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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral I. La croissance lente (1740-1814) II. Une croissance exceptionnelle (1815-1896) III. Fin de siècle IV. Roubaix, un cas unique ? Annexe II.1. Évolution de la population de roubaix de 1764 à 1911 Annexe II.2. Les rythmes de la croissance de la population de roubaix de 1764 à 1911 Notes de bas de page

    La population de Roubaix

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II. Une ville « champignon »

    p. 65-82

    Texte intégral I. La croissance lente (1740-1814) Un accroissement naturel modeste Roubaix, une « ville-passoire » ? II. Une croissance exceptionnelle (1815-1896) Le démarrage 1815-1850 L’explosion 1851-1896 III. Fin de siècle Des retours au pays Place à l’agglomération IV. Roubaix, un cas unique ? La première dans le Nord L’exception nationale La norme européenne Annexe II.1. Évolution de la population de roubaix de 1764 à 1911 Annexe II.2. Les rythmes de la croissance de la population de roubaix de 1764 à 1911 Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Après une augmentation lente au xviiie siècle, la ville de Roubaix fut l’une des rares, en France, à connaître tout au long du xixe siècle une croissance d’une si forte ampleur. Pour l’apprécier, nous disposons d’abord de données des dénombrements et recensements1 et, pour les naissances, mariages et décès, des relevés et comptages des actes2.

    2La population qui était de 7 415 personnes en 1764 s’élevait à 114 917 en 1891 (cf. Graphique II.1 et annexe II.1). Le maximum fut atteint en 1896, puis la population stagna. Cette hausse fut loin d’être régulière : la croissance du xviiie siècle n’avait rien à voir avec la progression vertigineuse du siècle suivant, qui fit de Roubaix une ville, la faisant passer des profondeurs de la hiérarchie urbaine française (255e rang en 1811) aux toutes premières places (12e en 1872 et 10e en 1891) pour la seule population agglomérée3. De 1806 à 1851, la population fut multipliée par plus de trois (3,86), de même qu’entre 1851 et 1891 (3,31 et même 3,59 de 1851 à 1896).

    3Accroissement naturel et solde migratoire jouèrent de concert, mais de façon variable au fil des décennies, dans la croissance démographique d’une ville en pleine expansion économique. Sur les cent cinquante ans étudiés, le solde naturel par décennie fut toujours positif malgré certains moments fort difficiles, surtout au xviiie siècle, puisque Roubaix connut alors, comme bien d’autres paroisses, des crises démographiques plus ou moins graves.

    Graphique II.1. Croissance de la population de 1764 à 1911

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    I. La croissance lente (1740-1814)

    Un accroissement naturel modeste

    4La population augmenta lentement (de l’ordre de + 0,6 % par an de 1764 à 1789, et seulement de 0,29 % de 1764 à 1814)4, presque uniquement grâce au solde naturel, et ce malgré quelques années très difficiles en raison de poussées de mortalité (1742, 1763, 1769-1770, 1773, 1785, 1787 et 1789) ; les années 1769, 1773 et, dans une moindre mesure, 1785 et 1787 connurent même de vrais pics de mortalité. La décennie 1790-1799 fut particulièrement difficile, la période napoléonienne, plus favorable. Entre 1789 et la fin du Directoire, cinq années se caractérisent par un déficit naturel, 1789-1790, 1793-1795. Pour la seule année 1794, le déficit fut plus du double de la moyenne quinquennale du solde naturel des années 1780-1784. La population n’augmenta donc pas, recula même de 1790 à 1800, passant de 8 559 en 1789 à 8 091 en l’an VIII : une fois encore les épidémies (typhus et dysenterie), dans un contexte économique et politique très difficile, furent largement responsables de ce déficit. Mais d’autres éléments sont à prendre en compte. En effet, sur la décennie 1790-1799, il y eut un solde migratoire négatif de 800 personnes environ, puisque le solde naturel demeura positif. Il convient d’ailleurs de rapprocher ce déclin roubaisien de ce que connut sa voisine : Tourcoing, qui comptait 15 500 habitants en 1785, n’en avait plus que 12 110 en 1789 et 10 594 en 1796 du fait de la conjugaison de la crise textile5 et de la conjoncture révolutionnaire ; la reprise démographique n’y intervint pas avant 1800, date à laquelle on dénombra 11 380 habitants. L’année 1812 fut aussi négative mais fort légèrement : une fois de plus, une épidémie, apparue dans la manufacture de coton, en fut responsable. Cette année difficile fut suivie par un phénomène de récupération. L’accroissement naturel, malgré certains moments délicats, demeura dans l’ensemble positif.

    Roubaix, une « ville-passoire » ?

    5Ce n’est donc pas « Roubaix-mouroir » mais l’expression de « ville-passoire » utilisée par Jean-Pierre Bardet pour Rouen6 peut-elle s’appliquer à Roubaix ? De fait, si l’on étudie la période 1764-1814, on serait tenté de le croire. En effet, l’accroissement naturel entre 1765 et 1814 dégage un excédent de 2 909 individus ; or le rapprochement des deux dénombrements donne un croît de 1 085 habitants, soit une déperdition de 1 824 habitants.

    Graphique II.2. Croissance de Roubaix 1765-1814 : solde naturel et solde migratoire

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    6Faut-il alors parler de Roubaix comme centre d’émigration ? Cette idée semble a priori fort surprenante pour notre ville d’autant que sa population s’accrut de 1764 à 1814. De plus, l’importance des non-natifs prouve que l’immigration est déjà une réalité au xviiie siècle. En fait, on a le résultat de phénomènes complexes. C’est donc bien la notion de mobilité, traduite aussi par les familles ouvertes, qui s’impose. La chronologie peut d’ailleurs en être précisée ; en effet, l’on possède, outre celle de 1814, une estimation pour 1789 et les dénombrements de l’an VIII, de l’an XI et de 1806. Quatre temps se distinguent (cf. Graphique II.2) : une augmentation due à l’accroissement naturel sous l’Ancien Régime, puis deux périodes fort difficiles (1790-1800 et 1807-1814) encadrant une période (1801-1806) de récupération due à la conjugaison des soldes naturel et migratoire.

