Des primaires dans un système non-compétitif ? Usages et effets de la mise en concurrence entre les candidats du parti Russie Unie

Clémentine Fauconnier

p. 171-190


Texte intégral

Russie unie est comme Pinocchio : il essaie de devenir réel mais il ne le peut pas. Il essaie de devenir un acteur politique mais finalement nous savons tous qu’il n’y a qu’un acteur politique : Poutine1.

1Créé en 2001 pour soutenir Vladimir Poutine alors tout juste élu Président pour la première fois, le parti politique Russie unie a rapidement gagné la majorité des mandats électifs. Ultradominant à tous les niveaux du pouvoir depuis quinze ans, sa situation dans le paysage politique russe peut cependant sembler paradoxale. En dépit de son poids électoral, Russie unie demeure un instrument entre les mains des dirigeants de l’exécutif, sans réelle autonomie ou influence. Dans le système présidentialiste qu’est la Russie postsoviétique, le Parlement n’a qu’une marge de manœuvre limitée tandis que les membres du gouvernement, désignés par le premier ministre lui-même nommé par le président, demeurent majoritairement a-partisans. Créé pour soutenir Vladimir Poutine, le lien entre ce dernier et Russie unie est aussi fort qu’asymétrique puisqu’il n’en a jamais été membre. À cette absence d’influence politique s’ajoute une faiblesse interne, organisationnelle. Fort officiellement de 2 millions d’adhérents, Russie unie est peu ancré dans la société russe et compte très peu de militants. C’est ainsi qu’il est fréquent de dénoncer le caractère artificiel voire virtuel d’une organisation partisane qui permettrait avant tout de dissimuler la réalité d’une pratique du pouvoir ultra-personnalisée (Roberts, 2012).

2Pourtant depuis le milieu des années 2000, les représentants du parti ont multiplié les procédures pour renforcer son rôle dans la vie politique russe. Ils ont notamment mis en place et développé, à partir de 2007, des procédures de recrutement des candidats aux fonctions électives, désignées par le terme générique de « primaires » (praïmeriz). Si le choix du terme comme sa transposition dans la langue russe afin de rester au plus près de la prononciation en anglais font clairement référence aux primaires américaines, le déroulement comme les enjeux de ces votes internes s’en distinguent cependant fortement. Tout d’abord ces opérations ne concernent pas la désignation du candidat du parti à l’élection présidentielle mais l’ensemble des autres candidats aux fonctions électives : députés à l’assemblée, députés régionaux et gouverneurs de région2. Surtout, leurs résultats ne sont que partiellement pris en compte lors de l’établissement des listes électorales au profit de candidats imposés parfois directement par le Kremlin3 et sans liens préalables avec le parti.

3Selon le politiste Darrell Slider, le contournement de ces procédures permet aux dirigeants du pouvoir exécutif central de maintenir le parti sous leur contrôle en entravant tout développement interne qui permettrait à Russie unie de gagner en autonomie et en autorité dans le paysage politique à leur détriment (Slider, 2010). L’énigme de la mise en place elle-même de ces opérations, des motivations qui conduisent différents acteurs à s’y investir, de leurs effets dans la vie interne du parti et plus généralement dans le paysage politique russe reste cependant entière. Alors que le contrôle étroit opéré par l’État dépossède Russie unie de ses principales prérogatives dans le processus de recrutement des élus, comment se fait-il que les procédures visant à renforcer son rôle dans la production des idées politiques et le recrutement des élus se multiplient ?

4Un tel questionnement implique de considérer comme insatisfaisante la réponse selon laquelle la dissociation manifeste entre les objectifs affichés par ces opérations et leur déroulement réel les réduirait à des « imitations » (Golosov, 2012) conduites exclusivement par le haut et exécutées par des individus qui agiraient en toute connaissance de cause comme des comédiens. Elle conduit à l’inverse à voir dans ces opérations le résultat d’un processus de fabrication partisane spécifique dont l’étude des modalités permet de contribuer à la réflexion comparative menée sur la diffusion des primaires observée actuellement non seulement dans les organisations partisanes des démocraties européennes mais aussi dans un parti hégémonique4 tel que Russie unie.

5Les primaires organisées pour la première fois en 2016 par Russie unie dans la perspective des élections législatives marquent le point d’aboutissement d’une décennie d’expérimentations réalisées au sein du parti pour la sélection des candidats à la députation. Alors qu’en 2007 et 2011, il s’agissait de primaires fermées puis semi-fermées, les primaires de Russie sont en 2016, pour la première fois, ouvertes à tout citoyen bénéficiant de ses droits civiques et non membre d’une autre organisation partisane. En outre, comme lors des éditions précédentes même si de façon plus limitée, les autorités du parti n’ont que partiellement pris en compte les résultats du vote interne dans l’établissement final des listes. De même, à l’issue du scrutin, Russie unie bat son propre record en remportant plus des trois quarts des sièges.

6En ce sens, le cas russe permet de penser le processus de généralisation du terme de primaires ainsi que la multiplicité des usages qui en est faite selon les contextes politiques dans lesquels ces processus de vote interne sont adoptés et les acteurs qui s’en saisissent (Lefèbvre et Treille, 2016). La mise en place des primaires sert différentes stratégies de légitimation pour les dirigeants russes qui revendiquent à cette occasion leur proximité avec les partis occidentaux. De même, la mise en concurrence entre les candidats à la candidature s’accompagne du développement d’une rhétorique managériale au sein du parti qui permet de mettre en avant son efficacité et sa modernité tout en réinvestissant de façon sélective un vocabulaire et des pratiques hérités de l’époque soviétique. Enfin les primaires version russe constituent de fait une étape de pré-sélection des candidats, d’évaluation de leur potentiel et de leur popularité, sans ôter formellement à la direction du parti sa prérogative dans la définition des listes électorales. Pour autant, cette centralisation de la sélection des candidats n’a pas octroyé au parti une plus grande autonomie dans le paysage politique russe mais a au contraire renforcé le contrôle des dirigeants de l’exécutif sur les différents processus qui règlent sa vie interne.

