, les puissances continentales commencent à se douter que leur œuvre de 1815 aurait pu être plus juste et mieux combinée pour la sécurité de l’avenir. Il ne fallut pas tant de temps à l’Angleterre pour s’en apercevoir. Là où les affaires publiques sont publiquement discutées, la vérité se fait jour plus vite et mieux que dans les États dont le sort repose sur le jugement et la volonté d’un seul ou de quelques-uns. En Angleterre, les premières réflexions furent faites au lendemain de la guerre. En réglant le compte des dépenses, on se demanda si l’énorme Solde débiteur n’était pas hors de proportion avec les avantages obtenus ; et les hommes de finance hochèrent la tête8.
5Après 1815 les relations franco-britanniques sont certes meilleures, mais le protectionnisme reste solidement en place puisque même dans les années qui précèdent la signature du Traité de 1860, les importations demeurent limitées. L’avènement de Louis-Philippe d’Orléans change quelque peu le discours, sinon les pratiques9. Cependant, malgré les tarifs élevés, les échanges sont de plus en plus nombreux, notamment sur le plan culturel où un grand nombre d’œuvres, littéraires, scientifiques ou autres, sont traduites des deux côtés de la Manche10, alors que des produits anglais tels que les indispensables nouvelles machines à vapeur se multiplient en France. Picard écrit ainsi qu’« après la paix générale, la Vapeur, jusque-là à peine connue sur le continent, étendit rapidement sa puissante et vivifiante influence »11, et remarque que « ce fut surtout dans nos compagnies de Chemins de fer qu’affluèrent les capitaux anglais, comme pour activer le rapprochement des deux nations »12. C’est en 1846 que la Grande-Bretagne, grâce au leadership de Richard Cobden, abolit les lois protégeant les céréales britanniques (Corn Laws), montrant par là une claire volonté de mettre en place le libre-échange. Cobden se fera, sans succès, l’avocat du libre-échange auprès de Louis-Philippe. Picard revient sur ce point de la manière suivante :
Les relations commerciales se multipliaient également, malgré les obstacles que leur opposaient deux lignes de douane presque infranchissables. – Sous ce rapport, nos voisins nous ont encore devancés (1846) en abaissant leurs tarifs douaniers, en supprimant leur Navy-act et en ouvrant les ports de leurs colonies au commerce étranger. Quoique chez nous cet exemple n’ait pas été suivi, et que la douane persiste à prohiber et à taxer outre mesure [1], un fait bien significatif a été noté : c’est que, sur la somme totale de notre commerce extérieur, l’Angleterre seule figure pour un chiffre presque aussi élevé que nos voisins continentaux réunis. Que sera-ce donc si quelque jour notre régime douanier s’humanise, et, sans aller jusqu’au libre-échange (cet épouvantail des prohibitionnistes absolus), consent à laisser passer, sous des taxes modérées, les produits réciproquement les plus utiles et les plus avantageux13.
6La note 1, dont l’appel apparaît dans l’extrait original reproduit ci-dessus, confère un caractère quasi-prémonitoire à ce texte, dans la mesure où elle précise que cet ouvrage a été « écrit en novembre 1859, deux mois avant le traité de commerce »14. Picard avait commencé son livre avant la signature du Traité, et l’a adapté à l’événement qu’il souhaitait voir se réaliser. Notons que rien ne permet de penser qu’il s’agit d’un livre de commande, d’un livre suscité par la propagande impériale.
7La période 1815-1859 a préparé politiquement l’alliance de 1860, comme le note opportunément notre auteur. Ce Traité s’inscrit, il insiste sur ce point, dans une longue série de rapprochements politiques entre la France et la Grande-Bretagne, allant de l’abolition de la traite en 1814-15 à la libération de la Grèce, du « traité de la quadruple alliance, pour empêcher la contre-révolution en Espagne et en Portugal »15 au traité sur l’Égypte de 1841, de la campagne de Crimée au traité pour la défense de la Suède. Et Picard finit cette partie de son exposé par une péroraison qui illustre sa préoccupation principale, la paix en Europe :
Cette série d’actes accomplis ou de traités conclus en commun démontre assez que, pour cette alliance, la marche est ouverte et de telle sorte qu’il serait plus difficile aujourd’hui de rétrograder, que de poursuivre dans la même voie en pressant le pas au besoin. On a vu la France et l’Angleterre s’accorder successivement pour opérer ou garantir l’indépendance des péninsules hellénique, ibérique et Scandinave. C’est encore d’une péninsule qu’il s’agit en ce moment, de cette Italie si intéressante par elle-même et au point de vue de la paix de l’Europe16 !
