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    Plan détaillé Texte intégral Magie et pensée magique : quelques préliminaires Le point de vue des anthropologues Pourquoi la magie après 1900 ? Pierre Schaeffer et la fondation de la musique électroacoustique Le cas Pierre Schaeffer : moins connu Gurdjieff Idées et pratiques de Gurdjieff Échos gurdjieviens dans la pensée de Pierre Schaeffer Au-delà de Gurdjieff, des éléments magiques frappants L’impact de la radio, du micro et de l’enregistrement : premiers chocs initiatiques Deux initiations sonores Des confirmations tardives Notes de bas de page Auteur

    Machines. Magie. Médias.

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Musiques électroacoustiques et pensée magique : avant l’IMEB, le cas Schaeffer

    Martin Laliberté

    p. 357-372

    Texte intégral Magie et pensée magique : quelques préliminaires Le point de vue des anthropologues Pourquoi la magie après 1900 ? Pierre Schaeffer et la fondation de la musique électroacoustique Le cas Pierre Schaeffer : moins connu Gurdjieff Idées et pratiques de Gurdjieff Échos gurdjieviens dans la pensée de Pierre Schaeffer Au-delà de Gurdjieff, des éléments magiques frappants L’impact de la radio, du micro et de l’enregistrement : premiers chocs initiatiques Deux initiations sonores Des confirmations tardives Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les rapports entre les arts technologiques et la pensée magique au sens anthropologique du terme sont nombreux et ramifiés. Pour apporter une contribution musicale aux échanges de cet ouvrage, ce texte s’interroge sur les aspects magiques de la fondation de la musique concrète. Cela sert aussi en guise d’introduction aux recherches effectuées sur le fonds IMEB conservé à la Bibliothèque nationale de France et exploré dans le cadre du projet « Les Arts trompeurs. Machine. Magie. Médias », à l’origine de cet ouvrage. Il peut surprendre que de tels liens entre magie et musiques électroacoustiques soient avérés et marquants, mais il est désormais clair que Pierre Schaeffer, Peter Brooks et de nombreux autres artistes et intellectuels depuis le milieu du xxe siècle ont été marqués par la pensée magique au moment même où les nouvelles technologies rendaient possible de nouvelles approches de la musique. Il importe donc de mieux percevoir les principaux aspects magiques dans la pensée et les recherches de Pierre Schaeffer, avant de saisir les échos de celles-ci dans la pratique et l’esthétique de l’IMEB. Je procéderai dans cet article en quatre temps, de la magie vers la musique concrète et ses outils.

    Magie et pensée magique : quelques préliminaires

    2Mon objet d’études ici est la magie considérée comme « réelle » par ses adeptes et praticiens, plutôt que l’art magique spectaculaire, bien que les liens entre les deux soient nombreux. Cette magie, disons « traditionnelle », extrêmement fréquente dans le temps et l’espace, se caractérise par un mode de pensée spécifique, le plus souvent opposé par les commentateurs au cartésianisme « rationnel » occidental ou aux religions. Le point de vue retenu est celui des anthropologues de la culture du xxe siècle plutôt que celui des psychologues ou des philosophes ; ces perspectives sont appliquées à la tradition magique occidentale moderne et contemporaine plutôt qu’à celles des sociétés d’ailleurs ou d’autrefois.

    3Pour synthétiser un grand nombre d’écrits1, la magie est une « science » secrète et réservée à des personnes exceptionnelles ; le magicien agit sur la réalité d’une manière impossible autrement. Les principes ou « moteurs » magiques varient cependant selon les auteurs et les contextes : le plus courant est le principe des correspondances symboliques – « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » affirme Hermès trismégiste2, tandis que les astrologues étudient l’influence des planètes lointaines sur la vie humaine locale. Certains commentateurs mettent en avant celui de la volonté exacerbée3, triomphant des limites usuelles4. D’autres mettent en avant des forces plus ou moins secrètes5 : fluide magnétique, aura universelle, attraction, « amour » néo-platonique. Ces principes et forces sont mis en action par le mage, le plus souvent via un rituel et éventuellement avec des aides et intercessions.

    Le point de vue des anthropologues

    4L’avancée des observations ethnologiques et la discussion critique ont fait progresser les théories anthropologiques à grande vitesse depuis Frazer6 et Lévy-Bruhl7. Les modèles évolutionnistes et diffusionnistes initiaux, qui souffraient d’un trop grand simplisme, voire d’un racisme constitutif, ont laissé place à des modèles respectant mieux la diversité des faits8. Pour Claude Lévi-Strauss9, la magie n’est pas une fausse science (comme le dit Frazer), ni une pensée prélogique (comme le soutient Lévy-Bruhl) ou pré-religieuse (position de Durkheim10), mais une autre rationalité, une façon de donner du sens à un monde qui reste complexe et difficile à maîtriser. Elle met en place un système de classification et organise les pratiques et les expérimentations. Lévi-Strauss démontre que l’humanité a toujours eu ses facultés rationnelles, ses capacités expérimentales et son imagination créative. Comme l’ensemble de l’anthropologie contemporaine, il rejette par conséquent la notion de « primitif11 » appliquée aux cultures humaines.

    Pourquoi la magie après 1900 ?

    5L’espace manque pour un développement complet de cette question, mais il suffira de rappeler12 ici que l’Occident traverse depuis la fin définitive du féodalisme et l’instauration complète du capitalisme bourgeois une série de crises sociales, économiques et artistiques de grande ampleur. Déjà bien préparées à la fin du xixe siècle, les nombreuses déstabilisations de l’Occident après 1900, en particulier après 1914-18, vont mener à des désillusions, des renoncements et des recherches tangentes particulièrement significatives. On pense ici à Oswald Spengler et son Déclin de l’Occident (1918) ou à Paul Valéry, La Politique de l’esprit13. Il faut encore remarquer qu’à cette époque de fin du positivisme, la science aussi connaît de nombreuses crises. En effet, les efforts conjugués des nouvelles sciences expérimentales (physique relativiste et quantique, biologie et paléontologie, neurologie et sciences cognitives) et des nouvelles sciences humaines (psychologie, sociologie, anthropologie) ébranlent considérablement la vision du monde contemporaine. Ainsi, après des siècles de progrès du rationalisme et le relatif désenchantement du monde que cela a provoqué, la physique moderne rencontre des problèmes étonnants au xxe siècle : ceux soulevés par la physique relativiste d’Einstein et la physique quantique de Planck, Bohr, Schrödinger et Heisenberg14. En un mot, le monde de la pure logique, de la causalité rigoureuse et de la prédictibilité exacte a laissé place à une vision du monde complexe, probabiliste, morcelée, souvent impénétrable, mais opératoire et précise à plus de dix décimales dans les calculs et les prévisions. Pour de nombreux Occidentaux, une autre vision du monde devenait nécessaire, ne serait-ce qu’en complément.

