Préface 1
p. 09-12
Texte intégral
1Cet ouvrage est issu du séminaire de Recherche International intitulé : « Vers une société de la connaissance : l’emploi du numérique et des énergies alternatives pour la production d’une ville éco-soutenable », organisé dans le cadre du projet IDEX SUPER-SU (Programme Écoles Internationales de Sorbonne Universités)1, sous la direction de la professeure Patrizia Ingallina.
2Ce séminaire, soutenu par le laboratoire ENeC (Espaces, Nature et Culture), a associé d’autres institutions françaises et étrangères, notamment, l’Université de Technologie de Compiègne UTC ; le MASDAR Institute – Abu Dhabi2 ; le Politecnico di Torino (Italie) ; l’Université Roma Tre ; le Tecnològico de Monterrey. Il a pu compter sur la participation de nombreux chercheurs français et internationaux.
3Provenant d’horizons et de spécialités différentes, les communications des chercheurs ont apporté un éclairage singulier au débat actuel sur les sociétés en transitions (écologique, numérique, énergétique, etc.). Parallèlement, des ateliers de doctorants ont été organisés afin de permettre l’ouverture d’un dialogue, voire d’un débat, entre enseignants et jeunes chercheurs sur des thématiques afférentes, aussi complexes que croisées. Ces ateliers ont été pilotés par les chercheurs internationaux qui ont utilisé des méthodes pédagogiques innovantes, favorisant la prise de décisions et le montage en équipe de projets.
4Les thématiques abordées lors de ce séminaire sont également au centre des recherches du laboratoire ENeC. En ce qui concerne l’analyse culturelle et sociale, l’on se demande en effet quelles perceptions et quelles pratiques sont effectivement innovantes. Quelles attentes sociales et quels freins culturels ? Pour ce qui est de la ville et de son aménagement : comment planifier la biodiversité et les espaces de nature en ville ? La végétalisation de la ville peut-elle faciliter une meilleure gestion des espaces urbains ? Enfin, sur l’axe « environnement et société », en convergence avec les deux premiers, l’on se pose la question sur la nature et les limites des biodiversités en milieu urbain. Comment innover dans une ville qui se veut éco-soutenable ? Les récents numéros de la revue Géographie et Culture posaient à leur manière ces mêmes questions ; l’un s’intitulait « Cultiver la ville » (N° 101), l’autre « La ville en hauteur » (N° 102).
5D’autres thématiques nous intéressent plus particulièrement : la mobilité et les innovations technologiques. Un projet et un appel à textes sont en cours, ils visent à se pencher sur deux mouvements en apparence contraires : « l’immobilité et l’e-mobilité ». Mouvements et résistance ne sont pas que deux types d’actions, contraires, mais bien deux rapports au monde et à l’espace. Quel projet pour l’innovation écologique et quelle forme ou quel modèle de ville : la knowledge city ou la smart city ? Quels modèles interprétatifs et quelles pratiques se cachent derrière ces deux notions ? Ces deux modèles de villes sont caractérisés d’une part par l’utilisation généralisée du numérique, d’autre part, par la recherche de nouvelles formes d’énergie, pour une ville sobre, économe et résiliente.
6La « Digital City » est perçue comme plus facile d’accès et connotée par la présence de services basés sur les technologies numériques qui offrent aux utilisateurs (locaux et « globaux », citoyens ou entreprises) un tas de services et un accès libre aux données (open data). Cette ville numérique est déjà en marche, une ville où la technologie transforme l’utilisation des espaces et leur fonctionnement. Les processus de transformation territoriale en cours, doivent désormais tenir compte de cette dimension dans le basculement vers la ville numérique. Dès lors se pose la question de nouvelles typologies d’espaces urbains mieux adaptés aux nouveaux usages (pensés à partir de l’offre en données, par exemple et de l’accessibilité à l’information). Certaines villes, telle que Masdar City à Abou Dhabi par exemple, déploient tous leurs efforts pour conjuguer les exigences de la « smart city » (efficacité énergétique), avec la création de plateformes collaboratives (université-entreprise-Technology Transfer Office) qui marquent la Knowledge Based City, dans un objectif d’écodéveloppement (construire une ville à énergie zéro). La construction de bâtiment à énergie positive s’inscrit dans cette mouvance qui vise à ce que la consommation d’énergie soit tout au plus égale à la production du bâtiment. L’autoconsommation s’étend donc de l’échelle du bâtiment à celle d’un territoire vaste et pose désormais la question de la pertinence du réseau énergétique dans la ville du futur (relation entre réseau de chaleur et « smart grid »).