Causes et décideurs du Traité
8Parmi les causes circonstancielles du Traité, mentionnons notamment le fait que la balance commerciale française est excédentaire durant la décennie 1850-59, que Napoléon III, en guerre contre l’Autriche en Italie, a besoin d’un allié, et qu’il est surtout sensible aux arguments des saint-simoniens favorables au développement du libre-échange. Rappelons que « Saint-Simon et les saint-simoniens avaient toujours appelé à une union politique des peuples de l’Europe, dont une alliance avec l’Angleterre devait être le premier chaînon. L’Union politique s’étant avérée provisoirement impossible à réaliser, le libre-échange pouvait en être considéré comme une condition préalable, à objectifs limités »17. Notre auteur, décidément européen convaincu, est comme on le voit ci-dessous disciple de Mill mais aussi de Saint-Simon :
Le principe appelé à prévaloir en Europe est celui de la civilisation par la science, l’art et l’industrie (éclairant, moralisant et enrichissant les peuples), et par le développement graduel de la liberté civile et religieuse. Ce principe, proclamé en Angleterre en 1688, en France depuis 1789, récemment adopté par la Prusse, semble avoir pénétré jusqu’en Russie. Il envahira bientôt l’Autriche, où le gouvernement résiste encore au vœu des peuples, et de même il s’infiltrera en Turquie, où c’est le peuple qui résiste aux réformes proclamées par le gouvernement. L’union intime de la France et de l’Angleterre doit donner à ce principe une force irrésistible18.
9Napoléon III est particulièrement sensible à l’accroissement du commerce, mais aussi à la condition des pauvres, que des baisses de prix consécutives au Traité pourraient, pense-t-on, contribuer à aider, tout en favorisant la consommation. Or, avec la Constitution du 14 janvier 1852 (peu modifiée jusqu’à la fin de l’Empire), l’Empereur, dirigiste, s’est doté d’un instrument qui lui permet de prendre l’initiative en matière de traités de commerce, et c’est là un signe tangible de cet intérêt pour le commerce :
TITRE III – Du président de la République : Article 6. – Le président de la République est le chef de l’État ; il commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, fait les traités de paix, d’alliance et de commerce, nomme à tous les emplois, fait les règlements et décrets nécessaires pour l’exécution des lois. […] Article 8. – Il a seul l’initiative des lois19.
10La Constitution du 14 janvier 1852 « est maintenue dans toutes celles de ses dispositions qui ne sont pas contraires »20 au bref sénatus-consulte du 7 novembre 1852 rétablissant l’Empire. Le dispositif favorisant le contrôle des traités de commerce par l’Empereur est renforcé par le sénatus-consulte du 25 décembre 1852 : « Article 3. – Les traités de commerce faits en vertu de l’article 6 de la Constitution ont force de loi pour les modifications de tarif qui y sont stipulées »21. Sous un régime plus démocratique, il eût sans doute été difficile de conclure le Traité.
11Cependant, certains utilisateurs (et importateurs) de matières premières, et notamment les compagnies de chemins de fer, ou des exportateurs (de parfums par exemple), poussent à la baisse des droits de douane. Une baisse des droits sur le charbon et le fer intervient en décembre 1853. Deux ans après, l’Exposition internationale de Paris (1855) donne une certaine confiance aux milieux dirigeants. De nombreux autres éléments vont dans le sens d’un futur traité de libre-échange avec l’Angleterre, comme par exemple la création du port de Cherbourg. Entre autres choses, la présence du fidèle Persigny à Londres au titre d’ambassadeur montre l’importance que Napoléon III accorde aux relations avec la Grande-Bretagne. C’est ce fidèle qui sera chargé des négociations, avec Eugène Rouher, Ministre des Travaux publics, et Michel Chevalier, Conseiller d’État depuis le début de l’Empire. Ce dernier, grand serviteur de l’État et ancien numéro deux des saint-simoniens, connaît bien Richard Cobden. Enfin, le Président du Conseil d’État Pierre Jules Baroche est aussi prévenu ainsi qu’à Paris, l’ambassadeur anglais Lord Cowley. Cobden et Chevalier ont un rôle déterminant. Très peu de personnes sont en effet mises dans la confidence. Le Ministre des Finances, Pierre Magne, dans le camp des protectionnistes, n’est ainsi pas informé. C’est le Morning Post du 12 janvier 1860 qui donne l’alerte, tandis que du côté français, une lettre de Napoléon III à son ministre Achille Fould publiée en janvier 1860 annonce le Traité.
