Les logiques sociales et politiques du choix électoral en janvier 2017. La primaire de la gauche au microscope de questionnaires « sortie des urnes » à Nancy

Anne Jadot et Carole Bachelot

p. 329-354


Texte intégral

1À l’heure du bilan des primaires françaises de 2016-2017, leurs résultats paradoxaux soulèvent un certain nombre de questionnements. Le caractère inéluctable de ces consultations avait semblé avéré lorsqu’elles ont été organisées à droite, sous l’égide des Républicains, pourtant marqués par une culture partisane valorisant bien davantage l’émergence d’un leader charismatique, ou à gauche, de manière tardive et précipitée par un Parti socialiste qui disposait d’un président sortant. Leur aboutissement, qui n’a permis à aucun des deux candidats ainsi sélectionnés de parvenir au second tour de l’élection présidentielle, a sans conteste ébranlé ce processus de « primarisation » de la vie politique française : il n’est désormais plus certain que cet instrument soit à nouveau utilisé, lors des prochaines échéances électorales, par les grands partis de gouvernement (Lefebvre et Treille, 2017).

2Sans traiter ici de l’ensemble des facteurs, pour certains conjoncturels (comme l’affaire Fillon) qui ont contribué à ces résultats, il semble cependant utile à leur compréhension de revenir sur les logiques de la mobilisation des électeurs de la primaire de la Belle Alliance populaire. L’enquête par questionnaires « sortie des urnes » (QSU) réalisée lors de cette primaire, et dont nous nous proposons d’analyser ici les résultats, est focalisée sur le « profil » sociologique et politique des électeurs, mais aussi sur les motivations du choix électoral. Elle doit ainsi permettre de contribuer au débat, certes beaucoup plus vivace dans la littérature américaine et anglo-saxonne que française, sur l’effet électoral des primaires1. Un certain nombre de travaux s’interrogent ainsi sur le fait de savoir si les primaires attirent des électeurs « radicaux » (hardcore partisans), qui sélectionneraient des candidats éloignés des préférences de l’électeur médian (Norrander, 1989). Dans une perspective de choix rationnel, d’autres auteurs estiment que les primaires permettent surtout aux électeurs d’exprimer leurs préférences à un stade précoce de la campagne, facilitant ainsi pour les candidats sélectionnés l’amélioration de leurs programmes de manière à séduire ce même électeur médian (Meirowitz, 2005). Au-delà de l’effet « positif » ou « négatif » des primaires sur les scores électoraux, la valeur ajoutée des primaires serait donc surtout informationnelle.

3Ces conclusions sont sans doute difficilement applicables en l’état au cas français, bien différent du contexte américain dans lequel elles ont été élaborées (les primaires y désignent indistinctement toutes les élections lors desquelles les candidats sont « choisis » et non désignés). Cependant, l’interrogation sur le degré de politisation, voire de polarisation idéologique de l’électorat spécifique des primaires, et son éventuel décalage avec celles de l’électorat dans son ensemble, semble cruciale pour comprendre ce qui s’est joué lors de la dernière élection présidentielle. À cet égard, la question méthodologique de l’échelon d’observation adéquat permet, là aussi, d’engager le débat avec des analyses, notamment anglo-saxonnes, généralement fondées sur le niveau national. L’enquête présentée ici plaide au contraire pour une observation territorialisée, d’autant plus pertinente qu’elle permet, comme l’avaient déjà montré certaines analyses monographiques réalisées à l’occasion de la primaire de 2011, de voir que ces consultations ne sauraient être réduites à un phénomène homogène et standardisé. Les logiques locales y sont extrêmement présentes, dans la dimension organisationnelle comme dans celle de la décision électorale (Audemard et Gouard, 2014 ; Olivier 2016).

4En ce qui concerne le processus de sélection des candidats pour l’élection présidentielle de 2017, une enquête similaire avait été réalisée en novembre 2016 sur les primaires de la droite et du centre dans plusieurs départements2 par un collectif (Gouard et al., 2017). L’analyse que nous proposons ici repose sur la seule enquête électorale menée – à notre connaissance – dans le monde académique sur la primaire de la gauche des 22 et 29 janvier 20173. Les résultats présentés sont issus d’une enquête par QSU que nous avons réalisée auprès des votants de deux bureaux de vote « primaires » à Nancy, en Meurthe-et-Moselle. Ces données doivent permettre, dans un premier temps, de dresser de façon fine le portrait socio-politique de cet électorat socialement privilégié et constitué de « sympathisants », qui a participé à la primaire dans un contexte si difficile pour la gauche et le PS (Sawicki, 2017), que François Hollande, président sortant, ne s’est pas jugé en situation de présenter une nouvelle fois sa candidature. Dans un deuxième temps, on explorera les logiques électorales qui ont permis la victoire de Benoît Hamon sur Manuel Valls. Une attention particulière sera portée à la réception de la campagne et des propositions débattues, puis aux nets contrastes existant entre ces deux sous-électorats. L’importance de ces clivages, manifeste en ce qui concerne les attentes envers le candidat devant obtenir l’investiture, permet ainsi de mieux appréhender quelle était, dès le mois de janvier, la fragilité du socle électoral de ce dernier.

Le dispositif de recherche : des questionnaires « sortie des urnes » à Nancy

5Cette enquête s’inscrit dans le courant de recherche très vivace de l’analyse électorale localisée. Ses caractéristiques méthodologiques correspondent à un double objectif pédagogique et scientifique.

Le renouveau en France d’enquêtes électorales localisées

6Le fort potentiel heuristique de l’analyse localisée (Sawicki, 2000) a été particulièrement valorisé ces dernières années dans le champ des études électorales, avec le renouveau des analyses dites « contextuelles » (Braconnier, 2010). Plus précisément, notre étude s’inscrit dans la continuité d’un certain nombre de travaux qui, depuis le début des années 2000, ont retenu le bureau de vote comme échelon d’observation, voire comme objet d’étude (Audemard et Gouard, 2016). Ces travaux, comme ceux réalisés dans la Cité des Cosmonautes par Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen (2007 et Braconnier 2012) ou, pour une analyse multi-sites, dans le cadre du programme PAECE, visent clairement à prendre en compte l’importance des variables liées à l’environnement sociologique et territorial, se démarquant ainsi des grandes enquêtes d’opinion réalisées au niveau national qui reposent sur la représentation d’un électeur délié de toute appartenance collective. Dans une perspective similaire, la base de données CARTELEC, fruit d’une collaboration entre géographes et politistes (Jadot et al., 2010), avait permis, grâce à une cartographie des bureaux de vote français, d’apparier les résultats politiques au niveau le plus fin disponible avec les données socio-économiques de l’INSEE.

7Depuis quelques années, s’est également développée la réflexion sur l’objet électoral atypique que constituent les primaires, comme en témoignent les enquêtes, déjà citées, réalisées sur la primaire socialiste de 2011 et sur la primaire de la droite fin 2016. Notre recherche, qui revient sur le terrain nancéien déjà exploré par Laurent Olivier, permet de confirmer l’institutionnalisation ambiguë de cette procédure repérée par cet auteur en 2011, non seulement dans la culture partisane des « encartés » mais aussi dans les représentations des électeurs « sympathisants »4.

Un double objectif pédagogique et scientifique

8Une des finalités initiales de notre enquête était par ailleurs d’ordre pédagogique : nous étions chargées pour l’une d’un cours de « sociologie électorale et techniques de sondages », pour l’autre d’un séminaire de « méthodes de la recherche en sciences sociales », destinés aux étudiants du M2 « Métiers du politique et de l’administration » de l’Université de Lorraine. Associer nos étudiants à une étude sur l’une des primaires organisées pendant l’année permettait de les former à la recherche par la recherche et de leur faire expérimenter concrètement la complémentarité de ces enseignements5. Les exercices comprenaient notamment une observation collective, par groupes de 3 ou 4, dans un bureau de vote, ainsi que, pour chaque étudiant, la réalisation ultérieure d’un entretien semi-directif, retranscrit et analysé, avec un.e des électeurs-électrices rencontré.es lors de la passation des QSU (ces rapports ethnographiques et les données qualitatives ne seront pas traités ici). L’objectif pédagogique principal restait cependant celui la rédaction de questionnaires discutés collectivement, de manière à tester des hypothèses de recherche proposées par les enseignantes. Lorenzo Barrault-Stella et Nazli Nozarian (2016) ont bien montré les bénéfices de ce type d’enquêtes, qui constituent une des rares solutions envisageables permettant d’obtenir des données quantitatives de première main dans un contexte de sous-financement structurel de la recherche. Cette dimension pédagogique nous a également incitées à investir un objet largement délaissé par nos collègues, de manière compréhensible à un moment où la victoire du candidat issu de la primaire de la droite paraissait inéluctable.

