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Élections primaires présidentielles et partis politiques aux États-Unis : Retour sur le 20e siècle
p. 151-170
Texte intégral
1Les élections primaires présidentielles américaines sont apparues au tout début du vingtième siècle comme un système alternatif à un processus de désignation des candidats considéré comme sclérosé et anti-démocratique (smoked filled room nomination). Utilisées, dès leur mise en place, comme des tremplins stratégiques mais sans parvenir réellement à influencer les décisions de la convention nationale du parti, très vite transformées en « concours de beauté », elles ont été vidées de leur sens par les machines politiques partisanes. Elles ont rapidement, dès la fin de la Première Guerre Mondiale, décliné en nombre. Ce n’est qu’à la fin des années 1960, sous l’effet conjugué des luttes pour les droits civiques, et les révoltes urbaines, des mobilisations contre la guerre du Viet Nam et des revendications « d’ouverture démocratique » de la contre-culture que le Parti démocrate entame un long processus de réforme tous azimuts du fonctionnement des élections primaires dans un élan de renouveau représentatif. Une série de chocs démocratiques parcourent, dès lors, la façon dont se déroulent les élections primaires présidentielles les plaçant au cœur de la campagne électorale.
2Ainsi, des éléments techniques liés au mode de scrutin des primaires sont codifiés, le calendrier de ces élections fait aussi l’objet de toutes les attentions tactiques dans la mise en place d’un « ordre » des primaires. Très vite, et paradoxalement, les partis politiques sont peu à peu mis à mal dans ces élections étatiques mais qui ont une forte résonance nationale puisqu’elles visent à légitimer une candidature à la présidence. Si le Parti démocrate a été le fer de lance de la réforme du processus des primaires, mettant ainsi sa structure à nu, les batailles factionnelles engagées par le Tea Party, au sein du Parti républicain, depuis 2009, ont aussi sapé la structure de ce parti qui investit, en 2016, Donald Trump, un candidat hétérodoxe, non républicain, mais qui remporte pourtant les primaires républicaines, l’investiture, et, in fine, l’élection présidentelle. Dans un jeu homothétique, ici déformant, entre l’existence très locale des partis américains dans les états (grassroots) et leur présence nationale, qui est tout l’enjeu de l’élection présidentielle, les élections primaires se font le théâtre des ressentiments de la base contre « l’establishment », contre « Washington », ce qu’elles ont permis depuis leur mise en place voilà plus de cent ans. Cependant, les évolutions technologiques fulgurantes en matière de communication de campagne depuis le début des années 2000 et le « spin » de la communication virale portée par internet,1 ainsi que le dérèglement du mode de financement des campagnes électorales, semblent avoir ébranlé durablement la structure des partis américains.
3Les réformes profondes du processus de désignation des candidats à la présidence entamées voilà plus de cinquante ans aux États-Unis, semblent atteindre leur but : soustraire la désignation du candidat à la présidence au seul cénacle du parti, mais à quel prix ?
Les élections primaires présidentielles : pour ou contre le parti ? Légitimation d’un processus et légitimation d’un candidat
4L’émergence des partis politiques aux États-Unis s’est faite en marge de la Constitution et il en a été de même pour le système de nomination des candidats à la présidence. Le rôle des États et leur lien avec les partis politiques dans ce processus étaient source de grandes controverses. Le Collège électoral tel qu’il est défini dans la Constitution est issu d’un compromis qui permettait de concilier une forte méfiance envers la population et sa capacité à jouer un rôle actif en politique, les complexités d’un système reposant sur la séparation des pouvoirs et la diversité des États de l’Union, diversité résultant de l’esclavage dans le Sud, mais aussi des rivalités entre grands et petits États. Alexis de Tocqueville tenta à plusieurs reprises de mettre en garde les Américains contre les effets néfastes d’une centralisation et d’une nationalisation à outrance pour un peuple libre et démocratique :
L’écrivain qui voudrait faire connaître l’ensemble d’un pareil tableau avant d’en avoir montré les détails tomberait nécessairement dans les obscurités ou les redites. Les grands principes politiques qui régissent la société américaine ont pris naissance et se sont développés dans l’État ; on ne saurait en douter. C’est donc l’État qu’il faut connaître pour avoir la clef de tout le reste2
5Ainsi, se développent, au cours du 19e siècle, deux forces sensiblement opposées qui influencent le fonctionnement des partis politiques. La forme « jacksonienne » de démocratie directe qui garantissait à tous les citoyens la possibilité d’être en contact direct avec leurs leaders et, par conséquent, de les influencer ; et d’autre part, la forme « madisonienne » d’équilibre des pouvoirs afin de limiter tout abus, qu’il provienne du peuple ou du gouvernement. Ces deux conceptions se diffusaient dans le réseau gouvernemental à tous les niveaux des états fédérés. À la fin du 19e siècle, la « machine » politique devient, paradoxalement, une structure légitimante dans un environnement marqué par les effets de la révolution industrielle3. Le mode de légitimation de la structure de la « machine » repose sur l’utilisation clientéliste du droit de vote qui oriente la sélection des dirigeants des sections locales des partis politiques ainsi que les candidatures aux différentes fonctions, y compris à l’investiture à la présidence.
6Robert Marion La Follette, gouverneur du Wisconsin, est à l’origine de la première élection primaire présidentielle qu’il fit adopter par son État en 19054. Embrassant la cause du mouvement progressiste5 dont il devint l’un des dirigeants, il avait à plusieurs reprises défendu l’intérêt et la nécessité d’instaurer des élections primaires puisque la souveraineté du peuple et sa représentation n’étaient plus, selon lui, assurées6. « Seule une telle élection symbolisant la volonté du peuple dans toute sa pureté et sans qu’elle ne soit souillée par les arcanes tortueuses du système de sélection des délégués (à la convention nationale du parti)7 » pouvait rendre au système électoral américain sa légitimité démocratique.