    7En réponse à un questionnaire de l’an IX7, le maire estimait la population de 1789 à 8 559 habitants. Cela représentait donc une augmentation de 1 144 personnes depuis 1764 ; or le solde naturel s’élevait à 1 143 habitants d’où un bilan migratoire nul. En revanche, si l’on en croit le mémoire présenté par les habitants, le 15 février 1789, pour obtenir une représentation aux Etats provinciaux de la Flandre wallonne et aux Etats généraux, il y aurait eu plus de douze mille âmes à Roubaix8. Il y a certes là une exagération bien compréhensible puisqu’il s’agit d’obtenir cette représentation, mais entre 8 559 et 12 000 où est la vérité ? Le premier chiffre me semble être plus sûr9. La perte (moins 1 000 personnes) est donc plutôt caractéristique de la décennie révolutionnaire alors que certaines années du Consulat auraient plutôt contribué à réduire le déficit. De nouveau, pendant l’Empire, la population aurait perdu, si l’on suit les données de 1814, près de 500 habitants10. Le nombre de 8 500 habitants est sans doute sous-estimé11 mais nous l’utilisons faute de mieux. Le solde migratoire négatif est dû à plusieurs facteurs : les difficultés économiques purent pousser une fraction de la population à partir ; sans doute les turbulences révolutionnaires sont, elles aussi, responsables de ces départs12.

    8Au total donc, la croissance, reposant plus sur l’accroissement naturel, resta alors fort lente puisque l’activité de la Fabrique se développa certes dans le bourg mais surtout dans l’ensemble du district de la Manufacture de Roubaix, limitant par là-même l’immigration. Après Waterloo, tout changea.

    II. Une croissance exceptionnelle (1815-1896)

    9Avec la fin de l’Empire et la réapparition de la frontière, débutait une longue période de croissance exceptionnelle. Mais à la différence du siècle précédent, ce sont, et ce dès le début, les migrations qui expliquent une partie de la croissance : de 1814 à 1891, le solde migratoire représente 52,7 % de l’accroissement total.

    Graphique II.3. Croissance de Roubaix 1815-1891 : solde naturel et solde migratoire

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    Le démarrage 1815-1850

    10La population de Roubaix passa de 8 500 habitants en 1814 à 34 698 en 1851, soit plus de 8,3 % par an. Toutefois, pendant le second quart du siècle, le rythme ralentit parfois : le taux d’accroissement annuel entre 1831 et 1836 ne fut que de 1,39 %13, contre plus de 5 % entre 1836 et 1846 et même un record de 7,7 % de 1826 à 1831 ! Il fléchit par la suite : il n’est plus que de 2,5 % entre 1846 et 1851.

    11Avec la Restauration, Roubaix renoua avec un excédent naturel qui ne fit que s’amplifier au fil des années (cf. Graphique II.3). C’est alors l’élément déterminant (62 % de l’accroissement total entre 1815 et 1826) ; à partir de 1827, sa part fléchit considérablement (environ un tiers entre 1826 et 1846), le solde naturel de 1846 à 1851 étant encore réduit de plus de la moitié par rapport à la période précédente.

    12Lors de la crise du milieu du siècle, la diminution de l’excédent migratoire est proportionnellement moins forte que celle de l’accroissement naturel (en forte baisse à cause des épidémies) ; donc la part du solde migratoire dans l’accroissement total ne diminue pas (65,5 % en 1841-1846, 70 % en 1846-1851). En période de crise démographique et économique, Roubaix attirait moins (il y eut même, en 1848, des retours en Belgique). Mais l’immigration ne cessa pas complètement, car, si la situation à Roubaix était difficile, elle était bien plus dramatique en Flandre occidentale en particulier. En outre, après les premiers incidents de 1846 et la grève d’octobre 1848, un autre mouvement éclata à Roubaix en septembre 1849, alors que les affaires reprenaient, et les patrons remplacèrent les grévistes par des Belges arrivés dès le début du mois d’octobre14. Une attraction moindre en période de crise n’est bien sûr pas spécifique de Roubaix ; à Seraing, les phases de dépression économique ont joué plus sur l’immigration (en la décourageant) que sur l’émigration15. Faute de sources, l’on peut penser que ce qui est vrai Outre-Quiévrain l’est aussi à Roubaix d’autant que la même constatation a été faite à Tourcoing16.

    L’explosion 1851-1896

    13Sous le Second Empire, Roubaix connut, de nouveau, une croissance particulièrement rapide entre 1856 et 1866 (+ 5,15 et 6,26 % de croissance annuelle). Le solde naturel resta positif et à peu près constant à l’exception de 1866 (une nouvelle fois, le choléra frappa) mais l’immigration joua alors un rôle accru, représentant alors plus de la moitié de la croissance et même 67,9 % pour les années 1861-1872. Ce poids de l’immigration résulte avant tout de la conjoncture économique florissante17, malgré quelques moments difficiles (1867 en particulier). Le parallélisme entre forte immigration et prospérité économique traduit bien le rôle joué par la population belge dans l’essor roubaisien.

    14Le recensement de 1872 estimait la population à près de 76 000 habitants et, en 1896, le nombre était d’environ 125 000 habitants ; la croissance se poursuivit donc avec des taux d’accroissement annuels rarement et de peu inférieurs à 2 %. Sous la IIIe République, le solde naturel resta fort important mais la ville attira moins d’immigrants : leur nombre entre 1873 et 1881 fut quatre fois inférieur à celui de la décennie précédente, réduit de plus de moitié entre 1867-1872 et 1873-1876 ; il baissa encore de 21 % dans les cinq ans suivants. L’immigration ne fournit plus qu’entre 27 et 43 % de la croissance démographique. Il est vrai que, dans l’ensemble, la période fut moins faste d’un point de vue économique que le Second Empire. L’augmentation de la population pendant la IIIe République résulta donc tant de l’accroissement naturel que de l’excédent migratoire. Toutefois, à partir de 1896, de nouvelles tendances se firent jour.