9Ces enquêtes associant enseignants et étudiants impliquent cependant des contraintes fortes quant à la production des données. La primaire de gauche a ainsi été privilégiée comme terrain à la fois en raison du calendrier universitaire (leur organisation en janvier permettant une formation suffisante des étudiants) et de sa proximité avec nos recherches respectives. Celles-ci portent en effet principalement sur le PS, la sociabilité militante et la trace dans les votes des divisions internes (Carole Bachelot), ainsi que sur la réception des campagnes par les électeurs (Anne Jadot, impliquée par ailleurs dans le projet « Médias Élections 2017 » au LCP-IRISSO coordonné par Pierre Lefébure).

Une ville, deux bureaux de vote « primaires » regroupant dix-huit bureaux « républicains »

10Nancy est une ville moyenne, avec 105 000 habitants, fortement marquée par une tradition politique radicale valoisienne. Le maire actuel, Laurent Hénart, élu en 2014, a été Président du Parti radical de 2014 à 20176 après avoir été secrétaire d’État à l’Insertion professionnelle dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin (2004-2005). Son prédécesseur André Rossinot, qui a dirigé la ville de 1983 à 2014, et qui préside encore aujourd’hui la métropole du Grand Nancy, a lui aussi été à la tête du Parti radical à plusieurs reprises (1983-1988, 1993-1997, 2003-2007).

11Au moment des primaires de janvier 2017, le Parti socialiste y est cependant bien implanté. Aux élections municipales de 2014, le candidat socialiste Mathieu Klein, à la tête d’une liste d’Union de la gauche, a atteint les 35 % au premier tour, 47 % au second tour (contre 52,9 % pour Laurent Hénart, à la tête d’une liste UMP-UDI-Modem). Le conseil départemental de Meurthe et Moselle est tenu par le PS depuis 1998, ce qui explique en partie l’importance numérique relative de la fédération socialiste : un millier d’adhérents environ en 2012, 800 en 2015. Les deux bureaux de vote (BV) « primaires » que nous avons étudiés relèvent de cantons socialistes (Nancy 2 et 3), et de circonscriptions alors également détenues par des députés socialistes. Sans atteindre, de loin, la participation aux primaires de la droite et du centre, autour de 19 % à Nancy à chacun des deux tours (Gouard et al., 2017), la forte présence des élus socialistes sur ce territoire a sans doute largement contribué à l’exception meurthe-et-mosellane au regard de la participation à la primaire de 2017. Dans l’ensemble du quart Nord-Est (Nord Pas-de-Calais, Picardie, Lorraine, Alsace) où la droite et le FN sont fortement implantés, la Meurthe-et-Moselle est le seul département qui a dépassé les 3 % de participation au premier tour. À titre de comparaison, seuls 2,2 % des électeurs du Nord se sont mobilisés à cette occasion.

Tableau 1 : participation aux primaires ouvertes, 2011-2017.

en % par rapport aux inscrits1er tour2nd tour
2011201720112017
France6,13,66,54,42
Lorraine4,22,74,63,34
Meurthe et Moselle5,63,166,053,9
Nancy Thermal6,237,3
Nancy Braconnot6,78,08
Total Nancy5,686,94

Sources : pour 2011 L. Olivier, pour 2017 fédération 54 du PS et Le Monde (26/01/17).

12De fait, la primaire de la Belle Alliance populaire a été particulièrement investie par les élus socialistes sur les territoires étudiés, au prix de prises de position parfois divergentes : le chef des élus de gauche à la mairie de Nancy, par ailleurs premier secrétaire de la fédération aubryiste de la Meurthe-et-Moselle, ainsi que les deux députés socialistes nancéiens Chaynesse Khirouni et Hervé Féron se sont ainsi rapidement positionnés en faveur de Benoît Hamon, alors que le président du conseil départemental (Mathieu Klein) était désigné en décembre 2016 comme l’un des huit porte-parole nationaux de Manuel Valls. Les deux candidats finalement arrivés en tête ont d’ailleurs fait étape à Nancy lors de leur campagne, le 6 janvier pour Benoît Hamon, les 2 décembre et 27 janvier pour Manuel Valls, qui y a tenu son dernier meeting d’entre-deux-tours. Chacune de ces visites a été fortement médiatisée localement.

13Compte tenu de ces caractéristiques locales, plusieurs critères et contraintes logistiques ont pesé sur le choix de nos terrains d’enquête7. Le nombre d’enquêteurs disponibles ne permettait d’enquêter que sur un seul bureau à chaque tour, tout au long de la journée. Plutôt que de suivre le même bureau lors des deux tours, et de procéder à une approche longitudinale, nous avons fait le choix d’enquêter dans 2 BV différents, un à chaque tour, pour maximiser le nombre de votants différents à solliciter et éviter une chute prévisible du taux de réponse au QSU au 2nd tour (en 2016, à la primaire de droite, le taux de réponse avait chuté entre les 2 tours, de 43,8 % à 33,3 % sur l’ensemble des BV étudiés), voire une diminution volontaire du nombre d’items posés, pour minorer la lassitude des enquêtés (stratégie retenue par Barrault-Stella et Nozarian, 2016). Cette décision nous a permis de conserver aux deux tours un questionnaire très dense comprenant 36 questions pour le 1er tour8, dont 19 questions initiales sur la politisation, alternant des aspects structurels et conjoncturels sur la primaire et l’élection présidentielle, et 17 à la fin sur les renseignements sociodémographiques et certains votes passés. Quant au choix des bureaux investigués, nous avons retenu 2 BV primaires (parmi les 10 organisés à Nancy9) regroupant le plus grand nombre d’électeurs inscrits : 9 081 pour Nancy Thermal, 7 882 pour Nancy Braconnot, chacun d’entre eux correspondant à 9 BV républicains10. Un autre critère de sélection était, dans les BV républicains constitutifs des BV primaires, la prépondérance du vote de gauche aux élections présidentielle et législatives de 2012, aux municipales et départementales de 2014 et aux régionales de 2015. De fait, à Thermal et Braconnot, la participation a été (relativement) bonne, comme le montre le tableau n° 1. Ces 2 BV de centre-ville présentaient enfin l’avantage d’être très accessibles par les transports en commun.

14La sélection de ces deux bureaux a abouti à des taux de réponse très satisfaisants malgré la longueur du questionnaire : 66 % à Thermal au premier tour, 64 % à Braconnot au 2nd tour (alors que 30 % est habituellement considéré comme un taux honorable pour des QSU administrés lors d’élections classiques). Leur localisation induit toutefois des conséquences sur la sociologie de l’électorat enquêté car ces 2 BV primaires recouvrent des territoires gentrifiés, même si celui retenu pour le 2nd tour comprend aussi un quartier de logements sociaux et est un peu plus hétérogène. Y vivent plus nombreux qu’ailleurs des habitants bien dotés socialement, appartenant aux catégories supérieures et moyennes-supérieures. Ces caractéristiques sont, de façon attendue, encore plus accentuées parmi les votants de cette primaire qui ont, de surcroît, répondu à nos QSU.

Les caractéristiques socio-politiques des répondants : une participation aux primaires doublement « censitaire »

15Comme l’ont écrit Rémi Lefebvre et Éric Treille, « les participants [d’une] primaire ne sont ni forcément à l’image des adhérents du parti qui l’organise, ni le reflet de l’ensemble du corps électoral » (2017, op. cit.). C’est un fait déjà bien établi que la faible participation au processus de sélection des candidats comporte un aspect « censitaire » : les électeurs mieux dotés en capital économique, social et politique s’impliquent beaucoup plus dans les primaires11, ce que confirment nos résultats.

