L’Institut de Magnus Hirschfeld et le féminisme
p. 147-156
Texte intégral
1La libération des mœurs constitue un aspect fondamental de la révolution culturelle weimarienne. Amorcée dans les années 1890, cette entreprise de libéralisation a été portée par les sociaux-démocrates, le mouvement féministe, le mouvement homosexuel ainsi que par la réforme de la sexualité, initiée par des médecins et des psychologues.
2Magnus Hirschfeld fut un représentant éminent des deux derniers mouvements. Il a été l’un des premiers défenseurs des droits des homosexuels, mais aussi le sexologue le plus populaire de son époque. Il se fit connaître en 1897 en créant le Comité scientifique-humanitaire (Wissenschaftlich-humanitäres Komitee) et en lançant une pétition demandant l’abrogation du § 175 qui pénalisait les rapports sexuels entre hommes.
3L’Institut de la science de la sexualité, que Magnus Hirschfeld fonda en 1919 à l’emplacement de l’actuelle Philharmonie à Berlin et qui perdura jusqu’à la prise du pouvoir nazie, fait figure de haut lieu de cette révolution des mœurs. Ce centre de recherche sur la sexualité s’adressait aux médecins, mais aussi au grand public, auquel il dispensait des cours d’éducation sexuelle. Unique en son genre, l’Institut proposait des consultations individuelles, organisait des conférences ouvertes à tous et des séminaires plus spécialisés pour les médecins. Ce faisant, il insistait sur le caractère naturel de la sexualité et dénonçait la double morale sexuelle, qui accordait toute liberté aux hommes et entendait réprimer la sexualité féminine. Aussi est-il légitime de se demander quels contacts Hirschfeld a entretenus avec le mouvement féministe. Il convient ensuite d’analyser comment l’action de l’Institut a pu converger avec les revendications féministes. Enfin, quelle vision de la sexualité féminine l’Institut a-t-il délivrée ?
Des contacts avec le féminisme ?
4On peut s’étonner que Hirschfeld et ses collaborateurs aient entretenu peu de contacts avec le mouvement féministe. Magnus Hirschfeld était conscient des enjeux de la question féminine. Son amitié et sa collaboration avec Helene Stöcker, fondatrice de l’Alliance pour la protection des mères (Bund für Mutterschutz) sont bien connues. Les biographes de Hirschfeld et de Stöcker y font allusion, sans toutefois rentrer dans les détails.1 Hirschfeld et Stöcker partageaient une vision commune de la réforme de la sexualité. Épouvantail du mouvement féministe, la scandaleuse Helene Stöcker défendait les droits des mères célibataires et des enfants dits « naturels ». Sa « nouvelle éthique » (Neue Ethik) posait la libération érotique des femmes comme condition essentielle de leur émancipation.
5Membre fondateur du Comité scientifique-humanitaire2 de Hirschfeld, elle est la seule femme à avoir signé la pétition de 1897 pour l’abolition du § 175 du Code pénal allemand (Strafgesetzbuch) qui condamnait l’homosexualité masculine. Avant la fondation de l’Institut, Magnus Hirschfeld s’engageait au sein de l’Alliance pour la protection des mères. Il a écrit en 1911 et 1912 des articles dans Die neue Generation,3 revue dirigée par Stöcker. Il y présentait la science de la sexualité et apportait une caution médicale à la « nouvelle éthique » formulée par Stöcker.4 Il a également donné des conférences sur l’homosexualité à l’Alliance, au moment où était envisagée au Reichstag la pénalisation de l’homosexualité féminine.5 L’Institut de Hirschfeld et l’Alliance pour la protection des mères appartenaient tous deux à la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, créée en 1928 à Copenhague. Enfin, Hirschfeld et Stöcker se rejoignaient par leur engagement pacifiste. En 1914, ils participèrent à la fondation de l’« Alliance nouvelle patrie » (Bund Neues Vaterland), organisation pacifiste allemande la plus influente.