    6Cela dit, malgré sa longévité et le brio de certains de ses promoteurs, la magie demeure minoritaire, ridiculisée dans le discours dominant et reste relativement cachée15. Ces croyances se diffusent par conséquent à petite échelle dans des groupes à la structure caractéristique. Ainsi, chez G. I. Gurdjieff, on présente les choses ainsi :

    Fig. 43. Cercles initiatiques gurdjieviens.

    Image

    Conception et réalisation © Martin Laliberté.

    7Nous retrouverons souvent de tels cercles concentriques dans la pensée magique. Ouspensky, fidèle de la première heure de Gurdjieff, propose une explication intéressante de l’intérêt d’une telle organisation16. Selon lui, « Gurdjieff faisait allusion au pouvoir de cette influence dans une allocution avec ses étudiants russes : “Deux cents personnes conscientes, si elles existaient et si elles le trouvaient nécessaire et légitime, pourraient changer toute la vie sur terre”17 ».

    8De façon plus artistique, on peut à ce point considérer l’impact de l’imaginaire magique sur les pratiques créatives. Par exemple, suite au visionnage de nombreux films de Georges Méliès, je propose de tirer un certain nombre de motifs récurrents, de topiques magiques :

    Les pouvoirs magiques: motifs récurrents

    MotifCommentaire
    Plasticité de la matièreSurnaturel ou antiphysis
    Obéissance des espritsPlasticité des esprits
    Transmission de pensées, de sons, d’imagesNégation distance
    Au-delà parole
    Ubiquité/multilocalitéNégation espace
    Inversion des directionsPlasticité espace
    Lévitation, volNégation gravité
    Apparitions/disparitions/démultiplicationsAntiphysis de l’espace-temps
    Transmutations/métamorphoses
    Changements de tailles
    La magie vainc la résistance
    de la matière normale
    ImmortalitéNégation limites naturelles
    Antiphysis du temps
    Ressuscitations/réanimations/guérisons surnaturellesNégations limites naturelles
    Antiphysis du corps

    9Ces topiques et d’autres similaires se retrouvent partout dans l’imaginaire magique et semblent inspirer les créateurs lorsqu’ils convoquent ce domaine. Dans ce contexte très particulier, voyons le cas singulier d’un polytechnicien-écrivain-musicien-chrétien-occultiste-communicant.

    Pierre Schaeffer et la fondation de la musique électroacoustique

    10Il n’est pas nécessaire de rappeler ici la part connue de la biographie de Pierre Schaeffer : polytechnicien et écrivain, musicien récalcitrant et cadre à Radio-France pendant toute sa carrière18. Il suffit de dire qu’après 1948, Schaeffer revient nettement à la musique et s’entoure de tout un groupe fluctuant, qui deviendra peu à peu le Groupe de Recherches Musicales ; il crée ainsi une nouvelle École de Paris. Un nombre important de compositeurs et de musiciens significatifs y participent : Pierre Henry, (Olivier Messiaen et Pierre Boulez, v. 1948), Iannis Xenakis, François Bayle, Bernard Parmegiani, Guy Reibel, Luc Ferrari, Beatriz Ferreyra, Ivo Malec, Daniel Teruggi, Michel Chion, etc., sans oublier les chercheurs et l’équipe technique : Sophie Brunet, François Delalande, Evelyne Gayou, Jacques Poullin, Francis de Coupigny, Yann Geslin… D’autre part, le modèle du GRM suscite des créations de groupes apparentés19 en dehors de Paris : Lyon, Marseille, Albi, Liège, Bruxelles, Gand, Montréal, Québec, Buenos Aires, San Francisco, etc., sans oublier l’IMEB à Bourges, sous la direction de Christian Closier et François Barrière.

    Le cas Pierre Schaeffer : moins connu

    11Formé à l’école St-Sigisbert/St-Léopold de Nancy puis en Classe Préparatoire jésuite Ste-Geneviève à Versailles, Pierre Schaeffer reste longtemps un catholique pratiquant, assidu au patronage « La Foucotte », militant scout et du mouvement de jeunesse Jeune France. Il a été croyant jusqu’aux années 1940, assistant tous les jours à la messe, affirme sa fille20. En plus des crises collectives déjà évoquées, Schaeffer rencontre des difficultés personnelles considérables : débâcle de 1940 et remise en cause de ses certitudes politiques, décès dramatique de sa première épouse en 1941. Ces douleurs sont évoquées en partie dans le cycle astrologique et quasi-musique concrète de La Coquille à planètes, cycle radiophonique de 194421. Ne sachant plus à quel saint se vouer, il se tourne vers George Ivanovitch Gurdjieff.

    Gurdjieff

    12Georges Ivanovitch Gurdjieff est né en 1866 dans la partie arménienne de l’Empire russe ; il a beaucoup voyagé en Europe orientale (Moscou 1912), en Géorgie, en Turquie et au Proche-Orient avant de se fixer en France (1922) et ponctuellement aux États-Unis à partir de 1924. Il était polyglotte et fructueux en affaires. Il prétend dans son livre Rencontre avec des hommes remarquables22 avoir été initié à diverses traditions ésotériques orientales (Asie centrale, Égypte, Iran, Inde, Tibet et Rome), notamment au sein de la secte « Sarmouni », peut-être liée à des groupes soufistes (Idriss Shah). Son autre livre le plus connu est : Récits de Belzébuth à son petit-fils23. Cet ouvrage assez disparate, voire décousu, constituait une lecture obligatoire pour les disciples de Gurdjieff qui en recommandait des lectures répétées.

    13À partir du début de sa vie publique à Moscou, vers 1912, il a fondé une série de groupes d’enseignements ésotériques ayant attiré un nombre considérable de célébrités, d’artistes et d’intellectuels, dont : P. Ouspensky, T. de Hartmann, A. et J. de Salzmann, J. Bennett, C. S. Nott, A. R. Orage, K. Mansfield, F. Lloyd Wright, R. Daumal, M. Martenot, L. Pauwels, J. F. Revel, P. Brooks, G. Russel, et continue après sa mort à influencer des artistes comme K. Jarrett, K. Bush et d’autres. Il dirige différents groupes de « chercheurs de vérités » en France depuis 1922, notamment l’Institut pour le développement harmonieux de l’Homme au Prieuré des Basses Loges à Avon puis à Paris à partir de 1936, où il décède en 1949. Pierre Schaeffer le fréquente de 1942 à 194824.

    14Présenté tour à tour comme mystique, philosophe, « Maître », thaumaturge voire « Nouveau Pythagore25 », la figure de Gurdjieff est certainement complexe et problématique : il constitue en cela un prototype du « gourou » moderne, dans ses bons et mauvais aspects26.

