Cavaliers et dédicantes : les terres cuites de l’Athénaion et la communauté civique d’Érétrie
Riders and female dedicants: The terracotta votives from the Athenaion and the civic community of Eretria
p. 157-177
Résumés
La découverte récente d’un sanctuaire d’Athéna sur l’acropole d’Érétrie accorde au culte de la déesse, dans la cité eubéenne, une place de choix que rien ne laissait présager jusqu’à présent. Un riche corpus coroplathique constitue une des seules sources dont nous disposons pour définir la personnalité de la déesse adorée par les Érétriens de l’époque archaïque à la période hellénistique. Les statuettes s’articulent autour d’une thématique ciblée, exclusivement féminine, et d’une unité typologique matérialisée en grande partie par le groupe des femmes assises ; elles semblent représenter des dédicantes prenant part aux rites sous un statut précis, par leur rôle dans le maintien de la communauté des citoyens. Par ailleurs, des éléments de décor architectonique en terre cuite figurant des jeunes hommes à cheval et à pied, armés de lances, ainsi que des guerriers aux commandes de biges témoignent que la déesse était aussi célébrée pour sa fonction universelle de gardienne de la cité. Honorer Athéna au sommet de l’acropole permettait aux Érétriens d’affirmer l’unité de leur cité, notamment par le biais d'offrandes figurées rappelant le statut et le rôle de chacun dans le fonctionnement de la cité.
The recent discovery of a sanctuary of Athena on Eretria’s acropolis demonstrates the prominence, hitherto unsuspected, of this goddess’ worship in the Euboean city. The numerous votive terracotta figurines comprise one of the only sources on the personality of the goddess worshipped by the Eretrians from the Archaic to the Hellenistic period. The types are thematically consistent: exclusively female, with a high predominance of seated female figures. They appear to represent dedicants who participated in the ritual in a particular capacity related to their role in the preservation of the civic community. In contrast, fragments of architectural terracottas depict young riders and foot soldiers, armed with spears, and warriors on two-horse chariots; these indicate that the goddess was also celebrated for her universal function as guardian of the city. The worship of Athena on the acropolis enabled the Eretrians to affirm the unity of their city, especially through offerings related to the dedicators’ status and role in the life of the community.
Entrées d’index
Mots-clés : Érétrie, sanctuaire, Athéna, architecture, communauté civique, offrandes
Keywords : Eretria, sanctuary, Athena, architecture, civic community, offerings
Texte intégral
1Une esplanade ravalée dans le rocher et des vestiges fortement érodés au sommet de l’acropole sont tout ce qui reste d’un Athénaion à Érétrie sur l’île d’Eubée (fig. 1-2), le « dernier-né » des sanctuaires antiques mis au jour dans la cité eubéenne1. Seule l’archéologie permet de restituer l’histoire du culte rendu à Athéna à Érétrie. L’adoration de la déesse par les Érétriens ne transparaît en effet ni dans les textes, ni dans le calendrier héortologique eubéen ; elle était toutefois déjà suggérée, avant la découverte de l’Athénaion, par un relief votif de la fin du ive s. av. J.-C. qui représente la déesse faisant une libation2 et par deux inscriptions hellénistiques trouvées en remploi dans la cité : un bloc mentionnant une prêtresse d’Athéna et une dédicace à la déesse sous l’épiclèse d’Alkymonè3. Deux mobiliers de terre cuite – un riche corpus coroplathique et des éléments de décor architectonique monumental – mis au jour dans le sanctuaire de la déesse sur l’acropole apportent des éclairages intéressants sur le culte que les Érétriens célébraient en son honneur. Les images représentées par les figurines et sur les éléments architectoniques relèvent de supports et de contextes totalement distincts : le geste individuel du dédicant pour les premières, peut-être le message affiché officiellement par la cité pour les secondes. Ces images nécessitent par conséquent des lectures différentes, mais dont le croisement, pensons-nous, contribue à dévoiler quelque peu la personnalité de la déesse qui résidait au sommet de l’acropole.
Fig. 1. – Érétrie, plan des vestiges archéologiques.

© ESAG, Th. Theurillat.
Fig. 2. – Plateau sommital de l’acropole, plan des vestiges du sanctuaire d’Athéna, état 2007.

© ESAG.
1. Entre archéologie et histoire : le sanctuaire d’Athéna à Érétrie
2Un premier examen des vestiges archéologiques livrés par les cinq campagnes de fouilles réalisées jusqu’à présent dans l’Athénaion sur l’acropole permet d’ores et déjà de poser quelques jalons chronologiques, mais aussi et surtout de comprendre que l’histoire de ce sanctuaire était étroitement liée à celle de la cité d’Érétrie.
3Le culte d’Athéna semble avoir été instauré à la fin du viie ou au début du vie s. sur un éperon rocheux à l’extrémité occidentale du plateau sommital de l’acropole4. Les éléments d’architecture en terre cuite les plus anciens recueillis – parmi lesquels des fragments d’antéfixes à cornes, de sima d’égout et de sima de rampant – suggèrent l’existence d’au moins deux édifices publics de dimensions modestes au sommet de l’acropole à cette période5. Les fragments architectoniques à décor figuré en relief présentés plus loin proviennent de l’un ou l’autre de ces édifices.