    III. Fin de siècle

    Des retours au pays

    15La population de Roubaix plafonna et tendit même à diminuer (1906-1911). Ce renversement de tendance résulta de la conjugaison de multiples facteurs : réduction de la fécondité, ralentissement des affaires et atténuation, à partir de 1890-1900, de l’attrait salarial pour les ouvriers qualifiés. De même, certains Belges, à l’instar d’autres habitants du Nord, partirent travailler dans d’autres régions de France, dans la région parisienne par exemple, ou même choisirent de franchir l’Atlantique18.

    16Par ailleurs, la fin du xixe siècle fut marquée par le développement en Flandre d’une industrie mécanisée qui retint, en partie, la population ; les villes moyennes qui connurent cet essor industriel se trouvaient jusqu’alors parmi celles qui fournissaient des effectifs assez nombreux d’immigrants : ainsi Courtrai et Thielt en Flandre occidentale, Deinze, Termonde, Grammont, Ninove, Renaix et Tamise en Flandre orientale.

    17Nombre de Belges refluèrent également dans leur pays par refus de devenir Français, au lendemain de la loi sur la nationalité de 1889, loi qui, certes, facilitait la naturalisation mais imposait aussi l’obligation du service militaire19. De même, la nouvelle législation sur le travail qui instaurait une différence en cas d’accident entre les travailleurs selon qu’ils résidaient ou non en France pouvait inciter le patronat à préférer les « frontaliers »20, alors que les transports publics se développaient et que la bicyclette tendait à se diffuser, facilitant ainsi les migrations pendulaires21.

    18La fin de l’accroissement de la population est donc amplement due aux nombreux Belges qui choisirent de résider dans leur pays tout en continuant à travailler à Roubaix. Il est difficile d’en connaître le nombre. Une enquête demandée par le Ministre belge des Affaires Etrangères en 1888 estimait à 6 000 le nombre d’ouvriers belges venant quotidiennement travailler dans l’agglomération de Roubaix-Tourcoing auxquels s’ajoutaient 4 000 autres venant pour la semaine ; on comptait, pour Roubaix, en 1903, 51 083 Belges fixés et 1 805 frontaliers quotidiens et 52 071 et 1 588 en 190422.

    19Le travail frontalier, phénomène ancien, évident dès le milieu du xixe siècle, prit une ampleur fort notable dans les deux dernières décennies23. Le constat est identique pour Tourcoing et l’évolution de la population d’une commune proche comme Mouscron le confirme aussi24. Expliquer l’essor du travail frontalier, c’est évoquer le coût de la vie plus faible en Belgique, alors que les salaires français restaient plus élevés et que le change était favorable au franc français ; le problème du logement, en particulier, ne se posait pas dans les mêmes termes ; il faut ajouter la moindre durée et la moindre pénibilité des conditions de travail de ce côté de la frontière. Les frontaliers profitaient donc d’un certain nombre d’avantages mais ils étaient aussi plus que les Belges de Roubaix, qui eux participaient pleinement à la vie économique de la cité, atteints par les comportements xénophobes des populations locales ; il faut donc imaginer des Belges choisissant de « rentrer au pays » pour de multiples raisons plutôt que des Belges simplement chassés de Roubaix par une hostilité croissante envers eux.

    20Il est vrai que l’attitude du patronat était très ambiguë : les responsables de la Chambre de Commerce de Roubaix refusèrent la prolongation du tramway jusqu’à la frontière : C’est une grande facilité qui va être donnée aux ouvriers belges pour venir concurrencer les ouvriers français sur notre territoire même. Ils pourront venir le matin avec tout ce qui leur est nécessaire et s’en retourner le soir sans laisser à nos compatriotes une parcelle de leur gain. Ces lignes sont donc contraires aux intérêts des ouvriers et du petit commerce de Roubaix, comme elles sont contraires à l’intérêt national25. Le patronat pouvait aussi faire entendre un tout autre discours, qui allait dans le sens de la réduction du nombre des Belges résidant à Roubaix. Le Président de la Chambre de Commerce de Roubaix défendait ainsi l’ouvrier frontalier : L’ouvrier étranger est pour notre région une main-d’œuvre indispensable, en même temps qu’il est pour l’industrie une facilité en temps de chômage ; l’ouvrier s’en retournant alors dans son pays et n’étant pas de ce fait à la charge de la commune, il ne fait pas concurrence à l’ouvrier à demeure fixe ; puis, quand le travail reprend, il revient à nouveau26.

    Place à l’agglomération

    21Mais l’évolution de la population de Roubaix ne peut se comprendre si elle n’est pas replacée dans l’ensemble de l’agglomération (cf. Graphique II.4). Tourcoing, en effet, poursuivit sa croissance démographique, passant de 73 353 habitants en 1896 à 82 644 en 1911 (+ 12,7 %)27. Il y eut peut-être une redistribution de la population entre les deux villes. Si la population de Roubaix stagnait à la veille de la première Guerre Mondiale, c’était aussi parce que la ville se retrouvait environnée de banlieues, enserrée dans une véritable agglomération en croissance continue.

    22En effet, la progression de Roubaix fut tout au long du siècle d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrivit dans la naissance d’une véritable métropole si l’on englobe Lille. Ainsi, dès le premier xixe siècle, les communes limitrophes grandirent pour devenir de véritables villes-satellites de Roubaix : de 1820 à 1846, l’augmentation fut de 78 % à Wattrelos, de 63 % à Croix. L’essor se poursuivit jusqu’en 1911 : avec les 29 000 Wattrelosiens, les 17 600 Croisiens et les 7 000 Wasquehaliens, c’était une véritable nébuleuse urbaine de 200 000 habitants qui s’était formée autour de Roubaix sans compter les quelque 140 000 habitants dans l’aire d’influence de Tourcoing (cf. Annexe II.3).