    Idées et pratiques de Gurdjieff

    • La nature « tricentrique » de l’homme : un besoin d’équilibre entre sentiment, action, intelligence dit Schaeffer, mental/tête, émotionnel/cœur et physique/ventre disent d’autres commentateurs de Gurdjieff27 ;
    • La condition usuelle de l’homme : il est « endormi »28. Cela est causé par un déséquilibre des trois centres corps, tête et sentiment. Il faut « éveiller le dormeur », et viser à harmoniser l’ensemble, dans une sorte de christianisme ésotérique et syncrétique (soufi, bouddhiste, pythagoricien) ;
    • Il est possible « d’éveiller le dormeur » par des moyens appropriés : chocs, provocations, troubles, violence verbale préméditée, manipulations de groupes… Souvent Gurdjieff manifeste un mépris ouvert pour ses disciples (« vous êtes des merdes » prêchait-il, en pratiquant aussi l’illisibilité volontaire).

    15Gurdjieff se comporte en gourou29 : on l’a dit manipulateur, escroc, espion30, profiteur de son ascendant, abusant des femmes, de l’alcool et d’autres substances, responsable de bris de mariage, suicides et crises… D’autre part, en lisant plus attentivement ses écrits et ceux de ses commentateurs, on remarque la nature très variable de ses enseignements selon les époques et les publics : plus métaphysique et scientifique en Russie, plus en recherche d’équilibre à Avon et Paris. Par conséquent, ce que dit Ouspensky diffère de ce qu’en disent Salzmann, Pauwels ou Schaeffer ; une analyse fine doit y prendre garde. Armé de ces quelques points de repère, il devient possible de considérer les traces gurdjieviennes dans la musique concrète et ses modes de fonctionnement.

    Échos gurdjieviens dans la pensée de Pierre Schaeffer

    16Dans son ouvrage déjà cité, l’historienne du GRM, Evelyne Gayou, résume ainsi l’impact de Gurdjieff sur Schaeffer :

    Il est simplement nécessaire ici de comprendre que toutes ces idées sont complètement nouvelles à l’époque, pour les nombreux intellectuels qui font l’effort de les découvrir. Gurdjieff a fondé ces « groupes » où convergent les candidats à l’initiation, dans des séances de « travail » et de « mouvements ». Il préconise une pratique quotidienne des « mouvements », sorte de gymnastique du corps et de l’esprit au cours de laquelle le pratiquant doit rechercher une forme d’abandon de soi, une forme d’humilité31.

    17Cette première remarque met deux éléments en évidence. D’une part, Gurdjieff, les ésotériques et Schaeffer utilisent le fonctionnement en petits groupes initiatiques en cercles concentriques. D’autre part, le groupe schaefferien équilibre la réflexion par des mouvements où le musicien concret « s’oublie ». Les pratiques spirituelles chrétiennes retrouvent celles du maître caucasien. Deux autres citations explicitent le fonctionnement par groupes :

    Dans son « Groupe de Recherches Musicales » le mot « Groupe » ainsi que son modèle de fonctionnement avaient été empruntés par Schaeffer à Gurdjieff. Celui-ci avait organisé ses enseignements sous la forme de « groupes », avec chacun à sa tête un disciple de confiance, formé par lui […], entouré de nombreux satellites en stages d’initiation32.

    Le groupe ésotérique en cercles concentriques rejoint ainsi le fonctionnement par stages de Copeau. Plus loin, Evelyne Gayou confirme aussi l’aspect « gourou » du leadership de Schaeffer :

    L’attitude de Gurdjieff se décèle aussi dans l’attitude de « maître à penser » que Schaeffer a développée à l’égard de ses collaborateurs ; attitude assortie de techniques apparentées à la suggestion, mais aussi de la pratique assez systématique d’une forme d’intimidation : par des jugements parfois violents ou autoritaires, ou des techniques de dynamique de groupe très calculées comme la gestion spatiale presque rituelle des réunions de travail (disposition des chaises dans une salle, placement des personnes en fonction d’une hiérarchie des interventions), ou la mise en situation de fragilité des différents membres du groupe (par exemple, quelqu’un se révèle bon musicien, on lui confie des tâches administratives). Les nombreux témoignages de ses proches le confirment : Schaeffer aussi se comportait en gourou33.

    Une dernière remarque se révèle plus féconde encore :

    De cette expérience spirituelle et humaine auprès de Gurdjieff, synthèse des cultures occidentale et orientale, Schaeffer conservera de nombreux apports qu’il réinvestira dans ses recherches futures, d’autant mieux que son esprit bien construit, de physicien cartésien, s’y accorde. Citons en désordre : l’attitude expérimentale que Schaeffer a toujours prônée aussi bien en matière de recherche que de production, condensée dans la célèbre formule « faire et entendre » ; la recherche assidue de la compréhension de la matière sonore, en particulier de ses formes et de ses énergies, transposée dans le vocabulaire schaefferien sous le terme de « dynamique » ; la notion de « travail du son » au cours de l’acte de création. D’un autre côté, l’aspect gestuel des « mouvements » prônés par Gurdjieff conduisit Schaeffer à reconsidérer le rapport du son au corps, et à l’élargir d’une part vers l’analyse de la perception auditive chez l’homme et d’autre part vers une exploration du concept d’espace sonore34.

    18Les éléments à retenir sont ici le syncrétisme occidental et oriental, le mélange du spirituel et du cartésien, la constante recherche d’équilibre entre faire et percevoir (« entendre »), la conception énergétique et dynamique du son (par opposition à la nature statique de la note), la notion de travail de la matière dans sa complexité (par opposition au travail strictement abstrait) et enfin la conception d’un homme/musicien en équilibre avec un corps qui bouge dans l’espace avec des émotions et des idées.

    Au-delà de Gurdjieff, des éléments magiques frappants

    19Dans ce contexte gurdjievien et magique, plusieurs éléments secondaires des idées et habitudes de Schaeffer prennent un relief particulier :

    • Le « choc initiatique35 » du micro et de l’enregistrement ;
    • Les deux « expériences de rupture » ayant ouvert les oreilles de Schaeffer : la « cloche coupée » et le « sillon fermé »36 ;
    • Le terme pythagoricien et initiatique « d’Acousmate », d’où le terme « acousmatique » proposé par Peignot et Schaeffer37 pour décrire la musique de haut-parleurs ;
    • La figure omniprésente d’Orphée dans l’univers de la musique concrète, comme en témoignent trois pièces parmi d’autres : Orphée ‘53, Voile d’Orphée, Pour en finir avec Orphée38 ;
    • Le constant rappel que les gens sont sourds (endormis ?) et qu’ils n’écoutent pas ;
    • La provocation parfois brutale employée par Schaeffer et ses proches comme méthode pédagogique/initiatique/de dynamique de groupe ;
    • Le fonctionnement en cercles concentriques, allant du maître vers les initiés puis vers les novices, allant aussi de Paris (GRM) aux groupes affiliés en province et à l’étranger.

    Voyons quelques cas plus concrètement.