Des votants plus âgés et mieux lotis que les habitants des quartiers correspondants

16Restituer le profil sociologique de ces électeurs suppose d’identifier les territoires correspondants aux BV étudiés, puis de comparer la structure des répondants des QSU aux données disponibles sur les habitants12 de ces quartiers. Nous avons ici reproduit de façon localisée une méthode qui avait été employée de façon automatisée dans le projet CARTELEC13, reposant sur la ventilation des données sociodémographiques correspondant aux IRIS de l’INSEE14 vers les BV. Le BV Nancy Thermal regroupe ainsi une population de 18 669 habitants, celui de Braconnot 17 192 habitants.

Tableau 2 : composition comparée Nancy/IRIS concernés/répondants QSU (en %).

IndicateursTout NancyIRIS de ThermalRépondants ThermalIRIS de BraconnotRépondants Braconnot
Âge
18-24 ans27,528,32,9314,2
25-39 ans27,228,224,826,823,3
40-54 ans18,616,824,517,627,3
55-64 ans11,110,920,69,723,6
65 ans et +15,615,827,014,921,5
% hauts niveaux de formation43,850,38449,580,1
% cadres et professions intellectuelles supérieures29,430,145,234,133,2
% ouvriers et employés36,333,715,732,217,5
% propriétaires283063,426,455,3
% locataires69,967,730,971,240,1
% logés à titre gratuit2,12,35,52,14,6

Sources : INSEE 2012 et QSU 2017.

17Les différences de mobilisation attendues sont bien observées, avec une situation encore plus favorable pour les votants de Thermal qu’à Braconnot, quel que soit le critère pris en compte : le statut du logement, avec nettement plus de propriétaires ; la part très élevée des cadres et professions intellectuelles supérieures15 ; les ouvriers et employés très sous-représentés ; le décalage massif quant à la proportion des diplômés bac +2 et au-delà, avec au minimum 30 points de plus chez les répondants par rapport aux IRIS concernés.

18Est également remarquable la présence minimale parmi les répondants de jeunes âgés de 18 à 24 ans, alors que les IRIS concernés sont dans la moyenne nancéienne, voire un peu plus jeunes que celle-ci. Par contraste, respectivement 27 et 22,3 % de nos répondants sont (pré)retraités16. Nous avons d’ailleurs utilisé dans la suite des analyses un autre découpage, avec comme première tranche d’âge les 18-29 ans (8,7 % des répondants à Thermal, 11,2 % à Braconnot), puis les trentenaires, quadragénaires etc., jusqu’aux 70 ans et plus, lesquels représentent respectivement 16,5 % et 12,4 % des répondants. Cela permet d’obtenir des effectifs plus équilibrés et faisant sens par rapport aux cycles de vie et de politisation17. Quelle que soit la mesure retenue, la faiblesse patente de la participation des jeunes est un indicateur de la fragilité du socle électoral du PS.

19Enfin, l’indicateur subjectif de niveau de vie confirme que les votants de la primaire se perçoivent comme bien lotis : 76,3 % des répondants de Nancy Thermal disent qu’ils s’en sortent « facilement » ou « très facilement » avec les revenus de leur ménage, 65,5 % à Braconnot. In fine, la dimension sociologiquement censitaire de la participation à la primaire se confirme donc, avec des écarts minimes entre les 2 BV. Compte tenu du fort taux de réponse, et après contrôle de certaines variables politiques (indicatives de la composition des 2 BV), les répondants peuvent ainsi être considérés comme représentatifs non pas des habitants de ces territoires, mais de ceux qui y votent à la primaire.

Des votants très politisés, sympathisants de la gauche, mais rarement des militants

20Dans chaque bureau investigué, la répartition parmi les répondants des pro-Hamon et des pro-Valls est relativement similaire à celle qu’on observe parmi les électeurs, au vu des résultats effectifs du vote18. Les données du tableau 3 sont plutôt rassurantes à cet égard, même si apparaissent nécessairement de légers biais, révélant la propension contrastée des divers électorats à accepter de répondre à l’enquête : les électeurs de Benoît Hamon sont à chaque fois ceux qui ont accepté le plus volontiers de répondre, peut-être par un effet de « prime au vainqueur (annoncé) ». Par ailleurs, l’école Braconnot, investiguée au 2nd tour, est le siège d’un BV républicain présidé depuis une dizaine d’années par Mathieu Klein, l’un des porte-parole nationaux de Manuel Valls, et 33 % des répondants du 29 janvier indiquent qu’il s’agit de leur BV habituel. Mais les électeurs de Manuel Valls ne sont pas surreprésentés parmi ces répondants, on n’observe donc pas d’effet d’entraînement micro-local du type « friends and neighbours ». Ces divers éléments justifient notre choix de ne pas redresser nos données sur critères politiques.

Tableau 3 : comparaison des résultats 2 BV/votes déclarés aux QSU.

% aux exprimésHamon
T1
Valls
T1
MontebourgPeillonHamon
T2
Valls
T2
Nancy47,725,612,85,866,533,5
Thermal
résultats BV44,729,913,15,964,335,7
répondants (N=374)51,326,310,86,2
Braconnot
résultats BV55,522,29,36,866,533,5
répondants (N=409)59,519,79,14,970,929,1

Sources : fédération 54 du PS/QSU.

21La représentativité politique des répondants par rapport aux votants de ces 2 BV primaires semble donc attestée Mais quel est plus précisément leur profil, à partir d’indicateurs structurels de politisation et de positionnement partisan ?

22Il s’avère que la participation à des primaires est également censitaire sur le plan politique. Les répondants de Thermal et Braconnot partagent un intérêt très élevé pour la politique : 45 % se disent « beaucoup » intéressés par elle, 48,5 % « assez ». Par ailleurs, seuls 5 % se disent « pas du tout » proches d’un parti (contre 15 % un peu, 59 % assez et 21 % très proches). Dans un contexte de méfiance généralisée, en France, envers les organisations partisanes classiques, il est somme toute logique que ceux qui participent à cette primaire ne rejettent pas massivement l’idée même d’une proximité partisane. À tous ceux ayant ainsi répondu qu’ils étaient au moins « un peu » proches d’un parti, il était demandé de préciser ensuite de quel parti il s’agit. Parmi ceux-là, 35,5 % ne répondent pas à cette question « filtrée », ce qui minore sans doute ledit attachement initialement proclamé. Mais 43,5 % citent le PS, 7,5 % un parti qu’on peut classer très à gauche (par exemple PCF, Front de gauche ou la France Insoumise, avec diverses appellations spontanées), 5 % EELV. 1,5 % indique en outre que c’est un parti « à/de gauche » mais sans citer de sigle, ni de nom. On peut noter que 4,5 % citent spontanément plusieurs partis, deux voire trois, souvent le PS en combinaison avec soit les écologistes, soit un parti très à gauche. En tout cas, c’est le Parti socialiste qui, logiquement, domine fortement cette mesure de la proximité, sans toutefois être l’unique objet de l’attachement partisan.

23Sans surprise, parmi cette population qui répond à l’occasion d’une primaire dans un BV, la participation électorale habituelle est très élevée, 60 % déclarant voter, depuis leur majorité, « à toutes les élections » et 35,5 % « à presque toutes » (les moins de 5 % restants « à quelques unes », à part 2 personnes répondant « à aucune »). Même si des biais déclaratifs peuvent intervenir par rapport aux comportements effectifs, cela témoigne à tout le moins de la force d’une « norme » participationniste intégrée, surtout chez ces électeurs qui sont, pour rappel, nettement plus âgés que la moyenne19. Cette norme civique produit également des effets sur la participation aux primaires : 16 % des plus de 30 ans indiquent qu’ils ont voté en 2006 pour celle du PS (scrutin fermé mais accessible aux adhérents récents ayant acquitté une cotisation de 20 €). Sur l’ensemble des répondants, 54 % ont voté à la primaire ouverte de 2011 organisée par le PS et le Parti radical de gauche, ce qui indique une réelle capacité de mobilisation de nouveaux électeurs dans le contexte difficile de 2017. On peut faire l’hypothèse que, parmi la petite moitié de répondants qui n’avaient pas déjà voté à la primaire de 2011, se trouvent des sympathisants d’autres partis politiques20. Mais à cet égard, il est assez remarquable que seuls 3 % aient voté à la primaire 2016 d’EELV, alors que 20 % indiquent avoir voté lors de la primaire de la droite et du centre à l’automne 201621.