    Graphique II.4. Roubaix, Tourcoing et l’agglomération roubaisienne de 1801 à 1911

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    23Cet essor est, bien sûr, indissociable du dynamisme du textile roubaisien ; certains des résidents de ces communes travaillaient en effet pour Roubaix, soit à domicile, soit en y venant chaque jour. La mairie, en 1879, envoya un questionnaire à quelques municipalités proches pour connaître le nombre d’ouvriers industriels en 1876, le nombre d’ouvriers travaillant à Roubaix la semaine, le nombre de ceux travaillant chez eux pour Roubaix. Certaines réponses sont connues : il y avait à Leers 1 267 ouvriers dont 112 travaillant à Roubaix la semaine et 400 à domicile comme 700 des 2 204 ouvriers recensés à Lys ; enfin, 2 200 des 6 214 ouvriers de Wattrelos se rendaient à Roubaix tous les jours, 3 200 travaillaient à façon à domicile, 600 travaillaient dans le tissage Leclercq-Dupire, firme roubaisienne installée à Wattrelos, soit au minimum 45 % des ouvriers travaillant directement pour Roubaix, minimum dans la mesure où nombre de ceux qui travaillaient à domicile dépendaient aussi de Roubaix28. De fait, l’espace de la Fabrique existait toujours en cette fin de siècle malgré la concentration usinière et n’avait pas empêché une croissance démographique exceptionnelle tout au long du siècle.

    IV. Roubaix, un cas unique ?

    24Quel modèle retenir pour juger de la croissance roubaisienne : villes anciennes aux fonctions administratives et commerciales traditionnelles, villes créées ex-nihilo ? Dans l’absolu et pour être totalement valable, la comparaison ne devrait concerner que des villes ayant connu une histoire économique identique à celle de Roubaix, c’est-à-dire le passage d’une manufacture dispersée à une concentration usinière poussée. On ne peut que resituer la croissance de Roubaix dans des espaces de plus en plus vastes.

    La première dans le Nord

    25Avec la plus forte des croissances des villes du Nord, Roubaix devint, dès 1846, la deuxième ville du département, devançant tant les plus anciennes (Valenciennes ou Cambrai) que sa jumelle Tourcoing (cf. Graphique II.5)29. Dans un département dont la population augmenta plus que la moyenne nationale30, dans un arrondissement, celui de Lille, qui progressa plus que l’ensemble du département, Roubaix marqua sa différence par une augmentation encore plus exceptionnelle31. Cette progression, fulgurante, la première du département, confirme l’attraction exercée sur les habitants des petites villes industrielles : ainsi, la population d’Armentières ou de Comines augmenta peu au total parce que nombre de leurs habitants s’établirent dans les grandes villes industrielles textiles comme Roubaix, Tourcoing ou Lille mais aussi métallurgiques comme Valenciennes, Denain…

    Graphique II.5. Les 10 plus grandes villes du Nord en 1801 : croissance entre 1801 et 1911

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    L’exception nationale

    26Exceptionnel par rapport au Nord, le développement roubaisien le fut également si on le compare avec l’ensemble des villes françaises. La croissance annuelle de la population urbaine en France, entre 1806 et 1911, fut en moyenne de 1,22 %, contre 12,04 % à Roubaix ; dans la première moitié du siècle, elle fut de 1,2 % entre 1806 et 1851, mais atteignit 1,47 % entre 1831 et 1836 et même 2,32 % entre 1841 et 184632. Le rythme de progression fut ensuite relativement lent, résultant du seul solde migratoire car l’excédent naturel était faible ; il y eut même des périodes déficitaires (1854-1858, 1869-1873 et 1904-1908) alors qu’entre 1884 et 1888 la croissance fut simplement nulle33. En revanche, à Roubaix, il fallut attendre l’extrême fin du siècle pour constater un recul de la population.

    27L’expansion roubaisienne est donc bien atypique dans l’espace français. L’atlas réalisé par G. Dupeux permet de confronter le cas roubaisien à celui de quelques villes industrielles entre 1811 et 191134. Alors que la population urbaine française était multipliée par 3,3, la seule population agglomérée de Roubaix l’était par 26 (pour la population totale, elle fut multipliée par 15 entre 1801 et 1911). Un tel rythme de progression la plaça en tête, loin devant toutes les autres villes textiles, comme devant les villes de la métallurgie (cf. Graphique II.6 et Graphique II.7).

    Graphique II.6. Roubaix et des villes textiles de 1811 à 1911

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    Graphique II.7. Roubaix et des villes métallurgiques de 1811 à 1911

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    28La croissance rapide du Creusot35 commença à partir de 1836 ce qui peut expliquer les rythmes de progression réellement exceptionnels du milieu du siècle, nettement supérieurs à ceux de Roubaix (+ 57,1 % entre 1841 et 1846 et + 65,7 % de 1851 à 1856 contre 24,42 % et 25,76 %) ; dans la deuxième moitié du siècle, le développement fut plus heurté avec même des phases de régression (1866-1872, 1881-1886 et 1896-1901). La population de Montceau-les-Mines, quant à elle, augmenta surtout entre 1856 et 1872 à raison de 10 % par an, soit presque le double du taux roubaisien (en moyenne + 5,87 % par an de 1856 à 1872). Exceptionnelle fut aussi la croissance de Saint-Etienne : déjà nombreuse en 1811, la population stéphanoise agglomérée fut multipliée par 7 en un siècle (132 244 habitants en 1911)36 ; la croissance roubaisienne fut donc supérieure.

    29La comparaison n’est valide qu’avec les villes d’industrialisation récente car, de toute façon, les grandes villes d’industrie plus ancienne ont connu un rythme de développement plus lent encore au xixe siècle : on l’a vu avec Lille, ce fut aussi le cas de Lyon ou de Rouen. Si la croissance roubaisienne se singularise dans l’espace français, en revanche elle évoque plutôt certains modèles européens.

