L’ethnologie allemande comme paradigme de la transformation profonde des études de civilisation allemande en France
p. 75-88
Texte intégral
1Les années 1980 ont constitué un tournant important pour les études germaniques en France et pour les études francophones en Allemagne. Alors qu’elles avaient toujours été largement centrées sur leur vocation littéraire, mais également linguistique au sens technique du terme, la civilisation apparaissait comme une portion congrue, autrefois même dérangeante à l’intérieur du périmètre de ces études. Si la question de la civilisation et de sa place a commencé à devenir extrêmement pressante dans les années 1970 en France, elle a pris une tournure encore plus aiguë à partir des années 1980 où les humanités, et notamment leur matrice philologique, ont vu leur influence reculer progressivement1, à l’instar de ce qui s’était produit pour les études classiques au tournant des années 19602. La distribution à l’intérieur des disciplines, particulièrement pour celles dont le creuset commun était l’appréhension des cultures européennes par la médiation de la langue, s’en vit considérablement modifiée, puisque les domaines s’ancrant le plus notoirement dans l’herméneutique s’ouvrirent peu à peu aux influences des sciences sociales, avant tout celles de l’histoire.
2Naturellement, les institutions réagirent progressivement aux impulsions qui leur étaient données, mais il était possible de trouver dès la fin des années 1980 des signes avant-coureurs de ce changement à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales où les études germaniques, subsumées sous le concept très américain d’aire culturelle3, présentaient un visage différent de celui encore majoritaire dans la plupart des universités : ainsi pouvait-on y suivre les cours dispensés par l’historien Rudolf von Thadden de 1989 à 1992, de l’historien d’art Klaus Herding ou de l’ethnologue Utz Jeggle en 1987-88. Partant de thématiques relativement méconnues en France, depuis celle de l’École historique allemande en passant par l’art industriel jusqu’à la Volkskunde, ces penseurs irriguaient par leurs divers apports le paysage des études allemandes en les renouvelant à partir de leurs spécialités respectives. Parallèlement, les séminaires de philosophie que tenaient Heinz Wismann4 auprès des historiens tels que François Furet ouvraient de nouvelles perspectives pérennes pour les échanges entre les disciplines. Le point d’orgue de ces échanges au sein de l’établissement du boulevard Raspail5, qui en fut également la conclusion naturelle, a été la double constitution d’un réseau fédérant une partie de la recherche franco-allemande, le Centre interdisciplinaires de recherche sur l’Allemagne (CRIA)6 pour l’École des Hautes Études en Sciences Sociales elle-même et le Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne (CIERA) fédérant plusieurs établissements d’enseignement supérieur, l’un et l’autre sous la houlette du germaniste et historien Michael Werner.
3Le CRIA devint un laboratoire d’une expérimentation qui fit peu à peu glisser la problématique que posait le concept d’aires culturelles vers une approche de réflexion franco-allemande sur des objets communs concernant les sciences sociales. Depuis des sujets classiques comme l’approche de l’historiographie franco-allemande jusqu’à la vision que pouvaient avoir les deux partenaires du Maghreb de part et d’autre du Rhin, rien ne fut laissé en jachère. L’une des tentatives les plus innovantes fut le séminaire des Mots de l’histoire, qui poursuivait l’objectif autrefois entrepris par Robert Mandrou à la Mission historique française de Göttingen pour rapprocher les chercheurs français et allemands7. Il mit face à face des concepts semblables et pourtant différents, instaurant une autre appréhension de ce que pouvaient signifier la complémentarité de fait entre les espaces scientifiques allemands et français. Loin de l’interprétation discursive sur la culture de l’autre pays à travers les œuvres de fiction romanesques, poétiques et théâtrales8, ce sont des espaces scientifiques qui furent confrontés et scrutés pour mieux se rapprocher et se dévoiler. Les pratiques qui consistaient à observer le voisin par le biais de la médiation littéraire reculèrent, faisant dans le même temps de la langue le vecteur central d’une compréhension approfondie de l’épistémologie et d’une archéologie des savoirs telle que la concevait Michel Foucault. L’étude de l’autre idiome se fait désormais par la nécessité qu’engendre l’effet de miroir disciplinaire. La volonté des pionniers de cette nouvelle conception entre études germaniques et romanes a été concrétisée dans la question des transferts telle qu’a pu la concevoir Michel Espagne9 et théorisée dans le long article consacré par Bénédicte Zimmermann et Michael Werner à la problématique de l’histoire croisée10, mêlant à la fois le questionnement des échelles et des espaces, la manière d’appréhender les objets et les acteurs dans des configurations nouvelles.
4Si la contribution fournie par les deux chercheurs du CRIA ne concerne pas seulement les rapports qui peuvent exister entre les deux grands pays européens, elle est l’avatar de l’évolution inéluctable du paysage scientifique des deux côtés du Rhin. Le fait de savoir si les études germaniques et romanes peuvent perdurer dans leur configuration actuelle ne se pose plus en ces termes puisqu’il s’agit bien de savoir aujourd’hui jusqu’où mèneront les changements, désormais irréversibles, qui ont été initiés durant la période charnière qui va de la fin des années 1980 jusqu’aux années 2010.
