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    Plan détaillé Texte intégral L’adoption des primaires ouvertes socialistes sous l’angle de la concurrence politique Les conditions qui ont rendu possible l’adoption du projet participatif : retour sur les rapports de forces internes Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Les primaires ouvertes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    L’adoption des primaires ouvertes : entre logiques de conjoncture et transformations structurelles. Le cas du Mouvement Panhellénique Socialiste (PASOK) en Grèce, 2004-2009

    Dimitrios Kosmopoulos

    p. 83-102

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En 2004, le PASOK a mis en place le système des primaires « ouvertes » pour désigner son président. Cette décision constitue une nouveauté dans la tradition partisane en Grèce à plusieurs égards. L’adoption des primaires ouvertes par le PASOK constitue une modalité organisationnelle en rupture avec la tradition partisane de sélection du leader. C’est la première fois dans l’histoire politique de la Grèce qu’un parti politique désigne son président en s’adressant à un corps électoral dépassant les membres du parti. Le terme « ouvertes » caractérise, ainsi, dans le cas du PASOK la transformation de l’électorat habilité à désigner le président du parti. Historiquement, c’est le Congrès qui, au sein du parti, a en charge d’élire le président. Lors de la consultation de 2004, le corps électoral dépasse les membres du parti et il est composé par des militants et des sympathisants-amis (amis = φίλοι, selon la terminologie utilisée). Les seules conditions étaient liées à l’âge légal pour voter et à l’inscription sur les registres du parti qui pouvait s’effectuer le jour même des élections. Une carte d’ami du PASOK était alors immédiatement délivrée aux sympathisants.

    2À la différence des expériences menées dans d’autres pays, la mise en place des primaires ouvertes ne visait pas initialement à arbitrer une compétition entre différents candidats. Cette consultation électorale avait un caractère non concurrentiel. Lors des primaires organisées en février 2004, on trouve une seule candidature, celle de Georges Papandreou, fils du fondateur et leader historique du parti, Andreas. L’organisation des primaires ouvertes, deux mois avant les élections nationales, se déroule ainsi dans un contexte d’anticipation d’une défaite électorale, alors perçue comme inévitable (Voulgaris & Briand, 2008 : 26-27 ; Eleufteriou & Tassis, 2013 : 153). À noter ici que l’élection du président du parti est directement liée à la concurrence électorale, puisque le président du parti est automatiquement le candidat pour le poste du premier-ministre, poste central dans les rapports de force politiques en Grèce où, depuis 1974, est instauré un régime parlementaire monocaméral.

    3Ces considérations nous incitent à appréhender l’adoption des primaires ouvertes socialistes dans la problématique plus générale du changement organisationnel au sein des partis politiques. Nous soutenons la thèse que l’adoption du projet participatif s’articule avec des logiques conjoncturelles qui se réfèrent à la concurrence politique, ainsi qu’avec des logiques plus structurelles qui renvoient aux transformations survenues dans l’économie globale du parti. Dans un premier temps, nous examinerons l’adoption des primaires ouvertes par le PASOK en la situant dans les logiques de la compétition politique, à savoir dans les rapports des socialistes avec les autres partis. Depuis 1974 et la chute de la dictature des colonels, deux partis alternent au pouvoir, à savoir le PASOK et la Nouvelle démocratie, parti de droite. Le PASOK constitue alors un parti prédominant dans le champ politique grec et il se retrouve au gouvernement entre 1981 et 2004, avec une alternance entre 1990 et 1993. Cependant, son hégémonie est largement remise en question lors de son dernier mandat (2000-2004), phénomène qui se manifeste dans les sondages de l’époque et est partagé par les responsables socialistes. Dans ce cadre, l’organisation des primaires, le changement de la direction partisane et l’introduction des logiques et normes participatives s’inscrivent dans une logique d’anticipation de la défaite électorale.

    4Mais au-delà des calculs stratégiques, le dispositif des primaires s’articule aussi avec des modifications plus larges qui semblent toucher l’économie globale de la compétition politique depuis le milieu des années 1990. Cette considération s’avère cruciale pour une meilleure compréhension de l’appropriation du projet participatif par le personnel politique socialiste, question qui constitue la seconde interrogation centrale de notre contribution. Les primaires ouvertes ne sont pas uniquement un moyen neutre pour désigner le président du parti. Elles introduisent aussi une série de modifications concernant le fonctionnement du parti, désignées sous le concept générique de « démocratie participative ». Ce concept est introduit et imposé par la nouvelle direction partisane : on se réfère ainsi à des changements qui touchent l’architecture globale du parti, comme les compétences des différents organes partisans, le mode de désignation des différents responsables politiques et candidats du parti ou encore la place des membres dans l’appareil socialiste (Statut du PASOK, 2005). Cela nous conduit à examiner, dans la deuxième partie, les conditions internes qui ont rendu possible ce changement organisationnel majeur, conditions qui se référent principalement à la place de plus en plus dévalorisée du militantisme dans le PASOK et au poids accru des logiques extra-partisanes dans les processus de promotion politique.