4Les relations chronologiques et fonctionnelles entre l’enceinte qui protégea la ville d’Érétrie (fig. 1-2), enveloppant le plateau sommital, et le sanctuaire d’Athéna demeurent inconnues pour l’instant. Divers indices suggèrent que le rempart qui enserre l’acropole remonte à l’époque archaïque, bien que les tronçons fouillés datables à cette période soient peu nombreux6. À l’angle nord-ouest du plateau sommital, le tronçon qui enceint l’acropole n’emprunte plus la ligne de crête comme on pourrait s’y attendre ; il a été implanté en contrebas, sur un terrain abrupt qui n’a certainement pas facilité la construction du rempart7 (fig. 2). On peut supposer que cet écart a été imposé par la présence d’un lieu de culte – sans aucun doute l’Athénaion – qui préexistait au tracé du rempart tel qu’on le connaît actuellement ; ainsi placée, la muraille devenait par la même occasion un mur de terrasse, créant une esplanade pour le sanctuaire. Athénaion et rempart sont par la suite probablement liés à cet endroit ; un ultime sondage sera réalisé prochainement, qui précisera les relations entre les deux monuments.
5La mise au jour, dans l’Athénaion, de statuettes chypro-ioniennes en calcaire issues d’une production florissante au vie s. entre Chypre et la côte Ionienne apporte un témoignage archéologique de l’appartenance d’Érétrie au réseau d’alliance des villes ioniennes qui a perduré durant toute l’époque archaïque jusqu’à la première Guerre médique. C’est d’ailleurs l’une de ces statuettes en calcaire, représentant un lion, qui a fourni une preuve irréfutable de l’identité de la déesse honorée par les Érétriens au sommet de leur acropole : une dédicace à la déesse est gravée sur son échine8.
6Les traces de feu conservées sur les mobiliers assignables à la première phase de fréquentation du sanctuaire à l’époque archaïque, observées aussi bien sur les éléments architectoniques en terre cuite que sur le mobilier céramique et les offrandes coroplathiques (dans ce dernier cas, les exemplaires concernés relèvent d’une période chronologique précise : la fin du vie s.), renverraient à l’incendie, rapporté par Hérodote (VI 100-101), des lieux de culte érétriens par les Perses en 490. Le sanctuaire dédié à la déesse guerrière au sommet de l’acropole pourrait donc avoir subi des destructions, sous forme d’incendies, causées par les troupes de Datis.
7Aucune trace archéologique d’un quelconque aménagement du sanctuaire à la suite de cet événement n’a été relevée, dans l’état actuel de l’étude, jusqu’à l’époque hellénistique. Le plateau sommital fut alors l’objet d’un réaménagement monumental (une refondation ?), à une date qu’il convient encore de préciser9. Les travaux ont consisté en l’aménagement d’une longue esplanade (env. 30 x 7 m) au moyen d’un grand ravalement (env. 20 x 7 m) de la roche naturelle, prolongé à l’ouest par d’importants remblais (fig. 2) contenant des mobiliers – dont des figurines en terre cuite – qui témoigneraient d’une continuité du culte rendu à la déesse jusque dans la première moitié du iiie s. selon les datations provisoires dont nous disposons. Peut-on attribuer cet ultime état aux Macédoniens qui s’installèrent sur l’acropole après le siège d’Érétrie par Antigone Gonatas en 268/267, au tout début de la guerre de Chrémonidès10 ? Devenue quartier général de la garnison macédonienne, la colline fut certainement réaménagée et fortifiée au iiie s. ; c’est probablement à cette époque que les Macédoniens érigèrent des baraquements pour les garnisaires sur le plateau sommital de l’acropole, dont on aurait retrouvé la trace dans un sondage effectué contre la tour Nord, et qu’ils auraient construit le diateichisma de l’acropole à grand renfort de spolia11. À l’intérieur du diateichisma, ils ont logiquement dû modifier l’espace à leur guise et le sanctuaire d’Athéna également, dans une mesure qu’il sera nécessaire de déterminer12 ; la présence de la garnison a peut-être limité la fréquentation de l’Athénaion par les pèlerins, malgré un retour à une certaine autonomie municipale, notamment pour la célébration des fêtes et des concours, après la perte probable de toute indépendance au début de la période d’occupation13.
8Ces premiers éléments, ajoutés à la position géographique dominante du sanctuaire, montrent bien que l’Athénaion devait compter parmi les sanctuaires principaux de la cité eubéenne ; relevons au passage que la figure d’Athéna apparaissait de manière emblématique au cœur de la cité, puisqu’elle occupait, à la fin du vie s., la position centrale du fronton ouest du temple du dieu poliade, Apollon Daphnéphoros14.
9Du sanctuaire d’Athéna ne sont conservés que des vestiges ténus. D’édifice cultuel et d’autel, on n’a retrouvé aucune trace, si ce n’est quelques fragments architectoniques et des lambeaux de fondations. Deux faciès se distinguent toutefois nettement (fig. 2) : 1) des restes dont la datation s’échelonne entre la fin du viie s. et le début du ve s., manifestement issus d’un espace sacré et qui furent détruits, avant d’être remployés in situ en remblais à la période hellénistique ; 2) une esplanade aménagée au moyen d’un ravalement de la roche naturelle assorti de vestiges architecturaux et de remblais, qui témoignent d’un aménagement monumental à l’époque hellénistique (voir ci-dessus) et d’une fréquentation du lieu aux iiie et iie s. On obtient donc une vaste fourchette chronologique pour la célébration d’un culte à Athéna au sommet de l’acropole érétrienne : depuis la fin du viie s. jusqu’au iiie s., peut-être même au-delà, jusqu’au milieu du iie s. av. J.-C.