7La mise en place progressive des primaires à partir de 2007 se déroule en effet dans un contexte de centralisation de l’organisation et d’interrogations sur la place tenue par le parti pro-présidentiel dans le paysage politique russe, notamment vis-à-vis des dirigeants de l’exécutif (I). Si la mise en œuvre systématique d’un vote interne aurait pu octroyer un rôle accru au parti dans la sélection du personnel politique, le système de primaires finalement adopté ainsi que leur déroulement s’accompagne au contraire d’interventions de plus en plus importantes et visibles du pouvoir exécutif sur ce processus (II). À partir de 2011, l’ouverture des primaires à des candidats non-membres de Russie unie constitue une étape supplémentaire dans l’affaiblissement du parti en faveur de logiques individuelles et médiatiques (III).

Des primaires pour contrôler le recrutement des élus

8Quels sont les enjeux de l’organisation de primaires pour un parti comme Russie Unie qui, en raison de caractère non-compétitif du système politique russe, ne participe pas aux élections à égalité avec l’opposition et voit sa victoire quasi assurée à chaque scrutin ?

L’enjeu de la centralisation de l’organisation

9Dès les élections de décembre 2003, deux ans après sa fondation, Russie unie gagne plus des deux tiers des sièges à la chambre basse du Parlement russe. C’est la première fois dans la courte histoire de la Russie postsoviétique qu’une majorité claire se dégage au Parlement, qui plus est en faveur du chef de l’exécutif. Cette majorité est cependant fragile et les dirigeants moscovites peinent à contrôler le recrutement des élus aussi bien pour les législatives de décembre 2003 que pour les élections régionales qui suivent5. L’objectif d’implanter rapidement le parti dans l’ensemble des régions russes a, en effet, eu pour conséquence la décentralisation par défaut de l’organisation, dont les antennes régionales sont dans la majorité des cas contrôlées par le gouverneur de la région concernée. Héritage des années 90, la mobilisation des dirigeants des exécutifs régionaux joue un rôle clé dans l’issue des élections – nationales ou régionales – qui se déroulent dans le Sujet de la Fédération qu’ils dirigent (Kryshtanovskaïa, 1999), mobilisation qu’ils négocient en échange de l’imposition de leurs propres candidats aux fonctions électives concernées. En faisant de la conquête des mandats électifs une priorité, les dirigeants fédéraux du parti ont alors fait d’importantes concessions au début des années 2000 en soutenant ceux qui ont le plus de chances de gagner plutôt que de chercher à imposer leurs propres candidats.

10La question de l’organisation des primaires émerge dans la perspective des élections législatives de 2007, qui se déroulent pour la première fois au scrutin proportionnel intégral6. Cette réforme intervient dans un contexte général de centralisation politique qui doit notamment permettre aux instances fédérales de Russie unie de mieux contrôler et rationaliser le processus de recrutement des candidats. La question des primaires fait l’objet d’une première réflexion systématique en avril 2007, huit mois avant les élections législatives, à l’occasion d’une réunion du think-tank officiel de Russie unie : le Centre de la Politique Social-Conservatrice. Constatant que le terme a pris des acceptions très diverses jusqu’à perdre en grande partie son sens initial, les auteurs du texte proposent de définir « la signification effective et le potentiel positif des primaires ». Pour cela ils répertorient les différentes élections primaires mises en œuvre dans le monde, en soulignant à chaque fois leurs avantages et leurs inconvénients, avant de conclure que la meilleure solution pour les élections législatives à venir serait « des primaires semi-fermées et médiatisées, qui permettraient de mener une campagne plus longue, de garantir que les élections soient quotidiennement à l’ordre du jour dans les médias, de consolider l’électorat déjà acquis mais aussi de l’élargir en attirant les indécis et enfin d’assurer la loyauté des élites ».

11L’accent est alors mis presque exclusivement sur la façon dont les primaires peuvent permettre de mobiliser et d’intéresser les électeurs sans que soit évoquée l’incidence d’un vote préliminaire sur le choix définitif des candidats. De même, les participants aux différentes discussions concernant l’organisation des primaires évitent soigneusement la question de la désignation du candidat pour les élections présidentielles prévues quelques mois plus tard, en mars 2008.

La dissociation entre les primaires et l’établissement final des listes

12Outre les discours de légitimation qui les accompagnent, les modalités des processus internes de désignation des candidats mis en place dans Russie unie à l’été 2007 distinguent fortement les primaires organisées par Russie unie des modèles étrangers dont les représentants du parti se réclament.

13Si avec le changement de mode de scrutin et le passage à la proportionnelle intégrale, Russie unie présente ses candidats à la députation sur une liste unique, cette liste est cependant divisée en différents groupes régionaux correspondant la plupart du temps aux Sujets de la Fédération7. Une fois le nombre de sièges gagnés par l’organisation établi, la répartition des mandats ne s’effectue pas selon l’ordre des candidats sur la liste – à l’exception des candidats de la partie fédérale, prioritaires – mais selon le score obtenu par les différents groupes régionaux. Ainsi c’est au niveau régional que s’organisent les votes pour les primaires afin de présélectionner les candidats de chaque groupe régional. Pour le déroulement même des primaires, les autorités régionales du parti disposent d’une relative marge de manœuvre dans l’organisation du déroulement de l’opération. Dans la région de Novgorod par exemple, il n’y a pas eu de vote à proprement parler ni même de compétition entre candidats potentiels. Il s’est plutôt agit pour les dirigeants de l’antenne régionale du parti de proposer aux instances centrales une liste de personnes établie à l’issue de « rencontres » avec les représentants des organes locaux de Russie unie dans la région.