Un exemple précurseur : les échanges entre ethnologues
5Perceptibles, mais non encore décelables dans leur ampleur, les changements l’ont été sous plusieurs aspects et à de maints égards. À l’instar d’autres disciplines, mais de façon encore plus prémonitoire, l’ethnologie française avait cherché à se rapprocher de son homologue allemande pour des raisons multiples, scientifiques en premier lieu, puisque l’étrangeté que constituait la double onomastique allemande, qui distinguait l’ethnologie appliquée à l’Allemagne sous le terme de Volkskunde et l’ethnologie concernant les peuples colonisés sous le vocable de Völkerkunde, n’était que peu connue en France, y compris des cercles de spécialistes. La filiation duale, celle du creuset des ethnologies française et anglaise d’une part et du modèle allemand et américain d’autre part, qui passait notamment par les figures de Wilhelm Heinrich Riehl et de Franz Boas, abondamment accessibles l’un et l’autre outre-Atlantique, laissait la porte ouverte à des considérations prometteuses. Outre cette curiosité scientifique, d’autres intentions moins explicites sous-tendaient le rapprochement des deux ethnologies, notamment la volonté de faire toute la lumière sur un passé douloureux qui avait été traité très différemment de part et d’autre du Rhin, le musée de l’homme étant l’enjeu d’affrontements qui avaient leur origine dans les choix faits par un certain nombre de chercheurs pendant la période de Vichy11. La Volkskunde, après avoir tu pendant les années 1950 toutes les compromissions faites pendant la période du Troisième Reich, avait ouvert sous l’égide de Hermann Bausinger à l’Institut Ludwig Uhland de Tübingen la boîte de Pandore. La thèse de doctorat écrite par l’un des étudiants de l’ethnologue allemand12, Wolfgang Emmerich, avait mis en lumière les non-dits d’une discipline qui s’étaient repliée dans ses retranchements pour éviter toute exposition trop sensible à la lumière. À la manière dont l’avait thématisé Robert Minder au collège de France, l’ethnologie allemande, rebaptisée depuis science empirique de la culture à Tübingen, ethnologie européenne à Berlin ou encore anthropologie culturelle ailleurs13, mettait en exergue des traits souvent attribués à la civilisation en choisissant un lieu d’exposition institutionnel inhabituel différent pour se mettre en scène. L’Allemagne des sciences de la culture sortait du pré carré de la civilisation définie en tant que part intégrante des études germaniques pour mieux la renouveler. Elle affrontait sans compromission sa propre histoire.
6Naturellement, tout fut une logique de rencontres et d’hommes, à la façon dont se réforment souvent les disciplines au plan théorique. Le choix qui s’était fait pour l’ethnologie européenne observait selon ses promoteurs la raison d’une nécessité épistémologique, puisqu’elle était indéniablement le parent pauvre de la discipline ; en outre, les auteurs soulignaient l’importance que revêtait à leurs yeux la constitution d’un axe franco-allemand dans un champ aussi dominé par la pensée anglo-saxonne que l’ethnologie14. Il fallait remplir la page blanche laissée vide de l’histoire disciplinaire. Alors que Hermann Bausinger avait été invité par Isac Chiva, c’est Utz Jeggle, éminent Volkskundler de l’institut Ludwig Uhland de Tübingen, qui vint faire le premier séminaire jamais tenu sur la question à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, le premier ayant décliné l’invitation pour des raisons de calendrier et secondairement linguistiques.
7Ceci eut un effet très rapide, celui de retourner un rapport de force qui était en faveur de la Völkerkunde vers un parallélisme entre ethnologie française et Volkskunde, qui restait pourtant problématique. Très vite en effet, l’ambiguïté de l’équivalence entre les ethnologies allemandes et françaises, parfaitement dissymétriques, apparut, faisant déborder la discipline du simple cadre de l’épistémologie comparée vers une investigation plus large de ce qu’il convient d’appeler les études civilisationnelles. En effet, comment comprendre ces différences sans les inscrire dans un contexte plus large et plus porteur épistémologiquement ? La nécessité de convoquer l’histoire, et plus encore l’histoire des idées, se faisait jalon incontournable de la compréhension du décalage des deux paysages scientifiques et de leur histoire. En France, contrairement à l’Allemagne où la germanistique était conçue comme une discipline purement philologique, les études germaniques voyaient leurs frontières se croiser sous forme d’intersections diverses avec l’histoire, la philosophie ou encore l’ethnologie ou l’anthropologie, subsumées parfois en Allemagne sous le qualificatif de sciences de la culture.
8Pour ce qui concernait l’ethnologie et encore plus l’anthropologie, le créneau était porteur, puisque l’anthropologie allemande, au sens propre du terme, était massivement entrée par la voie de la germanistique dans les préoccupations de l’université française, d’abord sous la forme de l’anthropologie philosophique, puis de l’épistémologie, la langue ayant semblé être un obstacle pour la plupart des ethnologues et des anthropologues français qui auraient souhaité ou pu s’y intéresser. Dans le sillage de ce séminaire et de l’intérêt dont se saisirent les ethnologues français parurent des ouvrages importants tels que les essais réunis par Isac Chiva et Utz Jeggle, Ethnologies en miroir15, la traduction du livre de Hermann Bausinger, Volkskunde ou l’ethnologie allemande16, les articles collectés par Isac Chiva, Klaus Beitl et Christian Bromberger dans Mots et choses de l’ethnographie de la France17 ou encore les actes d’un colloque de Strasbourg par Utz Jeggle et Freddy Raphaël D’une rive à l’autre18.