2. Le culte d’Athéna et la communauté civique d’Erétrie
10La modestie des indices archéologiques recueillis sur le plateau sommital de l’acropole empêche de tenir un discours sûr et détaillé à propos de l’organisation du sanctuaire et de ses rites. La présence des offrandes consacrées à Athéna permet toutefois de s’interroger sur les fonctions que revêtait la divinité et sur les liens entretenus entre la cité d’Érétrie et les cultes célébrés au sommet de son acropole. Il n’est guère surprenant de trouver un sanctuaire d’Athéna, déesse protectrice de la polis, sur l’acropole de la ville. Si la dédicace gravée sur un petit lion de calcaire a révélé l’identité de la déesse, l’épiclèse sous laquelle elle était honorée au sommet de l’acropole reste inconnue à ce jour. Dans l’attente que l’épigraphie vienne peut-être un jour combler ce vide, l’étude croisée des modèles coroplathiques et de reliefs architectoniques en terre cuite offre quelques indications.
2.1. Le mobilier coroplathique
11Le système de représentation exclusivement féminin du corpus de statuettes mis au jour à l’Athénaion d’Érétrie constitue un point fondamental. Pour l’époque archaïque surtout, et jusqu’au ive s. av. J.-C., les terres cuites dédiées dans le sanctuaire offrent une unité typologique matérialisée en grande partie par la représentation de femmes en position assise – parfois aussi appelées « dames trônantes » –, lesquelles portent généralement une coiffe, assortie d’un voile sur les statuettes du vie s. av. J.-C. (fig. 3-7). Ce groupe iconographique est représenté par différents types de statuettes, notamment des figurines plates d’origine attique, coiffées d’une couronne à pointes ou d’un polos ; la plaque composant le corps est systématiquement incurvée pour maintenir les figurines en position assise (fig. 8-10). On interprète couramment ces femmes assises comme des déesses15, à partir de leur posture et de la coiffe qu’elles portent : le polos ou le diadème pour la majorité d’entre elles. Ces deux coiffes présentent un lien manifeste avec le domaine cultuel ; pour autant nous ne sommes pas déterminées à voir dans ces images des représentations de la divinité ou, du moins, ce point de vue peut être nuancé. Les études iconographiques récentes démontrent en effet le port du polos par la communauté des femmes dans le cadre de cérémonies religieuses16, de même que du diadème qui demeure un accessoire fréquent de la toilette féminine. Le port de ce dernier est par ailleurs systématiquement associé dans le matériel de l’Athénaion au maintien d’un voile, qui devait généralement s’accrocher derrière la coiffe17. Le voile revêt lui aussi une symbolique particulière, puisqu’il évoque sans nul doute l’image de la femme mariée, épouse du citoyen. Il apparaît donc que cette image codifiée, comme il convient de la qualifier, vise à désigner le dédicant, très probablement la dédicante elle-même, dans le cadre d’un statut précis : celui de femme mariée, épouse, et, à ce titre, membre de la communauté des citoyens18.
Fig. 3. – Figurine féminine coiffée d’un diadème et d’un voile retombant en éventail sur les épaules. Dernier quart du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard.
Fig. 4. – Figurine féminine assise sur un siège, coiffée d’un long voile qui couvre la tête et descend le long des cuisses. Milieu du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. A. Skiadaressis.
Fig. 5. – Figurine féminine assise sur un siège, coiffée de longues mèches ondulées retenues par un diadème. Dernier quart du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. A. Skiadaressis.
Fig. 6-7. – Figurines féminines coiffées d’un large diadème de forme arrondie et d’un voile couvrant l’arrière de la chevelure. Autour de 520-480 av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard et A. Skiadaressis.
Fig. 8-9. – Figurines en plaque représentant des femmes coiffées d’un polos. Dernier quart du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. A. Skiadaressis et P. Maillard.
Fig. 10. – Fragment de figurine plate incurvée représentant un torse féminin. Dernier quart du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard.
12À ce type caractérisé s’ajoutent aussi les nombreuses protomés, qui sont également attestées durant près de trois siècles à l’Athénaion. Ces figurations abrégées s’inscrivent sans doute dans le même code iconographique19, alors même que leur morphologie semble volontairement concentrer toute l’attention sur la partie supérieure du corps et particulièrement sur la tête, soulignant ainsi le port fréquent d’une coiffe et d’un voile. Le groupe des femmes assises perdure à l’époque classique avec les statuettes de péplophores attiques (fig. 11), qui reprennent exactement le même système de représentation. Bien que la figuration du diadème et du polos se fasse plus rare, le port du cécryphale pourrait être vu comme un symbole du statut d’épouse20. Si l’on joint enfin à la discussion la plupart des types hellénistiques du dernier quart du ive s., il ne fait aucun doute que le corpus coroplathique de l’Athénaion d’Érétrie fait état d’un système de représentation sociale ou, du moins, que nous avons affaire à un « assemblage votif » relativement homogène. Les terres cuites figurant des jeunes filles nubiles jouant du tympanon (fig. 12) ou des hydrophores, ainsi qu’un petit nombre de fillettes portant des oiseaux (fig. 13-14), constituent les seules attestations d’une seconde classe d’âge parmi les statuettes de l’Athénaion. À la différence des types précédemment commentés, ces figurines de petites filles ne sont jamais interprétées comme représentant des divinités. Cette constatation souligne leur caractère singulier et s’impose également dans le cadre du culte érétrien d’Athéna. Ces figurines de fillettes, couramment retrouvées en contexte funéraire, sont sans doute à voir comme de jeunes participantes aux rites, l’oiseau qu’elles portent constituant une offrande pour la déesse.