14Surtout l’issue du processus de pré-sélection des candidats à la députation montre que les primaires n’ont en effet finalement qu’un caractère de recommandation. Ainsi, la comparaison entre la liste des vainqueurs du vote interne et la liste électorale définitive des candidats présentés à la députation par le parti montre qu’une cinquantaine de personnes ont été ajoutées sur la liste électorale par les instances centrales du parti. À Novgorod par exemple, ce sont finalement deux candidats étrangers à la région, choisis par les instances centrales de Russie unie, qui ont été élus, au détriment des participants et vainqueurs locaux du processus.

15La dissociation entre les résultats des primaires et l’établissement final des listes électorales se voit confirmée suite à la décision de généraliser la tenue systématique de primaires avant l’ensemble des élections – fédérales, régionales et locales – dans la branche législative du pouvoir. Ainsi, le règlement des primaires adopté, par le présidium du Conseil général de Russie unie le 7 avril 2010, précise que les primaires ne « constituent pas une procédure de désignation des candidats ou d’établissements de listes de candidats », fonction qui incombe au présidium du conseil général du parti8. Les instances centrales du parti peuvent ainsi tout à fait ajouter à l’issue des primaires leurs propres candidats, ne pas inclure les gagnants dans la liste électorale définitive ou encore ne pas prendre en compte l’ordre des vainqueurs, c’est-à-dire ne pas prendre les trois premiers mais le quatrième sur la liste des gagnants des primaires.

Conformation et héritages : quelle légitimation ?

16Dans le contexte de la domination de Russie unie dans le paysage politique russe et, partant, de son rôle prépondérant dans le recrutement des élus à tous les niveaux du pouvoir, on aurait pu supposer que la mise en place de primaires permette la garantie d’une forme de compétition politique qui compense la situation d’inégalité entre les partis politiques au moment des élections. Pourtant le fait que les résultats du vote ne soient que partiellement pris en compte au moment de l’établissement définitif des listes électorales indique qu’il s’agit moins de créer une compétition entre les candidats que de centraliser et de contrôler le recrutement des élus, comme l’indiquent les discours de légitimation tenus à l’occasion de la mise en place et du développement de ces opérations.

Une technique de mise en concurrence ? L’enjeu de la modernisation

17À partir du milieu des années 2000 le principal argument de légitimation avancé par les dirigeants russes est que la domination à moyen-long terme de Russie unie garantit la stabilisation politique nécessaire à la modernisation du pays. Cet enjeu de la modernisation accompagne la politique de centralisation politique menée en même temps entre les échelons fédéraux et régionaux du pouvoir et se décline également dans la transformation des structures internes de Russie unie. Celles-ci donnent alors lieu à la mise en place d’une série d’opérations visant à renforcer l’efficacité interne du parti ainsi qu’à la multiplication des références au modèle de l’entreprise privée pour justifier ces mesures.

18L’enjeu de la modernisation interne trouve son application la plus directe dans les processus de recrutement des candidats aux fonctions électives, avec la généralisation des primaires pour la désignation des candidats à la députation à tous les niveaux du pouvoir à l’issue du XIe Congrès du parti le 21 novembre 2009. Le secrétaire du présidium du Conseil suprême de Russie unie, Viatcheslav Volodine, présente alors ces nouvelles dispositions comme le moyen « de choisir les représentants du parti les plus efficaces et donc de rendre le pouvoir lui-même plus efficient ». Avec la mise en avant des effets bénéfiques de la concurrence interne sur la qualité des candidats, la présentation que fait Viatcheslav Volodine éloigne l’enjeu de l’organisation de primaires au sein de Russie unie des argumentaires traditionnels en faveur des votes internes. Elles servent ici, en effet, non pas un discours de légitimation qui valorise le rôle accru des militants dans la vie du parti, la confrontation entre différents projets ou la possibilité de faire émerger de nouveaux profils de candidats mais relèvent avant tout d’une rhétorique managériale qui permet de souligner l’efficacité du parti.

19L’organisation de primaires constitue alors un argument supplémentaire dans la rhétorique modernisatrice adoptée par Russie unie ainsi que les stratégies de distinction vis-à-vis de l’opposition. Le directeur du Comité exécutif central du parti, Andreï Vorobiev souligne ainsi que Russie unie est la « première et pour le moment la seule force politique du pays à conduire des primaires internes » et ajoute que Russie unie se trouve à « l’avant-garde » en « menant un travail d’auto-perfectionnement » en demandant pourquoi les partis de l’opposition ne suivent pas cet exemple. Interrogé sur les enjeux des primaires, le directeur du Comité exécutif régional de Russie unie à Novgorod insiste sur la nécessité de créer une concurrence intrapartisane dans le contexte d’une asymétrie forte entre le parti majoritaire et les oppositions :

En tant que parti de la majorité, si on ne se bat que contre les opposants ce sera la stagnation. Il faut montrer que nous pouvons sélectionner les meilleurs candidats9.

