Commune villageoise et État dans le contexte allemand, 1750-18501
p. 139-155
Texte intégral
1La communauté villageoise représente dans l’histoire rurale allemande, une institution solide et stable, d’ailleurs reconnue comme conforme à la constitution. Avant tout développement sur le sujet, il importe de nous entendre sur quelques définitions fondamentales
Communes et villages : quelques définitions
2Par village, nous entendons un ensemble social stable, établi sur une assise territoriale et caractérisé par une communication dense et une réelle activité collective. Le sociologue Tönnies conçoit le village comme une communauté riche en rencontres, pauvre en conflits, donc aux antipodes de l’anonymat et des relations dictées par les intérêts, caractéristiques des sociétés modernes2. Pourtant, la société villageoise connaissait aussi des conflits matériels, confessionnels ou relatifs au statut, ainsi qu’une concurrence individuelle constante, malgré les systèmes de solidarité comme le voisinage. Dans la vie quotidienne se chevauchaient coopération, liens collectifs et individualisation des foyers et des personnes. Les relations commerciales croissantes, l’urbanisation naissante, le renforcement du pouvoir, l’arrivée des crises et la diffusion de l’information contribuèrent à la transformation des sociétés villageoises isolées qui furent intégrées à des systèmes sociaux élargis où les intérêts se différencièrent davantage.
3La commune rurale, quant à elle, constituait l’organisation politique de chaque village. Elle reposait sur la tradition ou les coutumes locales, l’établissement d’institutions ; elle définissait les processus d’intégration et d’exclusion des villageois. En effet, au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, la commune n’était l’organisation que des seuls foyers « ayant droit » ; ce droit d’en faire partie était réglé localement et régionalement, et débattu pour des cas isolés. Comme la commune disposait de ressources propres importantes et décidait de leur répartition, tous les chefs de famille se trouvaient concernés, même ceux qui étaient exclus de toute participation aux décisions.
4Aussi bien le gouvernement (État ou administration féodale à compétences étatiques) que la commune ont créé, à l’époque moderne, les cadres institutionnels de leurs relations. En Allemagne du sud-ouest, le tribunal communal surveillait aussi bien l’attribution des crédits par des personnes extérieures que la moralité des conduites des villageois. Les processus de partage d’héritage étaient minutieusement enregistrés sur la base des inventaires après décès prescrits par l’État, comme cela se passait en Wurtemberg.
5Ainsi est-il logique de considérer la commune d’une part comme le cadre de pratiques sociales courantes, d’autre part comme une association politico-administrative avec ses droits en partie propres, en partie délégués. Ces droits étaient certainement un sujet constant de contestation, dans la mesure notamment où nombre de règles non écrites existaient cependant dans la pratique sociale. Dans la commune, on négociait l’attribution de tel ou tel poste dans l’administration communale, quelle que soit son importance ; ces charges avaient une fonction alimentaire, elles accroissaient aussi le prestige et étaient souvent le reflet d’une position de pouvoir social préexistant. L’importance réelle d’un poste communal (juge, bailli…) était indissociable du contexte et des relations de pouvoir qui y avaient cours. Il s’agissait en particulier de la réglementation de l’économie collective et de la mise aux normes communales des activités et des foyers particuliers.
6La commune rurale se présente, de plus, comme une organisation dotée de compétences propres, parmi lesquelles la levée des impôts d’État et la redistribution de ressources communes notamment liées aux biens communaux et ce selon des critères sociaux constamment mis en cause3.
7En fonction de ces prémices, nous disposons de trois paradigmes pour interroger l’évolution de la relation entre l’État moderne et la commune rurale. Le premier relève du modèle absolutiste et de l ‘ intégration du pouvoir sur le village. Le deuxième met l’accent sur l’autonomie et sur les concepts de communalisme et de résistance. Le troisième repose sur le primat de l’interaction ; il reprend de manière critique les deux premiers et se montre attentif au processus d’échanges entre la bureaucratie étatique et les communes rurales, processus au cours duquel les forces se révèlent constamment contradictoires. C’est à ce troisième schéma que nous nous attacherons, mais en revenant d’abord sur le premier.
La thèse de l’absolutisme
8Les chercheurs ont interprété l’absolutisme selon trois registres : un ordre imposé dans les relations des territoires entre eux ; une organisation seigneuriale locale ; la marque d’une époque de l’histoire européenne. Dans la vision traditionnelle de l’absolutisme, celui-ci supposait que tous les domaines de la vie sociale et tous les corps politiques soient assujettis à un ordre imposé. En théorie, les sujets étaient, dès le service militaire, disciplinés par les « forces centrales » ; les villes se trouvaient soumises aux mêmes schémas. Le monarque concentrait le pouvoir de l’État aux dépens de la participation des différents corps sociaux. L’utilitarisme et le principe de l’action pour le « bonheur commun » étaient censés imprégner la société. Par ailleurs, les exigences fiscales de l’appareil d’État augmentant, l’absolutisme avait un intérêt fondamental à l’augmentation de la productivité économique des sujets, qui devint un but en soi avec le despotisme éclairé. À partir de 1760-1770 environ, l’État absolutiste s’affirma donc comme un système économique hiérarchiquement organisé. Théoriquement, même dans le monde rural, l’administration d’État était perçue comme très présente et s’accompagnait de la mise en place de la société de citoyens4.
9En fait, la recherche récente conçoit davantage l’absolutisme comme un processus de formation de l’État dans le sillage duquel eut lieu une modernisation de la société par l’utilisation d’une « bonne police ». On part aujourd’hui du principe que « les conditions d’exercice de l’autorité devaient constamment être renégociées entre le centre et la périphérie »5. Néanmoins, selon ce modèle renouvelé d’interprétation, l’absolutisme signifie, du point de vue de la société rurale, une série de transformations : la confrontation à des décisions désormais centralisées là où elles étaient auparavant prises localement ; une pression accrue des prélèvements ; des exigences croissantes de transparence ; une adaptation à de nouvelles normes, donc une discipline systématisée, mais aussi une certaine protection face aux autorités féodales. Dans l’ensemble, le modèle absolutiste part d’en haut et privilégie le point de vue central.