7Lors de la présidentielle de 1912, 13 états mirent en place une procédure d’élection primaire présidentielle tant chez les démocrates que chez les républicains. Côté républicain, Theodore Roosevelt, Robert Taft et Robert La Follette se présentèrent dans chacun des 13 états ayant adopté une élection primaire. C’est Roosevelt qui remporta cette première campagne des primaires. Cependant, cette victoire ne lui assurait pas pour autant l’investiture de son parti à la convention nationale républicaine de Chicago où la majorité des délégués avaient été choisis lors de conventions ou de caucus dans les 35 autres états n’ayant pas d’élection primaire, et lesquels étaient acquis à la cause de Taft. Roosevelt fonda peu après un parti dissident, le Parti progressiste, et se présenta, sous cette bannière, à l’élection de 1912 qui fut remportée par le démocrate Woodrow Wilson8. Les dissensions entre Roosevelt et La Follette et le revers de 1912, des difficultés d’organisation de ces élections dans les états les ayant adoptées ainsi que le contexte économique et social des Années Folles d’abord, puis de la Grande Dépression remisèrent les élections primaires au second plan.
8À partir des années 1930 et du New Deal, la recomposition du paysage politique américain s’organisa, dès lors, autour de la coalition rooseveltienne et le lent déclin du Parti républicain. Les élections primaires présidentielles qui avaient vu le jour sous l’impulsion d’une aile dissidente du Parti républicain ne constituaient pas, au milieu des années 1930, une priorité pour le Parti démocrate uni autour de Franklin D. Roosevelt. Dès lors, le système de nomination des candidats à la présidence redevint une question strictement interne aux partis et les quelques primaires présidentielles qui persistèrent (le nombre oscille entre 13 et 24 entre 1948 et 1968) n’eurent qu’un rôle symbolique car le nombre de délégués que chacun des candidats pouvait remporter en s’y présentant n’avait que très peu, voire aucun, poids lors de la convention nationale du parti qui réunissait l’ensemble des délégués. Ceux-ci restaient pour une écrasante majorité désignés de façon tout à fait informelle et « non publique ». Les primaires, sans enjeu, n’avaient plus alors qu’un attrait limité pour les candidats, qui s’en désintéressèrent. Pire encore, si un candidat décidait de s’y présenter, cela pouvait aussi être interprété comme un signe de faiblesse ou la nécessité pour le candidat de se faire connaître à l’échelle nationale par manque d’envergure (vote getting ability)9. Finalement, cantonnées à un rôle consultatif ou bien apparentées à un tremplin publicitaire, l’intérêt pour le fonctionnement des primaires en tant qu’objet d’étude et tremplin démocratique avait été peu à peu délaissé.
9Un bouleversement fondamental vint renverser cette tendance en 1968 à l’occasion de la convention nationale du Parti démocrate qui se déroulait à Chicago. C’est dans le sillage des manifestations pour les droits civiques et contre ségrégation raciale, pour la liberté d’expression et contre l’engagement américain au Vietnam que s’ouvrit la campagne des primaires en 1968, campagne dont le Parti démocrate ne sortira pas indemne. Face à une opposition grandissante dans son parti puisque Eugene Mc Carthy et Robert Kennedy déclarent leur candidature à l’investiture démocrate, le 31 mars 1968, le président sortant Lyndon B. Johnson annonça brutalement qu’il se retirait de la course à la Maison Blanche. Un mois plus tard, le 27 avril 1968, le vice-président Hubert Humphrey déclarait, lui, sa candidature alors que la campagne des primaires était déjà entamée depuis plusieurs semaines. En effet, trois primaires avaient déjà eu lieu et il était trop tard pour qu’Humphrey soit officiellement candidat dans les primaires restantes qui devaient se dérouler entre le 30 avril et le 11 juin 1968 (dernière primaire dans l’Illinois). Mc Carthy gagna la campagne des primaires démocrates qui s’achevait dans le drame par l’assassinat de Robert Kennedy au soir du 4 juin 1968 à l’issue de la primaire de Californie.
10Avant l’ouverture de la convention nationale du parti, trois commissions se réunirent afin d’en préparer les travaux : la commission chargée d’établir le programme (Platform and Resolutions Committee), la commission des mandats chargée d’étudier les accréditations des délégués issus des États (Credentials committee) et la commission du règlement (Rules committee). La rédaction d’un texte définitif pour la profession de foi achoppait sur des divisions profondes en particulier sur la question de l’engagement au Vietnam. Par ailleurs, 16 États contestaient, auprès de la commission des mandats, la composition et la représentativité des délégués qui constituaient leur délégation étatique à la convention. Dans chacun de ces États, deux griefs étaient avancés. D’une part, la composition raciale de la délégation officielle était remise en cause, et une délégation dissidente était proposée afin de respecter plus étroitement la distribution raciale de l’état (Alabama, Géorgie, Mississippi, New York, Tennessee, Texas, Caroline du Nord)10. L’autre grief soumis à la commission des mandats de la convention nationale portait sur le mode même de désignation des délégués de l’État. Dans l’Alabama, le Michigan, le Washington, le Connecticut, le Minnesota, le New York, l’Oklahoma et la Pennsylvanie, les partisans de Mc Carthy, qui remporta ces primaires, se considéraient injustement écartés des délégations étatiques et proposèrent, à leur tour, des délégations dissidentes. Or, aucune délégation dissidente ne fut accréditée par la commission des mandats. La convention nationale s’ouvrit donc avec, en lice, Eugene Mc Carthy, Hubert Humphrey, et deux candidats de dernière minute : Lester Maddox (gouverneur de la Géorgie et qui annonça sa candidature le 17 août 1968) et George Mc Govern (sénateur du Dakota du Sud, le 11 août 1968) espérant rallier les délégués acquis à Robert Kennedy. Au troisième jour de la convention qui se déroulait dans une ville sous extrême tension11, Hubert Humphrey obtint la majorité des voix des délégués et l’investiture de son parti (Humphrey : 1761 voix, McCarthy : 601 voix, Mc Govern : 146 voix).
