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    Plan détaillé Texte intégral Un texte… … plusieurs lectures Reflets, échos, rencontres Un projet « napoléonien » ? Notes de bas de page Auteur

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    Renier l’Empire pour penser l’Europe ? Le cas de Saint-Simon

    Cristina Cassina

    p. 35-48

    Résumé

    This paper aim at discussing De la réorganisation de la société européenne, the small book published by Cl.-H. de Saint-Simon (1760-1825) and A. Thierry (1795-1856) in 1814, just before the Congress of Vienna. To explore the political and cultural implications posed by this brochure, I will focus on two points: a reflection on the content and interpretations of the Saint-Simon’s vision for a United Europe, and a research to shed light on possible contamination: borrowings, echoes, or simply neighborhoods. Finally, it will try to say some words about his Napoleonic flavor: to which the question mark in the title of this contribution refers.

    Texte intégral Un texte… … plusieurs lectures Reflets, échos, rencontres Un projet « napoléonien » ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Il y a plusieurs raisons de s’intéresser à Claude-Henri de Saint-Simon (1760-1825) dans le cadre d’une recherche concernant les projets sur l’Europe. La plus significative porte sur l’intérêt que revêt la brochure De la réorganisation de la société européenne, parue en 1814. Cette brochure s’inscrit, d’une part, dans une littérature de longue durée car l’idée d’une Europe unie et pacifique est au cœur de la culture occidentale dès le Moyen Âge. D’autre part, le chapitre IV du Mémorial de Sainte-Hélène, où l’Empereur aurait évoqué une possible réunion entre France et Grande-Bretagne – l’idée forte de la brochure de Saint-Simon et Thierry –, pose question quant à sa circulation.

    2Afin d’explorer les implications politiques et culturelles que fait poindre cette brochure, deux approches seront privilégiées : une réflexion visant le contenu et les interprétations pouvant en découler, et une recherche sur de possibles contaminations – emprunts, échos, ou plus simplement « voisinages » – dont elle a fait l’objet. Enfin, nous tenterons de dire un mot de l’inspiration « napoléonienne » de ce texte, ce qui, bien entendu, explique le point d’interrogation inscrit dans le titre de cette contribution.

    Un texte…

    3Il faut partir, au préalable, du titre complet de la brochure, qui, sans conteste, esquisse un programme politique : De la réorganisation de la société européenne, ou de la nécessité et des moyens pour rassembler les peuples de l’Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun son indépendance nationale.

    4Sur la même page, deux noms apparaissent : celui de « M. le Comte de Saint-Simon », bien sûr, et celui de « son élève », Augustin Thierry. Ce détail d’importance est trop souvent négligé dans la mesure où ce texte est rédigé à la première personne et les thèmes qu’il développe sont saint-simoniens, de sorte que Thierry est fréquemment oublié par les commentateurs. C’est simplifier le problème et, pour ma part, je ne suivrai pas ce parti pris. Au reste, il suffit de relire le bel ouvrage d’Henri Gouhier pour comprendre l’apport de l’un et de l’autre1.

    5Quant à son cadre temporel, la brochure est publiée un mois avant l’ouverture du Congrès de Vienne, dans un contexte de grande attente. Les auteurs ne cachent pas leur pessimisme à l’égard d’une conférence qui s’annonce dictée par une politique d’inspiration traditionnelle. D’où l’idée qu’ils avancent, une idée simple bien que radicale : la nécessité d’une réorganisation politique de l’Europe en vue de l’établissement de la paix, ce que la politique des rois, amenée par des marchandages et de « petites opérations de cabinet »2, ne pourrait jamais faire.

    6Pour qu’elle puisse réussir, il faut cependant prendre en compte deux choses : les vrais intérêts des peuples, « l’Europe des Européens »3, mais aussi l’histoire des progrès de l’esprit humain. Autrement dit, il est nécessaire d’invoquer un passé sans doute révolu mais qui peut expliquer le présent et l’avenir. Le Moyen Âge, par exemple, avait assuré la paix via un pouvoir spirituel unique capable de garantir un ordre relatif. Pourtant, ce n’est pas aux institutions du Moyen Âge que Saint-Simon et Thierry pensent revenir. L’Europe dont ils rêvent exige avant tout la position de trois principes fondamentaux :

    • Les pays d’Europe doivent se doter d’organisations politiques « systématiquement homogènes » ;
    • Un gouvernement général – « le parlement européen » –, strictement indépendant des gouvernements nationaux, doit être institué ;
    • Ce Parlement doit rassembler des hommes ayant une vision générale des problèmes et « forts d’une puissance qui réside en eux »4.

    7Le fond du projet est connu : il s’agit d’appliquer le modèle de la Constitution anglaise, soit au niveau des États nationaux soit au niveau du gouvernement central, pour créer un nouveau sujet politique, une « société confédérative »5. Celle-ci sera régie par « une force coactive »6 dont le contenu et le fonctionnement restent ambigus. Mais pour ne pas retarder encore cette transformation, il faut une idée nouvelle. Puisque l’Angleterre, par sa puissance économique, est le pays qui menace le plus la paix7, Saint-Simon et Thierry estiment nécessaire de partir de ce pays. La réorganisation de l’Europe viendra, disent-ils, de la volonté d’union de l’Angleterre et de la France qui établiront un Parlement commun. L’élargissement successif se fera par étapes en suivant la libre volonté d’adhésion des différents États. Mais le plus urgent sera d’établir l’union franco-britannique (c’est-à-dire l’union des seuls pays déjà régis par des institutions représentatives) pour en faire la locomotive, la force traînante de cette nouvelle organisation politique.

    8Une proposition de confédération européenne, donc. Une parmi d’autres… car les projets concernant l’Europe, d’une certaine manière, abondent ; surtout en temps de crise et, le plus souvent, en courtisant un rêve de pacification universelle et aussi perpétuelle, comme dans les projets les plus célèbres de l’abbé de Saint-Pierre (1658-1743) et d’Emmanuel Kant (1724-1804). Sous ce rapport, une telle proposition n’est alors en rien exceptionnelle : elle aussi apparaît durant une période de crise en offrant sa propre recette pour la mise en place de la paix.