Fig. 11. – Figurine de péplophore assise sur un siège. Milieu du ve s. av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard.
Fig. 12. – Figurine de joueuse de tympanon. Première moitié du ive s. av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard.
Fig. 13-14. – Figurines de jeunes filles portant un oiseau. Fin du ive s. av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard.
13Offrir une figurine en terre cuite dans un sanctuaire, c’est bel et bien, comme la recherche récente le constate, procéder à une amplification de son propre statut, au sein d’une communauté à laquelle on appartient21. Alors que les figurines déposées en contexte funéraire servent sans doute à codifier les rapports entre la société des vivants et le monde des morts22, le mobilier mis au jour dans les sanctuaires permet habituellement d’entrevoir un système de conventions destinées à représenter le dédicant, sous une apparence imitant volontairement le statut de la divinité et rappelant immanquablement leur ascendance commune.
14L’hypothèse formulée par Enzo Lippolis23 selon laquelle l’expression religieuse est liée à la situation sociale apparaît particulièrement pertinente dans le cadre d’un sanctuaire dédié à Athéna, dont le caractère civique est incontesté. Il faut dès lors se demander si, au moment où l’offrande avait lieu, la relation souhaitée par le dédicant était bien un lien privé avec la divinité ou au contraire un échange visant à représenter sa communauté face au dieu. La question de l’individualisation des offrandes, en particulier des statuettes en terre cuite, est un point central et déjà fort débattu, puisqu’elle touche à la motivation du fidèle dans le cadre même du rite24. Suivant ces deux angles d’approche, les dédicantes peuvent tour à tour exprimer un rapport individuel avec la divinité ou chercher à placer sous l’autorité d’Athéna la communauté civique dans un sens plus étendu, puisqu’elles en sont les garantes en tant que mères et épouses des membres masculins.
15Même s’il faut se garder de toute certitude dans ce domaine, nous postulons que les motifs de l’offrande se situent à la croisée de ces deux finalités, faisant peut-être appel successivement aux différents domaines d’action de la déesse. Il convient par ailleurs de souligner l’ambiguïté que permettent de telles représentations, car, si la dédicante se présente en effet sous des traits qui lui sont propres, l’image de la déesse n’en demeure pas moins son égale anthropomorphe. Ainsi, nous supposons que, lorsque la dédicante offre une figurine, son statut et celui de la divinité se retrouvent confondus en une seule et même image.
16L’absence complète de figurines masculines caractérise, nous l’avons dit, le mobilier coroplathique de l’Athénaion. Même si elles sont presque toujours minoritaires chez les divinités féminines, les statuettes d’hommes ou d’éphèbes font cependant rarement défaut. Cet absentéisme masculin paraît d’autant plus gênant au sein d’un sanctuaire dédié à la déesse en armes, attestée en personne à quelques reprises parmi les figurines recueillies dans l’Athénaion, sous la forme d’une protomé d’Athéna portant l’égide et le gorgoneion, ou de statuettes féminines coiffées d’un casque à cimier aux paragnathides relevées (fig. 15). La mise au jour sur l’acropole de reliefs architectoniques en terre cuite figurant des auriges aux commandes de leur char et des jeunes hommes à cheval ou à pied, armés de lances, compense cependant l’apparente défection des hommes dans le système votif au sommet de l’acropole, mais cela sur un autre registre, monumental celui-ci.
Fig. 15. – Figurine féminine coiffée d’un casque à cimier et paragnathides. ive s. av. J.-C.

© ESAG, cl. P. Maillard.
2.2. Les reliefs architectoniques en terre cuite
17Une centaine de fragments d’éléments architectoniques figurés en terre cuite remontant à la période archaïque ont été recueillis dans l’Athénaion ; assignables selon toute vraisemblance à la première moitié du vie s., ils appartiendraient à un décor architectural de sima d’égout et peut-être de sima de rampant. La majorité des pièces a été mise au jour dans la couche de destruction liée à l’un des rares murs que nous avons été en mesure de dater de l’époque archaïque sur le plateau sommital de l’acropole (fig. 2, mur 46), sur la terrasse en contrebas de l’esplanade ravalée dans la roche naturelle à l’époque hellénistique ; les autres fragments étaient dispersés dans les remblais hellénistiques. Contrairement au mobilier coroplathique, ces éléments architectoniques relèvent d’un système de représentation exclusivement masculin et mettent en image des hommes armés de lances – cavaliers et fantassins –, ainsi que des cochers aux commandes de biges.
18Dans l’état actuel des restitutions25, les fragments que nous attribuons à une sima d’égout proviendraient de panneaux ornés d’une composition récurrente, elle-même répétée par symétrie sur les panneaux de chaque côté d’un émissaire d’eau (fig. 16). Ainsi se feraient face, de part et d’autre de l’émissaire d’eau dont l’empreinte est conservée, des paires de personnages masculins : en tête près de l’exutoire, un homme monté sur un cheval, brandissant, prêt à la projeter en avant, une longue lance au-dessus de sa tête et de celle de sa monture ; à sa suite, à l’extrémité du panneau, un second personnage, debout celui-ci, manipulant deux lances devant lui. Relevons de suite que la sima met en image des hommes imberbes, donc jeunes, et nus, tous armés de lances, qu’ils soient à cheval ou à pied. La scène restituée ci-dessus, clairement répétée sur toute la longueur de la sima, met en image des exercices ou des manœuvres miliaires.