20Les études effectuées sur l’importation de discours et de procédures managériales dans les organisations partisanes européennes ont montré que ces références constituent des outils de centralisation des structures partisanes et de contrôle de leurs représentants (Robert, 2007). La mise en place de procédures visant à faire de Russie unie un instrument de sélection du personnel politique ne vise ainsi pas prioritairement à diversifier les profils des élus, à les rendre plus représentatifs de la société, ou à accroître la compétition entre les courants internes du parti. Elle s’inscrit en revanche dans le prolongement de la rhétorique managériale selon laquelle la mise en concurrence, par des concours, puis des votes internes, doit permettre d’augmenter la qualité des candidats et les obliger à donner le meilleur d’eux-mêmes. Avec la mise en place des primaires, c’est sur la mise en concurrence et ses supposés effets sur la qualité des candidats que les dirigeants de Russie unie insistent. Plus que l’influence sur le choix lui-même des personnes, la mise en concurrence imposée par les primaires est supposée avant tout influer sur les comportements et montrer que les pressentis ont dû mériter leur place sur les listes électorales en les obligeant à donner le meilleur d’eux-mêmes. On touche là à un des fondamentaux des dispositifs managériaux sur les effets disciplinaires de la mise en concurrence (Dardot et Laval, 2009). Dès juillet 2007, Viatcheslav Volodine présentait ainsi les primaires comme un moyen « d’exclure la présence sur les listes de gens qui sont là par hasard (slouchaïnye lioudi) ».

21Comme l’indique la déclaration du directeur du Comité exécutif régional de Russie unie à Novgorod, la mise en place des primaires s’accompagne de la construction d’une opposition rhétorique entre la modernisation du parti, considérée comme nécessaire face aux risques de la « stagnation ». Or, le terme russe de stagnation (zastoï) est dans la langue russe fortement connoté puisqu’il sert à désigner de façon péjorative les 18 années (1964-1982) durant lesquelles Leonid Brejnev a dirigé l’URSS, caractérisées notamment par la stabilité du personnel politique et le déclin de l’économie10. De la même façon, l’Institut pour le développement de l’idéologie contemporaine, think-tank proche du pouvoir, recommande dans son rapport consacré à la politique des cadres de Russie unie, encourage l’organisation des primaires afin d’éviter au parti « le risque de se transformer en nouveau Parti communiste de l’Union Soviétique ».

22Pourtant, si la mise en œuvre des primaires, effectuée au nom de la nécessaire modernisation de Russie unie, s’accompagne de références négatives au Parti communiste de l’Union Soviétique (PCUS), leur déroulement voit le réinvestissement d’un vocabulaire rattaché à la gestion des cadres à l’époque soviétique.

Une conformation à quel modèle partisan ? Les primaires comme formation de « réserves de cadres »

23Dès les premières étapes de la réflexion autour de l’organisation des primaires au printemps 2007, c’est le terme de « réserve de cadres » (kadrovy rezerv) qui est utilisé pour désigner l’objectif poursuivi. En juillet 2007, la publication de la liste des participants aux primaires de Russie unie s’effectue sous le titre de « Liste des candidatures au vote partisan pour entrer dans la réserve de cadres du parti ». Le terme de « réserve » laisse ainsi entendre d’emblée que le processus de vote interne vise moins à désigner directement les candidats à la députation pour les élections législatives de 2007 qu’à signifier aux participants que leurs qualités ont été remarquées et qu’ils sont en bonne position pour d’éventuelles élections ou propositions ultérieures. L’expression de « réserve de cadres » est cependant historiquement connotée. Elle relève, en effet, du vocabulaire de gestion des cadres de la nomenklatura à l’époque soviétique.

24En URSS, la nomenklatura désignait la liste de l’ensemble des postes – politiques, économiques, administratifs – dont l’affectation devait être supervisée par les organes du PCUS11. La « réserve » désignait alors le groupe de personnes susceptibles d’être nommées à ces postes pourvus par le PCUS (Rutland, 1993). Ainsi, si l’importation des primaires relève d’une volonté affichée de normalisation qui vise à faire de Russie unie un parti comparable à ceux des démocraties occidentales, l’assimilation faite par les dirigeants de Russie unie de cette procédure à une opération de « constitution de réserve de cadres » montre la juxtaposition entre un terme étranger et un héritage. Ces faits peuvent surprendre tant les postures patriotiques et, dans une moindre mesure, les références négatives à l’Occident, ont gagné en visibilité dans l’espace public russe à partir du début des années 2000 (Désert, 2013). Pourtant, les recherches effectuées sur l’action de l’État en Russie soulignent l’importance de la référence, puis de la réappropriation de programmes et préceptes étrangers dans la conduite des politiques publiques (Sigman, 2008) qui ne s’opposent pas forcément aux héritages soviétiques mais peuvent au contraire parfois les renforcer (Favarel-Garrigues et Startsev, 2007).

25Que l’appropriation par les représentants de Russie unie du terme et du principe des primaires s’accompagne du réinvestissement sélectif d’un certain nombre de discours et de pratiques héritées de l’époque soviétique s’inscrit donc dans une tendance plus générale. Elle permet d’insister sur le caractère spécifique et inédit de la situation politique postsoviétique et à relativiser fortement ce que Sean Roberts nomme « la thèse de la soviétisation » (sovietisation thesis) qui voit dans les années 2000 un retour en arrière vers la période soviétique et dans Russie unie une simple résurgence du Parti communiste de l’Union Soviétique12.

Les primaires contre le parti ?

26Si elles se déroulent dans un cadre très limité et contrôlé, les primaires, mises en place pour la première fois depuis 2007, sont depuis 2009 obligatoires pour la désignation des candidats à la députation à tous les niveaux du pouvoir et ont ainsi eu lieu systématiquement à l’occasion des scrutins régionaux et locaux. Avec des primaires n’ayant qu’un caractère consultatif et l’intervention des dirigeants du Kremlin dans la constitution finale des listes électorales, Russie unie n’a certes jamais acquis le monopole dans la sélection de ses candidats aux fonctions électives. Les éditions suivantes organisées à l’échelle nationale pour les élections législatives de 2011 et 2016 entérinent cependant cette tendance en donnant à des candidats non-membres de Russie unie de présenter leurs candidatures aux primaires.