    … plusieurs lectures

    9Toute autre chose est évidemment la lecture qui a été faite de ce texte au fil des crises et des changements rencontrés par le Vieux continent. Prenons pour exemple une des études parues dans les années 1990, celle de Derek Heater consacrée à The Idea of European Unity. L’auteur y met en lumière cinq thèmes : la conscience du changement social, la primauté des intérêts des peuples, une perspective d’intégration et de croissance économique, la nécessité de se doter d’institutions politiques homogènes et un souci de construction graduelle (gradualism, en anglais)8.

    10C’est une lecture suggestive, car l’idée européenne de nos jours y découvre un projet tout à fait original. Il faut également souligner que des connaissances historiques désormais acquises et un pragmatisme bien rodé ont permis à son auteur de ne pas se tromper sur la véritable portée du texte, ce que d’autres commentateurs, à différentes époques, n’ont pas vraiment compris.

    11Pour aborder l’histoire de la réception de ce texte qui, à vrai dire, constituerait un travail de recherche propre, il faudrait partir de l’introduction qu’Henri de Jouvenel a consacrée à la réédition du 1925. Après un long oubli, la brochure est finalement saluée comme un écrit précurseur de la construction européenne. En effet, Jouvenel valorise dans ce texte le caractère visionnaire de Saint-Simon, mais d’une façon positive. « Saint-Simon n’est pas derrière nous, dans l’histoire, il est devant » écrit ainsi le ministre de l’Instruction publique, au point que, il ajoute, « nous marchons malgré nous dans ses pas »9.

    12Quelques années après, en 1945, alors que la guerre vient juste de s’achever, l’Union européenne est encore lointaine bien que son idée soit déjà en train de travailler beaucoup de jeunes esprits. La correspondance qu’entretiennent Altiero Spinelli et Enrico Rossi durant les années 1943-1945 en témoigne10.

    13C’est précisément en 1945 que la brochure de Saint-Simon et Thierry est traduite pour la première fois en langue italienne. Elle fait d’ailleurs l’objet de deux éditions concomitantes. L’une est une traduction intégrale11 confiée à l’historien des idées Armando Saitta (1919-1991). L’autre est une traduction partielle12, confiée à l’historien de la pensée politique Carlo Curcio (1898-1971). Les deux hommes ont des parcours opposés : Saitta, très jeune et communiste, va commencer ses études en explorant l’histoire de la France moderne et contemporaine alors que Curcio, son aîné, ancien recteur de l’Université de Pérouse, tente de faire oublier son adhésion au fascisme.

    14Ces différences se reflètent dans leur lecture de l’œuvre de Saint-Simon et Thierry13. Pessimiste, Curcio ne voit dans le projet de 1814 qu’une utopie. D’où son choix de titre : Sogno d’una felice Europa. Pour Saitta, au contraire, nul doute que De la réorganisation de la société européenne s’inscrit dans un cadre libéral et que ce texte annonce « la formazione (mi si passi l’anacronistica espressione) di una Internazionale Liberale »14.

    15Toutefois, peut-on considérer Saint-Simon comme un libéral ? Plus de nos jours, évidemment. Après les travaux de Frank Manuel et de Paul Bénichou, le comte de Saint-Simon fait partie des prophètes du XIXe siècle. Mais il était autrefois courant de diviser sa biographie intellectuelle en différentes périodes : la période scientifique-physiologiste durant l’Empire, la période libérale au début de la Restauration et enfin la période de l’industrialisation, avant un dernier virage vers la religion. Et si les recherches plus récentes ont pu contester l’existence de cette prétendue période libérale, c’est surtout grâce à des connaissances plus approfondies sur le rôle joué par Augustin Thierry (1795-1856)15.

    16L’historien des invasions barbares, de la conquête normande et de l’affranchissement des communes, n’avait que dix-neuf ans à la parution de la brochure. Thierry, qui avait été nommé professeur de lycée en 1813, accepte de travailler l’année suivante pour Saint-Simon suite à la perte de ce premier poste. La rencontre s’avère essentielle. Grâce à Saint-Simon, en effet, le jeune normalien fait son entrée dans l’entourage de la revue libérale du Censeur. Mais Saint-Simon trouve également bénéfice de cette rencontre en termes d’enrichissement intellectuel. Une situation analogue le liera plus tard à Auguste Comte (1798-1857), son second secrétaire, lui aussi tout jeune.

    17Il faut dire que Saint-Simon, ce grand seigneur (« grand seigneur sans-culottes » aurait dit Michelet)16, cousin éloigné du célèbre mémorialiste de la cour de Louis XIV, écrivait déjà avant de rencontrer Thierry. Cependant son style, comme la construction de ses ouvrages, restait assez inconséquent. De la réorganisation de la société européenne constitue sans doute un tournant dans son œuvre, puisque c’est un petit livre à la structure rigoureuse et au style limpide. On y devine, selon Henri Gouhier, « la précision d’une plume normalienne »17.

    18Sur ce point, on doit signaler la confusion qui règne dans le petit livre que Charles-Olivier Carbonell consacre à Saint-Simon. Tandis qu’au début de l’ouvrage, on lit que « ces lignes [c’est-à-dire la brochure] ont été pensées, écrites – dictées peut-être ? – par le comte de Saint-Simon », au milieu du texte, l’auteur change d’avis et le choix de Thierry s’explique alors par la nécessité pour Saint-Simon de se doter d’un « collaborateur capable d’écrire – ou de réécrire – ses notes ». Néanmoins, quelques pages après, les doutes reviennent, cette fois-ci sur la nature intellectuelle de son aide18.