10Cette vision s’avère très réductrice de la dynamique historique ; elle ignore résistances et logiques sociales spécifiques6. En fait, l’absolutisme prussien a reconnu la commune rurale comme institution adaptée pour protéger les intérêts de la propriété contre les exigences des puissances féodales locales et l’a en même temps instrumentalisée de plus en plus avec, comme but, le recouvrement des impôts. Dans les régions prussiennes à l’est de l’Elbe, la commune n’était pas reconnue légalement comme institution, à la différence du sud de l’Allemagne. Pourtant, la commune en Prusse orientale joua un rôle important pour permettre à l’État d’imposer sa volonté7 : rôle dans la perception des impôts, dans l’économie rurale et la modernisation de l’économie forestière8 ou encore dans la gestion des crises de subsistances9.
11L’absolutisme ne pouvait pas intervenir efficacement à partir de la seule base rurale, d’ailleurs sa domination s’exerça d’abord sur les élites villageoises. Les liens de clientèle, les réseaux, les échanges élargis et les mariages jouèrent un rôle important dans ce processus. En Hesse rhénane, les élites villageoises développèrent un style de vie propre. Elles avaient, au XIXe siècle, des contacts intensifiés avec des membres de la bourgeoisie et se démarquaient fortement, à l’intérieur du village, des couches inférieures. Elles étaient quasiment en permanence les alliées des fonctionnaires. Elles partageaient avec eux des conceptions bourgeoises sur la raison, le travail, la formation10.
12L’absolutisme put imposer certains projets, comme l’établissement de statistiques pour une meilleure perception de l’impôt. Par contre, il ne put en imposer d’autres, comme l’arrêt de la mendicité publique ou l’utilisation de cheminées maçonnées qui échoua dans la campagne prussienne11. Le partage des biens communaux, qui supposait de définir les droits de propriété et d’usage sur les terres seigneuriales et paysannes, ne put pas même être décrété là où les communes avaient des droits de propriété sur la terre. Les seigneurs devaient alors négocier avec les paysans. La commune, en tant qu’institution de propriétaires, était responsable du partage ou de la liquidation des biens de la communauté donc des biens communaux12. En fin de compte, en raison de ces procédures, il fallut environ cent ans avant que ces partages puissent être généralisés. En même temps se développèrent, au fil du XIXe siècle, des adaptations locales de la réforme et celles-ci n’ont toujours pas fait l’objet de recherche approfondie13. À Minden-Ravensberg en Prusse, ce processus survint dans les années 1830, à la suite d’une alliance entre les paysans propriétaires et la bureaucratie, assortie de l’exclusion des couches inférieures de la paysannerie14. En revanche, en d’autres endroits, celles-ci ayant intérêt au partage des biens communaux, purent l’imposer aux classes possédantes en s’alliant avec la bureaucratie réformatrice. Cette situation se retrouve en certains secteurs aussi bien pour le XVIIIe siècle que le début du XIXe siècle15.
13La propriété, la production agricole et les institutions stables furent protégées par l’absolutisme. Mais à cet égard se profilent les limites du système. Là où il échoua, se développèrent une résistance acharnée et des procès. Les réformes économiques eurent toutes les chances de réussir, là où des innovations et des transformations émergèrent de la société agraire elle-même, comme par exemple dans les régions occidentales de petite culture16. Cette observation conduit à une autre interprétation.
La thèse de l’autonomie
14Elle repose sur l’idée que villes et villages en Allemagne, constituaient une sphère spécifique de pouvoir, dotée d’une administration autonome et forte, quoiqu’affaiblie au XVIIIe siècle. Ce pouvoir était reconnu en droit, avait une efficacité de fait, mais ne signifiait pas pour autant une démocratie communale au sens moderne ; la participation des habitants y était large mais non générale car réservée aux représentants des familles propriétaires17.
15Dans cette perspective, se dessine un « communalisme » reposant sur une tradition de communes autogérées, disposant de leur propre initiative en matière de réglementation, d’institutions, de tribunal et de représentation ; les communes s’y affirment comme acteurs face à l’Autorité et « l’homme du peuple » façonne une institution qu’il porte par ses normes et ses valeurs18. Ainsi faut-il différencier le « communalisme », de la coopérative et du républicanisme. Les organisations de type communaliste existaient dans une configuration historique d’organisation du travail et de l’habitat spécifique : le village. À propos du « communalisme », la question de la conception du politique reste posée. Les critiques de fond à propos des droits des uns et des autres ou des dominants eux-mêmes n’étaient pas clairement formulées. Il est donc difficile de parler de politisation au sens moderne, c’est-à-dire de critiques fondamentales du pouvoir ou de prises de position par rapport aux enjeux nationaux ou non locaux. La résistance paysanne s’orientait vers les affaires publiques supra-locales, uniquement dans des situations extrêmes de soulèvements manifestes, rares à cette époque. On défendait les coutumes ou on faisait passer les nouvelles pratiques dans la mesure où elles étaient conformes à l’intérêt commun. Ainsi, jusque dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le cadre des références « supra-locales », n’était pas la nation, encore moins l’État dans sa globalité, mais plutôt la loyauté envers les représentants du pouvoir établi, à savoir le seigneur du lieu (même fréquemment renouvelé à l’occasion de la sécularisation).
16Or, sous l’Ancien Régime, il était possible d’opposer une résistance juridique aux atteintes contre la communauté en faisant appel aux tribunaux d’Empire ou à ceux de l’État d’appartenance. Les représentants des communes rurales s’appropriaient le savoir nécessaire à ces démarches soit par eux-mêmes, soit par l’intermédiaire d’hommes de loi chargés de la défense de leurs intérêts. Cette résistance aux impôts et aux exigences des administrations, par recours judiciaire, se concentra à l’ouest, au sud et sud-ouest de l’Allemagne. Les recherches sur l’histoire sociale de la résistance paysanne ont montré que les actions locales donnaient systématiquement lieu à une large mobilisation, incluant une partie des familles riches, même si bien souvent celles-ci se retiraient ensuite de ces actions. Globalement, la résistance paysanne-villageoise était d’autant plus violente que les administrations d’État étaient moins efficaces– notamment dans les petits États.