    L’adoption des primaires ouvertes socialistes sous l’angle de la concurrence politique

    5L’introduction des primaires ouvertes dans l’organisation socialiste est largement mobilisée comme ressource symbolique dans le cadre de la compétition partisane. La perspective des élections nationales constitue un facteur décisif pour l’aménagement du parti. L’intervention de Georges Papandreou (2004b) dans le Congrès exceptionnel du PASOK en février 2004 donne la tonalité concernant les primaires qu’il présente comme fondamentales dans le cadre du renouveau du parti, afin de mieux revendiquer la victoire électorale lors des élections législatives du mois de mars 2004. En effet, en janvier 2004, trois mois avant les élections nationales du 7 mars et sous la pression de l’impopularité du PASOK dans les sondages, le premier ministre et président du PASOK, Costas Simitis, annonce publiquement sa décision de ne pas conduire le parti lors de la campagne électorale (Eleufteriou & Tassis, 2013 : 212). À la suite d’un accord avec Georges Papandreou, dans un geste symbolique et largement médiatisé, le président du parti et premier ministre sortant l’a proposé officiellement comme son successeur. Georges Papandreou se présente dans l’opinion publique comme le seul choix viable pour que le PASOK évite sa première défaite électorale depuis 1990.

    Ratification du leader et redressement partisan

    6L’adoption des primaires ouvertes a aussi pour but de conférer une légitimité élargie au nouveau président du parti, dans la mesure où il existe un seul candidat. Consacrer le nouveau président avec une légitimité forte, c’est doter simultanément le candidat socialiste d’une ressource symbolique supplémentaire, celle d’une reconnaissance dépassant le strict cadre du PASOK. L’externalisation de la forme de sélection du président va de pair avec le renforcement de l’image de Georges Papandreou qui était considéré comme le seul espoir du parti d’inverser sa courbe négative dans les différents sondages d’opinion. De cette manière, la modalité des primaires ouvertes prend un caractère de ratification du choix du nouveau chef du parti (Lefebvre, 2011 : 45). Cette ratification revêt d’autant plus d’importance que la figure du leader occupe une place centrale dans la campagne électorale. Se dessine alors en Grèce une tendance observée dans d’autres pays selon laquelle on assiste à une personnalisation accrue des campagnes suite aux modifications survenues dans la compétition politique (Ohr, 2013 : 11-34).

    7L’adoption des primaires semble être compatible avec un investissement accru sur le leader partisan et son image. Cet investissement trouve en Grèce ses origines dans la médiatisation amplifiée des campagnes électorales, suite à l’ouverture du marché des médias télévisés privés en 1989 qui facilite la multiplication des interventions individuelles des différents candidats (Chairetakis, 2008 : 54-59). De surcroît, la personnalisation de la compétition politique se réfère à un processus de professionnalisation du déroulement de la campagne. Ce processus se développe avec l’entrée d’acteurs extra-partisans dans la définition des normes et des pratiques légitimes de la compétition politique, comme c’est le cas des entreprises spécialisées en communication politique, de la presse ou des instituts de sondages. Ce bouleversement des normes pèse sur les pratiques concrètes de la campagne électorale en valorisant les compétences et les ressources individuelles des candidats, parmi lesquelles leur aptitude à se projeter comme efficients dans la direction du pays semble devenir la référence dominante (Voulgaris, 2013 : 276).

    8La place centrale du candidat premier ministre obéit à la valorisation des ressources individuelles, comme l’efficacité et l’aptitude à gouverner, au détriment des ressources traditionnelles comme l’appartenance idéologique. Les primaires donnent ainsi la possibilité au futur candidat de mettre en scène ses capacités tout en jouissant de la visibilité donnée par la démarche participative. Georges Papandreou tente ainsi de combiner l’héritage symbolique véhiculé par le nom du fondateur du PASOK, qui reste un point de référence pour l’électorat socialiste, avec le caractère novateur de la démocratie participative. L’absence d’autres candidats lors des primaires de 2004 n’empêche pas le nouveau chef socialiste de se présenter comme le porteur de l’innovation organisationnelle et du renouveau du PASOK.

    9Le caractère de ratification s’accompagne d’une stratégie de redressement du parti à la veille des élections nationales. Pour paraphraser Robert Harmel et Kenneth Janda (1994 : 276), qui postulent que les partis politiques sont « à la base, des organisations conservatrices », le changement au sein du PASOK ne se réalise pas par goût du changement, mais en fonction de la poursuite des buts principaux du parti. Pour les socialistes grecs, l’introduction de ces innovations organisationnelles semble être alors prioritairement orientée vers son objectif principal, à savoir la victoire électorale et plus largement le maintien de sa position dominante. Ces considérations pèsent lourdement dans le cas des socialistes grecs que le maintien au pouvoir a rendus la cible d’accusations d’étatisation et de corruption. Ce n’est pas par hasard que tant Georges Papandreou que les autres cadres du parti fondent la légitimité des primaires ouvertes et du projet participatif sur une autocritique qui stigmatise les pratiques traditionnelles de captation des ressources étatiques. Georges Papandreou (2004b ; 2004c) lui-même souligne, à propos de la rénovation exigée lors de deux discours prononcés au Congrès national du parti et au Conseil national :

    J’accepte d’assumer ce grand défi, de marcher ensemble dans cette nouvelle ère pour le nouveau renversement. Renversement qui vise à un nouveau contenu de la Démocratie et de ses institutions ; un nouveau mode de gouvernement ; […] un Parti différent. […] Le mode de gouvernement progressif et participatif coïncide avec la participation et la coresponsabilité, la transparence, […] la décentralisation, l’auto-administration.