    19Mis à part cet ouvrage, l’amélioration du point de vue, de la forme et de la structure du livre est désormais un fait indubitable à mettre à son crédit. « La substance certes est du maître » a ainsi écrit Anne Denieul-Cormier « mais la mise en forme, rédigée dans une belle prose claire et logique » est du « secrétaire devenu entre-temps l’élève, qui cosigne »19. On peut également supposer la même chose du contenu du texte, mais avec une précision essentielle : nul doute que les idées mères reviennent entièrement à Saint-Simon, l’apport de Thierry consistant vraisemblablement surtout à gommer les extravagances de son maître. Il n’y a pas, souligne Gouhier, « un mot sur le nouveau clergé ; rien touchant les rapports de la politique avec la physiologie »20 ; et pas non plus de références à sa prétendue descendance de Charlemagne, le fondateur de l’unité chrétienne, voire européenne. On y retrouve, par contre, un peu de Rousseau et surtout des idées claires et nettes, en un mot, présentables.

    20Présentables, oui. Car l’idée d’une organisation européenne, pour Saint-Simon, n’est pas une lubie. C’est un rêve qu’il tutoie dès les Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains (1803), son premier écrit. Et c’est son idée fixe, une véritable obsession déclinée de toutes les façons imaginables, de sorte que même la loi de Newton interviendrait, selon Saint-Simon, dans le problème de la paix21. Un autre exemple de cette obsession se trouve dans son projet d’une Encyclopédie des sciences pour le XIXe siècle, une encyclopédie qui se voulait scientifique et industrielle, donc positive, tandis que celle du XVIIIe avait été notamment critique ; et ce projet encyclopédique, proposé à plusieurs reprises, est toujours en relation avec l’avènement d’un cadre européen unitaire.

    21De la réorganisation de la société européenne ne désavoue pas ce patrimoine intellectuel et s’inscrit assurément dans cette veine. Si Augustin Thierry a pu opérer quelque chose sur ce texte, ce n’est alors que de lui avoir conféré une coloration vaguement libérale.

    22C’en est ainsi de la proposition du « parlement général européen ». Qui dit Parlement dit institution représentative d’une volonté commune et de différents intérêts, avec des pouvoirs exclusifs, distincts et séparés. On sent bien que cette grammaire est celle du libéralisme naissant. Cependant, si l’on regarde ce point à la loupe, on voit que sa composition correspond à une logique bien particulière.

    23Dans la Chambre basse de ce Parlement siègeront pour dix ans des députés disposant d’un revenu foncier de 25 000 francs par mois. Mais ces élus ne seront pas des nantis quelconques : le choix s’effectuera entre quatre groupes, de sorte qu’on aura un négociant, un savant, un administrateur et un magistrat à raison de chaque million de citoyens sachant lire et écrire. En outre, pour ne pas séparer la propriété du talent – ce dernier étant « la plus grande force et la plus agissante » – les auteurs imaginent un double canal d’admission : à chaque nouvelle élection, vingt membres, parmi les plus distingués dans ces champs d’activité, devront être admis et, pour cela, dotés du revenu foncier nécessaire.

    24Un mécanisme semblable est proposé pour la Chambre haute, tandis que sur le choix du Roi, le « chef suprême de la société européenne », les auteurs sont moins précis, indiquant simplement qu’il « doit entrer le premier dans les fonctions » et que « c’est par lui que doit commencer l’action, pour que l’établissement du grand parlement se fasse sans révolution et sans troubles22 ». Saint-Simon et Thierry renvoient la discussion de ce point à un second ouvrage, qui toutefois ne verra jamais le jour.

    25Sur le plan institutionnel, ce texte se montre donc nébuleux – ce qu’Henri Gouhier et Armando Saitta avaient déjà clairement relevé23 – mais aussi typiquement saint-simonien. Car les règles de la représentation, en elles-mêmes, ne disent rien ; c’est la coopération entre les compétences et les talents qui seule peut assurer la bonne direction d’une société. Saint-Simon reprend ici une des idées majeures de sa période physiologiste, l’harmonisation de ce que le biologiste Marie-François-Xavier Bichat (1771-1802) appelait les capacités scientifiques, motrices et sensibles24. Dans son système, Saint-Simon opère une distribution de ces capacités entre plusieurs figures sociales (les savants, les hommes de science, la classe industrielle – c’est-à-dire son élite –, les artistes, les poètes, les religieux, etc.) qu’on retrouve dans les quatre classes d’activité mentionnées par la brochure de 1814 :

    Des négociants, des savants, des magistrats et des administrateurs doivent être appelés seuls à composer la chambre des députés du grand parlement. Et en effet, tout ce qu’il y a d’intérêts communs à la société européenne, peut être rapporté aux sciences, aux arts, à la législation, au commerce, à l’administration et à l’industrie25.

    26Le Parlement général aura également pour but de « diriger et de surveiller l’éducation publique ». Or, au sujet de cette haute fonction on peut dire de même : plutôt de conclure que l’on s’intéresse à la formation ou à l’élévation culturelle des citoyens, il convient de se rapporter à la pensée de Saint-Simon. Si les modalités concrètes de cette politique éducative demeurent floues, il n’en demeure pas moins que le plus grand problème, pour Saint-Simon, est toujours celui de la direction et de la surveillance des idées générales, puisque c’est le manque de ces idées qui entrave encore la réorganisation de la société européenne. Faute du mot, c’est notamment le manque d’un pouvoir spirituel.

    27Ainsi, il est indubitable que De la réorganisation de la société européenne est inspiré tant par le siècle des Lumières que par les idées des auteurs libéraux. Tous les mots-clés sont là : progrès, bonheur, représentation, division des pouvoirs. Toutefois, on ne peut s’empêcher de penser que ce mariage n’est qu’une façade derrière laquelle se dresse un projet à forte valeur normative. Sans aller jusqu’à la proposition d’une « re-totale » – dans le sens d’oppressif et presque totalitaire que Sieyès (1748-1836) venait de donner à ce nouveau mot26 –, toujours est-il que nos deux auteurs cherchent à trouver la meilleure Constitution possible (qui est d’ailleurs le titre du chapitre IV de leur première partie). Et la réponse pertinente, selon la plus pure des certitudes saint-simoniennes, ne peut venir que de la méthode des sciences positives.