17Robert von Friedeburg avance qu’un front de « protestations communales anti-étatiques » a fini par se former entre 1750 et 1900, en faisant converger les intérêts de groupes multiples, animés par des idéologies communes, comme le refus de l’émancipation des Juifs19. En fait, cette hypothèse repose sur la généralisation de constats locaux. Après 1750, apparurent massivement factions et partitions à l’occasion des actions collectives ou des conflits internes aux villages. Des groupes spécifiques et fluctuants représentaient des intérêts particuliers. En revanche, là où, comme dans le Wurtemberg, les villages présentaient des hiérarchies nettes, avec des droits établis pour les différents groupes, les conflits ouverts étaient plus rares.
18Non seulement les protestations communales, mais aussi les conflits sociaux se déroulaient dans le cadre communal, puisqu’aussi bien les propriétaires-cultivateurs que les journaliers utilisaient des arguments et des valeurs qui se référaient toujours au modèle de l’indépendance économique et de la participation communale. Au fond, ces derniers postulaient une économie de répartition stable, tandis que les autorités et les notables du village étaient déjà passés à une économie dynamique et diversifiée20.
Des paysans actifs mais sans autonomie dans les domaines seigneuriaux à l’est de l’Elbe ?
19Ces dernières années, les historiens ont discuté la capacité des communes paysannes des régions à dominante d’économie domaniale (Gutswirtschaft) à l’est de l’Elbe, à revendiquer et à obtenir, sur les plans juridiques et pratiques, des droits autonomes face aux seigneurs féodaux et aux administrations territoriales.
20On a déjà rappelé à ce sujet la position de Hartmut Harnisch, à savoir que la commune rurale de ces régions reposait sur une base restreinte et apparaissait comme une administration étatique « donneuse d’ordres ». Il se démarque ainsi clairement de la vieille thèse classique, à savoir que la campagne était complètement dans les mains des puissances féodales et princières. Pendant des décennies, la recherche en histoire rurale, aussi bien allemande qu’internationale, présupposait en effet un « dualisme agraire » allemand dont l’un des éléments était ce grand espace à l’est de l’Elbe, où la domination seigneuriale était absolue tant dans la vie quotidienne des sujets qu’en matière de droits. A contrario, des interprétations nouvelles depuis les années 1980 ont souligné la multiplicité des évolutions et l’existence, de ci de là, de domaines caractérisés par des formes de pouvoir plus souples, même à l’est de l’Elbe. Ainsi s’est amorcée la tendance à relativiser fondamentalement le rôle de l’assujettissement domanial et à intégrer dans les analyses la capacité de lutte, de résistance et d’action des sujets. Ces derniers auraient donc, dans leur vie quotidienne, mis sur pied une organisation communale significative quoiqu’en partie informelle. Lieselott Enders est allée très loin dans cette interprétation en prétendant que la commune était, au Haut Moyen Âge, fondamentalement autonome, dans la mesure où « elle réglait ses problèmes internes indépendamment du seigneur », qu’« elle n’était ni un instrument de pouvoir, ni dans la dépendance de l’officier seigneurial et « chef de village », lui-même organe du pouvoir et président du tribunal local ». L’administration du village était donc, comme dans les régions domaniales de l’ouest, « binaire, maire et commune étant des institutions autonomes »21. Mais ensuite, la consolidation et la pénétration de l’économie domaniale auraient fait régresser fortement les communes rurales. Les communes auraient en principe conservé leur capacité juridique et on y aurait intenté des procès contre les seigneurs ; puis, après les guerres du XVIIe siècle et avec l’absolutisme naissant, les évolutions du XVIIIe siècle auraient été ambivalentes : les paysans auraient continué à opposer une résistance contre les corvées qu’ils jugeaient injustifiées ou trop élevées ; la commune aurait subsisté – on trouve déjà cette idée chez Harnisch – et aurait été instrumentalisée par l’État, à des fins militaires entre autres. On peut alors supposer qu’il existait au moins « des espaces libres » de vie communale, que les communes rurales disposaient de quelques compétences spécifiques vis-à-vis de l’intervention des seigneurs et de l’État administratif. Mais la commune paysanne (dans le Brandebourg) n’avait pas de tribunal propre22.
21En fait, il faut partir de l’existence de constellations d’acteurs relativement complexes. Il y avait « opposition et interaction entre paysans, fermiers et margraves », interventions aussi des fonctionnaires domaniaux concernés (Kammerräte). Un consensus pouvait s’établir ou bien les paysans pouvaient échapper aux devoirs et aux normes imposés23. Il ne faut pas généraliser les conflits ; il y en avait peu dans les localités à l’est de l’Elbe (Brandebourg), sauf en cas de force majeure. Le prince y intervenait constamment, parfois même en faveur des paysans. L’étude récente d’Heinrich Kaak montre que les paysans luttaient contre la lourdeur des corvées de manières variées. Ils se rencontraient dans des assemblées et les maires de village soumettaient différentes propositions de loi à la Chambre du margrave de Brandebourg. Certes, les meneurs villageois pouvaient être limogés par les autorités, mais cela ne les empêchait pas de postuler à nouveau. Ces pratiques montrent la confiance dans le recours juridique pour défendre les droits de propriété acquis. La commune paysanne menait ainsi une « vie cachée », dans la mesure où il ne s’agissait jamais d’élargir les compétences communales, mais toujours de faire valoir des préoccupations concrètes24. Il s’agissait, selon H. Kaak, de consolider dans la durée une organisation économique spécifique, ce qui relève d’une stratégie à long terme. S’ils étaient soutenus par le seigneur en place, ils respectaient le cadre politique25. L’enjeu était pour eux de protéger leur propre existence, moins en obtenant des droits de propriété formels qu’en s’assurant des conditions économiques acceptables. En cas de nécessité, les paysans entraient en lutte, « mais il manquait un objectif précis à leur stratégie globale26 ». En définitive, si l’on suit cette argumentation, la commune à l’est de l’Elbe est plus une association d’intérêts de droit privé entre chefs de famille propriétaires qu’une institution de droit public. Mais elle fut, dans une certaine mesure, utilisée et soutenue par l’État.
