Conclusion de la 1re partie
p. 140-141
Texte intégral
1Les villes de la France du Nord s’inscrivaient dans un espace rural « plein » où les hommes, en plus d’être nombreux, étaient actifs tant dans l’agriculture que dans les métiers artisanaux très présents dans certains secteurs géographiques où la proto-industrie textile était parvenue à s’imposer dans un climat social souvent dominé par le paupérisme. Dans ce contexte, les armatures urbaines différaient nettement du Cambrésis à la châtellenie de Lille. Réseau urbain hiérarchisé et dominé par une capitale hypertrophiée, Lille, chef ville dont le rayonnement interrégional dépendait tant de ses institutions politico-administratives et ecclésiastiques que de la maîtrise des circuits commerciaux dont elle était le nœud, c’est en ces termes que se définit l’organisation spatiale de la Flandre wallonne. La province cambrésienne, éclatée en deux entités administratives, était non seulement moins urbanisée, mais aussi dotée d’une capitale moyennement peuplée dont l’autorité dépendait largement de la puissance de ses clochers.
2Les chefs-villes du Cambrésis et de la Flandre wallonne, marquées par la présence manufacturière et dominées par la masse populaire, différaient non seulement par le poids et la nature de leur élite. Cambrai souffrait une élite peu nombreuse et pathologiquement dominée par les ecclésiastiques, quelques nobles et de nombreux bourgeois de robe. À Lille, l’élite plus nombreuse se distinguait aisément du reste de la population d’autant que les écarts sociaux grandissants se lisaient aussi dans la ville par un processus de ségrégation spatiale. En son sein, les négociants occupaient une place importante même si les plus grosses fortunes demeuraient entre les mains de la noblesse issue souvent du monde des offices.
3Les comportements des individus sur le marché immobilier des villes présentent un moyen de reconnaître l’identité des différents groupes sociaux. Même si la noblesse se cachait derrière de somptueux hôtels particuliers qui composaient la partie la plus apparente de ses patrimoines immobiliers, les plus actifs à intervenir dans le mouvement d’appropriation du bâti urbain étaient les artisans et les marchands même si ces groupes composites présentaient des propriétés fragiles plus exposées aux cycles de la conjoncture. L’investissement immobilier était surtout conçu pour répondre à un usage résidentiel ou professionnel. La vente d’une maison était ainsi un acte que les circonstances imposaient. Les crises de subsistances dévoilaient en effet la fragilité des catégories populaires et artisanales nombreuses parmi les vendeurs, dans un marché pourtant peu dynamique compte tenu de la faible diffusion de la propriété immobilière dans la société urbaine.
4La faible représentation de la noblesse dans l’activité du marché immobilier urbain, l’activité forte de la bourgeoisie et de l’artisanat, voilà autant d’indices de pratiques sociales qui témoignent de perceptions différenciées de l’espace. Or, les investissements menés sur la terre témoignaient aussi bien de l’inégalité des capacités financières que de l’usage différent de l’espace environnant.
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