    Jusqu’ici, la méthode des sciences d’observation n’a point été introduite dans les questions politiques ; chacun y a porté sa façon de voir, de raisonner, de juger, et de là vient qu’il n’y a eu encore ni précision dans les solutions, ni généralité dans les résultats.
    Le temps est venu où doit cesser cette enfance de la science, et certes il est désirable qu’elle cesse : car des obscurités de la politique naissent les troubles de l’ordre social27.

    28Or, les sciences positives abordent les problèmes par deux opérations complémentaires : l’observation des détails et l’examen d’ensemble. La connaissance des éléments particuliers est un préalable à leur composition au niveau général. Une démarche analogue devra caractériser selon les auteurs le fonctionnement du Parlement européen : la Chambre basse s’occupera des intérêts locaux (dans le cadre d’un travail d’analyse), tandis que le roi se chargera des intérêts généraux (dans un mouvement de synthèse).

    29L’application de la Constitution anglaise répond, somme toute, premièrement à une méthode qui se veut scientifique. Et le projet est donc ouvertement positiviste. Du reste, sans trop s’éloigner du cercle de Saint-Simon, Auguste Comte reprendra cette idée. Lui aussi, en 1848, prêchera pour l’avènement de la « République Occidentale », c’est-à-dire à une réorganisation bien plus profonde et, cette fois, vraiment « re-totale », car visant la mise en place de la « sociocratie »28.

    Reflets, échos, rencontres

    30Le projet de Saint-Simon et de Thierry ne manque pas d’originalité. Il est truffé d’intuitions fécondes, telles que la quête d’un « patriotisme européen »29, ce qu’aucun critique ne nie. Cependant ces auteurs ne labourent pas une terre vierge et la question est aussi de s’interroger sur la circulation des idées et des projets. Ce texte a-t-il eu des échos ? A-t-il donné lieu à de singulières rencontres ? Le champ des hypothèses demeure ouvert, notamment pour une raison particulière parmi d’autres : De la réorganisation de la société européenne se caractérise par son contenu assez court, mais aussi très dense et pas vraiment analytique, qui esquisse plusieurs choses sans jamais aller en profondeur.

    31Des axes problématiques existent cependant. Que dire sur la connaissance par Saint-Simon et Thierry de travaux antécédents ? Si l’on se réfère au texte, les auteurs ne citent que l’œuvre de l’abbé de Saint-Pierre, et seulement pour la critiquer. C’est peu car, si l’on ne dispose pas d’informations sur leur connaissance de l’œuvre de Sully (1559-1641), des indices concordants laissent à penser que Saint-Simon avait lu une traduction du pamphlet kantien30.

    32Sur le plan des concepts politiques, Saint-Simon et Thierry – peut-être en suivant Montesquieu – assignent à la Chambre haute ce « qu’on peut appeler pouvoir réglant ou modérant »31. Il s’agit d’une fonction proche de celle de « pouvoir neutre ». C’est ainsi qu’il faut se demander si cette notion a pu être empruntée à Benjamin Constant (1768-1830). Celui-ci a rendu célèbre l’idée du « pouvoir neutre » dans ses Principes de politique de 1815, publiés après la parution de De la réorganisation de la société européenne et imprimés en urgence afin de justifier sa collaboration à la rédaction de l’Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire. Toutefois Constant esquissait déjà la notion dans les Fragments d’un ouvrage abandonné sur la possibilité d’une constitution républicaine dans un grand pays (1807), restés inédits jusqu’à nos jours. De même, on retrouve trace de ce thème dans les Réflexions sur les constitutions, parues par contre en 1813. Bref, la question reste évidemment ouverte.

    33En parallèle, un élément biographique fait surgir un doute sur la possibilité d’une influence américaine sur ce projet tout à fait européen. Dans sa jeunesse, Saint-Simon avait combattu pour la liberté américaine aux côtés de Lafayette et de Washington. Et c’est à Lafayette (avec lequel Saint-Simon est alors toujours en rapport) que Washington, dans une célèbre lettre, avait écrit : « Nous avons jeté une semence de liberté et d’union qui germera peu à peu sur toute la Terre. Un jour, sur le modèle des États-Unis d’Amérique, se constitueront des États-Unis d’Europe ».

    34Cette résonance américaine mise à part, il reste à s’interroger sur la possible réception par Napoléon de la brochure de 1814. Le thème de l’Europe est en effet très présent dans le Mémorial de Sainte-Hélène. Et le doute surgit précisément en lisant ce passage de mars 1816 au sujet de l’invasion de l’Angleterre :

    Quatre jours m’eussent suffi pour me trouver dans Londres ; je n’y serais point entré en conquérant, mais en libérateur […]. Je leur eusse dit [aux Anglais, n.d.a] de s’assembler, de travailler eux-mêmes à leur régénération, qu’ils étaient nos aînés en fait de législation politique […]. Aussi quelques mois ne se seraient pas écoulés, que ces deux nations, si violemment ennemies, n’eussent plus composé que des peuples identifiés désormais par leurs principes, leurs maximes, leurs intérêts ; et je serais parti de là pour opérer, du Midi au Nord, sous les couleurs républicaines (j’étais alors Premier Consul), la régénération européenne, que plus tard j’ai été sur le point d’opérer du Nord au Midi sous les formes monarchiques32.

    35La proximité des thèmes évoqués est frappante, en particulier dans la qualification des Anglais considérés comme « nos aînés en fait de législation politique ». Saint-Simon et Thierry avaient précisé que la réunion des pairs anglais et des sénateurs français, première ébauche de l’union, ne devait pas se faire paritairement. Il fallait reconnaître la supériorité de l’Angleterre en matière de politique parlementaire et donner plus de sièges aux Anglais, de sorte que « les Français n’auront que le tiers de la représentation »33.

    36Faut-il alors conclure à une réappropriation napoléonienne de cette idée ? Ce serait aller à notre sens trop loin, dans la mesure où il est tout d’abord difficile de savoir si Napoléon a effectivement prononcé les paroles rapportées par Las Cases. Ensuite, même si les propos avaient été tenus, il ne s’agit que d’une reconstruction a posteriori. L’empereur avait-il une connaissance, même indirecte, de cette brochure ? Cela est possible sans être certain car celle-ci connaît un succès discret, comme en témoigne sa réédition rapide. Mais comment savoir si l’on est face à un écho, à un emprunt, ou plus simplement à une analogie casuelle ? La question est complexe et la prudence impose d’en rester aux conjectures.