6En dépit de cette collaboration et bien que Magnus Hirschfeld ait vu dans les représentantes du féminisme des alliées potentielles, la jonction entre mouvement féministe et ce qu’on peut appeler un « mouvement homosexuel » ne s’est pas opérée. On peut attribuer plusieurs raisons à cela :
7Ayant existé de 1919 à 1933, l’Institut a été contemporain de la deuxième génération du mouvement des femmes, à un moment où se pose un problème de relève dans les rangs féministes. En effet, la revendication féministe principale avait été exaucée : le droit de vote avait été accordé aux femmes. Moins revendicatives que leurs aînées, les jeunes femmes avaient tendance à se reposer sur les conquêtes des militantes du tournant du siècle.
8Deuxième raison envisageable, l’apolitisme proclamé de Magnus Hirschfeld, qui voulait donner une image d’objectivité scientifique irréprochable à son Institut. Hirschfeld croyait à l’axiome selon lequel le chercheur peut faire abstraction de l’idéologie dominante et des superstitions populaires pour s’en remettre à la seule objectivité scientifique :
Ce que nous exigeons du chercheur en sexualité, c’est la capacité à tirer des conclusions strictement logiques, en se soustrayant à l’influence de l’opinion publique, qui n’est le plus souvent que l’opinion de ceux qui s’expriment le plus fort.6
9Il n’était donc pas question de se rapprocher d’associations féministes aux revendications politiques trop nettement articulées.
Réalisations féministes
10En dépit de ces contacts ténus, il s’agit d’analyser ce que l’Institut a accompli pour les femmes et comment son action a pu converger avec les revendications de féministes bourgeoises radicales ou socialistes.
Libérer la parole des femmes
11L’Institut accueillait des milliers de visiteurs par an – 3 500 l’année de sa fondation, dont un tiers de femmes.7 Ces femmes venaient aux consultations matrimoniales et aux consultations sur la sexualité et assistaient aux séances de questions. La principale contribution de l’Institut fut ainsi de libérer la parole féminine, de donner aux femmes un lieu de libre expression. Celles-ci pouvaient faire part aux médecins de leurs interrogations et de leurs angoisses lors de consultations individuelles. Elles pouvaient également poser des questions anonymes lors des séances qui connaissaient une forte affluence. Un médecin se chargeait ensuite d’y répondre devant l’assistance. Les questions qui revenaient le plus souvent concernaient la contraception, l’épanouissement sexuel, mais aussi la dimension politique de la sexualité.
12Voici quelques questions emblématiques que l’on trouve dans les sources rescapées du pillage de l’Institut par les nazis en mai 1933 : « Comment prévenir le plus efficacement une grossesse ? » ; « Une femme peut-elle introduire son diaphragme seule ? »8 ; « Mon mariage souffre beaucoup du fait que je ne me détende pas lors des rapports avec mon mari ; comment y remédier ? »9 ; « Pourquoi prend-on à la femme la maîtrise de son propre corps ? »10
13La limite à la libre expression féminine que proposait l’Institut résidait dans la personne du médecin, seul interlocuteur qui imposait des réponses d’une autorité toute médicale et masculine. Un autre type d’action de l’Institut, qui rejoignait les aspirations féministes, consistait dans la lutte pour la réforme du code pénal.
Demander la réforme du code pénal
14Suivant le modèle du Comité scientifique-humanitaire, une des raisons d’être de l’Institut était de chercher à infléchir la législation sur la sexualité. En ce sens, l’Institut a livré la même lutte pour la réforme du droit pénal que certaines féministes radicales. Le premier combat mené par Hirschfeld en 1897 pour l’abrogation du § 175 était du reste contemporain de l’émergence d’organisations de femmes demandant la réforme du code civil et pénal.11
15L’Institut allait même jusqu’à contourner certains paragraphes du code pénal. Le dermatologue Bernhard Schapiro, préposé aux « douleurs sexuelles physiques »,12 distribuait des diaphragmes aux patientes et leur apprenait à les mettre.13 Un tel geste tombait sous le coup de l’alinéa 3a du § 184, qui limitait la diffusion de la contraception.
