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    Plan détaillé Texte intégral La région lilloise et le Cambrésis. deux territoires, deux personnalités régionales ? Un fait urbain inégalement prégnant dans une province densément peuplée Les disparités sociales dans les villes de la France du Nord au XVIIIe siècle Notes de bas de page

    La pierre et la terre

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre premier. Des espaces diversement organisés par les villes

    p. 23-59

    Texte intégral La région lilloise et le Cambrésis. deux territoires, deux personnalités régionales ? Deux territoires aux frontières progressivement fixées Deux pays aux terroirs riches Unité et originalité de la France du Nord vue par les voyageurs étrangers Un fait urbain inégalement prégnant dans une province densément peuplée Le poids urbain dans un « monde plein » (P. Chaunu) Diversité de l’armature urbaine Le réseau urbain dans son environnement rural 1) Flandre wallonne - Cambrésis : deux réseaux urbains différents 2) Des communautés rurales dynamiques Les disparités sociales dans les villes de la France du Nord au XVIIIe siècle Synchronismes et distorsions des activités des populations des villes de la France du Nord au XVIIIe siècle 1) Lille et Cambrai, deux « chefs-villes » marquées par la manufacture et le négoce ? 2) Des petites villes uniquement vouées à la satisfaction du marché local ? Des villes confrontées à des contrastes sociaux grandissants 1) Une cohésion sociale minée par la montée des écarts sociaux 2) Riches et pauvres dans les villes de la France du Nord au XVIIIe siècle Les élites urbaines : entre aisance et richesse Les catégories intermédiaires : un groupe hétéroclite face aux mutations socio-économiques du XVIIIe siècle La masse populaire, entre médiocrité et pauvreté L’espace social urbain : logique différentielle ou logique ségrégative ? 1) Le maintien des cohabitations des groupes sociaux à l’intérieur de la ville à la fin du XVIIe siècle La résidence des élites : entre dispersion et polynucléarité Des contribuables moyens omniprésents au coeur de la cité : choix de résidence et contrainte professionnelle Des catégories populaires rejetées dans les quartiers périphériques 2) Une tendance à l’agrégation des groupes socioprofessionnels au cours du XVIIIe siècle Notes de bas de page

    Texte intégral

    1« Avant tout une ville, c’est une domination, affirmait Fernand Braudel, Et ce qui compte pour la définir, pour la jauger, c’est sa capacité de commandement, l’espace où elle l’exerce »1. Cette capacité de décision reproduit peu ou prou la hiérarchie des villes alors que l’étendue de l’espace commandé dépend également des réalités du terrain.

    La région lilloise et le Cambrésis. deux territoires, deux personnalités régionales ?

    Deux territoires aux frontières progressivement fixées

    2La Flandre wallonne a intégré le royaume de France par le traité d’Aix-la-Chapelle (mai 1668) alors que l’entrée du Cambrésis a attendu le traité de Nimègue (septembre 1678). Désormais coupés du reste des Pays-Bas vers lesquels ils étaient historiquement tournés, ces espaces ont vécu au rythme des conflits et des négociations internationales qui ont émaillé le second XVIIe et le XVIIIe siècle2. Plus que le Cambrésis situé à l’intérieur des terres, c’est la Flandre wallonne en position frontalière qui a connu ces ajustements territoriaux tendant à l’élimination des enclaves et à la construction d’une frontière linéaire.

    3Tout faillit être perdu par la guerre de Succession d’Espagne qui infligea aux Pays-Bas français de rudes coups : la défaite d’Audenarde (11 juillet 1708) ouvrait en effet aux troupes anglo-hollandaises la route de la France et l’occupation de la Flandre française, une épreuve durement ressentie par des populations désormais francisées3. La France a pourtant sauvé l’essentiel lors des négociations d’Utrecht. Ce traité, en faisant apparaître des enclaves, créait toutefois une frontière incertaine dans l’attente d’un règlement définitif. La frontière fut définitivement établie en 1769 par la convention des limites signée avec Marie-Thérèse d’Autriche, modifiée par la convention additionnelle de novembre 1779. La politique de réunion territoriale mettait ainsi fin à la dichotomie des paroisses enclavées par une pratique essentiellement juridictionnelle : la partie Ypres de Deûlemont fut abandonnée à la France qui renonçait en contrepartie au petit territoire d’Halluin qui avait été anciennement incorporé aux fortifications de Menin. Un siècle après son annexion à la Couronne, la Flandre wallonne offrait donc des frontières suivant le cours de la Lys.

    Carte no 1 - La région lilloise et le Cambrésis dans la France du Nord

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    4Le Cambrésis et la Flandre wallonne étaient sous la domination d’un même Parlement installé à Tournai dès 1668 puis à Douai en 1713, mais il s’agissait là de la seule autorité commune. Ces provinces avaient en effet conservé une identité administrative propre. En 1754, le Cambrésis quittait même l’autorité de l’intendance de Lille pour dépendre de celle de Valenciennes. La rupture institutionnelle était ainsi confirmée, créant par la même une ligne de démarcation entre les parties septentrionales et méridionales de l’actuel département du Nord.

    5Les limites du Cambrésis sont compliquées par l’existence d’un legs du passé, le comté du Cambrésis et la châtellenie du Cateau, correspondant à l’antique pagus Cameracensis dominé par l’archevêque de Cambrai ; ce territoire intégrait alors des paroisses artésiennes. Il faut donc considérer la province plus étroite correspondant aux deux subdélégations de Cambrai et du Cateau. L’espace ainsi délimité comprenait quelques enclaves : une partie du territoire de Caudry et celui d’Escaudoeuvres, à proximité de Cambrai, étaient considérés comme hennuyers alors que Sailly-en-Cambrésis dépendait de la généralité de Lille.

    6L’espace lillois correspond à la châtellenie de Lille qui comprenait 133 villages et neuf villes et bourgades en 16704. Le plat pays lillois bénéficiait d’une représentation officielle aux Etats de Flandre wallonne : son assemblée générale comprenait en effet le collège entier du Magistrat de Lille, deux députés du Magistrat de Douai, deux autres de l’échevinage d’Orchies, et pour représenter la campagne, quatre baillis mandatés par les quatre seigneurs haut-justiciers de la province5. La monarchie française se satisfaisait de ce cadre territorial fortement ressenti par les populations puisque la subdélégation de Lille venait se calquer sur l’espace de la châtellenie ; seules les enclaves de Warneton et Wervicq placées sous l’autorité du subdélégué de Cassel échappaient à l’influence administrative lilloise.

    Deux pays aux terroirs riches

    7Le Cambrésis, d’une superficie estimée à 87.371 hectares6, forme un plateau crayeux traversé par l’Escaut. La terre de cette « autre Beauce »7 est généreusement couverte d’une couche de limon amincie dans la partie méridionale de la province où émerge un paysage boisé et verdoyant. L’enquête dressée en 1750 par les Etats8 confirmait la qualité supérieure des sols, surtout dans la partie occidentale et septentrionale du Cambrésis9. Surtout, à l’extrémité orientale de la province alors que les terres crayeuses s’élèvent vers l’Avesnois, s’ouvre un paysage herbager avec son bocage, ses haies et ses arbres.

    8Une région si bien disposée était propre à la production céréalière et à de hauts rendements10 qui atteignaient en moyenne 16 hectolitres par hectare en 178911. Les méthodes culturales traditionnelles demeuraient largement répandues : les paysans restaient réduits à la jachère en l’absence de fumures et d’engrais en quantité suffisante12. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, quelques innovations comme l’utilisation de la chaux et des cendres de Hollande, l’introduction du colza et des prairies artificielles, ont été introduites sur les meilleurs sols et dans les grandes censes13.

     

    9La châtellenie de Lille, arrosée par la Deûle et la Lys, s’étendait sur 90.410 hectares14 ; elle ne présentait pas d’unité géographique. Par la composition de son sol et les formes de son relief, la plaine de la Lys est proprement flamande : le sous-sol argilo-sableux offre une terre grasse et humide douée pour la culture. À la faveur d’une zone anticlinale correspondant approximativement au Mélantois et à une partie du Carembaut, la région proche de Lille cède la place à un plateau crayeux ; la vue porte alors sur des champs nus de terre brune et limoneuse et des villages bien groupés. Le sous-sol flamand réapparaît dans la Pévèle qui constitue un troisième pays à l’identité bien marquée : non seulement elle se présente comme un massif argileux et boisé, mais en plus elle n’offre pas un sol fertile à ses paysans.

    10Dans le royaume, la Flandre wallonne avait « la réputation d’être la mieux cultivée »15. La grande variété des productions agricoles en céréales, plantes industrielles et prairies artificielles, laisse l’impression d’une abondance évidente puisque « tout ce qui est nécessaire à la vie croit abondamment dans le païs »16. La ferme des Wattines exploitée par la famille Lepoutre à Linselles ne consacrait alors que la moitié de ses champs aux céréales, le reste étant planté en trèfles, légumineuses, tabac et surtout en oléagineux, en l’occurrence du lin et du colza17. Dans le laboratoire flamand, le partage des cultures était permis par la disparition de la jachère et la libération de la contrainte de l’assolement triennal, ce qui autorisait de rares minuties dans la rotation des cultures. L’intensification des cultures supposait d’importantes fumures de provenances diverses, des fumiers, des boues ou encore des cendres : en 1776, une ferme de 16 bonniers avait besoin chaque année de 150 charretées de fumier, de 80 kilogrammes, dont l’achat formait le neuvième de ses frais d’exploitation18.

    Unité et originalité de la France du Nord vue par les voyageurs étrangers19

    11La France du Nord est une province qui « jouit des faveurs du ciel, de la terre et de l’eau »20. Tous les voyageurs ont été impressionnés par l’omniprésence de l’eau, maillon indispensable de la fertilité des sols et du dynamisme des trafics commerciaux. Mais de tous les éléments naturels, c’est le climat qui donne lieu aux développements littéraires les plus nombreux : en effet, « le climat y est plutôt froid que tempéré. L’hiver y dure six grands mois de l’année »21. Le climat est pourtant sain : « l’air y est tempéré et propre pour la santé, principalement vers le midy »22.

    12Déterministes, les voyageurs l’étaient. À leurs yeux, le milieu forgeait les hommes réputés pour leur ardeur au travail « comme des abeilles toujours occupées à faire du miel ou de la cire, c’est-à-dire aux affaires du ménage ou à travailler »23. Les hommes y naissaient robustes, ce dont témoignait le comte de Boulainvilliers affirmant qu’ils « sont tous gros, gras et grands, la jeunesse y est d’une belle venue »24. Pourtant, c’était sur les femmes « belles et gracieuses »25 que se portait plus facilement le regard des voyageurs.

    13La population était facilement portée à la fête lors de laquelle elle avait la réputation de consommer sans tempérance la bière : « Oter le verre à un Flamand, c’est retrancher les racines à un arbre, par où il tire la vie avec l’humeur »26. Non sans un certain moralisme, quelques auteurs s’indignaient même des désastres pour la santé qu’imposait la consommation excessive de boissons alcoolisées : « ils ont aussi l’insatiable coustume de trop boire, en quoy ils prennent une délectation si grande, qu’ils y passent souvent la nuit et le jour, ce qui leur fait un très grand préjudice à l’esprit et au corps, et leur raccourcit la vie »27. Le sentiment d’appartenance à une civilisation originale et le souvenir historique d’une autonomie provinciale à l’époque espagnole avaient formé les mentalités au goût de l’indépendance et de la liberté : « ils aiment aussi la liberté, ou plutôt ils haissent la contrainte »28. Ainsi s’explique la difficile introduction de l’esprit des Lumières dans la France du Nord : « quelque forte que soit l’inclination qui porte les habitants de Lille à donner communément la préférence au commerce, cela cependant n’a pas empêché que les lettres n’y aient aussi été cultivées avec succès, et qu’elles n’y fleurissent même encore actuellement autant qu’on peut le désirer d’une ville où cet objet n’est point regardé comme le plus essentiel par le plus grand nombre des habitants »29.

    14C’est par ses villes que la France du Nord se distinguait le plus du reste du royaume. Creuset de civilisation, le réseau urbain impressionnait par son abondance et le nombre de ses habitants. L’ordre dans l’urbanisme participait à la beauté des villes : si Lille correspondait à un « Paris des Pays-Bas » selon Nomis30, Cambrai était reconnaissable à la propreté de ses rues larges qui se dirigeaient vers la Grande Place. Pour les voyageurs, les villes du Nord marquaient par la richesse de leurs monuments : à Lille, Nomis consacrait de nombreuses pages aux fortifications et à la citadelle dont la défense héroïque en 1708 restait encore dans toutes les mémoires, mais ce sont ses églises qui ont suscité le plus vif intérêt.

    15En définitive, les voyageurs ont sans doute forcé le trait sur le particularisme régional en négligeant l’érosion de l’héritage hispano-tridentin à la fin de l’Ancien Régime. Ces défauts sont liés à la loi du genre qui véhicule des stéréotypes propres à dessiner une image pittoresque d’une province à découvrir. Pour autant, cette littérature atteint quelques vérités en mettant l’accent sur l’originalité d’une civilisation dont la ville est le creuset.

    Un fait urbain inégalement prégnant dans une province densément peuplée

    16Les Pays-Bas formaient au Moyen Age une des régions les plus fortement urbanisées de l’Europe du Nord-Ouest. L’armature urbaine s’est maintenue aux XVIIe et XVIIIe siècles en dépit des fractures territoriales nées des faits d’armes. L’encadrement des villes restait toutefois contrasté entre la Flandre wallonne et le Cambrésis.

    Le poids urbain dans un « monde plein » (P. Chaunu)

    17Un état réalisé par l’intendance du Hainaut en 1785 évalue la population totale du Cambrésis à 74.681 habitants31. L’instantané statistique établi par les enquêtes départementales commandées en 180432 par le préfet du Nord, Dieudonné, chiffre à 239.341 le nombre d’habitants de la région lilloise. Les densités de population s’élèvent donc à 264,7 habitants par km² en Flandre lilloise et à 85,5 habitants par km² dans la province cambrésienne. Ces densités dépassent aisément la moyenne nationale de 50 habitants par km² vers 1800. Dans le cadre départemental, le Cambrésis paraît sous-occupé33 ; la « fourmilière flamande »34 présente des densités locales nettement plus importantes, particulièrement autour de Lille et dans les paroisses manufacturières du nord de la châtellenie, en l’occurrence Comines, Halluin, Roubaix ou Tourcoing.

    18Contrairement aux villes dauphinoises dépourvues de tout statut juridique35, les « bonnes villes » du Nord étaient reconnues par l’autorité royale comme jouissant d’une capacité propre à pouvoir « traiter directement avec le souverain les questions d’ordre financier et politique »36 : si, dans le Cambrésis, deux villes seulement, Cambrai et Le Cateau étaient officiellement admises, c’étaient six villes flamandes, Lille, Comines, Armentières, La Bassée, Seclin et Lannoy, que recensait Charles Esmangart, intendant de Lille, en 1787. Le Nord constituait une des premières aires d’urbanisation de France avec un taux de 34,3 % d’après l’enquête menée en 180937.

