Tchécoslovaquie : concept et propagande pendant la Grande Guerre
p. 187-204
Résumés
Notre contribution se propose d’analyser la naissance et l’évolution du concept de la Tchécoslovaquie au cours de la Grande Guerre. Elle est divisée en trois parties. Tout d’abord nous présenterons le concept dans le contexte géopolitique de l’époque. Ensuite nous analyserons l’idéologie qui vise à soutenir ce concept. La troisième partie traitera la question de la présentation des frontières du nouvel État.
Das Konzept der Tschechoslowakei und seine Propagierung während des Ersten Weltkriegs
In diesem Beitrag wird die Entstehung und Entwicklung des Konzepts der Tschechoslowakei während des Ersten Weltkriegs analysiert. Er ist in drei Teile gegliedert: Zunächst werden wir dieses Konzept im geopolitischen Kontext der damaligen Zeit betrachten. Danach werden wir uns mit der Ideologie beschäftigen, die diesem Konzept zugrunde liegt. Der dritte Teil schließlich wird sich der Frage der Darstellung der Grenzen dieses neuen Staates zuwenden.
Texte intégral
1Les combats au cours de la Grande Guerre ne se déroulèrent pas uniquement sur les fronts militaires1. On menait également une guerre des idées. Le fort taux d’alphabétisation dans les pays européens et nord-américains et l’essor de la presse accrurent l’importance de la propagande. Cette guerre fut un vaste laboratoire de la propagande moderne et la résistance tchécoslovaque y eut largement recours. Tandis que l’endoctrinement des pays belligérants visait l’armée et la population, celui des pays d’Europe centrale s’adressait surtout aux élites occidentales et aux compatriotes résidant à l’étranger. La propagande et les légions tchécoslovaques représentaient les deux moyens les plus importants utilisés par la résistance tchécoslovaque. Pourvu aujourd’hui d’une connotation négative en raison des régimes totalitaires du XXe siècle, le terme de « propagande » correspondait aux yeux des leaders de la résistance tchécoslovaque surtout à la diffusion de leurs idées.
2Au début de la guerre, la question des nationalités de l’Autriche-Hongrie était très éloignée des préoccupations des Français. « La méconnaissance générale des Français sur l’étranger et les désillusions qui en résultèrent pour les migrants ou les visiteurs ne sont pas à négliger pour comprendre certaines réactions passionnelles »2. Selon Louise Weiss, « le problème tchèque3, lorsque les émigrés commencèrent leur œuvre de propagande, jouissait en Europe occidentale d’un privilège spécial ; il ne se posait pas. Personne ne le connaissait. L’indifférence était générale »4. Il existait certes quelques études de slavistes français sur le sujet, mais celles-ci connaissaient une diffusion restreinte en France5.
3Dans cette contribution, nous nous focaliserons sur l’argumentation du Conseil national tchécoslovaque (ou Conseil national des pays tchèques et slovaques), essentiellement représenté par Tomáš Garrigue Masaryk, Milan Rastislav Štefánik et Eduard Beneš, en faveur du démembrement de l’Autriche-Hongrie et par conséquent de la création de la Tchécoslovaquie. Ils proposaient une nouvelle vision géostratégique de l’Europe centrale post-impériale. Ces idées constituaient le cadre général des actions politiques du Conseil national et des légions tchécoslovaques. Il s’agissait avant tout des pensées de Tomáš G. Masaryk qui était à la tête de la résistance tchécoslovaque. Ces concepts étaient divulgués dans des revues, des brochures, des pamphlets etc. Masaryk présenta son argumentation de façon détaillée dans son ouvrage La nouvelle Europe6. L’écrit d’Edvard Beneš Détruisez l’Autriche-Hongrie7 ainsi que quelques discours de Milan R. Štefánik complétaient l’analyse de Masaryk.
4Cette contribution sera construite autour de quatre axes : la dimension géopolitique de la question tchécoslovaque, le raisonnement idéologique, les revendications territoriales et la diffusion de ces idées dans la presse des pays de l’Entente. Dans l’analyse des journaux et magazines, nous nous limiterons aux cas de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis durant les années 1915 et 1916, c’est-à-dire à l’époque de la mise en place de la propagande tchécoslovaque.
5Commençons par dresser un bref aperçu de l’histoire de la résistance tchécoslovaque à l’étranger entre 1914 et 1918. Dès le début de la Grande Guerre, des Tchèques et des Slovaques résidant à l’étranger tentèrent à plusieurs reprises de libérer leurs compatriotes vivant en Autriche-Hongrie. Dans la première moitié de l’année 1916, le Conseil national tchécoslovaque vit le jour. Il prit progressivement en charge la direction de la résistance. Il organisa les légions tchécoslovaques en France, en Italie et en Russie qui luttèrent aux côtés des forces de l’Entente afin de soutenir les revendications politiques du Conseil national. Les soldats de ces légions étaient recrutés parmi les prisonniers militaires d’origine tchèque ou slovaque ayant servi dans l’armée austro-hongroise ou parmi les compatriotes vivant dans les pays de l’Entente. La prise de la voie ferrée transsibérienne par cette armée retint l’attention du monde entier. En 1918, toutes les puissances de l’Entente reconnurent le Conseil national comme le gouvernement provisoire de la future Tchécoslovaquie. La naissance de cet État le 28 octobre 1918 était aussi due à l’action à l’étranger.
6Un membre du Comité parlementaire d’action à l’étranger8 réagit en 1918 à la question du démembrement de l’Autriche-Hongrie ; outre les questions alsacienne, belge, asiatique et africaine qu’il considérait comme étant au centre des préoccupations des Alliés, il invoqua deux raisons principales contre les activités des nationalités en Autriche-Hongrie :
La première raison c’est que le démembrement de l’Autriche apparut longtemps non comme un moyen politique de terminer la guerre, mais comme un moyen de la prolonger. […] La seconde raison qui a maintenu beaucoup d’esprits en défiance contre les nationalités d’Autriche est une raison d’expériences politiques. Toutes les écoles des sciences politiques dans le monde ont enseigné la thèse de la nécessité de l’Autriche. Les docteurs et les hommes d’État étaient instruits à reconnaître dans le système habsbourgeois un préservatif précieux contre les rivalités des peuples et les périls des constructions intellectuelles. Ce système existe avec ses défauts qu’au moins l’on connaît : grand avantage de sécurité politique. Ces considérations ont pris plus de force depuis que la dislocation de l’empire turc a fait apparaître un exemple fâcheux du système contraire9.
7L’ennemi le plus important des Alliés était sans aucun doute l’Allemagne. Selon les hommes politiques alliés, l’Autriche-Hongrie devait servir à l’avenir d’obstacle à l’expansion allemande vers les Balkans et l’Asie. De plus, ils craignaient que le démembrement de l’Autriche-Hongrie ne renforce la Russie10. Pour s’assurer plus de soutien, la résistance tchécoslovaque dut se joindre à la politique et aux intérêts de la France et des Alliés.