    Un projet « napoléonien » ?

    37On peut en revanche renverser le problème et se poser la question inverse : décèle-t-on une influence napoléonienne sur la pensée de Saint-Simon ? Revenons pour cela à De la réorganisation de la société européenne. Que dessine-t-elle au fond ? Une nouvelle organisation sociale sur la base des talents et des capacités ; une direction unique pour assurer la croissance morale et matérielle ; tout ceci, en vue de la paix. Cependant le moyen le plus sûr pour maintenir la paix, notent les auteurs, consiste à la porter à l’extérieur et d’occuper la confédération « sans relâche » par de grands projets d’expansion.

    Peupler le globe de la race européenne, qui est supérieure à toutes les autres races d’hommes ; le rendre voyageable et habitable comme l’Europe, voilà l’entreprise par laquelle le parlement européen devra continuellement exercer l’activité de l’Europe, et la tenir toujours en haleine34.

    38Ce que Napoléon n’a pas réussi à faire avec ses armées, le couple Saint-Simon-Thierry le propose sur un autre mode. Il s’agit d’un type différent d’expansion, mais toujours porté par un… Esprit de conquête. Au-delà du jeu de mots – ou avec des titres –, l’affirmation exige des explications. Benjamin Constant, dans son ouvrage De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne (1814), s’adresse aussi aux « peuples européens ». Il voit s’ouvrir pour eux l’époque du commerce. La guerre et le commerce, dit-il, « ne sont que deux moyens différents d’arriver au même but : celui de posséder ce que l’on désire »35, mais le second est « un moyen plus doux et plus sûr »36, donc plus convenable à la nature des hommes des temps modernes.

    39Si Benjamin Constant refuse la guerre, comme d’ailleurs Saint-Simon, il condamne sans appel tout esprit de conquête. Saint-Simon et Thierry, en revanche, ne s’arrêtent pas là. Eux aussi condamnent la nation anglaise pour « sa politique ennemie de toute prospérité étrangère »37. Mais l’expansion industrielle et commerciale dont ils parlent ne va pas sans une idée, sinon belliqueuse, tout au moins menaçante pour les peuples extra-européens. Ce jeu d’inclusion à différentes vitesses s’applique premièrement aux pays de l’Europe, on l’a vu : l’élargissement se fera à fur et à la mesure que ceux-ci tendront vers un régime libéral. Mais qu’en est-il pour le reste du monde ? Il semble condamné à être dominé par une Europe puissante, portée par cette prétendue supériorité de la « race européenne »38.

    40Or, Saint-Simon avait déjà abordé, d’une façon assez inquiétante, ce thème d’une hiérarchie raciale. En 1803, dans ses Lettres d’un habitant de Genève, il dit ainsi qu’une Entité supérieure (Dieu en personne ?) lui aurait formulé cette idée d’inégalité raciale au cours d’un rêve :

    Apprends que les Européens sont les enfants d’Abel ; apprends que l’Asie et l’Afrique sont habitées par la postérité de Caïn. Vois comme ces Africains sont sanguinaires, remarque l’indolence des Asiatiques ; ces hommes impurs n’ont point donné de suite aux premiers efforts qu’ils ont faits pour se rapprocher de ma Divine prévoyance. Les Européens réuniront leurs forces, ils délivreront leurs frères Grecs de la domination des Turcs. […] Ces armées soumettront les enfants de Caïn à la religion, et feront sur toute la terre les établissements nécessaires à la sûreté des membres des conseils de Newton, dans tous les voyages qu’ils jugeront utile de faire pour les progrès de l’esprit humain39.

    41Au-delà de ces questions raciales, l’affirmation selon laquelle « l’Angleterre et la France unies sont plus fortes que le reste d’Europe »40 – bien que celle-ci se réfère à l’enracinement des principes libéraux – montre que Saint-Simon et Thierry sont loin de raisonner en termes d’émancipation et d’égalité des peuples. Le projet apparaît ainsi plus impérial (mais on pourrait aussi dire plus conquérant) qu’on ne l’admet généralement.

    42Une preuve importante de l’enracinement de cette opinion se trouve dans un écrit daté des premières années du siècle. L’on sait que Saint-Simon, ce « grand seigneur », a toujours refusé l’idée d’égalité : « idée fausse, quand elle est prise dans un sens absolu »41. De fait, pour penser le nouveau cadre européen il revient à ces « hautes dispositions organisatrices napoléoniennes » pour lesquelles, en 1808, il s’était dit « plus exalté d’admiration qu’aucune personne que je connaisse »42.

    43L’affirmation mérite attention. Dans un Fragment, intitulé Sur la capacité de l’Empereur, on trouve une appréciation de Napoléon dont les termes sont semblables à ceux, cités plus haut, qu’Henri de Jouvenel utilisera pour la figure de Saint-Simon : « c’est que le génie de l’Empereur est immensément en avant de celui de ses contemporains : c’est qu’il s’écoulera des siècles avant que l’esprit humain se soit familiarisé avec les vues de l’Empereur »43. De plus, quand il s’explique sur ces « hautes dispositions organisatrices », l’auteur évoque trois points :

    • l’établissement de la Légion d’honneur, car son vrai but serait d’arrêter les appétits des militaires ;
    • le partage du corps scientifique en deux classes, l’une consacrée à la recherche l’autre à l’enseignement, opération qu’il considère comme une « idée sublime » ;
    • la Constitution du royaume d’Italie.

    44Arrêtons-nous sur ce dernier point. La Constitution du 1805, selon Saint-Simon, aurait perfectionné le partage entre gouvernants et gouvernés grâce à la mise en place de différents collèges. Saint-Simon parle de quatre collèges : propriétaires immobiliers, négociants, savants et artistes. Une répartition semblable avait été introduite aux temps de la République italienne, en 1802, avec la constitution de trois collèges, à vrai dire, les mêmes qu’on retrouve dans la Constitution de 1805 : « I collegi de’ possidenti, dei dotti e dei commercianti »44.