    Tableau no 1 - Répartition de la population du Cambrésis et de la Flandre wallonne selon le type de localité à la fin du XVIIIe siècle

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    19La Flandre wallonne était de loin la plus urbanisée avec le taux record de 60 % de la population vivant dans une commune de plus de 2000 habitants. Le Cambrésis présentait un taux d’urbanisation un peu inférieur à la moyenne départementale, le monde rural restant même la première forme de regroupement des populations. Mais la différenciation de ces deux ensembles régionaux ne s’arrête pas là. Malgré le poids relativement moyen de sa capitale, le Cambrésis présentait plus qu’en Flandre wallonne une forte disparité ville - campagne. En ce sens, la solitude de Cambrai face à son environnement rural rapproche le Cambrésis du modèle aquitain, toulousain en particulier38. La Flandre wallonne présentait un modèle marqué par des relations complexes entre des villes nombreuses dont l’une occupait une place hégémonique, et des campagnes tournées vers une agriculture spéculative et des activités proto-industrielles.

    Diversité de l’armature urbaine

    20La hiérarchisation urbaine établie par B. Lepetit39 permet de distinguer nettement les chefs-villes de Lille et de Cambrai.

    21Avec près de 60.000 habitants en 1801, Lille était près de 3,5 fois plus peuplée que Cambrai qui comptait 17.401 habitants en 1785. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, la population lilloise a connu une croissance importante mesurable grâce aux dénombrements réalisés entre 1677 et 174040 : le nombre d’habitants avait alors augmenté de 40,5 %, passant de 45.171 à 63.439 individus. Après 1740, la croissance démographique lilloise s’est essoufflée. En revanche, elle s’est poursuivie dans la Cambrésis : forte de 12.440 habitants en 171641, la population de la ville dépassait le seuil de 17.000 personnes dans les dernières années de l’Ancien Régime.

    22Les niveaux de fonctionnalité accentuent les écarts entre Lille et Cambrai. Lille était une véritable « capitale territoriale »42 avec une panoplie étendue de fonctions administratives léguées par le Moyen Age et renforcées par la conquête française : Lille était ainsi dotée d’importantes institutions comme les Etats de Flandre wallonne, la gouvernance du souverain bailliage, l’administration des Monnaies, la maîtrise des Eaux et Forêts, le Bureau des Finances, et surtout l’intendance et le gouvernement général de Flandre. Cambrai, au 93e rang de la hiérarchie administrative, était en revanche le siège d’institutions secondaires comme une subdélégation soumise à l’autorité de l’intendance de Lille puis, à partir de 1754, de Valenciennes. Cambrai reçut certes le siège du Parlement en 1709, mais ses édiles furent incapables de le conserver, la cour souveraine de justice préférant la ville de Douai dès 1713. Seul l’archevêché formait donc une institution offrant à cette cité un rayonnement assis sur un diocèse débordant largement du territoire français vers les provinces « belges ». En 1766, l’archevêché recouvrait même la quasi-souveraineté sur la province du Cambrésis : duc de Cambrai et comte de Cambrésis, il nommait la moitié des échevins du Magistrat de la ville, dominait les Etats et avait une autorité prédominante sur nombre de villages où il avait la justice43.

    23Il restait enfin à considérer le classement économique des deux cités d’après les budgets communaux de 181244. Sur ce point, Lille occupait la quatrième place et Cambrai, une étonnante dix-septième. Elles connurent pourtant une déperdition des activités manufacturières dont profitaient les campagnes. À Cambrai, « l’exurbanisation de la fabrication »45 mulquinière prit un caractère assez prononcé. Lille n’a pas non plus échappé à l’éradication de ses activités textiles de sayetterie et de bourgeterie, surtout à partir des années 1760 alors que l’arrêt de septembre 1762 accordait aux campagnes une pleine liberté de fabrication46. Le dynamisme économique lillois permit toutefois de diversifier les activités productives tant dans la fabrication lainière que dans d’autres fibres comme le lin, la toile ou la soie ; en dehors de ce secteur, des ateliers de raffinage de sucre, de savonnerie ou de faïencerie disaient aussi le goût entrepreneurial de la société lilloise.

    24Par la domiciliation urbaine des négociants qui régulaient le marché et inscrivaient la production dans les circuits commerciaux régionaux, nationaux et internationaux, la ville de Lille maintenait sur le plat pays un pouvoir de commandement. L’intendant Dugué de Bagnols en témoignait dans le mémoire qu’il fit rédiger en 1698 à l’intention du duc de Bourgogne : « La ville de Lille est celle qui fait mouvoir toutes les autres et qui est pour ainsy dire l’âme du commerce de tout le pays, à cause que la richesse de ses habitants la met en état de faire de grandes entreprises. On aura peine à croire que les forces et la puissance de cette ville soient aussy grandes ; cependant il est certain qu’il y a, dans le plat pays ou dans les villes voisines, plus de cent mille personnes qui subsistent par le moyen des négocians de Lille »47. L’érection d’une Chambre de commerce en 1714, puis d’une juridiction consulaire chargée d’arbitrer les procès commerciaux mettait un point d’orgue à ce pouvoir de commandement économique.

    25Cambrai ne bénéficiait pas d’une telle prééminence commerciale. La majeure partie des toiles fabriquées dans la campagne cambrésienne n’était même pas commercialisée par les négociants de Cambrai, mais par ceux de Valenciennes et plus encore de Saint-Quentin par où transitait plus de 60 % de la production totale ; vers 1780, Cambrai ne marquait chaque année que 16 à 17.000 toiles qui ne correspondaient qu’à 9 % de la production de la province48. Le destin d’une partie des campagnes cambrésiennes échappait ainsi à sa « chef-ville ».

     

    26Quand on passe aux niveaux inférieurs de la hiérarchie urbaine, celle de la petite ville, la différence n’est pas seulement quantitative, elle est aussi qualitative.

    27Par-delà le poids démographique, ce qui caractérisait les petites villes était leur capacité à rayonner sur leur environnement proche grâce à leur pouvoir de commandement administratif, religieux, culturel et économique. Au jeu du cumul des avantages, Armentières et Le Cateau présentaient le meilleur classement. Les institutions ecclésiastiques y étaient bien représentées : Le Cateau accueillait moins d’institutions qu’Armentières, mais s’y trouvait le palais archiépiscopal, manifeste monumental de l’autorité de l’archevêque de Cambrai. Un décalage économique avantageait Armentières qui disposait d’une foire et d’un marché hebdomadaire de plus.

    28Moins bien dotée dans ses fonctions, Comines était une petite ville dynamique comme en témoigne le doublement de sa population dans la seconde moitié du XVIIIe siècle49. Même si elle « étoit autrefois plus considérable qu’elle n’est à présent car il y a plusieurs années qu’on en a rasé les fortifications »50, la présence d’un chapitre de la Collégiale Saint-Pierre et d’un hôpital pour les hommes malades lui apportait un surcroît de prestige. Parmi les trois autres petites villes de moins de 3000 habitants, La Bassée était celle dont la panoplie institutionnelle était la plus large : cette porte du Béthunois offrait divers services aux populations des villages alentours, un collège tenu par les Augustins, l’hôpital Saint-Jean et surtout des marchés réguliers. En revanche, à Seclin et Lannoy, « il n’y a rien de recommandable »51 ; Seclin pouvait juste s’accrocher à son passé illustre dont le chapitre Saint-Piat et l’hôpital tenu par l’ordre de Saint-Augustin étaient les vestiges.

    29En définitive, la France du Nord offrait une armature urbaine complexe et complète, tous les niveaux de la hiérarchie urbaine s’y retrouvant. Cette armature ne pouvait toutefois être considérée que dans son environnement au sein duquel la ville jouait un rôle de « transformateur » de relations humaines52. Organisatrice de l’espace, la ville intégrait alors un réseau plus ou moins compliqué.

    Le réseau urbain dans son environnement rural

    1) Flandre wallonne - Cambrésis : deux réseaux urbains différents

    30L’armature urbaine de la France du Nord s’inscrit dans un système de relations intenses assurées par un réseau de transport très dense53. D’après l’Essai de la nature du commerce en général (1755) de Cantillon, les zones d’influence urbaine sont élastiques selon les infrastructures et les tarifs du transport. Dans une France où les densités du réseau routier s’élevaient au Nord de la ligne Saint-Malo - Genève54, le département du Nord bénéficiait d’un niveau d’équipement en moyens de transport supérieur à la moyenne nationale, notamment en termes de voies navigables et de transports intérieurs55. La région lilloise était pourvue d’un réseau de communication très dense vers Dunkerque, Bruxelles, Valenciennes, Douai et Arras. La naissance d’une frontière séparant Lille de ses partenaires « belges » a même renforcé cet avantage : l’ouverture du canal de Wault à Lille et l’achèvement du canal de Neufossé en 1774 offraient à cette région une fenêtre maritime56. Si le Cambrésis était traversé du Sud au Nord par deux routes permettant de relier Paris à Anvers et Ostende, l’Escaut qui arrosait Cambrai, n’a été navigable que tardivement à cause de l’opposition tenace du Magistrat de Valenciennes57. La circulation depuis Cambrai favorisait ainsi les liens vers le Nord et le Sud. Ces inconvénients et l’orientation particulière des voies de communication du Cambrésis auguraient donc mal de la prétention de sa chef-ville à influencer le destin de toute la province alors que les équipements de communication laissaient peu d’endroits hors de portée de l’influence lilloise.

    31La loi rang - taille, appelée communément relation de Zipf, et l’indice de centralité que représentent les données postales permettent d’appréhender l’organisation des réseaux urbains. En pratique, ce modèle calcule une population théorique « idéale », ce qui, comparé à la population réelle, rend compte du sur ou sous-peuplement d’une ville. Le volume des communications postales permet également de mesurer l’intensité des flux dont les villes sont les carrefours ; l’Etat général des comptes des directeurs des postes aux lettres de l’an IX offre la documentation la plus solide. Comme P. Guignet a déjà défini les modèles d’organisation urbaine de la France du Nord, nous nous contenterons de rassembler en quelques lignes ses conclusions58.

    Tableau no 2 - Indices de centralité urbaine dans la Flandre wallonne et le Cambrésis à la fin du XVIIIe siècle

    Population réelle

    Population théorique

    Recettes postales (en francs)

    Part du marché postal

    Lille

    61.427

    34.374

    157.903,55

    93,4 (38,52)

    Tourcoing

    11.999

    12.511

    5485,45

    3,2 (1,34)

    Armentières

    7542

    7820

    3952,74

    2,3 (0,96)

    Comines

    4777

    5738

    Quesnoy

    3624

    4553

    Seclin

    2585

    2407

    La Bassée

    2209

    1847

    1750,21

    1,1 (0,43)

    Cambrai

    17.064

    12.506

    24.575,87

    83,5 (6)

    Le Cateau

    5932

    5459

    4847,1

    16,5 (1,18)

    Catillon

    2140

    2151

    (Les données entre parenthèses correspondent à la part que représentent les recettes postales de chaque bureau dans le département du Nord)

    32Dans la Flandre wallonne, la position primatiale de Lille est évidente : sa position réelle était 1,8 fois supérieure à ce que la loi de Zipf imaginait. Captant 93,4 % des flux postaux, Lille polarisait bien l’espace de sa châtellenie. Du coup, l’importance de cette capitale provinciale bloquait le développement démographique des villes de rang intermédiaire qui souffraient d’un sous-peuplement.

    33Le réseau urbain cambrésien était moins compliqué puisque la proto-industrie mulquinière n’a donné naissance à des villes industrielles qu’au XIXe siècle. L’urbanisation a donc directement profité aux villes existantes qui étaient surpeuplées, surtout Cambrai dont l’hégémonie démographique était bien assise. Le poids de la capitale était tel qu’il empêchait toute éclosion urbaine à moins de 20 kilomètres. Son pouvoir de polarisation était certes important dans la mesure où elle captait 83,5 % des flux postaux, mais elle abandonnait à sa dauphine, Le Cateau, une part non négligeable des recettes ; la domination cambrésienne s’inscrivait aussi dans une faiblesse certaine puisque la chef-ville ne concentrait que 6 % des flux départementaux.

     

    34En définitive, la centralité des villes reproduit la densité du réseau des voies de communication qui avantage nettement Lille. L’organisation urbaine du Cambrésis affirme la dualité de la province entre le « pays » de Cambrai et la frange orientale polarisée par la petite ville du Cateau.

    2) Des communautés rurales dynamiques

    35La richesse, mesurée par le montant de la capitation due par une communauté d’habitants rapporté à la population totale, n’était pas également partagée dans les campagnes de la France du nord59.

    Carte no 2 - Niveau de richesse des populations rurales de la Flandre wallonne et du Cambrésis en 1791

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    36Dans la châtellenie de Lille, une partie du Ferrain entre Bousbecque et Roubaix d’une part, et l’extrémité méridionale d’autre part formaient deux zones où le niveau moyen de capitation par habitant était bas. Le recensement de la population indigente demandé par la Constituante en 1790 révèle la même géographie puisque les cantons d’Haubourdin, d’Armentières et de Lannoy étaient les plus marqués par la pauvreté60. Dans le Cambrésis, l’Ouest se démarquait de la frange orientale où les villages présentaient des niveaux de richesse globalement faibles ; la pauvreté des populations rurales s’aggravait quand on entrait dans la zone herbagère à l’Est du Cateau.

    37La géographie de la pauvreté reproduit celle de la proto-industrie textile. Dans le Cambrésis, la capitation moyenne chutait à proximité d’Avesnes-les-Aubert où battaient 1545 métiers à batistes61 ; le même phénomène était perceptible sur les bords de la Sensée, à Fressies où se fabriquait une grande quantité de lins de fin62. À proximité de Tourcoing et Roubaix63, la diffusion du travail textile à la campagne a aussi accentué les contrastes sociaux. Dans certains villages cambrésiens comme Busigny ou Beaumont où plus de 50 % des emplois étaient consacrés au travail proto-industriel, la capitation moyenne par habitant dépassait pourtant 6 livres. L’ouvrier proto-industriel s’intégrait en effet dans la « classe moyenne » entre laboureurs et manouvriers, sa présence permettant alors « de corriger, d’amender, d’atténuer les écarts sociaux »64.

    38De nombreux villages agricoles présentent des moyennes élevées de capitation. Ceux-ci avaient leur lot de journaliers et même de pauvres, mais ils étaient dominés par une poignée de gros fermiers et censiers, de loin les plus capités du village. La présence de cette élite paysanne avait permis l’éclosion d’un artisanat et d’une boutique prospères. Certains villages agricoles présentaient toutefois de bas niveaux de capitation. Dans le Cambrésis, la zone herbagère à la périphérie orientale, moins dominée par les censes, était sous-capitée. En Flandre wallonne, un point commun relie ces villages pauvres : la réduction de la surface agricole à cause de la présence de zones incultes comme les bois de la Pévèle au sud-est, et les marais dans les Weppes au sud-ouest de Lille.