    L’impact de la radio, du micro et de l’enregistrement : premiers chocs initiatiques

    20On remarque très souvent dans la culture concrète de nombreuses allusions pseudo-occultes ou religieuses ; par exemple la parabole préliminaire de l’ouvrage cité de Michel Chion est un pastiche biblique humoristique et un texte à clés évoquant tous les totems de la musique concrète39. La radio et le microphone induisent des mutations profondes de la situation sonore et de l’écoute, comme le réalisent rapidement Jacques Copeau et Pierre Schaeffer :

    Le microphone, comme le microscope et comme la caméra, grossit, accuse, exagère tout ce qu’il saisit.
    […] L’attitude devant le micro est une attitude purement intérieure.
    Ce ton modéré, ce ton discret et tout intime où s’insèrent les moindres inflexions de la voix, les moindres nuances d’une sensibilité et jusqu’aux moindres tics d’une personne, si bien que l’auditeur croira, au bout d’un peu de temps, connaître le personnage qui lui parle mieux que s’il avait vu son visage, ce ton à lui seul ouvre un champ considérable à l’art du micro, un champ qui lui est propre, qui lui est exclusif40.

    21Le micro, l’amplification et la diffusion constituent un changement de paradigme complet. En 1930-1940, il faut en prendre acte pour inventer un jeu radiophonique et cinématographique convaincant41. Bien plus que possible, le micro et la diffusion par haut-parleur « aveugle » ont ainsi rendu nécessaire une prise de conscience fondamentale des auteurs, acteurs et metteurs en scène.

    22A fortiori, l’enregistrement musical permet de reproduire à volonté ce que le micro a capturé : les implications de l’ensemble de ce dispositif ont des conséquences majeures42. Le son fixé sur disque puis sur bande cesse d’être fugace pour se matérialiser43 et devenir transformable, traitable. Cela change tout : on peut désormais le réécouter à l’envi – et donc l’entendre bien mieux –, le manipuler, le couper, le monter, etc44. Dans cet esprit, deux « expériences de rupture » méritent une discussion particulière.

    Deux initiations sonores

    23Les écrits de Schaeffer mettent en avant deux expériences fondatrices qui l’ont amené à repenser complètement son rapport à l’acoustique, au son et à la musique. La première est la célèbre « cloche coupée » :

    10 avril. En faisant frapper sur des cloches, j’ai pris le son après l’attaque. Privée de sa percussion, la cloche devient un son de hautbois. Je dresse l’oreille.
    […] Je reviens sur ce qui s’est passé […] Mon mérite est d’avoir aperçu, entre cent expériences, celle, apparemment aussi décevante que les autres, qui créait l’évasion45.

    Une image de sons réels peut donner une indication de ce qui se passe :

    Fig. 44. Cloche naturelle (en bas) et cloche coupée (en haut).

    Image

    Conception et réalisation © Martin Laliberté.

    24Lorsqu’on retouche par un moyen électronique quelconque l’attaque d’un son de cloche, et que l’on compense un peu par augmentation du niveau la chute naturelle du son de la cloche, celui-ci se métamorphose, acquiert un caractère entretenu pouvant rappeler un instrument à vent. Schaeffer a brillamment tiré les conclusions de cette première rupture d’avec la doxa acoustique depuis Helmholtz : le propre de la cloche n’est pas dans la couleur de sa résonance (son spectre particulier), mais bien davantage dans son attaque caractéristique. En privant la cloche de son attaque, on lui fait subir une métamorphose majeure, permettant des équivoques et des rapprochements inusités46, « l’évasion ». Il y a ici une découverte assez surréaliste d’une réalité de la résonance hautboïsante, usuellement masquée47 par l’attaque. Schaeffer va par la suite généraliser ces procédures et en tirer de nombreuses conclusions théoriques, musicales et pratiques sur l’importance fondamentale de la forme des sons (les enveloppes dynamiques). Comment ne pas remarquer que ces découvertes expérimentales « rationnelles » jaillissent aussi d’une recherche méthodique « d’évasion » ? Il y a ici une exploration d’une réalité alternative derrière les « voiles » de la perception banale. La magie expérimentale évoquée supra me semble ici un bon modèle. Une seconde expérience de rupture est contenue dans la découverte expérimentale et magique des pouvoirs du « sillon fermé », avant la boucle de bande magnétique. En rayant un disque de laque48, il était déjà possible de créer des répétitions littérales de fragments sonores, ce qui modifie considérablement la perception du son. Un second passage clé de l’ouvrage déjà cité met en scène cette rupture, Schaeffer expérimente ici avec des sons de trains :

    Dès qu’un disque est posé sur le plateau, une force magique m’enchaîne, m’oblige à la subir, si monotone qu’il soit. Est-ce qu’on se laisse prendre parce qu’on est dans le coup ? Pourquoi ne passerait-on pas sur l’antenne, trois minutes de « wagon pur » en prévenant les gens qu’il suffit de savoir écouter, que tout est l’art d’entendre ? Car ils sont extraordinaires à écouter, à condition d’être prévenu à cet état d’esprit spécial où je suis à présent.
    […] Le train le plus monotone varie sans cesse. Il ne joue jamais en mesure. Il se transmute en une série d’isotopes.
    […] Ce rythme peut très bien rester longtemps inchangé. Il se crée ainsi une sorte d’identité et sa répétition fait oublier qu’il s’agit d’un train.
    […] Mais comment est-il possible d’oublier la signification, d’isoler l’en-soi du phénomène sonore ?
    Deux démarches sont préalables :
    Distinguer un élément (l’entendre en soi, pour sa texture, sa matière, sa couleur).
    Le répéter. Répétez deux fois le même fragment sonore : il n’y a plus événement, il y a musique49.

    25D’une part, Schaeffer recherche une nouvelle musique à base de sons les plus diversifiés possible, afin de sortir du monde trop exigu des notes de musique, mais rejette aussi le montage anecdotique et illustratif. D’autre part, la répétition littérale d’un son est rendue possible par sa fixation sur un support matériel, chose absolument impossible dans le monde acoustique naturel. En plus des écoutes répétées permettant de connaître au mieux un son, le sillon fermé et bientôt la boucle de bande vont donc servir à construire du musical à partir de fragments prélevés dans le réel, en déportant l’attention de l’auditeur de l’anecdote causale considérée comme triviale vers les qualités sonores fines du fragment. Le train ne joue pas en mesure, mais peut se répéter d’une façon poétique, analytique ou hypnotique pour créer du musical50.

    26En plus d’un nouvel exemple de ré-enchantement de l’écoute, comment ne pas penser ici aux mantras et autres exercices spirituels monotones visant à déjouer la pensée banale et à déporter le psychisme vers la contemplation et la méditation profonde ?