    10Dans le même sens, A. M., cadre national du parti et député depuis les années 1990, souligne lors de notre entretien, effectué dans son bureau politique le 12 décembre 2012 :

    À partir du moment où le PASOK est devenu un parti gouvernemental, à partir de ce moment, le pouvoir a aliéné une grande partie de nos principes et de nos idées, surtout au niveau de la pratique. […] Je te le répète, nous avons cessé de produire de l’idéologie, les comités locaux par exemple étaient seulement un mécanisme d’appropriation et de distribution de pouvoir.

    11Dans ce cadre, l’introduction des primaires est présentée par les socialistes comme un projet permettant de renouer les liens avec la base sociale du parti. L’appel aux amis et aux sympathisants devient systématique dans les discours officiels (Papandreou, 2004a ; 2004c). Les primaires ouvertes inaugurent une initiative de participation élargie au sein du PASOK. Cette ouverture du PASOK est présentée par les socialistes comme une opportunité de renforcer le rôle des membres et de rendre ainsi le parti plus attractif. Selon les termes de Georges Papandreou (2004c) :

    L’enjeu de l’ère nouvelle, c’est la participation. […] C’est une nécessité de se lier de nouveau en tant que Mouvement avec le citoyen ; c’est une nécessité qu’il puisse s’exprimer encore une fois à travers notre Mouvement ; qu’on puisse se lier avec les couches dynamiques de notre société en mettant en avant des procédures ouvertes. Des procédures ouvertes qui permettront leur participation, l’expression de leurs idées et réflexions innovantes.

    12Cette initiative est conçue comme une réponse à la crise des effectifs et à la faible mobilisation des sympathisants en faveur du parti, bilan qui est largement partagé par l’élite partisane comme nous pouvons l’appréhender dans les textes officiels et lors des entretiens. Le « citoyen participant aux décisions » et le « parti ouvert » se trouvent au cœur de la conception du nouveau parti et même enregistrés dans le Statut du PASOK de 2005 (Article 11.1), selon lequel : « Le fonctionnement interne du Mouvement soutient et souligne l’importance d’impliquer tous les citoyens actifs intéressés dans ses processus, manifestations et organes ». Dans cette perspective, le changement s’effectue dans le cadre des effets de la crise de représentation, exprimée tant par une diminution du nombre des militants que par une baisse de l’influence électorale. À partir de ce schéma, nous concevons le projet des primaires socialistes comme une initiative de réadaptation du parti aux enjeux de la conjoncture et de recréation des liens dissolus avec la société (Scarrow, 1996 ; Scarrow & Gezgor, 2010).

    Le concept de la participation comme ressource symbolique et organisationnelle

    13L’affirmation de la démocratie interne, de la participation et de la délibération constitue des biens symboliques de premier plan pendant la campagne électorale de 2004.

    14Ces proclamations se présentent comme des réponses ou des anticipations face à ce qui apparaît comme une perte de légitimité du parti. La perception d’une situation comme problématique constitue une étape majeure dans le processus du changement partisan (Mair, Muller & Plasser, 2004 : 9-10). Dans le cas du PASOK, le fait de reconnaître que le parti traverse une crise de légitimité nécessitant une identité partisane rénovée traverse l’ensemble de la rhétorique des socialistes (Voulgaris, 2013 : 152-153).

    15Dans ce cadre, le projet participatif véhiculé par les primaires ouvertes sert à la fois comme argument de campagne et comme ressource organisationnelle facilitant le recrutement des adhérents. L’avènement des primaires ouvertes permet aux socialistes d’introduire dans le débat public le thème de la « démocratie participative » qui est utilisé comme une arme dans la lutte politique. Les axes principaux du projet participatif sont concrétisés dans les statuts du PASOK (Article 22) qui souligne que : « Le PASOK est organisé sur la base des principes de la démocratie participative, de la décentralisation et de la prise de décision aussi proche que possible de ses Membres et Amis ».

    16La participation des amis et des sympathisants dans l’ensemble des organes partisans et leur droit de vote dans l’ensemble des élections internes constituent un premier point de référence définissant le projet participatif : « Les Amis du PASOK ont le droit de participer à l’élaboration des positions politiques du Mouvement. Ils ont le droit de voter dans tous les processus électoraux » (Article 20). En outre, la délibération se définit comme le moyen principal du dialogue intrapartisan et elle est réalisée au sein des différentes instances du parti ainsi que grâce à une plateforme électronique, où toutes les personnes intéressées peuvent exprimer leur opinion. La délibération et la participation dans les processus de prise de décision dépassent ainsi les frontières du parti, puisque l’objectif affiché est la circulation permanente des idées entre le parti et les institutions de la société civile.

    17La valorisation du fonctionnement participatif va ainsi de pair avec la critique de l’absence de celui-ci au sein des partis concurrents. Le discours de Georges Papandreou (2004b), prononcé au Congrès du PASOK en 2004, illustre bien à quel point la référence à la démocratie participative constitue un point de distinction du PASOK par rapport à l’autre pilier du bipartisme, la Nouvelle démocratie :

    Nous sommes le parti qui propose les réponses politiques les plus modernes face aux problèmes et aux dilemmes des temps. […] Mais, finalement, qui a peur du citoyen ? Nous n’avons pas peur de lui. Ce sont eux qui ont peur du citoyen, qui craignent son droit de participer activement et directement. Voilà la preuve de ce que la Droite signifie. C’est la preuve de la façon dont la Droite conçoit la vie politique. […] C’est nous le parti de la démocratie, du changement, du citoyen.