9Cette série de livres paraissait dans un contexte où d’autres ouvrages tels que ceux de Louis Dumont19, enseignant à l’École Pratique des Hautes Études et esprit singulier, ou de Michel Korinman ouvraient aussi des perspectives insolites pour la compréhension de la manière dont s’était constitué le paysage scientifique outre-Rhin20. Ce dernier par exemple abordait des thèmes jusqu’alors rarement explicités, comme celui de la géopolitique des Büschning, Humboldt, Ritter et surtout Ratzel et Hausdorfer, dont les civilisationnistes, sans doute à cause du décalage temporel, ne s’emparèrent finalement que peu, l’auteur continuant ensuite sa carrière dans un département de géographie à la Sorbonne.
10Le livre fit d’ailleurs école dans son originalité, puisqu’un autre ouvrage, reprenant en écho le titre du précédent, Quand Berlin pensait les peuples de Céline Trautmann-Waller21, a lui aussi fait date, associant à la fois réflexion sur la constitution de l’anthropologie en tant que discipline et en tant que vecteur d’une image de l’Allemagne dans sa rencontre avec les peuples. De fait, si l’anthropologie anglo-saxonne, depuis Bronislav Malinowski jusqu’à Clifford Geertz est très présente en France22, l’ethnologie allemande et l’anthropologie ont longtemps été terrae incognitae avant les échanges institutionnels menés par les deux établissements d’enseignement supérieur et de recherche de part et d’autre du Rhin. Le travail engagé, qui avait connu un coup d’arrêt au début des années 2000 du fait du départ à la retraite des principaux acteurs, a été relancé dans diverses directions, les historiens, outre certains germanistes, montrant un intérêt non démenti pour la question. Ceci passa notamment par la reprise du séminaire intitulé « l’Allemagne à l’épreuve de la Volkskunde » à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris à partir de l’année 200223 et la réactivation par la médiation de figures telles que Dominique Lassaigne, chercheuse au CNRS et traductrice des principaux ouvrages sur l’ethnologie, Reinhardt Johler ou Bernard Tschofen, directeurs successifs de l’institut Ludwig Uhland, des liens qui avaient été distendus.
11Ce qui a été pris en compte dans toutes les considérations des différents ouvrages évoqués est une approche moins conventionnelle de l’espace germanique, mettant en jeu des acteurs non sacralisés, des méthodes qui empruntent au domaine des sciences sociales plus qu’à celui de la philologie et des échelles qui récusent toute possibilité même de réduction à un aspect unique des échanges entre les deux espaces culturels. Il est d’ailleurs à remarquer que les espaces ainsi ouverts ont essaimé dans les publications récentes, mais aussi dans la recherche récente : les thèses brillantes sur la Pologne, la République tchèque, la Croatie mais aussi moins classiquement sur l’Afrique, Kiao-Tchéou ou le Brésil en sont autant de preuves manifestes24.
12Le tournant spatial de la fin des années 8025, qui a constitué un changement de paradigme majeur pour les sciences sociales et de la culture en mettant à l’honneur l’espace géographique comme ordre de grandeur pertinent pour l’appréhension des phénomènes culturels, a engendré une mutation pour la civilisation allemande dans son ensemble, passant à la fois par les objets, mais aussi les disciplines pour en saisir la substance.
L’espace germanique, morcelé et singularisé
13À la manière dont l’avait pressenti Robert Minder dans son ouvrage magistral Allemagne et Allemands26, la question de l’espace, bien plus que celle de la langue, est sans doute le cœur de ce qu’il convient d’appeler l’aspect civilisationnel des études germaniques. Il se décline par de multiples focus, depuis les sciences politiques jusqu’aux détours pris par l’ethnologie. Mais là aussi, le décalage entre les espaces scientifiques peut induire des biais qui limitent ou obscurcissent la compréhension des espaces saisis. Le travail des années 80 sur la Volkskunde a été fructueux, mais a sans doute posé les limites du genre, puisqu’il a établi comme il a été dit une équivalence fallacieuse entre deux domaines qui ne l’étaient précisément pas. L’ethnologie française correspond sans doute plus dans son esprit, y compris lorsqu’elle traite de la France elle même, à la Völkerkunde (le seul folkloriste français se rapprochant des Volkskundler allemands étant Arnold van Gennep27, Français né en Wurtemberg très marginal dans sa discipline). Le seul texte explicatif longtemps existant pour un public francophone soucieux de s’informer dans la première décennie de la collaboration a été rédigé par Wolfgang Brückner et ne laisse planer aucun doute sur le recouvrement identitaire de la Volkskunde et de l’ethnologie française28.
14L’intérêt des chercheurs étrangers pour ce domaine purement germanique est récent. Les études faites dans le domaine francophone permettent de décaler le regard et d’envisager la question en la problématisant quelque peu différemment, la seule intrusion étrangère ayant longtemps été celle concernant la période très troublée du Troisième Reich par les Américains James Dow et Hannjost Lixfeld29.
15Sans doute le statut de la discipline a-t-il été un obstacle majeur à sa prise en compte sérieuse.