    27Sans masquer la dimension objective et expérimentale de l’entreprise, ces deux exemples révèlent un Schaeffer qui cherche à aller au-delà non seulement de l’usuel et de l’état des connaissances, mais encore dans un nouveau monde sonore invisible, qu’il lui reste à explorer et à baliser. D’autres outils schaefferiens participent encore à ce goût pour la recherche magique. Par exemple, l’analyse des quatre types d’écoutes possède un contenu qui n’est pas immédiatement apparent : comme je l’ai montré dans une autre publication51, il s’agit d’un cycle temporel dynamique. Dans un esprit similaire, le tableau de classement des types de sons du Traité52, qui est apparemment aussi à double entrée, se révèle complètement multidimensionnel, avec des symétries latérales et en cercles concentriques. J’ai longtemps pensé que c’étaient les limites des techniques de 1966 et un certain conservatisme scientifique53 de Schaeffer qui brouillaient le message. Les présentes discussions sur la pensée magique m’inclinent désormais à penser qu’il y a ici une volonté de cacher une partie du contenu, de créer une certaine illisibilité initiatique.

    Des confirmations tardives

    28Dans ses écrits de fin de carrière, Schaeffer a finalement assumé sa part magique. Cette citation tirée de L’Avenir à reculons prend un relief gurdjievien évident :

    Certes, j’eusse aimé mieux annoncer la voie, la troisième solution, en dire les raisons. Mais, outre que je l’ignore et tiens à ne pas l’inventer fallacieusement pour me rassurer, je n’y crois pas. La solution n’est pas de crier à la colonne, hésitant entre l’indolence et la panique : « Venez ici ou là », l’important est de réveiller l’homme qui dort dans le matricule, et de lui suggérer simplement de changer d’attitude. D’où le ton égaré de mes propos : ils visent, en effet, à égarer54.

    29À partir des années 1970 et de sa retraite du GRM, le chercheur révèle son projet véritable : il apparaît dans ses textes plus tardifs comme à la recherche d’une troisième voie entre la science de l’ingénieur (homo faber) et la connaissance intellectuelle (homo sapiens), pour ne servir ni le progrès ni la réaction55. Comme conséquence de cette sensibilité en marge, encore rare dans les institutions de 1950-1970, il se sent solitaire, mal dans sa peau et mal compris. Pour éclairer ces ambivalences, Schaeffer revendique plus particulièrement le « Principe de contradiction » d’origine scientifique, mais dont on devine aussi l’origine gurdjievienne :

    Si j’avais une doctrine essentielle à formuler, c’est l’idée de contradiction. C’est l’idée qu’il n’y a jamais rien de positif à expliquer, à enseigner, sans qu’il y ait une contre-vérité négative. Cette idée très simple pourrait être le point de départ d’une autre civilisation, comme l’a été la pensée cartésienne. Elle est un peu dans l’air, elle est déjà dans la science et au bout de la science la plus moderne (Heisenberg a le premier formulé son fameux principe d’après lequel, si on veut découvrir où est une particule, il faut renoncer à connaître sa vitesse, ou si on veut connaître sa vitesse, il faut renoncer à dire où elle est). Voilà donc le modèle atomique qui paraît aux ignorants si « scientifique », si certain, une espèce de pierre angulaire de tout le cosmos. Or en lui réside déjà une incertitude fondamentale absolument cruelle pour notre esprit56.

    30Il faut ajouter que cela rejoint clairement la « bonne pratique » des mystiques orientales, de désorientation de la pensée rationnelle, telle que l’illustrent les koan zen ou les histoires taoïstes. Estimant qu’il y a décadence de l’homme moderne, Schaeffer recherche en réalité des moyens de renouveau tout proches des différentes spiritualités influencées par l’Orient. Il se voit, sinon comme un chef de secte, mais sûrement comme un relais, comme un éveilleur :

    Je pense que les gens s’habituent vite, se résignent vite, quitte à se réveiller soudainement et dangereusement, comme s’ils étaient tirés, tels des rêveurs d’un profond sommeil. À ce moment-là, ils se mettent à marcher le long des gouttières. C’est pourquoi j’aime mieux réveiller un peu les gens autour de moi, me réveiller moi-même. Je dis souvent que c’est en temps de paix qu’il faut faire la guerre57.

    31Pour lui, la question clé pour l’honnête homme est de faire des synthèses, de cultiver son éveil et de demeurer vigilant. Schaeffer pratique donc une pensée constamment paradoxale, à la recherche d’un équilibre à plusieurs termes. La pensée philosophique la plus traditionnelle, thèse-antithèse-synthèse, rejoint chez Schaeffer la volonté orientalisante d’aller au-delà des dualités pour résoudre leurs contradictions. Il a donc choisi d’être ambigu et ambivalent dans ses déclarations publiques par provocation et comme moyen de faire naître une meilleure façon de penser (la musique)58. Un peu comme Koestler59, il estime absolument nécessaire de cultiver une bicéphalie bien plus harmonieuse d’homo faber et sapiens pour sauver l’homme et le monde du désastre provoqué par le divorce de ses deux moitiés60. Les paradoxes de Schaeffer se révèlent peut-être assez lisibles, au fond :

    j’étais un ingénieur, j’étais d’une famille musicienne et je travaillais dans un studio ; je faisais marcher des tourne-disques, j’expérimentais sur le son et sur l’acoustique, comment n’aurais-je pas rencontré, avec un peu de chance, quelque accident imprévu – comme le sillon fermé, comme la coupure des objets sonores à l’aide du ciseau et du magnétophone –, quelque chose qui probablement serait passé inaperçu pour quelqu’un de moins vigilant, de moins curieux, et mon seul mérite a été d’être attentif61.

    En fin de carrière, Schaeffer se présente désormais clairement comme un éveillé et un maître.

    32Au bout du compte, ne faudrait-il pas envisager sérieusement ce que Schaeffer a toujours dit de lui-même ? C’est-à-dire qu’il ne faut pas le décomposer en écrivain/musicien/ingénieur/chercheur, mais bien le percevoir directement à la croisée de tout cela : le « mage » Schaeffer cherche bien à dépasser l’état d’« idiot hémisphérique62 ». C’est en étant à la fois écrivain, musicien, ingénieur et chercheur, voire magicien et philosophe en plus, qu’une synthèse nouvelle et riche devient possible. Cet article proposait une première étape d’analyse des résonances magiques et gurdjieviennes chez Schaeffer. Il faut maintenant passer à un travail d’analyse musicale précis, notamment à partir de la grille du tableau 163, et à vérifier comment cette part magique éclaire aussi les travaux des compositeurs plus jeunes, en particulier la génération de l’IMEB.

    Notes de bas de page

    1 Les encyclopédies en papier et en ligne donnent de bons points de départ pour cette recherche, ne serait-ce que « Magie (surnaturel) », site Wikipédia : l’encyclopédie libre, https://fr.wikipedia.org/wiki/Magie_(surnaturel). Cet article en ligne, comme tous ceux cités ici, ont été consultés en décembre 2016.

    2 Guy Rachet (éd.), Hermès trismésgiste : le grand texte initiatique de la tradition occidentale, trad. Louis Ménard (1925), coll. « Sagesse et spiritualité », Paris, Sand, 1996, et « La table d’émeraude », site Wikipédia : l’encyclopédie libre, https://fr.wikipedia.org/wiki/Table_d’émeraude#Le_texte_et_ses_versions.