24De petites différences sont observables entre les 2 BV primaires quant aux choix électoraux passés, calculés aux suffrages exprimés22. Ainsi, à Braconnot par rapport à Thermal, le vote Hollande de 1er tour de 2012 est inférieur (60,2 % contre 68,8) et le vote Mélenchon plus marqué (20,3 % contre 15). Mais ces différences semblent surtout résulter d’effets de composition23. Sur l’ensemble de la base, on note surtout que le vote Hollande au 2nd tour présidentiel de 2012 était massif : 96,5 %. Mais au 1er tour « seulement » 64 % des répondants avaient voté en sa faveur, une part non négligeable votant pour Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly ou François Bayrou avant, très largement, de se reporter sur le candidat socialiste. À propos du référendum de 2005, les 2 BV sont au même niveau, avec 57 % des répondants ayant voté en faveur du TCE, conformément à la consigne du PS après consultation interne de ses militants. Mais le fait d’avoir voté « non » en 2005 s’avère un bon prédicteur des choix qui se sont portés à la primaire vers l’un des trois anciens leaders du NPS (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Vincent Peillon), ce qui montre la trace encore vive des clivages sur la construction européenne au sein du Parti socialiste.

25Les répondants de nos QSU sont donc clairement positionnés à gauche, voire à l’extrême gauche, mais une minorité déclarent être actuellement membres d’un parti (5,5 %) ou l’avoir été dans le passé (13,5 %). Des précisions étaient sollicitées en question ouverte pour savoir quel est, ou était, ledit parti. 76 répondants indiquent le PS, dont 22 en tant que membres actuels – ce qui, à tout prendre, indique que l’objectif initial du PS d’ouverture au-delà de ses rangs a bien été atteint ! À titre de comparaison, 22,5 % de tous les répondants sont actuellement membres d’un syndicat professionnel, et 43 % d’au moins une association. Minoritaires, ces adhérents de partis ont assez logiquement un comportement spécifique quant à la communication interpersonnelle : alors que, sur l’ensemble de l’échantillon, seuls 17 % déclarent avoir « souvent » discuté de la primaire avec des militants politiques, cette proportion est de 34,5 % chez les anciens membres d’un parti et s’élève même à 86 % chez les membres actuels. Le fait d’avoir été militant entraîne une sociabilité partisane résiduelle, même si cette dernière est loin d’atteindre le niveau de celle entretenue par les adhérents actuels.

26Pour l’ensemble de l’échantillon, apparaît une hiérarchie nette des interlocuteurs privilégiés lors des discussions politiques sur la primaire : les répondants en ont parlé « souvent » avec de la famille (61 %) ou des amis (44,5 %), mais une moitié seulement « quelquefois » avec des collègues de travail, et les trois-quarts « jamais » avec des voisins. Cette structure est valable aux deux tours mais avec une augmentation, forte et significative, en une semaine : de 9 à 14 points selon le type d’interlocuteurs (alors que les autres activités de suivi de la campagne n’enregistrent pas de hausse particulière).

27La séquence de l’entre-deux-tours a en effet été très dense avec les résultats du 1er tour, un début de polémique sur les chiffres de la participation publiés par la Haute autorité de la primaire, les premières révélations du Canard Enchaîné sur ce qui allait devenir « l’affaire Fillon », l’intervention de ce dernier au 20 h de TF1 annonçant qu’il se retirerait en cas de mise en examen, le durcissement de la campagne de Manuel Valls, dénonçant la « résonance » de la position de Benoît Hamon sur la laïcité « avec une frange islamo-gauchiste » (propos de Malek Boutih24). L’échantillon très politisé des répondants aux QSU a sans doute été réceptif à cette actualité, expliquant le niveau encore plus élevé des discussions politiques mesuré lors du 2nd tour. On peut aussi y voir la première manifestation d’une collision inattendue des agendas, avec une affaire Fillon qui pèsera ensuite sur l’invisibilisation médiatique du vainqueur de la primaire.

28Au total, la valeur informationnelle de la primaire, du moins en ce qui concerne ses électeurs, semble peu avérée : d’une part parce que ces électeurs semblent déjà extrêmement informés et politisés, avant même que la consultation n’ait lieu ; d’autre part parce que certains types d’informations seront, comme nous allons le voir, jugés peu importants au moment de décider pour qui voter.

Les ressorts de la victoire d’un ex-Frondeur, et de la défaite d’un ex-premier ministre

29Après avoir cerné le degré de politisation sur l’ensemble des répondants, nous avons identifié trois blocs25 : les électeurs qui ont choisi Benoît Hamon (N=421), ceux qui ont voté pour Manuel Valls (N=184) et ceux qui ont voté pour un autre candidat du 1er tour, ou qui ont voté blanc ou nul (N=175). Cette tierce catégorie offre surtout un contrepoint aux deux premières. Compte tenu de la faiblesse des effectifs déclarant avoir voté pour Arnaud Montebourg (N=62) ou Vincent Peillon (N=35), le comportement de ces électeurs ne sera mentionné que s’il se distingue nettement sur un point précis.

Une domination des thèmes de campagne de Benoît Hamon, au-delà de son électorat

30C’est un enjeu essentiel pour un candidat que de réussir à être celui qui influence fortement le(s) thème(s) d’une campagne électorale, comme le montre la littérature sur le vote sur enjeux, la crédibilité sectorielle et les effets d’agenda, de cadrage et d’amorçage. Dans un article sur les « petites phrases » lors des débats télévisés de cette primaire (Treille, 2018), il est rappelé qu’avancer une proposition controversée renforce un candidat, en incitant ses adversaires à se positionner par rapport à son programme. Pour explorer sans imposition de problématique ce que les votants ont retenu « des propositions débattues pendant la campagne de la primaire et qui ont compté pour [eux] pour faire [leur] choix », nous avons privilégié dans nos QSU une question ouverte26.

31Un premier indicateur résume le fait de n’avoir cité aucun élément, ou d’en avoir cité un à trois. Au total, 30 % des répondants n’indiquent rien à cette question ouverte, 10,5 % un élément, 14 % deux et 45,5 % trois. Les non-réponses peuvent être éclairées par les résultats d’une autre question, qui portait sur les différents critères de choix d’un candidat. Ainsi, parmi les répondants qui considèrent par ailleurs que le programme est un critère important pour choisir un candidat, la moitié cite 3 éléments en réponse à la question ouverte sur les propositions débattues pendant la campagne. Alors que, parmi ceux pour qui le programme n’est pas un critère important du choix, la moitié ne répond rien à cette question ouverte. Une autre manière de ne pas parler du fond mais d’évoquer, tout de même, les raisons du choix, consiste à répondre en citant non pas une mesure programmatique, mais les caractéristiques d’un candidat (qui inspire confiance, ou auquel on veut faire barrage) ou encore un positionnement politique. En regroupant ces sous-thèmes, on dénombre ainsi 8,5 % de répondants concernés par ces considérations qu’on peut qualifier de « stratégiques », qui sont aussi souvent liées à l’appréciation, positive ou négative, du bilan de François Hollande Cette proportion monte à 16 % chez les électeurs de Manuel Valls, et à 26,5 % parmi les électeurs de Vincent Peillon (4,5 % chez ceux de Benoît Hamon).