    La norme européenne

    30Dans ce voyage qui nous mène sur la trace de la croissance des villes industrielles, trois étapes s’imposent : Belgique, Allemagne et Royaume-Uni.

    31La proximité et l’origine de très nombreux Roubaisiens nous conduisent d’abord en Belgique. La comparaison avec Verviers37 est d’autant plus intéressante que cette ville présentait une double similitude avec Roubaix : le même profil industriel et une population de départ équivalente (10 659 en 1806). En 1846, le nombre de Verviétois avait déjà plus que doublé et le rythme d’accroissement fut identique dans le second xixe siècle (cf. Graphique II.8) ; Roubaix, au contraire, avait, au long du xixe siècle, triplé par deux fois. Seraing, ville sidérurgique, la ville de John Cockerill, comptait environ 2 000 habitants au début du xixe siècle mais plus de 40 000 habitants en 1910, soit 20 fois plus. L’ensemble du bassin sérésien connut d’ailleurs un quadruplement dans la deuxième moitié du siècle38. Au cours de la même période, certaines villes minières et sidérurgiques connurent également des croissances exceptionnelles comme Marcinelle dont l’accroissement entre 1846 et 1896 dépassa 475 % ou Châtelineau, dans l’agglomération de Charleroi, qui enregistra durant la même période une progression de plus de 400 %39. C’est d’ailleurs l’ensemble du bassin de Charleroi qui profita de cet essor rapide, conséquence du développement économique. Toutefois, si les rythmes sont comparables, la taille des villes resta fort modeste et sans commune mesure avec le « Manchester français ». L’étape belge renforce donc l’impression d’une croissance exceptionnelle pour Roubaix.

    Graphique II.8. Roubaix et Verviers : croissance de 1806 à 1911

    Image 10000000000001C2000001D1F2554B6FE4D19B03.jpg

    32Pour ce qui est de l’Allemagne, comprise dans les limites de 1871, il faut garder à l’esprit son impressionnante croissance démographique, passant de 23,5 à 38 millions entre 1816 et 1865 (+ 60 %) ; en 1871, le nouvel Etat comptait 41,167 millions d’habitants et 64,926 millions en 191040, soit une nouvelle hausse de 58 %. Les exemples de croissance-record sont donc aussi plus fréquents, en particulier dans la Ruhr : ainsi Essen dont la population fut multipliée par plus de 73 en un siècle (de 4 000 en 1800 à 295 000 habitants en 1910) et Duisbourg dont le rythme d’accroissement fut encore plus rapide (3 000 habitants en 1800 et 331 000 en 1910, soit 110 fois plus)41.

    33Krefeld, centre industriel de la soierie, connut, elle aussi, une progression rapide : 14 373 habitants en 1816 et une croissance accélérée ensuite, avec des taux annuels supérieurs à 3 % pour les années 1831-1845 et 1851-186042, tout à fait comparables donc à ceux de Roubaix. Il n’en alla plus de même par la suite, puisque les années 1861-1865, en particulier, permirent à Roubaix de distancer la ville de la soie.

    34Les villes jumelles de Barmen et Elberfeld situées dans la vallée de la Wupper, le « Manchester allemand » des années 1840, représentent un autre exemple de croissance-record : elles comptaient 40 000 habitants en 1816 et 298 907 en 1900 soit 7 fois plus43. L’industrie textile fut à l’origine de cet essor remarquable. Mais, là aussi, la comparaison renforce le caractère exceptionnel de la croissance roubaisienne. C’est seulement si l’on confronte Roubaix et Tourcoing aux deux villes allemandes que les évolutions sont parallèles (cf. Graphique II.9).

    Graphique II.9. Roubaix, Tourcoing et Barmen-Elberfeld

    Image 10000000000001600000015967D8B55E102E9AC9.jpg

    35Les exemples allemands ne démentent guère les conclusions tirées à propos de la Belgique. En revanche, le passage dans les îles britanniques nous oblige à les nuancer.

    36Quelles villes choisir dans ce pays où la population urbaine était alors nettement plus nombreuse qu’en France ? Manchester ? Mais elle comptait déjà 18 000 habitants en 1750, 84 000 en 1800 et 303 000 habitants en 1850. Leeds ? Mais on y dénombrait 16 000 habitants en 1750, 53 000 en 1800 et 172 000 un demi-siècle plus tard44. Dans les deux cas, les rythmes d’accroissement furent assez semblables à celui de Roubaix ; cependant l’importance des effectifs, due à une croissance plus précoce, rend la comparaison délicate.

    37Faut-il confronter Roubaix aux villes-champignons ? Middles-borough45 en est un bel exemple : 4 maisons et 25 habitants en 1801, 5 463 habitants en 1841, 19 416, 20 ans plus tard et 91 302 habitants en 1901 soit une population multipliée par 16 entre 1841 et 1901 et une progression moyenne de 26 % par an ! ! ! Bradford46 est plus intéressante : grand centre textile, sa population, à l’aube du xixe siècle, était à peine supérieure à celle de Roubaix. Si les rythmes de croissance roubaisiens étaient de peu inférieurs à ceux de Bradford tout au long du xixe siècle, ce n’est qu’à partir de 1891, lorsque la progression roubaisienne fut brisée, que le fossé s’accrut réellement entre les deux centres, laissant Roubaix loin des 288 000 habitants de cette ville qui, en 1911, fait figure de géant face à Roubaix (cf. Graphique II.10).