    3 Éliphas Lévi, Secrets de la magie, coll. « Bouquins », Montréal, Robert Laffont, 2000, p. 54, 203-204 et 824-826.

    4 « Magick is the Science and Art of Causing Change to Occur in Conformity with Will », in Aleister Crowley, Magick in Theory and Practice (1929-1930), Londres, Routledge and Kegan Paul, 1975, p. 125.

    5 C’est à ce niveau que les théories scientifiques du moment influencent le plus la pensée magique.

    6 James Frazer, Le Rameau d’or, trad. Robert Laffont, coll. « Bouquins », Montréal, Robert Laffont, 1981-1984 [1911-1915], 4 vol.

    7 Lucien Lévy-Bruhl, La Mentalité primitive, coll. « Champs classiques », Paris, Flammarion, 2010 [1922]. Voir aussi Frédéric Keck, « Les théories de la magie dans les traditions anthropologiques anglaise et française », Methodos, n° 2, 2002.

    8 Bronislaw Malinowski, Les Jardins de corail, coll. « [Re]découverte », Paris, La Découverte, 2007 [1935].

    9 Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale coll. « Agora », Paris, Pocket, 2003 [1958] et La Pensée sauvage, coll. « Agora », Paris, Pocket, 1990 [1962].

    10 Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, Presses universitaires de France, 2007 [1912].

    11 Ashley Montagu, The Concept of the Primitive, Michigan, Free Press, 1968.

    12 Martin Laliberté « Origines et devenir des “nouvelles technologies musicales” », in Roberto Barbanti, Enrique Lynch, Carmen Pardo et Makis Solomos (dir.), Musiques, Arts et Technologies : pour une approche critique, coll. « Musique-Philosophie », Paris, L’Harmattan, 2004, p. 347-360.

    13 Paul Valéry, La Politique de l’esprit [1932], in Variété III, IV, V, coll. « Folio Essais », Paris, Gallimard, 2002 [1936-44], p. 195-231.

    14 Martin Laliberté « Les “supercordes”, une nouvelle métaphore musicale ? », in Makis Solomos (dir.), La Métaphore lumineuse : Gérard Grisey et Iannis Xenakis, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 123-146 et « Préalables à une réflexion sur le temps musical et ses liens avec la physique contemporaine », in Geneviève Mathon et Éric Dufour (dir.), Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société, n° 10, novembre 2009, « Musique et Rythme », Paris, Delatour, 2009, p. 207-245.

    15 « Pour vivre heureux, vivons cachés » dit l’adage.

    16 Les cercles ésotériques ressemblent, on pourrait le démontrer, aux cercles politiques militants et une telle similarité permettra à terme d’étudier finement le cas de l’IMEB. Dois-je souligner aussi que Gurdjieff œuvrait en Russie juste avant 1917 ?

    17 Cité dans Pyotr Demianovich Ouspensky, In Search of the Miraculous: Fragments of an Unknown Teaching, New York, Harcourt, Brace & World, 1949, p. 310, notre traduction.

    18 Voir notamment Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, Pierre Schaeffer : les constructions impatientes, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 9-65 et Sophie Brunet et Sylvie Dallet, Pierre Schaeffer, itinéraires d’un chercheur, Montreuil, Éditions du Centre d’Études et de Recherche Pierre Schaeffer, 1996.

    19 Sans parler des groupes « en réaction » comme ceux de Cologne, Milan, Utrecht ou Londres ou tout simplement indépendants, comme ceux de New York, Toronto et tant d’autres.

    20 Citée dans Evelyne Gayou, GRM. Le Groupe de Recherches Musicales : cinquante ans d’histoire, coll. « Les chemins de la musique », Paris, Fayard, 2007, p. 19.

    21 Giordano Ferrari, « La coquille à planètes de Pierre Schaeffer », in Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, op. cit., p. 128-139.

    22 Georges Ivanovitch Gurdjieff, Rencontre avec des hommes remarquables, trad. Jeanne de Salzmann et Henri Tracol, Paris, Éditions du Rocher, 2010 [1960].

    23 Georges Ivanovitch Gurdjieff, Récits de Belzébuth à son petit-fils, trad. Jeanne de Salzmann et Henri Tracol, Paris, Éditions du Rocher, 1983 [1950].

    24 Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, op. cit., p. 32.

    25 Un des organes du mouvement, The New Age, le présentait ainsi, selon Louis Pauwels, Monsieur Gurdjieff [1954], Paris, Livre de Poche, 1972, p. 31. Un prochain article de ma part approfondira cet aspect, à paraître en 2017, Université de Paris-8, actes du colloque « Orphée ».

    26 Jean-François Revel, Le Voleur dans la maison vide, mémoires, Paris, Plon, 1997 ; Louis Pauwels, « Entretien avec Jacques Nerson », Paris, France-Culture, juillet 1990 ; Bruno de Panafieu, Georges Ivanovitch Gurdjieff, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1993 ; Jean Laurendeau, Maurice Martenot, luthier de l’électronique, Montréal, Louise Courteau, 1990, p. 134.

    27 Le site http://gurdjiefffourthway.org présente cette pensée en détail, y compris avec des critiques et polémiques assez dures. Les versions française et anglaise de la notice « Georges Gurdjieff » dans wikipedia.org pourront aussi être utiles, notamment leurs références et liens : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Gurdjieff, et https://en.wikipedia.org/wiki/George_Gurdjieff.

    28 Cela m’évoque les idées d’Arthur Koestler sur les émergences involontaires chez les scientifiques, Les Somnambules, Paris, Les Belles Lettres, 2010 [1958].

    29 On pourrait évoquer ici l’humoristique mais bien vue « Cosmik Debris » de Frank Zappa (1974).

    30 Jouant un « Grand jeu » trouble entre la Grande-Bretagne, la Russie impériale et la Turquie. Voir James Moore, « Chronology of Gurdjieff’s life », site Gurdjieff Studies, http://www.gurdjieff.org.uk/gs9.htm.

    31 Evelyne Gayou, op. cit., p. 20.

    32 Ibid., p. 363.

    33 Ibid., p. 20-21.

    34 Ibid.

    35 C’est moi qui qualifie ces aspects de choc initiatique. Dans ses écrits, Schaeffer prend un ton plus objectif pour décrire une réelle expérience de transformation de soi, comme nous le verrons infra.

    36 Michel Chion, Guide des objets sonores, coll. « Bibliothèque de Recherche Musicale », Paris, Buchet-Chastel, 1983, p. 18-19.

    37 Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux, Paris, Seuil, 1977 [1966], p. 91-93.

    38 La première est de Pierre Schaeffer et Pierre Henry (1951-1953), la seconde de Henry (1951-2004) et la troisième de Bernard Parmegiani (1972).