16Pendant longtemps, la Volkskunde, dont l’objet unique d’études se limite à l’espace germanophone, a été considérée comme une science mineure et tardive, qui peinait à se distinguer de la nébuleuse des sciences de la culture, les Kulturwissenschaften, nées à la fin du dix-neuvième siècle sous l’impulsion de la création de l’Empire allemand et des bouleversements tectoniques qu’engendra ce dernier dans le domaine universitaire. Il lui fut difficile de tenir sa place en dehors d’une université en plein renouveau qualitatif dont le bouillonnement intellectuel laissait pourtant la place aux innovations les plus inédites30. Pourtant, malgré ces débuts difficiles, elle devait être intronisée officiellement discipline universitaire dans les années 20 du siècle suivant, à Prague, sur les anciennes marges de l’Empire, lorsqu’Adolf Hauffen, allemand des Sudètes, obtint une chaire dont l’intitulé se rapportait explicitement à l’ethnologie allemande31. L’absence de reconnaissance institutionnelle n’empêcha cependant pas la discipline de prospérer au sein d’une myriade d’associations à partir de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, portées par un zèle et un enthousiasme contagieux : leur percée fut sans doute décisive pour l’avenir de la recherche ethnographique. Karl Weinhold (1823-1890) avait fondé en 1890 la première association berlinoise pour la Volkskunde. Le terme avait d’ailleurs commencé à entrer timidement dans les dictionnaires savants vers 1887, au crépuscule du dix-neuvième siècle32.
17Paradoxalement, c’est au moment où la Volkskunde accéda enfin au statut de discipline reconnue qu’elle se désintéressa en grande partie de sa propre généalogie. Si elle ne se pencha que peu sur son histoire, elle s’adonna, sans réussir à le formaliser vraiment, à l’élaboration de son nouveau périmètre. La seule réelle tentative théorique notoire pour donner de la cohérence à un ensemble disparate fut celle de Hans Naumann, qui provoqua dix ans de débats, mais dont l’objectif était plus programmatique que rétrospectif33. Il s’agit sans doute du moment symbolique où la Volkskunde échoua dans son rapprochement avec les ethnologies occidentales avant de prendre le tournant qui devait la conduire vers une pensée clairement organiciste qui n’était pas programmée de prime abord. La période nazie n’eut ensuite que mépris pour toute épistémologie puisqu’elle déterminait le contenu et le cadre historiques des disciplines désignées comme aryennes. La Volkskunde devint alors l’une des vitrines du régime dans le complexe très hiérarchisé des sciences organicistes, depuis la tristement célèbre Ostforschung jusqu’à la Westforschung de l’université de Bonn34.
18Après la guerre, la chape de plomb qui s’était abattue sur l’ethnologie allemande ne fut que peu perturbée par le débat qui eut lieu dans les années 50 entre Will-Erich Peuckert et Heinz Maus35, qui avait réclamé dans un réquisitoire peu amène pour la plupart des ethnologues allemands une disparition pure et simple de la discipline. Il fallut attendre H. Bausinger et son élève W. Emmerich pour que fût rédigée en 1968 la thèse qui allait ébranler et remettre en question les fondements mêmes du postulat de l’histoire de la Volkskunde, affirmant qu’elle avait contenu dès son émergence les germes de ses dérives ultérieures36. Mais cette période d’investigation faste eût aussi pour effet rétroactif de recentrer l’histoire de l’ethnologie allemande sur son passé nazi et de débattre pendant plusieurs années de ce sujet dans ses aspects les plus divers. L’autre histoire, celle de son émergence, ne fut alors abordée que de façon impressionniste et sporadique et souvent dans une mise en abyme par rapport au premier cadre tracé.
19L’histoire ainsi tracée dans ses grandes lignes n’est pas sans poser un certain nombre de questions. Ainsi est-il intéressant de mettre en vis-à-vis les paysages français et allemands sur plusieurs plans, comme des travaux actuels le font transparaître : le rapport des savants au public des amateurs éclairés, plus hiérarchisé outre-Rhin qu’en France ; la formation des ethnologues, germanistes et historiens du côté allemand, normaliens et agrégés de philosophie en France ; la question du terrain, importante en Allemagne et plus accessoire en France. Cela n’est pas sans induire une continuité dissymétrique entre ethnologie et anthropologie dans les deux pays, la première étant en France un rite de passage pour les grands anthropologues, qui, à l’instar de Lucien Lévy-Brühl, Marcel Mauss, Claude Lévi-Strauss ou Philippe Descola, sont des constructeurs de systèmes, alors que la première est plus distincte en Allemagne de la seconde, dominée par les médecins comme l’a bien montré Céline Trautmann-Waller. Toutes ces réflexions, certes succinctes dans l’article ici présenté, n’en témoignant pas moins de choix scientifiques et sociétaux radicalement différents, qui ne seraient pas apparus avec autant d’acuité sans la mutation fondamentale des études germaniques et romanes. Loin du bel espace littéraire unifié de Maurice Blanchot37, ce sont des mondes divers qui surgissent à travers les mutations fondamentales des études germaniques et de leur focalisation sur des gens disciplinaires précis.
Les premières histoires de la Volkskunde et les questionnements qui leur sont afférents
20Mais au-delà de la simple mise en exergue des différences entre les deux espaces, ce sont les modifications mêmes de la perception du contenu des disciplines qui sont l’objet des investigations évoquées. Ainsi existe-t-il des sujets difficilement abordables sans susciter des réactions de la part de la communauté scientifique concernée, parce qu’ils touchent à des ressorts profonds des sociétés. On peut évoquer la France de Vichy, dont l’historien Robert Paxton fut un défricheur38 ou encore la Guerre d’Algérie, dont Benjamin Stora est un commentateur reconnu39. La Volkskunde peut apparaître comme l’un de ces révélateurs, au sens chimique du terme, d’un certain nombre de points sensibles de l’histoire allemande, notamment des relations qu’ont longtemps entretenues l’Allemagne et l’Autriche dans leur histoire mouvementée.