La thèse de l’interaction
22Avec le concept de « constellation d’acteurs », on aborde un système de relations et d’acteurs multiples, au-delà des seuls État et communes. Une analyse des interactions entre communes d’une part, entre les différents acteurs au sein des communes et de l’État d’autre part doit porter d’abord sur le territoire de la commune rurale, le village. Le village après 1750 n’était absolument pas isolé et dénué de communications extérieures ; il entretenait des liaisons directes avec les villages voisins par les marchés et les liens familiaux ; par ailleurs, les villages étaient intégrés dans des réseaux de communication plus vastes grâce à l’église, aux médias, à la poste et aux routes. L’intensité de ces relations extérieures dépendait de la densité de population, de la proximité des villes, de l’accès aux voies de communication comme le Rhin, du tracé des grandes routes et des relations avec les marchés et les lieux d’embauche.
23Par ailleurs, le village était aussi le théâtre d’un savoir local particulier. Il fallait des années pour accéder à ce savoir en tant qu’étranger, par exemple pour une femme arrivée à l’occasion de son mariage. Les composantes de ce savoir local portaient par exemple sur les conflits entre villages au sujet des frontières communales, sur la répartition complexe de la propriété dans le cadre du système des répartitions de parcelles pour les assolements obligatoires, même après la confection du cadastre qui rend cette répartition publique. Autres éléments de savoirs importants, les relations de parenté : qui possède quoi ? Qui se dispute avec qui ? La transmission orale servait aussi à l’évaluation du savoir social paysan. Il s’agissait encore d’un savoir à portée politique dans le cas des écrits des communes elles-mêmes ou des pasteurs pour des anciennes données foncières, les affaires juridiques et démographiques. Le village était un lieu où presque tous savaient presque tout sur chacun ; où les conflits quotidiens étaient innombrables ; où ceux qui occupaient des charges, comme les pasteurs, s’exposaient à des confrontations directes quand ils voulaient imposer de nouvelles conceptions morales ; où il fallait trouver un médiateur pour imposer de nouvelles normes ou exigences tant des seigneurs que des administrations d’État27.
24Néanmoins, grâce à une certaine mobilité géographique, au système des guildes, surtout grâce à une amélioration des communications avec l’extérieur et au système scolaire, considérablement affermi après 1750, se développèrent dans le village des formes de savoirs venus de l’extérieur, liés à l’introduction de nouveaux produits et méthodes de culture ou à la connaissance des lois par les artisans.
25Dans la plupart des cas, les contacts externes étaient assurés par des élites villageoises ou des administrateurs n’appartenant pas au village, qui suivaient leurs propres intérêts sociaux, et pas seulement les intérêts matériels. Ils cherchaient constamment à assurer à long terme leur propre position et celle de leurs familles28. Un autre groupe intermédiaire était formé par les représentants de l’Église, les seigneurs et les propriétaires terriens, mais aussi les agents des domaines seigneuriaux et autres administrateurs publics, des employés vivant à la campagne.
26L’opinion des ruraux, préexistante aux interactions avec les autorités ou les seigneurs, était influencée par les relations de « clientèle » au sein du village et les liens familiaux. Même là, où officiellement les assemblées communales jouissaient d’un droit démocratique d’autonomie administrative, le pouvoir de l’individu de défendre librement sa position était très limité. Selon les conditions locales, les journaliers, les sans terre étaient exclus des décisions. En Westphalie, les paysans propriétaires réglaient entre eux les affaires communales et représentaient les intérêts du village à l’extérieur. Il faut encore préciser que ce processus d’échanges reposait nécessairement sur la présence physique des interlocuteurs, car les moyens de communication étaient principalement oraux malgré les écrits et les « médias ». Pour réussir, le chargé de cette mission devait être régulièrement présent au village. C’est pourquoi cette responsabilité reposait notamment sur l’autorité de l’Église et la présence du pasteur dans la mesure où les décrets devaient être lus par une autorité villageoise.
27De nouveau, il faut souligner qu’il existait des groupes intermédiaires qui disposaient d’un savoir de plus en plus vaste dépassant le plan local. Ils pouvaient agir localement et régionalement comme les fonctionnaires et les membres des élites villageoises29. Même des paysans peu favorisés socialement pouvaient réussir des actions politiques quand ils coopéraient explicitement au dispositif et s’appropriaient des connaissances pertinentes et le vocabulaire administratif officiel. Ainsi André Holenstein considère que l’État central (composé de princes et d’une bureaucratie émergeante) et les communes rurales entretiennent un rapport de quasi égalité. D’après lui, ce rapport s’intensifia au cours du XVIIIe siècle. A. Holenstein utilise le concept de « Bonne Police » comme but ultime de l’État, pour résumer le développement de l’État et la modernisation de l’ordre social. La « Bonne Police » implique un ordre et une dynamique sociale bien réglés, un état d’équilibre atteint sur la base de valeurs et de normes morales largement sécularisées. Selon A. Holenstein, ce processus relève du concept de « Police » qui suppose un fort rapport de localité, dans la mesure où les « gouvernants » devaient être au courant des situations locales et où « l’application des ordonnances de Police a dû dans chaque commune se développer grâce à l’administration locale »30.
28L’originalité de la recherche sur l’absolutisme à la manière d’Holenstein réside dans l’attention portée aux interactions. Elle prend en compte la publication de milliers d’édits de l’État sur les réformes et la police, qui ne furent pas forcément enregistrés, adaptés et utilisés. Ceci nous ramène à l’observation déjà énoncée : il fallait que les édits soient présentés dans le village par des leaders d’opinion. La deuxième condition importante pour l’efficacité du pouvoir et de l’application de ses décisions était que l’État réformateur, absolutiste et éclairé, développe ses propres instruments d’informations : visites, inspections et voyages par des agents de cet État. Chaque voyage dans un lieu, chaque dossier mettait à jour des problèmes et des faits sociaux supplémentaires que l’on pouvait alors examiner plus à fond dans les services centraux. Mais il y avait aussi une communication « d’en bas », à savoir pétitions, requêtes ou supplications. Celles-ci constituaient, tout au moins, en Wurtemberg, Bavière et pays de Bade-Durlach, un droit garanti pour les sujets. Elles étaient extrêmement nombreuses. Comme les visites, elles étaient pour l’administration à la fois un instrument pour connaître les désirs et les évolutions et un « contrôle en direct ». De plus, les pouvoirs centraux pouvaient, au travers des supplications, contrôler la gestion des fonctionnaires locaux31.
