Introduction
p. 15-31
Texte intégral
1L’étude d’un quartier, qu’elle prenne la forme d’une enquête autour d’une population, d’un habitat, de réseaux de sociabilité, d’une économie locale ou d’un espace urbain, pose la question de la nature des phénomènes historiques que l’on souhaite mettre en évidence. Le fait est rarement énoncé de cette façon car il semble aller de soi. En consacrant une recherche à un quartier ouvrier d’une ville industrielle française, anglaise ou de l’Italie du Nord à l’époque contemporaine, on souhaite aussi suivre au plus près les effets sur les pratiques et sur les parcours individuels ou collectifs, sur les manières d’habiter ou de s’approprier l’espace urbain, de processus majeurs qui transforment en profondeur l’ensemble de ces sociétés.
2Une première question se pose donc : que signifie le choix des habitants du quartier d’Alcântara ? L’étude de la population d’un espace industrialisé du Lisbonne des premières décennies du XXe siècle pourrait en effet apparaître comme un projet doublement périphérique. À cette époque le Portugal semble se situer en marge des grands bouleversements économiques et sociaux européens, provoqués par les processus plus ou moins conjugués de l’industrialisation et de l’urbanisation à grande échelle. Par ailleurs, dans un pays encore largement dominé par un monde rural qui impose ses structures et son rythme à une économie fragile, un tel espace pourrait être associé à un milieu atypique dont l’étude déboucherait sur des problématiques secondaires par rapport à l’évolution d’ensemble de la société portugaise. Autrement dit, l’étude d’un quartier industriel de la capitale d’un pays lui-même faiblement industrialisé pose-t-elle des problèmes spécifiques ? C’est donc par un questionnement sur la singularité du cas des habitants d’Alcântara que s’ouvre cette recherche.
1. L’expérience portugaise
3Fallait-il me démarquer de l’héritage historiographique ? Un premier bilan des connaissances débouche en effet sur une vague impression d’une double spécificité de la société portugaise contemporaine d’une part, et de l’espace lisboète par rapport à l’ensemble de cette société d’autre part. Jusque récemment, l’historiographie portugaise était fortement structurée autour de deux axes dont il est encore aujourd’hui difficile d’ignorer l’orientation. Le premier est d’ordre comparatiste : la société portugaise est analysée en fonction de ses ressemblances et de ses divergences avec les autres sociétés européennes. C’est le thème du retard et de l’échec de la modernisation économique mais aussi politique du pays qui est alors abordé. Le deuxième est d’ordre déterministe : il vise à expliquer ce retard par l’analyse des structures économiques et sociales, des modes de pensée et des façons d’agir qui auraient fait du Portugal, au seuil du XXe siècle, l’un des pays les plus pauvres d’Europe prêt à sombrer dans un demi-siècle de dictature. Dès lors, les modèles qui décrivent l’évolution des sociétés industrialisées – les transformations des modes de production, les mutations sociales et les changements internes au monde ouvrier, l’importance des mobilités sociales et résidentielles – sont-ils toujours valables pour la société portugaise ? Que recouvre la notion de pays semi-périphérique, quand il s’agit d’étudier l’évolution de sociétés urbaines ? La notion même de contexte national doit-elle être remise en cause ?
Contexte national et espace local
4Le retard économique du Portugal, c’est d’abord une réalité à l’échelle nationale. L’industrialisation et le développement économique de l’Europe ont créé de fortes disparités régionales. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, l’écart entre le Portugal et le reste des pays européens se creuse. En 1860, le produit national brut par habitant au Portugal correspondait à 75 % du PNB par habitant en France. En 1913 cette proportion n’était plus que de 42 %1. Durant ces quelques décennies, le Portugal décroche par rapport à des pays qui avaient atteint au milieu du XIXe siècle des niveaux de développement comparables : en 1860, le PNB par habitant du Portugal correspondait à 93 % de celui enregistré au Danemark, en 1913 il n’était plus que de 34 %2. Quels que soient les indicateurs choisis, les performances de l’économie portugaise à la veille de la Première Guerre mondiale dénoncent un retard dans le développement global du pays par rapport à la moyenne européenne : trois fois moins de kilomètres de chemin de fer par kilomètre carré ; une consommation de coton deux fois plus faible ; des consommations de fer et de charbon moyennes par habitant près de huit fois inférieures3. À cette époque, environ 60 % de la population active portugaise travaillait dans le secteur agricole, le reste étant réparti en parts pratiquement égales entre le secteur industriel et les services. La valeur de la production agricole représentait alors environ le double de la valeur de la production industrielle4. A l’heure actuelle la tendance est cependant à relativiser l’idée d’échec de la modernisation de l’économie portugaise5. À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le Portugal connut en fin de compte un processus d’industrialisation continu et régulier qui s’inscrivit dans un contexte de croissance « douce mais soutenue »6.
5Le thème du retard dans le processus d’industrialisation de la société portugaise empêche de penser les pôles de modernité autrement que comme des centres isolés. Ce seul point de vue macroéconomique permet-il de rendre compte des transformations de la société portugaise durant la seconde moitié du XIXe siècle ? Ici se pose la question du mode de construction des savoirs sur le Portugal contemporain et donc de la manière dont s’est écrite l’histoire sociale de ce pays. L’approche macroéconomique tient aujourd’hui une grande place dans la recherche historique sur cette période. Il existe là un effet cumulatif à partir de travaux importants qui ont abordé ces questions dans les années 1960 et 1970, et autour desquels s’organisent encore les débats universitaires actuels7. Au-delà des choix individuels d’une nouvelle génération de chercheurs influencés par l’historiographie anglo-saxonne, l’étude de l’économie et de la société portugaise à l’échelle nationale s’est naturellement imposée comme un courant majeur de l’historiographie portugaise contemporaine parce qu’elle soulève des problématiques cruciales pour comprendre l’évolution de ce pays durant les deux derniers siècles. Mais un facteur spécifique au travail de l’historien a aussi fortement conditionné l’orientation générale de la discipline. Il s’agit de la nature des sources mobilisées. Ces études furent menées à bien essentiellement grâce à l’examen de données quantitatives ou qualitatives officielles – rapports ou enquêtes imprimés et la plupart du temps d’origine gouvernementale. L’usage intensif de cette documentation a introduit deux types de biais. Le premier est bien connu, il touche à l’interprétation de séries statistiques qui reflètent l’idéologie et les modes de pensée du pouvoir politique. Le second, moins souvent évoqué, concerne l’échelle d’analyse. Le cadre national n’est pas choisi comme espace de référence, il est imposé. Les données recueillies permettent rarement de rendre compte de la diversité des situations locales. Cette limite constitue bien un biais car elle entre en conflit avec un aspect majeur du processus d’industrialisation, à savoir son caractère régional. Bien sûr on ne peut nier l’importance des espaces nationaux qui ont une homogénéité juridique, monétaire, douanière ou diplomatique8. Mais même dans les pays les plus avancés, l’industrialisation a rarement été un phénomène homogène. Il a au contraire toujours connu de fortes disparités régionales : d’où l’idée que la perception macroéconomique nationale est mal adaptée pour saisir « un phénomène polarisé à la fois spatialement et sectoriellement »9.