11C’en est trop, et les tensions extrêmes qui se cristallisèrent lors de l’été 1968 à Chicago (à la fois dans l’enceinte de la Convention et dans la ville) poussèrent le Parti démocrate en crise à entamer une vague de réformes du système de sélection des délégués à la convention nationale du parti et, en somme, du système des primaires présidentielles. La première de ces commissions (Commission on Party Structure and Delegate Selection), plus connue sous le nom de Mc Govern Fraser Commission, avait pour mission de recenser les pratiques utilisées dans les différents états à partir de 196912. Des irrégularités de procédure furent relevées, telles que l’absence de toute règle écrite concernant la procédure de sélection des délégués dans 20 états ; le choix des délégués proposé par le gouverneur, en Géorgie et en Louisiane ; le recours illimité aux votes par procuration, et une information très lacunaire des citoyens des États dans lesquels se déroulaient des primaires, sur leur fonctionnement. Il se mit alors en place progressivement, à partir des conclusions de la Commission Mc Govern Fraser, un processus d’ouverture du fonctionnement des élections primaires. Le nombre d’élections primaires dont le résultat devait être automatiquement pris en compte (binding primaries) augmenta significativement.
12La voix de la réforme au sein du Parti démocrate fut renforcée par la cuisante défaite, la deuxième d’affilée pour les démocrates, face à Richard Nixon, en 1972. Une seconde commission de réforme (Commission on Delegate Selection and Party Structure), ou Commission Mikulski13, fut nommée la même année et ses travaux, visant à renforcer le degré de représentativité des délégués des États, aboutirent en 1976. En particulier, les nouvelles règles imposaient que 75 % de la délégation de l’État soit élue au sein de circonscriptions dont la taille ne devait pas dépasser la taille des circonscriptions législatives (Congressional Districts) ce qui interdisait, de fait, toutes les élections ayant lieu à l’échelle de l’État, la commission préconisait également que les scrutins majoritaires à un tour (winner take all primaries) ne soient plus acceptés14. Le Parti démocrate se dotait donc de règles nationales afin d’harmoniser le fonctionnement du processus de sélection des candidats à la présidence dans chacun des états. Le résultat à court terme de ces efforts de réforme fut un accroissement net du nombre d’états instaurant des élections primaires : de 15 états en 1968, ce chiffre passe à 21 en 1972, à 27 en 1976, à 37 en 1980, et il oscillera entre 30 et 35 de 1984 à 2004. Comme la majorité des législatures d’État étaient contrôlées par les démocrates au début des années 1970, l’adoption d’une panoplie de nouvelles règles côté démocrate entraîna le Parti républicain dans son sillage.
« L’âge d’or » des primaires : la campagne permanente et la fin des partis ?
13Si le système de sélection des candidats à la présidence fut profondément transformé à partir des années 1970, dans un élan démocratique visant à redonner une voix prépondérante à la « base » (grassroots), la structure des partis politiques et leur présence nationale, fragile aux États-Unis, ainsi que leur capacité à former des coalitions de pouvoir en fut aussi été ébranlée (Ranney, 1985 ; Crotty, 1983). Le rôle de la convention nationale s’amenuisait et devint quasiment symbolique. Il en allait de même de la hiérarchie partisane dans la désignation du « ticket » présidentiel. Elle était désormais acquise bien avant que la convention ne se réunisse, en fait, durant ou dès l’issue des primaires, et les partis politiques ne contribuaient plus aussi directement (Mayhew, 1986). Ainsi, les élections primaires pouvaient favoriser l’émergence de factions intra-partisanes, sources de divisions, car le but d’un candidat lors d’une élection primaire n’était pas simplement d’obtenir une majorité de délégués mais encore de « survivre » pour être encore en lice lors de l’élection primaire suivante, et ainsi de suite, ce qui nuit à la cohésion du parti (Polsby, 1983, Shafer, 1988).
14Huit ans seulement après la mise en place de la commission Mc Govern Fraser, en 1976, le Parti démocrate poursuivait son programme de réforme et mettait en place une troisième commission : la Commission on the Role and Future of Presidential Primaries, ou Commission Winograd. Elle entamait un travail d’harmonisation des règles du Parti démocrate et des lois, éventuellement contraires, de l’état où se déroulait la primaire. Ainsi, dans le Wisconsin et le Michigan les électeurs pouvaient voter dans la primaire de leur choix, alors que le Parti démocrate avait interdit la mise en place de primaires ouvertes. Par ailleurs, à partir des travaux de la quatrième commission de réforme du Parti démocrate, la Commission Hunt, nommée en 1980, la notion de délégué d’office (Super Delegate) fut introduite. Il s’agissait ici de ménager la structure du parti et d’inclure dans la délégation à la convention nationale, des délégués qui n’auraient pas à passer par le « filtre » des primaires. Cette mesure visait donc à ré-introduire une dimension plus institutionnelle au sein de la convention. Des hommes et femmes exerçant un mandat, représentants à la Chambre, sénateurs, gouverneurs, maires de villes de plus de 250 000 habitants, pouvaient désormais siéger de droit à la convention de leur parti. Cette nouvelle catégorie de délégué, représentant environ 2/5 de la délégation nationale, visait à redonner aux « cadres » et élus du parti une place de droit dans le processus de sélection des candidats face à une personnalisation croissante des campagnes électorales, primaires y compris.
