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    Plan détaillé Texte intégral Le capitalisme comme mode de production particulier – l’apport de Marx Rapport salarial et exploitation Penser la RSE dans le capitalisme Bibliographie Annexe Auteurs

    Dictionnaire critique de la RSE

    Ce livre est recensé par

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    Capitalisme

    Nicolas Postel et Richard Sobel

    p. 35-38

    Texte intégral Le capitalisme comme mode de production particulier – l’apport de Marx Rapport salarial et exploitation Penser la RSE dans le capitalisme Bibliographie Annexe Voir aussi Auteurs

    Texte intégral

    1Le plus souvent – et une majorité d’économistes ne fait pas exception à la règle – on confond économie de marché et capitalisme. On prend ces deux termes pour des synonymes, et on préfère le premier, plus doux, au second, que l’on juge politiquement connoté et dénonciateur. Bien évidemment, le capitalisme n’est pas une « simple » économie de marché. Quand on l’affirme, on ne voit pas, pire peut-être, on dissimule – plus ou moins sciemment – quelque chose de fondamental que Marx a été le premier a identifié en terme structurel, à savoir que le capitalisme est un mode de production particulier dans l’histoire humaine. Pour autant et sans renoncer à cet acquis critique, les perspectives institutionnalistes contemporaines (notamment la théorie de la régulation) ont dû se doter d’une conceptualisation plus fine pour saisir les tenants et aboutissants des transformations du capitalisme, parmi lesquelles le mouvement actuel de la RSE.

    Le capitalisme comme mode de production particulier – l’apport de Marx

    2C’est dans la Préface de 1859 que Marx définit précisément et dans sa généralité le concept de mode de production (MP) : c’est la combinaison, toujours historiquement déterminée, d’un certain niveau technique de forces productives et d’une certaine forme des rapports sociaux de production. En tant que tel, le MP est à la base de toute formation sociale-historique, avec pour Marx, une détermination « en dernière instance » de celle-ci par celui-là. Par forces productives, il faut entendre les objets, les moyens (notamment la force de travail, les niveaux de qualification et l’état des techniques), et les résultats du processus de travail. Par rapports de production, il faut entendre le type de rapports entre les individus en ce qui concerne le processus de production, notamment les rapports de propriété économique : à qui appartiennent les moyens et objets de production ? À qui appartient le produit du processus de production ? Quel est le statut social de la force de travail qui est mobilisée dans le processus de production ? On peut dénombrer, dans l’histoire, différents types de rapport de production qui président à l’organisation du travail social, comme par exemple le mode de production antique, le mode de production féodal, le mode de production capitaliste (propriété privée des moyens de production), lesquels constitue, pour Marx, autant de forme d’exploitation du travail du plus grand nombre par tel ou tel groupe social minoritaire. C’est à l’analyse du mode de production capitaliste (MPC) que Marx a consacré l’essentiel de ses recherches socio-économiques, en critiquant l’économie politique « classique » de son temps. Il en dégage deux caractéristiques essentielles sur le plan des rapports de production dont l’articulation est au cœur de la dynamique du MPC et dont le MP communiste qu’il appelle de ses vœux aura précisément pour tâche de dépasser (Sobel, 2012).

    3Pour bien comprendre ce qu’est le MPC, il faut selon Marx d’abord passer par la fiction théorique d’une société marchande (M-A-M’). Il s’agit d’une société composée de producteurs marchands indépendants dont chaque production couvre ce que prescrit la division sociale du travail. On a affaire à deux types d’échange : (1) des échanges de type M-A (le producteur indépendant vend le produit de son travail pour convertir la valeur qu’il a créé en argent, représentant général de la valeur, ce qui va lui permettre d’avoir accès aux autres marchandises produites par les autres producteurs marchands indépendants) et, d’autre part, (2) à des échanges de type A-M’ (achat d’autres marchandises dont le producteur indépendant a besoin, c’est-à-dire recherche d’une ressource sous le rapport de sa valeur d’usage).