Le point de vue géopolitique
8Selon Masaryk, les Allemands considéraient leur pays comme une grande puissance par excellence destinée à prendre la tête de l’Europe et du monde. Cependant, il essaya d’expliquer aux Alliés que l’Autriche-Hongrie représentait en réalité la plus grande menace : par son intermédiaire, l’Allemagne voulait dominer l’Asie et l’Orient ; le maintien de l’Autriche-Hongrie était donc selon lui primordial pour la politique allemande. L’Autriche-Hongrie reliait d’après Masaryk l’Allemagne à l’Asie et à l’Afrique en passant par les Balkans et l’Adriatique ; si l’Allemagne parvenait à gagner l’Orient, elle pourrait ensuite s’attaquer plus facilement à la France, la Russie, la Grande-Bretagne et plus tard même les États-Unis11. La Russie et la Grande-Bretagne étaient considérées par l’Allemagne comme ses deux ennemis principaux12 :
L’Angleterre, la France et la Russie sont devenues les véritables maîtres de l’Asie. L’Afrique d’autrefois, intimement reliée à l’Asie, est aussi devenue une partie de la France et de la Grande-Bretagne. Le plan allemand de Berlin-Bagdad est donc une tentative faite pour chasser les trois autres nations de l’Asie13.
9Outre l’Asie, l’Afrique représentait selon Masaryk un enjeu géopolitique tout aussi grand pour l’Allemagne : symbole de la conquête de l’Asie, l’expression Berlin-Bagdad aurait pu être remplacée par celle de Berlin-Le Caire14. Comme le rappelle Harry Hanak, l’opinion publique britannique était à l’époque très sensible aux changements du statu quo au Proche-Orient15.
10Les ouvrages soutenant les buts de la résistance tchécoslovaque comportaient de nombreuses phrases soulignant la culpabilité de l’Autriche-Hongrie et sa fraternité d’armes avec l’Allemagne : « Berlin et Vienne sont comme deux frères siamois »16. À d’autres endroits, Masaryk affirmait qu’il préférait encore le prussianisme, avec son militarisme robuste et son âpre cupidité de parvenu, à l’esprit avide de plaisir et anémié de Vienne17. Son homologue E. Beneš s’alarmait également du rôle de l’Autriche-Hongrie : « L’Autriche devient l’avant-garde du Drang nach Osten allemand et son gouvernement prépara et déclencha la catastrophe actuelle. L’Autriche-Hongrie, voilà la grande coupable ! »18.
11Masaryk ajoutait que les Allemands voulaient exploiter les petites nations entre l’Allemagne et la Russie19. Suivant cette logique, la poussée vers l’Occident représentait un moindre danger, ces nations étant protégées par leur nombre, leur culture et leur situation géographique. A contrario, il rappelait les propos de Bismarck selon lesquels le maître de la Bohême est le maître de l’Europe20. Et de souligner le danger pangermanique :
La pangermanie est l’aboutissement fatal de l’évolution de la situation dans l’Europe centrale. Il n’y a donc pas d’autre moyen que de détruire l’Autriche-Hongrie pour arrêter le Drang nach Osten des Prussiens et pour briser à jamais l’hégémonie allemande en Europe21.
12Pour ce faire, Masaryk préconisait de séparer les Magyars des Allemands par une frontière constituée par les nations slaves – au nord la Pologne reconstituée, au centre la Tchécoslovaquie unie à la Yougoslavie par un couloir entre la Leitha et le Raab. Il précisait que ce couloir pouvait être éventuellement internationalisé ou prévoyait au moins l’internationalisation de la voie ferroviaire entre Presbourg et le sud22. L’Italie aiderait les Slaves en écartant l’Autriche et l’Allemagne de l’Adriatique et il serait dans l’intérêt des Slaves de la Baltique à l’Adriatique de se montrer solidaires et de devenir les alliés naturels de la France et de l’Italie, elles aussi menacées par l’Allemagne. L’Autriche, diminuée, et la Hongrie ne seraient plus en mesure de soutenir les projets militaires allemands. « Ce serait avant tout l’Allemagne qui se trouverait ainsi affaiblie, réduite à ses propres forces, incapable, toute seule et menacée encore par ses voisins slaves de l’Est, de recommencer ses exploits d’aujourd’hui »23. Récemment, Laurent Mercier a également résumé ce projet : « L’argument géopolitique mis en avant est le remplacement avantageux de la monarchie par des États alliés de la France. La nouvelle solidarité slave doit remplacer le grand ensemble disparu »24. Ces idées étaient défendues également par d’autres penseurs de l’époque, comme Ernest Denis ou André Chédarme25.
13À l’époque, l’idée que les petits États n’étaient pas capables de survivre était répandue. Elle était présente surtout dans la philosophie politique allemande et chez beaucoup d’historiens et de journalistes européens. Masaryk essayait donc de prouver que la future Tchécoslovaquie ne serait pas un petit État mais plutôt un État moyen dans un paysage européen où seuls six États seraient plus grands tandis que douze autres seraient plus petits26. La guerre contre la Serbie et l’invasion de la Belgique avaient déplacé l’intérêt en faveur des petits États27. Dans la mesure où les hommes politiques alliés craignaient une « balkanisation » de l’Europe centrale, les leaders de la résistance tchécoslovaque étaient dans l’obligation de prouver que les nouveaux États en Europe centrale étaient suffisamment forts et stables et que cette région ne créerait pas de problèmes politiques. Masaryk mettait en avant toute une série d’arguments afin de démontrer la puissance de la Tchécoslovaquie en termes de territoire, de population, de matières premières et de finances28.
14À aucun moment Masaryk n’affirmait que la question tchécoslovaque représentait le problème le plus important de la Grande Guerre. Cependant, il était convaincu que les Alliés ne pourraient atteindre leurs objectifs sans libérer la Tchécoslovaquie et réfutait l’idée selon laquelle l’oppression des Slaves, des Roumains ou des Italiens relèverait d’une affaire « intérieure » à l’Autriche-Hongrie, affirmant au contraire que ces affaires dites « intérieures » avaient provoqué une affaire « extérieure » de grande ampleur : la guerre29.
Le point de vue idéologique
15L’argument idéologique central de la résistance tchécoslovaque était la démocratisation de l’Europe centrale30. Surtout pour Masaryk et pour Beneš, la guerre était l’expression d’un affrontement entre théocratie et démocratie ; les Tchèques s’étant rangés sous la seconde bannière31. Selon Masaryk, l’Europe (ou le monde) s’était divisée en deux parties : démocratique et républicaine d’une part, monarchique et militariste d’autre part. Il décrivait les « fameuses » luttes françaises, américaines et britanniques pour la démocratie, conçue comme une valeur occidentale. La Russie, quant à elle, avait renversé le tsarisme (l’ouvrage de Masaryk date de 1918) et s’efforçait d’établir une république sociale. L’Italie était selon Masaryk antipapale, luttant pour l’unification de la nation en défendant aussi les principes parlementaires32. En Grande-Bretagne, la royauté était soumise à la domination de la majorité. Autrement dit, même s’il s’agissait de monarchies, elles respectaient les principes démocratiques. Dans ce contexte, la naissance de la Tchécoslovaquie constituait pour Masaryk la base de la réorganisation démocratique de l’Europe centrale et orientale.