    39Enfin, le bon positionnement des villages dans les circuits commerciaux apportait des revenus supplémentaires. Les communautés rurales ont ainsi tiré profit de leur proximité vis-à-vis d’une ville dont les besoins en produits agricoles créaient un marché spécifique : la présence forte des jardiniers à Esquermes témoigne du fonctionnement d’une agriculture périurbaine tournée vers l’assouvissement des besoins de consommation des Lillois65. Les voies de communication renforçaient le commerce et l’artisanat rural parce qu’elles ouvraient le champ d’influence d’un village par un processus de « déterritoralisation »66 ; des métiers spécifiques, aubergistes, bateliers, blanchisseurs, s’installaient alors au bord des axes. Chaque ville rejetait toutefois dans sa couronne immédiate des populations désœuvrées, de nombreux ouvriers.

     

    40En définitive, l’environnement rural dans lequel baignaient des villes nombreuses et actives était globalement dynamique parce qu’il était inséré dans un vaste circuit économique. Ainsi, qu’ils fussent agricoles ou proto-industriels, les villages cambrésiens et flamands ne menaient pas une vie repliée puisque leurs activités étaient intimement liées à la ville qui jouait encore et toujours un rôle d’impulsion économique.

    Les disparités sociales dans les villes de la France du Nord au XVIIIe siècle

    41La population est-elle « le révélateur simple de ce qu’est la ville ? » s’interrogeait Christine Lamarre67. On peut le penser puisque la complexité du corps social rend compte non seulement des hiérarchies urbaines, mais aussi des fonctions spécifiques tenues par chaque ville.

    Synchronismes et distorsions des activités des populations des villes de la France du Nord au XVIIIe siècle

    42Pour appréhender les activités des populations urbaines, les recherches historiques se sont appuyées sur trois types de documents : les registres paroissiaux, les actes notariés et les rôles d’imposition. La source fiscale offre un instantané de la société urbaine. Elle n’est pourtant pas dénuée de faiblesses : les rôles de capitation ne mentionnent que les qualifications professionnelles des chefs de famille imposés, excluant du coup les femmes mariées, très actives dans les emplois textiles, et les non imposés. Grâce à une documentation chronologiquement concordante, un état des lieux de la granulation professionnelle a été réalisé à partir des rôles de capitation de Lille et de Cambrai en 1695-96 et en 179068. En ce qui concerne les petites villes, seules les sociétés d’Armentières, Comines, Seclin et Lannoy ont été scrutées à partir des registres paroissiaux de mariage.

    43Pour faciliter la confrontation des corps socioprofessionnels, nous avons appliqué la grille proposée par Jean-Claude Perrot69 qui oppose le secteur productif dont les activités sont déterminées selon la finalité des objets fabriqués, et le domaine des services qui participe à la régulation du corps social.

    1) Lille et Cambrai, deux « chefs-villes » marquées par la manufacture et le négoce ?

    44Ces villes présentaient un éventail d’activités d’une grande ampleur : en 1790, Lille comptait pas moins de 501 corps de métier, et 316 à Cambrai. Elles détenaient les principales fonctions d’une cité capitale : les fonctions d’autorité et de commandement, les fonctions économiques de production et les fonctions de résidence et de consommation.

    Tableau no 3 - Répartition professionnelle de la population active à Lille et à Cambrai en 1695-6 et 1790

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    45Des fonctions de commandement, Lille en était la mieux pourvue puisqu’elle détenait non seulement les principaux leviers de commandement administratif et judiciaire, mais aussi le rayonnement culturel et la capacité de décision économique. Les fonctions politico-administratives attiraient en ville de nombreux métiers de direction et d’exécution. Même sans Parlement, la capitale flamande occupait de nombreux hommes de loi dont trente-quatre avocats, quarante huissiers et autant de procureurs ; la présence du tabellion confirmait par ailleurs la capacité de commandement de la ville sur son espace proche70. Dans cette « citadelle de la Contre Réforme » (A. Lottin), ce rôle décisionnel était accentué par le rayonnement de certaines institutions ecclésiastiques, le monde conventuel et hospitalier71 et surtout le chapitre Saint-Pierre. Enseignement et vie intellectuelle complétaient le rayonnement culturel de Lille : carillonneurs et musiciens donnaient à entendre, des artistes peintres comme François Watteau intéressaient les yeux, imprimeurs et libraires, au nombre de vingt-cinq en 1790, offraient à lire ; quant aux comédiens Riquet ou Siphonelli, ils se donnaient en spectacle au nouveau Théâtre que Michel Lequeux avait construit en 1785-87 non loin de la Vieille Bourse. Ces fonctions de commandement étaient toutefois peu pourvoyeuses d’emplois, moins de 8 %.

    46Lille détenait fermement le levier de commandement économique. Les marchands, négociants et financiers occupaient une part non négligeable des emplois, plus de 10 % des actifs en 1790. Lille est devenue au XVIIIe siècle « l’âme du commerce »72... devenue en effet puisque ce ne fut pas la moindre des mutations sociales du siècle des Lumières que d’y avoir assuré le renforcement de la bourgeoisie d’affaires. La capitation de 1790 dénombrait 118 négociants, 99 marchands en gros, des receveurs, contrôleurs et officiers de la Monnaie, quatre banquiers dominés par le sieur Marousse, de nombreux agents de change, des commissaires des guerres et le fermier Delespine... un microcosme de 300 à 350 individus.

    47La capacité de commandement de Cambrai était moins complète et finalement autre. Elle était en effet moins négociante, 7,5 % seulement de sa population capitée œuvrant en 1790 dans ce domaine. Même si la marchandise a vu ses effectifs croître fortement, les décideurs économiques formaient un groupe trop étriqué pour offrir à Cambrai une capacité de commandement économique. Les leviers de commandement cambrésien sont en fait dans les domaines politico-administratifs, surtout judiciaires et ecclésiastiques. Dans cette vieille cité archiépiscopale, le poids du clergé ne fait pas surprise, encore ces 5,5 % étaient-ils un minimum puisque tous les religieux n’avaient pas été comptabilisés73. La cité de Fénelon comptait en effet trois chapitres séculiers, trois abbayes masculines, trois monastères de femmes, cinq couvents d’hommes et quatre couvents féminins. Le clergé créait un nombre « quasi-pathologique »74 d’hommes de loi, avocats, notaires apostoliques, secrétaires, greffiers. Cambrai a aussi tiré profit de sa proximité par rapport à Douai pour attirer dans ses murs une partie du personnel parlementaire : la présence de 37 avocats trouve là sa justification. En tout, le pouvoir décisionnel non économique de la ville de Cambrai portait sur plus de 12 % des emplois à la fin du XVIIIe siècle.

     

    48Pour le reste, les profils socioprofessionnels de Lille et Cambrai n’étaient pas très différents. La ville était d’abord un lieu de production puisque 40 à 47 % des actifs étaient voués à cette fonction en 1790. Pourtant, Lille comme Cambrai ont subi la désindustrialisation inséparable de la formation d’un espace rural proto-industriel. Ce mouvement avait touché les activités de fabrication : à Lille, le nombre de chefs de famille capités concernés par la sayetterie et la bourgeterie chuta de 916 à 247 individus au cours du XVIIIe siècle. Ces villes restaient toutefois encore marquées par le travail textile. Les registres de mariage étaient de ce point de vue des sources plus précises pour compléter notre vision des sociétés urbaines dans la mesure où presque toute la population était enregistrée par le curé de la paroisse. Les dépouillements lillois ont montré que le recul des actifs employés dans le domaine textile n’était pas d’une grande ampleur à tel point qu’à la fin de l’Ancien Régime, 36,18 % des époux exerçaient encore un emploi dans une de ces branches75. Cette désindustrialisation cachait aussi une profonde mutation qui passait par un mouvement de diversification de la manufacture.

    49Ce mouvement de diversification rend compte de l’affirmation de la fonction consommatrice. La présence à Lille et Cambrai d’une population aisée créait des services nouveaux. Par-delà les métiers élémentaires chargés de la fourniture du marché local dans l’alimentation ou l’habillement, l’artisanat et la petite boutique se spécialisaient pour répondre aux aspirations à un confort domestique et un train de vie supérieur d’une minorité riche de la population76. Les métiers de l’alimentation se sont ainsi enrichis de nouvelles activités spécialisées : comptant en 1696 dix corps de métiers dominés essentiellement par les boulangers, bouchers, brasseurs, aubergistes, cabaretiers et graissiers, les professions de bouche de Cambrai, au nombre de vingt-deux en 1790, dénombraient un confiseur, deux fruitiers, deux pains d’épicier ou encore quatre traiteurs.

     

    50En définitive, en dépit de l’écart démographique, le profil socioprofessionnel des deux villes capitales était assez proche. Encore marquées par l’emprise manufacturière, Lille et Cambrai ont capté une population nobiliaire et rentière dont les besoins domestiques ont suscité l’émergence d’activités spécialisées. Cambrai, à la différence de Lille, ne pouvait en revanche compter sur une puissante population négociante.

    2) Des petites villes uniquement vouées à la satisfaction du marché local ?

    51Sauf Lannoy où l’activité artisanale était prépondérante, les petites villes du Nord n’étaient pas spécialisées et dominées par une seule catégorie d’emploi. Comines et Armentières étaient marquées par la fabrication toilière qui utilisait le lin cultivé dans la vallée de la Lys. À Lannoy, la hautelisse régnait sans partage ; seul métier organisé en corporation, elle bénéficiait de complicités au sein d’un échevinage acquis à sa cause contre les offensives procédurières du Magistrat de Lille décidé à défendre les intérêts de sa manufacture. Mais alors que la tapisserie de hautelisse était progressivement boudée par une clientèle attirée de plus en plus par les papiers peints, la ville se tournait vers la fabrication des camelots bleus et blancs en laine qui trouvaient chez les religieux de fidèles acheteurs.

    52Par-delà cet artisanat textile, s’étirait le long cortège des petits métiers destinés à satisfaire les besoins premiers des habitants. La faiblesse relative de ces emplois, moins de 15 % des actifs, était pourtant un trait de caractère assez original77. Une autre caractéristique de la petite ville était l’absence ou presque des métiers rares : à Lannoy, les métiers de l’alimentation étaient distribués entre boulangers, cabaretiers, brasseurs, olieurs et bouchers. Cette situation tenait à la faiblesse relative de la fonction résidentielle, les représentants des diverses administrations étant noyés dans le corps social. L’autorité politico-administrative des petites villes paraissait ainsi limitée. Le secteur de la marchandise restait aussi de faible envergure puisque moins de 8 % des actifs s’y consacraient.

    53Les activités agricoles maintenaient un poids non négligeable, toujours supérieur à 6 % des actifs jusqu’à 46,5 % des emplois à Comines dont le terroir rural était vaste78. Pourtant, compte tenu de la diffusion rurale du travail textile, les paysans déclarés ne l’étaient pas toujours à temps plein : non seulement les petits paysans pratiquaient l’activité textile, mais en plus cet emploi était souvent confié aux femmes que les statistiques ignoraient.

     

    54En définitive, les petites villes de la France du Nord avaient un secteur manufacturier hypertrophié même si cela était moins vrai à Armentières grâce à une activité négociante plus solide. Elles offraient un profil socioprofessionnel moins marqué par la fonction résidentielle que les grandes villes où la présence d’une élite sociale même restreinte mais à fort pouvoir d’achat suscitait des besoins spécifiques de consommation.

    Des villes confrontées à des contrastes sociaux grandissants

    1) Une cohésion sociale minée par la montée des écarts sociaux

    55Les rôles de capitation sont une source dont le chercheur profite même s’il ne faut pas en attendre une image fidèle de la réalité des fortunes. L’échelle fiscale écrasait en effet l’échelle sociale : non seulement les privilégiés et les plus pauvres échappaient à l’imposition, mais en plus l’impôt déchargeait généralement les gros contribuables aux dépens des plus petits. La fortune n’était pas en outre le seul, ni le premier, critère de différenciation sociale79. Comme le remarquait Albert Soboul, le paiement d’une livre n’avait enfin pas la même signification sociale ici ou là80. Si la hiérarchie fiscale ne coïncidait pourtant pas strictement avec la hiérarchie sociale, elle en donnait un aperçu digne d’intérêt81. La hiérarchisation des sociétés urbaines suivant la ventilation arithmétique des cotes de capitation rend compte de la grande inégalité des conditions de fortunes. Afin de faciliter les classements, nous avons tenu compte de deux seuils fiscaux : il est en effet admis que le niveau de 5 livres signifiait la fin de la précarité sociale82 ; en revanche, l’aisance débutait au-delà des 20 livres83.

    56Les profils fiscaux des villes dévoilaient des disparités sociales dramatiquement importantes. Les petits contribuables étaient partout massivement présents au sein de la hiérarchie fiscale dans laquelle ils étaient toujours plus de 70 % des imposés. Les disparités étaient plus exacerbées dans les petites villes par rapport aux « chefs-villes », et à Cambrai par rapport à Lille. Les contribuables des petites villes imposés à moins de 5 livres étaient en effet très nombreux, particulièrement à Comines où l’animation manufacturière et l’importance du secteur agricole dominé par de petits journaliers aggravaient la détérioration sociale. Même si la masse fiscale était moins unanimement populaire dans les grandes villes, celles-ci restaient occupées par une majorité de petits imposés à la fin du XVIIIe siècle. La désindustrialisation de Cambrai a même accentué la paupérisation de la population, la masse populaire bondissant de 72,9 à 80,5 % de la population capitée en un siècle. À Lille, la diminution du nombre des contribuables dans une ville où la population a crû de plusieurs milliers d’habitants stigmatise aussi l’accroissement de la population non imposable et la paupérisation d’une frange importante de la société. Y comptabiliser les indigents est une gageure puisque leurs effectifs gonflaient à l’occasion des crises. Il faut compter avec une masse irréductible de 20.000 pauvres, soit un bon tiers de la population. Mais pour peu que l’année fût mauvaise, et leur nombre augmentait fortement : la capitation de 1740 évalue à 45 % la part de la population lilloise non soumise à la capitation pour raison d’indigence84.

    Tableau no 4 - Ventilation des capités des villes de la France du Nord au XVIIIe siècle suivant le montant de leur imposition (en livre de France)

    <5

    [5 – 20]

    > 20

    Lille, 1695

    8312 - 69,3 %

    3007 - 25,1 %

    986 - 5,6 %

    Lille, 1790

    8372 - 70,6 %

    2720 - 22,8 %

    792 - 6,6 %

    Cambrai 1696

    1312 - 72,9 %

    411 - 22,8 %

    78 - 4,3 %

    Cambrai, 1790

    3252 - 80,5 %

    620 - 15,3 %

    165 - 4,2 %

    Le Cateau, 1714

    514 - 85 %

    89 - 14,6 %

    2 - 0,4 %

    Comines, 1786

    271 - 93,5 %

    19 - 6,5 %

    0

    Armentières, 1790

    276 - 81,4 %

    54 - 15,9 %

    9 - 2,7 %

    57La paupérisation et la prolétarisation des populations « industrielles » ont laminé les catégories intermédiaires. À Cambrai, ce dégraissage a été spectaculaire puisque cette catégorie chutait de 22,8 % à 15,4 % des imposés. Nombre d’artisans textiles mis devant le fait de l’exurbanisation décidée et organisée par les négociants ont en effet glissé vers la masse populaire. La situation de Lille montrait pourtant une baisse relative des catégories intermédiaires : si la crise de certaines manufactures textiles a fait de nombreuses victimes sociales, l’importance de la fonction résidentielle créait une multitude de métiers et de services qui amortissait le laminage de ces catégories.