21Les premières approches épistémologiques de l’ethnologie allemande à la fin du dix-neuvième siècle ont fixé des jalons qui n’ont jamais été réellement remis en question dans les périodes ultérieures. Les amateurs éclairés avaient placé leur discipline sous un double parrainage. La germanistique telle qu’on la concevait à partir de 1830, et qui n’était pas à proprement parler une discipline d’obédience uniquement philologique, était l’une des matrices dans laquelle se reconnaissaient les « ethnologues »40. L’héritage du grand mouvement anthropologique des Lumières, sur lequel s’était développée l’ethnologie à la fin du XIXe siècle dans le sillage des colonisations européennes, était l’autre volet auquel ils se rattachaient. La nature de cette seconde filiation était plus ambiguë que la première. Elle permettait toutefois de faire une distinction linguistique claire entre l’ethnologie allemande appliquée aux autres peuples (Völkerkunde), représentée par A. Bastian et son musée de l’humanité41, et l’ethnologie ayant d’abord pour objet la question de l’identité germanique (Volkskunde), dont les ancêtres étaient plus diversifiés en fonction des auteurs. Parfois, comme dans la Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachgeschichte, les deux réseaux pouvaient se confondre, même si les disciplines relevaient de logiques différentes42. L’anthropologue américain George Stocking a parlé pour la Völkerkunde de discipline ayant trait à la construction de l’empire (empire building) tandis que la Volkskunde ne devait être conçue que dans le cadre de la fondation de la nation (nation building)43.
22Mais cette approche historique diachronique, telle qu’elle s’était réalisée au tournant du vingtième siècle et qui s’apparentait à un large panel d’essais reposant sur la conviction de leurs auteurs, laissait dans l’ombre nombre de questions fondamentales, notamment celle de l’impulsion initiale qui tissait le lien entre toutes les époques. Quel était le lien généalogique entre les différents auteurs invoqués ? En quoi ces histoires rendaient-elles compte de manière pertinente du programme qu’avait assigné K. Weinhold à sa discipline dans le célèbre texte sur les buts de la Volkskunde : « La Volkskunde est une science historique et nationale… Son premier objectif est de mener une recherche sur un peuple particulier ; c’est seulement dans un second temps qu’elle peut et doit arriver à des observations et conclusions comparatives, qui concorderont au stade ultime avec celles de l’anthropologie44 ».
23Sans doute sommes-nous ici au cœur de ce que les contemporains de la production scientifique évoquée étaient incapables de thématiser et dont l’historiographie ultérieure, tout à d’autres tâches, ne s’est qu’occasionnellement emparée. Le texte fondateur est symptomatique de ce qu’est la Volkskunde : l’étude du peuple dans ses frontières, c’est-à-dire la question de la place de l’objet choisi et de son rapport à l’espace, qui nous apparaît être l’un des points essentiels des études de civilisation allemande.
24La question est dès lors de savoir quelles sont précisément les frontières dont parle ici K. Weinhold une vingtaine d’année après la création de l’Empire bismarckien. Il faut dès lors s’arrêter sur l’adjectif « allemand » très souvent accolé au terme Volkskunde. L’ethnologie allemande n’est pas, contrairement à l’histoire, le pur produit de la brillante université allemande. En effet, le sens de « deutsch » est à comprendre au sens de « germanophone » puisque l’ethnologie est une discipline propre aux trois pays que sont l’Allemagne, l’Autriche, et, dans une moindre mesure, la Suisse germanophone, dont l’importance s’avèrera surtout décisive après la Seconde guerre mondiale pour générer un discours dépourvu de contenu idéologique. L’ethnologie allemande se développe et s’institutionnalise dans le double cadre de la constitution réussie d’une nation, l’Allemagne, mais aussi dans celui d’une défaite et d’un délitement progressif d’un territoire hétérogène : celui de l’Empire autrichien. Elle met en exergue l’un des grands tabous des sciences sociales allemandes qui est celui des frontières intérieures, la Grenzforschung se concentrant souvent sur les lignes symboliques qui séparent les germanophones des non-germanophones en négligeant la question de ce qui distingue les Allemands d’une région à l’autre. La question de la disparité régionale, qui va aujourd’hui de la thématique de la résurgence de la Prusse aux problématiques des formes symboliques d’irrédentisme de la Bavière, est centrale pour la compréhension de l’espace germanique, fait d’équilibres subtils qui lui donnent ses orientations politiques, sociétales et historiques.