29En outre, il existait une autre institution susceptible de recevoir des comptes rendus et de contrôler, ce sont les tribunaux « des outrages et plaintes » qui avaient des fonctions normatives, punitives et conciliatrices dans le cadre villageois. On voit qu’en Bade, ces tribunaux furent développés dès les années 1770 et qu’ils participaient à un recensement systématique des données socio-économiques (depuis la structure de la propriété jusqu’à la possession de bétail, de la culture du trèfle aux amendements du sol, de la taxe sur le pain à la rémunération des employés communaux). En échange, les administrations d’État cherchaient à utiliser cette institution pour mettre en œuvre les réformes agraires.
30Généralement, la bureaucratie éclairée voulait mettre de l’ordre, éliminer la corruption, renforcer l’efficacité et tendre vers une prospérité économique reposant sur l’économie de marché. Pour cela, elle utilisait aussi le vocabulaire mis à sa disposition et jaugeait le monde rural à l’aune de valeurs qui débouchaient toujours sur le même diagnostic : l’intervention du pouvoir central était nécessaire et même indispensable32. Il n’en demeure pas moins que l’administration d’État dépendait aussi en grande partie de la participation des communes. En somme, on voit que la pratique de la « Police » se situait entre stabilisation et modernisation de la société, que même déjà avant 1800, des administrations d’État, pour obtenir quelque chose, durent considérablement tenir compte de la participation communale, c’est-à-dire adapter des normes générales au contexte de collectivités locales particulières33.
« Media » et communication comme facteurs historiques
31Le savoir est conservé à la fois dans la mémoire collective et par chaque individu. La mémoire collective peut se perpétuer dans la longue durée sur un mode sélectif ; celle des individus est volatile car limitée à leur vie. En conséquence de quoi, on peut se poser la question des supports de conservation de la mémoire villageoise et de ses relations stratégiques avec l’État, donc des médiations et des « média » mis en œuvre de part et d’autre34.
32Pour les régions rurales des XVIIIe et XIXe siècles, on peut envisager un haut niveau de maîtrise de l’écrit, nécessaire aussi bien dans la confrontation quotidienne avec les autorités que dans les actions à long terme. La maîtrise de l’écrit était aussi une compétence culturelle nécessaire pour participer à des cercles politiques. Certains individus maniaient l’écrit de façon pragmatique et efficace35 ; ainsi, au delà des échanges oraux, était-il possible de consolider des coopérations par la voie écrite. Néanmoins, cette maîtrise de l’écrit était développée inégalement selon les territoires, les couches sociales et le sexe. On peut aussi constater des différences sensibles entre ville et campagne36.
33Les pétitions rassemblant des signatures, les mandats octroyés aux représentants d’intérêts particuliers étaient une forme particulière d’écrits ; cette pratique rurale de l’écrit n’était que rarement individuelle, elle s’inscrivait dans le champ de la communication familiale et villageoise, où l’écrit et l’oral pouvaient être interprétés de diverses façons et portés à la connaissance de tous. Quelques formes d’écrits – par exemple les journaux – parvenaient à une partie des habitants par la restitution orale d’autres habitants.
34Cette compétence de lecture et d’écriture transparaît aussi dans la commercialisation de la production agricole. Elle s’élargit après 1750 en raison du processus de division accrue du travail à la campagne, d’une industrialisation et d’une urbanisation naissantes et de l’acquisition croissante de biens de consommation et de marchandises de luxe. Des foyers familiaux entrèrent en relation étroite avec des marchés locaux ou régionaux, y compris urbains, ce qui renforça l’importance de l’écrit. L’expérience temporaire de la ville, la proto-industrialisation, la volonté de commercialiser les produits fortifièrent les compétences écrites. L’administration d’État elle-même progressa dans sa propre production écrite avec des dossiers, des rapports et des enquêtes ; l’instrument de la statistique et les cadastres fiscaux jouaient à cet égard un rôle particulier.
35Néanmoins, il fallut des décennies avant que des pratiques effectives se développent et que le responsable de la commune soit lui-même en mesure d’établir des données chiffrées et de les reporter dans des tableaux comprenant de plus en plus de données. D’ailleurs, pour des affaires difficiles, on avait permis aux officiers chefs de village prussiens, en 1718, de recourir à un rapport oral, lorsqu’ils étaient dépassés par les documents écrits37. Aussi bien les administrations que les communes avaient intérêt à la mise en écrit et à l’impression des textes législatifs pour éviter conflits et imprécisions38. Chaque commune devait être abonnée aux journaux hebdomadaires Intelligenzblätter, dans lesquels ces textes étaient imprimés. Ceci correspondait aussi à un certain intérêt des villageois eux-mêmes, si l’on se réfère aux chiffres de diffusion de quelques journaux.
Les transformations du XIXe siècle
36Avec les réformes prussiennes d’une part, avec celles de la Confédération du Rhin ou napoléoniennes à l’ouest et au sud de l’Allemagne d’autre part, les États se dotèrent d’une administration efficace et exigèrent des impôts considérablement plus élevés. Ce phénomène n’entraîne pas seulement une mainmise accrue sur les ressources communales, l’État veut aussi contrôler légalement les communes.
37L’autonomie communale fut en principe exclue par les réformes de la Confédération du Rhin, de même que les communes urbaines furent soumises à la surveillance de l’État. Toutefois, on dut parfois faire marche arrière39. En Prusse, la réforme des collectivités locales (instituant les Kreis) échoua à la campagne car la noblesse réussit à maintenir la juridiction seigneuriale traditionnelle, c’est-à-dire « que la situation du XVIIIe siècle n’avait en principe pas changé »40. Toutefois, la noblesse foncière fit désormais peu à peu place aux bourgeois entrepreneurs industriels41.