16De l’autre côté de la frontière décrite supra se trouvaient les empires centraux qui étaient essentiellement médiévaux et théocratiques. Selon Masaryk, la dynastie et l’armée austro-hongroises antidémocratiques, antinationales, cléricales, jésuitiques se rapprochaient comme la Prusse de l’idée d’un empire médiéval. « Le pape lui-même a récemment convenu qu’il travaillait à la conservation du dernier grand État catholique [Autriche-Hongrie – MK] »33. La Turquie était également médiévale, sans civilisation et barbare, et le roi de Bulgarie complétait la société des Hohenzollern et des Habsbourg.
Nous voyons donc opposés dans cette guerre universelle, d’une part, la puissance d’un monarchisme médiéval, théocratique, d’un absolutisme antidémocratique et antinational ; et d’autre part, des États constitutionnels démocratiques, républicains, qui reconnaissent le droit de toutes les nations, grandes et petites, à l’indépendance politique34.
17D’après Masaryk, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Turquie et la Bulgarie n’étaient pas seulement alliées en raison de leur proximité géographique mais aussi parce qu’elles partageaient des intérêts communs en matière de politique intérieure35. L’absolutisme reliait les causes allemande et magyare36. Partageant à bien des égards l’opinion de son homologue, Beneš était d’avis que les « vassaux de Berlin », refusant de modifier leurs procédés et craignant la désagrégation de leur empire, avaient déclenché la catastrophe européenne pour assurer pendant quelques siècles l’asservissement des Tchèques37. Et de poursuivre :
Nous voudrions faire comprendre que l’unique moyen de briser la force de cette bande d’oppresseurs en Europe centrale est de détruire complètement le noyau austro-magyar sur lequel elle base sa politique. Il faut que l’Europe comprenne enfin l’histoire de cet empire et de cette dynastie. Un État qui a joué un tel rôle dans l’histoire doit disparaître de la carte de l’Europe !38
18Selon Laurent Mercier, la Tchécoslovaquie était considérée comme l’héritière de la Bohême hussite et le messager des valeurs démocratiques et sociales39. En juillet 1915, Masaryk profita du 500e anniversaire de la mort de Jan Hus40 pour lancer une vaste campagne de propagande soutenue, surtout, par les milieux protestants41. En 1918, les trois leaders de la résistance attirèrent l’attention sur la mémoire de la Bataille de la Montagne Blanche42 :
Le 8 novembre 1620, notre nation, vaincue à la Montagne Blanche, pleurait la perte de la liberté. Aujourd’hui, le gouvernement des Pays tchécoslovaques porte à la connaissance de ses vaillantes troupes qu’il a décidé de célébrer solennellement cet anniversaire qui sera aussi, grâce à leur bravoure le jour de la rénovation des droits et de la liberté de la nation tchécoslovaque que trois siècles d’oppression n’ont pas abattue. Le commandement de nos troupes assurera, autant que les possibilités du service le permettront, la célébration de cette importante fête nationale. Les officiers feront connaître aux troupes la signification de ce jour glorieux dans notre histoire43.
19La mémoire de la Bataille de la Montagne Blanche et de Jan Hus avait pour but d’attirer l’attention sur la tradition des luttes de la nation tchèque (tchécoslovaque) pour la liberté nationale contre les oppresseurs allemands et pour la démocratie :
Masaryk voit dans l’ordre des choses le plan de la Providence… Deux concepts sont au centre de ses thèses : la « nation » en tant qu’entité idéale, où l’on décèle l’influence de Herder, et « l’humanité » qui regroupe les notions de responsabilité, de démocratie, de vérité, de respect de l’autre. Ce dernier concept est représenté historiquement par la Réforme tchèque, sommet avec lequel la Renaissance nationale du XIXe siècle aurait renoué44.
20Masaryk se référait ensuite aux travaux de František Palacký, l’historien tchèque de XIXe siècle considéré comme le père de la nation. Ses travaux historiques sur l’histoire tchèque étaient interprétés, souvent d’une façon assez réductrice, comme la lutte entre les Slaves et les Germains45.
21En d’autres termes, l’histoire des Tchécoslovaques était décrite par les leaders de la résistance tchécoslovaque comme une lutte permanente contre trois ennemis – les Allemands, les Habsbourg et les Magyars. Selon Beneš, ceux-ci oppressaient depuis des siècles la nation tchécoslovaque et la guerre en 1914 amplifiait cette oppression car elle poussait les Tchécoslovaques à se battre, contre leur gré, aux côtés des Allemands et Magyars. Ces trois ennemis représentaient l’obstacle majeur aux idéaux philosophiques et moraux de bonheur, de justice et d’humanité46 auxquels aspirait la nation tchécoslovaque.
22Ces notions occupaient également une place centrale dans la pensée de Štefánik. Il dénonçait l’égoïsme, la violence et l’ambition des Magyars et des Allemands, auxquels il opposait le pacifisme, la détermination et le calme des Tchécoslovaques47. Štefánik mettait par ailleurs en avant les notions de vérité, de justice et de liberté. L’article 11 de la convention entre le gouvernement italien et le Conseil national mentionnait que la reconnaissance par le gouvernement royal italien du Conseil national autonome découlait du fait que ledit Conseil agissait conformément aux principes d’humanité et de liberté proclamés unanimement par les puissances de l’Entente au cours de la guerre48. Vers la fin du conflit, Štefánik exhorta Masaryk à rédiger une proclamation qui guiderait les hommes politiques dans la bonne voie : « Aidez les politiciens d’aujourd’hui à formuler les vérités qu’ils sentent »49.
23Comme il ressortait d’un rapport adressé à Stephen Pichon, il fallait que les actions du Conseil national soient conformes à la volonté du peuple :
Mais la souveraineté juridique la mieux déduite reste vaine et morte si elle n’est pas soutenue et animée par la souveraineté politique. Dans les principes de l’Entente, la souveraineté ne peut jaillir que de la volonté des peuples. Reste donc la question principale : ces actes qui sont l’œuvre accomplie hors du territoire national par une minorité exilée sont-ils expression de la volonté populaire ? On peut dire, sans témérité, que dans les trois pays le peuple a approuvé. […] Aucun doute pour la Bohême : le Comité national tchèque n’est contesté par le peuple ni dans son action, ni dans ses personnes50.
24De cela se réclamaient les représentants de la résistance tchécoslovaque :
En Bohême, toute la nation approuva, par ses actes, la politique du Conseil tchèque à l’étranger, et déclara solennellement, à plusieurs reprises, par la voix de ses représentants, qu’elle demandait sa pleine indépendance ainsi que sa séparation complète de l’Autriche-Hongrie51.
25La nation agissait par l’intermédiaire du Conseil national qui déléguait son pouvoir à son armée dans différents pays. Štefánik parvint à négocier que la remise du drapeau à l’armée tchécoslovaque en Italie ait lieu à Rome le 24 mai 1918 et qu’il remette lui-même le drapeau au nom du Conseil national et de la nation52. Štefánik remercia enfin les associations des Tchèques et Slovaques aux États-Unis pour leur soutien :
Cette déclaration a une grande importance politique parce qu’elle renforce la position officielle de Štefánik vis-à-vis des cercles officiels. Ainsi, il est prouvé que Štefánik n’est pas une personne privée et que quand les cercles officiels négocient avec lui, ils négocient avec le représentant de la nation53.