    18Cet argument contre la droite constitue un leitmotiv du discours socialiste qui se trouve accentué lors des confrontations politiques des années 1980 (Eleutheriou & Tassis, 2013 : 134). Ce type de discours fait allusion au régime autoritaire imposé par les gouvernements de droite dans la période de l’après-guerre. Il est réactivé en 2004 et, conjugué avec le concept de la participation, reste toujours présent dans les propos de Georges Papandreou tout au long de la campagne pré-électorale.

    19La construction de la nouvelle image du parti passe aussi par la remise en cause de l’héritage partisan. L’ouverture du parti se présente comme une réponse à la centralisation et à l’opacité du fonctionnement interne jusqu’alors, opacité qui se réfère selon les socialistes au caractère interne des procédures partisanes. Dans ce cadre, la légitimation du projet participatif passe par la remise en cause des fondements historiques du PASOK, à savoir son organisation verticale qui se base sur la division du travail entre organes nationaux, intermédiaires et locaux : une architecture qui renvoie aux ressources militantes qui se trouvent au cœur de la formation du parti (Spourdalakis, 1988).

    20Selon les termes du président du PASOK (Papandreou, 2004b ; 2004c) :

    […] le pouvoir ne peut pas se concentrer dans les mains d’organes comme le Comité central, ou même le Comité départemental. Il doit se diffuser horizontalement, […] s’appuyer sur des articulations plus décentralisées et périphériques. Il faut […] un remplacement des organes de direction intermédiaires par des instances qui représentent la base élargie et la société. […] Qu’est-ce que cela signifie pour notre Mouvement ? Allons-nous continuer de maintenir notre centralisme partisan en même temps que nous demandons la participation de la société aux décisions ? Allons-nous continuer de maintenir des instances-remparts ? […] il y avait un parti traditionnel, […] où le citoyen était plutôt un soldat, où les bureaux ressemblaient plutôt à des casernes.

    21Dans ce sens, l’introduction du projet participatif s’accompagne ainsi d’une stigmatisation de la structure organisationnelle du parti : l’appareil partisan, ses comités, ses procédures sont désignés comme un anachronisme empêchant l’adhésion comme le montre la force imagée des termes utilisés (remparts, soldats, casernes).

    22L’ouverture du parti et le projet participatif se présentent aussi comme un modèle de prise de décision et comme un mode de gouvernement adapté aux défis actuels. Dans ce cadre, l’impératif participatif dépasse le strict cadre du parti et se manifeste comme l’incarnation d’un choix de gouvernance plus démocratique et plus juste (Papandreou, 2004d). La participation constitue alors un concept autour duquel se structure désormais le récit socialiste. La liaison entre projet participatif et efficacité gouvernementale témoigne aussi des transformations plus amples survenues dans les modalités de confrontation partisane. Depuis le début des années 1990, le projet d’intégration européenne du pays et l’injonction de conformité progressive aux logiques et aux normes extranationales ont pesé directement sur la dynamique du bipartisme. Nous assistons progressivement à un processus de convergence idéologique des deux piliers du bipartisme, c’est-à-dire le PASOK et la Nouvelle démocratie. Cela a des conséquences majeures sur la concurrence partisane. En effet, la perspective européenne organisant le cadre commun de la concurrence, l’enjeu se déplace vers l’efficacité gestionnaire qui devient la ressource par excellence dans la compétition politique, écartant ainsi de plus en plus les considérations idéologiques (Voulgaris 2013 : 275-276). Les débats politiques et les sondages d’opinion se focalisent de plus en plus sur la capacité des partis et de leurs leaders à mener à bien le processus d’intégration du pays dans le noyau dur de l’Union Européenne.

    23Dans le cadre de la compétition politique, les primaires offrent finalement la possibilité d’une refondation partisane et d’une pré-mobilisation électorale. Le PASOK entre dans une phase de travail politique intense. En effet, la mobilisation pour les primaires, même si celles-ci ne sont pas concurrentielles, emprunte toutes les caractéristiques d’une campagne électorale. Dans cette perspective, les primaires ouvertes constituent un stimulus pour la réorganisation et l’activation des organes partisans et des militants à tous les niveaux. Elles permettent d’abord au leader du parti de multiplier ses interventions médiatisées et de renforcer sa visibilité : pendant la période qui précède les primaires, Georges Papandreou se saisit de l’opportunité pour prononcer dans l’ensemble du pays un nombre considérable de discours sous forme de meetings de campagne. L’organisation des primaires donne ainsi l’occasion au leader partisan de diffuser le programme et la nouvelle conception du parti véhiculée par les socialistes.

    24Les récits des militants socialistes confirment cet aspect pratique du travail politique intense : l’organisation des réunions ouvertes, la tenue des meetings, la mise en place des kiosques d’adhésion, la tenue des bureaux de vote constituent autant d’exemples de réactivation des différentes instances partisanes et d’incitation à l’engagement des membres en vue des élections nationales. N.K., cadre national du PASOK et ancien député souligne lors de notre entretien dans son bureau politique le 15 octobre 2013 :

    D’une certaine manière, cette histoire des primaires était aussi une sorte de campagne, même non officielle, pour nous. Et cela était un point positif pour nous à cette époque-là. Parce que nous pouvions nous mobiliser massivement et créer un climat. Et mobiliser. Mobiliser non seulement les membres du parti, mais aussi les personnes en dehors du parti, les sympathisants, les amis, le simple électeur. […] Et tu sais, le nom de Papandreou constituait un pôle d’attraction pour toutes ces personnes.