    Graphique II.10. Roubaix et Bradford 1801-1911

    Image 10000000000001C20000015D5B163001A1953605.jpg

    38Gros bourg en 1740, Roubaix était donc devenue, en 1911, après une croissance rapide, surtout sous le Second Empire, une véritable ville, l’une des plus importantes villes françaises. Si dans la région lyonnaise, au milieu du xixe siècle, c’était le travail qui allait aux hommes47, ce fut le contraire à Roubaix : en effet, de plus en plus nombreux, depuis 1815-1820, furent les hommes et les femmes qui s’installèrent à Roubaix bien que l’industrie continuât, en partie, à aller vers eux, dans le cadre du travail à domicile. Certes, la population augmenta du fait de l’excédent naturel ; mais, sans essor industriel, Roubaix n’aurait pas autant attiré les migrants, les Belges en particulier. Pour mieux connaître encore ce pôle d’attraction que fut Roubaix, il convient d’étudier ces populations migrantes, essentiellement à partir de celles qui choisirent de se marier à Roubaix.

    Annexe II.1. Évolution de la population de roubaix de 1764 à 1911

    Années

    Population

    1764

    7415

    AN VIII

    8091

    AN XI

    8704

    1806

    8998

    1820

    12187

    1826

    13132

    1831

    18187

    1836

    19455

    1841

    24638

    1846

    30858

    1851

    34456

    1856

    39180

    1861

    49274

    1866

    64706

    1872

    75987

    1876

    83697

    1881

    91757

    1886

    100299

    1891

    114917

    1896

    124661

    1901

    124365

    1906

    121017

    1911

    122723

    Annexe II.2. Les rythmes de la croissance de la population de roubaix de 1764 à 1911

    Années

    % d’accroissement entre 2 recensements

    % d’accroissement par an

    1764-1789

    15,43

    0,62

    1789-1800

    -5,47

    -0,5

    1800-1801

    0,74

    0,74

    1801-1803

    6,78

    3,39

    1803-1806

    3,38

    1,13

    1806-1814

    -5,53

    -0,69

    1814-1820

    43,38

    7,23

    1820-1826

    7,75

    1,29

    1826-1831

    38,49

    7,7

    1831-1836

    6,97

    1,39

    1836-1841

    27,48

    5,5

    1841-1846

    24,42

    4,88

    1846-1851

    12,44

    2,49

    1851-1856

    12,92

    2,58

    1856-1861

    25,76

    5,15

    1861-1866

    31,32

    6,26

    1866-1872

    17,43

    2,91

    1872-1876

    10,1

    2,02

    1876-1881

    9,68

    1,94

    1881-1886

    9,31

    1,86

    1886-1891

    14,57

    2,91

    1891-1896

    8,48

    1,7

    1896-1901

    -0,24

    -0,05

    1901-1906

    -2,69

    -0,54

    1906-1911

    1,41

    0,28

    Annexe II.3 Carte de l’agglomération en 1898

    Image 10000000000003170000042DDA061C6CCF990D56.jpg

    Carte au 1/80 000e, Fonds privé de l’Institut Catholique de Lille

    Notes de bas de page

    1 Eventuellement corrigées comme pour 1764 : ce nombre « officiel » de 7 489 habitants, noté à la fin du dénombrement accompagné de la mention « Résumé 1861 », est le résultat d’un calcul fait, sans doute, par Leuridan (1863 et 1866) ; or si l’on fait soigneusement les comptes à partir du document conservé aux Archives de Roubaix, publié en 1911 (AMR, BB-17 et Mémoires de la Société d’Emulation de Roubaix, 1911), on aboutit à 7 415 habitants (sans tenir compte de la femme qui résidait à Lille ni de l’expatrié, du prisonnier à Gand, ni du mort). Cet écart représente une marge d’erreur d’environ 1 %, en définitive négligeable. Il y eut, de la part de l’archiviste, une certaine surestimation dont je n’ai pu déterminer l’origine.

    2 Pour le détail méthodologique, voir la version dactylographiée La Population de Roubaix 1740-1889 : une croissance exceptionnelle, Lille III, 1996, 1 263 p.

    3 G. Dupeux, 1982.

    4 Pour 1814, il s’agit d’une estimation de 8 500 habitants non compris les passagers et les militaires aux armées, AMR, F V 1/89 ; cf. annexe II.2.

    5 La production du molleton étant illégale en France, certains fabricants s’installèrent de l’autre côté de la frontière à Mouscron, Luingne ou Herseaux.

    6 J.-P. Bardet, 1983.

    7 AMR, F I b1/10.

    8 ADN, placard 8351/16.

    9 En effet, les naissances et décès enregistrés donnent des taux de natalité et de mortalité trop faibles pour une population de 12 000 habitants. La réponse au questionnaire semble donc plus proche de la réalité, d’autant plus que les chiffres donnés pour les naissances, mariages et décès survenus en 1789 correspondent à mes propres comptages.

    10 AMR, F V 1/89.

    11 Si l’on observe les années 1814-1820, l’excédent migratoire serait de 2 661 personnes ; or le registre des entrées et sorties pour les seules années 1817 à 1820 ne fait apparaître que 1 431 entrées. Je ne tiens pas compte des sorties pour lesquelles l’enregistrement reste peu fiable, AMR, 1 F 3/1.

    12 La population accueillit fort mal les mesures concernant l’Église et resta fidèle au clergé réfractaire (il y eut même des incidents lors de l’arrivée du clergé constitutionnel) ; certaines familles émigrèrent.

    13 Il est vrai que la ville ne fut pas exempte d’atteintes épidémiologiques, par exemple le choléra en 1832.

    14 L. Machu, 1956.

    15 S. Pasleau, 1993 et 1998.

    16 V. Aelbrecht, 1987.

    17 La convention franco-belge de 1852 qui facilitait l’admission des ouvriers ayant un livret ouvrier en règle accrut sans nul doute l’arrivée des Belges.

    18 J. Dupâquier, 1991 ; F. Delgrange-Vancomerbeke, 1955.

    19 V. Aelbrecht (1987) rapproche aussi ce départ de mesures concernant les pigeons voyageurs, prises dans le contexte de l’Affaire Dreyfus : la circulaire du 12 juillet 1897 interdit en effet aux étrangers […] habitant les départements frontières, de détenir, d’élever et de recevoir des pigeons voyageurs, Collection des actes de la Préfecture du département du Nord, Lille, t. XCIII, 1897, p. 138-139. Pour l’ensemble du pays, Robert André et José Pereira-Roque (1974) estiment à 4 000 les retours de Belges en 1885, plus de 6 000 en 1892 et 10 000 en 1898 dont les deux tiers en provenance de France.