26Ces exemples illustrent comment les leaders tchécoslovaques mettent en avant le caractère démocratique de leur action.
Le point de vue territorial
27Masaryk essayait en outre d’expliquer l’apparition progressive du principe des nationalités depuis le XVIIIe siècle. Alors qu’au Moyen Âge, l’Europe avait été organisée par l’Église, l’empire et l’État, le principe des nationalités avait un caractère moderne. Il se référait pour ce faire à Herder selon lequel les nations étaient des organismes naturels et attirait l’attention sur le fait que l’Europe s’organisait de plus en plus selon ce principe ; les monarchies militaristes plaçaient l’État au-dessus de la nation. A contrario, il était convaincu que la nation et la nationalité devaient être le but de tout effort social et que l’État ne représentait que le moyen d’y parvenir. Il concevait la nation comme une organisation démocratique caractérisée par la participation de chaque individu : « L’histoire montre que l’évolution favorise décidément la formation de petits États nationaux »54. Pour appuyer son argumentation, Masaryk soulignait que les Alliés défendaient ces principes :
Les Alliés proclament le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, l’État étant alors subordonné à la nationalité ; les Empires centraux sont anationaux et même antinationaux55.
28Il essayait aussi de conférer une portée universelle à ses idées en affirmant que l’histoire et la vie sociale était la lutte constante de ceux qui défendaient le droit et la justice56.
29Sur la base de ces réflexions, Masaryk se demandait pourquoi quelques-unes des petites nations telles que les Albanais, les Danois et les Hollandais étaient libres alors que d’autres, les Yougoslaves, les Tchécoslovaques, ne jouissaient pas du même droit57 : « Les Tchèques ont autant de droit à leur indépendance que les Magyars »58. Non seulement ces nations ne possédaient pas leur propre État, mais elles pâtissaient aussi d’une dénationalisation imposée par l’Autriche-Hongrie. Masaryk mentionnait ici en guise d’exemple la magyarisation en Hongrie.
30Dans le cas de la Bohême, les représentants de la résistance tchécoslovaque se réclamaient du droit historique. Selon Štefánik, les Habsbourg étaient devenus les rois de la Bohême par un accord qui était seulement valable tant qu’il était respecté par les deux parties. En cas de non-respect par le premier partenaire, le second se trouvait déchargé de toute obligation. De plus, la guerre avait été à ses yeux proclamée contre la volonté de la nation et sans consentement du parlement59 ; autrement dit, la nation tchèque était en droit de se défendre contre les Habsbourg. Selon Masaryk, elle avait appelé les Habsbourg sur le trône et avait donc le plein pouvoir de les désavouer, puisque la monarchie austro-hongroise s’était montrée perfide à leur égard60.
31En revanche, dans le cas des territoires slovaques, Štefánik raisonnait autrement ; pour pouvoir incorporer la Slovaquie dans le nouvel État, il invoquait le droit naturel : « C’est la raison pour laquelle on ne peut pas s’appuyer uniquement sur le droit étatique qui ne nous est pas favorable dans ce cas »61. Par conséquent, les Slovaques devaient être eux-mêmes en possession des territoires qu’ils peuplaient. La minorité magyare de Slovaquie était compensée par la minorité slovaque de la future Hongrie62. La Slovaquie était présentée comme un des pays tchèques.
32Selon Masaryk, les Tchèques avaient le droit historique à l’indépendance des pays tchèques et le droit historique et naturel d’annexer la Slovaquie, opprimée par les Magyars63. Beneš, quant à lui, pensait que les Tchèques et les Slovaques constituaient les deux branches d’une même nation, partageant la même civilisation, la même langue et la même histoire. Le seul obstacle à leur réunification était d’ordre politique : les Tchèques étaient sous le joug de l’Autriche et les Slovaques sous celui de la Hongrie. Il retraçait leur histoire en soulignant que ces deux branches avaient toujours évolué ensemble jusqu’à la création de l’Empire austro-hongrois en 1867 :
Cette division en deux branches de la nation tchécoslovaque n’existe que depuis la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et encore les différences sont-elles insignifiantes64.
33Masaryk rejoignait cette opinion lorsqu’il s’appuyait sur des arguments historiques pour légitimer la revendication d’une union des Tchèques avec les Slovaques. Les leaders de la résistance mettaient alors en avant l’idée de la solidarité slave, les liens étroits entre Tchèques et Slovaques durant l’avant-guerre ainsi que la proximité linguistique de ces deux nations.
34La résistance tchécoslovaque exigeait le démembrement de l’Autriche-Hongrie en se réclamant du droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Dans ce cadre, Masaryk envisageait aussi la question des minorités, notamment allemandes, dans la future Tchécoslovaquie ou en Pologne et affirmait que le nombre d’Allemands en Tchécoslovaquie et en Pologne serait relativement inférieur au nombre de Tchèques en Autriche ou de Polonais en Allemagne ou Autriche. « Autrement dit l’on ne peut pas rechercher la justice parfaite, mais se contenter de la moindre injustice relative »65. D’après lui, ces minorités devaient être aussi petites que possible et voir leurs droits civiques protégés. Pour ce faire, il préconisait l’adoption d’un statut international par le Congrès de paix :
Quoique nous défendions le principe des nationalités, nous désirons conserver nos minorités. Cela semble un paradoxe, mais c’est à cause du principe même des nationalités que nous désirons les conserver66.
35Il citait l’exemple de la Russie, où la cohabitation des nationalités n’était possible qu’en raison de la grande supériorité numérique de la nation dominante, contrairement à l’Autriche-Hongrie et à la Turquie67. À ses yeux, la différence entre l’État et les frontières ethnographiques était la cause des guerres européennes68. Masaryk laissait le choix aux autres nationalités slaves, telles que les Lucasiens (Sorabes), qui ne s’étaient pas encore prononcés, de s’unir avec la Tchécoslovaquie. Les Russes des Carpates s’étaient déjà exprimés en faveur d’une alliance avec l’État tchécoslovaque.
La propagande dans la presse
36Une fois le concept de la Tchécoslovaquie décrit, nous souhaitons à présent nous focaliser sur la question de savoir comment celui-ci était présenté dans la presse des pays de l’Entente. La création d’une propagande efficace pour informer l’opinion de la question tchécoslovaque représentait l’une des tâches les plus importantes de la résistance69. Deux journaux défendant les idées de la résistance tchécoslovaque furent créés durant la guerre : à partir du printemps 1915 parut La nation tchèque en français et en août de la même année fut fondé Československá samostatnost (Indépendance tchécoslovaque) par Lev Sychrava, en tchèque, qui s’adressait surtout aux compatriotes à l’étranger. Pendant la Grande Guerre, les universitaires, souvent historiens, jouaient un rôle d’expert et de conseiller auprès de leurs gouvernements. Nous pouvons citer Seton-Watson en Grande Bretagne, Charles Seymour et Robert Joseph Kerner aux États-Unis, tous amis de Masaryk70, Ernest Denis, cofondateur de La Nation tchèque, et Louis Eisenmann en France, tous deux très favorables aux Slaves.