    45Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que dans ces Constitutions élaborées à l’ombre de Napoléon, et surtout dans l’éloge que Saint-Simon en fait, on retrouve ce principe corporatif qui est également à la base de sa proposition institutionnelle pour l’Europe de 1814. Par conséquent il devient encore plus difficile d’affirmer la paternité exclusive d’un projet qui se fonde – ce fait est indéniable – sur la rencontre de la hiérarchie et des talents.

    46Plutôt que de s’entêter dans une telle recherche, il convient de conclure sur une autre rencontre. Des idées napoléoniennes (1839) – véritable manifeste politique du prince Louis-Napoléon (1808-1873) – mélange, entre autres choses, de certaines idées de Saint-Simon avec la légende de son oncle. On y retrouve un même souci de mise en œuvre de grands travaux publics, l’idée d’une Europe des peuples, bien que régie par une dynastie, la réfutation de la guerre à côté d’une promesse de croissance morale, sociale et matérielle. Surtout, les derniers mots témoignent d’une tentative de mise à jour programmatique : « Répétons-le en terminant, l’idée napoléonienne n’est point une idée de guerre, mais une idée sociale, industrielle, commerciale, humanitaire »45.

    47De sorte que – tout au moins au sujet de l’Europe et au niveau des projets que la concernent –, c’est dans ces pages, annonçant le début d’une nouvelle aventure politique, que la « réorganisation » saint-simonienne et la « régénération » napoléonienne vont finalement réussir à s’articuler.

    Notes de bas de page

    1 Henri Gouhier, La jeunesse d’Auguste Comte et la formation du positivisme, Paris, Vrin, 1933-41, 3 vol.

    2 Claude-Henri de Saint-Simon, Augustin Thierry, De la réorganisation de la société européenne, ou de la nécessité et des moyens pour rassembler les peuples de l’Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun son indépendance nationale, Paris, Égron-Delaunay, 1814, p. XV.

    3 Marie-France Piguet, « L’Europe des Européens chez le comte de Saint-Simon », Mots, mars 1993, n. 34, p. 7-24.

    4 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 30 sqq.

    5 Ibid., p. XV.

    6 Ibid., p. 23.

    7 Que dire à propos de cette place réservée à l’Angleterre ? Il faudrait s’interroger sur ce point car son inclusion impérative annonce un des aspects les plus épineux de la construction européenne du XXe siècle.

    8 Derek Heater, The Idea of European Unity, London, Leicester University Press, 1992, p. 109 sqq.

    9 Henri de Jouvenel, « Le comte de Saint-Simon et la réorganisation de la société européenne », La Revue de Paris, 1925, 1er mars, p. 37-45. On retrouvera cette citation p. 43.

    10 Enrico Rossi, Altiero Spinelli, « Empirico » e « Pantagruel » per un’Europa diversa. Carteggio 1943-1945, édition de P. Graglia, Milano, Franco Angeli, 2012.

    11 Henri de Saint-Simon, Augustin Thierry, La riorganizzazione della società europea, traduction et introduction de A. Saitta, Roma, Atlantica, 1945.

    12 Claude-Henri de Saint-Simon, Sogno d’una felice Europa, traduction et introduction de C. Curcio, Roma, Colombo Editore, 1945, pour « la Collana degli Utopisti ». Curcio rassemble ici différents passages des œuvres de Saint-Simon abordant la question de l’Europe.

    13 Pour les problèmes souvent posés par les préfaces allographes, au sens d’une tentative de « déformation » de la pensée préfacée, voir Cristina Cassina, Soglie nel tempo. Storie di prefazioni ai classici del pensiero politico moderno, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2015.

    14 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. XXVIII. Tout discours doit être rapporté à son époque. Dans ce cas précis, il s’agit du mois de juin 1944 dans une Toscane (nous dit Saitta) qui est encore occupée par les nazis. Cependant, l’idée d’un bonheur attendant l’Europe – un bonheur fruit de la liberté et de la coopération – caractérise davantage l’esprit du jeune historien.

    15 Voir en particulier l’étude biographique d’Anne Denieul-Cormier, Augustin Thierry : l’histoire autrement, Paris, Publisud, 1997.

    16 Cité par H. de Jouvenel, « Le comte de Saint-Simon », art. cit., p. 43.

    17 H. Gouhier, La jeunesse d’Auguste Comte, op. cit., vol. 3, Auguste Comte et Saint-Simon, Paris, Vrin, 1970, p. 92.

    18 Charles-Olivier Carbonell, L’Europe de Saint-Simon, Toulouse, Édition Privat, 2001, respectivement p. 12, 39 et 48-49.

    19 A. Denieul-Cormier, Augustin Thierry, op. cit., p. 59-60.

    20 H. Gouhier, Auguste Comte et Saint-Simon, op. cit., p. 81.

    21 Voir l’introduction de Carlo Curcio à Cl.-H. de Saint-Simon, Sogno d’una felice Europa, op. cit., p. 28.

    22 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 58.

    23 Dans ce sens, mais selon une lecture plus récente et très attentive à sa dimension politique, cf. Luca Scuccimarra, « Una costituzione per l’Europa. Saint-Simon e la “Réorganisation de la société européenne” », Historia Constitutional, 2011, n. 11, p. 1-20.

    24 Cf. Frank E. Manuel, I profeti di Parigi, Bologna, il Mulino, 1979, p. 165 sqq (édition originale : The Prophets of Paris, Cambridge, Harvard University Press 1962).

    25 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 53.

    26 Cf. Opinion de Sieyès, sur plusieurs articles des titres IV et V du projet de constitution, prononcée à la Convention le 2 thermidor de l’an IIIe de la République. Imprimée par ordre de la Convention national, 1795.

    27 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 34.