38Les États réformés de l’ouest réussirent par contre, au cours de la première moitié du siècle, à imposer aux communes un nouveau statut des habitants et le choix du maire par l’administration. Ils intervinrent directement dans les affaires publiques, par exemple en envoyant des gendarmes lors des protestations sociales, ceci en accord avec les propriétaires des villages42. Une grande réforme agraire fut mise en œuvre, qui favorisait la propriété bourgeoise grâce aux conditions de financement. Ceci n’alla pas sans protestations sociales, notamment des couches paysannes inférieures43. Cependant, l’identité communale et les réseaux villageois se perpétuaient dans les années 1840, notamment sous forme d’associations44. Certes, l’État moderne privait le communalisme d’une base légale, mais la Commune subsista, pour défendre ses intérêts face à l’État.
39Après 1830, dans le sud et le sud-ouest de l’Allemagne, la commune se renforça de nouveau dans le sillage du mouvement libéral en progression. Dans cette association des habitants, seule une minorité demeurait exclue des droits de participation. En Prusse, on n’en était pas là. Les communes rurales avaient encore à lutter contre les « conseillers provinciaux » (Landräte) et la noblesse locale. Pourtant, certaines structures de base furent créées, comme en Prusse rhénane le logement social dans le cadre de l’assistance aux pauvres. Les finances communales ne pouvaient régler la pauvreté structurelle ou les crises graves, d’autant plus que ces sociétés villageoises étaient très inégalitaires, notamment dans le nord de l’Allemagne.
40Dans ce contexte, on peut se demander si la recherche ne devrait pas se pencher d’abord sur le double rôle des maires, à la fois représentants de leur commune et de l’État ? D’un côté, leur position était précaire, d’un autre ils utilisaient leur fonction pour améliorer leur propre position sociale et matérielle. Ils n’étaient pas seulement aux ordres de leur tutelle administrative ; ils jouaient un rôle de médiateur puisque les fonctionnaires leur fournissaient les connaissances juridiques nécessaires à résoudre les conflits internes au village, dans lesquels ils intervenaient de concert avec les autres conseillers et les pasteurs. Peu à peu au XIXe siècle, le recours accru à la communication écrite et un certain processus de professionnalisation des maires, amenèrent ces derniers à jouer un rôle de plus en plus décisif. Ils pouvaient être particulièrement surveillés là où l’administration centrale était géographiquement proche. Malgré tout, chaque commune conserva son originalité face à l’exercice de cette fonction45. Ceci se manifeste par exemple dans la prise en compte plus ou moins marquée des clientèles et dans la transmission héréditaire de la fonction, phénomène cependant moins important qu’on pouvait le supposer46.
41Nous touchons ici à la question de la culture politique. Sans pouvoir décortiquer ce concept, retenons qu’il implique de porter l’attention d’abord sur les valeurs internes au village, mais qu’il est nécessaire, pour le XIXe siècle, de prendre en compte l’intégration au marché, l’essor des communications et la transformation du cadre politique. Avec ces transformations, un plus grand nombre de familles peuvent vivre de la terre. Il est évident que le paupérisme, souvent invoqué, ne s’accroît pas partout et que de larges couches moyennes peuvent vivre de la production agricole et d’autres activités. Les progrès agricoles, par exemple avec des cultures spécialisées comme celles du colza, du chanvre, du tabac, des légumes et des vignes, attestent du développement et de la mise en œuvre d’un nouveau savoir. Les sources de ce savoir étaient moins les experts agricoles que, dans les villages eux-mêmes, les expériences mises au point selon le principe trial and error, par des innovateurs qui misaient sur la spécialisation, le marché et le risque ; ceci ne signifie pas que la littérature spécialisée et le discours agronomique ne jouèrent pas également un rôle47.
42Dans ce contexte, le XIXe siècle vit apparaître de nouveaux débats. Aux enjeux du pouvoir communal et aux questions sociales locales s’ajouta l’intérêt pour les idées libérales et démocratiques, sans que pour autant, les villageois adhèrent totalement à ces idées. À partir des années 1830, on peut observer dans les villages périurbains du pays de Bade, la pratique régulière des élections et des pétitions. Cette évolution aboutit à un renforcement de l’autonomie communale et à un ralliement partiel au libéralisme, dans la mesure où il permettait une nouvelle forme d’expression populaire sur les traditionnels conflits villageois. Elle déboucha donc sur des contacts entre les sociétés villageoises et le mouvement libéralo-bourgeois, mais les différences sémantiques entre élites villageoises et bourgeoises restèrent importantes48.
43Toutefois, en Westphalie, durant le « Vormärz » (1815-1848), les couches inférieures rurales, qui étaient pratiquement exclues de la commune, exigèrent massivement des princes une intervention paternaliste ; ils ne se politisèrent donc pas dans la direction du libéralisme, mais développèrent – ou du moins formulèrent – une idéologie religieuse conservatrice49. La révolution de 1848 ne fut véritablement efficace à la campagne que là où l’État n’avait pas réussi à abolir les droits féodaux. La politisation effective échoua aussi là où les événements se transformèrent avant tout en une lutte entre État et villages50. « Dans la manière de penser et exprimer les questions politiques, le répertoire traditionnel d’idées et de formulations liées au communalisme demeurait essentiel. Simplement, le rapport à la commune comme figure centrale de légitimation commença à donner lieu à conflits »51 ; c’est-à-dire que les tensions internes au village étaient devenues constantes.
Conclusion
44Nous avons donc plaidé ici pour un rôle effectif joué par les communes villageoises aussi bien que par les groupes villageois spécifiques, ce qui est irréfutable même si l’on s’en tient au paradigme du renforcement du maillage étatique. En outre, nous avons insisté sur le processus de « constellations », d’interactions toujours mouvantes entre droit, pouvoir, économie, traditions locales et exigences du pouvoir central. Il en résulte une continuité après 1800 en dépit des changements52. Cette continuité s’observe notamment dans l’histoire de la communication villageoise, qui constitue en soi un objet historique. Les relations de communication entre village et administration étatique étaient étonnamment variées, différenciées selon les intérêts et les rapports concrets entre les représentants de l’État et ceux du village. Le contenu de ces relations État-Village constituait, pour certains thèmes précis, des constellations qui devenaient de temps à autres antagonistes, ce qui fut plus fréquent dans le contexte de l’idéologie libérale naissante.