37En Grande-Bretagne, depuis l’automne 1916, les hebdomadaires Weekly Dispatch et Everyman informaient positivement sur la question tchécoslovaque. Le magazine Everyman était édité par le professeur de français de l’université d’Edinburgh, Charles Sarolea, ami de Masaryk. Suite à un accord qu’ils avaient conclu au cours de l’année 1916, Sarolea s’engageait à publier les articles de son ami, d’une longueur de quatre pages par mois environ, en échange du soutien financier du magazine à une hauteur de 300 £ par an. Finalement, Masaryk lui paya une somme supérieure. La même année, le magazine The New Europe fut créé à l’initiative de Masaryk et de Seton-Watson.71 Masaryk publia aussi ses articles dans le Sunday Times72. Par ailleurs, Henry Wickham Steed, ancien correspondant du Times à Berlin et Vienne, fut également un personnage clé de la propagande tchécoslovaque en Grande-Bretagne.
38Comme nous l’avons souligné, Masaryk lança une campagne de propagande en faveur de la cause tchécoslovaque à l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Jan Hus. Le 4 juillet, il prononça un discours sur le Bohémien hérétique à Zurich et deux jours plus tard avec Ernest Denis à Genève. Le jour suivant, une trentaine de scientifiques britanniques, dont Seton-Watson, organisateur de la pétition, et Paul Vinogradoff, adressèrent une tribune à l’éditeur du Times qui fut publiée le lendemain dans laquelle ils rappelaient la mort violente de Jan Hus ainsi que les discordes entre les Slaves et les Allemands, déjà latentes au Moyen Âge, et qui trouvaient désormais leur expression dans la Grande Guerre. La lettre fut par la suite republiée dans plusieurs journaux, dont Yorkshire Herald le 7 juillet, Inquirer et Christian Life le 10 juillet.
39L’héritage du théologien anglais du XIVe siècle, Jean Wyclif, qui influença Jan Hus, était aussi mis à l’honneur. Par exemple, le Morning Post du 6 juillet publia un article de M. Wyn, « John Hus Reformer, Five Hundredth Anniversary », dont l’un des sous-titres était « Influence of Wycliffe ». Le London Czech Committee organisa également une rencontre dans l’Æolian Hall, New Bond-street, à l’occasion de la mort de Jan Hus73. Elle était présidée par le lord Viscount Brice, homme politique britannique ; l’évêque de l’Église morave Hasse ainsi que Seton-Watson y tinrent des discours. Pour clôturer la manifestation, on chanta des chansons folkloriques slovaques et tchèques74. Le 6 juillet, Seton-Watson fit une autre intervention sur la mort de Jan Hus intitulée « The Future of Bohemia » au King’s College de Londres75.
40En général, les articles présentaient la mort de Jean Hus, élevé au rang de héros national de la Bohême, comme conséquence des luttes germano-slaves, en adoptant la vision de l’histoire décrite supra. Son héritage spirituel était également mis en valeur. Cet anniversaire trouva aussi un écho dans la presse française. Citons par exemple Le Matin du 8 juillet dont l’article « Pour la liberté des peuples » commémorait cet événement.
41En France, Štefánik, profitant des relations haut placées dans les milieux français, joua un rôle central dans le lancement de cette campagne de propagande. Grâce à lui, la question tchécoslovaque sortit des milieux universitaires pour entrer dans les cercles officiels.
Il fallait en effet lutter contre le courant austrophile et magyarophile largement représenté dans les salons aristocratiques des Castellane, des Chabrillan ou des Montebello. C’était d’autant plus vital que les relations personnelles jouaient un rôle plus important que les divisions politiques ; une étude attentive de la presse parisienne et nationale montre que les positions à l’égard de la question tchèque ne permettent pas de retrouver les clivages habituels de la société française. En revanche, on peut distinguer des soutiens particuliers dans les milieux réformés, l’Université, certains groupes ou organisations traditionnellement ancrés à gauche, telle la Ligue de droit de l’homme ou les institutions maçonniques.76
42Masaryk se souvenait :
À l’époque en 1916, Štefánik passait beaucoup de temps dans les salons féminins, autour de madame de Jouvenel et d’autres femmes politiques lui ressemblant. Il flirtait avec elles, non pas dans un sens négatif, mais il les utilisait pour ses buts.77
43La journaliste française Louise Weiss, éprise de Štefánik, commença à soutenir sans réserve la cause tchécoslovaque. Elle écrivait à Štefánik : « Vous me direz encore comment vous voulez que nous travaillions pour votre cause qui est aussi un peu la nôtre »78. Grace à elle, la cousine de Claire Boas de Jouvenel dont le salon était l’un des plus prestigieux en France79, ainsi que trois journaux français, Le Radical, Le Matin et Paris-Midi, traitèrent aussi très positivement de la question tchécoslovaque. Par la suite, L’Europe Nouvelle80 et d’autres périodiques comme Le Temps, le Journal des Débats, Le Monde Slave ou La Victoire81 épousèrent également cette cause. Par exemple, Le Matin du 13 janvier 1916 publia l’article « L’amitié des Tchèques ». Précisons à cet égard que Claire Boas de Jouvenel était la première épouse d’Henry de Jouvenel, rédacteur-en-chef du Matin.
44Lorsque Masaryk vint à Paris en 1916, Štefánik le mit en relation avec le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Aristide Briand. La Nation tchèque, organe de presse de la résistance, relata que ce dernier avait reçu Masaryk le 3 février82. Cette rencontre, qui marqua un grand succès pour le mouvement naissant, trouva également mention dans Le Matin grâce à l’obligeance de Jules Sauerwein, convaincu par Štefánik83. Le jour suivant, ce quotidien publia à sa une un entretien avec Masaryk84. La rencontre avec Aristide Briand fut aussi mentionnée dans la presse étrangère, comme dans le journal américain The Evening Herald du 7 mars 1916 qui présenta également les idées de Masaryk concernant la reconstruction de l’Europe centrale. De même, d’après les souvenirs de Masaryk, les journaux britanniques comme le Times relatèrent cette rencontre85.
45Aux États-Unis, la question tchécoslovaque se cristallisa autour de l’affaire d’Alica Masaryk. La fille du philosophe fut arrêtée par la police autrichienne en automne 1915 pour avoir conservé les écrits de son père. Son arrestation eut un écho considérable dans la presse américaine, en partie grâce aux contacts de son père. Masaryk apprit la nouvelle vers la fin 1915 et lança une vaste campagne dans la presse l’année suivante86. Betty Miller Unterberger identifia trois groupes importants aux États-Unis qui luttèrent pour la libération d’Alice Masaryk : Charles Crane, d’abord, un ami de Masaryk, riche entrepreneur proche du président américain Woodrow Wilson, quelques leaders des associations féministes de Chicago, Boston, New York et Washington D.C., ensuite, qu’Alica Masaryk avait côtoyées durant son séjour aux États-Unis et, enfin, la Bohemian National Alliance, l’association des émigrés tchèques présidée par Joseph Fisher87.