    25Vue sous cet angle, l’adoption des primaires répond aux nécessités concrètes de la menée de la campagne électorale pour les élections législatives qui suivent.

    Les conditions qui ont rendu possible l’adoption du projet participatif : retour sur les rapports de forces internes

    26L’élection du chef socialiste par un électorat qui dépasse les frontières partisanes s’articule avec des phénomènes de longue date observés à l’intérieur du PASOK. Comprendre les logiques de l’adoption des primaires incite à s’intéresser aussi aux conditions qui ont rendu possible l’introduction de ce mode d’élection. Dans leur approche du changement organisationnel, Robert Harmel et Kenneth Janda (1994 : 261) insistent sur les conditions internes qui rendent effectifs les processus de transformation partisane. Des configurations comme un changement dans la direction partisane ou l’existence d’une coalition interne de promoteurs du changement constituent des facteurs qui peuvent traduire les stimuli extérieurs par une réorganisation interne.

    27La compréhension des conditions qui ont favorisé cette modification organisationnelle est à replacer dans des processus de longue durée, inscrits dans le fonctionnement de l’appareil socialiste. L’ouverture du droit de vote aux sympathisants conclut une longue opération de transformation de la notion de militantisme, opération non linéaire au fil du temps, dont le dénominateur commun est la redistribution des rapports de force intrapartisans. Ces rapports de force, en l’absence de courants organisés, passent en grande partie par le contrôle ou la marginalisation des instances locales et intermédiaires du parti. Finalement, la prise en compte des logiques médiatiques et la place décisive des différents experts en matière de communication s’articulent avec l’affaiblissement des logiques militantes dans les processus de promotion politique au PASOK.

    L’affaiblissement des instances partisanes dans les processus décisionnels

    28L’adoption du système des primaires ouvertes pour la sélection du président constitue une rupture avec la tradition socialiste de sélection du leader depuis la fondation du parti en 1974. Cette tradition était ancrée sur le caractère partisan du processus de sélection, dont témoigne la composition du collège compétent pour élire le chef du parti, et sur les logiques de concurrence qui reflétaient les rapports de forces internes. Sous l’injonction des logiques participatives, le ré-ordonnancement du parti renforce les pratiques de « court-circuitage » des instances partisanes. Le projet participatif va de pair avec la marginalisation du rôle des instances intermédiaires et locales du parti dans les processus de prise de décisions.

    29Effectivement, dans le cadre du PASOK, la bureaucratie partisane, disposant d’un ancrage local fort, jouait toujours un rôle important dans les rapports de force internes. Les comités régionaux du parti participaient à la promotion des militants dans les organes centraux du PASOK ainsi qu’à la sélection des candidats députés et maires. Ces élus faisaient partie des instances centrales de décision du parti comme le Congrès ou le Comité national. En outre, ceux-ci, étant traditionnellement passés par la filière militante locale, pouvaient jouer le rôle de relais entre le parti au plan local et le gouvernement, fait qui assurait une certaine capacité d’influence des instances locales sur les décisions du gouvernement (Katz & Mair, 2001 : 285).

    30Cependant, l’exercice du pouvoir par les socialistes pendant presque vingt ans a bouleversé ces rapports de force internes. Sous les effets de la gestion des affaires publiques et de la concurrence partisane, les relations entre les différentes instances du parti ont été modifiées profondément en faveur des postes et des personnes jouissant d’une proximité avec les lieux de prise de décision. Dans ce cadre, les parlementaires et notamment les membres du Conseil des ministres possèdent progressivement un pouvoir décisionnel propre qui n’obéit plus aux décisions des organes partisans, tels que le Conseil national du parti. Nous constatons ainsi une autonomisation progressive de l’élite gouvernementale par rapport à la bureaucratie partisane. Ce phénomène n’est pas propre aux socialistes grecs mais il fait écho aux ajustements provoqués au sein des différents partis socialistes ou sociaux-démocrates à la suite de la prise du pouvoir (Botopoulos, 1994).

    31Les primaires ouvertes non concurrentielles renforcent, dans le cas grec, l’autonomie institutionnelle du leader vis-à-vis du parti et valident les logiques extra-partisanes qui pèsent sur la sélection du chef partisan. Le président du parti n’est plus choisi par les instances partisanes mais par un collège externe qui comprend les sympathisants dont le rôle se voit institutionnalisé dans la sélection du leader. Le leader partisan ne se conçoit donc plus comme responsable face au parti. L’électorat se constitue ad hoc et est dissout après l’échéance électorale. Désormais, il n’existe plus d’organe ou de procédure qui puisse le rendre responsable de manière institutionnelle. En ce point, les propos de N.K. lors de notre entretien, semblent illustrer une interrogation plus large partagée par les cadres socialistes :

    Mais d’un autre côté, à mon avis, [l’introduction des primaires ouvertes] c’était nocif parce que, quel que soit le président élu, considérant qu’il avait la bénédiction de la base, non du parti, mais de la large base populaire des électeurs, il agirait de façon plus incontrôlée et disons plus arbitraire. C’est-à-dire, il disait maintenant : qu’est-ce que tu me racontes toi, moi, j’ai été élu par un million de personnes, je fais ce que je veux.