6Ainsi la diversité des fonctions économiques et des niveaux d’industrialisation du territoire portugais n’est pas en soi un problème. L’hétérogénéité des modes d’industrialisation et leurs inégales distributions géographiques est une chose acquise10. Le phénomène n’a rien de spécifique au Portugal, il est sans doute seulement plus accentué dans les pays moins industrialisés11. Étudier un espace lisboète uniquement en fonction de sa singularité par rapport au contexte national ne semble donc pas pertinent. Les grilles d’analyse macroéconomique qui opposent, à l’échelle européenne, périphérie et centralité, archaïsme et modernité, ou qui classent les pays en fonction de leurs potentialités industrielles globales à une période donnée, ne seront pas ici jugées opérantes. Bien sûr je tiendrai compte du fait que le milieu étudié résulte, pour une part, des conditions générales d’un contexte économique et social particulier. Mais les échelles d’analyse locales et nationales ne seront pas perçues comme contradictoires. L’Alcântara industriel ne doit pas être envisagé comme un espace atypique, isolé dans un contexte national où soufflent des vents contraires. Ce n’est pas la singularité d’Alcântara qui va m’intéresser, mais bien son exemplarité en tant que quartier industrialisé d’une grande ville.
Lisbonne, ville de l’âge industriel
7La connaissance sur le passé des villes portugaises a progressé à travers une multitude de regards interdisciplinaires. Les sociologues, anthropologues, géographes ou économistes se sont en effet souvent appropriés le territoire de l’historien laissé en friche. C’est toutefois encore une vision très partielle du fait urbain qui est proposée. D’ailleurs, plus qu’une histoire urbaine, c’est une histoire plurielle, de faits, de comportements et de systèmes, saisis et examinés dans le cadre de la ville, qui est pratiquée12.
8L’armature urbaine du Portugal, bicéphale, voire macrocéphale, est un héritage ancien. Elle n’a guère changé depuis la période des Grandes Découvertes quand Lisbonne s’imposait au monde comme capitale d’un empire. En 1750, Lisbonne est la cinquième ville la plus peuplée d’Europe. Elle occupe encore le 14e rang en 1850 et le 28e rang cent ans plus tard. En 1950, avec 885 000 habitants, la population de Lisbonne est de taille comparable à celle de Munich ou de Stockholm13. Depuis le début du XIXe siècle, la population de Porto correspond à un peu plus d’un tiers de celle de la capitale. En 1900, les villes de Braga, Setúbal et Coimbra ne rassemblent qu’entre 15 000 et un peu plus de 20 000 habitants, alors que Lisbonne regroupe déjà plus de 35 0000 habitants et Porto s’approche des 170 000. Jusqu’en 1960, la population de la troisième ville du pays ne dépasse pas le seuil des 50 000 habitants14. Depuis le XVIe siècle, le poids relatif de Lisbonne a cependant connu quelques fluctuations. Au XVIe siècle, un portugais sur dix vit à Lisbonne. Cette proportion n’est plus que de 6 % au début du XIXe siècle. Mais dans les années 1930, Lisbonne a retrouvé la place qu’elle occupait à la fin de la Renaissance15. L’époque contemporaine ne bouleverse donc pas les équilibres. Dans un premier temps, elle voit seulement s’accentuer les contrastes entre les deux grandes villes et le reste du pays. La croissance de la population de Lisbonne atteint un rythme maximum dans la deuxième moitié du XIXe siècle. À partir des années 1930 et surtout des années 1950 et 1960, on assiste à une transition classique de la grande ville à la métropole. Ce n’est cependant que dans les années 1960 que la population du centre de Lisbonne diminue16. Au moment où, dans d’autres villes européennes, les banlieues commencent à l’emporter sur les centres urbains plus anciens, à Lisbonne les vieux quartiers continuent à se développer.
9Aucune grande ville portugaise ne naît de l’industrialisation mais à l’époque contemporaine le processus d’industrialisation relance fortement l’essor de Lisbonne et de Porto17. Au début du XXe siècle, les régions de Lisbonne et de Porto apparaissent comme des centres industriels relativement importants et diversifiés mais isolés. À la fin du XIXe siècle, ces deux pôles concentrent près des trois quarts de la production industrielle du pays et plus de 80 % de la main d’œuvre de ce secteur18. Quelques petites villes du centre ou du littoral sont depuis longtemps spécialisées dans un seul type de production comme les fabriques lainières de Covilhã, les verreries de la région de Leiria, les tanneries de Braga. Mais en dehors de ces foyers résiduels de dimension régionale, l’industrie portugaise s’est essentiellement développée dans le contexte de la grande ville.