     

    58À la différence des petites villes où la population aisée, payant plus de 20 livres de capitation, était rare, les « chefs-villes », grâce à la concentration des pouvoirs de toute nature, présentaient un éventail social complet où les populations aisées représentaient de 4 à 7 % de la population capitée85. A Cambrai, non seulement cette catégorie était moins nombreuse, mais en plus sa représentation par rapport au nombre total des contribuables a eu tendance à diminuer. À l’inverse, la société lilloise marquée au XVIIIe siècle par des réussites sociales remarquables a vu sa population aisée croître. À la différence des autres villes marquées par des déclassements sociaux et donc un appauvrissement global de la population, la capitale flamande travaillée par des mutations économiques devenait au cours du siècle des Lumières le lieu d’une société duale où l’écart entre riches et pauvres augmentait86.

    2) Riches et pauvres dans les villes de la France du Nord au XVIIIe siècle

    Les élites urbaines : entre aisance et richesse

    59Compte tenu de la diversité des cotes d’imposition qui nous font passer de l’aisance à d’imposantes fortunes, bref d’une bourgeoisie moyenne à une ploutocratie étroite, deux nouveaux paliers à 50 et 100 livres ont été introduits dans l’analyse.

    60À l'intérieur des élites urbaines cotisant pour plus de 20 livres de capitation, les activités productives étaient sous-représentées. Si les affres de l’industrie lainière et mulquinière ont jeté dans le trouble nombre d’artisans, la force entrepreneuriale a tout de même permis de faire fonctionner le moteur à promotion sociale ; l’augmentation sur un siècle du nombre des artisans à l’assise financière saine le prouve, comme le parcours individuel de certains comme le joaillier lillois Petit, imposé en 1740 à 15 livres, puis 50 livres en 1780, et finalement 55 livres en 179087. Toutes les branches de l’artisanat n’avaient pourtant pas participé à cet élan : une très forte minorité, de 44 à 46 % des artisans aisés et riches, était occupée par les métiers de l’alimentation. Les besoins créés par l’enrichissement d’une partie de la population avaient en effet profité aux catégories d’artisans dont l’activité était vouée à la satisfaction consommatrice des citadins. Les métiers du textile subissaient en revanche la désindustrialisation même si l’augmentation des effectifs depuis 1695 témoigne du succès de la restructuration et de la vitalité économique de Lille et de Cambrai.

    61Autre trait, la nette surreprésentation dans ce groupe des nobles, rentiers et personnes seules qui, de Cambrai à Lille, étaient de 16,4 à 17,7 % des aisés88. Les plus grosses fortunes restaient le fait de la noblesse. Dans la capitale lilloise, onze nobles payaient en 1695 pour 250 livres d’impôt et menaient un train de vie somptuaire. Moins nombreuse, cette « super-élite »89 était aussi moins imposée à Cambrai puisqu’à la même époque, les cotes ne dépassaient pas 120 livres. Une minorité du second ordre était pourtant très fortunée et appartenait aux riches nobles de province90. La noblesse des villes du Nord, dominée par une poignée de nantis, ne dissimulait en effet pas l’existence majoritaire des revenus moyens91 : la noblesse cambrésienne appartenant à l’élite sociale de la ville se composait essentiellement de représentants riches ou seulement aisés, comme la dame de Villers-au-Tertre qui ne cotisait que pour 21,5 livres en 1790. Dans cette catégorie des inactifs capitée à 20-100 livres, la noblesse rejoignait les rentiers qui occupaient de 6 à 11 % des contribuables aisés. La rente, si elle ne permettait pas à elle seule de forger de grosses fortunes et d’entrer dans le cercle fermé de l’élite de la grande richesse, n’en garantissait pas moins pour certains la richesse et pour la plupart l’aisance. Ce groupe ne présentait pourtant pas de réelle homogénéité puisqu’on ne naissait pas rentier, on le devenait par suite d’un veuvage ou d’un retrait des affaires.

    62Lille et Cambrai présentaient des groupes bourgeois divergents. Dans la capitale flamande, un tiers de la population imposée à plus de 20 livres exerçait des fonctions liées aux services économiques alors qu’à Cambrai, cette proportion chutait à 10,9 %. Un tel écart reflète l’inégale position occupée par ces deux villes dans le commerce interrégional. Sur le long terme, l’ascension des négociants et financiers lillois ne fut pas spectaculaire, mais elle fut accompagnée d’une forte mobilité interne92. La frontière socioprofessionnelle de ce groupe se plaçait à 50 livres : au-delà, une quarantaine de familles détentrices du pouvoir de décision économique, en deçà, le monde du commerce connaissant de grandes diversités de fortune. À Cambrai, le monde des décideurs économiques était en revanche médiocre. Comprenant moins de vingt membres, négociants et marchands merciers occupaient la quasi totalité des places, mais ils étaient loin d’atteindre des niveaux de fortune comparables à ceux de leurs homologues lillois puisque le plus gros contribuable marchand, Boniface Montigny, ne déboursait en 1790 que 36 livres.

    63La médiocrité de la marchandise à Cambrai masque l’essentiel : dans cette cité, l’élite est d’abord liée aux activités de service non économique, la cléricature et la robe qui occupaient 46,7 % des effectifs à plus de 20 livres de capitation en 1790. À elle seule, l’Eglise représentait 32 % des gros contribuables. La bourgeoisie de robe, qu’elle fût de justice ou d’administration, était plus médiocre ; même le mayeur, Watier d’Aubencheul, ne déboursait que 36 livres à la fin de l’Ancien Régime. À Lille, cette catégorie était moins prééminente ; une minorité seulement pouvait être considérée comme riche. Certains robins s’étaient extraits de la médiocrité, en particulier des avocats et sept notaires, soit près du tiers de ce corps professionnel.

    Les catégories intermédiaires : un groupe hétéroclite face aux mutations socio-économiques du XVIIIe siècle

    64Le peuple moyen reste une construction intellectuelle coincée entre deux frontières, les élites sociales vers le haut, et la masse populaire vers le bas. Comme l’affirmait Louis-Sébastien Mercier, le populaire comporte du reste trois échelons : la petite bourgeoisie, le peuple et la populace93 ; Benoît Garnot n’est pas loin de confirmer cette version car « être du peuple au XVIIIe siècle, c’est participer en même temps à un état de non fortune, mais pas forcément de misère »94. Il fallait dès lors placer un palier fiscal à 15 livres pour distinguer la petite bourgeoisie du peuple moyen.

    65Le profil socioprofessionnel des catégories intermédiaires n’était guère éloigné de Lille à Cambrai. Ce groupe était dominé par le monde des producteurs qui composait 37,9 % des effectifs cambrésiens en 1790, plus de 48,2 % à Lille. L’artisanat dont les effectifs ont chuté, n’a pu éviter les grands bouleversements économiques du siècle des Lumières ; c’est dans ses rangs inférieurs que le laminage a été le plus profond, particulièrement à Lille où les effectifs capités se sont effondrés de moitié en un siècle. Mais au sein des métiers spécialisés comme confiseur, sucrier ou traiteur, la proportion des membres de la petite bourgeoisie s’élevait, leur activité, qui s’adressait à une clientèle à fort pouvoir d’achat, étant plus rémunératrice. La restructuration de la manufacture et l’accroissement de la demande citadine avaient aussi suscité, à Cambrai, l’émergence d’un petit groupe plus solide d’artisans payant de 15 à 20 livres de capitation. Pourtant, à Lille comme à Cambrai, peu nombreux étaient les artisans à se glisser dans la petite bourgeoisie.

    66Les acteurs des services économiques, marchands en tête, étaient également en bonne position au sein des catégories intermédiaires. Décidément moins dynamiques qu’en Flandre, les marchands cambrésiens appartenaient à un standing fiscal inférieur. La composition précise de la petite bourgeoisie marchande confirme cette situation : à Cambrai, celle-ci avait dans ses rangs des négociants et quelques marchands drapiers, mais pas de petits boutiquiers, plongés aux rangs fiscaux inférieurs ; sur les bords de la Deûle, si des négociants et marchands en gros se glissaient dans la petite bourgeoisie, celle-ci se composait surtout de marchands liés à l’activité textile, comme la dentellerie ou la filterie, et dans une moindre mesure à l’alimentation. Au rang inférieur des capités de 5 à 15 livres, l’éventail des actifs s’élargissait peu à Cambrai, beaucoup à Lille où entraient des acteurs du monde financier, agents de change, courtiers ou commis aux fermes, près de cent petits négociants et de nombreux boutiquiers, spécialisés notamment dans l’orfèvrerie ou la sellerie.

    67La société de Cambrai démontrait une fois de plus le poids des services non économiques : la prééminence du milieu canonial, ainsi positionné entre petite bourgeoisie et aisance, justifiait cette recrudescence, mais le standing fiscal de certains avocats comme Boileux ou Lussiez, capités à 18 livres en 1790, expliquait cette domination au sein de la petite bourgeoisie. La relative médiocrité des hommes de loi et des représentants de la santé était pour le reste assez frappante : la plupart des notaires, avocats et procureurs y étaient en effet représentés95.

    68La part des « oisifs » était également en baisse parmi les médiocres capités. Les petits rentiers étaient les plus nombreux, en particulier dans la petite bourgeoisie où leurs effectifs avaient pourtant diminué en un siècle. La noblesse, dont une minorité était ici représentée, était plus nombreuse parmi les capités à 5-20 livres. En effet, au cours du XVIIIe siècle, le pouvoir d’attraction de la capitale lilloise, après avoir conquis la fine fleur de la noblesse provinciale, s’est exercé sur la petite noblesse que les revenus plaçaient dans la pauvreté ou la médiocrité. L’augmentation du nombre des modestes contribuables nobles rend donc compte de l’urbanisation de la noblesse.

    La masse populaire, entre médiocrité et pauvreté

    69La masse populaire cache une grande hétérogénéité des conditions professionnelles. Deux groupes étaient dominants, les « producteurs » et les domestiques. Ces derniers étaient les plus nombreux, mais leurs conditions de travail dépendaient du lieu d’exercice et de la qualité de l’employeur. Oeuvrer chez un riche contribuable, c’était souvent appartenir à un groupe de domestiques : à Lille, les capités à plus de 20 livres employaient en moyenne 2,7 serviteurs alors que ce résultat tombait 0,49 au sein des catégories intermédiaires. Cela impliquait une variété d’employés de maison qu’on ne trouvait pas chez les employeurs moins aisés : là où ces derniers n’avaient dans le meilleur des cas qu’une servante, les gros contribuables avaient à leur livrée des servantes, valets, cochers et autres personnels spécialisés. Le monde domestique était ainsi écartelé entre la pauvre servante des cabarets et l’univers plus feutré des gens des hôtels particuliers.

    70La plupart des « producteurs » étaient englués dans la masse populaire. Parmi ceux-ci, dominait l’artisanat textile. Dans ce milieu dont Chavatte avait narré les difficultés de la vie quotidienne, certains métiers féminisés offraient peu d’espoir d’amélioration sociale : fileuses, repasseuses et surtout dentellières, capités en moyenne à moins de 2 livres, savaient bien les menaces de dégradation sociale et de marginalisation96. En ce qui concerne les métiers de l’alimentation, Cambrai se distinguait assez de Lille par leur surreprésentation dans les catégories populaires ; dans la capitale flamande, une « aristocratie » des métiers de bouche est parvenue à s’extraire des couches populaires pour s’insérer dans les catégories intermédiaires. L’artisanat cambrésien n’offrait donc à ses acteurs que des conditions modestes, au mieux médiocres ; Lille permettait en revanche plus de réussites professionnelles grâce à un marché plus stimulant.

    71Quant aux métiers de l’enseignement et de la culture, s’ils pesaient statistiquement peu, leur positionnement social parmi les contribuables modestes ne fait aucun doute : maîtres d’école, musiciens ou comédiens payaient souvent moins de 6 livres de capitation ; même François Watteau, l’un des deux « Watteau de Lille » avec son père Louis-Joseph, un des meilleurs représentants de la peinture régionale, n’était imposé en 1790 qu’à trois livres.

     

    72A la fin du XVIIIe siècle, les sociétés de Lille et de Cambrai portaient donc les stigmates des bouleversements économiques du siècle des Lumières. Les difficultés du monde du textile ont engendré un accroissement du nombre des pauvres et des catégories populaires. L’affirmation du rôle négociant des villes, bien plus prononcée à Lille qu’à Cambrai, autorisait pourtant des réussites spectaculaires et l’introduction, au sein des élites, des bourgeois d’affaires qui, par leur besoin de consommation, encourageaient l’émergence de nombreux métiers spécialisés. La société lilloise fut écartelée d’autant que les catégories intermédiaires étaient laminées ; cette réalité duale était moins assurée à Cambrai où dominaient les catégories populaires et prolétarisées. Nul doute que ces trajectoires sociales divergentes ont influencé les inscriptions spatiales des groupes socioprofessionnels à l’intérieur des villes.

    L’espace social urbain : logique différentielle ou logique ségrégative ?

    73Deux modèles ont traditionnellement été opposés par la communauté des historiens. La logique ségrégative mise à nu à Rouen97 considère la constitution d’un véritable zonage de l’espace urbain ; le modèle différentiel reconnaît le maintien de la coexistence des groupes sociaux héritée de la « bonne ville » médiévale. Or, l’accroissement des écarts sociaux, à Lille et à Cambrai, a pesé sur les façons dont les habitants investissaient leur ville.

    1) Le maintien des cohabitations des groupes sociaux à l’intérieur de la ville à la fin du XVIIe siècle

    La résidence des élites : entre dispersion et polynucléarité

    74Sans doute y avait-il un peu d’excès de la part de Louis Trénard à considérer l’espace de l’agrandissement lillois de 1670 comme un « faubourg Saint-Germain lillois »98. En fait, l’implantation de l’élite, à Lille comme à Cambrai, n’apparaît pas confinée dans un espace bien délimité99.

    75Les élites étaient dispersées dans la ville intra-muros : 102 rues lilloises, soit 42 % des axes de la capitale flamande, accueillaient des capités à plus de 20 livres en 1695, 31 % seulement des rues à Cambrai. La moitié des gros contribuables cambrésiens résidait pourtant dans treize rues seulement ; à Lille, 61 % d’entre eux logeaient dans vingt rues.