    32Nous comprenons ici que l’appel aux sympathisants et le renforcement de leurs prérogatives dans la sélection du leader peuvent être appréhendés comme une conception stratégique visant à contrebalancer le pouvoir des « middle-level activists », à savoir des militants occupant des postes intermédiaires dans la bureaucratie partisane, capables ainsi d’influencer les décisions du parti (Katz & Mair, 1994 : 281).

    Transformation des logiques de promotion politique

    33Les primaires portent une vision selon laquelle non seulement le chef mais l’ensemble des candidats sont sélectionnés sur la base de logiques qui contournent les considérations spécifiquement partisanes. L’exercice du pouvoir a ainsi largement contribué, de la part des élus socialistes, à la reconversion des ressources militantes vers des ressources d’expertise, dans le but d’accéder à des postes de direction gouvernementale et de s’y maintenir. Ce phénomène a permis l’accumulation, à titre individuel, d’expériences et de compétences diverses liées à l’occupation du pouvoir : participation à des comités parlementaires thématiques au sein du groupe ministériel, occupation de postes dans l’appareil étatique, toute forme de positions dont l’occupation augmente le capital politique individuel. Cette fonction centrale des ressources individuelles liées aux compétences spécifiques a peu à peu conduit à un recrutement qui contournait totalement les pratiques ordinaires d’ascension intra-organisationnelle. On assiste ainsi progressivement, à partir des années 1990, à un recrutement d’experts, extérieurs au parti, pour des postes jugés comme nécessitant des compétences particulières (Sotiropoulos & Borikas, 2003 : 83-86).

    34Dans ce sens, les procédures participatives donnent la possibilité à des personnes de s’affirmer à titre individuel en tant qu’interlocuteurs privilégiés de la direction partisane en contournant les filières traditionnelles du militantisme. L’étude des sources principales de promotion des élites au sein des socialistes confirme ces tendances. En effet, le recrutement à travers les organes partisans reste pour les élites socialistes la source de promotion principale tout au long de l’histoire du parti. Cependant, à partir des années 1990, le pourcentage des députés ayant exercé des fonctions dans l’appareil étatique, les collectivités territoriales, les groupes d’intérêt ou les médias de masse s’est considérablement accru jusqu’à atteindre environ 40 % des cadres socialistes dans les années 2000 (Drettakis, 2004).

    35Dans ce cadre, l’adoption des primaires et, plus largement, du projet participatif semblent confirmer et même généraliser ce type de recrutement politique qui remet en question la place des logiques et des instances partisanes dans les processus de promotion politique. Cette redéfinition des ressources légitimes traverse l’ensemble des échelons du parti. Les logiques de composition de l’équipe dirigeante paraissent aussi transformées. Georges Papandreou, en tant que nouveau leader socialiste, semble choisir l’équipe dirigeante non pas uniquement sur des critères d’équilibres internes entre les « barons » du parti, mais sur des critères propres comme la proximité avec lui, la cooptation ou l’expertise1. Ce ré-ordonnancement du parti remet en cause les traditions et les pratiques militantes du PASOK, fait qui est confirmé par les transformations des logiques de sélection du personnel politique telles qu’elles sont cristallisées dans la pratique de l’investiture.

    36L’investiture est conçue comme un acte de transmission d’un capital politique accumulé collectivement vers une personne qui détient désormais un statut et un « poids spécifique » grâce à cet acte de délégation (Bourdieu, 1981 : 18). Ainsi, l’investiture se traduit en termes de ressources politiques, tant matérielles que symboliques (Offerlé, 2010 [1987] : 22). De cette manière, l’éventail des ressources matérielles mobilisées et distribuées par le candidat, sa force de représentation et, plus généralement, le degré de l’identification partisane des électeurs qui aboutit à un soutien électoral différencié sont les ressorts précis de l’investiture. La compétition pour un poste électif peut éclairer alors l’évolution des rapports de force entre les différents pôles concurrents au sein du PASOK.

    37Dans une première période suite à la victoire électorale de 1981, pendant laquelle le PASOK a tenté de capitaliser et de consolider le résultat des élections nationales, le processus de désignation officielle des candidats aux élections municipales constituait à la fois un marqueur d’une offre politique différenciée et distincte, un pôle de rassemblement des sympathisants et des électeurs autour du parti et, enfin, un outil de mesure de l’influence et de la capacité de mobilisation du parti au plan local. Dans ce cadre, les comités locaux et régionaux du parti jouaient un rôle décisif, étant donné que c’était à la suite de leur proposition que le parti consacrait les candidats députés et les candidats maires. En même temps, le rôle des députés en place restait encore faible dans le processus de sélection.

    38Dans une deuxième phase, qui correspond à une période de stabilisation et de renforcement de la domination du PASOK au sein du système de partis, l’investiture constitue un enjeu de concurrence interne intense. Les réélections successives permettent aux députés d’imposer leurs candidats en subordonnant ou en contrôlant les instances locales. Nous constatons alors que la stabilisation du PASOK au sein de la concurrence politique a comme résultat le fait que la distribution des postes électifs passe progressivement sous le contrôle des élus socialistes qui peuvent déterminer les candidats, en privilégiant ainsi d’une part leur propre candidature, ainsi que celles des personnes conçues comme alliées dans l’arène électorale de leur circonscription. Ce transfert du pouvoir décisionnel exprime, dans le cas du PASOK, un phénomène plus large, à savoir la mise sous contrôle des organes militants du parti par les élus. L’influence des députés locaux passe ainsi par le contrôle des organes locaux du parti, de sorte que leur composition exprime progressivement les rapports de force entre les différents députés en place. Il en découle que les comités locaux sont progressivement privés de la capacité de promouvoir des candidats aux postes électifs, ce qui remet ainsi en question une incitation traditionnelle pour s’engager dans les affaires locales du parti.