10Sur la question de la relation entre industrialisation et urbanisation, la singularité portugaise doit être encore une fois nuancée. Il n’y a guère qu’en Angleterre que l’industrialisation transforme profondément l’armature urbaine du pays19. Partout ailleurs, la ville industrielle, économiquement et socialement homogène, reste l’exception20. Dans leur synthèse sur la formation de l’Europe urbaine, Paul M. Hohenberg et Lynn Hollen Lees accordent une large place au processus d’industrialisation des villes, et notamment des grandes villes21. Le fait est souvent oublié, car il est moins spectaculaire, mais le développement économique a aussi pris la forme de l’essor, à petite échelle, d’une activité de transformation, de transport ou de commercialisation de biens dans les villes. Cette évolution, qui se traduit en partie par un processus d’industrialisation, s’accélère dans la seconde moitié du XIXe siècle22. La mise en place de ce qu’on peut nommer une économie d’agglomération, s’appuie sur les qualités intrinsèques de la grande ville : concentration des clients, facilité d’accès aux services, à la connaissance et à l’information. Une des caractéristiques de ce type d’économie est le rôle prépondérant des petites entreprises. Celles-ci sont implantées dans une grande variété de secteurs. Elles sont aussi de nature très diverse : de la petite affaire familiale traditionnelle au sous-traitant qui intervient dans un secteur de pointe en partenariat avec d’autres entreprises plus importantes. Elles possèdent souvent une bonne capacité d’innovation ou d’adaptation aux changements de mode d’organisation du marché. Ces réseaux de petites entreprises apportent une grande vitalité à la vie économique des grandes villes23. L’économie de Lisbonne à la fin du XIXe siècle correspond donc probablement à un modèle assez répandu dans le monde industrialisé. Bien sûr, on ne peut préjuger des fluctuations du contexte économique local, en particulier dans la zone d’Alcântara. En l’absence d’un vaste mouvement d’industrialisation à l’échelle nationale, les entreprises lisboètes ont certainement souffert du manque de partenariat. Mais tout ce pan de l’histoire économique du Portugal est aujourd’hui encore méconnu.
11La société industrielle portugaise doit donc être largement pensée comme une composante de la société urbaine. On en connaît déjà les grandes caractéristiques : la marginalisation du modèle de la grande usine ; l’omniprésence d’un emploi sous-qualifié ; une relative communion de statut et d’existence entre l’artisanat, le monde ouvrier et le secteur pléthorique des emplois tertiaires peu qualifiés dans le commerce et les services. À partir de ces constats, je peux envisager une grille d’analyse du milieu que je souhaite étudier : Alcântara pourrait alors servir de cadre à l’étude sociale d’une ville de l’âge industriel, par opposition à la ville industrielle où domine une activité organisée autour de la grande industrie24.
12Ainsi, étudier la population d’un espace industrialisé de Lisbonne ne doit pas mettre en jeu des questions liées aux éventuelles spécificités sociales d’un pays semi-périphérique. Si on peut distinguer des différences de rythme, d’ampleur et de chronologie dans l’industrialisation, la société lisboète n’est pas foncièrement atypique dans le contexte européen. En tout cas ce n’est pas à travers ce point de vue comparatiste que j’ai choisi d’engager mon enquête. Ce n’est pas la recherche de causalités ou de déterminismes sociaux liés à l’influence d’un hypothétique contexte national qui va m’occuper. Par rapport aux problématiques d’ensemble de cette histoire nationale, énoncées au début de cette introduction, je prône un certain degré de banalisation de l’expérience portugaise. Le contexte lisboète apparaît, en revanche, particulièrement adapté à l’étude de la structuration des relations sociales, c’est-à-dire des proximités et des distances entre des individus et entre des groupes sociaux, dans une grande ville à l’époque de l’industrialisation.
2. Le quartier comme espace de relations
13Si j’en suis venu à étudier Alcântara, c’est parce que le quartier est apparu comme l’échelle d’analyse la plus appropriée par rapport à des problématiques d’ensemble, pour partie définies préalablement, indépendamment de toute référence à un cadre spatial. Je souhaite étudier Alcântara moins en tant que quartier urbain que comme milieu social et espace de relations.
L’histoire sociale à l’échelle du quartier
14Les études de quartier combinent le redoutable privilège d’être à la fois beaucoup pratiquées mais aussi critiquées. Ce sont parfois les mêmes auteurs qui se livrent d’ailleurs tour à tour aux deux exercices25. Apparu tardivement en France, à la fin des années soixante-dix, ce genre historiographique a assez vite conduit, à intervalles réguliers, à des synthèses qui cherchent à en mesurer les potentialités mais aussi les limites26. À travers les études de quartier et les commentaires qu’elles ont inspirés, s’est souvent l’histoire urbaine qui a été repensée. Ce n’est pas là le moindre apport de ces travaux.
15Le quartier est donc désormais un objet historique bien connu. Son caractère trop facilement identifiable a d’ailleurs pu, dans un premier temps, nuire à une prise de distance suffisamment critique. Car, pourquoi s’en cacher, le quartier est un bel objet de recherche, un terrain d’étude séduisant. Il correspond à une certaine façon idéale de voir le monde et la ville : « un des lieux communs de nos nostalgies ? » s’interrogeait déjà Yves Lequin au début des années quatre-vingt27. Les études de quartier sont apparues dans l’historiographie française au moment où la rénovation des villes détruisait les traces des convivialités passées. Le devoir patrimonial fut parfois le moteur des recherches. Dès les premières lignes de l’introduction à sa thèse d’État sur Belleville, Gérard Jacquemet évoquait la nécessité de conserver la trace des vieux quartiers parisiens qui étaient en train de disparaître sous les yeux de l’historien28.
16Les études de quartier se sont toutefois insérées dans des projets historiographiques plus ambitieux. Dans le cas français, elles se situent au départ au croisement de deux influences. La première est celle de la sociologie anglo-saxonne, et notamment de l’École de Chicago, qui a très tôt privilégié l’étude des groupes sociaux à partir de leur inscription dans l’espace en définissant une approche de la ville en terme de voisinage (neighbourhood), ou à travers les concepts plus larges de communauté ou d’aire naturelle29. Avec plus ou moins de souplesse, ces notions permettent de faire le lien entre un territoire, un groupe social et des pratiques culturelles. L’autre influence est celle de la longue tradition « labroussienne ». En France, l’histoire urbaine naît des interrogations d’une histoire sociale30. La ville offre des terrains d’études qui ouvrent à une nouvelle approche de la globalité. Toute l’histoire se retrouve dans l’urbain31. Comme autrefois on découpait la France en régions, à travers le quartier c’est une partie d’un tout que l’on cherche à saisir. Avant d’être problématisée, l’étude de quartier est d’abord pensée en terme de monographie et d’histoire totale.
