Introduction
p. 19-24
Texte intégral
1L’ouvrage Écrire et faire écrire dans l’enseignement postobligatoire : enjeux, modèles et pratiques innovantes est l’une des valorisations du colloque international Enseignement et apprentissage de l’écriture de la maternelle à l’Université et dans les formations tout au long de la vie, qui s’est tenu à l’ESPE (École supérieure du professorat de l’éducation) d’Aquitaine, Université de Bordeaux, du 19 au 21 octobre 2016. Réunissant plus de 165 participants venus de la Belgique, de la Finlande, de la France, du Maroc, du Québec et de la Suisse, ce colloque – organisé par quatre laboratoires de recherche (Lab-E3D/Université de Bordeaux, LiDilem/Université Grenoble Alpes, LIRDEF/Université de Montpellier, LLL/Université d’Orléans) et par l’ESPE d’Aquitaine – entendait « faire un état des lieux des recherches actuelles sur l’écriture, sa complexité, son enseignement, son apprentissage tout au long de la vie et la formation à cet enseignement1 ».
2Le titre comme l’appel à communications de ce colloque manifestaient la volonté de traiter de l’enseignement et de l’apprentissage de l’écriture au-delà des seuls contextes scolaires. Partant du fait que l’écriture est omniprésente et incontournable non seulement à l’école, mais aussi « dans la vie privée, professionnelle et publique » (Reuter, 2002 : 11) et du fait qu’« à chaque étape de l’écriture, tout auteur, aussi spécialiste de son domaine soit-il, a besoin de professionnels qui le relaient et l’épaulent, le soutiennent et le guident » (Guibert, 2003 : 118), les organisateurs de cet évènement pariaient en effet sur la possibilité de couvrir un champ plus large intégrant les formations continues, universitaires et professionnelles. Le pari semble avoir été gagné puisque les différentes interventions de ce colloque (50 communications, cinq conférences, quatre symposiums et une table ronde) ont porté sur la formation scolaire et postobligatoire et que le nombre de contributions pour les actes relevant de ce dernier volet, a été suffisamment significatif pour envisager une publication qui lui soit entièrement consacrée, d’où cet ouvrage. Dans la mesure où celui-ci ne provient pas d’un appel à contributions ciblé, il ne prétend pas balayer tout le champ des littéracies dans la formation postobligatoire. Mais il parait cependant, comme on peut déjà le noter à la lecture de la préface de Sylvie Plane, un bon observatoire des préoccupations actuelles des chercheurs qui s’intéressent à l’enseignement et à l’apprentissage de l’écriture au-delà de la formation initiale.
3Le choix du titre de cet ouvrage « Écrire et faire écrire dans l’enseignement postobligatoire » situe d’emblée celui-ci dans la suite des publications sur les écritures expertes – universitaires et/ou professionnelles – en plein essor dans le monde francophone (Defays & Englebert, 2009a & b ; Blaser & Pollet, 2010 ; Delcambre & Lahanier-Reuter, 2012 ; Beaudet & Rey, 2015). Mais il permet également d’associer à l’ouvrage des chercheurs qui s’intéressent à l’enseignement-apprentissage de l’écriture dans des contextes divers, du point de vue linguistique (français langue première, français langue de scolarisation, français langue étrangère ou seconde), de celui de la discipline scolaire quand il s’agit de formation d’enseignants (français, sciences, histoire) ou de celui du niveau en écriture, qui peut être très éloigné de celui de l’écriture experte. C’est d’ailleurs le cas dans deux contributions qui portent sur l’accompagnement de scripteurs, ayant dépassé l’âge de l’école obligatoire, mais qui, pour des raisons liées à leur histoire, sont faiblement scolarisés.
4L’ouvrage est organisé en trois parties, dont les frontières sont, bien entendu, loin d’être étanches : la première est centrée sur les notions et les modèles théoriques en formation à l’écrit(ure) académique et (pré)professionnelle. Ainsi, deux groupes de chercheurs présentent des travaux portant sur plusieurs composantes de la compétence scripturale : d’un côté, Élodie Lang, Martha Makassis, Jean-Paul Meyer et Jean-Christophe Pellat analysent les erreurs linguistiques et orthographiques dans des écrits d’étudiants allophones spécialisés en littérature ; de l’autre, Françoise Boch, Julie Sorba et Pascal Bessonneau mesurent la capacité d’étudiants inscrits dans différents cursus (sciences et techniques ; sciences humaines) à évaluer leurs compétences rédactionnelles en matière de lexique, d’orthographe et de syntaxe. Céline Beaudet et Véronique Rey-Lafay s’intéressent, quant à elles, à la notion d’expertise chez les professionnels de l’écriture dans des contextes de littéracie avancée. De son côté, Michèle Monte se penche sur l’argumentation en vue d’une mobilisation efficiente des différents types d’arguments par des adultes voulant devenir écrivains publics, tandis que Christiane Morinet, s’appuyant sur la linguistique de l’acquisition, redéfinit le rôle du couple oral-écrit dans l’apprentissage de la décontextualisation attendue dans les écrits de lycéens et d’étudiants. Enfin, Katell Bellegarde interroge la place des conceptions dans l’appropriation de l’écrit chez des adultes faiblement scolarisés en (ré)insertion socioprofessionnelle.