12Michel Chevalier, artisan principal du Traité, était un membre fort actif de l’Association pour la liberté des échanges fondée en 1846 par Frédéric Bastiat. De la même génération que Napoléon III, Chevalier (1806-1879), major de Polytechnique en 1823, puis saint-simonien à partir de 1830, devient très vite directeur du journal Le Globe où il est l’auteur d’articles remarqués. Dans une note de bas de page de son ouvrage, Picard souligne que : « le percement des deux isthmes de Suez et de Panama avait été proposé, dès 1831, par un éminent économiste français, M. Michel Chevalier, aujourd’hui sénateur »22. Chevalier, pionnier de l’unité européenne, fut titulaire de la Chaire d’économie politique au Collège de France qui avait été celle de Jean-Baptiste Say, à qui il doit beaucoup en matière de libre-échange (Say devant lui-même beaucoup à la culture économique anglaise et ce depuis son séjour en Angleterre de 1785-86). Selon Say, « [un] gouvernement qui défend absolument l’introduction de certaines marchandises étrangères, établit un monopole en faveur de ceux qui produisent cette marchandise dans l’intérieur, contre ceux qui la consomment »23. Et Say d’ajouter immédiatement que les tarifs douaniers ont le même résultat.
13Pour qui explore l’ouvrage de Chevalier intitulé Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteur, il est clair que l’avertissement de l’éditeur met l’ouvrage de Chevalier sous le patronage éclairé de Sainte-Beuve24, qui avait proposé en 1851, lors d’un débat parlementaire, une réforme des tarifs douaniers. Cet ouvrage est la réponse aux attaques protectionnistes (provenant notamment d’Adolphe Thiers) que la Société d’économie politique avait chargé Chevalier de contrer. Dans son avertissement, l’éditeur insiste sur le fait que le libre-échange « tend à s’établir dans les codes des peuples civilisés »25, alors que le protectionnisme, particulièrement considéré en France (ce qui justifie l’utilité de l’ouvrage de Chevalier) est « un régime qui a fait son temps »26. L’éditeur adjoint au livre des lettres que Chevalier avait publiées dans le Journal des Débats, sur les progrès industriels de la France qui permettraient d’instaurer le libre-échange sans dommage pour la France, en gardant « des ménagements dans la transition »27. Pour Chevalier, le système protectionniste est contre la justice et la liberté28, « contre-révolutionnaire »29, ne se justifie pas, par quelque forme de « solidarité nationale »30 que ce soit, n’est pas une bonne chose pour l’industrie française31 ou ses travailleurs32. Surtout, il « retarde la formation des capitaux »33, est « impraticable »34, et relève du communisme35. Chevalier suit ici Bastiat qui dans Protectionnisme et Communisme36 s’était « proposé d’établir que le principe du protectionnisme était le même que celui du communisme »37, et qui dans un article de 1844, devint le héraut du libre-échange bénéficiant selon lui comme selon Jean-Baptiste Say et Stuart Mill au consommateur, alors que le protectionnisme peut mener à la guerre38. Chevalier fait aussi un vibrant éloge de la concurrence : « La concurrence industrielle est une des manières d’être de la responsabilité. […] la concurrence est de droit, elle est d’intérêt public, et c’est une épreuve que les hommes soutiennent victorieusement »39. Pour Chevalier, le protectionnisme revient à créer une taxe sur les pauvres40. Il encense la Ligue anglaise contre la législation des céréales (Anti-Corn Law League) emmenée par Richard Cobden41, apôtre du libre-échange, et déclare que « l’abandon du système protecteur profiterait aux finances de l’État »42, assertion peu convaincante au moins sur le court terme, comme l’ont montré au cours des années 1870 les relèvements de tarifs douaniers opérés par Thiers. Il conclut en décrivant minutieusement son projet de réforme43.
14De son côté, Picard souscrit aux principes du libre-échange édictés par Chevalier, tel que l’illustre un passage très rhétorique et assez réussi de La Paix en Europe par l’alliance anglo-française où il fait un parallèle avec l’abolition des droits de douane d’une région française à l’autre après la Révolution :
Il est une vaste et riche contrée dont les habitants (d’origine et de langues diverses) furent longtemps séparés, isolés par des lignes de douanes protectrices, et s’adonnèrent sous ce régime aux travaux agricoles ou manufacturiers, dans des conditions variées et plus ou moins favorables. Or, il arriva qu’un jour ces barrières défensives, ces entraves, posées au libre commerce et à la civilisation, furent tout à coup supprimées. Depuis lors, cette belle contrée, livrée subitement et sans transition au régime du libre-échange, n’a cessé de prospérer et de s’enrichir sur tous les points, au nord et au midi, à l’est comme à l’ouest, par son agriculture comme par ses manufactures ; si bien qu’on y traiterait de fou celui qui aujourd’hui s’aviserait de proposer, sous prétexte de protection, le rétablissement des anciennes douanes, dont le souvenir n’excite plus que des sourires de mépris. Ce pays-là n’est autre que la France, où les provinces, avant 1789, étaient séparées par des douanes intérieures, que la révolution fit tomber en même temps que tant d’autres entraves du travail et tant de vieilles institutions, soi-disant protectrices de l’industrie44.