17Mais ce champ historiographique s’impose surtout comme un prolongement et un renouvellement de l’histoire ouvrière. Le quartier qui est étudié, c’est d’abord le quartier ouvrier32. Celui-ci est défini comme la « porte d’entrée dans la ville » (J. P. Burdy 1992), le lieu où peuvent être analysés les modes d’adoption de la ville par les classe populaires (M. Garden, 1984)33. Dans la lignée d’un Richard Hoggart, ce type d’approche met forcément l’accent sur le quotidien, la diffusion des normes culturelles et comportementales, les confrontations entre les espaces privés et publics, masculins et féminins, les réseaux de solidarités et les pratiques festives. Le quartier est pensé comme un espace du vécu à l’intérieur d’un fragment urbain (A. Cabantous, 1994), ou un domaine réservé (G. Jacquemet, 1982). Que l’on mette l’accent sur les formes d’accords – le quartier village – ou de désaccords – les rivalités de quartier34 –, ce sont bien les modes de formation et de stabilisation, au jour le jour, des communautés locales qui sont analysés. Le quartier, c’est ce qui est le plus proche. Selon la définition de Pierre Mayol, c’est le lieu où le rapport espace/temps est le plus favorable à l’usager35. Étudier un quartier revient à se pencher sur les formes de vie collective locale, les espaces d’interconnaissance (A. Faure, 1994). La communauté de quartier repose sur l’action de principes associatifs ou de solidarités organiques, pour reprendre la terminologie de Durkheim36.
18Cette démarche, largement inspirée d’une approche anthropologique, est la plus consensuelle. Elle repose cependant sur une série de présupposés qui posent problème. Car si la dimension ethnographique – un lieu d’observation du lien social – du quartier est facilement identifiable, il n’en va pas de même de sa nature sociologique qui en ferait un fait social à part. La définition du quartier ou du voisinage (neighbourhood) comme espace social distinct et homogène ne résiste pas aux études de terrain. Un moyen de contourner cette difficulté est justement de faire un bon choix de terrain d’étude. Ainsi, dans les quartiers ouvriers, l’homogénéité sociale est-elle a priori assurée par la domination d’un ou deux groupes professionnels nettement majoritaires (J.-P. Burdy, 1992). Les recherches autour des quartiers seraient donc toujours amenées à cibler un espace bien spécifique. Le quartier de l’historien ne peut jamais être défini comme un espace banal, sinon l’objet même de l’étude semble se désagréger et disparaître.
19Il faudrait ici introduire la question des typologies de quartiers et de la différenciation des modes d’insertion des groupes sociaux dans l’espace urbain. Dans les quartiers populaires des grandes villes subsiste finalement presque toujours une diversité sociale relative dont il est difficile de définir la nature en dehors des simples approches purement quantitatives qui consistent à mesurer les effectifs de chaque groupe, l’inégalité des fortunes, la diversité des habitats, etc. Mais tous les groupes sociaux n’adoptent pas les mêmes formes de vie collective. La manière d’investir l’espace du quartier semble être une spécificité des classes populaires. Pour les autres groupes, il est bien plus délicat de repérer les interactions entre espaces et quotidien. Les quartiers bourgeois ou aristocratiques se définissent avant tout comme des espaces résidentiels, et encore pas toujours continus, et des lieux symboliques37.
20Mais, même quand le terrain d’étude choisi semble a priori remplir toutes les conditions du quartier ouvrier modèle, la notion d’homogénéité sociale doit être aussi discutée. Par un raccourci méthodologique, on y a souvent vu un synonyme d’homogénéité professionnelle. Un quartier ouvrier où domine un même groupe professionnel est donc considéré comme socialement homogène. Or les identités individuelles ne se définissent pas uniquement à partir des conditions et des statuts professionnels. La diversité du quartier populaire va bien au-delà de la diversité des professions et des métiers des habitants. C’est encore une fois en se confrontant au terrain et aux résultats des reconstitutions des communautés de quartier que les historiens ont fait surgir la pluralité des parcours et des pratiques à l’intérieur d’un même groupe social. Les espaces de vie s’entrecroisent, se disloquent, sous l’effet des ambitions individuelles (M. Garden, 1984).
21La remise en cause du quartier comme cadre d’étude privilégié de la société urbaine naît du constat de l’inadaptation de cette échelle d’analyse pour un grand nombre de problématiques. Les études de quartier ne permettent pas de saisir les mobilités sociales ou résidentielles, autant de comportements ou de phénomènes sociaux auxquels les historiens ont accordé de plus en plus d’importance38. Le regard porté sur le quartier change car on est passé d’une approche en terme de catégories (le quartier, les groupes sociaux) à une approche en terme d’individus, de réseaux, de stratégies, de situations et de processus (B. Lepetit, 1996). Que l’on mette l’accent sur l’évolution des univers sociaux de la ville (J.-L. Pinol, 1991) ou sur les itinéraires individuels dans et hors la ville (M. Gribaudi, 1987), la définition spatiale des phénomènes étudiés ne dépend plus d’un choix effectué en début de recherche. Elle se précise au fur et à mesure que progresse l’enquête. D’un territoire unique – le quartier – on est passé à l’étude des relations entre différents niveaux de territorialisation. Poussée au maximum, cette démarche qui vise à assurer une certaine autonomie aux phénomènes urbains peut conduire à déterritorialiser l’objet de recherche, en se focalisant sur des situations, des séquences d’espace-temps, ou sur les non-lieux39.
22La relation entre les thèmes étudiés et le cadre territorial sélectionné n’est pas uniquement une question de contexte, de représentativité ou de partialité des points de vue. Il s’agit surtout de prendre conscience que choisir une échelle d’analyse – le macro ou le micro, le quartier ou la ville, l’individu ou le groupe – consiste à sélectionner un niveau d’information40. Ainsi, tout ne peut pas être étudié à l’échelle du quartier. L’impasse des études de quartier, souvent déplorée, renvoie en fait à l’impasse de la démarche monographique totalisante. Mon premier choix au seuil de cette recherche est d’ordre thématique : je souhaite aborder la question de la structuration des rapports sociaux au sein d’un univers urbain diversifié. L’objet de la recherche, les relations sociales dans une ville de l’âge industriel, détermine le choix du cadre spatial de l’étude, Alcântara. À son tour, ce cadre spatial influence le champ des problématiques qui peut être envisagé. Le sens de cette interaction entre objet et échelle d’analyse ne devra pas être perdu de vue.
