Introduction du chapitre 1
p. 33-36
Texte intégral
1Les textes qui illustrent ce chapitre abordent la question de l’éco-soutenabilité de la ville à travers des approches thématiques qui traitent respectivement des sujets suivants : la biodiversité, sa conception dans l’aménagement des espaces publics de la ville, la perception, inégale, des espaces de nature par les habitants ; l’approche bioclimatique des villes denses où la formation d’îlots de chaleur induisent à intégrer davantage de végétaux dans les aménagements urbains, pour diminuer la chaleur, en incitant aussi à adopter des comportements résilients ; l’identification des déperditions de chaleur dans des ensembles urbains à travers la thermographie aérienne, dans le but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
2La biodiversité est devenue une thématique majeure en planification urbaine, par le biais essentiellement de la notion de TVB (Trame Verte et Bleue). Récemment, d’autres approches se mettent en place à l’échelle du quartier, qui impliquent les habitants dans la végétalisation des espaces publics donnant lieu à une esthétique particulière caractérisée par des plantations sauvages, ce qu’on appelle les espaces de nature. Des actions sont impulsées par la ville de Paris (par exemple l’Appel à projets : Protection et développement de la biodiversité lancé en février 2018) pour inciter les associations et les jardins partagés à proposer des activités de sensibilisation et d’éducation à la préservation et au développement de la biodiversité. Cela correspond à une prise de conscience que pour protéger l’écosystème il est nécessaire de protéger aussi la flore et la faune.
3Dans cette acception la préservation de la biodiversité urbaine est un gage aussi de qualité de vie pour les citadins et apparaît comme importante pour promouvoir la ville durable. L’article de Marianne Cohen, s’inscrit tout à fait dans cette lignée. Dans un cœur d’agglomération, dense et pourtant très valorisé (c’est le paradoxe haussmannien), il s’interroge sur le rôle des espaces dit « de nature », dotés d’une végétation à l’état sauvage et contenant des plantes spontanées : ces espaces apportent-ils des services écosystémiques de façon équitable à tous les citadins ?
4Dans la première partie, d’analyse sur les espaces publics, les services écosystémiques qu’ils apportent à la société sont confrontés avec le profil socio-professionnel des ménages et avec les types de paysages urbains. On peut observer que la présence de végétation spontanée, pas forcément esthétique au sens classique, dans l’espace public apporte des services écosystémiques inversement proportionnels aux revenus des habitants et atténue le paradoxe haussmannien. Si l’on élargit la définition de la biodiversité en incluant les espèces végétales horticoles et exotiques plantées, fréquentes dans les jardins publics et privés, les résultats sont bien plus nuancés. Il en est de même si l’on considère l’abondance des différentes populations d’oiseaux. La signification de ces résultats est discutée au regard d’enquêtes réalisées auprès des usagers des espaces de nature urbaine et des jardiniers. Ils revêtent une grande signification avec la mise en place et la réactualisation du Plan Biodiversité par la Ville de Paris.
5De la biodiversité urbaine on passe, dans le deuxième article rédigé par Delphine Gramond, à l’approche bioclimatique à l’ère des grandes métropoles mondiales, où la densité urbaine s’accentue et s’accompagne de changements climatiques soudains avec des risques sociaux et environnementaux. Cette approche demande d’adopter des attitudes résilientes aussi bien côté « gouvernants » que « gouvernés ». L’intérêt de cet article est dans son affirmation centrale selon laquelle le réchauffement climatique, souvent indiqué comme principal responsable des catastrophes naturelles, n’est pas à considérer comme un évènement indépendant des contextes urbains. Ainsi, toutes les villes ne sont pas égales face à ce phénomène qui peut être amplifié ou au contraire minimisé selon leurs caractéristiques (formes urbaines, densité, architecture, matériaux, orientation, etc.) et leur capacité à réduire les pollutions et à mieux canaliser les vapeurs d’eau, la chaleur, etc.