La mise en scène du contrôle de la société civile sur le personnel politique

27Quelques mois avant les élections législatives du 4 décembre 2011 et présidentielles du 4 mars 201213, Russie unie se trouve en position dominante sur l’ensemble du pays. Le parti dispose de la majorité constitutionnelle des sièges à la Douma depuis huit ans et domine également l’ensemble des quatre-vingt-trois Parlements régionaux. On aurait pu poser l’hypothèse que les élections législatives de décembre 2011 permettraient de mettre en valeur le travail fourni et en constitueraient un point d’aboutissement. C’est pourtant l’inverse qui se produit avec la mise en place dès le printemps 2011 d’une campagne électorale qui s’effectue en marge de Russie unie et voit le ralentissement de ses activités. La création au mois de mai du Front populaire panrusse réunissant les acteurs de la société civile, associations, entreprises et syndicats soutenant Vladimir Poutine, remet directement en cause la fonction de recrutement politique, traditionnellement dévolue aux partis. L’élaboration de la liste électorale de Russie unie pour ces élections est, en effet, le résultat d’un processus complexe de désignation des candidats, dont les « primaires populaires » (narodnye praïmeriz), organisées conjointement avec le Front populaire panrusse, sont la principale innovation. Elles permettent aux représentants des organisations adhérentes de participer aux primaires de Russie unie et éventuellement obtenir un siège de député à la Douma sous les couleurs du parti, sans obligation toutefois d’en devenir membre.

28L’objectif affiché du Front est, en effet, de promouvoir et faire accéder au Parlement les représentants de différents groupes de la société, dont on souligne la diversité sociale et professionnelle en insistant particulièrement sur l’utilité des compétences techniques dans les domaines du logement, du transport, de la santé parmi les plus cités, acquises auparavant dans le cadre professionnel. La diversité des groupes et des intérêts est réduite à leur technicité, à des « regards différents sur la façon de résoudre les problèmes14 » et fusionnée dans l’objectif supposé commun à tous de « faire avancer le pays15 », court-circuitant ainsi les logiques de conflictualisation entre différentes visions du monde et de différenciation du politique. De même la diversité des groupes sociaux est, en fait, réduite à la diversité des catégories professionnelles sans qu’à aucun moment ne soient mentionnées d’autres formes de diversité, ethnique ou religieuse par exemple.

29La présence aux primaires de nouveaux participants, non directement liés au parti, vise à créer une concurrence accrue parmi les candidats postulant à la candidature, en exerçant une pression supplémentaire sur les députés sortants.

Il est important que le Front populaire permette l’apparition de la concurrence à l’intérieur de Russie unie. Le Front crée des conditions inconfortables pour ceux qui pensent que leur place à la Douma est assurée. Ce sont des gens connus, leurs visages sont familiers. Ils sont certainement intelligents, dignes, ils ont certainement beaucoup fait mais ils se sont trop vite habitués à ce que tout leur soit garanti. Le Front populaire va les faire déchanter en rendant la concurrence accrue16.

30Si cet argument se situe dans la continuité de la rhétorique en vogue dans Russie unie depuis la fin des années 2000, il ne s’agit pas ici simplement de souligner les effets supposés bénéfiques de la mise en concurrence entre les candidats mais d’opposer les représentants de la société civile aux candidats partisans, les premiers pouvant exercer une fonction de « contrôle » sur les seconds.

La fraction de Russie unie travaillera selon un schéma quelque peu différent dans la prochaine législature. (…) Il est évident qu’elle ne fonctionnera pas comme avant, il lui faudra se mettre d’accord avec les représentants du Front populaire avant d’adopter des décisions et prendre des initiatives. Les députés a-partisans du Front seront comme des contrôleurs envoyés par les organisations17.

31Comme lors des primaires organisées avant les élections législatives de 2007, le processus de présélection des candidats s’effectue au niveau régional, dans chaque Sujet de la fédération afin de pourvoir les listes du groupe régional correspondant18. De même le règlement précise que les primaires populaires ne constituent pas un processus direct de sélection des candidats à la députation présentés par Russie unie mais sont une opération de recrutement des candidats à l’investiture19.

32En tout deux mille organisations présentent des candidats aux primaires populaires via le Front tandis que le nombre de grands électeurs s’élève à deux cent trente mille20. Les représentants des organisations adhérentes au Front sont les plus nombreux : ils constituent 58 % des participants aux primaires contre 36 % présentés par Russie unie, les candidats indépendants formant les 6 % restants. La majorité des candidats, un peu plus de 61 %, sont membres de Russie unie21.

33Outre l’annonce de la candidature de Vladimir Poutine à la présidentielle, le XIIe Congrès de Russie unie, organisé à Moscou le 24 septembre 2011, adopte la liste électorale finale des candidats à la députation à la Douma après trois mois d’un long et complexe processus de présélection des candidats. Cent quatre-vingt-trois des candidats de Russie unie ont bénéficié du soutien du Front lors des Primaires populaires organisées conjointement avec le Front populaire panrusse. Les dirigeants de Russie unie les présentent alors comme « a-partisans » (bespartiïnye) alors même que certains sont membres du parti. La législation impose de toute façon qu’au moins 75 % des candidats sur les listes électorales soient membres du parti qui les présente, les 25 % restants n’ayant par ailleurs pas le droit d’être membres d’une autre organisation partisane enregistrée. De plus, les trajectoires de certains élus de Russie unie leur ont permis de représenter des associations membres du Front et de se présenter sous ses couleurs aux primaires populaires. Une vingtaine de députés sortants ont ainsi conservé leurs sièges à la Douma tout en étant comptabilisés comme des candidats non de Russie unie mais du Front populaire panrusse. C’est le cas, par exemple, de Vladimir Pliguine, président du Comité parlementaire sur la législation constitutionnelle et la construction de l’État et député membre de Russie unie depuis 2003, qui a participé aux primaires comme représentant du Conseil panrusse de l’auto-administration locale, organisation membre du Front populaire panrusse.