    76L’élite nobiliaire avait ses pôles préférentiels autour des lieux de « facilités stratégiques »100, c’est-à-dire des lieux de pouvoir à caractère politique, ecclésiastique et culturel101. À Cambrai, le rang du Faucon sur la Place au Bois rassemblait cinq riches nobles attirés par la maison du Gouverneur et, non loin de là, l’hôtel de ville102 ; aux abords de l’hôtel de ville de Lille, un foyer nobiliaire important s’était aussi développé autour de la rue du Palais et de la rue des Jésuites. Le second type de pôle nobiliaire correspond aux sites marqués par la présence ecclésiastique. À Lille, « le quartier des couvents »103, coincé dans la paroisse de la Madeleine entre les Récollets, les Carmes et la Collégiale Saint-Pierre, avait su attirer les membres de la noblesse sur quelques axes de prédilection, comme la rue des Bleuets où se pressaient le baron d’Avelin, capité à 250 livres. Ces pôles de prédilection étaient hérités des siècles précédents.

    Carte no 3 - Implantation résidentielle des élites sociales à Lille et à Cambrai en 1695-96

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    77À Lille, l’agrandissement de 1670 a bouleversé la cartographie résidentielle de la noblesse qui y trouvait un espace à lotir104 : sur les axes de la Barre, Françoise et Royale, se pressaient en 1695 un quart de la noblesse lilloise ; la rue Royale, où le chevalier Diedeman de la Riandrie ou le sieur de Wambrechies ont déjà fait construire leur hôtel particulier, bénéficiait dès la fin du XVIIe siècle d’une flatteuse réputation auprès des visiteurs. La participation nobiliaire au lotissement de ce nouveau quartier montrait déjà une aspiration profonde à l’agrégation des résidences nobiliaires.

    78Quant à l’élite marchande, elle investissait le centre-ville et les axes animés. À Lille, trois zones de prédilection regroupaient l’essentiel de ces riches négociants : le centre-ville autour de la Bourse, surtout sur la Grande et la Petite Place, les rues jouxtant l’église de Saint-Maurice, et l’Est de la Petite Place à proximité du Mont-de-Piété de la rue des Lombards. Les lieux de fixation de l’élite marchande lilloise demeuraient donc traditionnellement le centre-ville, les marchés et les places de décision économique. La situation n’était pas différente à Cambrai où les négociants vivaient près des deux places.

    79L’implantation de la bourgeoisie de robe était à mi-chemin entre celle de la noblesse et celle du monde de la marchandise. Elle répondait à deux impératifs, le besoin d’être situé sur les axes les plus visités et la nécessité de résider près des lieux de leur labeur. À Cambrai, à proximité de la Grande Place au Nord de laquelle se tenait l’Hôtel de Ville, vivaient quelques dirigeants et exécutants de l’administration ; à Lille, l’institution municipale fixait aussi de nombreux robins.

    80Peu nombreuses étaient en fait les rues où ne se mêlaient pas plusieurs catégories d’élites. À Lille, la rue des Malades, marquée par l’omniprésence marchande et artisanale, regroupait cinq nobles capités à plus de 20 livres105. Les élites urbaines, installées préférentiellement dans quelques quartiers ou certaines rues, cohabitaient toujours avec des populations d’un standing fiscal inférieur.

    Des contribuables moyens omniprésents au coeur de la cité : choix de résidence et contrainte professionnelle

    81Les contribuables imposés à 5-20 livres étaient présents partout dans l’espace urbain : dispersés dans 186 rues à Lille, ils étaient repérables sur 77 % des axes de la capitale flamande, une proportion presque identique à Cambrai. La cartographie résidentielle de la « classe moyenne » n’en signale pas moins des nuances topographiques.

    82La représentation spatiale des catégories intermédiaires s’inscrit en creux sur les axes périphériques. À Lille, dans les quartiers de Saint-André et de Saint-Sauveur, leur minoration est réelle non pas sur les axes principaux, mais au niveau des rues secondaires où leur présence chute souvent sous les 30 % des capités. Les effectifs grossissaient en revanche à l’approche du poumon économique de la cité, des places et des marchés : à proximité de la Grande Place de Cambrai, nombreuses étaient les rues où plus de la moitié des capités étaient imposés à 5-20 livres. Le choix de résidence des « classes moyennes » marque donc une nette préférence pour le centre urbain alors que leur présence dans les quartiers périphériques se porte sur les axes principaux, délaissant les voies secondaires moins animées.

    83Cette topographie est liée aux contraintes professionnelles de ce groupe dominé par les petits boutiquiers et les producteurs. La nature des métiers exercés impliquait des différentiations spatiales parfois nettes. Les professions de l’alimentation étaient d’abord installées au coeur de la cité sur des axes parfois marqués par une hyperspécialisation héritée du passé médiéval : faut-il s’étonner du nombre remarquable des rôtisseurs installés dans la rue de Saint-Nicolas située à Lille près des Ponts-de-Comines où se tenait la petite boucherie. Au-delà, ces professions se rassemblaient autour des marchés : bouchers et boulangers étaient nombreux sur les rues Saint-Pierre et Saint-Pierre-Neuve à cause de la proximité du marché aux Bêtes et de la forte présence canoniale dont la satisfaction des besoins alimentaires était une aubaine. La présence nobiliaire de la paroisse de Saint-André s’accompagnait aussi de la proximité boutiquière106. Les artisans textiles étaient en revanche omniprésents dans la paroisse de Saint-Sauveur. D’autres activités étaient aussi rejetées vers la périphérie à cause de leurs nuisances : à Cambrai, les tanneurs installés dans la rue de Cantimpré, utilisaient les eaux de l’Escaut pour travailler leurs peaux.

    Carte no 4 - Implantation résidentielle des catégories intermédiaires à Lille et à Cambrai en 1695-96

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    84Concentrés autour de la Grande Place de Cambrai, négociants et financiers assuraient à ce secteur une forte identité et une grande capacité de commandement économique... et politique du fait de la présence de l’Hôtel de Ville. À Lille, si la présence de négociants près de la Bourse confirmait le rôle moteur de cet espace central, la distinction avec la sphère de décision municipale était plus nette. Les lieux de pouvoir politique étaient aussi des points de fixation pour des acteurs de la vie scabinale et judiciaire.

    Des catégories populaires rejetées dans les quartiers périphériques

    85Les catégories les moins capitées étaient partout présentes dans les rues de Lille et Cambrai, y formant souvent la majorité des contribuables : à Lille, le petit peuple composait plus de la moitié des imposés dans 76,6 % des rues. Les catégories imposées plus lourdement cohabitaient donc avec les plus humbles.

    86La répartition topographique du petit peuple s’inscrivait presque en négatif par rapport à celle des couches intermédiaires. La situation était remarquable à Lille : autour des deux principales places, ces catégories représentaient souvent moins de 30 % des capités. Il ne fallait pourtant pas s’éloigner de beaucoup du poumon économique de la ville pour pénétrer dans des rues prolétarisées107 : à Lille, à l’Ouest de la rue Esquermoise, dans la rue des Poissonceaux ou la rue de Saint-Etienne, nombreux étaient les métiers du textile, en particulier les dentellières. Dans la cité cambrésienne, la rupture était aussi brutale puisque dans les rues des Juifs et du Lombard, situées au sud de la Grande Place, se pressaient les portefaix et manouvriers.

    87En dehors de l’espace central, les couches populaires étaient moins nombreuses dans quelques rues bien typées. Les unes étaient marquées par une importante colonie nobiliaire et rentière, à l’image de la rue des Jésuites et de la rue Royale à Lille où, en dépit d’une réputation élitaire, 35 % des contribuables payaient moins de 5 livres de capitation108. Le cas n’était pas différent à Cambrai à proximité de la rue des Scachebeuvons coincée entre deux axes prolétarisés, le fond de la Madeleine et la Grande rue Aubenche. D’autres axes plus commerçants étaient également moins marqués par les catégories populaires : la rue des Ligniers à Cambrai, celles de Saint-Maurice et des Malades à Lille.

    88Des zones apparaissent en revanche comme des poches populaires. Dans la partie méridionale de Lille qui englobait la paroisse de Saint-Sauveur et une partie de celle de Saint-Maurice, la concentration de petits contribuables était forte ; c’était le royaume des artisans du textile. Il faut toutefois y distinguer plusieurs catégories de rues : les rues principales, comme celles de l’Abbiette ou de Saint-Sauveur, étaient dominées par les bourgeteurs et les dentellières, mais y subsistait un éventail socioprofessionnel assez large ; sur les axes secondaires, les activités autres que celles du textile avaient quasiment disparu ; enfin, les ouvriers et portefaix résidaient massivement dans les cours et les impasses. L’Ouest cambrésien qui embrasse l’Escaut était tout autant prolétarisé mais on y trouvait moins cette fine granulation professionnelle établie selon l’importance de la voirie.

     

    89Plus que le quartier, la rue semble donc la seule unité sociale de valeur. Certaines zones étaient socialement typées, mais dans l’ensemble, les groupes socioprofessionnels cohabitaient à l’intérieur d’une même rue. La proximité sociale existait donc que la rue fût dans une zone huppée ou dans un espace populaire. Le cadre des villes de la France du Nord ne proposait donc pas un fort zonage social, mais correspondait davantage à un espace différencié en ce sens que si une ségrégation sociale était perceptible à l’échelle du quartier, la proximité résidentielle des divers groupes sociaux était de mise au niveau de la rue109. On pouvait toutefois déjà mesurer des forces d’agrégation liées pour les uns au souci de vivre à l’écart du centre animé, pour d’autres à des contraintes professionnelles.

    2) Une tendance à l’agrégation des groupes socioprofessionnels au cours du XVIIIe siècle

    90Les rôles de capitation en 1790 ne montrent pas de profonds bouleversements de la topographie sociale de l’espace urbain, mais plutôt un espacement des rapports sociaux provoqué par les choix résidentiels des gros contribuables.

    91Un double mouvement traduit l’évolution des résidences élitaires. L’augmentation des effectifs des riches capités s’est accompagnée de leur dispersion dans l’espace urbain : dans la capitale des Flandres, ils étaient présents dans 121 rues, soit 48,8 % du semis urbain. Pourtant, la réalité cachait un processus inverse d’agrégation résidentielle des élites. À Lille, alors qu’à la fin du XVIIe siècle, seulement 37 % des gros capités vivaient dans des rues où ils représentaient plus de 10 % des contribuables, c’était le cas de 58 % d’entre eux en 1790. Ce regroupement élitaire était à peine moins prononcé à Cambrai où il concernait 52 % des capités. Cette tendance témoigne d’une prise de conscience de l’écologie urbaine : le mélange social des rues du XVIIe siècle supposait la coexistence des groupes sociaux dans un espace rapproché qui pouvait déboucher sur une familiarité que certains souhaitaient définitivement proscrire.

    Carte no 5 - Implantation résidentielle des élites sociales à Lille et à Cambrai en 1790

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    92Cette tendance était pourtant contrariée selon la condition du contribuable. Chez les riches ecclésiastiques, le regroupement spatial était flagrant. À Cambrai, le mouvement était si fort qu’on peut parler, pour le noyau organisé autour de l’archevêché, d’une zone ségréguée même si la riche population canoniale y partageait encore le flégard avec de petits artisans du textile. À Lille, l’attrait exercé par la Collégiale de Saint-Pierre sur les principaux chanoines était également forte, mais ne donnait pas lieu à une telle tendance ségrégative : dans la rue d’Angleterre, les clercs vivaient au milieu de nombreux marchands et artisans.

    93Chez les nobles, la tendance était bel et bien au repliement sur quelques « rues de prédilection »110. À Lille, à l’Ouest de l’Hôtel de Ville, la rue des Jésuites avait renforcé au cours du XVIIIe siècle sa force d’attraction auprès des gros contribuables qui représentaient 27 % des imposés. L’attrait de certains axes de Saint-André avait aussi donné naissance à un microcosme élitiste : quatre axes, les rues Royale, Française, Marais et d’Anjou, rassemblaient 294 gros contribuables111. La noblesse y voisinait toutefois avec l’échoppe : s’y sont développées des professions spécifiques comme des sculpteurs, des perruquiers ou des loueurs de carrosses. Les négociants apparaissaient en revanche peu dans ce quartier. La fusion domiciliaire des élites nobiliaires et négociantes n’existait donc pas dans ce nouvel espace112.

    94Dans la « vieille ville » de Lille, la promiscuité entre nobles et gros marchands demeurait davantage ; la noblesse anciennement installée dans ces rues y était enracinée par la possession de l’hôtel particulier. Un mouvement de départ des rues situées trop près du poumon économique de la ville était pourtant visible113 dans la rue du Palais où le comte de Roncq et le sieur Ingilliard de Bretagne étaient les derniers à résister, et surtout dans la rue Basse où le retrait des Du Chambge ou Hespel confinait à abandonner la position aux négociants et manufacturiers qui trouvaient à « s’ennoblir » dans ces rues désertées par le second ordre. À Cambrai, la noblesse avait aussi glissé vers des rues moins animées à proximité du quartier des chanoines. Installé dans l’active rue des Blancs Linceuls entre 1748 et 1774, le sieur Le Mayeur de Simencourt, prévôt de la ville de Cambrai, préféra ainsi la rue de Noyon où il côtoyait le marquis de Dion et la dame de Sucre.

    95Les résidences des négociants procédaient d’une autre stratégie dans laquelle les contraintes professionnelles imposaient un positionnement central près des principales voies d’échange. À Cambrai, la Grande Place et les rues voisines des Trois Pigeons et des Cordiers avaient une vocation marchande bien affirmée. À Lille, la situation n’était pas différente puisque la zone centrale délimitée par la rue des Jardins, la rue du Molinel, la rue du Palais et la rue Basse concentrait la majorité des gros marchands ; au-delà de ce poumon économique, les négociants apparaissaient encore sur des axes périphériques de la paroisse de Saint-André, mais aussi dans les rues les moins prolétarisées de Saint-Sauveur et de Saint-Maurice. On ne peut cependant pas en conclure à une dispersion choisie des résidences, ce bourgeonnement procédant bien plus de l’enrichissement des marchands.

     

    96En définitive, l’accroissement des écarts sociaux au XVIIIe siècle s’est inscrit dans l’espace par une différenciation plus poussée qui a abouti au glissement géographique des populations élitaires, surtout nobiliaires. Les aménagements de la distribution spatiale des groupes sociaux, au cours du siècle des Lumières, cachent toutefois une forte mobilité résidentielle114 qui concernait tout autant le petit peuple que la bourgeoisie115. Les principes d’ordonnancement spatial des groupes sociaux urbains ont par conséquent exercé une influence indéniable sur la culture de l’habitat urbain.

    Notes de bas de page

    1 F. Braudel, L’identité de la France, livre 1 : Espace et histoire, Paris, éd. Arthaud, 1986, p. 159.

    2 N. Girard d’Albissin, Genèse de la frontière franco-belge, Paris, Picard, 1970 ; F. Lentacker, La frontière franco-belge, Lille, 1973.