15Ainsi, après une dizaine d’années au cours desquelles le Parti démocrate s’était doté de règles visant à renforcer la représentativité de ses élections primaires présidentielles, en généralisant la proportionnalité, l’instauration de la fonction de « super délégué » était envisagée comme une mesure réparatrice. En effet, elle avait pour but de réconcilier la base et la direction du Parti démocrate en ré-équilibrant leur poids respectif dans la délégation nationale qui se réunissait tous les quatre ans. La campagne de 2008 a montré les limites et la fragilité de cet équilibre. En effet, cette campagne des primaires très serrée, et ce jusqu’à la dernière grande primaire (Pennsylvanie le 22 avril 2008), les deux principaux candidats affichaient des scores en délégués élus très proches. En 2008, sur 4 07815 délégués pour le Parti démocrate, 795 d’entre eux étaient des « super Délégués ». Or, à l’issue des primaires, le résultat final départageant les deux candidats arrivés en tête donnait 2 158 délégués pour Barack Obama et 1 920 délégués pour Hillary Clinton16, il est évident que les « super Délégués » pouvaient faire basculer la majorité en faveur d’Hillary Clinton, à rebours de la campagne des primaires. Les « super-délégués » avaient, d’ailleurs, tout au long de cette campagne, fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des candidats et c’est ainsi qu’ils se retrouvaient, pour la plupart, perplexes ou tiraillés entre des impératifs contradictoires17. On risquait alors de se retrouver dans un système perverti par lequel, l’investiture du candidat à la présidence ne reposait plus sur les délégués démocratiquement élus par un vote dans chacun des États mais, en fait, sur la décision des « super-délégués » par définition non élus. Cela revenait donc à vider les élections primaires présidentielles de la substance que le Parti démocrate s’était évertué à leur donner depuis près de quarante ans.
16L’hypothèse d’un tel scénario fut à l’origine d’un débat éphémère sur la façon de sortir de cette impasse probable. On retrouvait, au cœur de ce débat, l’opposition fédéraliste entre parti national et parti local. En effet, selon Géraldine Ferraro18 (qui avait été candidate à la vice-présidence démocrate en 1984) la position des « super délégués » au sein de la délégation démocrate devait absolument être défendue car les règles des primaires étaient tellement différentes d’un État à l’autre – tellement « locales » – que le parti avait besoin d’une existence nationale qui lui était conférée par les « super délégués ». La difficulté du rôle de « super délégué » éclatait ; il devait tout à la fois représenter son parti mais, comme l’affirmait James Clyburn, « son rôle est de porter la voix du peuple, et non de la faire taire »19.
17Face à ce suspens concernant le choix potentiel des « super délégués » en 2008, Phil Bredesen, gouverneur de l’état du Tennessee avait d’ailleurs proposé au cours du mois de mars 2008 d’organiser une « élection primaire des Super Délégués » uniquement pour que ceux-ci puissent faire leur choix sans subir de pression de l’un ou l’autre des candidats à l’investiture. Cette proposition du Gouverneur du Tennessee ne fut pas été mise en œuvre et Hillary Clinton reconnut sa défaite le 7 juin 2008, tranchant ainsi le débat avant la convention.
18La campagne de 2008 a bien montré que les primaires devaient permettre aux candidats de remporter le plus de délégués, qu’ils soient « simples » ou « super » et ce dès les premières élections dans le calendrier. Cela renforce l’individualisme exacerbé des candidats dans une élection qui est, par définition, une élection de différentiation au sein d’un même parti. Ainsi, la multiplication des élections primaires a conduit les candidats à adopter des stratégies de campagne très « personnalisantes » dans la mesure où il faut avant tout se démarquer de ses rivaux au sein de son propre camp. Dès la fin des années 1960, les candidats ont commencé à constituer leurs propres organisations nationales, servies par une technologie politique de plus en plus sophistiquée qui facilite le contact direct entre le candidat et son électorat potentiel (Davis, 1980). Il est fait usage intensif de cabinets de marketing politique, d’envois massifs de tracts et d’une présence toujours croissante de la communication politique (candidate outreach) grâce aux réseaux internet (Netroot campaigning). C’est ainsi que les candidats à l’investiture sont aussi parvenus, en particulier depuis 2004 suite au déploiement pionnier d’Howard Dean en matière de netroot campaign, à se passer des partis politiques et ont fait des élections primaires présidentielles la voie qui leur ouvre les portes de la Maison Blanche (the road to the White House) doublée d’une course aux financements de campagne. Le parti est devenu principalement une organisation électorale au service du candidat, ce qui ne marque pas nécessairement un déclin des partis mais une transformation en une organisation plus périphérique – car elle ne détient plus les clés de la nomination à la présidence – mais néanmoins primordiale car elle est essentielle dans la mise en place des règles qui régissent les primaires qui se déroulent au sein de chaque état (Hernnson, 1988).
19Si les primaires présidentielles, leur multiplication, leur impact et leur couverture médiatique ont contribué à personnaliser les campagnes des candidats à l’investiture et ainsi à reléguer les partis, dans leur rôle d’intermédiaire dans le choix d’un candidat à la présidence, d’autres forces contribuant au déclin des partis politiques traditionnels sont aussi en jeu. Le développement des medias, dès les années 1920, a eu pour effet de parasiter les partis politiques dans leur rôle de véhicule de l’information. Et, l’adoption, au début des années 1970, de lois permettant de financer les campagnes présidentielles, en partie grâce à des fonds publics, peuvent aussi être considérés comme autant de facteurs qui ont contribué à l’affaiblissement des partis politiques (Reiter, 1985, 7). Par ailleurs, l’attrait d’une exposition médiatique et la possibilité pour certains candidats en mal de publicité de se trouver propulsé sur le devant de la scène, devenaient plus fréquents dès que le nombre de primaires augmentait. Donc, à partir des années 1980, on assiste à la multiplication de candidatures improbables et sans véritable crédit qui ressemblent à des opérations d’auto promotion20. On peut citer ainsi côté républicain : Alan Keyes, Sam Brownback, Tommy Thompson, Richard Lugar, ou encore Donald Trump qui avait laissé entendre qu’il se porterait candidat à l’investiture, en 2000, en 2012, avant de renoncer à se lancer dans la course21.