34Comme lors des primaires précédentes, la liste finale établie par les instances centrales du parti ne correspond pas tout à fait à la liste des vainqueurs du processus de présélection des candidats. Ainsi quarante-neuf personnes présentes sur les listes de Russie unie n’ont pas auparavant participé aux primaires. Les instances dirigeantes de Russie unie n’ont pas non plus toujours pris en compte l’ordre des vainqueurs et placé sur la liste électorale définitive des candidats qui avaient recueilli un faible nombre de voix au détriment d’autres.

35Les représentants de l’exécutif central présents sur les listes – parmi lesquels Iouri Troutnev, ministre des Ressources naturelles et de l’Écologie, Igor Chouvalov, premier vice-premier ministre ou encore Igor Setchine, vice-premier ministre – n’ont pas participé aux primaires populaires tout comme Boris Gryzlov, Président de la Douma et chef du conseil suprême du parti. En juillet Sergueï Neverov avait expliqué que Boris Gryzlov avait reçu des propositions pour figurer sur les listes de plusieurs régions mais n’avait pas encore fait son choix. Pour expliquer que le chef du Conseil suprême de Russie unie ne participerait pas aux primaires, il avait ajouté :

Il y a des gens qui n’ont pas besoin de passer par les primaires. Ils bénéficient déjà d’un soutien populaire important, en particulier d’associations. Ces soutiens constituent une sorte de primaires que ces candidats ont de fait déjà gagnées22.

36Tout comme l’autorité personnelle peut autoriser à ne pas se présenter aux processus de présélection des candidats, la participation aux primaires de la plupart des gouverneurs – ensuite présents sur la liste définitive en tant que locomotive puisque leur objectif n’est pas de quitter leur fonction pour un mandat de député – poursuit d’autres objectifs. On les présente, en effet, comme un moyen pour eux de se rapprocher de la population, de réexpliquer leur action et éventuellement de confirmer leur popularité auprès de leurs administrés. L’un des participants aux primaires populaires dans la région de Samara commente ainsi le résultat des primaires :

Le fait que ce soit le gouverneur qui arrive en première position aux primaires est un résultat naturel de ses quatre années d’activité à la tête de la région23.

37De la même façon, Sergueï Neverov se félicite que presque tous les gouverneurs participent aux primaires :

Pour n’importe quel gouverneur, la participation aux primaires est utile. C’est une bonne occasion pour à nouveau expliquer son programme, son plan pour le développement de la région, etc.24.

38La promotion de « nouveaux visages », représentants les différents groupes de la société et de la société civile, a fait l’objet d’une communication intense de la part de Russie unie. L’étude des députés de Russie unie à la Douma montre la prééminence des sortants, qui selon la loi russe travaillent de façon permanente à la Douma et ne peuvent cumuler leur fonction de député avec aucune autre occupation professionnelle à part les activités artistiques et d’enseignement25. En 2011, pour la première fois, les sortants constituent plus de la moitié des élus du parti, ce qui demeure inférieur au chiffre des principales démocraties occidentales où le taux de renouvellement est environ d’un tiers dans les assemblées26.

Un sondage de popularité et l’individualisation des candidatures

39Avec l’organisation pour la troisième fois au niveau national de primaires dans le cadre de la préparation aux élections législatives de septembre 2016, le principe du vote interne précédant les élections semble désormais ancré dans la culture partisane de Russie unie. Il constitue également sa spécificité puisqu’aucun des autres partis représentés à la Douma n’a eu recours à ce mode de sélection des candidats.

40Si les modalités concrètes de déroulement des primaires varient fortement d’un cycle électoral à l’autre en fonction des enjeux et de la situation politique, le trait caractéristique essentiel demeure en 2016 : seules les instances dirigeantes du parti sont habilitées à établir les listes électorales définitives. Elles ne prennent ainsi en compte que partiellement les résultats du vote interne, comme lors des éditions précédentes. De même à moins de deux ans des élections présidentielles suivantes – en mars 2018 – personne ne pose publiquement la question de l’organisation de ce type de scrutin partisan pour la désignation du candidat à la présidence.

41En 2016, les primaires de Russie unie étaient des primaires ouvertes à double titre : tout citoyen bénéficiant de ses droits civiques et non membre d’une autre organisation partisane pouvait non seulement voter mais aussi poser sa candidature. Ainsi 43 % des prétendants n’étaient pas membres du parti. Le Front populaire panrusse rapidement marginalisé après les élections législatives de 2011 n’a présenté que quelques candidats. L’accent était ainsi placé cette fois-ci non plus sur la représentation de la société civile mais sur les débats. L’ensemble des participants aux primaires se sont ainsi vus obligés de participer à au moins deux débats sur des thèmes imposés par les autorités du parti puis mis en ligne sur le site Internet de Russie unie. Les candidatures étant strictement individuelles et en l’absence de courants institutionnalisés parmi les parlementaires – ou candidats à la candidature pour les fonctions électives – ces débats se sont donc déroulés sans qu’aucune référence ne soit jamais faite aux différents clubs de discussions créés plus d’une dizaine d’années auparavant et chargés d’animer les discussions entre différentes tendances idéologiques au sein du parti. En ce sens les primaires 2016 ont avant tout été un moyen de tester individuellement la popularité et le potentiel des candidats.