32Sur le fond, quels sont les thèmes qui ont le plus marqué l’ensemble des répondants ? De manière écrasante, que cela soit cité en 1re, 2e ou 3e proposition, 56,5 % parlent du revenu universel (avec des variantes sémantiques) et 35,5 % évoquent la transition écologique27. Même si Jean-Luc Bennahmias plaidait lui aussi en faveur de ces deux mesures, et François de Rugy pour une transition écologique, l’agenda de Benoît Hamon apparaît clairement, parmi les grands candidats, comme celui qui a le plus marqué les esprits. Logiquement, les proportions de citation de ces deux thèmes montent à respectivement 72 % et 41 % parmi les électeurs de Benoît Hamon. Mais, parmi les électeurs de ses concurrents, des minorités non négligeables mentionnent aussi le revenu universel : 42 % chez Vincent Peillon, 39,5 % chez Arnaud Montebourg et 24 % chez Manuel Valls. Dans le cas de ces derniers, c’est parfois, certes, en critiquant de façon spontanée une « utopie », une mesure « irréaliste ». Alors que des électeurs de Benoît Hamon soulignent à l’inverse l’intérêt de « s’inscrire dans l’évolution de la société », pour « inventer un autre futur » (écho au slogan du « futur désirable »). En tout cas, l’offre programmatique très identifiable de Benoît Hamon semble avoir donné le ton. On peut aussi noter que d’autres mesures que le futur vainqueur a portées, même s’il n’était pas toujours seul à le faire, qu’il s’agisse de réformes institutionnelles (le « 49.3 citoyen », la fin de l’état d’urgence, la défense des valeurs de la démocratie) ou sociétales (en regroupant la PMA, l’euthanasie, la légalisation du cannabis et l’égalité hommes-femmes) sont citées par respectivement 11,5 et 11 % de l’échantillon, quand la santé ou la sécurité sociale ne comptent que 9 % des mentions (mais 21 % chez les électeurs de Vincent Peillon).

33D’autres grands domaines, plutôt que des mesures précises, ont trouvé un écho chez les votants de la primaire, et ce de manière assez partagée dans tous les électorats. Ils ne sont pas surprenants dans une primaire de la gauche : le social, la protection sociale et la solidarité sont cités par 14,5 % des répondants, de même que l’éducation et la jeunesse (avec une pointe à 26 % chez les électeurs de Vincent Peillon). Par contraste, des thématiques particulièrement citées par les électeurs de Manuel Valls sont, elles, nettement moins reprises par les autres votants : l’Europe et les questions internationales sont ainsi mentionnées par 28 % de ses électeurs, contre seulement 14 dans l’ensemble ; la laïcité et l’islam par 26,5 % de ses électeurs (contre 12) ; l’insécurité, la police et la justice par 16 % des siens (contre 5,5). Ces résultats semblent indiquer la réussite, auprès de ses électeurs, de l’entreprise de crédibilisation sectorielle menée depuis de longues années par l’ex-ministre de l’Intérieur, ex-premier ministre, sur ces enjeux. Mais ces thèmes, qui ont fait lors des débats télévisés de la primaire l’objet de séquences spécifiques (au cours desquelles tous les candidats étaient interrogés sur leurs propositions) ont eu peu d’écho auprès des répondants, si on en juge d’après ces mentions spontanées.

34Les thèmes économiques (qui apparaissent par exemple en référence à la fiscalité, au déficit budgétaire ou à des mesures de soutien aux entreprises) sont également régulièrement cités : par 24 % des électeurs de Manuel Valls et, tout de même, par 17 % de l’échantillon. Mais c’est un domaine qui s’avère encore plus investi par les électeurs d’Arnaud Montebourg (48,5 %). La priorité marquée des électeurs de Manuel Valls (pour 30,5 % d’entre eux) qui est la plus reprise dans l’échantillon en général (à 19,5 %) concerne l’emploi, le chômage et le travail. Mais cette catégorie inclut aussi des réponses citant la loi travail (en demandant parfois spécifiquement son abrogation) ou, plus largement, mettant en avant le partage du temps de travail ou la défense des droits des salariés… autant de propositions peu identifiables à celles de Manuel Valls. Sur le plan programmatique, on peut donc considérer que celui des sept candidats qui a incarné la défense du quinquennat sortant a perdu la bataille de l’agenda.

35Cependant, ses électeurs présentent certaines caractéristiques socio-politiques, qui, combinées à des motivations spécifiques, suggèrent qu’ils l’ont choisi, en fait, pour d’autres raisons que son programme.

Des contrastes sociologiques entre les électorats de Manuel Valls et de Benoît Hamon limités à l’âge et à l’appartenance religieuse

36Avant de passer en revue les quelques différences existant sur le plan sociologique entre les électorats de Manuel Valls et de Benoît Hamon, il convient de rappeler que les votants ayant répondu à nos QSU, dans l’ensemble, présentent un profil particulier. Il s’agit de citoyens plus privilégiés et plus éduqués que les habitants des quartiers concernés, a fortiori que la moyenne des électeurs français. Il est donc logique que certaines variables, habituellement discriminantes en sociologie électorale (quand il s’agit par exemple d’expliquer, ceteris paribus, un vote à gauche plutôt qu’à droite ou à l’extrême droite), ne soient pas clivantes ici. Ainsi, le genre, le niveau de diplôme, la facilité (ou pas) à vivre avec les revenus du ménage, le taux d’appartenance syndicale ou associative ne distinguent pas ces deux électorats entre eux de façon statistiquement significative. En revanche, il y a un très fort, et très significatif, effet d’âge. Parmi les répondants de 18-29 ans, seuls 8 % ont voté pour Manuel Valls, contre 76,5 % pour Benoît Hamon. Au sein de votants à la primaire dans l’ensemble âgés, Manuel Valls a peiné à attirer les (rares) jeunes votants. Parmi ses électeurs, 28,5 % sont sexagénaires (contre 15,5 % chez Benoît Hamon) et 27 % ont plus de 70 ans (contre seulement 9 %). Pour autant, les électeurs de Benoît Hamon ne sont pas tous jeunes : seuls 14 % ont moins de 30 ans, avec des parts quasiment égales de trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires (peu ou prou 20 % à chaque fois).

37Les autres différences qui s’avèrent également significatives semblent attendues au regard de ces effets d’âge, entendus comme cycles de vie. Ainsi, 41,5 % des électeurs de Manuel Valls sont (pré)retraités (contre 17 chez Benoît Hamon). Et, parmi ses électeurs « actifs », 40,5 % sont salariés de l’État, un vivier classique du vote socialiste. Par contraste, parmi les électeurs de Benoît Hamon, les trois quarts sont des actifs, qu’ils soient occupés à temps complet (57 %) ou partiel (13 %), ou au chômage (5 %). Une petite moitié des électeurs de Benoît Hamon sont salariés du privé (34 %) ou indépendants, artisans ou à leur compte (14,5 %), même si plus de 25 % sont des salariés de l’État. Autres variables dont on connaît les relations avec l’âge, et ici significatives, les électeurs de Manuel Valls sont propriétaires à 68,5 % (contre 54,5 chez les électeurs Benoît Hamon), pour 25,5 % de locataires (contre 41), le reste des répondants étant logés à titre gratuit, ce qui correspond souvent à des salariés de l’État ou de collectivités territoriales. Les électeurs de Manuel Valls ont par ailleurs un mode de vie un peu plus « traditionnel » dans la mesure où ils sont mariés dans 53 % des cas, avec de très petites minorités vivant en couple sans être mariés (5 %) ou en étant PACSés (également 5 %). Par contraste, trois électeurs de Benoît Hamon sur dix vivent en couple sans être mariés (18 %) ou en étant PACSés (11,5 %).

38Le second trait sociologique qui différencie le plus ces deux électorats relève des croyances religieuses. Ainsi, parmi les électeurs de Manuel Valls, on trouve seulement 42,5 % de non croyants, alors qu’on en compte deux tiers dans l’échantillon complet, et trois quarts dans l’électorat Benoît Hamon. Trois électeurs de Manuel Valls sur dix se déclarent ainsi à la fois croyants et pratiquants, occasionnels (17 %) ou réguliers (13 %). De manière paradoxale au prime abord, les catholiques pratiquants réguliers votant pour Manuel Valls citent bien plus que la moyenne la laïcité et/ou l’islam, en réponse à la question ouverte sur les mesures débattues pendant la campagne. Tout se passe donc comme si ces électeurs avaient été particulièrement sensibles aux controverses sur ce sujet, particulièrement saillantes pendant l’entre-deux-tours, et à un positionnement de Manuel Valls défenseur d’une laïcité perçue comme en danger face à l’islam.

39Au total, les positionnements politiques semblent davantage pertinents que les caractéristiques socio-démographiques pour différencier ces électorats.