    28 Sur ce point, cf. Cristina Cassina, « Per un lessico del pensiero politico: la sociocrazia di Auguste Comte », Storia del pensiero politico, 2014, n. 2, p. 213-238.

    29 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 52. Si, à propos de cette expression, on a pu écrire que Saint-Simon « de una manera radicalmente moderna (o tal vez sería mejor decir “posmoderna”) introduce el tema de la identidad » (cf. Nere Basabe, Del Imperio a la Federacion : La idea de Europa en Francia, 1800-1848, thèse de doctorat, Universitad Complutense de Madrid, 2010), c’est justement parce que ce problème revient de plus en plus à notre époque, marquée par une profonde crise qui n’épargne pas le processus de construction européenne. À titre d’exemple, cf. l’allocution de Valery Giscard d’Estaing « Peut-on créer un patriotisme européen ? » à la Humboldt Université de Berlin, le 9 novembre 2006, mais aussi l’analyse de Bertrand Fessarol de Foucault, ancien ambassadeur de France, « Pour un patriotisme européen », Commentaire, 2012, n. 137, p. 15-24.

    30 Cf. N. Besabe, Del Imperio a la Federacion, op. cit., p. 239.

    31 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 37 sqq., p. 43.

    32 Emmanuel-Auguste-Dieudonné comte de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène ou, Journal où se trouve consigné, jour par jour, ce qu’a dit et fait Napoléon durant dix-huit mois, Paris, 1824, vol. 2, p. 360-361. L’italique est de moi.

    33 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 66.

    34 Ibid., p. 60.

    35 Benjamin Constant, De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne (1814) dans Id., Écrits politiques, textes choisis, présentés et annotés par M. Gauchet, Paris, Gallimard, 1997, p. 130.

    36 Idem.

    37 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. XVIII.

    38 Sur ce point cf. encore M.-F. Piguet, « L’Europe des Européens chez le comte de Saint-Simon », art. cit., p. 14 sqq.

    39 Claude-Henri de Saint-Simon, Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains, s.l., [1803], p. 95. Toujours sur ce point, il est utile de signaler les observations de Luca Scuccimarra (que je partage) évoquant une « dimensione imperialistica » de la brochure de 1814 (« Una costituzione per l’Europa », art. cit., p. 15).

    40 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. XVII. L’italique est de moi.

    41 Claude-Henri de Saint-Simon, Introduction aux travaux scientifiques du XIXe siècle, (publiée initialement en 1807 et 1808), dans Id., Œuvres Choisies. Précédées d’un essai sur sa doctrine, Bruxelles, Van Meenen et Cie, 1859, vol. II, p. 234.

    42 Ibid., p. 231.

    43 Ibid., p. 233.

    44 Terzo Statuto Costituzionale (5 giugno 1805). Titolo III : Dei collegi. On peut désormais lire ce texte sur le site de l’Université de Turin (http://www.dircost.unito.it/cs/cs_index.shtml) où l’on reproduit, en tant que source, A. Aquarone, M. D’Addio, G. Negri (dir.), Le Costituzioni italiane, Milano, Edizioni Comunità, 1958.

    45 Louis-Napoléon Bonaparte, Des idées napoléoniennes, Paris, Paulin, 1839, p. 200.

    Auteur

    • Cristina Cassina

      Historienne de la pensée politique, maître de conférences à l’Université de Pise. Elle est membre des revues « Storia del pensiero politico » et « Politics. Rivista di Studi Politici ». Ses recherches et ses publications portent sur la pensée issue des Anti-Lumières.

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    1 Henri Gouhier, La jeunesse d’Auguste Comte et la formation du positivisme, Paris, Vrin, 1933-41, 3 vol.

    2 Claude-Henri de Saint-Simon, Augustin Thierry, De la réorganisation de la société européenne, ou de la nécessité et des moyens pour rassembler les peuples de l’Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun son indépendance nationale, Paris, Égron-Delaunay, 1814, p. XV.

    3 Marie-France Piguet, « L’Europe des Européens chez le comte de Saint-Simon », Mots, mars 1993, n. 34, p. 7-24.

    4 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 30 sqq.

    5 Ibid., p. XV.

    6 Ibid., p. 23.

    7 Que dire à propos de cette place réservée à l’Angleterre ? Il faudrait s’interroger sur ce point car son inclusion impérative annonce un des aspects les plus épineux de la construction européenne du XXe siècle.

    8 Derek Heater, The Idea of European Unity, London, Leicester University Press, 1992, p. 109 sqq.

    9 Henri de Jouvenel, « Le comte de Saint-Simon et la réorganisation de la société européenne », La Revue de Paris, 1925, 1er mars, p. 37-45. On retrouvera cette citation p. 43.

    10 Enrico Rossi, Altiero Spinelli, « Empirico » e « Pantagruel » per un’Europa diversa. Carteggio 1943-1945, édition de P. Graglia, Milano, Franco Angeli, 2012.

    11 Henri de Saint-Simon, Augustin Thierry, La riorganizzazione della società europea, traduction et introduction de A. Saitta, Roma, Atlantica, 1945.

    12 Claude-Henri de Saint-Simon, Sogno d’una felice Europa, traduction et introduction de C. Curcio, Roma, Colombo Editore, 1945, pour « la Collana degli Utopisti ». Curcio rassemble ici différents passages des œuvres de Saint-Simon abordant la question de l’Europe.

    13 Pour les problèmes souvent posés par les préfaces allographes, au sens d’une tentative de « déformation » de la pensée préfacée, voir Cristina Cassina, Soglie nel tempo. Storie di prefazioni ai classici del pensiero politico moderno, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2015.

    14 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. XXVIII. Tout discours doit être rapporté à son époque. Dans ce cas précis, il s’agit du mois de juin 1944 dans une Toscane (nous dit Saitta) qui est encore occupée par les nazis. Cependant, l’idée d’un bonheur attendant l’Europe – un bonheur fruit de la liberté et de la coopération – caractérise davantage l’esprit du jeune historien.

    15 Voir en particulier l’étude biographique d’Anne Denieul-Cormier, Augustin Thierry : l’histoire autrement, Paris, Publisud, 1997.