    39 Michel Chion, op. cit., p. 12. Michel Chion associe pour sa part Schaeffer à saint Antoine tenté par ses démons dans sa Tentation de saint Antoine, 1984.

    40 Jacques Copeau cité dans Pierre Schaeffer, Traité, op. cit., p. 88-89. Voir aussi l’ensemble de ce chapitre sur le bilan des impacts du micro et de l’enregistrement, p. 69-90.

    41 Comme le rappelle aussi la distinction entre l’art oratoire et la Method acting du cinéma après Stanislavski.

    42 On songe notamment à Charles Cros, inventeur d’une version du phonographe, le paléophone : « J’ai voulu que les voix aimées soient un bien que l’on garde à jamais ».

    43 Une part importante de la poétique de Stockhausen en découle directement.

    44 On pense ici aux écrits d’Eisenstein et d’autres sur le montage cinématographique.

    45 Pierre Schaeffer, À la recherche d’une musique concrète, Paris, Seuil, 1952, p. 15-16.

    46 Équivoques renforcées par la basse-fidélité de l’époque, qui jette un voile de plus sur l’audible.

    47 Occultée ?

    48 Peter Manning, « La musique concrète et ses appareils », in Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, op. cit., p. 141-151.

    49 Pierre Schaeffer, À la recherche, op. cit., p. 19-21.

    50 Les compositeurs répétitifs américains baseront leur démarche là-dessus après 1965.

    51 Martin Laliberté, « Schaffer Today: Preliminary Steps Toward a Renaissance of the Schaefferian Approach to Music? », in Vilma Bartolic et Jerica Ziherl (éd.), Proceedings of the International Conference Pierre Schaeffer: mediArt, Rijeka, Éditions du Museum d’art Moderne et Contemporain, 2011, p. 102-122.

    52 Présenté aussi dans Michel Chion, op. cit., p. 172.

    53 En rejet des représentations à n-dimensions nécessaires depuis Minkowski, Einstein et Heisenberg.

    54 Pierre Schaeffer, L’Avenir à reculons, Bruxelles, Casterman, 1970, p. 15.

    55 Ibid., p. 13.

    56 Ibid., p. 22-23.

    57 Ibid., p. 63.

    58 Ibid., p. 72-73.

    59 Arthur Koestler, Janus, Paris, Calmann-Lévy, 1994.

    60 Pierre Schaeffer, L’Avenir à reculons, op. cit., p. 30.

    61 Ibid., p. 88.

    62 Ibid., p. 17.

    63 Comme je l’avais esquissé lors de la communication à Cerisy en août 2016.

    Auteur

    • Martin Laliberté

      Université Paris-Est Marne-la-Vallée

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    1 Les encyclopédies en papier et en ligne donnent de bons points de départ pour cette recherche, ne serait-ce que « Magie (surnaturel) », site Wikipédia : l’encyclopédie libre, https://fr.wikipedia.org/wiki/Magie_(surnaturel). Cet article en ligne, comme tous ceux cités ici, ont été consultés en décembre 2016.

    2 Guy Rachet (éd.), Hermès trismésgiste : le grand texte initiatique de la tradition occidentale, trad. Louis Ménard (1925), coll. « Sagesse et spiritualité », Paris, Sand, 1996, et « La table d’émeraude », site Wikipédia : l’encyclopédie libre, https://fr.wikipedia.org/wiki/Table_d’émeraude#Le_texte_et_ses_versions.

    3 Éliphas Lévi, Secrets de la magie, coll. « Bouquins », Montréal, Robert Laffont, 2000, p. 54, 203-204 et 824-826.

    4 « Magick is the Science and Art of Causing Change to Occur in Conformity with Will », in Aleister Crowley, Magick in Theory and Practice (1929-1930), Londres, Routledge and Kegan Paul, 1975, p. 125.

    5 C’est à ce niveau que les théories scientifiques du moment influencent le plus la pensée magique.

    6 James Frazer, Le Rameau d’or, trad. Robert Laffont, coll. « Bouquins », Montréal, Robert Laffont, 1981-1984 [1911-1915], 4 vol.

    7 Lucien Lévy-Bruhl, La Mentalité primitive, coll. « Champs classiques », Paris, Flammarion, 2010 [1922]. Voir aussi Frédéric Keck, « Les théories de la magie dans les traditions anthropologiques anglaise et française », Methodos, n° 2, 2002.

    8 Bronislaw Malinowski, Les Jardins de corail, coll. « [Re]découverte », Paris, La Découverte, 2007 [1935].

    9 Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale coll. « Agora », Paris, Pocket, 2003 [1958] et La Pensée sauvage, coll. « Agora », Paris, Pocket, 1990 [1962].

    10 Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, Presses universitaires de France, 2007 [1912].

    11 Ashley Montagu, The Concept of the Primitive, Michigan, Free Press, 1968.

    12 Martin Laliberté « Origines et devenir des “nouvelles technologies musicales” », in Roberto Barbanti, Enrique Lynch, Carmen Pardo et Makis Solomos (dir.), Musiques, Arts et Technologies : pour une approche critique, coll. « Musique-Philosophie », Paris, L’Harmattan, 2004, p. 347-360.

    13 Paul Valéry, La Politique de l’esprit [1932], in Variété III, IV, V, coll. « Folio Essais », Paris, Gallimard, 2002 [1936-44], p. 195-231.

    14 Martin Laliberté « Les “supercordes”, une nouvelle métaphore musicale ? », in Makis Solomos (dir.), La Métaphore lumineuse : Gérard Grisey et Iannis Xenakis, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 123-146 et « Préalables à une réflexion sur le temps musical et ses liens avec la physique contemporaine », in Geneviève Mathon et Éric Dufour (dir.), Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société, n° 10, novembre 2009, « Musique et Rythme », Paris, Delatour, 2009, p. 207-245.

    15 « Pour vivre heureux, vivons cachés » dit l’adage.

    16 Les cercles ésotériques ressemblent, on pourrait le démontrer, aux cercles politiques militants et une telle similarité permettra à terme d’étudier finement le cas de l’IMEB. Dois-je souligner aussi que Gurdjieff œuvrait en Russie juste avant 1917 ?

    17 Cité dans Pyotr Demianovich Ouspensky, In Search of the Miraculous: Fragments of an Unknown Teaching, New York, Harcourt, Brace & World, 1949, p. 310, notre traduction.

    18 Voir notamment Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, Pierre Schaeffer : les constructions impatientes, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 9-65 et Sophie Brunet et Sylvie Dallet, Pierre Schaeffer, itinéraires d’un chercheur, Montreuil, Éditions du Centre d’Études et de Recherche Pierre Schaeffer, 1996.

    19 Sans parler des groupes « en réaction » comme ceux de Cologne, Milan, Utrecht ou Londres ou tout simplement indépendants, comme ceux de New York, Toronto et tant d’autres.