De l’étude d’un quartier à l’étude d’un milieu
23En décomposant l’unité sociologique du quartier par une focalisation excessive sur la diversité des parcours individuels, on s’interdit de penser les formes de cohésions sociales en dehors des pratiques culturelles ou politiques. Jusqu’ici on est parvenu à définir la société urbaine par le négatif. On sait qu’elle n’est pas composée d’une juxtaposition de communautés stables et homogènes. Elle ne peut pas être appréhendée à travers des catégories sociales prédéterminées qui seraient facilement repérables dans l’espace et toujours distinctes. On connaît bien désormais les forces centripètes qui pulvérisent les images de quartiers uniformes sur le plan de leurs compositions sociales. Les populations urbaines sont mélangées. Mais au-delà de ce constat, est-il possible de repérer des forces centrifuges, des affinités, des rapprochements en fonction de critères qui devront être déterminés, des interactions entre groupes ou entités qui fixent, de manière continue ou de façon plus éphémère, les individus dans des ensembles plus vastes comme le groupe, le quartier ou la ville ? L’homme est une « espèce de contact » rappelle K. Lorenz41. C’est autour des processus, des forces, des paramètres qui peuvent éventuellement générer et ordonner ces contacts que je souhaite enquêter. Cette démarche repose sur la construction de trois objets de recherche : la pluralité des sociétés urbaines, les modes de structuration du social, le quartier comme milieu social.
Premier objet : la pluralité des sociétés urbaines
24La place prise par l’histoire urbaine dans le renouvellement des problématiques et des méthodes de l’histoire contemporaine, tient pour une part aux caractéristiques propres de ces sociétés urbaines complexes qui n’ont pu être appréhendées par les outils traditionnels et usés des historiens42. Ma recherche porte sur la pluralité de ces sociétés où nombre de questions comme les identités, les proximités ou les distances entres groupes se posent d’une manière originale43. Je considère donc que la ville est créatrice de milieux, de pratiques et d’usages particuliers. Elle peut être définie comme un ensemble spécifique de configurations sociales. La complexité des sociétés urbaines est un fait qui s’impose au regard extérieur du chercheur, mais c’est aussi une donnée valable pour les usagers qui agissent parfois avec une méconnaissance ou une connaissance partielle du milieu dans lequel ils vivent. Bien sûr il ne s’agit pas de couper la ville du reste de la société. À travers les parcours et les origines des individus, les échanges culturels ou commerciaux, les politiques à l’échelle nationale ou locale, la ville est aussi, et surtout, un milieu ouvert, sans cesse en voie de modification, de recomposition ou de redéfinition. Mais c’est justement cette instabilité qui en fait sa particularité. Je reprends à mon compte une définition de la ville proposée par Jean Rémy comme « lieu géométrique où les tensions de la modernité s’articulent de façon paroxystique »44. Certaines de ces tensions et leurs modes de régulation vont être au cœur de cette recherche. À l’époque où je me situe, l’âge industriel peut être considéré comme constitutif de la modernité.
Deuxième objet : les modes de structuration du social
25Le deuxième objet de cette recherche a été construit à partir d’un constat très général sur les sociétés contemporaines. Celles-ci sont marquées par une diversification accrue des groupes sociaux, avec l’apparition de nouveaux métiers et de nouvelles formes d’emploi mais aussi à travers la pluralité des comportements individuels. Norbert Elias parle à ce sujet du haut degré de différenciation des sociétés contemporaines. Il est alors difficile d’identifier un système de classification cohérent45. Je me situe ici dans le prolongement des débats historiographiques qui ont conduit à la remise en cause des catégories sociales traditionnelles. Dans les années soixante, la recherche de critères de classification uniformes a abouti à une impasse. L’usage incontrôlé de catégories socioprofessionnelles est désormais proscrit. La seule question des hiérarchies professionnelles pose des problèmes quasi infinis si on l’aborde en termes absolus sans tenir compte des modes de réception des différents critères de différenciation. Ces hiérarchies ne peuvent être définies une fois pour toutes. Il n’existe pas une mais des hiérarchies qui peuvent être parfois contradictoires en fonction des situations et des lieux où elles sont revendiquées. Par exemple, la hiérarchie des emplois ne correspond pas aux hiérarchies des salaires. La pénibilité ou l’exposition à la saleté entrent en jeu et contribuent aussi à créer des distinctions46.
26Mais la cohésion des sociétés n’est pas uniquement une affaire de hiérarchie professionnelle. D’autres modes de construction des stratifications et des structures sociales peuvent être envisagés. Une des manières de repenser la question des catégories sociales est de chercher à repérer les « structures sociales sous-jacentes » à partir des « univers relationnels »47. Il s’agit « d’imprégner » les catégories des rapports sociaux48. La délimitation des groupes suit donc les lignes de force dessinées par les relations effectives entre les individus. Selon cette démarche, les structures sociales sont définies comme un ensemble d’éléments liés les uns aux autres par des relations qui peuvent être fort diverses49. Les réseaux sociaux résultent des modes de contact entre professions, classes d’âge, sédentaires et migrants, etc. De part leurs natures, ils structurent le social selon des modes foncièrement instables, discontinus et inégalitaires50.
Troisième objet : l’étude d’un milieu
27En ciblant ma recherche sur un groupe d’habitants d’un quartier de Lisbonne, je suppose que l’étude des relations interpersonnelles peut être territorialisée. C’est-à-dire que le procédé qui consiste à partir d’un territoire – Alcântara – pour chercher à repérer les pratiques relationnelles d’individus qui ont a priori comme unique point commun de partager le même espace résidentiel peut conduire à un regard pertinent sur la structuration et sur l’évolution des sociétés contemporaines. Les implications de ce choix seront exposées tout au long des différents chapitres de ce livre. Elles rejoignent l’une des problématiques de la recherche qui touche aux formes d’interaction entre espace local et relations interindividuelles. Mais ce procédé intègre aussi une conception précise du quartier, moins comme espace urbain que comme milieu social ou espace de relations.