25C’était le cas également au moment de l’avènement des deux « mondes » germanophones, qui se distinguèrent de plus en plus à partir de leur scission territoriale. Si la Volkskunde allemande cherchait avant tout son salut dans une émancipation nette de la philologie dont nombre de ses membres étaient issus, son pendant autrichien était soumis à d’autres contraintes, de nature politique. Outre l’anéantissement de Sadowa, l’opinion publique autrichienne avait été durablement marquée par le revers de l’unité italienne, dont l’ethnologie germanophone d’Autriche s’était faite l’écho et dont elle fera un cheval de bataille dans les années 1930. L’ethnologie autrichienne devait déployer ses efforts dans deux directions, pôles de l’alternative identitaire à laquelle elle devait se mesurer. Elle était confrontée à des ethnologies hétérogènes naissantes à l’intérieur de l’entité danubienne, qui la conduisirent à s’éloigner d’une approche purement anthropologique, mais devait également garantir la place de la minorité germanophone, qui constituait désormais un quart de la population de l’ensemble habsbourgeois. Or dans le même temps, elle se retrouvait dans ce cadre face à un second dilemme : était-elle une partie intégrante de la Volkskunde allemande ou une ethnologie autonome, la plupart de ses membres ayant été des partisans enthousiastes de la grande Allemagne ? Les enjeux de carrière firent d’ailleurs qu’un certain nombre de ses représentants partirent vers les cieux plus cléments de l’Allemagne wilhelminienne. Les archives et les correspondances n’ont été que peu exploitées pour montrer comment les questions territoriales ont été au cœur des enjeux de la Volkskunde à partir de la guerre de succession des duchés du Schleswig et du Holstein jusqu’à la question de l’intégration de l’Alsace dans l’Empire allemand, à laquelle W. H. Riehl accordera tout son intérêt45. À Graz et Vienne se développèrent les thématiques qui firent ultérieurement florès dans les milieux scientifiques avec l’arrivée en 1899 de Rudolf Meringer à la chaire de sanskrit et de linguistique comparée ou l’inscription comme étudiant de Viktor von Geramb à l’université de Vienne en 1902/03, qui devait faire une carrière universitaire couronnée de succès46. La première réunion des Sociétés d’anthropologie allemande et viennoise en avril 1894 devait d’ailleurs souligner l’importance de l’Autriche pour l’histoire ultérieure de la discipline. Elle se tint à Innsbruck, « limite méridionale du territoire allemand ». Rudolf Virschow, secrétaire de la société d’anthropologie allemande, porta un toast au travail commun en soulignant l’importance du Tyrol du Sud pour la germanité dans son ensemble.
26La Volkskunde prospérait de façon inquiète sur la question de la continuité de la nation allemande, inféodée à la question de l’espace et à la discontinuité de l’État allemand qu’induisait la solution choisie de la petite Allemagne. Sans doute la Volkskunde n’est-elle pas, comme l’a souligné Thomas Nipperdey47, une « étrange science purement allemande », mais l’un des revers encore trop méconnus par l’historiographie des conséquences de Sadowa pour l’Allemagne des vaincus.
27Si l’on suit la problématique du lien entre peuple et territoire dans la constitution de l’identité allemande, on s’aperçoit aisément que la configuration discursive de la littérature ethnologique propre à la Volkskunde ne se constitue pas ex nihilo. Les études territoriales s’appuient sur des structures anciennes qui peuvent constituer un fil conducteur assez convaincant pour comprendre la manière dont la discipline s’est reconstituée, à partir de savoirs diffus et diffractés, dans le champ par ailleurs indéniablement novateur des sciences de la culture et de la civilisation allemande. On peut néanmoins affirmer que le rapprochement des deux espaces scientifiques selon les schémas évoqués a engendré une manière d’aborder les problèmes en transgressant ce qui a longtemps été l’apanage de disciplines qui s’ancraient dans des terreaux nationaux. La Volkskunde héritière de cette tension entre deux conceptions du territoire, finement élaborées en fonction de paramètres épistémologiques parfaitement identifiables, peut constituer une grille de relecture du non-dit permanent de l’histoire allemande. Une telle relecture de l’histoire de la Volkskunde lui donne une cohérence qu’elle n’a pas lorsqu’on essaye, à la manière dont l’ont fait nombre de ses représentants, de la saisir selon un axe syntagmatique dans la totalité de ses objets et de ses champs d’investigation48.
Un bilan provisoire
28L’évocation de l’ethnologie allemande constitue un exemple paradigmatique, mais celle de l’histoire, de l’économie ou plus traditionnellement des sciences politiques où les germanistes se sont spécialisés depuis quelques décennies pourraient constituer des illustrations probantes de l’évolution de la discipline et de la manière dont se conçoivent les études germaniques dans leurs divers champs à l’époque la plus contemporaine. L’Allemagne reste le support incontournable et la condition même de l’existence d’une germanistique française, mais les méthodes diffèrent de celles qui avaient prévalu par le passé. Les objets auxquels s’attellent les jeunes chercheurs requièrent des compétences multiples, qui s’acquièrent en ayant l’audace de s’aventurer plus avant sur le terrain de disciplines voisines et en en employant les méthodes et les discours. Souvent, les germanistes innovent en apportant à ces champs ainsi exploités ce qui fait l’essence de leur savoir, c’est-à-dire une connaissance approfondie des travaux de recherches bilatéraux auxquels se sont fermés les spécialistes par manque d’intérêt et de maîtrise de la langue allemande. Pourtant, les exemples évoqués au cours de cette contribution montrent combien ce serait une preuve d’aveuglement que de les ignorer dans un contexte d’européanisation croissante de la recherche, à la manière dont en témoignent des projets-phares comme celui de Saisir l’Europe/Europa als Herausorderung49.