Fig. 16. – Fragments de sima d’égout représentant des jeunes hommes nus, les uns debout et armés de lances, les autres montés à cheval et brandissant une lance, en miroir autour d’un émissaire d’eau dont l’empreinte est conservée.

En lieu et place des fragments trop mal conservés de cavaliers se déplaçant vers la droite, on a utilisé en le retournant droite-gauche un fragment plus évocateur de cavalier se déplaçant vers la gauche. Début du vie s. av. J.-C.
© ESAG, cl. s. Huber et A. Skiadaressis ; proposition de restitution J.-F. Billot.
19D’autres éléments pourraient provenir d’une sima de rampant peinte, figurant des chars conduits par un cocher (fig. 17-18). Les restes rassemblés et restitués fig. 17 présentent les arrière-trains et les sabots postérieurs de deux chevaux, une partie de roue, du caisson et du garde-fou d’un char, un segment des brides de l’attelage et la moitié antérieure du corps de l’aurige ; le panneau auquel appartiennent ces fragments est scié à la verticale au milieu du corps du conducteur, ce qui suggère sa position sur l’édifice qu’il ornait, à une extrémité de la sima. L’inclinaison vers l’avant du cocher indique que l’attelage était en course. L’angle supérieur droit d’un autre panneau (fig. 18) conserve le buste d’un guerrier coiffé d’un casque chalcidien surmonté d’un cimier dont la couleur rouge est bien préservée ; le personnage est penché vers l’avant, vers la gauche cette fois, dans la posture caractéristique d’un cocher aux commandes de son char. La représentation de chars, conduits par des auriges casqués, ferait référence à la guerre des temps anciens, héroïques, puisque l’on ne combattait plus en char au début du vie s.
Fig. 17. – Fragment de sima conservant un char conduit par un aurige. Début du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. s. Huber, restitution Y. Nakas.
Fig. 18. – Fragment supérieur droit de panneau de sima conservant le buste d’un aurige casqué. Début du vie s. av. J.-C.

© ESAG, cl. s. Huber, restitution Y. Nakas.
20Au témoignage de ces débris d’éléments architectoniques figurés, les premiers édifices installés sur le plateau sommital de l’acropole ont servi de support à un programme iconographique autour de la valeur guerrière, sans doute celle des jeunes Érétriens. Sima d’égout et peut-être sima de rampant mettaient en exergue à la fois le symbole prestigieux qu’est le cheval – monté et attelé – et l’éducation militaire. Les deux notions renvoient aux qualités reconnues des hippobotes eubéens d’Érétrie et de Chalcis, l’une par le biais du monde épique et héroïque, l’autre par celui de l’éducation civique et militaire destinée à faire des garçons des soldats et, par extension, des citoyens. Sur la sima d’égout, les cavaliers sont affrontés : ils ont le regard tourné vers leur adversaire, dans une position de combat. Les fantassins portant deux lances représentent peut-être des valets d’armes, qui, sans combattre eux-mêmes, accompagnaient les cavaliers en campagne et portaient leurs lances de réserve, pour leur permettre plusieurs jets. Les soldats ne sont équipés que de lances, sans bouclier ; il ne s’agit donc pas d’hoplites (soldats lourdement armés), mais de psiloi (soldats légèrement armés), proches de peltastes26. Au-delà de l’éducation militaire, c’est aussi un passage obligé vers l’âge adulte qui transparaît et qui est donc affiché à tous dans un programme décoratif monumental au sommet de l’acropole de la cité.
21Ces images sont-elles le reflet d’une parade militaire qui était célébrée en l’honneur d’Athéna à l’occasion de fêtes religieuses auxquelles participaient les jeunes Érétriens ou d’un agon distinct de celui qui était organisé dans le cadre des Artémisia à Amarynthos27 ? Ou tout simplement d’une mise en exergue de la formation des jeunes Érétriens à l’art de la guerre ? Ces scènes peuvent être lues à double sens : Athéna patronnait l’apprentissage des armes auprès des jeunes Érétriens, alors que les jeunes guerriers protégeaient, aux côtés de la déesse, la cité du haut de l’acropole. Rempart ou pas sur l’acropole au moment de l’érection des édifices ornés par ces reliefs, la colline jouait évidemment déjà un rôle défensif capital pour la cité. Les jeunes guerriers évoqués sur des éléments d’architecture ornementale apparaissent, à leur tour, comme les garants de la cité.
22Est-on en droit d’associer la fondation de l’Athénaion à l’oligarchie des Hippeis, dont la position dominante à Érétrie est bien connue depuis le viie s.28 et dont il faut placer le renversement à la fin du vie s. par Diagoras (Aristote, Politique V 1306a), qui aurait maintenu l’équilibre entre les prérogatives des anciens oligarques et les nouvelles aspirations populaires29 ? De fait, Aristote (Politique IV 1289b 35) établit un lien explicite entre gouvernement oligarchique et élevage des chevaux, hippotrophia, par une cavalerie dont le rôle était essentiel dans la conduite de la guerre chez les Érétriens et les Chalcidiens. Les images ornant quelque(s) édifice(s) public(s) que l’on peut restituer sur le plateau sommital au vie s. relevaient-elles d’un programme politique ou revêtaient-elles uniquement un caractère civique ?