    20 La loi du 9 avril 1898 sur l’indemnisation des accidents du travail ne reconnaissait aucun droit au frontalier. Pourtant, au nom de la morale et du patriotisme, la Chambre de Commerce de Roubaix la trouva peu satisfaisante : le fait d’augmenter les charges de l’industriel qui occupe des pères de famille français constitue une véritable prime au profit des célibataires et des ouvriers étrangers, ADN, 79 J 9, Séance du 25 janvier 1899. Le terme de frontalier apparaît en 1928.

    21 Depuis le 14 novembre 1842, le chemin de fer entre Lille et la frontière permettait à Roubaix d’être reliée à la Belgique. A la fin du siècle, les correspondances entre les deux réseaux s’amélioraient tandis qu’apparaissaient les abonnements ouvriers.

    22 A.A.E.B. no 3289, citée par F. Lentacker, 1974 ; V. Aelbrecht, 1987.

    23 M. Verhoyen, 1949.

    24 De 1890 à 1910, la population augmenta de 8 751 habitants, B. Verhaeghen (1961). Elle comptait 22 515 habitants en 1910, soit 63,6 % d’augmentation en 20 ans, H. Hasquin, R. Van Uyten, J-M. Duvosquel (éd.), 1980. Voir aussi J. Debaes et R. Vandenberghe, 1991.

    25 ADN, 79 J 62, Séance du 8 août 1900, sur la question des tramways.

    26 ADN, 79 J 66, f. 1, réponse au questionnaire de la Commission d’enquête parlementaire de l’industrie textile, 1904 : question no 5.

    27 ADN, Annuaire Statistique du département du Nord, 2151/95 et 2151/110.

    28 AMR, F V-7/159. On sait aussi que, déjà en 1856, la mairie de Comines délivrait une centaine de livrets ouvriers pour des travailleurs employés en dehors de la ville dont une cinquantaine travaillant chez Pierre Catteau, industriel cominois installé à Roubaix (A. Schoonheere, 1984).

    29 ADN, Annuaire Statistique du département du Nord, 2151/1 à 2151/110.

    30 Le département comptait 794 872 habitants en 1801 et 1 158 285 habitants en 1851 soit une croissance de 45,72 % (ADN, Annuaire Statistique du département du Nord, 2151/1 p. 4 et 2151/49 p. 209) alors que la population française augmentait de 30,8 % (J. Dupâquier, (dir.), 1988). De 1851 à 1911, la hausse fut de 10,7 % pour la population française et de 69,4 % pour celle du Nord (ADN, Ravet-Anceau, 1912, t. 1, p. 8.).

    31 Ch. Petillon, 1997.

    32 R. Le Mée, 1989. La croissance de 1841 à 1846 est en partie due à une sous-estimation lors du recensement de 1841 pour des raisons avant tout fiscales.

    33 A. Armengaud, 1975.

    34 G. Dupeux (1981) ne considère que la seule population agglomérée ; nous avons donc pris, pour rendre les comparaisons valables, les mêmes données pour Roubaix, d’où les différences avec les chiffres cités précédemment.

    35 F. Meunier-Vonne, 1985.

    36 G. Dupeux, 1981 ; J.-P. Burdy, 1989.

    37 Cl. Desama, 1985 ; M. Oris, 1994.

    38 S. Pasleau, 1993 et 1998 et H. Hasquin (dir.), 1980.

    39 P. Lebrun, 1972 et C. Dumont, 1994.

    40 J. Reulecke, 1985.

    41 P. Bairoch, J. Batou, P. Chèvre, 1988.

    42 P. Kriedte, 1992.

    43 P. Jardin, 1994. La population allemande dans le même temps fut multipliée par 2,27, celle des provinces rhénanes par 3,02.

    44 P. Bairoch, J. Batou, P. Chèvre, 1988.

    45 A. Briggs, 1990.

    46 B. R. Mitchell, 1962.

    47 Y Lequin, 1977.

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    1 Eventuellement corrigées comme pour 1764 : ce nombre « officiel » de 7 489 habitants, noté à la fin du dénombrement accompagné de la mention « Résumé 1861 », est le résultat d’un calcul fait, sans doute, par Leuridan (1863 et 1866) ; or si l’on fait soigneusement les comptes à partir du document conservé aux Archives de Roubaix, publié en 1911 (AMR, BB-17 et Mémoires de la Société d’Emulation de Roubaix, 1911), on aboutit à 7 415 habitants (sans tenir compte de la femme qui résidait à Lille ni de l’expatrié, du prisonnier à Gand, ni du mort). Cet écart représente une marge d’erreur d’environ 1 %, en définitive négligeable. Il y eut, de la part de l’archiviste, une certaine surestimation dont je n’ai pu déterminer l’origine.

    2 Pour le détail méthodologique, voir la version dactylographiée La Population de Roubaix 1740-1889 : une croissance exceptionnelle, Lille III, 1996, 1 263 p.

    3 G. Dupeux, 1982.

    4 Pour 1814, il s’agit d’une estimation de 8 500 habitants non compris les passagers et les militaires aux armées, AMR, F V 1/89 ; cf. annexe II.2.

    5 La production du molleton étant illégale en France, certains fabricants s’installèrent de l’autre côté de la frontière à Mouscron, Luingne ou Herseaux.

    6 J.-P. Bardet, 1983.

    7 AMR, F I b1/10.

    8 ADN, placard 8351/16.

    9 En effet, les naissances et décès enregistrés donnent des taux de natalité et de mortalité trop faibles pour une population de 12 000 habitants. La réponse au questionnaire semble donc plus proche de la réalité, d’autant plus que les chiffres donnés pour les naissances, mariages et décès survenus en 1789 correspondent à mes propres comptages.