Le Traité et ses conséquences
15Le Traité suit le programme conçu par Chevalier45, en mettant fin à toutes les prohibitions, dorénavant remplacées par des droits de douane limités à 30 %. Il s’agit du point essentiel. Les autres droits de douane sont limités à moins de 30 %, ou supprimés si l’on a affaire à des matières non transformées (laine, coton, charbon, fer…) et des produits alimentaires. Était également supprimé le caractère obligatoire d’un passeport entre la France et la Grande-Bretagne. L’abaissement des droits (sur le sucre par exemple) est progressif, pour des raisons de politique intérieure certes, mais aussi pour que les industriels puissent faire face aux nouvelles conditions d’échanges. Faisant écho à la position du gouvernement français de l’époque, notre auteur s’exprime en ces termes :
Quant à notre industrie manufacturière, elle a fait assez de progrès pour se mesurer avec toute autre. La transition du système prohibitif actuel à un système de liberté commerciale exigera sans doute des ménagements et ne pourra s’opérer que par dégrèvements successifs. Cependant quelques-uns de nos plus éminents manufacturiers ont déjà déclaré, en 1855, qu’à conditions égales ils ne redouteraient aucune concurrence étrangère. Du reste, il paraît admis que si l’Angleterre nous est encore supérieure dans les arts mécaniques, la France l’emporte sur elle dans les arts chimiques, et surtout pour les articles de goût46.
16Et d’ajouter : « Dès lors, quel inconvénient y aurait-il à recevoir les produits anglais de consommation usuelle, à moitié du prix qu’ils nous coûtent aujourd’hui ? »47. Picard s’attache également dans cette œuvre à ruiner les arguments protectionnistes les plus ressassés :
Un dernier argument des protectionnistes, c’est que si nous renoncions, en temps de paix, à entretenir sur notre sol tel ou tel genre de fabrication ou de manufacture, nous serions exposés, quand la guerre viendrait à éclater, à nous trouver au dépourvu de certains articles de consommation usuelle, ou nécessaires pour la défense du territoire contre l’ennemi48.
Réception du Traité
17La signature du Traité a été habilement préparée, comme le prouve la publication de la lettre de Napoléon III à Achille Fould mentionnée ci-dessus. Néanmoins, le Traité n’est populaire ni en Grande-Bretagne, où les députés et les journaux le prennent pour cible, ni dans une France depuis longtemps gagnée au protectionnisme. Notre auteur aborde ce point de la manière suivante :
Il est, certes, regrettable que la presse anglaise ait partagé quelques-unes de ces erreurs et qu’elle ait contribué à les accréditer par son ton agressif contre la France, même depuis le traité de commerce, et notamment à propos de l’annexion de Nice et de la Savoie. Mais au moins, les feuilles connues pour représenter les opinions de Lord Palmerston et de Lord John Russell ont généralement montré plus de réserve ; tandis qu’en France, les journaux qui passent, à tort sans doute, pour les mieux informés de la pensée gouvernementale, figurent parmi ceux à qui les reproches d’aigreur et de dénigrement à l’égard de l’Angleterre ont été le plus souvent applicables, ce qui n’a pas peu contribué à égarer l’opinion publique, tant à l’intérieur qu’à l’étranger ?49.
18Il faut donc un certain travail de propagande, que ce soit, côté britannique, de la part du gouvernement de Lord Palmerston (et du chancelier de l’Échiquier, Gladstone, en particulier), voire de la reine Victoria, ou, côté français, de celle de Napoléon III, qui n’hésite pas à travailler étroitement avec le Corps législatif (chose peu commune pour lui), à consentir à la fiction d’un débat avec les principaux industriels, et surtout à les ménager en leur octroyant les délais nécessaires pour une meilleure adaptation (à travers, on l’a dit, l’instauration d’une progressivité des baisses de droits), ou encore en prenant des mesures destinées à soutenir l’industrie par le biais du financement de matériels nouveaux et performants venus de Grande-Bretagne. En définitive, notre auteur a un jugement mitigé sur la non-communication gouvernementale :
Ce qui excuse jusqu’à un certain point ceux de nos journaux qui ont si fréquemment fait fausse route, c’est le silence habituel du gouvernement sur ses vues politiques, le défaut de communication de ses organes avoués avec le public ; au lieu qu’en Angleterre le droit d’interpellation, la libre discussion à la tribune et dans la presse de tous les actes gouvernementaux, ne permettent pas à l’erreur de se répandre et de s’accréditer, ou signalent la malveillance quand elle persiste. Il faut pourtant reconnaître que, dans le courant de l’année qui finit, cette excuse n’était pas constamment valable ; car diverses publications, telles que la lettre à M. de Persigny, les discours de celui-ci et de M. de Morny aux conseils généraux, et maintes circonstances, entre autres l’accueil des orphéonistes français à Londres, étaient bien propres à démontrer que les deux gouvernements s’accordaient sur les questions fondamentales, et que les deux nations se rapprochaient également50.