    16 Cité par H. de Jouvenel, « Le comte de Saint-Simon », art. cit., p. 43.

    17 H. Gouhier, La jeunesse d’Auguste Comte, op. cit., vol. 3, Auguste Comte et Saint-Simon, Paris, Vrin, 1970, p. 92.

    18 Charles-Olivier Carbonell, L’Europe de Saint-Simon, Toulouse, Édition Privat, 2001, respectivement p. 12, 39 et 48-49.

    19 A. Denieul-Cormier, Augustin Thierry, op. cit., p. 59-60.

    20 H. Gouhier, Auguste Comte et Saint-Simon, op. cit., p. 81.

    21 Voir l’introduction de Carlo Curcio à Cl.-H. de Saint-Simon, Sogno d’una felice Europa, op. cit., p. 28.

    22 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 58.

    23 Dans ce sens, mais selon une lecture plus récente et très attentive à sa dimension politique, cf. Luca Scuccimarra, « Una costituzione per l’Europa. Saint-Simon e la “Réorganisation de la société européenne” », Historia Constitutional, 2011, n. 11, p. 1-20.

    24 Cf. Frank E. Manuel, I profeti di Parigi, Bologna, il Mulino, 1979, p. 165 sqq (édition originale : The Prophets of Paris, Cambridge, Harvard University Press 1962).

    25 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 53.

    26 Cf. Opinion de Sieyès, sur plusieurs articles des titres IV et V du projet de constitution, prononcée à la Convention le 2 thermidor de l’an IIIe de la République. Imprimée par ordre de la Convention national, 1795.

    27 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 34.

    28 Sur ce point, cf. Cristina Cassina, « Per un lessico del pensiero politico: la sociocrazia di Auguste Comte », Storia del pensiero politico, 2014, n. 2, p. 213-238.

    29 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 52. Si, à propos de cette expression, on a pu écrire que Saint-Simon « de una manera radicalmente moderna (o tal vez sería mejor decir “posmoderna”) introduce el tema de la identidad » (cf. Nere Basabe, Del Imperio a la Federacion : La idea de Europa en Francia, 1800-1848, thèse de doctorat, Universitad Complutense de Madrid, 2010), c’est justement parce que ce problème revient de plus en plus à notre époque, marquée par une profonde crise qui n’épargne pas le processus de construction européenne. À titre d’exemple, cf. l’allocution de Valery Giscard d’Estaing « Peut-on créer un patriotisme européen ? » à la Humboldt Université de Berlin, le 9 novembre 2006, mais aussi l’analyse de Bertrand Fessarol de Foucault, ancien ambassadeur de France, « Pour un patriotisme européen », Commentaire, 2012, n. 137, p. 15-24.

    30 Cf. N. Besabe, Del Imperio a la Federacion, op. cit., p. 239.

    31 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 37 sqq., p. 43.

    32 Emmanuel-Auguste-Dieudonné comte de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène ou, Journal où se trouve consigné, jour par jour, ce qu’a dit et fait Napoléon durant dix-huit mois, Paris, 1824, vol. 2, p. 360-361. L’italique est de moi.

    33 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. 66.

    34 Ibid., p. 60.

    35 Benjamin Constant, De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne (1814) dans Id., Écrits politiques, textes choisis, présentés et annotés par M. Gauchet, Paris, Gallimard, 1997, p. 130.

    36 Idem.

    37 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. XVIII.

    38 Sur ce point cf. encore M.-F. Piguet, « L’Europe des Européens chez le comte de Saint-Simon », art. cit., p. 14 sqq.

    39 Claude-Henri de Saint-Simon, Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains, s.l., [1803], p. 95. Toujours sur ce point, il est utile de signaler les observations de Luca Scuccimarra (que je partage) évoquant une « dimensione imperialistica » de la brochure de 1814 (« Una costituzione per l’Europa », art. cit., p. 15).

    40 Cl.-H. de Saint-Simon, A. Thierry, De la réorganisation de la société européenne, op. cit., p. XVII. L’italique est de moi.

    41 Claude-Henri de Saint-Simon, Introduction aux travaux scientifiques du XIXe siècle, (publiée initialement en 1807 et 1808), dans Id., Œuvres Choisies. Précédées d’un essai sur sa doctrine, Bruxelles, Van Meenen et Cie, 1859, vol. II, p. 234.

    42 Ibid., p. 231.

    43 Ibid., p. 233.

    44 Terzo Statuto Costituzionale (5 giugno 1805). Titolo III : Dei collegi. On peut désormais lire ce texte sur le site de l’Université de Turin (http://www.dircost.unito.it/cs/cs_index.shtml) où l’on reproduit, en tant que source, A. Aquarone, M. D’Addio, G. Negri (dir.), Le Costituzioni italiane, Milano, Edizioni Comunità, 1958.

    45 Louis-Napoléon Bonaparte, Des idées napoléoniennes, Paris, Paulin, 1839, p. 200.

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    Cassina, C. (2015). Renier l’Empire pour penser l’Europe ? Le cas de Saint-Simon. In S. Aprile, C. Cassina, P. Darriulat, & R. Leboutte (éds.), Europe de papier. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.7950
    Cassina, Cristina. « Renier l’Empire pour penser l’Europe ? Le cas de Saint-Simon ». In Europe de papier, édité par Sylvie Aprile, Cristina Cassina, Philippe Darriulat, et René Leboutte. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.7950.
    Cassina, Cristina. « Renier l’Empire pour penser l’Europe ? Le cas de Saint-Simon ». Europe de papier, édité par Sylvie Aprile et al., Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.7950.

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    Aprile, S., Cassina, C., Darriulat, P., & Leboutte, R. (éds.). (2015). Europe de papier. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.7940
    Aprile, Sylvie, Cristina Cassina, Philippe Darriulat, et René Leboutte, éd. Europe de papier. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2015. doi:10.4000/books.septentrion.7940.
    Aprile, Sylvie, et al., éditeurs. Europe de papier. Presses universitaires du Septentrion, 2015, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.7940.
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