Un état fédéral : l’autonomie des états et des primaires
20Les partis politiques ont par ailleurs été affectés par l’émergence d’un nouveau type de militant politique identifié par Wilson (1962, 3 ; 20 ; 340-42) et qu’il a qualifié « d’amateur » par opposition au « professionnel ». Les « amateurs » ne sont attirés par la politique que pour des raisons idéologiques et le besoin de voir se réaliser des objectifs à long terme dans le but d’améliorer le fonctionnement de la société alors que la motivation des professionnels est plus directement matérielle. Cette modification sociologique du militantisme politique a amorcé un glissement et un relâchement de l’emprise que pouvait avoir la « vieille garde », ce qui offrait là un terrain favorable aux réformes qui auront lieu, pour le processus de nomination des candidats à la présidence au sein du Parti démocrate, à partir de 1968 et posait une double question, paradoxale.
21D’une part, l’accroissement du nombre des primaires ravivait la question de leur représentativité et de leur « mieux disant démocratique ». En effet, le terme de représentativité, dans le contexte des élections primaires, recouvre plusieurs sens. On parle tour à tour de la représentativité des participants à l’élection primaire par rapport à la population des États-Unis en général, ou par rapport à l’électorat qui se manifeste et qui vote lors de l’élection générale de novembre, ou bien encore par rapport aux sympathisants de l’un ou l’autre parti, ou aussi, de la représentativité des états dans lesquels se déroulent les primaires. Les électeurs qui votent lors des primaires constituent généralement des groupes plus engagés politiquement ou plus proches d’une cause propre à l’état dans lequel se déroule la primaire, donc moins représentatifs, au niveau national, de l’électorat démocrate ou républicain (Key, 1956, p. 153 ; Geer, 1989). Ces caractéristiques ont favorisé d’ailleurs l’entrée en lice d’une multitude de candidats lors des primaires, chacun ayant des positions, ou des micro positions, plus extrêmes que la moyenne de leur parti au niveau national, mais cherchant à travers ces élections avant tout locales, à obtenir une attention nationale. Les premières commissions de réforme du fonctionnement des primaires, mises en place par le Parti démocrate, avaient d’ailleurs pour but de les rendre plus représentatives et ainsi de légitimer le choix de candidat à la présidence qui en émergerait22.
22En 1968, la représentativité s’est trouvée associée à la notion de proportionnalité. En effet, la convention nationale, regroupant la totalité de délégués issus des primaires, devait, pensait-on, refléter aussi proportionnellement que possible les votes qui avaient été exprimés lors de la saison des primaires dans chacun des états (David & Ceaser, 1980). C’était l’esprit de la première commission de réforme du Parti démocrate, la commission Mc Govern-Fraser. Le risque, qui s’est manifesté par la suite, était de conduire à une convention nationale divisée et fractionnée mettant ainsi en péril le choix d’un ticket présidentiel (candidat à la présidence et candidat à la vice-présidence), mandat essentiel de la convention nationale du parti. Les limites de la représentation proportionnelle sont par ailleurs renforcées lorsque l’on étudie la composition de l’électorat qui participe aux primaires. S’il est constitué, en moyenne de personnes plus actives dans l’espace public que la moyenne, il n’en reste pas moins que des facteurs à la fois éphémères et individuels (comme l’atmosphère de la campagne électorale, le degré de réceptivité de l’électeur, le type et le nombre de candidats qui se présentent et l’existence d’une lutte serrée entre un ou plusieurs candidats) influencent la participation23. Par ailleurs, la nature même de l’élection, qui diffère le résultat final de l’élection, la singularise. Il s’agit en effet d’une élection intermédiaire visant à élire un personnage intermédiaire – le délégué – qui représentera tel ou tel candidat lors de la convention nationale du parti au cours de l’été (Zumello, 2012). Il existe une tension forte entre un choix qui réconcilie les attentes locales (état où se déroule la primaire) face à un candidat, et la capacité du candidat à se mesurer aux autres candidats à l’échelle nationale24.
23D’autre part, la représentativité des élections primaires est aussi liée à leur calendrier. En effet, les « premières primaires » de la saison bénéficient d’une attention médiatique qui dépasse le poids du nombre de délégués qu’elles enverront à la convention (Bartels, 1988). Ce phénomène communément appelé « boule de neige » (momentum) conduisant à la mise en orbite politique (political activation) d’un candidat devient l’enjeu principal des premières élections de l’année. Traditionnellement, le caucus de l’Iowa et la primaire du New Hampshire sont les deux premiers événements de la campagne à l’investiture. Jill Lepore estime que le calendrier des élections primaires et la primauté de l’Iowa et du New Hampshire contrevient au Voting Rights Act de 1965 car cela donne une visibilité disproportionnée à deux états majoritairement « blancs » du nord des États-Unis25. Par ailleurs, l’ordre des primaires qui suivent est guidé par la volonté de certains états de compter dans la stratégie mise en place par les candidats déclarés. Souhaitant qu’un grand nombre d’entre eux fasse campagne dans leur état pour profiter ainsi de l’attention médiatique et des retombées économiques de ces caravanes s’installant pour plusieurs jours et sillonnent l’État, ils préfèrent que la primaire se déroule tôt dans l’année, si possible avant mars, lorsque suffisamment de candidats sont encore susceptibles d’être en lice. C’est donc une tendance lourde à la concentration des primaires (frontloading) qui s’est mise en place, de façon irrémédiable semble-t-il depuis le début des années 1980.