46De même, Crane mobilisa ses contacts pour venir au secours d’Alice Masaryk et promouvoir la cause tchécoslovaque. Il écrivit des ébauches d’articles pour les journaux, contacta les journaux américains et tchèques et exerça son influence sur le New York Times pour rendre publique la cause. Ce journal rendit compte, le 23 avril 1916 puis cinq jours plus tard, de l’existence des pétitions des associations féministes soutenant Alice Masaryk. Ces activités furent aussi relatées dans d’autres journaux comme The Sun du 15 mai 1916 ; le 1er mai de la même année The Tacoma Times relata l’arrestation de la fille de Masaryk et le New York Tribune annonça le 9 mai 1916 la tenue prochaine de son procès. Des informations erronées, démenties par la suite, telles que son exécution circulèrent également. Sa libération fut annoncée le 20 août 1916 dans plusieurs journaux américains comme le New York Times, The Sun ou le New York Tribune. La plupart des articles mentionnaient également les activités de son père et les revendications tchécoslovaques. Précisons par ailleurs que la mère d’Alice Masaryk était américaine, ce qui était souvent rappelé dans la presse et amplifia l’intérêt pour cette affaire aux États-Unis. L’hebdomadaire Everyman relata également cette affaire88. Masaryk témoigna dans ses mémoires du fait que l’affaire d’Alice Masaryk fit connaitre le mouvement tchécoslovaque surtout en Grande-Bretagne et aux États-Unis89.
47Pendant la Grande Guerre, les leaders de la résistance tchécoslovaques voulurent convaincre les hommes politiques de l’Entente ainsi que l’opinion de la nécessité, presque vitale, de la création de la Tchécoslovaquie. Ils attirèrent l’attention sur le fait que l’Autriche-Hongrie était d’un point de vue géopolitique au moins aussi dangereuse pour les Alliés que l’Allemagne car, par son intermédiaire, l’Empire allemand était en mesure de réaliser ses projets pangermaniques en Asie et en Afrique afin d’acquérir une suprématie mondiale. Au danger pangermanique ils opposaient constamment les valeurs démocratiques tchécoslovaques.
48La vision de l’histoire des leaders tchécoslovaques était assez linéaire. Les arguments historiques étaient utilisés pour promouvoir la création de la Tchécoslovaquie. Par exemple, la première histoire des Slovaques publiée en français était divisée en deux livres. Dans le premier, son auteur, Ernest Denis, décrivait le danger germanique, l’impérialisme austro-germanique, etc. Dans le deuxième livre seulement, il abordait l’histoire des Slovaques en insistant sur les points communs entre Tchèques et Slovaques. Comme l’a rappelé Gérard Noiriel, vers la fin du XIXe siècle, il n’existe pas dans l’historiographie de contradiction entre nationalisme et universalisme. La fameuse Histoire de France dirigée par Ernest Lavisse
prouve que pour les historiens « méthodistes » de la fin du XIXe siècle, il n’y a pas de contradiction entre d’une part la revendication d’objectivité scientifique et de l’autre la définition de l’historien comme un « soldat » au service de sa patrie. Être « objectif » désormais, c’est défendre un point de vue national, que l’on prend bien souvent pour un point de vue universel (comme le suffrage du même nom)90.
49La réalité politique dévoilait néanmoins les limites des idées du Conseil national tchécoslovaque. La solidarité slave, tant mise en exergue, fut remise en question dès la naissance de la « nouvelle Europe » par le conflit polonais-tchécoslovaque. Les tensions internes entre les nations dans le cadre des États tchécoslovaque et yougoslave représentaient l’une des raisons pour laquelle ceux-ci ne survécurent que vingt ans à peine. Ces États devaient renaître après 1945, mais dans la nouvelle situation géopolitique des années quatre-vingt-dix, les idées séparatistes réapparurent de nouveau.
50En résumé, les Tchèques, surtout, voulurent contrecarrer l’influence allemande en Europe centrale par celle de la France. C’est la raison pour laquelle la France représentait l’allié le plus important de la Tchécoslovaquie durant l’entre-deux-guerres. Pour la région centre-européenne, la Russie jouait également un rôle majeur. La situation sur les fronts de la Grande Guerre influença les projets des leaders tchécoslovaques. En 1915, lors des succès de l’armée russe en Europe centrale, Masaryk misa sur l’influence de cette puissance dans la région ; à ses yeux, la reconstruction de cet espace devait être réalisée sous la tutelle russe. Il voyait en la révolution démocratique russe de février 1917 un signe positif et encourageant. Par la suite, lors de la guerre civile russe, il souligna la nécessité d’une Russie forte pour la stabilité de l’Europe centrale91 : « L’Europe et l’humanité demandent une Russie forte et indépendante »92.
51Nous nous sommes focalisés dans cette contribution sur les campagnes pro-tchécoslovaques menées dans la presse qui marquèrent les débuts de l’action tchécoslovaque. Les acteurs tentèrent par ce biais de divulguer les idées de la résistance tchécoslovaque. L’anniversaire de la mort de Jan Hus illustrait la lutte « éternelle » des Tchèques contre les Germains, l’affaire d’Alice Masaryk dénonçait l’oppression actuelle des Tchèques par l’État autrichien et l’audience de Masaryk chez Aristide Briand fut l’occasion de présenter les visions géopolitiques tchécoslovaques. Ces actions furent rendues possibles par le soutien de personnalités influentes dans les pays concernés et ces contacts jouèrent même un rôle crucial dans l’action tchécoslovaque :
Les représentants des nationalités d’Autriche ont rempli les couloirs des bureaux des diplomates de Washington, Paris et Londres ; ils ont développé progressivement les amitiés avec les importants hommes politiques gouvernementaux et journalistes d’influence ; ils ont organisé les dîners pompeux au cours desquels ils ont diverti les lettrés importants et les leaders politiques par les histoires de leur glorieux passé national et le dévouement pour les idéaux démocratiques occidentaux93.
Notes de bas de page
1 Ce travail est soutenu par l’Agentúra na podporu výskumu a vývoja (Agence pour le soutien de la recherche et du développement), d’après la convention n° APVV-0628-11 de l’Institut d’histoire de l’Académie des sciences de Slovaquie, et par le projet VEGA 2/0135/15 La victoire et la chute de la Troisième République. La Petite Entente entre la France et l’Italie 1914-1940.
2 Antoine Marès, « Tchèques et Slovaques à Paris : d’une résistance à l’autre », in : André Kaspi et Antoine Marès (dir.), Le Paris des étrangers, Paris : Imprimerie nationale, 1989, p. 73-89, p. 74.
3 Bien qu’il s’agisse du problème tchécoslovaque, l’adjectif « tchèque » est le plus souvent utilisé. Cet emploi s’explique par plusieurs raisons : 1. les Tchèques étaient fortement majoritaires dans l’action tchécoslovaque à l’étranger ; 2. dans la mesure où le problème « tchèque » était complexe pour les Occidentaux, ils renonçaient à la question slovaque en optant pour la version simplifiée (adjectif tchèque) ; d’autres prenaient les Slovaques pour une branche du peuple tchèque ; 3. les Tchèques s’approprièrent beaucoup plus l’histoire tchécoslovaque que les Slovaques. Tandis que les premiers virent la naissance de la Tchécoslovaquie comme leur propre libération nationale, les seconds furent plus réservés.