16L’Institut militait aussi contre les § 218 et 219 qui prohibaient l’avortement. Les femmes enceintes qui n’étaient pas financièrement en mesure de mettre un enfant au monde se voyaient indiquer l’adresse d’un médecin de confiance qui pratiquait les avortements.14 Dans la revue Die Ehe,15 que l’Institut publia de 1926 à 1933, les publicités pour sages-femmes proposant des « conseils fiables et discrets » étaient légion.16
17Il faut toutefois garder à l’esprit que les médecins de l’Institut ne défendaient pas le contrôle des naissances au nom du bien-être des femmes ou au nom de leur droit à l’autodétermination. Ce sont avant tout des préoccupations sociales néo-malthusianistes qui les animaient : il s’agissait de remédier à la misère ouvrière et à la pénurie de logements, toutes deux accentuées à leur sens par un nombre trop important de naissances.17 Les convictions eugénistes jouaient également un rôle déterminant. Les sexologues de l’Institut voyaient en effet dans le contrôle des naissances et dans le choix libre et raisonné de son partenaire un moyen d’améliorer l’espèce humaine.
18L’Institut a donc agi en conformité avec certaines aspirations féministes. En tant qu’institution scientifique, il a également développé un formidable discours sur la sexualité, féminine notamment. On peut ainsi se demander quelle image du fameux « continent noir » fut donnée. Et s’agissait-il vraiment d’un discours progressiste et libérateur pour les femmes ?
L’Institut se heurte au « continent noir »
19Une analyse plus précise des publications de Hirschfeld et de l’Institut révèle un discours équivoque et essentialisant. Le sexologue et ses collaborateurs ont eu recours à une multitude de supports pour toucher l’opinion. Cette étude se fonde sur la théorie des sexes de Hirschfeld, le manuel d’éducation sexuelle de Max Hodann18 et la revue Die Ehe.
La théorie hirschfeldienne des sexes
20L’œuvre de la vie de Magnus Hirschfeld a été sa théorie des sexes, dite « théorie des degrés intermédiaires » (Zwischenstufenlehre). Pour expliquer l’homosexualité, Magnus Hirschfeld remettait en cause la stricte dichotomie des sexes, créant un « troisième sexe » qui recouvrait les homosexuels et les hermaphrodites. Selon cette théorie, nul n’est « pleinement femme » ou « pleinement homme », mais toujours un assemblage des deux sexes. Si cette théorie avait quelque chose de révolutionnaire au tournant du siècle, elle ne remettait pas en cause les catégories du « féminin » et du « masculin », qui se voyaient essentialisées conformément aux représentations du temps. Hirschfeld reconnaissait ainsi comme traits de caractère masculins la créativité, l’activité ou la recherche. En revanche, la passivité, l’attente et l’écoute caractérisaient les femmes.19
21L’Institut avait néanmoins le mérite de reconnaître aux hommes comme aux femmes le droit au plaisir sexuel, posé comme condition du bonheur individuel. Les femmes ne se voyaient pas pour autant concéder le droit de mener leur vie sexuelle comme elles l’entendaient.
Les maris éducateurs
22Conformément à la théorie propagée par le « best-seller » de Theodoor Van de Velde, Le Mariage parfait,20 il était de bon ton de dire à l’époque que les femmes n’étaient pas aptes à découvrir le plaisir sexuel par elles-mêmes. L’éducation de la femme revenait par conséquent à l’amant ou au mari, qui faisait figure de guide et de maître. Max Hodann, conseiller en sexualité à l’Institut, se réfère fréquemment à Van de Velde et enjoint ainsi un mari désemparé de réaliser « l’éducation sexuelle de sa femme ».21 Die Ehe reprend largement cette thèse à son compte.