    3 L. Trénard, « D’une culture régionale à une culture française : Lille de 1667 à 1715 », dans G. Livet, B. Vogler éd., Pouvoir, ville et société en Europe (1650-1750), Colloque international du CNRS (Strasbourg, octobre 1981), Paris, Ophrys, 1983, p. 381-391.

    4 ADN, C 14678, Etat de la ville et châtellenie de Lille, 1670.

    5 Ces quatre seigneuries étaient celles de Cysoing appartenant aux princes d’Epinoy, de Wavrin aux comtes d’Egmont, de Comines dévolue aux ducs d’Orléans et de Phalempin.

    6 Dieudonné, Statistique du département du Nord, Douai, Merlin, 1804, p. 13.

    7 A. Eeckman, Un voyage en Flandre, Artois et Picardie en 1714 publié d’après le manuscrit du sieur Nomis, Lille, impr. Victor Ducoulombier, 1896, p. 32.

    8 Les résultats obtenus sur 91 villages classaient les sols en trois qualités : très bonne, bonne, médiocre. ADN, C 15428, Vingtièmes, Enquête sur la qualité des sols, 1750.

    9 L. Vardi, The land and the loom. Peasants and profit in Northern France. 1680-1800, Duke University Press, 1993, p. 126-127.

    10 Entre 1750 et 1790, la production céréalière a augmenté dans le Cambrésis de plus de 35 %. H. Neveux, Les grains du Cambrésis (fin du XIVe-début du XVIIIe siècle). Vie et déclin d’une structure économique, Lille, Service de Reproduction des Thèses, 1974, p. 318.

    11 G. Lefebvre, Les paysans du Nord pendant la Révolution française, Paris, A. Colin, 1972, p. 207.

    12 Le subdélégué de Cambrai qui avait commandé une enquête en 1760 reconnaissait le manque de fumier parce que les bestiaux n’étaient pas assez nombreux, faute de prairies nombreuses. ADN, C 695 bis, Enquête sur l’agriculture, 1760.

    13 H. Neveux, op. cit., p. 218-221.

    14 Dieudonné, op. cit., p. 11.

    15 A. Young, Voyage en France, 1932, t. 2, p. 548.

    16 De Boulainvilliers, Etat de la France, tome 1, Londres, T. Wood et S. Palmer, 1727, p. 340.

    17 S. Lescure, La ferme Lepoutre de Linselles dans son terroir et son contexte économique à la fin du XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1997, p. 24-35.

    18 ADN, M 641-7, Statistique, Agriculture, Mémoire sur les culture flamande par Montlinot et observations de Vantouroult, membre du conseil général, an IX. Ce mémoire a été rédigé à partir d’expériences menées en 1776.

    19 S. Lebreux, L’image de marque des provinces formant l’actuel département du Nord du XVIe au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1986.

    20 Boussingault, Le guide universel de tous les pays bas ou les dix-sept provinces, Paris, 1672, p. 18.

    21 Expilly, op. cit., p. 157 a.

    22 Nouvelle description des Pays-Bas et toutes les villes des dix-sept provinces, Cologne, A. Vanden Boom, 1669, p. 133.

    23 Voyage des dix-sept provinces des Pays-Bas, Rouen, L. Besongne, 1681, p. 21.

    24 De Boulainvilliers, op. cit., p. 341.

    25 Nouvelle description des Pays-Bas..., p. 28.

    26 Boussingault, op. cit., p. 21.

    27 Nouvelles Descriptions..., p. 28.

    28 Expilly, op. cit., tome 3, p. 161 a.

    29 Ibidem, p. 217 b.

    30 A. Eeckman, op. cit., p. 87.

    31 ADN, C 5650, Etats de population du département du Nord, 1785.

    32 Dieudonné, op. cit., t. 3, p. 286 sq.

    33 B. Lepetit, « Structures urbaines dans la France du Nord à la fin de l’Ancien Régime. L’originalité d’un modèle », dans Livre et Lumières dans les Pays-Bas français de la Contre-Réforme à la Révolution, Valenciennes, Publication du Cercle Archéologique et Historique de Valenciennes, tome X, volume 1, 1987, p. 10.

    34 J. Dupâquier, La population rurale du Bassin Parisien à l’époque de Louis XIV, Paris, EHESS, 1979, p. 154.

    35 R. Favier, Les villes du Dauphiné aux 17e et 18e siècles. La pierre et l’écrit, Grenoble, P. U. Grenoble, 1995, p. 16.

    36 M-A. Arnould, « La ville de Chièvres et sa draperie (XIVe - XVIIe siècles) », Bulletin scientifique de l’Institut supérieur de commerce de la province de Hainaut, tome 2, 12, 1954, p. 54.

    37 R. Le Mée, « Population agglomérée, population éparse au début du XIXe siècle », Annales de démographie historique, 1971, p. 460 sq.

    38 J-P. Poussou, Bordeaux et le Sud-Ouest au XVIIIe siècle. Croissance économique et attraction urbaine, Paris, EHESS, 1983, p. 207-215.

    39 B. Lepetit, Les villes dans la France moderne (1740-1840), Paris, Albin Michel, 1988, p. 141-148.

    40 P. Deyon, « Dénombrements et structures urbaines », Revue du Nord, no 210, 1971, p. 495-508.

    41 ADN, C 18609, Dénombrement de population du Cambrésis, 1716.

    42 B. Lepetit, op. cit., p. 149-154.

    43 P. Guignet, Le pouvoir dans la ville…, p. 52-55.

    44 Se reporter à la thèse intégrale de Bernard Lepetit, Armature urbaine et organisation de l’espace dans la France préindustrielle, 1740-1840, Paris I, 1987, p. 824.

    45 D. Terrier, Les deux âges de la proto-industrie. Les tisserands du Cambrésis et du Saint-Quentinois, 1730-1880, Paris, EHESS, 1996, p. 49-76 ; P. Guignet, « Adaptations, mutations et survivances proto-industrielles dans le textile du Cambrésis et du Valenciennois du XVIIIe siècle au début du XXe siècle », Revue du Nord, no 240, janvier - mars 1979, p. 27-61.

    46 A. de Saint-Léger, « La rivalité industrielle entre la ville de Lille et le plat-pays, et l’arrêt du Conseil de 1762 relatif au droit de fabriquer dans les campagnes », Annales de l’Est et du Nord, t. 2, 3, 1906, p. 367-404, et 4, p. 481-500.

    47 A. Desplanque, « Mémoires des intendants de la Flandre et du Hainaut français sous Louis XIV », B.C.H.N., t. X, 1868, p. 493.

    48 D. Terrier, op. cit., p. 35-36.

    49 D. Terrier, P. Toutain, Comines au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1977, p. 76.

    50 Histoire générale des Païs-Bas..., t. II, p. 257.

    51 Ibidem, t. II, p. 259.

    52 B. Lepetit, Les villes dans la France moderne, p. 323.

    53 Sur ce point, les recherches entreprises par B. Lepetit ont démontré l’absence d’autonomie de la route qui décalque en fait l’armature urbaine. Ibidem., p. 280-282.

    54 Ibidem, p. 284-285.

    55 B. Lepetit, Chemins de terre et voies d’eau. Réseaux de transports. Organisation de l’espace, Paris, EHESS, 1984, p. 91-97.

    56 G. Prin, La circulation dans les provinces septentrionales de la France au XVIIIe siècle : la navigation sur les canaux, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1992, p. 18-28.

    57 L. Thibaut, « Les voies navigables et l’industrialisation du Nord de la France », Revue du Nord, t. LXI, no 240, janvier - mars 1979, pp. 149-163.

    58 P. Guignet, « Contribution à l’étude des réseaux urbains : les petites villes et les bourgs du Hainaut français et du Cambrésis, fin du XVIIIe - début du XIXe siècle », dans J-P. Poussou, P. Loupès éd., Les petites villes du Moyen-Age à nos jours. Actes du colloque international de Bordeaux, 25-26 octobre 1985, Paris, 1987, p. 81-92 ; « Contribution à l’étude des réseaux urbains du Hainaut français et belge au XVIIIe siècle. Synchronismes et distorsions démographiques et fonctionnelles d’une aire de civilisation urbaine », Annales de Démographie Historique, 1992, p. 269-299. Ces études peuvent être complétées par les Actes des Journées d’études des 23 et 24 avril 1999 parus dans « Les métamorphoses des réseaux urbains dans la France du Nord de Louis XIV à nos jours », Revue du Nord, no 335-336, avril – septembre 2000.

    59 ADN, L 1858,1862, Anciens impôts directs, tableau par communes, districts de Cambrai et Lille, 1791.

    60 E. Bussière éd., Le Grand Lille, Anvers, Fonds Mercator, 2000, p. 150-151.

    61 P. Guignet, loc. cit., Revue du Nord, no 240, janvier - mars 1979, p. 27-61.

    62 P. Deyon, « La diffusion rurale des industries textiles en Flandre française à la fin de l’Ancien Régime et au début du 19e siècle », Revue du Nord, no 240, janvier - mars 1979, p. 83-95.

    63 C. Pétillon, La population de Roubaix. 1740-1889 : une croissance exceptionnelle, Université de Lille 3, Doctorat nouveau régime, 1996, p. 93.

    64 D. Terrier, op. cit., p. 138-144.

    65 G. Messager, Esquermes. Etude démographique et sociale d’un village suburbain de Lille (1737-1858), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 2000, p. 115.

    66 J-M. Goger, La politique routière en France de 1716 à 1815, EHESS, Doctorat d’Etat, 1988, p. 496-513.

    67 C. Lamarre, Petites villes et fait urbain au XVIIIe siècle. Le cas bourguignon, Dijon, EUD, 1993, p. 145.

    68 AM. Lille, 2280-2281, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Lille en 1695 ; 2352, 2369, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Lille en 1790. ADN, C 13860, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Cambrai en 1696 ; C état 258, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Cambrai, 1790.

    69 J-C. Perrot, Genèse d’une ville moderne. Caen au XVIIIe siècle, Lille, ANRT, 1974, p. 322.

    70 Cette donnée statistique rapprochait assez Lille de Paris où on dénombrait au XVIIIe siècle 1,7 % d’avocats, notaires et procureurs. Voir F. Furet, A. Daumard, Structures et relations sociales à Paris au XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, 1961, p. 45.

    71 A. Lottin, Lille, citadelle de la Contre-Réforme ? (1598-1668), Lille, Ed. des Beffrois, 1984, p. 107-141.

    72 Tiroux, Histoire de Lille et de sa châtellenie, p. 152.

    73 C’était même plus qu’à Amiens où environ 3 % de la population appartenait au premier ordre. P. Deyon, Amiens, capitale provinciale. Etude sur la société urbaine au XVIIe siècle, Paris – La Haye, Mouton, 1967, p. 263.

    74 À Chartres, la gestion des biens du chapitre cathédrale avait également suscité l’emploi de nombreux gens de service et d’hommes de loi. B. Garnot, Un déclin : Chartres au XVIIIe siècle, Paris, CTHS, 1991, p. 73-74.

    75 N. Maillard, Activité, nuptialité, migrations : les actes de mariage à Lille dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle (1750-1754, 1780-1784), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1997.

    76 F-J. Ruggiu, Les élites et les villes moyennes en France et en Angleterre (XVIIe -XVIIIe siècles), Paris, L’Harmattan, 1997, p. 195-210.

    77 Dans les petites villes bourguignonnes, les métiers de transformation étaient en revanche dominés par l’artisanat de service. Ibidem, p. 80.

    78 Au milieu du XVIIIe siècle, la structure socioprofessionnelle de Marcigny, dans le Roannais, laissait 6,9 % de ses emplois aux professions agricoles ; en revanche, les paysans formaient plus d’un tiers des actifs dans les deux tiers des villes dauphinoises. S. Dontenwill, Du terroir au pays et à la région. Les espaces sociaux en Roannais à l’époque préindustrielle (milieu du XVIIe siècle-fin du XVIIIe siècle). Essai d’histoire géographique, PU. de Saint-Etienne, 1997, p. 253, repris dans « L’élite sociale d’une petite ville française... », dans R. Plessix, J-P. Poussou, op. cit., p. 232-237 ; R. Favier, op. cit., p. 262-270.

    79 Pour Jean-Pierre Marque, « La reconstitution des hiérarchies sociales dans la société d’Ancien Régime ne pouvait se circonscrire à l’analyse de la seule hiérarchie fiscale ». J-P. Marque, Institution municipale et groupes sociaux. Gray, petite ville de province (1690-1790), Paris, Les Belles-lettres, 1979, p. 136.

    80 A. Soboul, « Sur le prélèvement féodal », A.H.R.F., 1975.

    81 Pour Régine Robin, « si la hiérarchie fiscale n’était pas le simple calque de la hiérarchie sociale, si la source fiscale déformait, distendait les écarts sociaux, cette hiérarchie était, en gros, parallèle à la première et non inversée. L’injustice fiscale est subtilement médiatisée ». R. Robin, La société française en 1789 : Semur-en-Auxois, Paris, Plon, 1970, p. 178.

    82 La cotisation de 6 livres représente pour Pierre Deyon un seuil fiscal puisque c’est à ce niveau seulement qu’apparaissaient des professions artisanales particulières. P. Deyon, op. cit., p. 245.

    83 J. Meyer éd., Histoire de Rennes, Toulouse, Privat, 1972, p. 272.

    84 E. Buriez-Hénaux, Paupérisme et assistance à Lille au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1968, p. 29-30.

    85 Comparé à Rennes, les villes de la France du Nord étaient en terme relatif moins peuplées d’une élite sociale : la capitale du Parlement de Bretagne comptait en effet 10 à 15 % de contribuables assujettis à plus de 20 livres d’impôt. P. Jarnoux, op. cit., p. 39.

    86 De ce point de vue, Lille peut être rapprochée d’Amiens où « l’élan économique du XVIIIe siècle avait accentué les écarts entre les groupes sociaux ». C. Engrand, « Mendier sa vie au XVIIIe siècle : de la résignation à la révolte (Amiens, 1764-1789) », dans Liber Amicorum. Mélanges offerts à L. Trénard, Revue du Nord, no spécial, t. LXVI, no 261-262, avril - septembre 1984, p. 527.

    87 Une minutieuse enquête effectuée par Hélène Knop-Vandambosse sur 4000 cotes de capitation bourgeoise permet de suivre ces parcours lillois en 1730, 1740, 1750, 1770 et 1780. H. Knop-Vandambosse, La bourgeoisie de Lille au XVIIIe siècle : étude socio-économique à partir des rôles de capitation (1730-1780), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1994, 278 p.

    88 La situation est différente du cas malouin où 60 % des riches contribuables n’exerçaient aucune activité professionnelle définie. A. Lespagnol, « À propos des élites urbaines dans l’Ancien Régime : l’exemple de Saint-Malo au XVIIIe siècle », B.S.H.M., avril 1974, p. 3-12.

    89 Ibidem, p. 5.

    90 G. Chaussinand-Nogaret, La noblesse au XVIIIe siècle. De la féodalité aux Lumières, Bruxelles, Complexe, 1984, p. 75-78. Cinq catégories nobiliaires ont ainsi été définies : ceux qui payaient plus de 500 livres ; les riches nobles provinciaux ; des nobles aisés imposés à 40-100 livres ; des nobles aux revenus modestes capités à plus de 10 livres ; des pauvres nobles.