4 Louise Weiss, Mémoires d’une Européenne, 1 vol. : 1893-1919, Paris : Payot, 1970, p. 157.
5 Bohumila Ferenčuhová, Francúzsko a slovenská otázka 1789 – 1989 (La France et la question slovaque 1789–1989), Bratislava : VEDA, 2008, p. 111.
6 Tomáš G. Masaryk, La Nouvelle Europe, Paris : L’Harmattan, 2002.
7 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, Paris : Delagrave, (s. d.).
8 Le Comité parlementaire d’action à l’étranger était l’organisme de propagande créé par la Chambre des députés en concurrence avec le Quai d’Orsay.
9 Archives du ministère des Affaires Étrangères, Paris (désormais AMAE), PA-AP 141, Pichon, vol. 5, Paris, 8. 5. 1918, Note sur la politique des nationalités en Autriche-Hongrie à la suite du Congrès de Rome.
10 Karel Pichlík, Bez legend (Sans légendes), Praha : Panorama, 1991, p. 41, 85.
11 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 120 [voir la note de bas de page 6].
12 Ibid., p. 32.
13 Ibid., p. 51.
14 Ibid., p. 31.
15 Harry Hanak, « T. G. Masaryk’s Journalistic Activity in England during the First World War », The Slavonic and East European Review, vol. 42, n° 98, décembre 1963, p. 184-189, p. 185.
16 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 115 [voir la note de bas de page 6].
17 Ibid., p. 104.
18 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, p. 34 [voir la note de bas de page 7].
19 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 196 [voir la note de bas de page 6].
20 Ibid., p. 141.
21 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, p. 70 [voir la note de bas de page 7].
22 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 205 [voir la note de bas de page 6].
23 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, p. 63 [voir la note de bas de page 7].
24 Laurent Mercier, « La Tchécoslovaquie des Français », Revue des études slaves, vol. 73, n° 2-3, 2001, p. 469-480, p. 473.
25 Bohumila Ferenčuhová, Francúzsko a slovenská otázka, p. 114, 119, 123 [voir la note de bas de page 5].
26 Jan Galauder, « Přeměna českého “čechoslovakizmu” v ododí Velké Války (La métamorphose du “tchécoslovaquisme” tchèque au cours de la Grande Guerre) », in : Miroslav Pekník (dir.), Pohľady na slovenskú politiku (Les visions de la politique slovaque), Bratislava : VEDA, 2000, p. 538-551, p. 544.
27 Dagmara Hájková, « T. G. Masaryk a Charles Sarolea. Československá propaganda v Anglii 1915-1917 (T. G. Masaryk et Charles Sarolea. La propagande tchécoslovaque en Angleterre 1915-1917) », Historie a vojenství, 47, 1998, n° 6, p. 37-57, p. 40.
28 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 220 [voir la note de bas de page 6].
29 Ibid., p. 73.
30 Laurent Mercier, « La Tchécoslovaquie des Français », p. 473 [voir la note de bas de page 24].
31 Ibid., p. 83.
32 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 45 [voir la note de bas de page 6].
33 Ibid., p. 110.
34 Ibid., p. 46.
35 Ibid., p. 67.
36 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, p. 33 [voir la note de bas de page 7].
37 Ibid., p. 46.
38 Ibid., p. 69.
39 Laurent Mercier, « La Tchécoslovaquie des Français », p. 473 [voir la note de bas de page 24].
40 Jan Hus était un théologien et réformateur religieux tchèque. Il fut d’abord excommunié, puis condamné pour hérésie et finalement brûlé en 1415 au concile de Constance. Ses activités menèrent à la création de l’Église hussite, puis aux croisades contre ce mouvement. Les protestants virent en lui un précurseur de la Réforme. Voir : Ernest Denis, Huss et la guerre des hussites, Paris : Leroux, 1878.
41 Antoine Marès, « Tchèques et Slovaques à Paris : d’une résistance à l’autre », p. 78 [voir la note de bas de page 2].
42 Selon l’explication nationaliste, suite à cette bataille entre la noblesse tchèque et la Ligue catholique, les Pays tchèques perdirent leur indépendance ainsi que leur liberté de religion.
43 Service historique de la Défense - Département de l’armée de terre, Vincennes (désormais SHD-DAT), c. 7N1621, 7. 11. 1918, Télégramme de T. G. Masaryk, E. Beneš et M. R. Štefánik au ministre de la Guerre, N. 14568.
44 Antoine Marès, « Conscience nationale et débats historiographiques en pays tchèques », p. 42. Article disponible à la Bibliothèque de l’Institut d’études slaves, cote : TS 8123.
45 Andrea Orzoff, Battle for the Castle. The Myth of Czechoslovakia in Europe, 1914-1918, Oxford University Press, 2009, p. 27.
46 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, p. 6 [voir la note de bas de page 7].
47 Milan Getting, Americkí Slováci a vývin československej myšlienky v rokoch 1914-1918 (Les Slovaques américains et l’évolution de l’idée tchécoslovaque dans les années 1914-1918), s. l. : Sokol v Amerike, 1933, p. 130.
48 SHD-DAT, c. 4 N 39, texte de la convention.
49 « Pomozte nynějším státnikům formulovati pravdy, které cítí. » Vojenský ústřední archiv – Vojenský historický archiv, Prague (Archives centrales militaires – Archives militaires historiques, désormais VÚA-VHA), f. ČSNR II, M. R. Štefánik, c. 4, sur le bord du bateau Korea Maru, 28. 9. 1918, Štefánik écrit à T. G. Masaryk.
50 AMAE, PA-AP 141, Pichon, vol. 5, Paris, 08.05.1918, Note sur la politique des nationalités en Autriche-Hongrie à la suite du Congrès de Rome.
51 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 147 [voir la note de bas de page 6].
52 Archiv Ústavu T. G. Masaryka, Prague (Archives de l’Institut de T. G. Masaryk, désormais AUTGM), f. TGM, V, c. 295, Paris, 07.09.1918, Poznámky k italským věcem de L. Sychrava.
53 « Projev ten má i veliký význam politický, protože sesiluje Štefánikovu posici oproti officielním kruhům. Ukazuje se tak, že Štefánik není soukromnou osobou pouze, že oficielni kruhy, když s ním jednají, mají co činit s representantem národa. » Slovenský národný archív, Bratislava (Archives nationales slovaques, désormais SNA), OF : M. R. Štefánik, c. 45, n. inv. 1185, Conférence de M. R. Štefánik du 01.07.1917, p. 8.
54 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 76 [voir la note de bas de page 6].
55 Ibid., p. 67.
56 Ibid., p. 69.
57 Ibid., p. 71.
58 Ibid., p. 145.
59 VÚA-VHA, f. ČSNR, ČSNR II, M. R. Štefánik en Russie, c. 5, Astorie, 08.09.1916, Dialogue de M. R. Štefánik avec M. Erben, noté par F. Písecký.