Effets du Traité
19Quels sont les effets de ce Traité, au-delà de l’effet sur l’économie (qui est certes le plus important) et du renforcement de l’alliance, ou, comme on voudra, du rapprochement franco-britannique ? En fait, l’économie a ici, comme souvent, des répercussions importantes (sinon décisives) sur la politique : pour Picard, du moins, il s’agit de changer l’Europe ; d’en proposer une autre, qui ressemble plus à celle d’aujourd’hui qu’à celle d’après 1815, c’est-à-dire celle des « congrès de Troppau, 1820, de Laybach, 1821, de Vérone, 1822 »51, où, selon Picard,
l’influence anglaise subordonnée au pouvoir dominant de ce Sonderbund (Russie, Autriche et Prusse), qui, sous le nom de Sainte-Alliance ou de Puissances du Nord, formait la majorité dans toutes les réunions des grandes puissances de l’Europe ; majorité d’autant plus invariable, que les principes absolutistes des trois monarques s’accordaient parfaitement, tandis que l’Angleterre constitutionnelle, dans toute question où elle ne concordait pas avec eux, ne trouvait à s’appuyer que sur ce gouvernement des Bourbons, qu’elle avait aidé à rétablir en France, et dont les principes légitimistes et ultramontains lui étaient le plus souvent hostiles ?52
20Il met l’accent sur les valeurs fondamentalement démocratiques et libérales des deux pays, y compris à un niveau symbolique. C’est ainsi que selon lui :
[la] haute mission des puissances occidentales en Europe peut être ainsi définie : rallier aux principes de 1688 et 1789 tous les États qui en sont encore plus ou moins éloignés, mais autant que possible par voie pacifique ; car la guerre n’est plus permise, du moment que le progrès peut être obtenu sans effusion de sang. Il ne suffit donc pas que l’Alliance ait fait preuve de sa force ; elle est tenue de se montrer juste et conciliante ?53
21Notre auteur insiste également sur l’effet boule-de-neige qu’engendre l’insertion de la clause de la nation la mieux favorisée dans le Traité. Et effectivement, les traités de libre-échange se multiplieront jusqu’à faire de la totalité de l’Europe, Russie non comprise, une immense zone de libre-échange qui préfigure (temporairement il est vrai) la situation actuelle. Picard veut alors croire que cela aura une incidence sur la paix en Europe :
Il nous paraît inévitable que ce procédé de pacification s’étende prochainement à d’autres contrées, notamment dans la région du Danube inférieur et à l’Égypte, puis successivement à tous détroits et passages intéressant la communauté européenne et jusqu’ici occupés par un seul État. Même sur notre continent, il est bien possible, osons dire probable, que c’est sous cette forme que s’établira cette paix définitive si désirée, que deviendra praticable ce désarmement si profitable aux gouvernements ainsi qu’aux peuples54.
22Dans son ouvrage, Picard prévoit que la Prusse se joindra à cette zone de libre-échange. Si ce fut bien le cas dès 1862, un rapprochement politique n’était toutefois pas à l’ordre du jour. Celui-ci envisage aussi la dissolution de l’Empire autrichien, la réforme de l’organisation sociale en Russie, et l’unité italienne que, selon lui, l’alliance entre Grande-Bretagne et France facilite, l’Italie étant d’ailleurs appelée, dans sa pensée, à devenir un allié essentiel de ces deux nations. Il met également en question la notion controversée de frontière naturelle, voit dans l’alliance un commencement de solution à la question d’Orient, et prédit l’émancipation des provinces européennes de l’Empire ottoman. Dépassant la tristement célèbre question d’Orient, il s’attache en outre à démontrer qu’une Europe libre et unie ne peut se passer de l’Asie, et qu’un continent a vocation à s’ouvrir aux autres.