Un électorat Valls légitimiste vs un électorat Hamon critique du PS

40La dimension de la proximité partisane contribue également à différencier les deux électorats. 27 % des électeurs de Manuel Valls se disent très proches d’un parti, contre 20 % chez les électeurs de Benoît Hamon. Surtout, quand on demande aux seuls répondants qui se sentent au moins un peu proches d’un parti de préciser duquel il s’agit, 49,5 % des électeurs de Manuel Valls (contre 41 % chez Benoît Hamon) citent le PS, et 45,5 % ne précisent rien (contre 29 % des électeurs de Hamon). Autrement dit, seule une infime minorité des électeurs de Manuel Valls s’affiche proche d’un parti autre que le PS. Alors que, parmi les électeurs de Benoît Hamon, 13,5 % indiquent se sentir proches d’un autre parti de gauche ou d’extrême gauche (contre 0,5 % dans l’électorat Valls) et 6 % d’EELV (aucun)28… Ce constat d’une proximité variable aux socialistes se vérifie autrement, par rapport aux précédentes primaires organisées par le PS. Ainsi, chez les électeurs de Manuel Valls, 22,5 % (contre 13,5 % parmi les électeurs de Benoît Hamon) avaient déjà participé à la primaire de 2006, pourtant réservée aux seuls adhérents. Et 60 % d’entre eux avaient voté à la primaire ouverte de 2011. Mais cette différence est faible, et à la limite de la significativité, car 51 % des électeurs de Benoît Hamon ont également voté en 2011.

41En ce qui concerne la primaire d’EELV en 2016, la proportion de répondants qui y ont voté est résiduelle (à peine 3 % y ont participé au sein de l’électorat Benoît Hamon, contre 2 % chez Manuel Valls). En revanche, 29 % des électeurs de Manuel Valls ont voté lors de la primaire de la droite et du centre de 2016, contre seulement 15 % des électeurs de Benoît Hamon. Cette différence, significative, est-elle liée à une perception contrastée de l’intérêt stratégique qu’il y avait à peser sur l’identité du candidat LR ? Ou à l’inverse, est-ce le signe que certains des électeurs de Manuel Valls seraient, en fait, des électeurs de droite « infiltrés » (Foucault, 2017), votant à la primaire de la Belle Alliance populaire pour influencer le choix du futur concurrent de François Fillon ? En l’état des données disponibles, le sens de cette corrélation est complexe à établir (des entretiens individuels semi-directifs seraient plus appropriés pour l’explorer). Nous trouvons toutefois quelques indices d’une éventuelle « porosité » de l’électorat Valls avec le centre, voire la droite, à travers d’autres indicateurs. En particulier, parmi les seuls électeurs de Manuel Valls qui ont voté à la primaire de la droite, au 1er tour présidentiel de 2012 9 % avaient choisi Nicolas Sarkozy, 7,1 % François Bayrou et même 2,6 % Marine Le Pen : un sur cinq de ces électeurs peut être présumé avoir (ou avoir eu) une appétence pour le centre, la droite voire l’extrême droite. Mais sur l’ensemble des électeurs de Manuel Valls à la primaire, qu’ils aient ou non participé à celle de la droite, il s’agit quand même avant tout, et massivement, d’anciens électeurs de François Hollande, et dès le 1er tour de 2012 pour 80 % d’entre eux, une proportion massive qu’on ne retrouve pas chez les électeurs de Benoît Hamon (le vote Hollande du 1er tour ne concerne que 54,5 % d’entre eux). Ceux-ci se sont certes quasiment tous reportés sur le candidat socialiste au 2nd tour, à 95 % (pour 3 % d’abstention ou de vote blanc ou nul, et seulement 2 % de vote Sarkozy). Mais 26,5 % d’entre eux avaient voté au préalable pour Jean-Luc Mélenchon (contre seulement 3 % chez les électeurs de Manuel Valls), 9,5 % pour Eva Joly (contre 2,5) et 3 % pour l’un des deux candidats d’extrême gauche, Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud (aucun chez les électeurs de Manuel Valls).

42Un autre clivage fort entre ces électorats Valls et Hamon se révèle à l’analyse de leur parcours sur le long terme29 : 76 % des électeurs de Manuel Valls avaient voté « oui » au référendum de 2005 sur le TCE et 18 % « non » (le reste s’abstenant, votant blanc ou nul, ou ne se souvenant pas). Alors que, chez les électeurs de Benoît Hamon, le « oui », qui était la consigne de vote du PS, dépasse à peine le « non » : 46 % contre 45. À partir de ces proximités affichées et des votes passés, on peut donc considérer qu’il y a chez les électeurs de Manuel Valls une prégnance des attaches socialistes qui se manifeste régulièrement dans l’urne en concordance avec la tendance majoritaire du parti. Et, chez les électeurs de Benoît Hamon, une inscription à gauche, voire à l’extrême gauche, qui n’implique pas nécessairement un vote stabilisé en faveur du PS, la moitié d’entre eux s’étant reportée en 2012 sur le candidat socialiste après un vote écologiste ou en faveur de la gauche radicale.

43De manière attendue au vu de ce qui précède sur les « viviers » politiques respectifs, à la question sur le moment du choix pour le 1er tour de cette primaire, 43,5 % des électeurs de Manuel Valls disent s’être décidés « depuis longtemps » (19,5 % pour le vote Hamon). Alors que 56 % des électeurs de Benoît Hamon se sont décidés « pendant la campagne » (18,5 % pour le vote Valls). Cela confirme indirectement l’analyse précédente sur les agendas et propositions qui ont laissé leur empreinte dans l’esprit des électeurs. À propos de la fréquence du suivi de la campagne, des discussions avec les connaissances, du fait d’avoir regardé un débat télévisé (de loin, l’activité dominante, déclarée par 80 % de tous les répondants), consulté le site des primaires (éventuellement pour savoir dans quel BV se rendre) ou lu le livre d’un candidat, il n’y a pas de différences significatives entre ces deux électorats. Ce sont là des activités moins exigeantes, plus conventionnelles. D’autres activités liées aux TIC, plus relationnelles aussi, enregistrent des différences, qui ne sont pas (après contrôles adéquats) uniquement des effets d’âge. Ainsi, les électeurs de Benoît Hamon sont plus nombreux à avoir reçu des informations sur la primaire par les réseaux sociaux (33,5 %, contre 13,5 chez les électeurs de Manuel Valls), à en avoir transféré eux-mêmes par ces mêmes canaux (21 %, contre 8,5), à avoir consulté le site d’un candidat (27,5 %, contre 11,5) et même à avoir assisté à une réunion publique ou un meeting (12,5 %, contre 6,5). Surtout, plus d’un tiers des électeurs de Benoît Hamon ont essayé de convaincre quelqu’un d’autre de voter comme eux (35,5 %), contre moins d’un quart des électeurs de Valls (23 %). Il y a ainsi eu pendant le temps de la campagne de la primaire, dans l’électorat de Benoît Hamon, une forme d’enthousiasme communicatif, peut-être liée à la nature du choix ainsi opéré.

Les critères du choix : un candidat « présidentiable » vs l’adhésion à un programme et à un positionnement politique

44Ce sont en effet les critères jugés pertinents pour choisir un candidat qui distinguent principalement les électorats respectifs de Manuel Valls et de Benoît Hamon30. Pour déterminer le poids de ces critères, nous avons proposé aux répondants des QSU de choisir parmi une longue liste de caractéristiques personnelles et politiques celles qui leur semblent importantes au moment du choix électoral31. Il s’avère que le programme du candidat est le critère le plus souvent sélectionné, à la fois par les électeurs de Hamon et Valls, mais avec un écart significatif entre eux : respectivement 90 % et 71 %. Cette inégale importance accordée à la dimension programmatique se confirme d’ailleurs dans le fait que 47 % des électeurs de Manuel Valls ne répondent rien à la question ouverte (déjà analysée) sur les propositions débattues pendant la campagne de la primaire, alors que 54 % des électeurs de Benoît Hamon y indiquent 3 éléments.