3. La personnalité d’Athéna à Frétrie
23L’Athéna d’Érétrie était la déesse tutélaire du corps civique et son aspect guerrier était sûrement honoré sur l’acropole par le biais de l’intégration des jeunes hommes et des jeunes femmes dans la communauté des citoyens. Cette fonction très large devait se conjuguer avec son rôle de gardienne de la cité, ἐρυσίπτολις, peut-être décliné sous celui d’une Athéna Poliouchos, comme à Thasos30, ou d’une Athéna Phratria, protectrice des liens de filiations, comme à Athènes31.
24L’affinité de la déesse avec les jeunes filles est par ailleurs bien établie. Ce rapport s’exprime également au sein du sanctuaire d’Érétrie non seulement par la présence de figurines de jeunes filles, mais aussi par les nombreux pesons et fusaïoles récoltés sur le plateau sommital, assortis de quelques fragments d’épinétra32, des objets qui font évidemment écho au patronage d’Athéna dans les activités du filage et du tissage. En substance, il faut certainement comprendre l’occupante de l’acropole d’Érétrie comme la protectrice des jeunes membres de la polis, dans un sens étendu comprenant à la fois les hommes et les femmes, les premiers en tant que futurs soldats et citoyens, les dernières plus spécifiquement en leur qualité de « génitrices », dont se font écho les nombreuses représentations de femmes assises, et de « génitrices en devenir » pour les figurines de femmes moins matures.
25L’aspect guerrier d’Athéna, mis en exergue dans le sanctuaire à l’époque archaïque par des figurations de chars guerriers et de jeunes hommes à cheval ou à pied armés de lances, implique aussi la défense et la survivance de la classe citoyenne à laquelle se rattachent les épouses et les mères. Le maintien de la communauté civique n’est donc pas uniquement l’affaire des hommes. L’ensemble des témoignages recueillis à l’Athénaion d’Érétrie le démontre clairement. Alors que les statuettes en terre cuite peuvent à plusieurs titres être qualifiées de « polysémiques », c’est bel et bien leur contexte archéologique qui permet d’en dégager le sens, mais aussi, lorsqu’il s’agit d’un sanctuaire, de commenter la fonction de ce lieu de culte au sein de la cité33 et, enfin, de comprendre l’organisation des systèmes votifs propres à Érétrie.
26Dans l’état actuel de l’exploration archéologique à Érétrie, l’Athénaion apparaît comme le troisième lieu de culte instauré par les Érétriens dans la ville. Le premier sanctuaire fondé serait celui du dieu poliade Apollon Daphnéphoros, selon toute vraisemblance au 2e quart du viiie s.34, le deuxième une aire sacrificielle au nord de ce dernier, consacrée, peut-être à Artémis, dans la 2e moitié du viiie s.35 (fig. 1) ; le sanctuaire d’Athéna viendrait à la suite, grosso modo un siècle plus tard. Ajoutons à la liste l’« Hérôon à la Porte de l’Ouest », ensemble à fonction cultuelle manifeste aménagé au début du viie s. près d’un groupe de riches tombes de la fin du viiie s. et de l’emplacement qu’occupera la future Porte de l’Ouest de la cité ; l’étude des vestiges et des mobiliers recueillis dans cet ensemble reste en grande partie inédite et n’est pas assez aboutie pour l’associer directement aux trois autres sanctuaires36. À cette modeste liste des premiers sanctuaires urbains, on ne peut manquer d’évoquer, dans la chôra, le sanctuaire d’Artémis Amarysia, où l’on restitue le culte sans doute le plus ancien de la cité37.
27Quoi qu’il en soit, le sanctuaire d’Athéna est le plus ancien lieu de culte urbain – toujours dans l’état actuel de l’exploration archéologique du site – qui ait livré à Érétrie d’importants lots de figurines en terre cuite depuis l’époque archaïque. Ce serait par ailleurs le premier espace sacré dans la cité associant les Érétriens et les Érétriennes dans un culte civique, un éclairage que seule l’étude des mobiliers en terre cuite permet pour l’instant. La progression dans l’analyse des données de fouilles aidera, nous espérons, à mieux cerner la personnalité d’Athéna et ses compétences à l’égard des citoyens d’Érétrie aux côtés d’Apollon Daphnéphoros, le dieu poliade de la cité, et d’Artémis Amarysia, la déesse paneubéenne honorée dans la chôra, déesse des jeunes, patronne du passage de l’adolescence à l’âge adulte38, dont les Artémisia représentaient les fêtes érétriennes les plus importantes.
28Le culte rendu à l’Athéna de l’acropole était évidemment sans commune mesure avec ceux qui étaient célébrés en l’honneur d’Apollon Daphnéphoros et d’Artémis Amarysia, sans oublier celui de Dionysos, puisque, dès le ive s. av. J.-C., les Dionysies et les Artémisia constituaient les moments forts de la vie civique et religieuse des Érétriens39. Artémis Amarysia continua à occuper sans conteste le premier rang dans le panthéon érétrien, suivie (et même d’assez loin selon Denis Knoepfler40) par Apollon Daphnéphoros41. Nous appuyant sur les mobiliers que nous venons de discuter, c’est une Athéna civique que nous proposons de restituer aux côtés d’une Artémis paneubéenne et d’un Apollon politique42. Durant plus de trois siècles, le corps civique des Érétriens a entretenu et célébré un culte à Athéna au sommet de l’acropole. Rappelons ici que la défense de la cité d’Érétrie concernait également sa chôra ; elle était mise en œuvre dans tous les districts de l’Érétriade, chacun possédant plusieurs centaines d’hoplites et de psiloi, ainsi que des corps de cavalerie, comme l’a montré récemment Sylvian Fachard43.