5La deuxième partie pose les écrits universitaires comme révélateurs des compétences du scripteur. Elle porte principalement sur les mémoires de master d’étudiants, futurs enseignants du primaire et du secondaire. Maurice Niwese et Patricia Schneeberger présentent les spécificités de ces écrits et la manière dont les étudiants se les approprient. Contrairement à ces deux derniers auteurs, dont le corpus est constitué de versions définitives de mémoires, Martine Jaubert et Yann Lhoste se focalisent sur le processus d’élaboration de ces écrits par les étudiants confrontés à la polyphonie discursive inhérente aux écrits de recherche, spécialement quand il s’agit de mémoires produits dans les ESPE, qui intègrent, outre des références scientifiques, des discours de sources institutionnelles différentes. C’est aussi sur le processus d’écriture que travaillent Sylvain Doussot et Catherine Dolignier, le premier en présentant un dispositif d’acculturation à l’écriture scientifique dans un séminaire de recherche en didactique de l’histoire, la seconde en analysant, dans les mémoires de futurs enseignants de lettres les formes et les fonctions du plagiat qu’elle considère comme trace d’acquisitions en cours. Marie-Laure Elalouf et Stéphanie Perrin proposent, quant à elles, de penser le lien entre la production de mémoires par de futurs enseignants et la construction de leurs compétences professionnelles, à partir de l’analyse de corpus de textes d’élèves constitués dans ce cadre. Cette partie se termine avec deux contributions portant sur d’autres types d’écrits. Ainsi, Véronique Paolacci et Nathalie Rossi-Gensane se penchent sur les fonctions de la virgule dans des textes argumentatifs d’étudiants français préparant le CRPE (concours de recrutement des professeurs des écoles) et Amina Saoussany sur l’argumentation dans des lettres commerciales d’étudiants marocains.
6La troisième partie présente des pratiques et des dispositifs considérés comme étant innovants, même si certains sont mis en œuvre depuis plusieurs années. Ainsi, trois contributions sont centrées sur les ateliers d’écriture en contextes universitaires, en situation de langue première ou étrangère. Jacqueline Lafont-Terranova revient sur l’expérimentation d’ateliers d’écriture créative, menée depuis 20 ans dans un IUT (Institut universitaire de technologie) pour favoriser l’évolution de l’investissement et des conceptions de futurs informaticiens ainsi que le développement de leur compétence scripturale en termes de savoirs et savoir-faire. Dans une perspective comparative, AMarie Petitjean analyse des dispositifs d’atelier d’écriture littéraire dans plusieurs contextes français et américains. Enfin, Chantal Domptmartin-Normand expose les bénéfices didactiques que l’on peut tirer d’un atelier d’écriture créative destiné à des étudiants allophones, notamment en matière d’investissement dans l’écriture et dans la langue de l’autre ainsi que sur le plan de l’évolution stylistique. C’est aussi une expérience de l’écriture en contexte plurilingue que présentent Noëlle Mathis et Muriel Cros en insistant sur les stratégies d’écriture (s’appuyant sur les langues en contact) mises en œuvre par des étudiants. Enfin, toujours en situation de français langue étrangère, Marc Surian analyse les activités d’écriture proposées dans des centres d’accueil en Suisse, qui visent l’intégration de primo-arrivants.
7L’ouvrage, pour se clore, donne, en guise d’épilogue, la parole à quatre chercheurs représentant respectivement la Belgique francophone (Stéphane Colognesi), la France (Didier Colin), le Québec (Christiane Blaser) et la Suisse romande (Roxane Gagnon) pour présenter la place, les dispositifs, les soubassements théoriques et les modèles d’enseignement de l’écriture dans la formation des futurs enseignants.
8Ce choix nous parait d’autant plus justifié que l’une des perspectives ouvertes par les quatre auteurs est d’examiner les dispositifs et les modèles de formation sous l’angle du lien que la formation à l’écriture entretient avec celle de son enseignement. S’inscrivant dans la voie ouverte par toute une série de travaux en didactique de l’écrit, ils évoquent l’importance des pratiques de lecture et d’écriture proposées en formation d’enseignants, jugées déterminantes pour permettre ou non le transfert didactique. L’enjeu est d’autant plus important que les étudiants concernés sont appelés à prendre en charge, dans le cadre de l’enseignement obligatoire, l’enseignement de l’écriture dans les différentes disciplines scolaires.
9Nous ne pouvons terminer cette introduction sans remercier les différentes institutions qui, par leurs apports variés, ont rendu possible la publication de cet ouvrage ainsi que la tenue du colloque dont il est issu. Nous pensons particulièrement aux quatre laboratoires coorganisateurs du colloque (Lab-E3D, LiDilem, LIRDEF, LLL) à l’ESPE d’Aquitaine ainsi que, pour leur appui financier, à la Nouvelle Région d’Aquitaine, à la MGEN et à la MAIF.
Notes de bas de page
1 Cf. Appel à communications (https://ecriture-2016.sciencesconf.org/, consulté le 15/04/2018).
Auteurs
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Maurice Niwese
Université de Bordeaux (LACES/EA 7437)
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Jacqueline Lafont-Terranova
Université d’Orléans, LLL (UMR 7270)
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Martine Jaubert
Université de Bordeaux (Lab-E3D/EA 7441)
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Questions de temporalité
Les méthodes de recherche en didactiques (2)
Dominique Lahanier-Reuter et Éric Roditi (dir.)
2007
Les apprentissages lexicaux
Lexique et production verbale
Francis Grossmann et Sylvie Plane (dir.)
2008
Didactique du français, le socioculturel en question
Bertrand Daunay, Isabelle Delcambre et Yves Reuter (dir.)
2009
Questionner l'implicite
Les méthodes de recherche en didactiques (3)
Cora Cohen-Azria et Nathalie Sayac (dir.)
2009
Repenser l'enseignement des langues
Comment identifier et exploiter les compétences ?
Jean-Paul Bronckart, Ecaterina Bulea et Michèle Pouliot (dir.)
2005
L’école primaire et les technologies informatisées
Des enseignants face aux TICE
François Villemonteix, Georges-Louis Baron et Jacques Béziat (dir.)
2016