6Cela explique pourquoi la climatologie urbaine est devenue une discipline à part entière, car elle ne dépend pas uniquement de facteurs purement climatiques mais aussi de facteurs propres à chaque ville. Les villes en effet, sont surmontées par une sorte de « dôme » ou nuage de chaleur (ou canopée). Cette chaleur qui est mesurable, est plus élevée dans les centres urbains plus denses. Pour Paris, par exemple, on compte un écart de température sur la valeur moyenne annuelle de +2,5 °C entre la ville de Paris et la Région d’Île-de-France. On comprend donc la complexité dans la gestion des variations de chaleur en milieu urbain dense, compte tenu de la diversité des contextes. Il en ressort une définition ambiguë de la notion d’îlot de chaleur urbain (ICU) :
comme une anomalie thermique locale à un moment donné. Il est dynamique, mouvant dans l’espace, discontinu dans le temps, et dépend de nombreux paramètres complexes liés aux contextes saisonniers mais aussi aux conditions météorologiques. (Gramond).
7En France, comme dans d’autres pays, l’atténuation des effets « îlots de chaleur » apparaît comme un enjeu central d’adaptation au changement climatique (Plan National d’Adaptation au Changement Climatique de 2011). Parmi les actions évoquées dans cet objectif, la présence d’éléments végétaux en ville peut atténuer voire réduire l’intensité des anomalies thermiques. La notion d’îlot de fraîcheur urbaine (IFU), étroitement liée au rôle qu’à la végétation en ville, n’est pas nouvelle, mais les recherches en cette direction sont encore ouvertes et les résultats font parfois l’objet de remises en questions (quelles échelles d’efficacité ? quels effets rétroactifs entre chaleur urbaine et réponses végétales ? quel est le statut de la végétation à l’échelle du système urbain ?).
8L’objectif de ces études est d’établir quels sont les rôles attribués et à attribuer aux éléments végétaux dans les stratégies de compensation des ICU. L’article, à travers la notion d’îlot de fraîcheur urbaine, veut mettre en avant le rôle de la végétation non seulement comme variable d’ajustement des conditions climatiques locales et régionales, mais aussi comme variable de contrôle.
9Les exemples illustrés permettent d’évaluer l’efficacité de la végétation comme outil de compensation. Force est de constater que la réflexion sur les effets rétroactifs de cette utilisation de la végétation à l’échelle locale (d’une ville, d’un quartier, d’un îlot) n’est pas suffisamment aboutie. D’autre part ces effets ne sont que très peu pris en compte dans l’élaboration des documents de planification.
10Un autre phénomène, qu’on peut qualifier de complémentaire à celui des îlots de chaleur, est la déperdition de chaleur dans les îlots urbains, objet de l’article de Nathalie Molines et Carine Henriot. Cette approche introduit une composante énergétique en plus de celle environnementale car il est question de mesurer les performances énergétiques du parc résidentiel d’une ville à travers une analyse basée sur la thermographie aérienne et sur l’outil SIG visant à proposer une analyse globale d’un territoire urbain. Cet effort est nécessaire pour parvenir à diminuer les émissions de gaz à effet de serre par 4 (engagement de la France faisant suite au protocole de Kyoto). L’État français a mis en place une série de dispositifs pour atténuer ces émissions. Toutefois ces dispositifs sont applicables plus facilement à l’échelle d’un bâtiment ou d’un îlot qu’à une échelle plus vaste, d’une ville et de ses quartiers. D’où la difficulté à travailler sur l’efficacité énergétique réelle des formes urbaines à l’échelle d’une ville.
11L’objectif de la recherche illustrée, financée par l’ARC (Agglomération de la Région de Compiègne) et soutenue par l’ADEME, était de modéliser, à l’échelle de l’agglomération, les déperditions énergétiques par les toits des bâtiments et d’identifier les zones d’intervention prioritaires. L’idée sous-jacente est d’inciter les bailleurs et les propriétaires à effectuer des travaux d’isolation de leur bâti, ce qui se fait déjà depuis une dizaine d’années dans d’autres métropoles mondiales à l’instar de New-York par exemple.
12On peut souligner, encore une fois, le caractère de complémentarité de cette dernière approche aves les actions de réduction de la chaleur par la végétalisation analysées dans l’article précédent. Il s’agit dans les deux cas d’actions visant à améliorer la qualité de vie tout en diminuant l’utilisation de la climatisation. En effet ce sont ces types d’actions qui vont permettre d’atteindre les objectifs fixés par le facteur 4 (protocole de Kyoto).
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