29La façon dont se sont développées les relations entre les représentants des deux espaces scientifiques témoigne d’un tournant sans doute irréversible de la civilisation allemande. Au-delà de l’approche linguistique qui reste le cœur des études et des enseignements, les décennies passées ont modifié les modèles d’approche des objets en eux-mêmes. La jeune recherche en études germanique a intégré le fait qu’outre les connaissances linguistiques qui constituent l’assise même et la condition de survie de la discipline, l’aspect de la médiation et de la transmission de la culture de l’autre pays qui a toujours été au centre des préoccupations passe aujourd’hui par une spécialisation disciplinaire beaucoup plus poussée qu’autrefois50. Les germanistes en ont pris conscience, puisqu’ils ont multiplié les initiatives, depuis les cursus doubles jusqu’aux thèses de doctorat en cotutelle qui modifient en profondeur le profil des représentants de la discipline. Loin d’une disparition des études allemandes dans le giron de l’université française, c’est plus une collaboration étroite avec les partenaires allemands sur les sujets les plus variés qu’une focalisation sur l’Allemagne comme objet de recherche exclusif qui s’esquisse à l’horizon des décennies à venir. En réussissant le travailler « avec » plus que le travailler « sur », les spécialistes de la civilisation allemande auront sans doute contribué à donner une impulsion salutaire à leur discipline.
Notes de bas de page
1 Stephan Martens, La civilisation allemande dans les études germaniques en France : ingénierie et atouts, CERFA, e-notes, Visions franco-allemandes, n° 8, juillet 2006.
2 Discussion avec Henri Tavoillot, fondateur de l’École des parents et agrégé de grammaire, auteur d’une thèse non soutenue sur le latin dans la structuration de l’enseignement secondaire en France pendant les années 1950.
3 Jackie Assayag, La mondialisation des sciences sociales, Téraèdre, Paris, 2010.
4 Heinz Wismann, Penser entre les langues, Albin Michel, collection « Bibliothèque des Idées », Paris, 2012.
5 L’EHESS, dont le siège a déménagé depuis Quai de la Gare, rejoindra à terme le pôle Condorcet.
6 Le CRIA est devenu depuis 2012 le Centre Georg Simmel pour la recherche franco-allemande en sciences sociales.
7 Dossier thématique « Les Mots de l’histoire », Revue de l’Institut français d’histoire en Allemagne, n° 4, 2012, p. 152 à 214.
8 Elles restent bien évidemment une part essentielle de la formation du germaniste et des contenus de la germanistique dans son ensemble.
9 Michel Espagne/Michael Werner Transferts. Les relations interculturelles dans l'espace franco-allemand, Éditions Recherche sur les Civilisations, Paris, 1988.
10 Werner Michael et Zimmermann Bénédicte, « Penser l'histoire croisée : entre empirie et réflexivité », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/1 58e année, p. 7 à 36.
11 Nicole Racine, « Paul Rivet, Vichy et la France libre 1940-1944 », Histoire@Politique 1/2007 (n° 01), p. 8-8. URL : www.cairn.info/revue-histoire-politique-2007-1-page-8.htm.
12 Wolfgang Emmerich, Germanistische Volkstumsideologie. Genese und Kritik der Volksforschung im Dritten Reich, Tübinger Vereinigung für Volkskunde, Tübingen, 1968.
13 Elle n’a gardé son appellation de Volkskunde qu’en de rares endroits : en Bavière, en Autriche et longtemps à Hambourg.
14 Isac Chiva, « Face à face – un avant-propos », Ethnologies en miroir. La France et les pays de langue allemande, Collection ethnologie de la France, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1987, p. 1.
15 Isac Chiva/Utz Jeggle, Ethnologies en miroir. La France et les pays de langue allemande, Collection ethnologie de la France, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1987.
16 Hermann Bausinger, Volkskunde ou l’ethnologie allemande, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1993.
17 Klaus Beitl/Christian/Bromberger Isac Chiva dans Mots et choses de l’ethnographie de la France. Regards allemands et autrichiens sur la France rurale dans les années 30, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1997.
18 Utz Jeggle/Freddy Raphaël D’une rive à l’autre/Kleiner Grenzverkehr. Rencontres ethnologiques franco-allemandes/Deutsch-französische Kulturanalysen, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1997.
19 Louis Dumont, Homo aequalis, II : L'Idéologie allemande : France-Allemagne et retour, Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard, Paris, 1991.
20 Michel Korinman, Quand Berlin pensait le monde. Grandeur et décadence d’une géopolitique, Fayard, Paris, 1990.
21 Céline Trautmann-Waller (sous la direction de), Quand Berlin pensait les peuples. Anthropologie, ethnologie et psychologie (1850-1890), CNRS Éditions, Paris, 2004.
22 Robert Deliège, Une histoire de l’anthropologie. Écoles-Auteurs-Théories, Éditions du Seuil, Paris, 2006.
23 Le séminaire a été dirigé par Jean-Louis Georget et Dominique Lassaigne, puis par le premier seul à la disparition de la seconde en 2005. Il s’est arrêté en 2011 avec le départ du premier chercheur pour l’Institut français d’histoire en Allemagne.
24 L’auteur de l’article a rapporté sur ces différentes thèses de doctorat dans le cadre de son activité de membre de la 12e section du Conseil national des universités.
25 Karl Schlögel, Im Raume lesen wir die Zeit. Über Zivilisationsgeschichte und Geopolitik. Carl Hanser Verlag, München/Wien, 2003.
26 Robert Minder, Allemagne et Allemands, tome 1, Le Seuil, 1950. On peut consulter également Robert Minder (1902–1980), passeur entre deux cultures. Allemagne d´aujourd´hui, Nr. 165, juillet-août 2003.