    39Cette configuration semble être remise en question à la suite de la centralisation du processus de sélection. Depuis 2005, les candidats députés doivent envoyer leur CV au comité de sélection central et ce sont les instances supérieures du parti qui décident de l’attribution des investitures. Dans la mesure où l’investiture se jouait dans le plan local du parti, l’accès à des postes électifs était déterminé par le militantisme et l’inscription locale du candidat. Dans ce cadre, le rôle des instances locales se marginalise et nous observons que, tout au long de la période 2004-2009, apparaissent des candidats qui ne disposent d’aucun lien organique avec les comités de leur circonscription ou même avec le parti (Eleutheriou & Tassis, 2013 : 62-63). La dimension locale et militante de la sélection semble alors être remise en question.

    40Désormais, les prétendants à des postes électifs peuvent contourner totalement les instances locales et présenter leur candidature directement devant la direction du parti. L’ancrage local n’est plus une condition sine qua non pour entrer dans les listes de candidats. Le militantisme et la reconnaissance par les responsables locaux ne constituent plus la modalité unique pour décrocher un poste électif. Nous constatons encore une fois dans quelle mesure l’adoption des primaires et du projet participatif est conditionnée par les modifications des logiques de sélection des élites. De surcroît, l’introduction des nouvelles normes codifie et rend institutionnel l’affaiblissement des logiques militantes dans les processus de promotion politique.

    La dévalorisation progressive du militantisme chez les socialistes grecs

    41Les primaires ouvertes et, plus largement, le projet participatif valorisent la participation individuelle dans les affaires du parti. En effet, nous constatons que la délibération et l’expression d’une opinion sur les différents sujets constituent les fondements de la nouvelle conception du parti. Le nouveau président décrit le parti comme un « outil permanent de délibération » (Papandreou, 2004d), idée qui se concrétise également dans le nouveau statut (Article 5-2 : « La délibération démocratique et politique constitue un élément permanent dans l’élaboration de la politique gouvernementale du Mouvement »). Cette modification de la forme du dialogue au sein du parti semble trouver ses origines dans un processus plus large de valorisation des ressources individuelles distinctives, comme l’expertise. Dans ce sens, l’adoption des primaires répond à l’affaiblissement de la place du militantisme et des ressources collectives dans la vie du parti.

    42Le PASOK est traversé depuis le milieu des années 1990 par une discussion sur le contenu du militantisme. Depuis 1996, l’élite du parti, sous la direction de Costas Simitis, a assisté à une tentative de « modernisation » du parti via la création des « organisations thématiques », se substituant aux comités locaux jusqu’alors en place. Ainsi, les organisations thématiques se sont-elles structurées autour d’un objet particulier et se sont attachées à résoudre des problèmes spécifiques (Vernardakis, 2011 : 255). Les comités locaux cessent de fonctionner sur le mode antérieur. Même s’ils se maintiennent comme tels, à compter de cette date, chaque comité local doit traiter d’un sujet unique (environnent, éducation, etc.). Parallèlement, la participation au sein de ces comités thématiques ne présuppose pas l’acquisition du statut de membre du parti. Ce qui unit désormais les membres des comités thématiques n’est pas forcément le partage d’une identité partisane commune, mais le partage en commun d’un intérêt ou d’une préoccupation.

    43Cette tentative, même non aboutie, exprime bien les visions concurrentielles sur le militantisme qui s’opposaient au sein du PASOK. L’adoption des primaires ouvertes vient confirmer ainsi les transformations du contenu du militantisme. La nouvelle conception défie les pratiques traditionnelles du militantisme dans la mesure où celui-ci se présente plutôt comme la possibilité d’expression d’une opinion et non pas comme un engagement durable dans le parti. En effet, la tendance qui se dessine est plutôt de s’exprimer selon ses intérêts et ses compétences personnelles que de militer dans le parti. Ainsi, exprimer son opinion ne suppose pas un lien durable avec le parti. Débattre et délibérer sur les plateformes électroniques ne présuppose pas et n’installe pas un engagement total, stable et durable du militant (Georgiadou, 2002 : 391). Nous constatons plutôt la mise en place d’une relation conjoncturelle et sporadique entre le membre et le parti, fait qui modifie l’ensemble du travail politique. Lors de l’entretien que nous avons eu avec N.K. et en réponse à notre question « L’inscription et la participation des sympathisants ont-elles entraîné des changements dans le travail politique du quotidien ? », celui-ci précise :

    Dans la physionomie du parti, beaucoup. Regarde, moi-même, je n’ai pas décidé, je n’ai pas résolu cette question, c’est-à-dire si l’ouverture était inévitable ou s’il fallait maintenir des critères plus stricts, comme ceux qui existaient pendant la première décennie pendant laquelle, pour qu’une personne devienne membre, il fallait qu’elle prouve qu’elle y croyait, qu’elle ne frappait pas la porte juste pour profiter d’un service. […] Et je pense que cette inscription massive de n’importe qui n’a pas aidé, elle n’a pas conduit sur le bon chemin ; elle a désidéologisé les choses, elle a dépolitisé le parti.