28Un texte de Jean Rémy sur les sociabilités urbaines s’est ici imposé comme principale référence51. Cet auteur définit le quartier comme un milieu, c’est-à-dire comme « une entité productive, disposant de propriétés propres (…), un espace pertinent pour un type d’enjeu, de rencontres ou d’activités, dont la composition en terme de volume, densité, hétérogénéité… a une incidence sur la réaction des unités qui le composent ». Le quartier est « le lieu d’une convergence non intentionnelle entre une pluralité de trajectoires individuelles débouchant sur une solidarité d’effets »52. Ces définitions permettent de faire le lien entre un espace urbain – le quartier – des individus pris dans la diversité de leurs trajectoires et une ou des forme(s) de structure(s) du social.
29Edoardo Grendi plaçait déjà la dimension territoriale des structures sociales au cœur de ses propositions de redéfinition des objets de l’histoire53. Si, dans la lignée de la pensée de Georg Simmel, il est facile de repérer des interactions entre les formes d’habitat et les relations sociales, encore est-il nécessaire d’éviter de créer un lien univoque entre proximité spatiale et échange social. Il faut prendre en compte ce que Jean Rémy nomme la « capacité de non-réponse » des individus qui sélectionnent, volontairement ou involontairement, en toute transparence ou de façon plus dissimulée, leurs relations. Du point de vue des formes de coexistence locale des groupes, la mixité sociale n’est pas forcément le gage d’une plus forte propension à l’échange.
30Être voisin ne signifie pas forcément être proche. Mais inversement, Jean Rémy souligne que les notions de réseaux et de milieux n’entretiennent pas le même type de rapport à l’espace. Les réseaux ne reposent pas sur un espace partagé, ils peuvent se structurer en fonction d’une bilocalisation ou d’une multilocalisation. Les expériences individuelles ne doivent pas être systématiquement opposées aux formes de cohésion sociale à l’échelle d’un quartier. Les habitants d’une ville n’ont pas à choisir entre deux stratégies antinomiques : s’affirmer en tant qu’individu ou privilégier le groupe. L’individuation et la socialisation ne sont pas des processus contradictoires, ils sont au contraire en « interactions réciproques ». Le quartier ou l’espace local est un des lieux où se jouent ces interactions. En décomposant l’espace urbain en une multitude d’espaces « interstitiels de rencontre », l’analyse des réseaux de relations interindividuelles peut s’articuler sur celle des milieux urbains54.
*
31Cette recherche va donc se structurer autour de deux grandes problématiques. La première concerne l’histoire sociale du processus d’industrialisation au Portugal. Elle sera traitée à travers l’exemple d’Alcântara, un quartier industrialisé de Lisbonne : sa formation, sa place dans la démographie et dans l’économie urbaine, mais aussi dans les représentations traditionnellement associées à la ville portugaise. Cet axe de la recherche vise à cerner les caractéristiques d’un milieu social urbain travaillé par les tensions de l’âge industriel. Dans cette introduction, je laisse volontairement ouverte la question de la définition des cadres chronologiques et spatiaux. L’espace d’Alcântara va être abordé dans une large période, disons des dernières décennies du XIXe siècle aux années 1940. Cette chronologie est celle du processus d’industrialisation de ce territoire. Mais l’un des objectifs de cette première étape va être aussi de démontrer en quoi Alcântara et les premières décennies du XXe siècle constituent un espace-temps singulier.
32La deuxième problématique est plus fondamentale. Elle occupera l’essentiel de mon propos et concerne certaines formes de structuration du social dans ce milieu. Je me place clairement dans le cadre d’une histoire de type expérimental où l’objet historique se construit en fonction de l’avancée de la recherche55. J’espère pouvoir être en mesure de proposer des outils et une méthodologie originale, adaptés à l’étude des relations interindividuelles dans le cadre de la pratique de l’historien. Au fil du texte seront exposées les différentes séquences de la prospection qui correspondent à plusieurs mois de tâtonnements et d’hésitations sur la façon de mener la recherche. Ce cheminement m’a peu à peu permis de cerner le milieu associé au quartier d’Alcântara, ainsi que certaines interactions entre les individus et les groupes sociaux qui le composent, mais aussi entre ce milieu et le reste de la ville.
33Cette démarche expérimentale s’imposait d’autant plus que j’ai dû me montrer particulièrement persistant et imaginatif face aux lacunes des sources sur la société lisboète des XIXe et XXe siècles. Je présenterai la documentation utilisée au fil du texte, au moment où celle-ci sera sollicitée. J’ai adopté deux types d’approche. La première relève quasiment du bricolage à partir d’une documentation dispersée et hétérogène. Chaque série de documents a été traitée de façon autonome, sans garantir une unité dans la critique des informations ou dans la valeur et la portée des conclusions. Le regard et les objectifs scientifiques ont été adaptés en fonction de la nature des sources disponibles. La deuxième approche a consisté en un usage intensif d’une source unique, les registres de l’état civil. Un chapitre entier sera alors consacré aux modes de traitement de l’information et aux choix méthodologiques.
Notes de bas de page
1 Paul Bairoch, « Europe’s Gross National Product 1800-1975 », Journal of European Economic History, vol. 5, 1976, pp. 273-340. Cité par Jaime Reis, « O atraso económico português em perspectiva histórica (1860-1913) », Análise Social, no 80, 1984, p. 7.
2 Ibid.
3 Jaime Reis, « O atraso económico português… », op. cit.
4 Pedro Lains, L’économie portugaise au XIXe siècle : croissance économique et commerce extérieur 1851-1913, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 161.