42Les primaires 2016 se distinguent enfin par un taux de participation élevé : 10 millions de citoyens ont participé à ce scrutin interne soit 10 % de la totalité des électeurs, ainsi qu’une médiatisation accrue. Si comme lors des éditions précédentes, les instances centrales du parti ont à l’issue du vote interne ajouté des noms au moment de l’établissement définitif des listes électorales, les primaires 2016 ont vu néanmoins la concurrence accrue entre certaines figures parlementaires connues et en place depuis plusieurs mandatures, des accusations mutuelles de fraude – avec 426 plaintes pour irrégularités pour le jour du scrutin le 22 mai 2016 – ainsi que la défaite de certains d’entre eux, le tout largement relayé par les médias. Dans un parti où règne la culture de l’unanimité, les primaires 2016 ont été l’occasion inédite de voir l’affrontement entre différents hauts responsables du parti qui commencent manifestement à se prendre au jeu.

Conclusion

43Le choix d’organiser des votes internes pour présélectionner les candidats aux fonctions électives et de désigner ce processus par le terme de primaires dont la transposition en russe – praïmeriz – vise à restituer la prononciation anglo-saxonne relève clairement d’une volonté de conformation partisane. L’analyse de la genèse de la mise en place des primaires, puis de leur déroulement ainsi que des discours de légitimation qui accompagnent ces processus montre les enjeux liés à l’importation et la réappropriation de ce principe. La volonté de centraliser les structures partisanes sans pour autant octroyer une autonomie totale au parti vis-à-vis des dirigeants de l’exécutif marque profondément la fabrication de ces primaires à la russe. En Russie, le déroulement de fait des primaires, fait obstacle à la pleine partisanisation de la sélection des élus en permettant aux non-membres de voter et même de présenter leurs candidatures. Il empêche ainsi la valorisation des militants et des adhérents tout en maintenant la porosité des frontières partisanes.

44Trait distinctif du processus de réappropriation des primaires par le parti Russie unie : elles s’imposent progressivement à l’ensemble des candidats aux fonctions électives à l’exception très notable du candidat à la présidentielle. Jusqu’à très récemment elles ne cherchaient pas à mettre en scène la confrontation entre différentes personnalités, puisque bien souvent les hommes politiques les plus connus se voyaient investis directement sans être passés par cette étape. Paradoxalement elles ont, durant les premières années, peu été mises en valeur par la suite lors des congrès et autres évènements internes du parti. En ce sens, l’édition 2016 des primaires ouvertes de Russie Unie, avec son important taux de participation, la médiatisation dont elle a bénéficié et les confrontations qu’elle a occasionnées entre candidats chevronnés, marque un réel tournant. Ces changements invitent d’autant plus à suivre les étapes ultérieures du développement de cette procédure de sélection des candidats dans le contexte de la Russie postsoviétique.

Bibliographie

Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.

Dardot, Pierre, Laval, Christian, La nouvelle raison du monde, essai sur la société néolibérale, Paris : La découverte, 2009.

10.3917/dec.dardo.2010.01 :

Désert, Myriam, « Être patriote dans la Russie postsoviétique », Critique internationale, n° 58, janvier-mars 2013, p. 53-71.

10.3917/crii.058.0053 :

Favarel-Garrigues, Gilles, Startsev, Iaroslav, « La combinaison des héritages et des emprunts dans la transformation de l’administration russe », Critique internationale, n° 35, avril-juin 2007, p. 69-84.

10.3917/crii.035.0069 :

Golosov, Grigori, Demokratia v Rossii: instrouktsia po sborke [La démocratie en Russie, instructions pour l’assemblage], Saint Pétersbourg, BKhV-Peterbourg, 2012.

Kryshtanovskaïa, Olga, « Administrativny ressours. Èto glavnoïe, tchto neobkhodimo dlia pobedy », [La ressource administrative : le plus important pour gagner], Obchtchaïa gazeta, 18 novembre 1999.

Lefèbvre, Rémi, Treille, Éric, (éds), Les primaires ouvertes en France. Adoption, codification, mobilisation, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2016.

Matland, Richard, Studlar, Donley, « Determinants of Legislative Turnover: A Cross-National Analysis », British Journal of Political Science, vol. 34 : n° 1, janvier 2004, p. 87-108.

10.1017/S000712340300036X :

Raviot, Jean-Robert, Qui dirige la Russie ?, Paris, Lignes de repères, 2007.

Robert, Cécile, « Les transformations managériales des activités politiques », Politix, vol. 20 : n° 79, septembre 2007, p. 7-23.

10.3917/pox.079.0007 :

Roberts, Sean P., Putin’s United Russia Party, New York : Routledge, 2012.

10.4324/9780203180914 :

Rutland, Peter, The politics of economic stagnation in the Soviet Union: the role of local party organs in economic management, Cambridge : Cambridge University Press, 1993.

10.1017/CBO9780511559297 :

Sartori, Giovanni, Partis et systèmes de partis : un cadre d’analyse, traduit de l’anglais par Paul-Louis van Berg, Bruxelles : Éditions de l’Université de Bruxelles, 2011.

Sigman, Carole, « Impact du “Nouveau management public” sur l’enseignement supérieur russe », Russie.Nei.Visions, n° 30, avril 2008.

Slider, Darrell, « How United is United Russia? Regional Source of Intra-party Conflict », Journal of Communist Studies and Transition Politics, vol. 26 : n° 2, juin 2010, p. 257-275.

10.1080/13523271003712617 :

Notes de bas de page

1 Un homme politique russe cité dans Andrew Wilson, « “Political Technology”: Why is It Alive and Flourishing in the Former USSR? », Open Democracy, 17 juin 2011, en ligne : http://www.opendemocracy.net/od-russia/andrew-wilson/political-technology-why-is-it-alive-and-flourishing-in-former-ussr (consulté le 09/04/18).