23Pour autant, il ne s’agit pas de « perdre de vue le but principal, à savoir : l’amélioration générale par la civilisation et la paix ». Picard ajoute d’ailleurs que : « Ce fut là le programme de cette Sainte-Alliance, rêvée par l’empereur Alexandre Ier ; mais en la formulant, il oublia d’y insérer une condition essentielle : la liberté »55. Il espère donc qu’un jour « le Slavisme, le Germanisme, le Latinisme, se confondront dans l’Européisme (qu’on nous pardonne le mot, en faveur de l’intention) »56, le barbarisme employé étant en fait un néologisme. Dans la préface au second tirage de l’ouvrage qui examine l’effet du Traité, on peut du reste lire :
le maintien de la paix en Europe en 1861, par l’alliance anglo-française, n’a pas été jusqu’à présent, et ne saurait être à l’avenir, un obstacle aux améliorations locales et au progrès général. Au contraire, tout en regrettant que certains gouvernements avancent d’un pas trop lent ou indécis dans cette voie, on commence à reconnaître néanmoins que les peuples auraient perdu, plutôt que gagné, à s’insurger ou à entrer en guerre les uns contre les autres. Cette année si décriée n’a donc pas été sans valeur, puisqu’elle a consacré en Europe le principe du progrès pacifique. C’est aussi durant son cours qu’a été prononcé pour la première fois le mot de Désarmement, qui ouvre sur l’avenir de la civilisation de si belles perspectives ! Ce n’est qu’un mot, dira-t-on ; mais ce qui le rend significatif, c’est qu’il a été proféré dans le pays et par le gouvernement auxquels toute l’Europe attribuait les dispositions les plus belliqueuses57.
24Dans cette perspective, l’Autriche de l’époque semble être pour lui un modèle de la façon dont il ne faut pas construire l’Europe, dans la mesure où ce régime gomme les identités et favorise la dictature. Picard, décidément anti-autrichien, revient longuement sur ce point à la fin de son ouvrage58. Pour lui, l’Empire autrichien, qui réunit des nationalités distinctes, peine, comme on le voit en particulier depuis les révoltes de 1848, à « former une seule nation sous un gouvernement centralisé »59 et à satisfaire les aspirations de ses nationalités. Dès lors, ne serait-il pas encore plus ardu, comme l’écrit l’auteur, de « mettre d’accord, sous l’autorité centrale d’un congrès, les nationalités européennes groupées par masses incomparablement plus nombreuses, plus indépendantes et plus exigeantes ? »60. Picard pense que « de toutes les dynasties régnantes, aucune ne s’est montrée aussi hostile au progrès, aussi inintelligente ou insoucieuse des besoins de ses peuples, que la maison de Habsbourg pendant cinquante ans, notamment sous le règne de […] François Ier »61. L’Autriche offrirait ainsi pour Picard un contre-modèle qui peut faire réfléchir les Européens, et les amener sur les chemins de la liberté et du progrès62. En fait, l’auteur envisage que l’alliance franco-anglaise puisse conduire à une Europe unie où nationalité et religion seraient moins importantes que « l’idée plus générale de civilisation pacifique, de progrès matériel, intellectuel et moral, qui domine et se superpose à toutes les questions d’origine et de langue, de territoires, de tradition et de culte »63. Pour lui, l’union des deux pays renforce encore les principes démocratiques de 1688 en Angleterre et de 1789 en France (principes de 1789 que, selon la propagande napoléonienne, le Second Empire aurait régénérés), et ces principes sont le socle d’une Europe future, démocratique et libérale. Picard soutient que la Prusse « vient de s’y rallier, en abandonnant ses tendances illibérales », que « [la] Russie s’y rattache par l’affranchissement des serfs », et que si l’Autriche « seule résiste », « ce ne peut être pour longtemps encore »64.
Conclusion
25En définitive, le triomphe du libre-échange est de courte durée (une trentaine d’années). Sa fin est marquée en France par les tarifs Méline qui en 1892 signalent le retour d’un protectionnisme qui fera aussi les beaux jours de l’empire allemand et des États-Unis. En ce sens notamment, et même s’il a sans doute fait progresser l’industrie française par la concurrence, le libre-échange ne semble pas être la panacée dont Chevalier chantait les louanges. Encore aujourd’hui, la question de savoir si le bilan du Traité de 1860 est positif n’est pas réglée. Le Traité n’a pas non plus permis de « sortir des horreurs de la guerre »65, mais a du moins contribué à mettre en place une alliance solide entre la Grande-Bretagne et la France. A-t-il permis la « [fusion] ou accord du principe anglais de 1688 avec le principe français de 1789, se renforçant l’un l’autre, pour s’étendre en Europe régulièrement »66 (Picard considère cette fusion comme un acquis) ? C’est ce qui n’est pas démontré. Au final, le texte étudié mesure d’une façon assez optimiste la portée de l’alliance67, et on peut considérer que ses analyses éclairent par anticipation des mécanismes essentiels à la constitution de l’Union européenne. Picard a raison de « se flatter que ceux qui liront cet écrit, ceux-là même qui n’adopteraient pas toutes ses vues sur la situation actuelle et sur l’avenir de l’Europe, reconnaîtront du moins que ses espérances n’ont rien d’exagéré, rien qui ne soit réalisable et même en voie de réalisation »68. Au-delà de ces considérations, tout cela pose pour notre auteur le problème de la définition de l’Europe69, et on en revient ici à des problèmes qui nous sont familiers aujourd’hui.