5 On trouvera un bilan de ce débat historiographique en français sous la plume d’un auteur lui-même engagé dans cette discussion : Pedro Lains, L’économie portugaise au XIXe siècle : croissance économique et commerce extérieur 1851-1913, Paris, L’Harmattan, 1999, 206 p. Voir notamment le chapitre 2. D’autres synthèses apportent des éclairages différents : Eloy Fernandez Clemente, « A história económica de Portugal (séculos XIX-XX) », Análise Social, no 103-104, 1988, pp. 1297-1330 ; Jaime Reis, « O atraso económico português em perspectiva histórica (1860-1913) », Análise Social, no 80, 1984, pp. 7-28. ; Miriam Halpern Pereira, « A historiografia contemporânea sobre o século XIX », Ler História, no 21, 1991, pp. 93-97 ; Miriam Halpern Pereira, Diversidade e Assimetrias : Portugal nos séculos XIX-XX, Lisbonne, Imprensa de Ciências Sociais, 2001, 222 p. Et pour la synthèse la plus récente : Pedro Lains, Álvaro Ferreira da Silva (dir.), História Económica de Portugal 1700-2000, Lisbonne, Imprensa de Ciências Sociais, 2005, 3 volumes.
6 P. Lains, L’économie portugaise…, op. cit., p. 172.
7 P. Lains, L’économie portugaise…, op. cit., chapitre 2.
8 Patrick Verley, La révolution industrielle, Paris, Gallimard/Folio, 1997, p. 115.
9 Ibid., p. 118.
10 Voir notamment Miriam Halpern Pereira, Diversidade e assimetrias…, op. cit, 222 p.
11 Patrick Verley, La révolution…, op. cit., p. 118.
12 Pour des états des savoirs et des recherches en cours : Magda Pinheiro, Luís V. Baptista, Maria João Vaz (org.), Cidade e metrópole : centralidades e marginalidades, Oeiras, Celta, 2001, 259 p. ; Graça Índias Cordeiro, Luís Vicente Baptista, António Firmino da Costa (org.), Etnografias Urbanas, Oeiras, Celta, 2003, 218 p. ; Magda Pinheiro, Frédéric Vidal (org.) « Cidades e Espaços Urbanos », Ler História, no 48, 2005. Deux domaines de recherche se sont cependant constitués en champ autonome. Du côté de la sociologie et de l’anthropologie, les études pionnières de António Firmino da Costa et de Graça Índias Cordeiro ont ouvert de nouvelles perspectives pour les études de quartier. Par ailleurs la démographie historique, grâce aux travaux de Teresa Rodrigues sur Lisbonne, a permis de rassembler des connaissances précises sur le mode de peuplement des grandes villes. On se reportera à la bibliographie finale pour les références des publications de ces auteurs.
13 Paul M. Hohenberg, Lynn Hollen Lees, The making of urban Europe 1000-1994, Cambridge/Londres, Harvard University Press, 1995 (1re édition 1985), p. 225.
14 T. Rodrigues, « A maior realidade urbana portuguesa : o município de Lisboa », dans Cidade e metrópole…, op. cit., p. 15. Le géographe Orlando Ribeiro est un des rares auteurs portugais à s’être intéressé aux petites et moyennes villes : Orlando Ribeiro, Opúsculos geográficos – Volume V : Temas urbanos, Lisbonne, Fundação Calouste Gulbenkian, 1994, 557 p. Au Portugal, les termes cidades ou vilas, correspondent à une nomenclature officielle qui repose sur des critères de prestige ou de fonction et non sur la taille de la population. Il existe donc des bourgs de quelques centaines d’habitants connus sous l’appellation « ville » (cidade).
15 T. Rodrigues, « A maior realidade urbana portuguesa : o município de Lisboa », dans Cidade e metrópole…, op. cit., p. 10.
16 Ibid, p. 14.
17 Pedro Telhado Pereira, Maria Eugénia Mata (ed.), Urban Dominance and labour market differentiation of a european capital city : Lisbon 1890-1990, Boston/Londres, Kluwer Academic Publishers, 1996, 208 p.
18 Des chiffres rappelés par Miriam Halpern Pereira dans « Portugal entre dois impérios », Economia Global e Gestão/Global Economics and Management Review, vol. IV, no 1, 1999, p. 78.
19 P. M. Hohenberg, L. H. Lees, op. cit., p. 220.
20 La plupart des villes industrielles demeurent de taille modeste. Un exemple : Christian Devillers et Bernard Huet, Le Creusot, naissance et développement d’une ville industrielle, 1782-1914, Seyssel, Champ Vallon, 1981, 287 p.
21 P. M. Hohenberg, L. H. Lees, op. cit., chapitre 6.
22 P. M. Hohenberg, L. H. Lees, op. cit., pp. 199-202.
23 Ibid. Chez Hohenberg et Lees, ces remarques se réfèrent plus particulièrement au contexte des villes américaines.
24 Louis Bergeron et Marcel Roncayolo, « De la ville préindustrielle à la ville industrielle essai sur l’historiographie française », dans Villes et civilisation urbaine XVIIIe-XXe siècle, sous la direction de Marcel Roncayolo et Thierry Paquot, Paris, Larousse, 1992, pp. 409. Ce texte a été publié initialement dans la revue Quaderni Storici, dans le numéro d’août-septembre 1974.
25 Deux exemples particulièrement instructifs : Jean-Paul Burdy, « Les quartiers ouvriers et la ville industrielle en France (XIXe siècle-début XXe siècle), Historiens et géographes, no 335, 1992, pp. 213-236 et « La monographie de quartier en histoire urbaine : quelques éléments de bilan sur une recherche stéphanoise » Histoire Économie et Société, 1994, no 3, pp. 441-448 ; Pierre-Yves Saunier, « La ville en quartiers : découpage de la ville en histoire urbaine », Genèses, no 15, 1994, pp. 103-114.
26 Quatre publications permettent ainsi de suivre l’évolution de la recherche : « Ouvriers dans la ville », sous la direction d’Yves Lequin, Le mouvement social, 1982, no 118 ; Maurice Garden et Yves Lequin (dir.), Construire la ville XVIIIe -XXe siècles, Lyon, PUL, 1983, 186 p. ; Maurice Garden et Yves Lequin (dir.), Habiter la ville XVIIIe-XXe siècles, Lyon, PUL, 1984, 315 p. ; « Lectures de la ville (XVe-XXe siècles) », Histoire Économie et Société, 1994, no 3.