7Renouveler la ville à l’aune de l’innovation et de l’écodéveloppement veut dire aussi penser à la ville existante, au patrimoine urbain, en un mot à la ville historique afin de l’adapter aux évolutions sociétales et aux exigences du développement durable. Les contextes urbains patrimoniaux sont amenés aussi à relever le défi de la « smart city » dans le but de se positionner au niveau international en renforçant leur attractivité touristique et résidentielle. L’économie de la connaissance a favorisé l’ascension de la figure de la « knowledge-based city », qui est symbolisée par le cluster dont l’objectif est d’impulser les dynamiques économiques pour améliorer la productivité et renforcer la compétitivité d’un territoire. L’application de ce modèle donne lieu, le plus souvent, à une configuration urbaine par clusters (clustering territorial). Les zones urbanisées autour des grands hubs aéroportuaires sont assimilables à des territoires de la connaissance s’inscrivant dans le double modèle de la « knowledge-based city » et de la « smart city ».
8Cet ouvrage essaye d’éclaircir toutes ces notions et de répondre aux questions posées par la construction de la ville du futur. Je retiens de la présentation des étudiants et étudiantes une vision positive de ces transformations appréhendées. Dans les discussions se sont néanmoins posées des questions sur lesquelles on ne peut pour l’instant que spéculer. Une part de ces questions pointe vers la reconfiguration du rapport entre le privé, à l’origine des innovations technologiques, et le secteur public, en charge jusqu’ici de la planification et de la gestion de l’espace urbain. Le temps de la planification, de la décision à la réalisation, est en déphasage accru par rapport aux potentiels de transformation et aux besoins d’infrastructure des innovations technologiques privées.
9Comment ce souci est-il considéré par les acteurs décideurs dans les stratégies de développement d’un territoire, par les dispositifs d’urbanisme et par les projets opérationnels ? À qui appartiendra la ville de demain ? Aurons-nous deux types de contrastes dans les paysages urbains ? Une ville privée, branchée et hyper mobile, et une ville publique, dépassée et immobile ? Une ville branchée et une ville écologique ? Des essais sont déjà en cours, comme à Toronto, où les autorités ont remis à Google, les clés de la rénovation et réorganisation d’un quartier périphérique. Ces types de laboratoires seront à surveiller. Le présent ouvrage doit permettre de mieux les apprécier.
Notes de bas de page
Auteur
-
Louis Dupont
Directeur ENeC, Sorbonne Université
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Dire la ville c’est faire la ville
La performativité des discours sur l’espace urbain
Yankel Fijalkow (dir.)
2017
Lille, métropole créative ?
Nouveaux liens, nouveaux lieux, nouveaux territoires
Christine Liefooghe, Dominique Mons et Didier Paris (dir.)
2016
Biocarburants, les temps changent !
Effet d'annonce ou réelle avancée ?
Helga-Jane Scarwell (dir.)
2007
Le changement climatique
Quand le climat nous pousse à changer d'ère
Isabelle Roussel et Helga-Jane Scarwell (dir.)
2010
Enseigner les sciences sociales de l'environnement
Un manuel multidisciplinaire
Stéphane La Branche et Nicolas Milot (dir.)
2010
Éco-fiscalité et transport durable : entre prime et taxe ?
Séverine Frère et Helga-Jane Scarwell (dir.)
2011
Écologie industrielle et territoriale
Stratégies locales pour un développement durable
Nicolas Buclet
2011
Universités et enjeux territoriaux
Une comparaison internationale de l'économie de la connaissance
Patrizia Ingallina (dir.)
2012