23Kristine von Soden dénonce le double discours qui sous-tend cette conception de la sexualité. Les femmes devaient s’en remettre au bon vouloir des maris ou des médecins chargés de suivre leur sexualité. La participation active des femmes au cours de l’acte sexuel n’était guère envisagée ou se voyait aussitôt écartée comme dangereuse.22 Cette dépendance comportait le danger d’une nouvelle forme d’oppression des femmes, d’autant plus soumises au désir masculin.23
L’impératif de la maternité
24Une autre contrainte pesait sur la sexualité féminine : l’impératif de la maternité. La revue Die Ehe et le manuel de Max Hodann s’unissent pour affirmer que « la maternité est nécessaire à l’épanouissement personnel des femmes ».24 Hodann avance des arguments relevant d’un biologisme déterministe : « Le corps féminin, doué d’un appareil de conception merveilleux, doit porter des enfants afin de remplir sa fonction ».25 Cette affirmation l’amène à conclure catégoriquement : « Une femme qui n’a jamais été mère, au fond, n’est pas une femme ».26 De même, un article sur la surexcitation sexuelle, paru dans Die Ehe, voue les femmes sans enfants aux pires troubles psychiques :
Une irritation extrême du système nerveux, une tendance à la violence, aux pleurs et une lourde fatigue ne manquent pas de se déclarer. Une nature aigrie et acariâtre, une excentricité, caractérisent de telles créatures féminines.27
25L’auteur de l’article procède ici tout bonnement à la médicalisation de la figure sempiternelle, burlesque ou dramatique, de la « vieille fille ».
26Cette idéologie de la maternité faisait l’unanimité, dans les milieux conservateurs comme au sein des associations féministes. Elle a pu toutefois revêtir des formes différentes. Alors que les militantes féministes rendaient un culte à la maternité et pensaient, à l’instar de Helene Lange et de Gertrud Bäumer, que « la maternité spirituelle » (geistige Mütterlichkeit) constituait l’essence de la féminité, de nombreux hommes considéraient que le rôle des femmes dans la société se limitait à la conception et à l’éducation des enfants.28
L’Autre
27Force est de constater que la perspective féminine n’est quasiment jamais adoptée. De nombreux articles publiés dans Die Ehe, ainsi que la plupart des chapitres du manuel de Max Hodann entendent percer le « mystère féminin », voire éclairer la sexualité et la psychologie féminines. Les titres d’articles de Die Ehe attestent cette obsession : « L’éternel féminin. Le rôle de la femme chez Goethe », « Le mariage et le destin de la femme », « Quelques éléments sur la vraie nature de la femme ».29 Cette fascination repose sur le préjugé selon lequel l’autre sexe est nécessairement singulièrement différent. Elle débouche sur une attitude de résignation. En témoigne la déclaration péremptoire de Max Hodann à un mari désemparé :
On peut seulement faire la connaissance de l’autre sexe, mais jamais le comprendre. […] Voilà la découverte la plus significative que la science moderne de la sexualité ait à offrir à une humanité sans repère.30
28À l’aune de l’avènement de la gynécologie, cette science « qui entendait expliquer la déviance de la norme masculine »,31 les médecins s’étaient autoproclamés spécialistes ès femmes. En dépit de ses aspirations progressistes, l’Institut n’échappe pas à la règle de réification et de mise en tutelle des femmes dans ses écrits. Cela est d’autant plus vrai pour les femmes homosexuelles qui défient le schéma traditionnel de la sexualité.
Le statut particulier de l’homosexualité féminine
29Les productions de l’Institut n’abordaient guère l’homosexualité féminine. N’étant pas pénalisée, elle ne nécessitait pas de lutte civique. Mais ce silence tenait aussi au fait que l’existence même de l’homosexualité féminine n’était pas reconnue par la société. Deux articles parus dans Die Ehe en 1927, « L’amour lesbien »32 et « L’amour saphique »,33 nous renseignent néanmoins sur la représentation de l’amour entre femmes qu’a pu véhiculer l’Institut.