    20 Citée dans Evelyne Gayou, GRM. Le Groupe de Recherches Musicales : cinquante ans d’histoire, coll. « Les chemins de la musique », Paris, Fayard, 2007, p. 19.

    21 Giordano Ferrari, « La coquille à planètes de Pierre Schaeffer », in Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, op. cit., p. 128-139.

    22 Georges Ivanovitch Gurdjieff, Rencontre avec des hommes remarquables, trad. Jeanne de Salzmann et Henri Tracol, Paris, Éditions du Rocher, 2010 [1960].

    23 Georges Ivanovitch Gurdjieff, Récits de Belzébuth à son petit-fils, trad. Jeanne de Salzmann et Henri Tracol, Paris, Éditions du Rocher, 1983 [1950].

    24 Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, op. cit., p. 32.

    25 Un des organes du mouvement, The New Age, le présentait ainsi, selon Louis Pauwels, Monsieur Gurdjieff [1954], Paris, Livre de Poche, 1972, p. 31. Un prochain article de ma part approfondira cet aspect, à paraître en 2017, Université de Paris-8, actes du colloque « Orphée ».

    26 Jean-François Revel, Le Voleur dans la maison vide, mémoires, Paris, Plon, 1997 ; Louis Pauwels, « Entretien avec Jacques Nerson », Paris, France-Culture, juillet 1990 ; Bruno de Panafieu, Georges Ivanovitch Gurdjieff, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1993 ; Jean Laurendeau, Maurice Martenot, luthier de l’électronique, Montréal, Louise Courteau, 1990, p. 134.

    27 Le site http://gurdjiefffourthway.org présente cette pensée en détail, y compris avec des critiques et polémiques assez dures. Les versions française et anglaise de la notice « Georges Gurdjieff » dans wikipedia.org pourront aussi être utiles, notamment leurs références et liens : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Gurdjieff, et https://en.wikipedia.org/wiki/George_Gurdjieff.

    28 Cela m’évoque les idées d’Arthur Koestler sur les émergences involontaires chez les scientifiques, Les Somnambules, Paris, Les Belles Lettres, 2010 [1958].

    29 On pourrait évoquer ici l’humoristique mais bien vue « Cosmik Debris » de Frank Zappa (1974).

    30 Jouant un « Grand jeu » trouble entre la Grande-Bretagne, la Russie impériale et la Turquie. Voir James Moore, « Chronology of Gurdjieff’s life », site Gurdjieff Studies, http://www.gurdjieff.org.uk/gs9.htm.

    31 Evelyne Gayou, op. cit., p. 20.

    32 Ibid., p. 363.

    33 Ibid., p. 20-21.

    34 Ibid.

    35 C’est moi qui qualifie ces aspects de choc initiatique. Dans ses écrits, Schaeffer prend un ton plus objectif pour décrire une réelle expérience de transformation de soi, comme nous le verrons infra.

    36 Michel Chion, Guide des objets sonores, coll. « Bibliothèque de Recherche Musicale », Paris, Buchet-Chastel, 1983, p. 18-19.

    37 Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux, Paris, Seuil, 1977 [1966], p. 91-93.

    38 La première est de Pierre Schaeffer et Pierre Henry (1951-1953), la seconde de Henry (1951-2004) et la troisième de Bernard Parmegiani (1972).

    39 Michel Chion, op. cit., p. 12. Michel Chion associe pour sa part Schaeffer à saint Antoine tenté par ses démons dans sa Tentation de saint Antoine, 1984.

    40 Jacques Copeau cité dans Pierre Schaeffer, Traité, op. cit., p. 88-89. Voir aussi l’ensemble de ce chapitre sur le bilan des impacts du micro et de l’enregistrement, p. 69-90.

    41 Comme le rappelle aussi la distinction entre l’art oratoire et la Method acting du cinéma après Stanislavski.

    42 On songe notamment à Charles Cros, inventeur d’une version du phonographe, le paléophone : « J’ai voulu que les voix aimées soient un bien que l’on garde à jamais ».

    43 Une part importante de la poétique de Stockhausen en découle directement.

    44 On pense ici aux écrits d’Eisenstein et d’autres sur le montage cinématographique.

    45 Pierre Schaeffer, À la recherche d’une musique concrète, Paris, Seuil, 1952, p. 15-16.

    46 Équivoques renforcées par la basse-fidélité de l’époque, qui jette un voile de plus sur l’audible.

    47 Occultée ?

    48 Peter Manning, « La musique concrète et ses appareils », in Martin Kaltenecker et Karine Le Bail, op. cit., p. 141-151.

    49 Pierre Schaeffer, À la recherche, op. cit., p. 19-21.

    50 Les compositeurs répétitifs américains baseront leur démarche là-dessus après 1965.

    51 Martin Laliberté, « Schaffer Today: Preliminary Steps Toward a Renaissance of the Schaefferian Approach to Music? », in Vilma Bartolic et Jerica Ziherl (éd.), Proceedings of the International Conference Pierre Schaeffer: mediArt, Rijeka, Éditions du Museum d’art Moderne et Contemporain, 2011, p. 102-122.

    52 Présenté aussi dans Michel Chion, op. cit., p. 172.

    53 En rejet des représentations à n-dimensions nécessaires depuis Minkowski, Einstein et Heisenberg.

    54 Pierre Schaeffer, L’Avenir à reculons, Bruxelles, Casterman, 1970, p. 15.

    55 Ibid., p. 13.

    56 Ibid., p. 22-23.

    57 Ibid., p. 63.

    58 Ibid., p. 72-73.

    59 Arthur Koestler, Janus, Paris, Calmann-Lévy, 1994.

    60 Pierre Schaeffer, L’Avenir à reculons, op. cit., p. 30.

    61 Ibid., p. 88.

    62 Ibid., p. 17.

    63 Comme je l’avais esquissé lors de la communication à Cerisy en août 2016.

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    Laliberté, M. (2018). Musiques électroacoustiques et pensée magique : avant l’IMEB, le cas Schaeffer. In F. Kessler, J.-M. Larrue, & G. Pisano (éds.), Machines. Magie. Médias.. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.38042
    Laliberté, Martin. « Musiques électroacoustiques et pensée magique : avant l’IMEB, le cas Schaeffer ». In Machines. Magie. Médias., édité par Frank Kessler, Jean-Marc Larrue, et Giusy Pisano. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.38042.
    Laliberté, Martin. « Musiques électroacoustiques et pensée magique : avant l’IMEB, le cas Schaeffer ». Machines. Magie. Médias., édité par Frank Kessler et al., Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.38042.

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    Kessler, F., Larrue, J.-M., & Pisano, G. (éds.). (2018). Machines. Magie. Médias. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.37850
    Kessler, Frank, Jean-Marc Larrue, et Giusy Pisano, éd. Machines. Magie. Médias.. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2018. doi:10.4000/books.septentrion.37850.
    Kessler, Frank, et al., éditeurs. Machines. Magie. Médias. Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.37850.
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