    10 AMR, F V 1/89.

    11 Si l’on observe les années 1814-1820, l’excédent migratoire serait de 2 661 personnes ; or le registre des entrées et sorties pour les seules années 1817 à 1820 ne fait apparaître que 1 431 entrées. Je ne tiens pas compte des sorties pour lesquelles l’enregistrement reste peu fiable, AMR, 1 F 3/1.

    12 La population accueillit fort mal les mesures concernant l’Église et resta fidèle au clergé réfractaire (il y eut même des incidents lors de l’arrivée du clergé constitutionnel) ; certaines familles émigrèrent.

    13 Il est vrai que la ville ne fut pas exempte d’atteintes épidémiologiques, par exemple le choléra en 1832.

    14 L. Machu, 1956.

    15 S. Pasleau, 1993 et 1998.

    16 V. Aelbrecht, 1987.

    17 La convention franco-belge de 1852 qui facilitait l’admission des ouvriers ayant un livret ouvrier en règle accrut sans nul doute l’arrivée des Belges.

    18 J. Dupâquier, 1991 ; F. Delgrange-Vancomerbeke, 1955.

    19 V. Aelbrecht (1987) rapproche aussi ce départ de mesures concernant les pigeons voyageurs, prises dans le contexte de l’Affaire Dreyfus : la circulaire du 12 juillet 1897 interdit en effet aux étrangers […] habitant les départements frontières, de détenir, d’élever et de recevoir des pigeons voyageurs, Collection des actes de la Préfecture du département du Nord, Lille, t. XCIII, 1897, p. 138-139. Pour l’ensemble du pays, Robert André et José Pereira-Roque (1974) estiment à 4 000 les retours de Belges en 1885, plus de 6 000 en 1892 et 10 000 en 1898 dont les deux tiers en provenance de France.

    20 La loi du 9 avril 1898 sur l’indemnisation des accidents du travail ne reconnaissait aucun droit au frontalier. Pourtant, au nom de la morale et du patriotisme, la Chambre de Commerce de Roubaix la trouva peu satisfaisante : le fait d’augmenter les charges de l’industriel qui occupe des pères de famille français constitue une véritable prime au profit des célibataires et des ouvriers étrangers, ADN, 79 J 9, Séance du 25 janvier 1899. Le terme de frontalier apparaît en 1928.

    21 Depuis le 14 novembre 1842, le chemin de fer entre Lille et la frontière permettait à Roubaix d’être reliée à la Belgique. A la fin du siècle, les correspondances entre les deux réseaux s’amélioraient tandis qu’apparaissaient les abonnements ouvriers.

    22 A.A.E.B. no 3289, citée par F. Lentacker, 1974 ; V. Aelbrecht, 1987.

    23 M. Verhoyen, 1949.

    24 De 1890 à 1910, la population augmenta de 8 751 habitants, B. Verhaeghen (1961). Elle comptait 22 515 habitants en 1910, soit 63,6 % d’augmentation en 20 ans, H. Hasquin, R. Van Uyten, J-M. Duvosquel (éd.), 1980. Voir aussi J. Debaes et R. Vandenberghe, 1991.

    25 ADN, 79 J 62, Séance du 8 août 1900, sur la question des tramways.

    26 ADN, 79 J 66, f. 1, réponse au questionnaire de la Commission d’enquête parlementaire de l’industrie textile, 1904 : question no 5.

    27 ADN, Annuaire Statistique du département du Nord, 2151/95 et 2151/110.

    28 AMR, F V-7/159. On sait aussi que, déjà en 1856, la mairie de Comines délivrait une centaine de livrets ouvriers pour des travailleurs employés en dehors de la ville dont une cinquantaine travaillant chez Pierre Catteau, industriel cominois installé à Roubaix (A. Schoonheere, 1984).

    29 ADN, Annuaire Statistique du département du Nord, 2151/1 à 2151/110.

    30 Le département comptait 794 872 habitants en 1801 et 1 158 285 habitants en 1851 soit une croissance de 45,72 % (ADN, Annuaire Statistique du département du Nord, 2151/1 p. 4 et 2151/49 p. 209) alors que la population française augmentait de 30,8 % (J. Dupâquier, (dir.), 1988). De 1851 à 1911, la hausse fut de 10,7 % pour la population française et de 69,4 % pour celle du Nord (ADN, Ravet-Anceau, 1912, t. 1, p. 8.).

    31 Ch. Petillon, 1997.

    32 R. Le Mée, 1989. La croissance de 1841 à 1846 est en partie due à une sous-estimation lors du recensement de 1841 pour des raisons avant tout fiscales.

    33 A. Armengaud, 1975.

    34 G. Dupeux (1981) ne considère que la seule population agglomérée ; nous avons donc pris, pour rendre les comparaisons valables, les mêmes données pour Roubaix, d’où les différences avec les chiffres cités précédemment.

    35 F. Meunier-Vonne, 1985.

    36 G. Dupeux, 1981 ; J.-P. Burdy, 1989.

    37 Cl. Desama, 1985 ; M. Oris, 1994.

    38 S. Pasleau, 1993 et 1998 et H. Hasquin (dir.), 1980.

    39 P. Lebrun, 1972 et C. Dumont, 1994.

    40 J. Reulecke, 1985.

    41 P. Bairoch, J. Batou, P. Chèvre, 1988.

    42 P. Kriedte, 1992.

    43 P. Jardin, 1994. La population allemande dans le même temps fut multipliée par 2,27, celle des provinces rhénanes par 3,02.

    44 P. Bairoch, J. Batou, P. Chèvre, 1988.

    45 A. Briggs, 1990.

    46 B. R. Mitchell, 1962.

    47 Y Lequin, 1977.

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    Petillon, C. (2006). Chapitre II. Une ville « champignon ». In La population de Roubaix. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.55956
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