27 Arnold Van Gennep, Les rites de passage : étude systématique des rites de la porte et du seuil, de l'hospitalité, de l'adoption, de la grossesse et de l'accouchement, de la naissance, de l'enfance, de la puberté, de l'initiation, de l'ordination, du couronnement, des fiançailles et du mariage, des funérailles, des saisons, etc., Émile Nourry, Paris, 1909.
28 Wolfgang Brückner, « Histoire de la Volkskunde. Tentative d'une approche à l'usage des Français », Ethnologies en miroir. La France et les pays de langue allemande, Collection ethnologie de la France, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1987, p. 223 à 249.
29 James R. Dow/ Hannjost Lixfeld, The Nazification of an Academic Discipline: Folklore in the Third Reich, Indiana University Press, Bloomington, 1994.
30 Jan Eckel, Geist der Zeit, Deutsche Geisteswissenschaften seit 1870, Vandenhoeck § Ruprecht, Göttingen, 2008, p. 12 à 34.
31 Christian Jacques, « Sciences et ethnicité : Adolf Hauffen et la Volkskunde de Bohême 1890-1945 », in : Austriaca, mars 2012.
32 Wolfgang Brückner, « Geschichte der Volkskunde-Versuch einer Annäherung für Franzosen », in Isac Chiva/Utz Jeggle (Hg.), Deutsche Volkskunde-Französische Ethnologie. Zwei Standortbestimmungen, Campus, Frankfurt-am-Main/New York, p. 105-127.
33 Reinhard Schmook und Peter Assion, « Von der Weimarer Republik ins Dritte Reich », in Wolfgang Jacobeit, Hannjost Lixfeld und Olaf Bockhorn, Völkische Wissenschaft, Wien/Köln/Weimar, Böhlau Verlag, 1994.
34 Michael Fallbusch/Ingo Haar (unter Mitarbeit von Matthias Berg), Handbuch der völkischen Wissenschaften, K.G Saur Verlag, München, 2008.
35 Cf. H. Maus « Zur Situation der Volkskunde » in : H. Gerndt (Hg.), Fach und Begriff « Volkskunde » in der Diskussion, Darmstadt, 1988.
36 Ein Aufklärer des Alltags: der Kulturwissenschaftler Hermann Bausinger im Gespräch mit Wolfgang Kaschuba, Gudrun M. König, Dieter Langewiesche und Bernhard Tschofen / mit einem Vorwort von Bernd Jürgen Warneken, Wien/ Köln/Weimar, Böhlau, 2006.
37 Maurice Blanchot, L’espace littéraire, Gallimard, 1950.
38 Robert O. Paxton, La France de Vichy 1940-1944. Vichy et la collaboration : un bilan, Paris, Éditions du Seuil, Paris, 1973.
39 Benjamin Stora/Mohammed Harbi, La Guerre d’Algérie : 1954–2004, La fin de l’amnésie. Robert Laffont, Paris 2004
40 Franz Gress, Germanistik und Politik. Kritische Beiträge zur Geschichte einer nationalen Wissenschhaft, Verlag Günther Holzboog K. G., Stuttgart-Bad Castatt, 1971.
41 Manuela Fischer/Peter Bolz/Susan Kamel (éditeurs), Adolf Bastian and His Universal Archive of Humanity, The Origins of German Anthropology, Georg Olms Verlag, Hildesheim, Zürich, New York, 2007.
42 Céline Trautmann-Waller (sous la direction de), Quand Berlin pensait les peuples- Anthropologie, ethnologie et psychologie (1850-1890), CNRS Éditions, Paris, 2004.
43 George W. Stocking, Jr., Volksgeist as Method and Ethic: Essays on Boasian Ethnography and the German Anthropological Tradition, History of Anthropology series, volume 8, University of Wisconsin Press, 1996.
44 Karl Weinhold, « Was soll die Volkskunde leisten? », Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachwissenschaft, Band 20, p. 1.
45 Andrea Zinnecker, Romantik, Rock und Kamisol, Volkskunde auf dem Weg ins Dritte Reich- Die Riehl Rezeption, Waxmann, Münster/New York, 1996, p. 245 à 252.
46 On peut se référer à deux excellents articles de Reinhard Johler, « Innsbruck: Zur Entstehung von Volkskunde an der Sprachgrenze » et « Geschichte und Landeskunde: Innsbruck », In: Wolfgang Jacobeit, Hannjost Lixfeld, Olaf Bockhorn (Hg.): Völkische Wissenschaft. Gestalten und Tendenzen der Volkskunde in Deutschland und Österreich in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts. Böhlau, Wien-Köln-Weimar 1994, p. 407-415.
47 Thomas Nipperdey, « Die anthropologische Dimension der Geschichtswissenschaft », in Gesellschaft, Kultur, Theorie, Gesammelte Aufsätze zur neueren Geschichte. Vandenhoek und Ruprecht, Göttingen, 1976, p. 42.
48 C’est ainsi que pratique H. Bausinger dans un des seuls ouvrages, malheureusement déjà daté, existant sur le sujet en français ; cf. Bausinger Hermann, « Volkskunde » ou l'ethnologie allemande, Éditions de la MSH, Paris, 1993.
49 http://www.saisirleurope.eu
50 Allemagne d'aujourd'hui hors série, « La recherche française sur l'Allemagne et la coopération franco-allemande en sciences humaines et sociales », novembre 2002.
Auteur
-
Jean-Louis Georget
Institut français d’histoire en Allemagne
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