60 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 146 [voir la note de bas de page 6].
61 « Práve preto my nemôžeme sa opierať len na štátne právo, ktoré je v tomto prípade v náš neprospech. » VÚA-VHA, f. ČSNR, ČSNR II, M. R. Štefánik en Russie, c. 5, 13.08.1916, Dialogue de M. R. Štefánik avec M. Štěpánek.
62 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 156 [voir la note de bas de page 6].
63 Ibid., p. 150.
64 Edvard Beneš, Détruisez l’Autriche-Hongrie, p. 6 [voir la note de bas de page 7].
65 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 10 [voir la note de bas de page 6].
66 Ibid., p. 154.
67 Ibid., p. 56.
68 Ibid., p. 199.
69 Hugh Seton-Watson / Christopher Seton-Watson, The Making of a New Europe. R. W. Seton-Watson and the Last Years of Austria-Hungary. Seattle : University of Washington Press, 1981, p. 141.
70 Dagmara Hájková, « Role propagandy ve válečných aktivitách T. G. Masaryka od vypuknutí války do ledna 1917 (Le rôle de la propagande dans les activités de guerre de T. G. Masaryk de l’éclatement de la guerre en janvier 1917) », Historie a vojenství, 49, 2000, n° 1, p. 14-37, p. 16.
71 Ibid., p. 30-31.
72 Harry Hanak, « T. G. Masaryk’s Journalistic Activity in England during the First World War », p. 184 [voir la note de bas de page 15].
73 Robert Seton-Watson, Masaryk in England, Cambridge, New York : University Press / Macmillan Company, 1943, p. 64.
74 Morning Post, 07.07.1915. Tous les articles de la presse britannique cités dans ce texte se trouvent dans les Archives de l’University College London, School of Slavonic & East European Studies Library, Seton-Watson Collection, carton SEW6/1/1. Les journaux américains sont accessibles aux liens suivants : http://chroniclingamerica.loc.gov/ et http://query.nytimes.com/search/sitesearch/. Le Matin est consultable sur gallica : http://gallica.bnf.fr/html/presse-et-revues/les-principaux-quotidiens.
75 Jan Rychlík, Thomas D. Marzik et Miroslav Bielik (dir.), R. W. Seton-Watson. Documents. Dokumenty 1906–1951, I. Praha, Martin : Ústav T. G. Masaryka, Matica slovenská, 1995, p. 244.
76 Antoine Marès, « Tchèques et Slovaques à Paris : d’une résistance à l’autre », p. 80 [voir la note de bas de page 2].
77 « Vtedy v šestnástom roku pohyboval sa často v ženských salónoch, okolo madame Jouvenelovej a podobných politických dám. Flirtoval s nimi, nie v nejakom zlom zmysle, ale vedome ich užíval pre svoje ciele. » Anna Gašparíková-Horáková, U Masarykovcov, Spomienky osobnej archivárky T. G. Masaryka (Chez les Masaryk, Mémoires de l’archiviste personnel de T. G. Masaryk), Bratislava : AEP, 1995, p. 25.
78 Bohumila Ferenčuhová, « Lettres de Louise Weiss à Milan Štefánik (1916-1917) », in : id., Milan Rastislav Štefánik. Astronome, soldat, grande figure franco-slovaque et européenne, Bratislava / Paris : Spoločnosť pre dejiny a kultúru strednej a východnej Európy / Collège Interarmées de défense, 1999, p. 96-109, p. 96.
79 AUTGM, f. TGM-V, oddelení VIII, c. 293, d. 13, notes de T. G. Masaryk à propos d’un entretien avec Štefánik.
80 Frédéric Guelton, « Z observatória v Meudone do salónu Madame Boas de Jouvenelovej alebo Štefánikova cesta medzi francúzskou vyššou vrstvou (De l’observatoire à Meudon au salon de Madame Boas de Jouvenel ou le voyage de Štefánik dans la haute société française) », in : Miloslav Čaplovič / Bohumila Ferenčuhová / Mária Stanová (dir.), Milan Rastislav Štefánik v zrkadle prameňov a najnovších poznatkov historiografie (Milan Rastislav Štefánik à la lumière des sources et des dernières recherches historiographiques), Bratislava : Vojenský historický ústav en coopération avec HÚ SAV et SNA, 2010, p. 17-20, p. 20.
81 Andrea Orzoff, Battle for the Castle. The Myth of Czechoslovakia in Europe, p. 45 [voir la note de bas de page 45].
82 M. Masaryk chez A. Briand, Président du conseil. La Nation tchèque I, n° 20, 15.02.1916, p. 317-318.
83 SNA, OF : M. R. Štefánik, c. 17, n. inv. 643, Paris, 27.1. 1916, Jules A. Sauerwein écrit à M. R. Štefánik.
84 AUTGM, f. TGM V, c. 292, l’extrait du Matin.
85 Tomáš G. Masaryk, Světová revoluce 1914 – 1918 (Révolution mondiale 1914–1918), Praha : Orbis a Čin, 1925, p. 112.
86 Dagmara Hájková, « Role propagandy ve válečných aktivitách T. G. Masaryka od vypuknutí války do ledna 1917 (Le rôle de la propagande dans les activités de guerre de T. G. Masaaryk de l’éclatement de la guerre au janvier 1917) », p. 32-33 [voir la note de bas de page 70].
87 Betty Miller Unterberger, « Arrest of Alice Masaryk », Slavic Review, vol. 33, mars 1974, p. 91-106. [www.jstor.org]
88 Dagmara Hájková, « T. G. Masaryk a Charles Sarolea. Československá propaganda v Anglii 1915-1917 (T. G. Masaryk et Charles Sarolea. La propagande tchécoslovaque en Angleterre 1915-1917) », p. 51 [voir la note de bas de page 27].
89 Tomáš G. Masaryk, Světová revoluce 1914 – 1918 (Révolution mondiale 1914–1918), p. 103 [voir la note de bas de page 85].
90 Gérard Noiriel, Population, immigration et identité nationale en France XIXe – XXe siècle, Paris : Hachette, 1992, p. 27.
91 Karel Pichlík, « Masarykovy představy o poválečnám upořádaní Evropy (Les idées de Masaryk sur l’organisation de l’Europe d’après-guerre) » in : Koloman Gajan (dir.), T. G. Masaryk a vztahy Čechů a Němců (T. G. Masaryk et les relations des Tchèques et des Allemands), Praha : Masarykova společnost, 1997, p. 88-92.
92 Tomáš G. Masaryk, La nouvelle Europe, p. 135 [voir la note de bas de page 6].
93 « Representatives of the Austrian nationalities crowded the hallways of diplomatic offices in Washington, Paris, and London; gradually developed friendship with influential government figures and journalists; and hosted elegant dinners, where they regaled Great Power literati and political leaders with stories of glorious national pasts and dedication to the ideals of the democratic West. » Andrea Orzoff, Battle for the Castle. The Myth of Czechoslovakia in Europe, p. 5 [voir la note de bas de page 45].
Auteur
-
Michal Kšiňan
Institut d’histoire, Académie slovaque des sciences, Bratislava
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