24Plusieurs stratégies ont été envisagées pour trouver un antidote à cette attention historiquement accordée à l’Iowa et au New Hampshire qui se sont institutionnalisés dans leur position indétrônable. Dès 1913, le président Wilson évoquait l’idée d’une élection primaire nationale dans son discours sur l’état de l’Union26. Dès lors, de nombreux projets de loi ont été présentés au Congrès entre 1913 et 1968, tous proposant des cadres plus ou moins coercitifs et plus ou moins directifs entre le résultat de l’élection primaire nationale et la composition de la délégation de l’État à la convention nationale du parti27. Cependant, après 1968 et la dramatique convention nationale du parti démocrate à Chicago, le nombre de projets de loi présentés au Congrès28 fit un « saut quantique » (Gorman, 1976 ; 6). En 1988, une tentative « nationale » de regrouper plusieurs primaires le même jour est mise en œuvre. Surnommée le « Super Mardi » (Super Tuesday) elle avait pour but de limiter les effets délétères d’une campagne des primaires très longue (de janvier à juin) et aussi de limiter l’impact disproportionné des résultats de l’Iowa et du New Hampshire. Cette tentative a été un succès en demi-teinte. Le Super Tuesday, parfois aussi appelé « primaire du Sud » (Norrander, 1992) a perduré mais n’a pas détrôné la primauté calendaire de l’Iowa et du New Hampshire. En 2016, pour la première fois depuis 1996, ces deux événements ont simplement pu être « retardés », ils ont eu lieu en février (les 1er et 9 février respectivement) alors qu’ils se déroulaient en janvier depuis près de 20 ans. Cette décision de repousser les dates des premiers événements est issue d’un rapport (Growth and Opportunity Project)29 publié par le Parti républicain au lendemain de la défaite de 2012.
25Les premières échéances du calendrier des primaires, lors d’une année présidentielle, ont lieu très tôt (janvier ou février au plus tard) et cette concentration ce soudain coup de projecteur à l’orée de l’année, ont provoqué une anticipation des candidatures pressenties ou présumées, voire déclarées, bien avant le début de l’année présidentielle proprement dite. C’est ainsi que la campagne des primaires commence, elle, bien avant le début de l’année présidentielle. Cette période de durée variable est aussi appelée « primaire invisible ». Ce temps indéfini, un ou deux ans avant le début de la campagne officielle, qui précède les déclarations de candidature officielles des uns et des autres constitue un terrain d’expérimentation des programmes, un galop d’essai qui permet d’évaluer la capacité des candidats à réunir l’argent nécessaire à la campagne mais aussi à ajuster leurs positions, en fonction des retours mesurés par sondages, des électeurs et en particulier dans les états clé que sont l’Iowa et le New Hampshire30. Ainsi, tous les candidats potentiels se rendent nécessairement dans l’Iowa et le New Hampshire, voire à plusieurs reprises, avant l’année présidentielle, pour tester et roder leur discours et tenter de percevoir leur « viabilité » politique. Tout ceci renforce les effets de loupe, parfois déformante, dont font preuve ses deux États dans la course à la présidence. La campagne de 2016 en a encore été la preuve.
La campagne des primaires de 2016 : confirmation d’une émancipation
26La campagne des primaires 2016 a commencé de façon très différente pour chacun des deux partis. Côté démocrate, se profile une candidature attendue de longue date et qui semble incontournable, celle d’Hillary Clinton, le président sortant Barack Obama ne pouvant se représenter. Côté républicain, en revanche, la liste des candidats en lice était très longue sans qu’aucun ne se détache véritablement au départ. On comptait ainsi plusieurs gouverneurs ou anciens gouverneurs d’État Jeb Bush, (Floride) et frère du président G. W. Bush ; Chris Christie (New Jersey), Scott Walker (Wisconsin), Bobby Jindal (Louisiane), John R. Kasich (Ohio) ; plusieurs sénateurs : Ted Cruz (Texas), Marco Rubio (Floride), Rand Paul (Kentucky), ou encore Donald Trump, magnat de l’immobilier, homme d’affaires, et n’ayant jamais exercé de mandat électif31.
27D’emblée, il semblait difficile de positionner clairement les candidats républicains annoncés les uns par rapport aux autres au sein du Parti républicain si ce n’était par leur opposition à Barack Obama. C’était donc une nouvelle forme d’allégeance commune qui se construisait, de prime abord, non plus en accord avec certaines valeurs ou positions mais au contraire par un rejet commun, dans le cas présent du parti opposé et du président. Une communauté en somme qui se soudait par la négativité32. Or, cette communauté de vues ne pouvait en aucun cas articuler, à elle seule, un discours de campagne pour chacun des candidats, car le processus des primaires exige une différenciation et une individualisation claire, au sein du même parti, afin de fédérer des électeurs, et des délégués sur sa candidature. Très rapidement, une scission s’opère entre des candidats dits « classiques », des élus, et un trublion qui s’insurge contre « Washington » et « l’establishment » qui a abandonné l’Amérique meurtrie à la fin des années 2000 par une crise économique sans précédent depuis la Grande Dépression et qu’il compte bien rétablir dans son souhait de grandeur retrouvée « Make America Great Again »33. Alors qu’il n’était pas totalement pris au sérieux, Donald Trump crée une première surprise et finit en deuxième position dans le Caucus de l’Iowa le 1er février 2016 sur les talons de Ted Cruz (27,7 % contre 24,3 % pour Trump). Il amplifie cette percée une semaine plus tard en remportant largement la primaire du New Hampshire (35,3 %), John Kasich, deuxième, n’arrivant que loin derrière avec seulement 15,8 % des voix. La campagne de 2016 est en cela un bon exemple de l’effet « propulseur » (momentum) des premières élections primaires du calendrier dans la course à la candidature. Trump, fort de ce début fracassant et inattendu, n’aura ensuite de cesse de fustiger chacun des candidats républicains avec une rhétorique de l’espoir et du changement nécessaire et se drapant dans une virginité politique qui devient un atout légitimé par les élections primaires.