30« L’amour lesbien » établit une confusion entre lesbianisme et hermaphrodisme. Il reprend en ce sens la catégorie du « troisième sexe » forgée par Hirschfeld. Il résulte de cette confusion un portrait monstrueux des lesbiennes, femmes à barbes ou phénomènes de foires :
Il existe chez les sexes intermédiaires féminins toutes sortes de variantes, qui vont d’une pilosité plus développée à certains endroits du corps, de la croissance de la barbe, de la formation d’une pomme d’Adam à l’excroissance du clitoris, qui atteint presque la taille d’un membre masculin.34
31De plus, il était répandu de croire que l’homosexualité féminine était une tendance commune à toutes les femmes et connaissait un véritable essor. C’est ce que proclame l’article « L’amour saphique ». Cette conviction relevait d’un antiféminisme latent, nourri par les milieux conservateurs :
Des milieux scientifiques sérieux affirment que les penchants homosexuels sont plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. Les couvents, les pensionnats, les clubs de dames offrent souvent un terreau fertile à un amour entre femmes tantôt purement spirituel, tantôt physique.35
32La généralisation du lesbianisme, réduit à une forme courante d’affection entre femmes, implique sa négation en tant qu’orientation sexuelle véritable. Les milieux mentionnés – couvents, pensionnats – se caractérisent par l’absence d’hommes. L’homosexualité féminine se voit donc représentée comme une sexualité par dépit, alors même que la politique de l’Institut a toujours consisté à affirmer le caractère inné de l’homosexualité.
33« L’amour lesbien » énonce à ce sujet l’hypothèse selon laquelle le lesbianisme découle souvent d’un dégoût ou d’une peur des hommes. L’article introduit le cas d’« une femme déçue qui se réfugia dans la tendresse extrême de l’amour féminin ».36 De même, dans la mesure où l’homosexualité féminine résulte d’une aversion acquise, elle s’avère réversible, « guérissable » : « Dans de nombreux cas, une “guérison”, un retour de la lesbienne à l’amour des hommes sera possible si l’on parvient, chez une femme normalement constituée, à dissiper un complexe phobique face à l’homme. »37 Des mesures préventives peuvent endiguer le développement d’une attirance homosexuelle chez les femmes : « Une saine éducation du corps et de l’esprit, qui comporte une véritable éducation sexuelle, peut aider, afin que l’on n’aborde pas l’homme avec une trop grande ignorance. »38
34Supposer qu’une guérison de l’homosexualité féminine est possible, que l’homosexualité féminine ne constitue pas une orientation sexuelle en soi, mais toujours un recours adopté par détresse témoigne d’un refus de voir les femmes sortir du schéma traditionnel du mariage et de la vie de famille.
Conclusion
35Le peu de contact qu’a entretenu l’Institut avec le mouvement féministe peut s’expliquer par l’éclatement et le cloisonnement des mouvements sociaux et culturels progressistes pendant la période weimarienne. En outre, la question qui importait le plus à Magnus Hirschfeld était la défense des hommes homosexuels, frappés par le § 175.
36En revanche, l’action concrète de l’Institut peut être considérée comme largement émancipatrice pour les femmes. L’Institut a contribué à libérer la parole féminine en matière de sexualité – même si l’interlocuteur demeurait le médecin ou le psychiatre. D’autre part, conscient du fossé qui existait entre la législation et la réalité des mœurs, on parait au plus pressé pour atténuer les drames individuels suscités par la misère ouvrière. Au moyen de contraceptifs, on tentait de résorber la paupérisation et la détresse physique des travailleuses qui multipliaient les grossesses. Les campagnes de prévention mettaient également en garde contre les maladies sexuellement transmissibles et soulignaient le sérieux de l’érotisme.
37Il n’empêche que l’Institut délivra un discours normatif sur la sexualité féminine, soucieux comme on l’était de contenir le danger potentiel que recelait le « continent noir ».
38Par-delà sa destruction totale par les nazis, l’Institut de Magnus Hirschfeld servit de références à un mouvement social de l’Histoire récente : le mouvement gay allemand, dont l’épicentre se situa dans le Berlin-Ouest des années 1970 et 1980, revendiqua explicitement l’héritage de Hirschfeld. Et le fond archivistique d’histoire de la sexualité et d’études de genre de l’Université Humboldt à Berlin, initié au milieu des années 1990, porte le nom de „Magnus HirschfeldArchiv für Sexualwissenschaft“.
Notes de bas de page
1 Dose, Ralf, Magnus Hirschfeld, Deutscher – Jude – Weltbürger, Berlin : Hentrich, 2005 ; Herzer, Manfred, Magnus Hirschfeld, Leben eines jüdischen, schwulen und sozialistischen Sexologen, Hambourg : MännerschwarmSkript-Verlag, 2001 ; Wickert, Christl, Helene Stöcker, 1869-1943, Bonn : Dietz Verlag, 1991 ; Rantzsch, Petra, Helene Stöcker : 1869-1943. Zwischen Pazifismus und Revolution, Berlin : Buchverlag Der Morgen, 1984.