45Importe également beaucoup pour les électeurs de Manuel Valls, à égalité avec le programme, la personnalité du candidat : 71 %, soit +18,5 points par rapport aux électeurs de Benoît Hamon. Ce critère est jugé aussi important que l’expérience (70 %, +45,5 points). Suivent ensuite l’étoffe d’un président (57 %, +40 points) et les chances de gagner l’élection présidentielle (40 %, +27,5). Le bilan du candidat est également cité par 35,5 % des électeurs de Manuel Valls, contre seulement 20 % chez ceux de Benoît Hamon. Tout ceci manifeste l’importance que les électeurs de Manuel Valls accordent à la « présidentiabilité » d’un candidat, au double sens d’avoir les qualités requises pour le poste et des chances présumées32 de pouvoir se faire élire. Leur ralliement au vainqueur de la primaire a pu être ensuite incertain, surtout avec l’attrait dans cet électorat Valls de la candidature d’Emmanuel Macron, que nous avons mesuré dès janvier, avant même l’affaire Fillon et les rebondissements de la campagne électorale33.

46Pour les électeurs de Benoît Hamon, les critères qui comptent fortement (mais au minimum 30 points derrière le programme) sont le fait de représenter un courant ou parti dont on se sent proche (60,5 %, +22 points par rapport aux électeurs de Manuel Valls) et la capacité à comprendre les problèmes des gens comme soi (56,5 %, +31,5). Par contraste, la personnalité du candidat ne compte que pour 52,5 % des électeurs de Benoît Hamon, à peine plus que son positionnement par rapport à la gauche et à la droite (45%, tout de même +16 points par rapport aux électeurs de Manuel Valls). Un autre critère de choix est assez souvent sélectionné comme important par les électeurs de Benoît Hamon : les interventions du candidat dans les médias (39 %, +21) peut-être parce qu’il était initialement moins connu que l’ancien premier ministre, moins attendu pour remporter la primaire, et que ses prestations télévisées pendant la campagne de la primaire ont été davantage remarquées34. En tout cas, cela manifeste l’importance pour les électeurs de Benoît Hamon, lors de la primaire, des propositions et des positionnements idéologiques, sans attachement massif à la personne de leur candidat – de manière convergente avec le refus fréquemment réitéré durant sa campagne d’endosser le rôle de « l’homme providentiel ». Cela s’est avéré être également une faiblesse pour la suite de l’élection présidentielle dans la mesure où l’attrait, chez les électeurs de Benoît Hamon, de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, était également patent dans nos QSU.

 

47Sans céder à l’illusion de l’omniscience rétrospective, l’analyse des données collectées les 22 et 29 janvier 2017 permet d’abord d’affiner la compréhension des résultats de la primaire. Il fallait pour cela mieux saisir les évolutions du comportement de l’électorat de gauche, pour une large part sympathisant du PS, qui avait permis la victoire en 2012 de François Hollande. À cet égard, les traits spécifiques de sa sociologie et de ses motivations politiques éclairent aussi ce qui s’est joué ensuite lors de l’élection présidentielle, et le dénouement de cette dernière, avec un score de Benoît Hamon historiquement faible pour un candidat socialiste35.

48Un des principaux résultats de cette étude est que les primaires ne semblent pas attirer des électeurs extrêmement différents, ni politiquement, ni socialement, de celui du vivier électoral de référence que le PS s’est constitué : il s’agit bien d’électeurs relativement aisés, avec une forte composante liée au secteur public, plutôt bien dotés en termes de capital culturel, très informés et politisés. Par ailleurs, ils se caractérisent par des attentes précises, et très divergentes selon leur préférence pour tel ou tel candidat, quant aux qualités attendues du « présidentiable » qu’il s’agit de sélectionner. Ces contrastes, analysés ici grâce aux QSU, se confirment d’ailleurs dans l’ensemble du sélectorat ayant voté à la primaire, au niveau national. Le portrait idéal du candidat dessiné par les électeurs de Manuel Valls (un homme d’expérience, dont la personnalité serait déterminante) a ainsi peu à voir avec celui des électeurs de Benoît Hamon (censé s’effacer derrière son programme).

49Ces résultats confèrent à l’enjeu de la fidélité anticipée au vainqueur une importance cruciale. Les électeurs de Manuel Valls étaient les plus nombreux (55 %) à affirmer le 22 janvier qu’ils voteraient, lors du 1er tour de la présidentielle, pour le futur vainqueur de la primaire quel qu’il soit. Mais cette proportion a ensuite chuté de 12 points, devenant minoritaire lors du 2nd tour, alors que la victoire de Benoît Hamon se dessinait : leur « légitimisme » se révélait ainsi bien relatif, et indexé à la perspective de victoire de leur candidat préféré. Dans le même temps, seuls 36 % des électeurs de Benoît Hamon (même si cela représentait une hausse de 8 points en une semaine) affichaient le 29 janvier une intention assurée de voter, lors de l’élection présidentielle, pour le futur vainqueur de la primaire. Quel que soit l’électorat considéré, celui du vainqueur comme celui du finaliste battu, l’effet de légitimation attendu, paraît donc étroitement dépendant de la conjoncture politique. Il l’est également des représentations extrêmement clivées que les participants se font de ce type d’élection-sélection, malgré leur relative homogénéité sociologique.

50Cette étude confirme ainsi que les primaires, qui répondent initialement à la gestion d’une crise de leadership, n’ont pas réussi à susciter chez les électeurs de la Belle alliance populaire un référentiel idéologique commun, ni une plateforme programmatique capable de susciter une adhésion sans réserve au vainqueur de la primaire ; et encore moins un cadre d’appréhension partagé de ce qu’est, ou devrait être, un.e candidat.e à l’élection présidentielle.

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Notes de bas de page

1 Pour un aperçu de cette littérature, voir Rémi Lefebvre et Éric Treille (2016), Introduction, notamment p. 22-25.

2 Enquête sur 13 bureaux de vote métropolitains coordonnée par David Gouard et Julien Audemard, avec, à Nancy, un terrain réalisé par Laurent Olivier et Romain Mathieu.

3 Pour rappel, la primaire opposait 7 candidats : 4 socialistes, tous anciens ministres de François Hollande : Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Manuel Valls ; 3 représentants d’autres partis de la Belle Alliance populaire : le président du Front démocrate et ex-député européen Jean-Luc Bennhamias, la présidente du Parti radical de gauche et ex-ministre Sylvia Pinel et le député et président du Parti écologiste François de Rugy.

4 Il ne s’agissait pas pour autant de produire des données exactement comparables à l’enquête réalisée en Meurthe et Moselle en 2011 par un seul chercheur, qui portait sur la manière dont les électeurs et les militants se sont appropriés, localement, cette procédure nationale. Cette recherche reposait essentiellement sur des observations en milieu partisan et d’entretiens auprès de militants, ainsi que sur l’analyse des résultats électoraux dans les départements (Olivier, 2016, op. cit.).

5 Nous les remercions vivement pour leur investissement dans ce travail, qui est allé bien au-delà de la seule réalisation des exercices requis pour leur évaluation.

6 Il est devenu depuis co-président (avec S. Pinel) du Mouvement radical, qui a fusionné le PRG et le Parti radical valoisien en décembre 2017.

7 Nous remercions ici chaleureusement Laurent Olivier pour son aide et ses contacts au sein du PS qui nous ont permis d’obtenir les autorisations d’enquêter à l’intérieur des BV ainsi que pour avoir participé avec nous à l’encadrement des étudiants sur place, les 22 et 29 janvier.

8 Le nombre est identique pour le 2nd tour, avec des variations minimes (reconstitution du vote du 2nd tour en sus). Les renseignements sociodémographiques et toutes les questions sur les opinions et comportements, de long terme ou relatifs à la primaire et à la présidentielle, sont identiques.

9 Il y en a eu 7 530 en France entière, contre 9 000 en 2011 et 10 228 pour la primaire de droite en 2016.

10 Pour Nancy Thermal, il s’agit du regroupement des BV républicains n° 28 à 32 et 36 à 39. Pour Nancy Braconnot, il s’agit des BV n° 1 à 3, 6-7, 11-12 et 15-16.

11 Un constat déjà opéré par Julien Audemard et David Gouard, 2014, op. cit. et Gouard et al., 2017, op. cit.

12 Avec le risque de petits décalages par rapport à l’inclusion dans les données de l’INSEE d’habitants qui ne sont pas de nationalité française, qui peuvent être non-inscrits ou inscrits ailleurs.