    Conclusion

    44Le projet participatif socialiste, conçu comme un ensemble de discours et de pratiques, est orienté de manière stable vers le maintien ou la reconquête de la place dominante au sein du bipartisme traditionnel. Néanmoins, malgré les intentions de la direction socialiste, les primaires ouvertes n’assurent pas la victoire électorale puisque le PASOK connaît deux défaites successives au niveau national, lors des élections de 2004 et 2007. Malgré la faible performance du parti, les primaires ouvertes sont reconduites comme mode officiel de désignation du président socialiste en 2007 et en 2012.

    45En outre, les répercussions du projet participatif semblent être durables : le PASOK revient au pouvoir en 2009 et s’effondre lors des élections nationales de 2012, deux ans après la mise en œuvre par les socialistes d’un programme d’ajustement économique et structurel profond. Dans ce cadre, les changements organisationnels introduits au PASOK depuis 2004 semblent affaiblir la structure interne du parti lors de la crise : la concentration du pouvoir, la marginalisation des organes partisans et la remise en cause du militantisme semblent faciliter des tendances centrifuges observées pendant les années 2010-2012, tendances qui conduisent d’abord à l’effondrement organisationnel puis électoral du PASOK.

    46Plus largement, l’introduction des normes participatives dans le système de partis grec suit une trajectoire à géométrie variable en fonction des partis. Depuis 2004, les primaires ouvertes restent le moyen de sélection du leader socialiste comme l’atteste l’organisation de primaires ouvertes en 2007, 2012 et 2015. L’autre pilier du bipartisme, la Nouvelle démocratie a introduit pour sa part ce dispositif en 2009, dans une conjoncture marquée par la défaite aux élections nationales de la même année et la démission de son président, acte qui a entraîné une crise de leadership. Au contraire, les partis issus de la gauche communiste, à savoir le KKE (Parti communiste Grec) et SYRIZA (Coalition de Gauche Radicale), héritiers d’une tradition militante forte, se sont montrés moins prompts pour la mise en place de procédures participatives. Cela nous rappelle dans quelle mesure l’adoption des normes participatives doit être replacée au croisement des facteurs environnementaux et des configurations partisanes internes.

    Bibliographie

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    Format

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    Notes de bas de page

    1 À titre indicatif dans la presse quotidienne : Dimakas L., Ta Nea, 19.06.2004, consulté sur http://www.tanea.gr/news/greece/article/4341751/?iid=2.

    Auteur

    • Dimitrios Kosmopoulos

      Chercheur, IRISSO, Université Paris-Dauphine, PSL Research University

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    L'Europe et le monde en 2020

    Essai de prospective franco-allemande

    Louis-Marie Clouet et Andreas Marchetti (dir.)

    2011

    Les enjeux démographiques en France et en Allemagne : réalités et conséquences

    Les enjeux démographiques en France et en Allemagne : réalités et conséquences

    Serge Gouazé, Anne Salles et Cécile Prat-Erkert (dir.)

    2011

    Vidéo-surveillance et détection automatique des comportements anormaux

    Vidéo-surveillance et détection automatique des comportements anormaux

    Enjeux techniques et politiques

    Jean-Jacques Lavenue et Bruno Villalba (dir.)

    2011

    La politique internationale de l'Allemagne

    La politique internationale de l'Allemagne

    Une puissance malgré elle

    Hans Stark

    2011

    Les Maires

    Les Maires

    Sociologie d'un rôle

    Christian Le Bart

    2003

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    1 À titre indicatif dans la presse quotidienne : Dimakas L., Ta Nea, 19.06.2004, consulté sur http://www.tanea.gr/news/greece/article/4341751/?iid=2.

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    Kosmopoulos, D. (2019). L’adoption des primaires ouvertes : entre logiques de conjoncture et transformations structurelles. Le cas du Mouvement Panhellénique Socialiste (PASOK) en Grèce, 2004-2009. In R. Lefebvre & Éric Treille (éds.), Les primaires ouvertes. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.35010
    Kosmopoulos, Dimitrios. « L’adoption des primaires ouvertes : entre logiques de conjoncture et transformations structurelles. Le cas du Mouvement Panhellénique Socialiste (PASOK) en Grèce, 2004-2009 ». In Les primaires ouvertes, édité par Rémi Lefebvre et Éric Treille. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.35010.
    Kosmopoulos, Dimitrios. « L’adoption des primaires ouvertes : entre logiques de conjoncture et transformations structurelles. Le cas du Mouvement Panhellénique Socialiste (PASOK) en Grèce, 2004-2009 ». Les primaires ouvertes, édité par Rémi Lefebvre et Éric Treille, Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.35010.

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    Lefebvre, R., & Treille, Éric (éds.). (2019). Les primaires ouvertes. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.34974
    Lefebvre, Rémi, et Éric Treille, éd. Les primaires ouvertes. Villeneuve d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. doi:10.4000/books.septentrion.34974.
    Lefebvre, Rémi, et Éric Treille, éditeurs. Les primaires ouvertes. Presses universitaires du Septentrion, 2019, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.34974.
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