Notes de bas de page
1 Auguste Picard et son frère Camille avaient fait construire un grand moulin à garance en Avignon de 1837 à 1839. Auguste avait déposé en 1838 un brevet pour un nouveau procédé de fabrication de la poudre de garance, découverte dont il avait informé l’Académie des sciences. L’industrie de la poudre de garance disparut après 1880, à la suite de l’invention, dix ans plus tôt, d’un colorant artificiel.
2 Dans une lettre rédigée le 28 janvier 1862 à Saint-Véran, où Mill habitait alors, ce dernier présente à William Thomas Thornton son voisin d’Avignon ainsi : « the only person I know here, who has in any degree the same tastes, pursuits & opinions with myself » [la seule personne que je connaisse ici à avoir à quelque degré que ce soit les mêmes goûts, aspirations et opinions que moi] : Francis E. Mineka, Dwight N. Lindley (dir.), The Later Letters of John Stuart Mill 1849-1873, dans Collected Works of John Stuart Mill, vol. XV, Toronto & Buffalo, University of Toronto Press -London, Routledge & Kegan Paul, 1972, Part II, p. 772. Parmi les textes de Mill qui ont inspiré Picard, on peut compter « Of International Trade », chapitre 17 du livre III de The Principles of Political Economy with some of their Applications to Social Philosophy [1848], ed. William James Ashley, London, Longmans, Green and Co., 1909, p. 574-582 ; Online Library of Liberty, <http://oll.libertyfund.org/titles/101>, consulté le 12 avril 2014, ainsi que « A Few Words on Non-intervention » [1859], in The Collected Works of John Stuart Mill, Volume XXI – Essays on Equality, Law, and Education, ed. John M. Robson, Introduction by Stefan Collini, Toronto, University of Toronto Press – London, Routledge and Kegan Paul, 1984, p. 109-124 ; Online Library of Liberty, <http://oll.libertyfund.org/titles/255>, consulté le 4 mai 2014.
3 Amédée Pichot (dir.), Revue Britannique, t. 2, Paris, Dondey-Dupré, 1862, p. 260.
4 [Auguste Picard] Les Blancs et les Noirs en Amérique, et le Coton dans les deux mondes, Paris, Dentu & Londres, Barthès et Lowell, 1862. Dans ce bref essai dédié à Mill et qu’une lettre de ce dernier à l’auteur inaugure, Picard, qui s’était rendu aux États-Unis en 1836, se définit clairement comme chrétien (p. 10), républicain modéré, anti-communiste, admirateur du Nord des États-Unis et de Lincoln, et abolitionniste en matière d’esclavage (p. 20-21).
5 Auguste Picard, La Paix en Europe par l’alliance anglo-française, Paris, Dentu – Londres, Barthès et Lowell, 1862, 2e tirage, p. 2. L’édition de référence retenue ici contient une préface au deuxième tirage datée du 5 janvier 1862 (sur la page de titre de l’ouvrage, la date de « 1862 » est superposée par la Bibliothèque impériale à la date originelle de « 1861 » qu’elle corrige). Picard est également l’auteur (sous son propre nom) d’une brochure sur le même sujet, traité cette fois sur le plan local, Des effets de la réforme douanière sur l’agriculture vauclusienne, Avignon, Imprimerie Jacquet, 1860, ainsi que d’autres textes tels qu’un Rapport sur la situation générale de l’agriculture dans le département de Vaucluse et de la culture de la garance en particulier, Avignon, Imprimerie Jacquet, 1857. Si l’on suit le raisonnement et le récit de Charles Gide dans L’École de Nîmes, Paris, Presses Universitaires de France, 1947, il est difficile de le rapprocher de ce que sera bien plus tard cette « École de Nîmes » ; si certaines de ses convictions sociales et de ses croyances auraient pu l’en rapprocher, son orientation libérale et somme toute plutôt classique en matière d’économie l’en aurait probablement éloigné.