2 La Russie est un État fédéral composé de 85 entités fédérées, appelées « Sujets de la Fédération » et plus couramment « régions ». Le terme d’ «exécutif central » désigne le pouvoir fédéral par opposition aux exécutifs régionaux.

3 Kremlin signifie « forteresse » en russe. Par métonymie, « le Kremlin », sous-entendu « le Kremlin de Moscou » où résident les dirigeants soviétiques, désigne le centre du pouvoir politique en Russie. En dépit du caractère opaque de la vie politique russe qui rend difficile l’appréhension des acteurs et des modalités de la décision politique, l’administration Présidentielle apparaît comme le principal lieu de gouvernement de la Russie. Jean-Robert Raviot parle de « Kremlinocentrisme » pour évoquer la concentration des principaux leviers de pouvoir dans la résidence du Président russe où travaille également l’administration présidentielle. Jean-Robert Raviot, Qui dirige la Russie ?, Paris, Lignes de repères, 2007, p. 15-31.

4 On reprend ici la définition qu’a donné Giovanni Sartori du parti hégémonique pour désigner les partis dominants évoluant dans les contextes non-compétitifs et dans lesquels l’opposition peut exister et participer aux élections mais où l’alternance ne se produit pas et n’est pas envisagée, Giovanni Sartori. Partis et systèmes de partis : un cadre d’analyse, traduit de l’anglais par Paul-Louis van Berg, Bruxelles : Éditions de l’Université de Bruxelles, 2011, p. 321.

5 Pour les élections dans les parlements régionaux, chaque Sujet de la Fédération a son propre calendrier, si bien que des élections régionales partielles ont lieu tous les ans. La victoire de Russie unie à ces élections est à partir de 2003 quasi-systématique.

6 De 1993 à 2003 compris, les 450 députés à la Douma sont élus au scrutin mixte : 225 sont désignés au scrutin majoritaire à un tour en circonscription territoriale, 225 sont désignés au scrutin proportionnel de liste en circonscription fédérale unique avec le seuil de représentativité fixé à 5 %. À partir des élections législatives de 2007, les députés à la Douma sont élus au scrutin proportionnel intégral avec le seuil de représentative fixé à 7 %.

7 Selon la loi n° 121 du 24 juin 1999 « Sur les élections des députés à la Douma », la liste électorale des candidats à la députation doit être partiellement ou totalement divisée en groupes régionaux – comprenant un ou plusieurs Sujets de la Fédération.

8 Article 1.2 et 1.4 du règlement des Primaires.

9 Entretien avec le directeur du Comité exécutif régional de Russie unie à Novgorod, 26 octobre 2010.

10 C’est Mikhaïl Gorbatchev qui utilise le premier le terme de « stagnation » pour fustiger le bilan politique et économique de Leonid Brejnev.

11 Par extension, le terme de nomenklatura désigne également les détenteurs de ces postes, comme synonyme d’élite de l’URSS ou de nouvelle classe dirigeante.

12 Thèse à laquelle il ne souscrit pas non plus, S. P. Roberts, op. cit., p. 3-4.

13 Les élections législatives et Présidentielles de l’hiver 2011-2012 se déroulent dans les mêmes conditions que les élections de 2007-2008. Les quatre-cent-cinquante députés sont élus au scrutin proportionnel en circonscription fédérale unique avec un seuil de représentativité fixé à 7 %.

14 Discours de Vladimir Poutine à l’issue des Primaires http://polit.ru/news/2011/09/14/vp/ (consulté le 09/01/19).

15 Ibid.

16 Homme politique russe, membre de Russie unie, chargé de l’élaboration du programme du Front populaire panrusse http://mger2020.ru/nextday/2011/06/14/31401 (consulté le 09/01/19).

17 Interview de Nikolaï Fiodorov http://er.ru/news/2011/6/14/programma-narodnogo-fronta-poyavitsya-k-sentyabryu/ (consulté le 09/01/19).

18 La liste électorale comporte en effet une partie fédérale – de un à trois candidats – et des sous-groupes régionaux, correspondant la plupart du temps aux Sujets de la Fédération. Pour la liste de Russie unie, la partie fédérale de la liste ne comportait qu’un candidat en 2007 : Vladimir Poutine et à nouveau un seul en 2011 : Dmitri Medvedev.

19 http://er.ru/news/54541/ (consulté le 09/01/19).

20 http://er.ru/news/2011/7/20/bolee-2000-organizacij-prinyali-uchastie-v-rabote-onf-babich/ (consulté le 09/01/19).

21 http://www.mk.ru/daily/newspaper/article/2011/07/13/605465-edinaya-rossiya-otkryivaet-vyibornyiy sezon.html (consulté le 09/01/19).

22 http://er.ru/news/2011/7/20/prajmeriz-prodleny-na-dve-nedeli/ (consulté le 09/01/19).

23 http://www.ng.ru/regions/2011-08-26/5_praimeriz.html (consulté le 09/01/19).

24 http://er.ru/news/2011/7/20/prajmeriz-prodleny-na-dve-nedeli/ (consulté le 09/01/19).

25 Article 6 de la loi fédérale n° 3 du 8 mai 1994 « sur le statut du membre du Conseil de la Fédération et du député à la Douma d’État de la Fédération de Russie » (O statousse tchlena Soveta Federatsii i statousse depoutata Gossoudarstvennoï Doumy Federal’nogo Sobrania Rossiïskoï Federatsii).

26 L’analyse menée par Richard Matland et Donley Studlar sur les taux de reconduction des députés dans les Parlements de 25 « démocraties industrielles avancées » entre 1979 et 1994 fait apparaître un taux de reconduction moyen de 67,7 %. Richard Matland, Donley Studlar, « Determinants of Legislative Turnover: A Cross-National Analysis », British Journal of Political Science, vol. 34 : n° 1, janvier 2004, p. 92.


Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.