2 Wickert, Christl (note 1), p. 74.
3 Die neue Generation : Publikationsorgan des Deutschen Bundes für Mutterschutz und der Internationalen Vereinigung für Mutterschutz und Sexualreform, Berlin-Nicolassee : Verl. d. Neuen Generation – Berlin : Oesterheld – Leipzig, 1908-1932.
4 Hirschfeld, Magnus, „Die Vergeistigung des Geschlechtstriebs“, Die neue Generation, 10 /1911, p. 411-421 ; „Sexualwissenschaft als Grundlage der Sexualreform“, Die neue Generation, 3 /1912, p. 115-126 ; „Die sexuelle Abstinenz des Erwachsenen“, Die neue Generation, 7 /1912, p. 363-367. Hirschfeld se prononce par exemple contre l’abstinence, dans laquelle il voit un facteur de troubles nerveux.
5 Soden, Kristine von, Die Sexualberatungsstellen in der Weimarer Republik, Berlin : Hentrich, 1988, p. 106 ; Wischermann, Ulla, Frauenbewegungen und Öffentlichkeiten um 1900, Francfort-sur-le-Main : Ulrike Helmer, 2003, p. 72.
6 „Was wir vom Sexualforscher fordern [ist] die Fähigkeit, streng logische Schlüsse ziehen zu können, all dies unbeeinflusst von der öffentlichen Meinung, die meist die Meinung derer ist, welche jeweils die ihre am lautesten zum Ausdruck bringen können.“ (Institut für Sexualwissenschaft [éd. ], Unsere Arbeit, Berlin, 1924, p. 5).
7 „Stiftungsrede“, dans : Ibid. p. 3-11.
8 „Wie verhütet man am besten eine Schwangerschaft?“, „Kann die Frau das Pessar selbst einführen?“(Questions posées lors de conférences sur la contraception, BArch R8069/3).
9 „Meine Ehe leidet sehr darunter, dass ich mich bei einem Verkehr mit meinem Mann nicht auslöse; was ist da zu tun?“ (Linsert, Richard, „Was man uns fragt“, Die Ehe, février 1929, p. 48).
10 „Warum nimmt man der Frau die Herrschaft über den Körper?“ (Questions posées lors de conférences sur la contraception, BArch R8069/3).
11 Cf. Gerhard, Ute, Unerhört: die Geschichte der deutschen Frauenbewegung, Hambourg : Rowohlt, 1990, p. 308 sq.
12 http://www.hirschfeld.in-berlin.de/institut/de/ifsframe.html (dernière consultation : 04/01/2012)
13 Soden, (note 5), p. 102.
14 Soden, (note 5), p. 139.
15 Die Ehe, Monatliche Zeitschrift, Berlin : Ensle – Berlin : Nord-Ost, 1926-1933.
16 Die Ehe, juin 1926, p. 1 ; juillet 1926, p. 38 ; août 1926, p. 57.
17 Cf. Noack, Victor, Kulturschande. Die Wohnungsnot als Sexualproblem, Berlin : Verl. Der Syndikalist, 1925.
18 Hodann, Max, Geschlecht und Liebe in biologischer und gesellschaftlicher Beziehung mit neunzehn Abbildungen, Rudolstadt : Greifenverlag, 1927.
19 Dose, Ralf (note 1), p. 98.
20 Van de Velde, Theodoor Hendrik, Die vollkommene Ehe. Eine Studie über ihre Psychologie und Technik, Leipzig : Konegen, 1926.
21 Hodann, (note 18), p. 61.
22 Cf. Soden (note 5), p. 136. Van de Velde voyait dans la position sexuelle où la femme se trouve au-dessus un danger, un état contraire au rapport naturel des sexes. Les femmes risquaient de s’habituer à cette situation de domination et donc de prendre le pouvoir dans la vie quotidienne.