29Le sanctuaire de la déesse en armes, surplombant la plaine érétrienne et les voies maritimes du golfe Euboïque, évolua dans une histoire muette et parfois tourmentée, que le mobilier en terre cuite contribue à mettre timidement en lumière. Les images nous transmettent, on le voit, une multitude d’informations sur la vie du sanctuaire que les Érétriens avaient érigé à Athéna au sommet de leur acropole, sur ses pèlerins et sur les cultes qui y étaient célébrés. Mais, loin de répondre aux questions que l’on est en droit de se poser lors de la découverte d’un sanctuaire dont on ignorait l’existence, elles suscitent quantité d’interrogations. Les questions se bousculent, auxquelles la publication finale de l’Athénaion s’attachera à répondre.
Notes de bas de page
1 L’exploration et l’étude du sanctuaire d’Athéna et du plateau sommital de l’acropole, conduites sous l’égide de l’École suisse d’archéologie en Grèce, sont en cours. Voir déjà Huber 2010a et les rapports préliminaires Friedemann 1994, Friedemann 1995, Müller 1996, Huber 2007, Huber 2008. Le programme de recherche rassemble, sous la direction de Sandrine Huber, une équipe pluridisciplinaire, dont fait partie Pauline Maillard, en charge de l’étude des figurines en terre cuite mises au jour sur le plateau sommital de l’acropole ; elle a présenté une première étape de l’étude du mobilier coroplathique dans son mémoire de maîtrise universitaire intitulé Athéna au sens figuré. Les terres cuites du plateau sommital de l’acropole d’Érétrie, soutenu à l’université de Lausanne en 2012. Les mobiliers discutés dans notre contribution seront publiés dans le volume consacré à l’Athénaion qui paraîtra dans la collection Eretria. Fouilles et recherches, en préparation. Les conclusions sont encore loin d’être définitives et on se contentera pour le moment de datations de convenance. Nous tenons à remercier tout particulièrement les organisateurs du 35e colloque international de Halma UMR 8164 et les autres participants pour leurs remarques fructueuses, ainsi que Marie-Françoise Billot, Pierre Ducrey, Sylvian Fachard et Denis Knoepfler pour les suggestions et les critiques qu’ils nous ont généreusement communiquées à la lecture de notre texte.
2 Provenance et date de découverte inconnues. En dernier lieu Huber 2010a, cat. no 232 p. 244-245.
3 IG XII 9, 264 et 265. On peut ajouter au dossier un fragment de statue en marbre grandeur nature – vestige probable d'une statue de culte –, qui conserve la poitrine gauche d’Athéna portant l’égide et le gorgoneion, voir en dernier lieu Huber 2007, p. 128. Ces trois documents constituent, avec le relief votif représentant la déesse faisant une libation, d’importants témoignages sur le culte rendu par les Érétriens à Athéna, mais pas forcément dans le sanctuaire sur l’acropole.
4 On note la présence de fragments de céramique d’époque géométrique, datables du viiie s. et du début du viie s., dans des remblais résultant de l’aménagement de la muraille classique vers le sommet de l’acropole et sur le plateau sommital. Une étude approfondie de ce mobilier permettra de préciser la nature de l’occupation du sommet de la colline à l’époque géométrique ; pour l’instant, aucun indice ne permet de relier ces modestes données à un éventuel culte d’Athéna à si haute époque (pour une occupation intermittente du plateau sommital au Néolithique Final, entre la fin du Bronze Moyen et le début du Bronze Récent, puis à la fin du Bronze Récent, voir Müller Celka 2010).
5 Remarques préliminaires transmises par Marie-Françoise Billot, que nous remercions de sa précieuse collaboration dans l’étude de ce mobilier très fragmentaire et de nous avoir livré ces premières informations.
6 Nous remercions Sylvian Fachard, en charge de l’étude du système défensif de la cité d’Érétrie, de nous avoir transmis les informations relatives au rempart de l’acropole qui suivent et précisé certains points. Bilan de nos connaissances sur l’enceinte urbaine d’Érétrie dans Fachard 2004.
7 Huber 2007, p. 128, n. 21.
8 Huber 2007, p. 127 fig. 4, pl. 18, 4-5 ; Huber 2010a, p. 216, cat. no 231 p. 244-245 ; D. Knoepfler, Bull. épigr. 2008, p. 657 no 266.
9 Une datation préliminaire à la fin du iiie s. av. J.-C. avait été proposée par l’inventeur du sanctuaire, Pascal Friedemann, dès la première campagne de fouilles en 1993 (Friedemann 1994). L’examen préliminaire du mobilier céramique d’époque hellénistique, par Guy Ackermann que nous remercions de sa collaboration, incite à remonter cet événement dans la première moitié du iiie s.