6 A. Picard, La Paix en Europe, op. cit., p. 31.
7 Ibid., p. 85.
8 Ibid., p. 34.
9 Cf. Antoine Bouët, Le grand malentendu. L’idée de libre-échange en France, Paris, Groupe d’Économie Mondiale (GEM), École libre des sciences politiques, 2012, p. 49 ; <Bouet_LibreEchange2012.pdf>, consulté le 20 avril 2014.
10 A. Picard, La Paix en Europe, op. cit., p. 43.
11 Ibid., p. 40.
12 Ibid., p. 42.
13 Idem.
14 Idem.
15 Ibid., p. 81.
16 Ibid., p. 82-83.
17 Jean Walch, Michel Chevalier, économiste saint-simonien, 1806-1879, Paris, Vrin, 1975, p. 75. Walch cite un texte de Chevalier qui prévoit, comme Tocqueville, la perte d’influence de l’Europe occidentale (ibid., p. 117-118) ; et on sait que Chevalier, comme Tocqueville, a appelé à l’union des peuples européens (ibid., p. 119).
18 A. Picard, La Paix en Europe, op. cit., p. 15.
19 Jacques Godechot (dir.), Les Constitutions de la France depuis 1789, Paris, Garnier-Flammarion, 1970, p. 293.
20 Idem.
21 Ibid., p. 303.
22 A. Picard, La Paix en Europe, op. cit., p. 59.
23 Jean-Baptiste Say, Traité d’économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent ou se consomment les richesses, 2 vol., Paris, Deterville, 1803, vol. 1, p. 266.
24 Michel Chevalier, Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteur, Paris, Guillaumin et Cie, 1852, p. V. L’avertissement de l’éditeur comprend les pages V-VIII.
25 Ibid., p. VI.
26 Ibid., p. VII.
27 Ibid., p. 251.
28 Ibid., p. 2.
29 Ibid., p. 24.
30 Ibid., p. 32.
31 Ibid., p. 52.
32 Ibid., p. 61.
33 Ibid., p. 72.
34 Ibid., p. 115.
35 Ibid., p. 121.
36 Frédéric Bastiat, Protectionnisme et Communisme, Paris, Guillaumin et Cie, 1849. Ce livre est publié chez Guillaumin, comme celui de Picard.
37 Cité dans M. Chevalier, Examen du système commercial, op. cit., p. 123.
38 Cf. Frédéric Bastiat, « De l’influence des tarifs anglais et français sur l’avenir des deux peuples », Le Journal des économistes, octobre 1844, t. IX, p. 244-271, et Jacques-Olivier Boudon, « Générations libérales », dans I. Poutrin (dir.), Le XIXe siècle. Science, politique et tradition, préface d’Alain Corbin, Paris, Berger-Levrault, 1995, p. 313.
39 M. Chevalier, Examen du système commercial, op. cit., p. 43.
40 Ibid., p. 153.
41 Ibid., p. 159.
42 Ibid., p. 170.
43 Ibid., p. 255.
44 A. Picard, La Paix en Europe, op. cit., p. 68-69.
45 Cf. M. Chevalier, Examen du système commercial, op. cit., analysé plus haut.
46 A. Picard, La Paix en Europe, op. cit., p. 72.
47 Ibid., p. 73.
48 Ibid., p. 74.
49 Ibid., p. 167.
50 Ibid., p. 168.
51 Ibid., p. 34.
52 Ibid., p. 34-35.
53 Ibid., p. 170.
54 Ibid., p. 196-97.
55 Ibid., p. 202.
56 Idem.
57 Ibid., p. III.
58 Ibid., p. 203-206.
59 Ibid., p. 203.
60 Idem.
61 Ibid., p. 204.
62 Ibid., p. 205.
63 Ibid., p. 129.
64 Ibid., p. 131.
65 Ibid., p. 143 ; selon Picard il s’agit là du but principal du Traité.
66 Ibid., p. 147.
67 Ibid., cf. notamment p. 123.
68 Ibid., p. 2.
69 Ibid., p. 129.
Auteur
-
Christophe Ippolito
Spécialiste de littérature française moderne et contemporaine, Associate Professor of French à Georgia Tech (Atlanta, USA) et membre du centre de recherches Écritures (EA 3943) de l’université de Lorraine. Auteur et éditeur de livres sur Flaubert, la poésie libanaise, les résistances à la modernité, et d’une cinquantaine d’articles. Aujourd’hui sous contrat avec Classiques Garnier pour le Dictionnaire Flaubert.
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