27 Y. Lequin, « Ouvriers dans la ville (XIXe et XXe siècle) », Le mouvement social, 1982, no 118, p. 5.
28 Gérard Jacquemet, Belleville au XIXe siècle, du faubourg à la ville, Paris, Editions EHESS, 1984, p. 17.
29 François Bédarida, « La vie de quartier en Angleterre ; enquêtes empiriques et approches théoriques », dans « Ouvriers dans la ville », op. cit., pp. 9-22. ; Yves Grafmeyer et Isaac Joseph, L’École de Chicago : naissance de l’écologie urbaine, Paris, Aubier, 1979, p. 378.
30 Jean-Luc Pinol, « La ville des historiens », dans La ville et l’urbain : l’état des savoirs, sous la direction de Thierry Paquot, Michel Lussault et Sophie Body-Gendrot, Paris, La Découverte, 2000, pp. 36-44.
31 Bernard Lepetit, « La ville : cadre, objet, sujet – vingt ans de recherche française en histoire urbaine », Enquête, no 4, 1996, pp. 11-34.
32 Pour une présentation de travaux et d’approches diversifiés, aussi bien sur le plan des problématiques que des contextes nationaux : « Ouvriers dans la ville », Y. Lequin (dir.), Le mouvement social, 1982, no 118.
33 Je renvoie à la bibliographie générale pour les références exactes des textes déjà cités.
34 John Merriman, « Quartier blanc, quartier rouge : neighbourhood, everyday life, and popular political culture in Perpignan, 1815-1851 », dans M. Garden et Y. Lequin (dir.), Habiter la ville XVe-XXe siècles,, Lyon, PUL, 1984, pp. 193-201. Des rivalités qui peuvent prendre la forme de commérages : Norbert Elias et John L. Scotson, Logiques de l’exclusion : enquête sociologique au cœur des problèmes d’une communauté, Paris, Fayard, 1997, 341 p. (The established and the outsiders, 1re édition 1965).
35 Pierre Mayol, « Habiter » dans Michel de Certeau, Luce Giard, Pierre Mayol, L’invention du quotidien – 2. habiter, cuisiner, Paris, Gallimard, 1994 (1re édition 1980), p. 20.
36 F. Bédarida, « La vie de quartier en Angleterre : enquêtes empiriques et approches théoriques », dans « Ouvriers dans la ville » op. cit., pp. 18-20.
37 Bruno Dumons, « Ainay, le quartier noble et catholique de Lyon ? » dans Annie Fourcaut (dir.), La ville divisée. Les ségrégations urbaines en question (France XVIIIe - XXe siècles), Grâne, Creaphis, 1996, pp. 377-394.
38 Des études menées au départ sous l’influence de la New Urban History. Voir : Theodore Hershberg, « The New Urban History », Journal of Urban History, 5, 1978, pp. 3-40 ; Stephan Thernstrom, “What Was the ‘New Urban History’All About ?”, dans Howard P. Chudacoff, (ed.)., Major Problems in American Urban History, Lexington, MA. D.C. Heath and Company, 1994, pp. 15-21. Deux références majeures : Jean-Luc Pinol, Les mobilités de la grande ville, Paris, Presse de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1991, 425 p. ; Maurizio Gribaudi, Itinéraires ouvriers – espaces et groupes sociaux à Turin au début du XXe siècle, Paris, Éditions EHESS, 1987, 264 p.
39 Une démarche encore surtout explorée par les anthropologues : Marc Augé, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil, 1992, 150 p. ; Michèle de la Pradelle, « La ville des anthropologues », dans Thierry Paquot, Michel Lussault et Sophie Body-Gendrot (dir.), La ville et l’urbain : l’état des savoirs, Paris, La Découverte, 2000, pp. 45-52.
40 Bernard Lepetit, « Architecture, géographie, histoire : usage de l’échelle », Genèses, no 13, 1993, pp. 118-138. Toutes ces questions sont débattues dans : Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles – La micro-analyse à l’expérience, Paris, Hautes Études/Gallimard/Le Seuil, 1996, 243 p.
41 Cité par Michel Verret, L’espace ouvrier, Paris, L’Harmattan, 1995 (1re édition : 1979), p. 106.
42 Ainsi, le livre qui a sans doute le mieux fait état des ruptures des pratiques de la discipline historique durant la décennie écoulée est dirigé par un spécialiste d’histoire urbaine : Bernard Lepetit (dir.), Les formes de l’expérience. Une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995, 337 p.
43 B. Lepetit, « La ville : cadre, objet, sujet. Vingt ans de recherches françaises en histoire urbaine », Enquête, no 4, 1996, pp. 11-34.
44 Jean Rémy, « Les sociabilités urbaines : effets de milieu et trajectoires sociales », dans Yves Grafmeyer et Francine Dansereau (dir.), Trajectoires familiales et espaces de vie en milieu urbain, Lyon, PUL, 1998, pp. 501-521.
45 Edoardo Grendi, « Nobert Elias : stroriografia e teoria social », Quaderni Strorici, no 50, 1982, pp. 728-739.
46 N. Elias et J. L. Scotson, Logiques de l’exclusion…, op. cit., p. 133.
47 Edoardo Grendi, « Micro-analisi e storia sociale », Quaderni Storici, no 35, 1977, pp. 506-520.
48 On trouvera un riche commentaire et une mise en pratique de cette démarche dans : Simona Cerutti, « Processus et expérience : individus, groupes et identités à Turin au XVIIe siècle » dans Jeux d’échelles…, op. cit., pp. 161-186.
49 Alain Degenne, Michel Forsé, Les réseaux sociaux, Paris, Armand Colin, 1994, pp. 6-7.
50 M. Gribaudi, « Les discontinuités du social. Un modèle configurationnel », dans Bernard Lepetit (dir.), Les formes de l’expérience…, op. cit, pp. 187-225.
51 Jean Rémy, « Les sociabilités urbaines… », op. cit.
52 J. Rémy, « Les sociabilités urbaines… », op. cit., p. 507.
53 E. Grendi, « Micro-analisi… », op. cit.
54 J. Rémy, « Les sociabilités urbaines… », p. 514.
55 B. Lepetit, « Architectures… », op. cit.
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