23 Soden, Kristine von, „Auf dem Wege zur neuen Sexualmoral : die Sexualberatungsstellen in der Weimarer Republik“, dans : Geyer-Kordesch, Johanna et Kuhn, Annette (dir.), Frauenkörper – Medizin – Sexualität. Auf dem Wege zu einer neuen Sexualmoral, Düsseldorf : Schwann, 1986, p. 251.
24 „[Z]ur vollen Persönlichkeitsentfaltung des Weibes gehört die Mutterschaft“. Hodann, (note 17), p. 160.
25 „Der weibliche Körper mit dem wunderbaren Gebärapparat muss Kinder austragen, damit sein Zweck erfüllt wird.“ Ibid.
26 „Eine Frau, die nie Mutter gewesen ist, ist im Grunde keine Frau.“ Ibid.
27 „[Es]leidet bei Frauen allmählich die Nerventätigkeit und der ganze Organismus, wenn bei ihnen von etwa Mitte der 20er Jahre ab kein Verkehr, keine Befruchtung, Schwangerschaft, Geburt und Stillung stattfindet. Eine überaus große Erregbarkeit des Nervensystems, eine Neigung zum Weinen und starke Erschöpfung stellen sich unverfehlbar ein. Verbittertes und verbissenes Wesen, Verschrobenheit charakterisiert solche weiblichen Wesen.“ Dr. F. Roberti, « Überreizung », Die Ehe, juin 1926, p. 35.
28 Usborne, Cornelie, Frauenkörper – Volkskörper, Geburtenkontrolle und Bevölkerungspolitik in der Weimarer Republik, Münster : Westfälisches Dampfboot, 1994, p. 81.
29 Strobach, Ernst, „Das Ewig-Weibliche. Die Rolle der Frau bei Goethe“, Die Ehe, janvier 1927, p. 19-20 ; Tolstoi, Leo, „Die Ehe und die Bestimmung der Frau“, Die Ehe, février 1927, p. 50 ; „Einiges über die wahre Natur des Weibes“, Die Ehe, juin 1928, p. 171.
30 „Man kann das andere Geschlecht nur kennenlernen, niemals aber verstehen […]. Dies ist die bedeutsamste Erkenntnis, die die moderne Sexualwissenschaft der verwirrten Menschheit zu bieten hat.“Hodann (note 17), p. 14.
31 Planert, Ute, Antifeminismus im Kaiserreich, Diskurs, soziale Formation und politische Mentalität, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1998, p. 21.
32 „Die lesbische Liebe“, Die Ehe, septembre 1927, p. 269-270.
33 „Die sapphische Liebe“, Die Ehe, novembre 1927, p. 329-331.
34 „Es gibt bei den weiblichen Zwischenstufen alle Abstufungen, von einer stärkeren Behaarung gewisser Körperstellen, Bartwuchs, männlicher Kehlkopfbildung (Adamsapfel) an bis zu einer Vergrößerung der Klitoris, des Kitzlers, der fast die Größe eines männlichen Gliedes erreicht.“ „Die lesbische Liebe“, DieEhe, septembre 1927, p. 269-270.
35 „Es wird von ernsthafter wissenschaftlicher Seite behauptet, dass homosexuelle Neigungen bei Frauen verbreiteter sind als bei Männern: Nonnenklöster, Pensionate und Damenklubs bieten oft einen Boden für eine bald rein im Geistigen, bald im Körperlichen wurzelnde Frauenliebe.“ „Die sapphische Liebe“, DieEhe, novembre 1927, p. 331.
36 „Die Enttäuschte flüchtet in Überzärtlichkeit der Frauenliebe.“, „Die lesbische Liebe“, Die Ehe, septembre 1927, p. 270.
37 „Gelingt es, in einer normal gebauten Frau den Komplex der Furcht vor dem Mann zu lösen, so wird in vielen Fällen eine „Heilung“, ein Zurückführen der Lesbierin zur männlichen Liebe möglich sein.“ Ibid.
38 „Gesunde körperliche und seelische Erziehung, die richtig aufklärt, kann vorbeugen, so dass man nicht mit allzu großer Unkenntnis dem Man gegenübertritt.“ Ibid.
Auteur
-
Agathe Bernier-Monod
ENS de Lyon
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