45Pour l’ensemble de la période, l’intérêt de l’État moderne à « prélever les ressources » n’apparaît pas comme une obligation rationnelle, mais semble toujours résulter d’intérêts antagonistes, même si les motifs de refuser l’impôt et de demander la justice fiscale étaient forts53 ; ainsi lors du „Vormärz“ particulièrement, la mainmise de l’État sur la forêt se heurta aux intérêts matériels des villageois54. Pourtant, il y eut des moments de négociation, y compris sur les enjeux matériels et la régulation ; en effet, l’autorité gouvernementale offrait des contreparties, la garantie de l’ordre et, en temps de crise, une assistance demandée et obtenue55.
Notes de bas de page
1 Traduction assurée par Brigitte Degeyter-Feldmann, que nous remercions, mise au point par J.-P. Jessenne et N. Vivier.
Note des éditeurs : nous invitons à rapprocher les définitions proposées ci-dessous de celles suggérées dans notre contribution de présentation en première partie. Exercice intéressant pour mesurer les convergences et les décalages qui peuvent intervenir dans les démarches de comparaison.
2 Ferdinand Tönnies, Gemeinschaft und Gesellschaft. Grundbegriffe der reinen Soziologie, Berlin, Verlag Karl Curtius, 1922, p. 8-81.
3 Werner Troßbach et Clemens Zimmermann, Die Geschichte des Dorfes. Von den Anfängen im Frankenreich zur bundesdeutschen Gegenwart, Stuttgart, Eugen Ulmer, 2006. Werner Brakensiek, „Die Auflösung der Marken im 18. und 19. Jahrhundert. Probleme und Ergebnisse der Forschung“, in Uwe Meiners, Werner Rösener, éd., Allmenden und Marken vom Mittelalter bis zur Neuzeit, Cloppenburg, Museumsdorf, 2004, p. 157-169.
4 Johannes Künisch, Absolutismus. Europäische Geschichte vom Westfälischen Frieden bis zur Krise des Ancien Régime, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1986, p. 37, p. 41.
5 Dagmar Freist, Absolutismus, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 2008, p. 20-21.
6 Ibidem p. 68.
7 Hartmut Harnisch, „Die Landgemeinde in der Herrschaftsstruktur des feudalabsolutistischen Staates. Dargestellt am Beispiel von Brandenburg-Preußen“, Jahrbuch für die Geschichte des Feudalismus 13, 1989, p. 201-245, p. 203-6.
8 Christoph Ernst et Norbert Franz, „Waldreformen im 18. Jahrhundert. Die Anfänge der nachhaltigen Waldwirtschaft im ‚Baumbusch‘ und im ‚Kondelwald‘ im überregionalen Bereich“, in Günter Birtsch, éd., Reformabsolutismus im Vergleich, Hamburg, Meiners, 1996, p. 47-73.
9 Cl. Zimmermann, „Obrigkeitliche Krisenregulierung und kommunale Interessen. Das Beispiel Württemberg 1770/71“, in Manfred Gailus et Heinrich Volkmann, éd., Der Kampf um das tägliche Brot. Nahrungsmangel, Versorgungspolitik und Protest 1770-1990, Opladen 1994, Westdeutscher Verlag, p. 107-131.
10 Gunter Mahlerwein, Die Herren im Dorf. Bäuerliche Oberschicht und ländliche Elitenbildung in Rheinhessen 1700-1850, Mainz, Philipp von Zabern, 2001.
11 H. Harnisch, op. cit., 1989, p. 209.
12 C’est la nuance entre les deux termes utilisés en Allemagne : Allmenden (biens de tous) et Gemeinheiten (biens communaux). Ibidem, p. 218-223.
13 W. Brakensiek, „Die Auflösung der Marken im 18. und 19. Jahrhundert. Probleme und Ergebnisse der Forschung“, in U. Meiners, W. Rösener, éd., Allmenden und Marken vom Mittelalter bis zur Neuzeit, Cloppenburg, Museumsdorf, 2004, p. 157-169.
14 Josef Mooser, Ländliche Klassengesellschaft 1770-1848. Bauern und Unterschichten, Landwirtschaft und Gewerbe im östlichen Westfalen, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1984 p. 22-131.
15 W. Brakensiek, op. cit., 2004.
16 Jean-Michel Boehler, « Routine ou innovation agraires : le cas des pays de ‘petite culture’ au XVIIIe siècle », in Beaur Gérard, et al, éd., Les Sociétés rurales en Allemagne et en France (XVIIIe et XIXe siècles), Rennes, Association d ´ Histoire des Sociétés Rurales, 2006, p. 83-101.
17 G. Mahlerwein, op. cit., 2001.
18 Peter Blickle, „Kommunalismus : Begriffsbildung in heuristischer Absicht“, in P. Blickle éd., Landgemeinde und Stadtgemeinde in Mitteleuropa. Ein struktureller Vergleich, München, Oldenbourg, 1991, p. 5-38, p. 21, 36.
19 Robert von Friedeburg, Ländliche Gesellschaft und Obrigkeit. Gemeindeprotest und politische Mobilisierung im 18. und 19. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1997, p. 177.
20 W. Troßbach et Cl. Zimmermann, op. cit., 2006, p. 158-169.
21 Lieselott Enders, „Die Landgemeinde in Brandenburg. Grundzüge ihrer Funktion und Wirkungsweise vom 13. bis zum 18. Jahrhundert“, Blätter für deutsche Landesgeschichte, 1993, p. 195-256, p. 249.
22 Ibidem p. 251-253.
23 Heinrich Kaak, Eigenwillige Bauern, ehrgeizige Amtmänner, distanzierte fürstliche Dorfherren. Vermittelte Herrschaft im brandenburgischen Alt – Quilitzim 17. und 18. Jahrhundert, Berlin, Berliner Wissenschafts-Verlag, 2010, p. 35-53.