28Côté démocrate, Hilary Clinton, qui semblait élue d’avance, va, elle aussi, essuyer deux revers cuisants dès le début de la campagne des primaires. Elle est au coude à coude avec Bernie Sanders dans l’Iowa (49,9 % pour Clinton contre 49,6 % pour Sanders) et elle est très largement battue dans le New Hampshire (60,4 % pour Sanders contre 38 % pour Clinton). En écho paradoxal à Donald Trump, Bernie Sanders34 s’en prend aussi violemment aux « insiders » de Washington et à l’incapacité des élus de défendre la cause des laissés pour compte de l’Amérique. Hillary Clinton35, « insider » s’il en est, est clairement visée. La campagne des primaires côté démocrate expose les divisions au sein du parti et permet à une candidature initialement considérée comme dissidente, Bernie Sanders, d’émerger36. Hilary Clinton remporte la campagne des primaires avec une légère avance (2 220 délégués contre 1 831 pour Sanders), ce qui, étant donné sa stature, est considéré comme une contre-performance et une opposition claire se fait sentir lors de la convention démocrate à l’été 2016, au cours de laquelle Bernie Sanders accepte à regret de demander à ses délégués de soutenir Hilary Clinton.
29La campagne des primaires de 2016 a mis en lumière, côté républicain, les brèches ouvertes par la faction conservatrice du Tea Party déjà depuis 2009 qui a utilisé à plusieurs reprises des élections primaires pour mettre en difficulté des élus de longue date37. Quant aux démocrates, l’incapacité du parti à mobiliser son électorat traditionnel malgré les ravages de la Grande Récession et ses conséquences pour l’emploi a très largement nourri le discours de Bernie Sanders. C’est ainsi que s’est confirmée au cours de la campagne des primaires 2016 la tendance rappelant que les primaires, dont la fonction a été institutionnalisée par les partis eux-mêmes depuis la fin des années 1960, ont pour rôle de légitimer un candidat en marge des machines de parti. Les primaires démocrates et républicaines de 2016 en sont un exemple éclatant.
Conclusion
30L’histoire des élections primaires présidentielles aux États-Unis est une histoire contrastée. D’abord vécues comme des laboratoires d’expérimentation démocratique à l’échelle locale, tout en leur conférant un fort écho national, elles sont aussi à l’origine d’un effacement des structures partisanes classiques au profit d’une personnalisation croissante des campagnes électorales dès l’annonce de la candidature à la nomination (momentum). L’utilisation des nouvelles technologies dans les campagnes, en particulier depuis 2004, n’a fait qu’accroître les possibilités d’autonomisation des candidats à la présidence qui se créent une équipe de campagne quasi indépendante des structures officielles du parti auquel ils appartiennent et qui est également très mobilisée dans la collecte de fonds pour la campagne (fundraising). La quasi-totalité des États organisent des élections primaires aujourd’hui et la campagne est dure plusieurs mois, voyageant d’un état à l’autre selon un calendrier très précis. Il faut ajouter à cela une sorte de « pré-campagne » de durée variable que l’on appelle « primaire invisible », qui précède les primaires et qui permet aux candidats de tester la viabilité de leur candidature en amont. L’élection présidentielle est devenue ainsi un processus quasi ininterrompu d’une élection à l’autre, précédée par différentes étapes de légitimation des candidatures qui se jouent dans les états. Les élections primaires présidentielles naissent comme dispositif d’abord alternatif au début du 20e siècle, puis rapidement vidé de son sens, pour devenir l’instrument d’une codification précise et légitimante pour le Parti démocrate après 1968, puis républicain dans son sillage et, aujourd’hui, à la fois iconoclaste et traditionnel d’un processus électoral qui se veut démocratique.
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Notes de bas de page
1 Howard Dean, candidat démocrate à l’élection présidentielle en 2004 fut l’un des précurseurs de la campagne « virale » (netroot campaign).
2 Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Gallimard, 1968, (1835), p. 58-59.
3 Voir sur ce point l’analyse de Harold Gosnell, Machine Politics: Chicago Model, University of Chicago Press, 1968, dans laquelle il explique la course de vitesse qui s’engage à la fin du 19e siècle et qui nécessite des décisions rapides quant au choix de l’emplacement d’infrastructures (usines, voies de chemin de fer, égouts et canalisations).
4 Voir la première étude dans l’historiographie des primaires présidentielles, Louise Overacker, The Presidential Primary, MacMillan Co., 1926, p. 10.
5 Voir sur ce point G. E. Mowry, Theodore Roosevelt and the Progressive Movement, Hill & Wang, 1960.
6 Robert M. La Folette, « Speech at Lodi », Wisconsin, 1898, in E. Torelle, The Political Philosophy of Robert M. La Folette, Madison : The Robert M. La Folette Co., 1920, p. 33.
7 V.O. Key Jr, American State Politics: An Introduction, A. A. Knopf, 1956, p. 88.
8 Voir J. M. Blum, The Republican Roosevelt, New York : Atheneum, 1966.
9 James Polsby & Aaron Wildavsky, Presidential Elections: Strategies of American Electoral Politics, Charles Scribner’s Sons, 1971, p. 133.
10 Voir le témoignage, par exemple, de Mark Bleicher, délégué de la Caroline du Nord in Richard Hughes, 1968, Report of the Credentials Committee, Democratic Party. Report of the Proceedings of the Quadrennial Convention of the Democratic National Committee. Ronéotypé. Chicago, p. 183.
11 Voir Norman Mailer, Miami and the Siege of Chicago, New York : World Publishing Co. 1968 ; Eugene Mc Carthy, The Year of the People, New York : Doubleday, 1969.