10 Voir Knoepfler 2001, p. 301-304.
11 Fachard 2007.
12 On trouvera dans Knoepfler 2001 une première discussion sur le peu d’édifices publics construits ou remaniés au iiie s. (p. 301 et n. 212) et sur les réfections réalisées dans les grandes maisons de la cité à même époque (p. 302, n. 213). Voir aussi Fachard 2007, p. 134.
13 Voir Knoepfler 2001, p. 271 et références.
14 En dernier lieu Touloupa 2010.
15 En dernier lieu Huysecom-Haxhi 2009.
16 Sur la fonction rituelle du polos, voir Huysecom-Haxhi 2009, p. 573-587. Pour A. Schwarzmaier, le polos est clairement en lien avec les cérémonies du mariage : Schwarzmaier 2006, p. 188.
17 Sur les figurines du vie s., le voile couvre entièrement la chevelure, l’arrière de la tête et le cou.
18 Sur les nombreuses affiliations relatives à ce statut dans l’Antiquité, voir Polignac 2009.
19 Voir Muller 2009.
20 C’est notamment ce que suggère Graepler 1997, p. 217.
21 Lippolis 2001, p. 236.
22 Graepler 1997.
23 Lippolis 2001, p. 236.
24 Voir Prêtre 2009, p. 12 ; contra Merker 2000.
25 Le travail de restitution a été effectué avec la collaboration de Marie-Françoise et Jean-François Billot, auxquels nous sommes redevables de l’identification des éléments architectoniques et des restitutions. La proposition de restitution reproduite fig. 16 est volontairement schématique, car provisoire ; le fantassin à droite n'a par exemple pas encore livré beaucoup de sa personne.
26 Voir en dernier lieu Fachard 2012, index, s.v. « hoplites », « psiloi », « peltastes ».
27 Knoepfler 1988.
28 Un faisceau d’indices fait remonter au viiie s. le rôle essentiel de la classe aristocratique des hippobotes dans la cité émergente d’Érétrie, notamment les représentations sur vases de chevaux paissant et de maîtres des chevaux. Voir Verdan et al. 2008, p. 53 avec références n. 193, p. 186, n. 1052 et passim. Sur l’importance du cheval et de son élevage par les Érétriens dans leur chôra, Fachard 2012, p. 119-120.
29 Knoepfler 1997, p. 393 n. 300 ; Knoepfler 2008, p. 602.
30 Pouilloux 1954, p. 40 ; Day 2010, p. 138-141.
31 Hedrick 1991, p. 256.
32 Huber 2007, p. 127.
33 Voir aussi Saint-Pierre 2009.
34 Verdan 2013.
35 Huber 2003.
36 Bibliographie et état de la question dans Érétrie 2004, p. 172-175 ; Blandin 2007, vol. I : p. 167-168, n. 200. L’étude du mobilier est en cours, par une équipe de chercheurs de l’École suisse d’archéologie en Grèce.
37 L’ancienneté du culte est attestée notamment par des indices linguistiques (l’épiclèse même d’Amarysia), par l’existence d’inscriptions anciennes qui étaient exposées dans le sanctuaire d’après Strabon (puisant son information indirectement dans la Constitution d’Érétrie de l’école d’Aristote) : voir Knoepfler 1988, p. 392-394 et Knoepfler 2010a, chapitres V et VI. Des sondages conduits en 2007 et 2012 à l’est de la localité d’Amarynthos-Kato Vathia, une dizaine de kilomètres à l’est d’Érétrie, ont livré des vestiges archaïques et classiques appartenant peut-être à l’Artémision : voir Reber et al. 2013.
38 Chankowski 1993, p. 32. Voir aussi Novaro 1996, p. 80-84 ; Knoepfler 2010a, p. 139-158.
39 Knoepfler 1988, passim et p. 386-387.
40 Knoepfler 1988, p. 389.
41 Un autre sanctuaire mérite à l’avenir toute notre attention : celui d’Apollon à Tamynai (près d’Avlonari), Knoepfler, Ackermann 2012.
42 Un document épigraphique – un serment de réconciliation des Dikaiopolites – témoigne de l’existence d’un sanctuaire d’Athéna dans la colonie de Dikaia sans doute fondée par les Érétriens sur la côte orientale du golfe Thermaïque dans le 2e quart du ve s., peu après les guerres médiques : voir Voutiras 2008, p. 785 (editio princeps Sismanidis, Voutiras 2008) ; voir D. Knoepfler, Bull. épigr. 2008, p. 651-653, no 263. Pour la date de l’inscription, désormais Psoma 2011 ; voir D. Knoepfler, Bull. épigr. 2012, p. 605-606, no 243. La pierre portant le serment et les engagements qui s’y rapportaient devait être érigée dans le sanctuaire d’Athéna (εἰς τὸ ἱερὸν τῆς Ἀθηναίης, l. 10). Elle précise aussi (l. 6) que « tous les citoyens prêtent le serment qui a été rédigé dans les trois sanctuaires les plus saints (ἐν τρισὶν ἱεροῖς τοῖς [ἁ] γιωτάτοις) et dans l’agora », i. e. Apollon Daphnéphoros et Athéna, évoqués dans l’inscription, auxquels il faudrait ajouter, selon E. Voutiras, Artémis Amarysia. On retrouverait donc la triade érétrienne discutée ici.
43 Fachard 2012, p. 290.
Auteurs
-
Sandrine Huber
Université de Lorraine, Hiscant-ma EA 1132, Nancy.
-
Pauline Maillard
Université de Lausanne, Suisse.
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