24 Ibidem, p. 199.
25 Ibidem, p. 333.
26 Ibidem, p. 339.
27 W. Troßbach et Cl. Zimmermann, op. cit., 2006, p. 146-156.
28 Ibidem, p. 156.
29 G. Mahlerwein, op. cit., 2001. Le phénomène n’est pas exclusivement allemand ; pour une approche européenne sur ce rôle des intermédiaires et des élites, voir exemples dans plusieurs pays in J.-P. Jessenne, F. Menant (dir.), Les élites rurales dans l’Europe médiévale et moderne, colloque international de Flaran, PU de Toulouse, 2007, 332 p.
30 André Holenstein, „Gute Policey“ und lokale Gesellschaft im Staat des Ancien Régime. Das Fallbeispiel der Markgrafschaft Baden (-Durlach), 2 t., Epfendorf, bibliotheca academica, 2003, p. 21-24.
31 Niels Grüne, Dorfgesellschaft, Konflikterfahrung, Partizipationskultur. Sozialer Wandel und politische Kommunikation in Landgemeinden der badischen Rheinpfalz (1720-1850), Diss. phil. [thèse] Universität Bielefeld 2009, p. 364-381.
32 A. Holenstein, op. cit., 2003, p. 820-821.
33 Idem, p. 848-852.
34 W. Troßbach, „Raum, Zeit und Schrift. Dimensionen politisch-sozialen Handelns von Bauern in einigen Kleinterritorien (17. und 18. Jahrhundert)“, in Jan Peters, éd., Gutsherrschaft als soziales Modell. Vergleichende Betrachtungen zur Funktionsweise frühneuzeitlicher Agrargesellschaften, München, Oldenbourg, 1995, p. 405-418, p. 413.
35 Frank Konersmann, „Rechenfähigkeit, Buchführung und Zeitmanagement von Bauern. Erfahrung und Sozialisation in großbäuerlichen Familien der Pfalz und Rheinhessens (1685-1870)“, in Jahrbuch für Historische Bildungsforschung 2008, Bad Heilbrunn, Julius Klinkhardt, p. 159-188.
36 Lorenzen-Schmidt, „Klaus-Joachim, Stadtgebundene Verschriftlichungsprozesse und ihre Mediatoren in den Dörfern des 18./19. Jahrhunderts“, in Cl. Zimmermann, éd., Dorf und Stadt. Ihre Beziehungen vom Mittelalter bis zur Gegenwart, Frankfurt am Main, DLG-Verlag, 2001, p. 127-138. Reiner Prass, „Schriftlichkeit auf dem Land zwischen Stillstand und Dynamik. Strukturelle, konjunkturelle und familiäre Faktoren der Alphabetisierung in Ostwestfalen am Ende des Ancien Régime“, in W. Rösener, op. cit., 2000 p. 319-344.
37 H. Harnisch, op. cit., 1989, p. 209-213.
38 Ibidem, p. 207-22.
39 Paul Nolte, Staatsbildung als Gesellschaftsreform. Politische Reformen in Preußen und den süddeutschen Staaten 1800-1820, Frankfurt am Main, Campus, 1990, p. 154-164.
40 Heide Wunder, Die bäuerliche Gemeinde in Deutschland, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1986, p. 90.
41 H. Harnisch, „Wirtschaftspolitische Grundsatzentscheidungen und sozialökonomischer Modernisierungsprozess in Preußen während der ersten Hälfte des 19. Jahrhunderts“, in Hans-Peter Ullmann et Clemens Zimmermann, éd., Restaurationssystem und Reformpolitik. Süddeutschland und Preußen im Vergleich, München, Oldenbourg 1996, p. 163-187.
42 W. Troßbach et Cl. Zimmermann, op. cit., 2006, p. 190-193.
43 Christoph Dipper, Die Bauernbefreiung in Deutschland, 1750-1850, Stuttgart, W. Kohlhammer, 1980.
44 G. Mahlerwein, op. cit., 2001.
45 Norbert Franz, Durchstaatlichung und Ausweitung der Kommunalaufgaben im 19. Jahrhundert, Trier, Kliomedia, 2006.
46 Christine Mayr, Zwischen Dorf undStaat. Amtspraxis undAmtsstil französischer, luxemburgischer und deutscher Landgemeindebürgermeister im 19. Jahrhundert. Ein mikrohistorischer Vergleich ; Frankfurt am Main, Peter Lang, 2006.
47 Werner Brakensiek, „Das Feld der Agrarreformen um 1800“, in Eric J. Engstrom et alii, Figurationen des Experten. Ambivalenzen der wissenschaftlichen Expertise im ausgehenden 18. und frühen 19. Jahrhundert, Frankfurt am Main, Peter Lang, 2005, p. 101-122. W. Troßach, „Landwirtschaft“, in Friedrich Jäger, éd., Enzyklopädie der Neuzeit, t. 7, Stuttgart, Metzler, 2008, p. 580-605.
48 N. Grüne, op. cit., 2009, p. 364-381.
49 J. Mooser, op. cit., 1984, p. 365-367.
50 R. von Friedeburg, op. cit., 1997, p. 251.
51 Niels Grüne, „Kommunalistische Rhetorik zwischen sozialer Differenzierung und obrigkeitlichem Zugriff. Dörfliche Politik in einer kurpfälzischen Gemeinde an der Wende zum 19. Jahrhundert“, Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, 157, 2009, p. 357-385, p. 384.
52 Cl. Zimmermann, op. cit., 1996.
53 R. von Friedeburg, op. cit., 1997.
54 Lutz Raphael, „Staat im Dorf. Transformationen lokaler Herrschaft zwischen 1750 und 1850 : Französische und westdeutsche Erfahrungen in vergleichender Perspektive“, Zeitschrift für Agrargeschichte und Agrarsoziologie, 2003,1, p. 43-6, p. 55
55 Cl. Zimmermann, op. cit., 1994.
Auteur
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Clemens Zimmermann
Professeur, Universität des Saarlandes/Université de la Sarre (Allemagne)
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