12 Le sénateur Donald Fraser (Oklahoma) co-présidera la commission avec George McGovern. Il sera élu président du parti démocrate de 1969 à 1970. Le rapport de la commission Mc Govern Fraser est publié en novembre 1969 sous le titre Mandate for Reform. La commission McGovern Fraser a également bénéficié des travaux de la Commission Hughes formée à l’instigation d’Eugene McCarthy à la fin août 1968 et dont le rapport The Democratic Choice formulera les premières critiques à l’encontre du système de sélection des délégués à la convention nationale, et qui a débouché sur la crise aiguë vécue lors de la convention nationale de Chicago en 1968. Voir archives du Parti Démocrate, DNC Box n. 7, Mc Govern Fraser Commission, National Archives, Washington, D. C.
13 Barbara Mikulski est alors députée du Maryland, elle sera ensuite élue au Sénat (Maryland) où elle exercera cinq mandats consécutifs avant d’annoncer qu’elle ne représentera pas à l’issue de son dernier mandat en 2016.
14 Commission on Delegate Selection and Party Structure, Final Report, 6 décembre 1973, Ronéotypé. DNC, Washington D. C.
15 On rappelle que la décimale – donc le demi-délégué – est dû au règlement du contentieux lié au Michigan et à la Floride.
16 Voir pour la totalité des résultats chiffrés des élections primaires présidentielles de 2008 le site qu’y consacre le New York Times : http://www.politics.nytimes.com/election-guide/2008/results/delegates/index.html.
17 Shailagh Murray et Paul Kane, « Many Super Delegates in no Hurry to Pick a Candidate », Washington Post, 6 avril 2008, p. A 08.
18 Geraldine Ferraro, « Got a Problem? Ask the Super », New York Times, 25 février 2008.
19 James Clyburn, un représentant démocrate de Caroline du Sud, il était en février 2008 le « Whip » de la majorité Démocrate du 110e Congrès à la Chambre des Représentants. Il est cité par James Barnes, « The Art of Wooing », National Journal, 23 février 2008.
20 Stuart Rothenberg, Not Your Father (or Grandfather’s) GOP Field, Roll Call, 3 février 2015. http://blogs.rollcall.com/rothenblog/stu-rothenberg-republican-presidential-field-2016/?dcz=.
21 Il déclare d’ailleurs en 2011 « Je réitère ma profonde conviction que si je devais être candidat, je serai en mesure de gagner les primaires, et ensuite l’élection présidentielle » ; « Trump Bows Out of 2012 Presidential Election race », The Guardian, 16 mai 2011.
22 Voir Austin Ranney, « Turnout and Representation in Presidential Primary Elections », American Political Science Review, 66(1), 1972, p. 21-37.
23 Barbara Norrander, « Explaining Individual Participation in Presidential Primaries », Western Political Quarterly, 44(3), 1991, p. 640-55 ; L. S. Rothenberg & R. A. Brody, « Participation in Presidential Primaries », Western Political Quarterly, 41(2), 1988, p. 253-71.
24 P. R. Abramson, « Sophisticated Voting in the 1988 Presidential Primaries », American Political Science Review, 86(1), 1992, p. 55-69.
25 Voir Jill Lepore, « Conventions, Primaries, and the Presidency », New Yorker, 27 juin 2016.
26 President Woodrow Wilson, 1913, Congressional Record – House, 63rd Congress, 2nd Session, vol. 51, part 1, p. 75.
27 J. Gorman, Federal Presidential Primary Proposals 1911-1976, Congressional Research Service, 1976.
28 Voir par exemple les projets du Sénateur William Langer, le Sénateur George Smathers, le sénateur Estes Kefauver ou encore celle du sénateur Paul Douglas.
29 http://growthopp.gop.com/RNC_Growth_Opportunity_Book_2013.pdf.
30 Christine Zumello, « Élections 2004 : la primaire invisible du parti démocrate aux États-Unis », in Jean-Michel Blanquer, Christine Zumello et Willibald Sonnleitner (dir.), Voter dans les Amériques, Paris, Editions de l’IHEAL/Documentation Française, 2005, p. 149-161 ; H. Winnebrenner, The Iowa Precinct Caucuses: The Making of a Media Event, Iowa State University Press, 1987.
31 Aaron Blake, « The GOP Primary is Basically the most Open Race Ever », Washington Post, 15 juin 2015. http://www.washingtonpost.com/blogs/the-fix/wp/2015/06/15/the-2016-gop-primary-is-basically-the-most-wide-open-race-ever/.
32 Voir en particulier, Alan Abramowitz & Steven Webster, « The Only Thing we have to Fear is the Other Party », Sabato’s Crystal Ball, University of Virginia Center for Politics, 2015. http://www.centerforpolitics.org/crystalball/articles/the-only-thing-we-have-to-fear-is-the-other-party/.
33 Voir sur la dimension réactionnaire, populiste et nostalgique de la campagne de Donald Trump : Mark Lilla, « Our Reactionary Age », New York Times, 6 novembre 2016.
34 Bernie Sanders a été représentant de l’état du Vermont au Congrès à Washington de 1991 à 2007 et, depuis cette date, a été élu sénateur. Il est un démocrate/indépendant.
35 Hilary Clinton a été première dame des États-Unis sous les deux mandats de son époux Bill Clinton (1993-2001), puis Sénatrice démocrate de l’État de New York (2001-2009), et ministre des affaires étrangères du premier gouvernement Obama (2009-2013).
36 « Crashing the Parties: Sanders and Trump Victories Vindicate the “outsiders” », The Guardian, 10 février 2016.
37 On peut citer par exemple, la défaite d’Éric Cantor (chef de file de la majorité républicaine à la Chambre des Représentants) élu depuis 2001 et battu, en juin 2014, par David Brat, un candidat inconnu, issu de la mouvance du Tea Party, lors de la primaire pour le poste de représentant de la 7e circonscription de Virginie.
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