    91 Du reste, la situation se confirmait à Abbeville où 51,5 % de la noblesse payait en 1784 de 20 à 100 livres de capitation ; en revanche, à Alençon, cette proportion tombait à la fin de l’Ancien Régime à 37,3 %. F-J. Ruggiu, op. cit., p. 180-182.

    92 L’étude de Marie-France Le Troadec-Perrin a démontré l’ouverture du monde des négociants lillois dont les effectifs étaient renouvelés notamment par des marchands originaires de la France du Nord comme des cités de l’Europe méditerranéenne. M-F. Le Troadec-Perrin, Les grands marchands et négociants lillois dans la première moitié du XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1968.

    93 D. Roche, Le peuple des villes. Essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, Paris, Aubier, 1981, p. 55.

    94 B. Garnot, Le peuple au siècle des Lumières. Echec d’un dressage culturel, Paris, Imigo, 1993, p. 11.

    95 Cette situation n’était guère surprenante : le niveau de vie des marchands bayeusains était nettement supérieur à celui des robins qui n’employaient en 1775 que 2,7 % des domestiques. M. El Kordi, Bayeux aux XVIIe et XVIIIe siècles. Contribution à l’histoire urbaine de la France, Paris – La Haye, Mouton, 1970, p. 61-62.

    96 Une enquête universitaire menée sur les milieux de la prostitution lilloise, étudiés à partir des registres d’entrées en maison forte tenus de 1680 à 1792, a démontré que, parmi les femmes dont la profession était mentionnée, 48,9 % des filles de joie exerçaient le métier de dentellière. M-M. Valdher, M. Obron, La prostitution à Lille (1666-1790), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1975.

    97 J-P. Bardet, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les mutations d’un espace social, Paris, SEDES, Regards sur l’Histoire, 1983, p. 238-241.

    98 L. Trénard, Lille sous Louis XIV, Journées franco-belge, p. 41.

    99 La situation était différente à Rennes où l’élite était plus nombreuse. Le rôle de capitation de 1709 montrait en effet une différenciation spatiale très marquée. P. Jarnoux, op. cit., p. 87-98.

    100 J. Langton, « Residential Patterns in Pre-Industrial Cities : Some case studies from seventeenth century Britain », dans J. Barry éd., Tudor and Stuart town, a reader in english history : 1530-1688, Londres, Longman, 1990, p. 181.

    101 F-J. Ruggiu, op. cit., p. 214-223.

    102 À Millau, la plupart des résidences nobiliaires se situaient dans la rue Peyrollerie, appelée au XVIIIe siècle « rue des Nobles », à proximité de l’Hôtel de Ville. J. Frayssenge, Millau, une ville du Rouergue sous l’Ancien Régime (1668-1789). Société catholique et société protestante, Millau, Libr. Trémolet, 1990, p. 297.

    103 A. de Saint-Léger, op. cit., p. 398 sq.

    104 À Alençon, le succès du lotissement aristocratique de la paroisse de Saint-André diffère de celui du Grand Parc où la noblesse refusa de s’installer, préférant demeurer dans son cadre médiéval. F-J. Ruggiu, op. cit., p. 216-217.

    105 Ce mélange résidentiel des élites de tous horizons contrarie les conclusions de F-J. Ruggiu qui indique que « les rues à haute densité nobiliaire étaient donc généralement à basse densité marchande ou juridique ». Ibidem, p. 233.

    106 Natacha Coquery a démontré que l’hôtel particulier était un lieu de consommation mettant en jeu un nombre important de gens de négoce et de boutique. N. Coquery, L’hôtel aristocratique. Le marché du luxe à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 31-85.

    107 À Amiens, les contrastes socio-topographiques n’étaient pas différents puisque « au hasard d’un croisement, on laisse soudain derrière soi les maisons bourgeoises, pour s’engager dans des ruelles misérables où travaillent le savetier, le cordier et les fileuses, où habitent le manœuvrier et le portefaix ». P. Deyon, op. cit., p. 186.

    108 À Abbeville, la cohabitation de l’aristocratie avec les éléments les plus pauvres était également courante, en particulier derrière la rue Saint-Gilles où la majorité de la population était même exemptée en raison de son dénuement. F-J. Ruggiu, op. cit., p. 233.

    109 Les situations de Lille et de Cambrai peuvent être rapprochées du cas strasbourgeois où, en dépit d’une nette ségrégation entre un centre densément peuplé d’habitants bien intégrés dans la société urbaine et une périphérie qui était le refuge de la précarité, certaines rues, comme la Grand’rue longue de 800 mètres, présentaient une grande hétérogénéité des activités et des conditions qui démentait la règle générale. Voir M-N. Hatt-Diener, « Vivre à Strasbourg à la fin de l’Ancien Régime », dans A. Fourcaut éd., La ville divisée. Les ségrégations urbaines en question. France. XVIIIe-XXe siècles, Actes du Colloque de l’ENS de Saint-Cloud (27-28 janvier 1994), Grâne, Créaphis, 1994, p. 35-46.

    110 F-J. Ruggiu, op. cit., p. 228-234.

    111 Claude Nières a également remarqué que dans les villes à quartiers nouveaux, comme Nantes et Saint-Malo, une partie des couches aisées s’y transportaient quand il s’agissait de maisons confortables et de lotissements de prestige. C. Nières, op. cit., p. 599.

    112 À Bordeaux, les implantations nobiliaires obéissaient aussi à une géographie urbaine précise : l’aristocratie semblait en effet tourner le dos à la Garonne dont les rives étaient traditionnellement réservées aux marchands et au négoce, préférant les paroisses du centre-ville ou la périphérie immédiate. M. Figeac, Destins de la noblesse bordelaise (1770-1830), Bordeaux, Fédération Historique du Sud-Ouest, 1996, p. 44-51.

    113 La haute société anversoise abandonnait également au XVIIIe siècle le centre médiéval pour les grands axes de sortie. R. Baetens, B. Blondé, « Habiter la ville : la culture de l’habitat urbain », dans J. van Stock éd., La ville en Flandre. Culture et société (1477-1787), Bruxelles, Crédit Communal, 1991, p. 59-70.

    114 Dans la rue des Malades, un grand axe marchand et artisanal lillois, 19,4 % des personnes y ayant résidé de 1724 à 1789 n’y étaient demeurées qu’une seule année. L. Lemaître, La rue des Malades à Lille au XVIIIe siècle (1723-1790), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1996, p. 236-240.

    115 Une étude menée à Lille d’après les rôles de capitation de 1730 à 1790 a démontré que 42 % des bourgeois capités à plus de 50 livres avaient déménagé au moins une fois, le plus souvent au sein de la même paroisse ou pour un quartier voisin. H. Vandambosse, La bourgeoisie à Lille au XVIIIe siècle : étude socio-économique à partir des rôles de capitation (1730-1780), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1994, p. 230-267 ; repris dans « Distribution spatiale et mobilité résidentielle de la bourgeoisie lilloise au XVIIIe siècle », Revue du Nord, no 320-321, avril - septembre 1997, p. 429-445.

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    1 F. Braudel, L’identité de la France, livre 1 : Espace et histoire, Paris, éd. Arthaud, 1986, p. 159.

    2 N. Girard d’Albissin, Genèse de la frontière franco-belge, Paris, Picard, 1970 ; F. Lentacker, La frontière franco-belge, Lille, 1973.

    3 L. Trénard, « D’une culture régionale à une culture française : Lille de 1667 à 1715 », dans G. Livet, B. Vogler éd., Pouvoir, ville et société en Europe (1650-1750), Colloque international du CNRS (Strasbourg, octobre 1981), Paris, Ophrys, 1983, p. 381-391.

    4 ADN, C 14678, Etat de la ville et châtellenie de Lille, 1670.

    5 Ces quatre seigneuries étaient celles de Cysoing appartenant aux princes d’Epinoy, de Wavrin aux comtes d’Egmont, de Comines dévolue aux ducs d’Orléans et de Phalempin.

    6 Dieudonné, Statistique du département du Nord, Douai, Merlin, 1804, p. 13.

    7 A. Eeckman, Un voyage en Flandre, Artois et Picardie en 1714 publié d’après le manuscrit du sieur Nomis, Lille, impr. Victor Ducoulombier, 1896, p. 32.

    8 Les résultats obtenus sur 91 villages classaient les sols en trois qualités : très bonne, bonne, médiocre. ADN, C 15428, Vingtièmes, Enquête sur la qualité des sols, 1750.

    9 L. Vardi, The land and the loom. Peasants and profit in Northern France. 1680-1800, Duke University Press, 1993, p. 126-127.

    10 Entre 1750 et 1790, la production céréalière a augmenté dans le Cambrésis de plus de 35 %. H. Neveux, Les grains du Cambrésis (fin du XIVe-début du XVIIIe siècle). Vie et déclin d’une structure économique, Lille, Service de Reproduction des Thèses, 1974, p. 318.

    11 G. Lefebvre, Les paysans du Nord pendant la Révolution française, Paris, A. Colin, 1972, p. 207.

    12 Le subdélégué de Cambrai qui avait commandé une enquête en 1760 reconnaissait le manque de fumier parce que les bestiaux n’étaient pas assez nombreux, faute de prairies nombreuses. ADN, C 695 bis, Enquête sur l’agriculture, 1760.

    13 H. Neveux, op. cit., p. 218-221.

    14 Dieudonné, op. cit., p. 11.

    15 A. Young, Voyage en France, 1932, t. 2, p. 548.

    16 De Boulainvilliers, Etat de la France, tome 1, Londres, T. Wood et S. Palmer, 1727, p. 340.

    17 S. Lescure, La ferme Lepoutre de Linselles dans son terroir et son contexte économique à la fin du XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1997, p. 24-35.

    18 ADN, M 641-7, Statistique, Agriculture, Mémoire sur les culture flamande par Montlinot et observations de Vantouroult, membre du conseil général, an IX. Ce mémoire a été rédigé à partir d’expériences menées en 1776.

    19 S. Lebreux, L’image de marque des provinces formant l’actuel département du Nord du XVIe au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1986.

    20 Boussingault, Le guide universel de tous les pays bas ou les dix-sept provinces, Paris, 1672, p. 18.

    21 Expilly, op. cit., p. 157 a.

    22 Nouvelle description des Pays-Bas et toutes les villes des dix-sept provinces, Cologne, A. Vanden Boom, 1669, p. 133.

    23 Voyage des dix-sept provinces des Pays-Bas, Rouen, L. Besongne, 1681, p. 21.

    24 De Boulainvilliers, op. cit., p. 341.

    25 Nouvelle description des Pays-Bas..., p. 28.

    26 Boussingault, op. cit., p. 21.

    27 Nouvelles Descriptions..., p. 28.

    28 Expilly, op. cit., tome 3, p. 161 a.

    29 Ibidem, p. 217 b.

    30 A. Eeckman, op. cit., p. 87.

    31 ADN, C 5650, Etats de population du département du Nord, 1785.

    32 Dieudonné, op. cit., t. 3, p. 286 sq.

    33 B. Lepetit, « Structures urbaines dans la France du Nord à la fin de l’Ancien Régime. L’originalité d’un modèle », dans Livre et Lumières dans les Pays-Bas français de la Contre-Réforme à la Révolution, Valenciennes, Publication du Cercle Archéologique et Historique de Valenciennes, tome X, volume 1, 1987, p. 10.

    34 J. Dupâquier, La population rurale du Bassin Parisien à l’époque de Louis XIV, Paris, EHESS, 1979, p. 154.

    35 R. Favier, Les villes du Dauphiné aux 17e et 18e siècles. La pierre et l’écrit, Grenoble, P. U. Grenoble, 1995, p. 16.

    36 M-A. Arnould, « La ville de Chièvres et sa draperie (XIVe - XVIIe siècles) », Bulletin scientifique de l’Institut supérieur de commerce de la province de Hainaut, tome 2, 12, 1954, p. 54.

    37 R. Le Mée, « Population agglomérée, population éparse au début du XIXe siècle », Annales de démographie historique, 1971, p. 460 sq.

    38 J-P. Poussou, Bordeaux et le Sud-Ouest au XVIIIe siècle. Croissance économique et attraction urbaine, Paris, EHESS, 1983, p. 207-215.

    39 B. Lepetit, Les villes dans la France moderne (1740-1840), Paris, Albin Michel, 1988, p. 141-148.

    40 P. Deyon, « Dénombrements et structures urbaines », Revue du Nord, no 210, 1971, p. 495-508.

    41 ADN, C 18609, Dénombrement de population du Cambrésis, 1716.

    42 B. Lepetit, op. cit., p. 149-154.

    43 P. Guignet, Le pouvoir dans la ville…, p. 52-55.

    44 Se reporter à la thèse intégrale de Bernard Lepetit, Armature urbaine et organisation de l’espace dans la France préindustrielle, 1740-1840, Paris I, 1987, p. 824.

    45 D. Terrier, Les deux âges de la proto-industrie. Les tisserands du Cambrésis et du Saint-Quentinois, 1730-1880, Paris, EHESS, 1996, p. 49-76 ; P. Guignet, « Adaptations, mutations et survivances proto-industrielles dans le textile du Cambrésis et du Valenciennois du XVIIIe siècle au début du XXe siècle », Revue du Nord, no 240, janvier - mars 1979, p. 27-61.

    46 A. de Saint-Léger, « La rivalité industrielle entre la ville de Lille et le plat-pays, et l’arrêt du Conseil de 1762 relatif au droit de fabriquer dans les campagnes », Annales de l’Est et du Nord, t. 2, 3, 1906, p. 367-404, et 4, p. 481-500.

    47 A. Desplanque, « Mémoires des intendants de la Flandre et du Hainaut français sous Louis XIV », B.C.H.N., t. X, 1868, p. 493.

    48 D. Terrier, op. cit., p. 35-36.

    49 D. Terrier, P. Toutain, Comines au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1977, p. 76.

    50 Histoire générale des Païs-Bas..., t. II, p. 257.

    51 Ibidem, t. II, p. 259.

    52 B. Lepetit, Les villes dans la France moderne, p. 323.

    53 Sur ce point, les recherches entreprises par B. Lepetit ont démontré l’absence d’autonomie de la route qui décalque en fait l’armature urbaine. Ibidem., p. 280-282.

    54 Ibidem, p. 284-285.

    55 B. Lepetit, Chemins de terre et voies d’eau. Réseaux de transports. Organisation de l’espace, Paris, EHESS, 1984, p. 91-97.

    56 G. Prin, La circulation dans les provinces septentrionales de la France au XVIIIe siècle : la navigation sur les canaux, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1992, p. 18-28.

    57 L. Thibaut, « Les voies navigables et l’industrialisation du Nord de la France », Revue du Nord, t. LXI, no 240, janvier - mars 1979, pp. 149-163.