    4Dans cette fiction, il faut remarquer que la marchandise, et plus précisément l’aspect valeur d’usage (c’est-à-dire le besoin) est ce qui importe. La valeur d’échange, et donc l’argent, ne sont que des moyens au service d’un processus social qui met en avant le besoin humain dont il organise la satisfaction par un processus de division-répartition du travail social qui est l’échange marchand. Or, pour Marx, ce que l’on constate dans les sociétés modernes, c’est un tout autre processus. On trouve des agents économiques (les « capitalistes ») qui visent, par l’intermédiaire de l’échange marchand, une autre finalité que la satisfaction d’un besoin déterminé. Cette autre finalité est l’accroissement de la quantité d’argent A – M – A’ (avec A’ > A, ce ∆A étant la survaleur ou plus-value), accroissement indéfini recherché pour lui-même de l’équivalent général et que Marx appelle « accumulation du capital ». Au cœur du capitalisme, il y a pour Marx un motif structurant, le « désir d’argent », c’est-à-dire le désir d’une pure quantité abstraite, l’équivalent général, désir qui pervertit les tenants et aboutissants de l’échange marchand. Ce désir conduit à une marchandisation sans limite des piliers humains et environnementaux de la société (cf. l’entrée Marchandises fictives de N. Postel & R. Sobel), et donc menace sa cohésion voire sa survie.

    Rapport salarial et exploitation

    5Pour Marx, l’origine de l’accroissement de la valeur est à chercher du côté d’un échange particulier (l’échange salarial) et en quittant la sphère de la circulation des marchandises pour descendre dans la sphère de la production des marchandises, dans les « laboratoires secrets de la production ». L’économie n’est pas un domaine social homogène : il faut, selon Marx, distinguer deux catégories principales d’agents économiques. En fait et d’un point de vue sociologique descriptif, il y a bien sûr d’autres classes sociales ; mais le raisonnement est ici structurel et ne considère que le clivage socio-économique fondamental du capitalisme, le rapport capital-travail ou rapport salarial :

    • Les « capitalistes » Ils se définissent par la possession d’une quantité de capital-argent, forme pure du capital, qu’ils cherchent à accroître par l’exploitation de force travail qu’ils ont salarié. Ils ont ainsi les capacités de mettre en œuvre, par eux-mêmes et pour le propre compte, un processus de production de marchandises. À ce niveau d’analyse, Marx ne distingue pas les fonctions de propriété et de gestion du capital, et on peine à trouver chez lui une théorie donnant une épaisseur propre, sur le plan institutionnel, organisationnel et éthique, à ce qu’on appelle aujourd’hui « entreprise ». C’est une limite de Marx. Mais réciproquement, toute théorie « institutionnaliste » de l’entreprise aujourd’hui ne saurait s’exonérer de la nécessité de penser la réalité institutionnelle de l’entreprise en tant qu’elle est traversée par le rapport capital-travail – sauf à confondre économie capitaliste et économie de marché.
    • Les « prolétaires » (nous dirions aujourd’hui « travailleurs-salariés »). Ils ne sont propriétaires que de leur force de travail, dont ils ne peuvent précisément rien faire d’autre que chercher à en louer l’usage pour vivre. Ce rapport de subordination n’a rien d’un échange marchand : le salaire est obtenu contre la mise à disposition pour des tâches déterminées, dans un cadre déterminé et pour une durée déterminée, de l’usage de la force de travail, celle-ci – à la différence d’une vraie marchandise – n’étant pas distinguable de son porteur.

    6Avec le « contrat de travail », le capitaliste a acquis le droit d’utiliser une ressource tout à fait particulière, la force de travail du salarié. Même si ce n’est pas une marchandise au sens propre, elle fonctionne dans l’échange salarial suivant cette fiction (voir Article Rapport salarial). Sa valeur d’usage n’est autre que le pouvoir créateur de valeur du travail humain. Pour accéder à l’usage de ce pouvoir, le capitaliste ne fait que payer au salarié un forfait légal : la valeur d’échange de la force de travail, ce qui correspond à la valeur des marchandises nécessaires à l’entretien et la reproduction de la force de travail. Cette valeur est inférieure à celle que le salarié va pouvoir créer le temps que le capitaliste aura loué l’usage de sa force de travail. Cette différence est la plus-value, consécutive de l’exploitation de la force de travail suivant l’indéfinie productivité de sa valeur d’usage et au simple coût de sa valeur d’échange.