13 Sur la méthodologie et les hypothèses d’équi-répartition, cf. Jadot et al., op cit. Ici, avant de fixer les seuils de ventilation des données, nous avons toutefois retiré de l’analyse de grands parcs (caractéristiques de ces quartiers privilégiés) non peuplés et vérifié la densité de l’habitat avec le cadastre.

14 « Îlots Regroupés pour l’Information Statistique », les données disponibles pour Nancy datant de 2012 : cela représente certes un décalage temporel mais reste très indicatif des structures, vu le type d’habitat et l’ancienneté de résidence. Le périmètre des BV était celui applicable jusqu’au début 2017. Nous remercions A. Bailly, du service des élections de la préfecture, pour nous avoir laissé consulter sur place le fond de carte des BV républicains nancéens.

15 Proportion calculée par l’INSEE sur les seuls 18-64 ans actifs, occupés ou au chômage (même base de calcul pour les ouvriers et employés), ce que nous avons appliqué à nos QSU. Il s’agit des personnes ayant en moyenne les niveaux de formation et de rémunération plus élevés. Cet indicateur est présenté par l’INSEE comme particulièrement pertinent pour mesurer la « non-précarité » d’un territoire.

16 Nous avons aussi comparé les répondants de nos QSU avec le profil des votants France entière tel qu’il est approché, pour le seul 1er tour, par deux sondages « jour du vote » administrés en ligne par Harris Interactive et ELABE (notices complètes disponibles sur le site de la Commission des sondages). Il leur a fallu interroger respectivement 6 233 et 5 034 personnes pour disposer de 934 et 901 répondants déclarant avoir voté le 22 janvier. Le profil sociologique de ce sélectorat national de la primaire ne peut toutefois pas être comparé terme à terme avec les données du tableau 2, car les catégories HI ne sont pas aussi détaillées que les données de l’INSEE ou les nôtres, et seules les motivations politiques du vote ont été publiées par ELABE. Mais les résultats HI montrent une forte proportion d’inactifs dans le sélectorat au niveau national (45 % en chiffres bruts, 41 % en redressé), avec des différences entre les électorats Hamon et Valls chez les retraités, ou en termes d’âge, cohérentes avec les résultats commentés ci-après. Avec un échantillonnage par quotas, HI a toutefois pu repérer plus de votants de la primaire âgés de 18 à 24 ans que la très faible proportion qui apparaît dans nos données.

17 On note que le taux de non-réponse à la question portant sur l’année de naissance est particulièrement élevé (13 % sur les 2 QSU), sans que ceux qui refusent d’indiquer leur âge se distinguent des autres répondants par les autres caractéristiques sociodémographiques, notamment le statut de (pré)retraité.

18 Données évidemment manquantes pour le 2nd tour à Thermal ; reconstitution du 1er tour une semaine après à Braconnot, pour les seuls 264 répondants disant avoir déjà voté le 22 janvier et précisant pour qui.

19 Et l’on connaît les forts effets de l’âge sur la participation électorale, voir par exemple un article fondé sur l’enquête Participation 2017 de l’INSEE, Braconnier, Coulmont et Dormagen, 2017.

20 Pour rappel, parmi ceux qui se disent proches d’un parti, plus du tiers ne précise pas duquel il s’agit.

21 Nous reviendrons infra, lors de l’analyse des positionnements politiques différenciés des électorats Valls/Hamon, sur l’interprétation de ce constat.

22 En excluant tous ceux alors trop jeunes, pas inscrits, ou qui ne se souviennent plus.

23 Ce que révèlent des contrôles par les caractéristiques individuelles des répondants.

24 Interview à 20 Minutes le 24 janvier 2017, à la veille du débat d’entre-deux-tours.

25 Nous disposons à Thermal des informations sur le seul 1er tour. Pour les répondants de Braconnot, nous disposons de leurs déclarations à la fois pour le vote du 29 janvier et pour le souvenir du vote du 1er tour. Les répondants de Braconnot qui n’avaient pas participé au 1er tour sont imputés au bloc Hamon ou Valls selon leur choix entre ces 2 finalistes. Mais les répondants de Braconnot qui avaient voté au 1er tour pour un autre candidat, puis qui se sont reportés sur l’un des deux finalistes, ont été classés dans la tierce catégorie car, quand l’offre était maximale, ils n’avaient choisi ni Hamon ni Valls. Cela affecte donc à la « tierce catégorie » 30 électeurs du 2nd tour de Hamon, et 23 électeurs du 2nd tour de Valls.

26 Les répondants pouvaient proposer jusqu’à trois réponses. Cette formulation se distingue des items classiques des enquêtes électorales : d’une part, le « Most Important Issue », pour le pays et/ou eux-mêmes, question ouverte posée sans lien avec le vote ; d’autre part, une liste d’enjeux, fermée et assez standardisée, parmi lesquels ils doivent choisir ceux qui ont compté pour leur vote.

27 Ont été classées sous cette appellation générique les mentions de la transition énergétique, la décroissance, la croissance verte, la sortie du nucléaire ou la lutte contre les perturbateurs endocriniens.

28 Sur ce point aussi, nos données sont cohérentes avec le sondage Harris Interactive « jour du vote » déjà cité : dans le sélectorat de la primaire au niveau national, parmi les électeurs de Valls, 56 % se disent proches du PS et 14 % d’un autre parti de gauche, contre 37 % des électeurs de Hamon se déclarant proches du PS et 32 % proches d’un parti de gauche hors PS.

29 Ce qui exclut les plus jeunes votants de la primaire, alors non inscrits, et tous ceux qui ont oublié.

30 Le sondage ELABE « jour du vote » sur le 1er tour, déjà cité, pointe, au sein du sélectorat interrogé au niveau national, des dynamiques très proches de celles analysées ici en profondeur. Les indicateurs sont parfois moins fins (par exemple, sur la proximité politique, pas de distinction publiée entre préférence pour le PS ou pour d’autres partis au sein de « la gauche ») ou forçant les répondants à choisir de manière binaire entre le poids du programme (critère majeur pour 77 % des électeurs de Hamon) et celui de la personnalité (choisi par 61 % des électeurs de Valls). Leurs données sur quel candidat incarne le mieux les valeurs de la gauche (Hamon arrive en tête) et lequel possède les qualités nécessaires pour être président (Manuel Valls domine) montrent en tout cas que les dynamiques analysées ici à partir de QSU peuvent être généralisées avec confiance.

31 Une formulation qui avait été explorée dans l’enquête « Formation du Jugement Politique » à Grenoble en 2007, avec une liste différente d’items. Nous l’avons adaptée plutôt que d’interroger, comme dans la plupart des enquêtes électorales, d’une part sur les motivations du vote parmi 3 options (la personnalité d’un candidat, ses idées et les partis qui le soutiennent ou la volonté de faire barrage à un autre) et, d’autre part, sur des « traits d’image » en demandant s’ils s’appliquent bien à chacun des candidats.

32 D’ailleurs, lors du 1er tour, parmi les électeurs de Manuel Valls qui répondent à une question ouverte de type « pronostic », sur qui seront les 2 candidats qualifiés au 2nd tour de la présidentielle, 64 % citent M. Valls.

33 Nous avons interrogé sur les « probabilités de voter » lors du 1er tour de la présidentielle, mesurées de 0 à 10, posées à propos de Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, non traitées ici faute de place, non plus que le détail des pronostics sur les qualifiés pour le 2nd tour présidentiel. Ces résultats feront l’objet d’un autre article, détaillant ces « germes » de la défaite de Benoît Hamon lors de la présidentielle.

34 Une analyse des sondages publiés sur la primaire (non détaillée ici) montre qu’il n’était pas testé dans les 1res hypothèses de 2nd tour à l’automne 2016, avant une percée dans les intentions de vote. Son passage à « l’Émission Politique » le 8/12/2016 a été bien évalué, ainsi que ses prestations dans les débats télévisés.

35 Quant aux résultats observés à Nancy, un nouvel arrêté du 28 février 2018 a redéfini les périmètres des BV républicains, rendant impossible de présenter ici les résultats de la présidentielle dans les 2 BV primaires étudiés.


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