    58 P. Guignet, « Contribution à l’étude des réseaux urbains : les petites villes et les bourgs du Hainaut français et du Cambrésis, fin du XVIIIe - début du XIXe siècle », dans J-P. Poussou, P. Loupès éd., Les petites villes du Moyen-Age à nos jours. Actes du colloque international de Bordeaux, 25-26 octobre 1985, Paris, 1987, p. 81-92 ; « Contribution à l’étude des réseaux urbains du Hainaut français et belge au XVIIIe siècle. Synchronismes et distorsions démographiques et fonctionnelles d’une aire de civilisation urbaine », Annales de Démographie Historique, 1992, p. 269-299. Ces études peuvent être complétées par les Actes des Journées d’études des 23 et 24 avril 1999 parus dans « Les métamorphoses des réseaux urbains dans la France du Nord de Louis XIV à nos jours », Revue du Nord, no 335-336, avril – septembre 2000.

    59 ADN, L 1858,1862, Anciens impôts directs, tableau par communes, districts de Cambrai et Lille, 1791.

    60 E. Bussière éd., Le Grand Lille, Anvers, Fonds Mercator, 2000, p. 150-151.

    61 P. Guignet, loc. cit., Revue du Nord, no 240, janvier - mars 1979, p. 27-61.

    62 P. Deyon, « La diffusion rurale des industries textiles en Flandre française à la fin de l’Ancien Régime et au début du 19e siècle », Revue du Nord, no 240, janvier - mars 1979, p. 83-95.

    63 C. Pétillon, La population de Roubaix. 1740-1889 : une croissance exceptionnelle, Université de Lille 3, Doctorat nouveau régime, 1996, p. 93.

    64 D. Terrier, op. cit., p. 138-144.

    65 G. Messager, Esquermes. Etude démographique et sociale d’un village suburbain de Lille (1737-1858), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 2000, p. 115.

    66 J-M. Goger, La politique routière en France de 1716 à 1815, EHESS, Doctorat d’Etat, 1988, p. 496-513.

    67 C. Lamarre, Petites villes et fait urbain au XVIIIe siècle. Le cas bourguignon, Dijon, EUD, 1993, p. 145.

    68 AM. Lille, 2280-2281, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Lille en 1695 ; 2352, 2369, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Lille en 1790. ADN, C 13860, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Cambrai en 1696 ; C état 258, Rôle de capitation de la ville et banlieue de Cambrai, 1790.

    69 J-C. Perrot, Genèse d’une ville moderne. Caen au XVIIIe siècle, Lille, ANRT, 1974, p. 322.

    70 Cette donnée statistique rapprochait assez Lille de Paris où on dénombrait au XVIIIe siècle 1,7 % d’avocats, notaires et procureurs. Voir F. Furet, A. Daumard, Structures et relations sociales à Paris au XVIIIe siècle, Paris, A. Colin, 1961, p. 45.

    71 A. Lottin, Lille, citadelle de la Contre-Réforme ? (1598-1668), Lille, Ed. des Beffrois, 1984, p. 107-141.

    72 Tiroux, Histoire de Lille et de sa châtellenie, p. 152.

    73 C’était même plus qu’à Amiens où environ 3 % de la population appartenait au premier ordre. P. Deyon, Amiens, capitale provinciale. Etude sur la société urbaine au XVIIe siècle, Paris – La Haye, Mouton, 1967, p. 263.

    74 À Chartres, la gestion des biens du chapitre cathédrale avait également suscité l’emploi de nombreux gens de service et d’hommes de loi. B. Garnot, Un déclin : Chartres au XVIIIe siècle, Paris, CTHS, 1991, p. 73-74.

    75 N. Maillard, Activité, nuptialité, migrations : les actes de mariage à Lille dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle (1750-1754, 1780-1784), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1997.

    76 F-J. Ruggiu, Les élites et les villes moyennes en France et en Angleterre (XVIIe -XVIIIe siècles), Paris, L’Harmattan, 1997, p. 195-210.

    77 Dans les petites villes bourguignonnes, les métiers de transformation étaient en revanche dominés par l’artisanat de service. Ibidem, p. 80.

    78 Au milieu du XVIIIe siècle, la structure socioprofessionnelle de Marcigny, dans le Roannais, laissait 6,9 % de ses emplois aux professions agricoles ; en revanche, les paysans formaient plus d’un tiers des actifs dans les deux tiers des villes dauphinoises. S. Dontenwill, Du terroir au pays et à la région. Les espaces sociaux en Roannais à l’époque préindustrielle (milieu du XVIIe siècle-fin du XVIIIe siècle). Essai d’histoire géographique, PU. de Saint-Etienne, 1997, p. 253, repris dans « L’élite sociale d’une petite ville française... », dans R. Plessix, J-P. Poussou, op. cit., p. 232-237 ; R. Favier, op. cit., p. 262-270.

    79 Pour Jean-Pierre Marque, « La reconstitution des hiérarchies sociales dans la société d’Ancien Régime ne pouvait se circonscrire à l’analyse de la seule hiérarchie fiscale ». J-P. Marque, Institution municipale et groupes sociaux. Gray, petite ville de province (1690-1790), Paris, Les Belles-lettres, 1979, p. 136.

    80 A. Soboul, « Sur le prélèvement féodal », A.H.R.F., 1975.

    81 Pour Régine Robin, « si la hiérarchie fiscale n’était pas le simple calque de la hiérarchie sociale, si la source fiscale déformait, distendait les écarts sociaux, cette hiérarchie était, en gros, parallèle à la première et non inversée. L’injustice fiscale est subtilement médiatisée ». R. Robin, La société française en 1789 : Semur-en-Auxois, Paris, Plon, 1970, p. 178.

    82 La cotisation de 6 livres représente pour Pierre Deyon un seuil fiscal puisque c’est à ce niveau seulement qu’apparaissaient des professions artisanales particulières. P. Deyon, op. cit., p. 245.

    83 J. Meyer éd., Histoire de Rennes, Toulouse, Privat, 1972, p. 272.

    84 E. Buriez-Hénaux, Paupérisme et assistance à Lille au XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1968, p. 29-30.

    85 Comparé à Rennes, les villes de la France du Nord étaient en terme relatif moins peuplées d’une élite sociale : la capitale du Parlement de Bretagne comptait en effet 10 à 15 % de contribuables assujettis à plus de 20 livres d’impôt. P. Jarnoux, op. cit., p. 39.

    86 De ce point de vue, Lille peut être rapprochée d’Amiens où « l’élan économique du XVIIIe siècle avait accentué les écarts entre les groupes sociaux ». C. Engrand, « Mendier sa vie au XVIIIe siècle : de la résignation à la révolte (Amiens, 1764-1789) », dans Liber Amicorum. Mélanges offerts à L. Trénard, Revue du Nord, no spécial, t. LXVI, no 261-262, avril - septembre 1984, p. 527.

    87 Une minutieuse enquête effectuée par Hélène Knop-Vandambosse sur 4000 cotes de capitation bourgeoise permet de suivre ces parcours lillois en 1730, 1740, 1750, 1770 et 1780. H. Knop-Vandambosse, La bourgeoisie de Lille au XVIIIe siècle : étude socio-économique à partir des rôles de capitation (1730-1780), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1994, 278 p.

    88 La situation est différente du cas malouin où 60 % des riches contribuables n’exerçaient aucune activité professionnelle définie. A. Lespagnol, « À propos des élites urbaines dans l’Ancien Régime : l’exemple de Saint-Malo au XVIIIe siècle », B.S.H.M., avril 1974, p. 3-12.

    89 Ibidem, p. 5.

    90 G. Chaussinand-Nogaret, La noblesse au XVIIIe siècle. De la féodalité aux Lumières, Bruxelles, Complexe, 1984, p. 75-78. Cinq catégories nobiliaires ont ainsi été définies : ceux qui payaient plus de 500 livres ; les riches nobles provinciaux ; des nobles aisés imposés à 40-100 livres ; des nobles aux revenus modestes capités à plus de 10 livres ; des pauvres nobles.

    91 Du reste, la situation se confirmait à Abbeville où 51,5 % de la noblesse payait en 1784 de 20 à 100 livres de capitation ; en revanche, à Alençon, cette proportion tombait à la fin de l’Ancien Régime à 37,3 %. F-J. Ruggiu, op. cit., p. 180-182.

    92 L’étude de Marie-France Le Troadec-Perrin a démontré l’ouverture du monde des négociants lillois dont les effectifs étaient renouvelés notamment par des marchands originaires de la France du Nord comme des cités de l’Europe méditerranéenne. M-F. Le Troadec-Perrin, Les grands marchands et négociants lillois dans la première moitié du XVIIIe siècle, Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1968.

    93 D. Roche, Le peuple des villes. Essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, Paris, Aubier, 1981, p. 55.

    94 B. Garnot, Le peuple au siècle des Lumières. Echec d’un dressage culturel, Paris, Imigo, 1993, p. 11.

    95 Cette situation n’était guère surprenante : le niveau de vie des marchands bayeusains était nettement supérieur à celui des robins qui n’employaient en 1775 que 2,7 % des domestiques. M. El Kordi, Bayeux aux XVIIe et XVIIIe siècles. Contribution à l’histoire urbaine de la France, Paris – La Haye, Mouton, 1970, p. 61-62.

    96 Une enquête universitaire menée sur les milieux de la prostitution lilloise, étudiés à partir des registres d’entrées en maison forte tenus de 1680 à 1792, a démontré que, parmi les femmes dont la profession était mentionnée, 48,9 % des filles de joie exerçaient le métier de dentellière. M-M. Valdher, M. Obron, La prostitution à Lille (1666-1790), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1975.

    97 J-P. Bardet, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les mutations d’un espace social, Paris, SEDES, Regards sur l’Histoire, 1983, p. 238-241.

    98 L. Trénard, Lille sous Louis XIV, Journées franco-belge, p. 41.

    99 La situation était différente à Rennes où l’élite était plus nombreuse. Le rôle de capitation de 1709 montrait en effet une différenciation spatiale très marquée. P. Jarnoux, op. cit., p. 87-98.

    100 J. Langton, « Residential Patterns in Pre-Industrial Cities : Some case studies from seventeenth century Britain », dans J. Barry éd., Tudor and Stuart town, a reader in english history : 1530-1688, Londres, Longman, 1990, p. 181.

    101 F-J. Ruggiu, op. cit., p. 214-223.

    102 À Millau, la plupart des résidences nobiliaires se situaient dans la rue Peyrollerie, appelée au XVIIIe siècle « rue des Nobles », à proximité de l’Hôtel de Ville. J. Frayssenge, Millau, une ville du Rouergue sous l’Ancien Régime (1668-1789). Société catholique et société protestante, Millau, Libr. Trémolet, 1990, p. 297.

    103 A. de Saint-Léger, op. cit., p. 398 sq.

    104 À Alençon, le succès du lotissement aristocratique de la paroisse de Saint-André diffère de celui du Grand Parc où la noblesse refusa de s’installer, préférant demeurer dans son cadre médiéval. F-J. Ruggiu, op. cit., p. 216-217.

    105 Ce mélange résidentiel des élites de tous horizons contrarie les conclusions de F-J. Ruggiu qui indique que « les rues à haute densité nobiliaire étaient donc généralement à basse densité marchande ou juridique ». Ibidem, p. 233.

    106 Natacha Coquery a démontré que l’hôtel particulier était un lieu de consommation mettant en jeu un nombre important de gens de négoce et de boutique. N. Coquery, L’hôtel aristocratique. Le marché du luxe à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 31-85.

    107 À Amiens, les contrastes socio-topographiques n’étaient pas différents puisque « au hasard d’un croisement, on laisse soudain derrière soi les maisons bourgeoises, pour s’engager dans des ruelles misérables où travaillent le savetier, le cordier et les fileuses, où habitent le manœuvrier et le portefaix ». P. Deyon, op. cit., p. 186.

    108 À Abbeville, la cohabitation de l’aristocratie avec les éléments les plus pauvres était également courante, en particulier derrière la rue Saint-Gilles où la majorité de la population était même exemptée en raison de son dénuement. F-J. Ruggiu, op. cit., p. 233.

    109 Les situations de Lille et de Cambrai peuvent être rapprochées du cas strasbourgeois où, en dépit d’une nette ségrégation entre un centre densément peuplé d’habitants bien intégrés dans la société urbaine et une périphérie qui était le refuge de la précarité, certaines rues, comme la Grand’rue longue de 800 mètres, présentaient une grande hétérogénéité des activités et des conditions qui démentait la règle générale. Voir M-N. Hatt-Diener, « Vivre à Strasbourg à la fin de l’Ancien Régime », dans A. Fourcaut éd., La ville divisée. Les ségrégations urbaines en question. France. XVIIIe-XXe siècles, Actes du Colloque de l’ENS de Saint-Cloud (27-28 janvier 1994), Grâne, Créaphis, 1994, p. 35-46.

    110 F-J. Ruggiu, op. cit., p. 228-234.

    111 Claude Nières a également remarqué que dans les villes à quartiers nouveaux, comme Nantes et Saint-Malo, une partie des couches aisées s’y transportaient quand il s’agissait de maisons confortables et de lotissements de prestige. C. Nières, op. cit., p. 599.

    112 À Bordeaux, les implantations nobiliaires obéissaient aussi à une géographie urbaine précise : l’aristocratie semblait en effet tourner le dos à la Garonne dont les rives étaient traditionnellement réservées aux marchands et au négoce, préférant les paroisses du centre-ville ou la périphérie immédiate. M. Figeac, Destins de la noblesse bordelaise (1770-1830), Bordeaux, Fédération Historique du Sud-Ouest, 1996, p. 44-51.

    113 La haute société anversoise abandonnait également au XVIIIe siècle le centre médiéval pour les grands axes de sortie. R. Baetens, B. Blondé, « Habiter la ville : la culture de l’habitat urbain », dans J. van Stock éd., La ville en Flandre. Culture et société (1477-1787), Bruxelles, Crédit Communal, 1991, p. 59-70.

    114 Dans la rue des Malades, un grand axe marchand et artisanal lillois, 19,4 % des personnes y ayant résidé de 1724 à 1789 n’y étaient demeurées qu’une seule année. L. Lemaître, La rue des Malades à Lille au XVIIIe siècle (1723-1790), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1996, p. 236-240.

    115 Une étude menée à Lille d’après les rôles de capitation de 1730 à 1790 a démontré que 42 % des bourgeois capités à plus de 50 livres avaient déménagé au moins une fois, le plus souvent au sein de la même paroisse ou pour un quartier voisin. H. Vandambosse, La bourgeoisie à Lille au XVIIIe siècle : étude socio-économique à partir des rôles de capitation (1730-1780), Université de Lille 3, mémoire de maîtrise, 1994, p. 230-267 ; repris dans « Distribution spatiale et mobilité résidentielle de la bourgeoisie lilloise au XVIIIe siècle », Revue du Nord, no 320-321, avril - septembre 1997, p. 429-445.

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    Vigneron, Sylvain. « Chapitre premier. Des espaces diversement organisés par les villes ». In La pierre et la terre. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2007. doi:10.4000/books.septentrion.56783.
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