    7On peut n’être pas d’accord avec l’arrière-fond métaphysique – la théorie de la valeur-travail – qui préside à la démonstration de Marx. Mais, il faut reconnaître que la théorie de Marx a saisi les traits saillants, structuraux, du MPC. Pour autant, a-t-il forgé les concepts intermédiaires pour saisir plus finement le fonctionnement et les transformations historiques des MPC ?

    Penser la RSE dans le capitalisme

    8Dans un capitalisme à la Marx, le monde du travail est fondamentalement et définitivement dépossédé du pouvoir productif et, partant, de tout pouvoir politique sur la société. Pour Marx, il n’y a rien à attendre, sur le plan social et politique, de transformations internes au MPC.

    9À l’inverse, les économistes institutionnalistes, notamment dans le cadre de l’École de la Régulation, ont cherché à sortir de cette logique du « tout ou rien » en analysant différents stades de développement à l’intérieur du MPC. C’est dans ce cadre qu’ont peut-être été forgées les notions de régime de régulation. Le fordisme a en particulier été analysé comme un régime de production aménageant une réelle forme d’émancipation aux salariés, à l’intérieur du capitalisme (voir l’entrée Fordisme de N. Postel & R. Sobel).

    10L’enjeu de l’étude de la RSE, tout particulièrement dans ce dictionnaire, est de parvenir à saisir quel potentiel de régulation la RSE possède, compte tenu du mode de production capitaliste dans lequel elle se développe. Nous tenons ainsi pour indispensable de ne pas passer sous silence cette dimension structurelle de nos économies… tout comme nous considérons comme essentiel de saisir comment les rapports sociaux évoluent à l’intérieur de cette structure. L’évolution des institutions, y compris structurelles, ne répond en effet pas à une histoire uniquement révolutionnaire. Aussi l’analyse des transformations du capitalisme nécessite de tenir ensemble à la fois l’analyse de la crise des « institutions structurelles » et celle des « institutions interprétatives » (cf. l’entrée Institution de N. Postel). C’est dans cet espace théorique institutionnaliste, qui ne nie pas la spécificité du mode de production capitaliste et sa prégnance (inégalité structurelle) et qui pour autant reconnaît l’existence de marge de manœuvre pour les acteurs (selon le principe de la régulation conjointe) que l’évaluation du potentiel régulatoire de la RSE peut prendre tout son sens.

    Bibliographie

    Bidet J., Koulévakis E. (dir.) (2001), Dictionnaire Marx contemporain, Paris, Presses Universitaires de France.

    Labica G., Bensussan G. (dir.) (1982), Dictionnaire critique du marxisme, Paris, Presses Universitaires de France.

    Marx K. (1963), Œuvres, Économie I, Paris, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.

    Marx K. (1967), Fondements de la critique de l’économie politique (Grundrisse), 2 vol., Paris, Anthropos.

    Marx K. (1968a), Œuvres, Économie II, Paris, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.

    Marx K, Engels F. (1968b), L’idéologie allemande, Paris, Éditions Sociales.

    Sobel R. (2012), Capitalisme, travail et émancipation chez Marx, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion.

    Annexe

    Voir aussi

    Chaînes globales de valeur, Financiarisation, Fordisme, Modes de régulation, Post-Fordisme(s), Rapport salarial, Sous-traitance, Taylorisme

    Auteurs

    • Nicolas Postel
    • Richard Sobel
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    Postel, Nicolas, et Richard Sobel. « Capitalisme ». Dictionnaire critique de la RSE, édité par Nicolas Postel et Richard Sobel, Presses universitaires du Septentrion, 2013, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.6610.

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